« Très chers amis (e)s. » Lettre d’Abdel Hafed Benotman

Une lettre d’Hafed publiée dans l’Envolée N°14, en juillet 2005. Lorsque quelques hommes en armes et autres magis-rats, avaient jugé bon de le recoller au placard pour quelques vols…

 

Mettez un homme en prison, il en sortira toujours… quelque chose… de bon ? Oui puisque vous êtes là et je vous en remercie tous et toutes. Que vous dire? Sinon tenter de vous expliquer la simplicité de ce qui m’est arrivé.

Certains de mes amis (e)s ont été surpris, peinés, choqués par ma récidive mais aucun n’a été déçu puisque la déception porte en elle un jugement et l’amitié ne juge pas. Il y a eu des questions comme : il est con ou quoi ? Souffrirait-il du syndrome de Stockolm au point d’aimer la prison ? Est-il fou? Il aurait pu prendre des précautions, non ? Toutes ces questions sont légitimes si on les résume à celle-ci, paradoxe absurde : serait-il fondamentalement honnête ? Au point que son mépris des cagoules, des masques, des salles de conseils et de délibérés des ministères et des confessionnals… l’écoeure.

C’est là-dedans que s’inscrit, non pas ma récidive mais ma continuité. Ma présence en prison est une façon radicale de dire NON. Lorsque je suis sorti de prison, on ne m’a pas demandé d’être réinsérable mais d’être recyclable. On m’a demandé aussi d’aller mendier un temps d’identité à la préfecture de police. Pour adoucir ce dressage on m’a titré du statut d’écrivain. Lire la suite

« Ca valait pas la peine, mais ça vaut le coup ! », Abdel Hafed Benotman

Hafed est mort… m’enfin, il ne nous quitte pas ! Son au-delà d’athée -et sacrément daté- est parmi les vivants, entre autre ici. Dans ce journal qu’il a crée avec d’autres il y’a de ça quinze piges. Hafed n’a jamais choisi entre le voleur et l’écrivain. Un voleur qui écrit ? Un écrivain qui vole ? Merde aux identités. C’était un ami qui se bagarre, rigole des yeux et partage. Pas d’autre hommage donc ; il n’en n’aurait eu que foutre.

Tenir un engagement, pris avec lui et à sa suite. Continuer à lire et faire lire les écrits des enfermés qui pensent le sort qui leur est fait. Celles et ceux qui, comme lui, se disent réfractaires aux sévices du travail obligatoire, au racisme poli d’une république satisfaite, à l’hypocrisie d’une société qui torture démocratiquement, à la bêtise suffisante des juges et de leurs valets, à l’arrogance de l’économie et de ses hommes en arme.

Bref, continuer à cracher de laids mots -pas de l’émo attention- sur une époque qui n’a de cesse de se refermer sur nos corps et nos crânes. Continuer à trouver, comme lui, les paroles justes et les actes conséquents pour armer nos refus. Faire vivre son humour -forcément noir- et la justesse de son regard, désespéré mais pas résigné. Et ce pense-bête : « Rendre la justice, en voilà une belle expression ! La vomir ».

Vive Hafed, vive les voleurs qui veulent rester honnêtes (et vice versa).

Pour commencer à continuer (re)lisons ce texte d’Hafed publié dans le numéro 4 du journal (téléchargeable au bas de la page), en janvier 2002. D’autres textes suivront dans les jours qui viennent, avant la publication du prochain Envolée qui fera bien sur une large place à l’ami AHB. Lire la suite

« Le sale air de la peur », épisode 3 « esprit de janvier », « guerre au terrorisme »…

Episode 3 de l’émission éphémère de La Locale « Le sale air de la peur ».

Cette semaine, on essaye de dénicher ce qui se terre derrière deux expressions incontournables dans les discours politiques et médiatiques de cette France post-« attentats » : le mystérieux « esprit de Janvier » et « la guerre au terrorisme ». Esprit ? Guerre ? Terrorisme ? Ca fait peur. C’est le but.

Tous vos retours sont les bienvenus : lesaleairdelapeur@laposte.net

Partie 1 : « Esprit de Janvier » (es-tu là?), et « terrorisme »

http://www.mediafire.com/listen/s6o57686uzxvb3x/Le_Sale_air_de_la_peur_#3_Face_A.mp3

Partie2 : L’antiterrorisme, un mode de gouvernement

http://www.mediafire.com/listen/m4kfb7dnzo94yyv/Le_Sale_air_de_la_peur_#3_Face_B.mp3

Le sale air de la peur

Des potos fabriquent une émission de radio sur le post-charlie. Voilà leur présentation :

« Le sale air de la peur », émission de radio éphémère sur La Locale, 97.3 à Saint Girons

Un vent fétide souffle sur le monde occidental, et déferle sur la France en particulier. « L’esprit du 11 janvier », auquel tout le monde est sommé de se conformer, est fait d’ignorance, de suspicion, de patriotisme va-t-en-guerre. Les « attentats de Paris » servent de prétexte à emballer dans le joli papier cadeau du vivre ensemble l’idéologie raciste qui anime la France depuis la colonisation, la naissance de la République, le triomphe des Lumières : l’idée de sa grandeur, son mépris souverain pour tout ce qui n’est pas elle, son islamophobie ancestrale, ses guerres incessantes au nom de la « civilisation », sa bonne vieille guerre aux pauvres.

Rien de neuf, donc, si ce n’est le chantage, l’injonction à choisir un camp : la république ou le terrorisme. Le fond de l’air est brun, l’atmosphère étouffante, le discours dominant fait tout pour nous empêcher de penser, et la trouille rapporte à l’Etat… toujours plus de pouvoir. Alors, pour ne pas se laisser enfermer dans le prêt-à-penser manichéen, on a décidé de s’y coller à plusieurs : « Le sale air de la peur » est une émission de radio éphémère, qui tâche de porter une réflexion sur le racisme, la laïcité, la république, l’impérialisme, les politiques néo-coloniales, l’antiterrorisme…. On ne dira pas tout sur tout, on ne prétend pas élaborer une quelconque théorie globale, on n’est pas des spécialistes. On essaye juste de suivre quelques pistes, de se forger quelques outils, pour que d’autres se les réapproprient et se mettent à creuser à leur tour. Lire la suite

Deux plateformes revendicatives depuis l’intérieur des prisons

Les prisonniers qui nous écrivent font tous les mêmes constats, ils luttent pour des raisons similaires et rencontrent les mêmes obstacles ; mais bien souvent, chacun reste seul face à la machine pénitentiaire, parfois avec l’impression de n’être entouré que de «moutons » .  Comment sortir de cette impasse ?

Dans le numéro 40 du journal (daté de janvier 2015), nous publions notamment un texte qui tente d’expliquer la nécessité exprimées par de nombreux prisonniers  de construire des « plateformes » ; textes collectifs que nous pouvons, nous dehors, contribuer à faire vivre et à faire circuler de manière à ce que d’autres prisonniers et prisonnières s’en emparent.

Christine et deux autres prisonnières de la MAF de Poitiers-Vivonne ont  opté pour une liste de revendications en deux parties : revendications locales et revendications communes à toutes les détentions, que nous publions à la suite. Quant à Philippe, il nous a fait parvenir une proposition depuis le QMC de Réau. Voici ces deux textes. Faites les circuler. Lire la suite