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Entretien avec Aurélie, sœur d’Angelo Garand abattu par le GIGN

« ON SE LAISSERA PAS FAIRE »

INTERVIEW D’AURÉLIE, SŒUR D’ANGELO GARAND
abattu par le GIGN en mars dernier pour n’être pas rentré en prison après une permission

 

Bonjour Aurélie, merci beaucoup d’accepter de parler avec nous : pour cette journée « Adama, un an après », on a pensé que c’était quand même très important de ne pas parler seulement d’Adama, mais aussi de tous les autres qui se sont fait récemment tuer – assassiner, il faut bien dire le mot  par la police ; tu es la sœur d’Angelo Garand, qui a été exécuté – je pense qu’on peut le dire – chez ses parents par une équipe du GIGN, le 30 mars dernier.

Aurélie : Bonjour. Oui, c’est important aussi pour nous de témoigner, parce que depuis le 30 mars, depuis que mon frère s’est fait tuer, tous les tués par la police ou par le GIGN, enfin par les forces de l’ordre, sont un peu devenus nos frères aussi ; on partage la peine, mais c’est vraiment une douleur… on perd notre frère, mais en plus c’est incompréhensible puisque c’est les personnes qui sont sensées nous protéger ! Ils ne sont pas sensés nous tuer, justement, et oui, ils ont exécuté mon frère de sept balles dans le corps ; on a appris qu’il avait sept balles dans le corps, donc y a pas d’autre mot : c’est une exécution, pour nous.

C’est important que les gens comprennent bien ce qui s’est passé, parce que les médias n’en ont pas tant parlé que ça. Ton frère était en prison, il a eu une permission et il n’est pas revenu. Ce jour-là, il était chez tes parents, je crois ?

A. : Mon frère était incarcéré à la prison de Poitiers-Vivonne ; au mois de septembre, ils lui ont donné une permission d’une journée et il n’est pas rentré. Mon frère vivait à droite, à gauche. Le 30 mars, il est venu manger une grillade, parce que mon petit frère était sorti de prison une semaine avant ; il était venu partager un repas familial, il ne faisait rien de mal, il n’a mis personne en danger ce jour-là. Vers 13 heures, le GIGN est intervenu : ils ont mis ma famille en joue, ils ont menotté mon père, mon frère, mon oncle ; il y avait aussi mon fils de quatre ans. Mon frère, il s’est juste caché ; il n’a pas couru, pas fui… on ne sait même pas s’il a pris conscience que c’était le GIGN. Il s’est juste caché dans une petite grange. Il n’y avait qu’une sortie, il ne pouvait pas s’échapper. Là, ils ont stoppé tout le monde, ils avaient tous leurs mitraillettes, enfin… Ils ont fouillé le terrain, et ils étaient prêts à partir, et mon frère a fait tomber un petit sac dans cette grange. Ça a été très vite, ils se sont précipités, ils étaient quatre, et aussitôt, ils ont tiré. Y a pas eu de bruit, y a pas eu de sommations, y a pas eu de « forte résistance » comme ont pu le dire les médias – enfin le procureur, du moins. Il a dit qu’il s’était rebellé, mais mon père était à un mètre de cette grange, menotté par terre – en train d’étouffer, parce que mon père a un appareil respiratoire –, et quand ils sont rentrés, ils ont tiré direct. Aucun bruit, pas un mot de la bouche de mon frère.

Ton frère n’était pas armé ?

A. : Non. Il devait avoir un couteau – c’était normal qu’il ait un couteau sur lui, puisqu’ils étaient en train de manger –  et c’est tout.

Tu parles du GIGN : c’est important de dire que ton frère était juste pas rentré de permission – c’était pas du tout un prisonnier en cavale. En plus il était en prison pour vol, c’était pas du tout quelqu’un de dangereux, mais ils ont tout de même fait intervenir des équipes qui sont normalement là pour s’occuper de « forcenés », de « terroristes » …

A. : C’est ce qui nous semble dégueulasse : ils lui donnent une permission, il rentre pas, ils font intervenir le GIGN, ils le tuent, et après ils criminalisent mon frère en disant qu’il était « dangereux », un « forcené »… mais c’est eux qui lui ont donné la permission ! Je ne crois pas que dans le monde carcéral, ils donnent des permissions aux hommes « dangereux ».

On le sait bien : ils n’en donnent même pas aux « pas dangereux », alors ils n’en donnent pas aux « dangereux », c’est sûr.

A. : Ils en donnent quand ils ont envie d’en donner. Maintenant, je me dis que cette permission, c’était n’importe quoi : une journée pour voir sa famille, alors que lui il était à Poitiers et que nous on est de Blois – quatre heures de train en tout. Pour voir sa famille, c’est beaucoup trop court, et mourir au bout du compte… Mon frère, jamais il n’aurait pensé mourir ; au pire, il s’était dit, le jour où il se serait fait prendre, c’était six mois de plus. Et c’est ce que tout le monde pense. Il n’était pas un cas isolé, à ne pas rentrer de permission. Et au bout du compte, ils l’ont abattu. En fait, il faisait rien de mal. Il était juste en famille, justement, sa famille dont il avait été privé si longtemps ; ils viennent, et ils l’abattent.

Il purgeait une peine de combien, si c’est pas trop indiscret ?

A. : Je ne sais pas trop, en fait ; là, il était au bout de sa peine, mais il avait été jugé au mois de janvier, encore pour des vols, et il venait de reprendre quatre ans – mais il le savait même pas lui-même.

Il avait une trentaine d’années, c’est ça ?

A : 37 ans. Il avait trois enfants, il avait eu un petit-fils au début de l’année et il venait d’avoir une petite fille, qu’il ne serrera jamais dans ses bras.

Après le meurtre de ton frère, vous avez réagi très vite ; notamment, toi tu as fait une vidéo. Tu peux nous dire comment ça t’est venu ? On va diffuser le son de cette vidéo, parce qu’elle est bouleversante, et aussi parce que tu avais une dignité que j’ai trouvée incroyable. Tu as tout de suite été dans le combat.

A. : Faut savoir que quand ça nous arrive, on ne peut pas pleurer notre frère, parce qu’on sait que si on se met à pleurer, on sera étouffés de toute façon. La vidéo, elle m’est venue à cause des propos du procureur. Il a dit à mes parents : « J’espère que ça fera pas comme en 2010, des débordements. » En 2010, s’il y a eu des « débordements », c’est parce qu’il y a un jeune Gitan de 22 ans qui a été abattu ici. J’ai dit : en fait, le procureur, il n’a pas à parler comme ça ! Tout ce qu’il attendait de nous, c’était les « débordements ». J’ai eu envie de lui renvoyer la balle, de lui dire : « Non, on se fera pas manipuler. »

Comment tu préfères, toi, qu’on vous appelle : gitans, gens du voyage… ?

A. : Bof, oui, gitans, gens du voyage, c’est comme ça qu’on nous a décrits dès le départ.

En 2010, à St-Aignan–sur–Cher, un jeune de cette communauté a été tué, et il y a eu quelques « débordements », on va dire, ce jour-là – mais ce n’était pas énorme non plus, ce qui s’était passé ; en tout cas, la première réaction du procureur quand ils ont tué ton frère, c’est de vous demander de faire en sorte qu’il n’y ait pas de débordements, quoi.

A. : Il nous a demandé de ne pas faire de débordements, mais on a bien vu que c’était tout ce qu’il attendait, en voyant les cars de CRS qui arrivaient. Quand ça s’est passé, on n’a pas eu le droit de rentrer chez nous, puisque le corps de mon frère est resté jusqu’à minuit ; on est revenus pour prendre des affaires, et là, en voyant juste les cars de CRS, on s’est dit : « Tout ce qu’ils attendent de nous, c’est ça. » Et en plus, on voyait les CRS nous regarder en rigolant… C’était de la provocation. Ils nous provoquaient. On s’est dit : « Si on fait ça… » – bien sûr qu’on a envie de faire ça, évidemment, on est en colère, très en colère, même, et encore à l’heure actuelle –  « Si on fait ça, on va passer encore à la mauvaise étiquette. » Parce que depuis des décennies, ils ne font que ça, nous coller cette étiquette de violence : on est méchants, on n’est pas des gens sociables… et à cause de ça, on meurt ; à cause de ça, on peut pas se défendre. C’est là que j’ai voulu renvoyer au procureur : « Non, justement, on ne se laissera pas faire, et de toute façon, les tueurs doivent être punis. »

Donc tu fais cette vidéo, et assez vite, tu t’es rapprochée des associations de familles ?

A. : Non, même pas. A ce moment-là, on a mis la vidéo en ligne comme ça. On ne savait même pas comment faire pour porter plainte, parce que la justice ne nous dit pas : « Si vous n’êtes pas d’accord, vous pouvez vous constituer partie civile… », enfin toute la procédure. En aucun cas elle ne nous donne les cartes en main. Quand il y a eu cette vidéo, Amal Bentounsi – du collectif Urgence, Notre Police Assassine –  m’a contactée, et m’a tout de suite donné des conseils : comment faire pour être partie civile… elle m’a donné l’idée de la cagnotte ; et de là, on a pu communiquer comme ça. Après j’ai eu d’autres associations comme La voix des Rroms, et j’ai rencontré d’autres familles de victimes aussi.

Et vous avez organisé une manifestation, du coup, assez vite ; une marche, en fait, pour lui, un mois après…

A. : Le 22 avril ; même pas un mois après. On voulait faire cette marche, justement, pour pas que ça coule, puisque sur Blois, voilà, ça a circulé ; nous, on a la mauvais image, alors justement, on doit communiquer là-dessus : que Gitan, délinquant, pas rentré de permission, en aucun cas il ne devait mourir. La peine de mort a été abolie, ça doit être pareil pour tout le monde, et on a voulu faire cette marche pour faire voir que nous aussi on va se lever, et on marchera le temps qu’il faudra marcher, et on ne se laissera pas faire – et en sa mémoire, surtout, parce que voilà, quoi, un mois après, tout le monde continue sa vie, et nous, on ne peut pas. Enfin, il y a une grande injustice.

Comme tu dis, vous ne pourrez pas le pleurer tant qu’on ne vous dira pas qu’effectivement, il a été abattu.

A. : Non. Et ça c’est très dur.

On peut se mettre des œillères, se dire : « Non, la France n’est pas raciste » – mais bien sûr que oui, la France est raciste ! La France ne veut pas des Gitans, ne veut pas des Rroms, ne veut pas des Arabes, des Noirs !

J’ai vu des photos de cette marche ; il y avait pas mal de monde, surtout pour une petite ville comme Blois, c’était surprenant ; et en plus, il y a des collectifs d’un peu partout qui sont venus aussi montrer leur solidarité.

A. : On était environ 250, 300 personnes. Franchement, c’était la première fois que beaucoup d’entre nous, de notre communauté, assistaient à une marche ; ça fait du bien, quand même, de crier ce qu’on a envie de crier, et de leur dire qu’on ne se laissera pas faire.

Et je crois que c’est ce jour-là que tu as tenu à t’arrêter devant le tribunal de Blois ? Je t’ai entendu dire un truc très fort, les mains dans le dos comme si tu étais menottée : que c’était un peu comme si c’était la deuxième fois qu’on le tuait, parce qu’avant déjà, la prison, la justice l’avaient beaucoup tué.

A. : Oui, ça, c’était le 30 mai ; on a fait un rassemblement à Tours. Devant le tribunal de Tours, parce que mon frère, la première fois qu’il a été condamné, c’était à Tours ; et je me dis, depuis l’âge de ses 22 ans, la justice ne lui a laissé aucun répit, aucune chance. Maintenant, ils le criminalisent en disant qu’il était dangereux, mais il a essayé de s’en sortir, il a voulu s’en sortir, il a été travailler, mais à chaque fois on est toujours rattrapé par cette justice. Je me dis que toute la vie de mon frère, ça a été un condamné ; et notre vie à nous aussi, maintenant, parce qu’on est condamnés à la douleur. Et ça, je veux qu’ils le voient, et qu’ils sachent qu’ils ne se débarrasseront pas d’Angelo tant qu’il y aura sa famille. Ce qu’ils ont voulu faire de mon frère, c’est un condamné, en fait.

Ils l’ont toujours condamné, d’une certaine manière.

A. : Oui, la première fois qu’il est passé au tribunal, il a été décrit comme un pauvre voleur de poules. On peut se mettre des œillères, se dire : « Non, la France n’est pas raciste » – mais bien sûr que oui, la France est raciste ! La France ne veut pas des Gitans, ne veut pas des Rroms, ne veut pas des Arabes, des Noirs ! Ben, en fait, on a notre place et on nous doit le respect. On a l’impression de mendier quand on fait des marches ou des minutes de silence, mais moi je ne le prends pas comme ça : on ne mendie pas. C’est ce qu’on nous doit, et on compte bien l’avoir, et on va le prendre.

En plus, il faut dire que du côté de Blois, il y a une grande communauté gitane.

A. : Oui, on est pas mal, il y a de nombreuse familles. Il y avait aussi pas mal de gens de la population, qui voulaient voir ce qu’on voulait, ce qu’on voulait revendiquer. Du coup, on a eu des retombées assez positives, les gens nous sont tombés dans les bras en disant qu’on était des gens géniaux. On se dit : « Voilà, on a passé un cap, même si ce n’est qu’à Blois. » Au moins, on sensibilise les gens, ils voient que ce n’est pas vrai, la mauvaise étiquette.

Comme je te disais tout à l’heure hors antenne, moi j’ai grandi là ; du coup, le racisme dont tu parles, je le connais bien. Je ne suis pas de votre communauté, mais je l’ai vu : il y a un vrai racisme vis-à-vis des tiens. Donc ça fait plaisir d’entendre que la population a compris deux, trois choses, quand même.

A. : Oui, du moins ils commencent à comprendre. Parce que c’est vrai qu’ici, même en tant que femme, quoi, d’aller faire des courses, des fois c’est limite on a l’impression d’entrer au parloir ! On va faire les courses, on est toujours surveillée. C’est l’horreur.

La prison nous a toujours privées d’eux, pour au bout du compte les abattre lâchement.

Tu parlais d’Amal, c’est peut– être encore quelque chose qui vous rapproche : son petit frère aussi a passé son temps à faire des allers et retours en prison avant d’être exécuté pendant une pseudo-cavale.

A. : Ouais. Le jour où Amal m’a appelée, tout de suite ça a été comme une sœur. On se comprend, puisque la prison nous a toujours privées. A l’heure actuelle, on ne peut même pas pleurer nos frères qui sont partis, qu’on ne tiendra jamais dans les bras ; la prison nous a toujours privées d’eux, pour au bout du compte les abattre lâchement.

Tu parlais de La voix des Rroms; ils se sont solidarisés avec vous ? Il y a eu des actions communes ou des prises de parole communes ?

A. : Oui, le 18 mai, à l’Insurrection gitane, j’ai été invitée pour une prise de parole avec Amal contre les violences policières ; et aussi pour avertir la population qu’avec les lois qu’ils ont sorties fin mars, au bout de deux sommations, ils ont le droit de vous abattre. Évidemment, quand il n’y a pas de témoins, ils ne se gêneront pas. Quand je vois pour mon frère, alors  qu’il y avait ma famille, mon petit garçon, ils ne se sont pas gênés. On a le devoir de communiquer là-dessus, de dire que ça pouvait arriver à tout le monde, et que même au bout de deux sommations, maintenant ils peuvent vous abattre. Pour moi la peine de mort a été rétablie en France, sans qu’on le sache.

En plus, d’après ce que tu décris de ce qui s’est passé ce jour-là, il n’y a pas eu de sommations.

A. : C’est ça, il n’y en a pas eu. Donc maintenant, s’ils ont le droit, en plus, ça va être un carnage ! Y a qu’à voir depuis le début de l’année : d’habitude c’était quinze par an, je pense que cette année on va dépasser les quinze.

M. : Je crois qu’on en compte déjà sept ou huit.

A. : Oui, je pense que mars-avril ça a été pire.

Pour moi la peine de mort a été rétablie en France, sans qu’on le sache.

Tu parlais d’une cagnotte ; on peut encore donner ?

A. : Oui, sur Leetchi. C’est Justice pour Angelo. On a aussi ouvert une page Facebook : Justice pour Angelo, pour annoncer chaque prise de parole, ou même quand on participe aux marches.

Tu me disais que vous alliez participer à la marche du 22 juillet ?

A. : Oui, on va à Beaumont-sur-Oise samedi 22 pour Adama.

D’ailleurs on invite tout le monde à y aller, même de loin ; parce que vous, vous êtes quand même pas juste à côté, Blois c’est pas la porte à côté. Mais il faut y aller, parce que comme tu dis : à chaque fois que quelqu’un tombe, ça nous rappelle tous ceux qui sont tombés avant. Ça finit par faire une fraternité entre tous les gens qui ont perdu des proches sous les balles de la police – et ça commence à faire du monde. Donc il faut que ce monde, il se transforme en force.

A. : Comme ils disent dans une vidéo pour Adama : « A un, on fait rien, à mille on fait plus. » C’est ça le truc : il faut qu’on soit tous ensemble, que ce soit pour Adama, pour Angelo… enfin toute les victimes, on a tous le droit à la justice pour nos frères.

En parlant de justice, vous vous êtes constitués partie civile contre ce procureur qui a surtout voulu éviter les débordement et qui a ensuite voulu faire passer Angelo pour quelqu’un de violent, de dangereux et tout ça… elle en est où, votre procédure ?

A. : On s’est constitués partie civile, on a trouvé un avocat, mais le procureur a pris les devants : il a ouvert une enquête, il a saisi les juges, et là, on est en instruction. Mon père et moi, on a déjà été reçus, et ma famille doit être entendue au mois d’août.

C’est instruit à Blois ? A Tours ?

A. : Pour le moment c’est à Blois.

Et tu penses que ça va travailler correctement ?

A. : Pour le moment, la juge fait genre elle veut faire son travail… mais évidemment, on sait bien qu’il faut qu’on se mobilise quand même, parce que la justice, franchement… Personnellement, je n’ai aucun espoir dans la justice, quand on voit la vie de mon frère. Quand je vois la vie qu’il a menée, je me dis : « pourquoi eux, ils vont reconnaître un crime ? » Évidemment qu’il va falloir se battre.

Mais si on ne lui met pas la pression, elle va le faire comme on lui demande de le faire.

A. : Moi je pense. De toute façon, ça c’est sûr : la vérité, c’est ça, les tribunaux. Même au niveau de l’avocat, on n’a pas voulu prendre un avocat du secteur. Depuis toute petite, enfin depuis toujours, on a traîné dans les tribunaux, et on sait très bien comment ça s’y passe.

En gros, souvent, les avocats sont très très copains avec les juges, pour parler clairement.

A. : Moi je pense que les avocats et certains médias mangent ensemble le midi régulièrement.

Une enquête est en cours, mais il n’y a pas de mise en examen des gendarmes ?

A. : Non. Pas de mise en examen, ils exercent toujours.

Ils n’ont pas été suspendus.

A. : Non, ils ont été en garde à vue – enfin en garde à vue, j’aurais bien voulu faire leur garde à vue, mais bon –  du vendredi au samedi matin. Et après ils ont été relâchés, puisqu’ils disent que c’est de la légitime défense. Mon frère aurait opposé une « forte résistance », alors que mes parents n’ont pas entendu un bruit.

On ne savait même pas, ce jour-là, que c’étaient des forces de l’ordre. Quand ils les ont vus arriver, ils ont pensé que c’étaient des… des assassins, en fait.

J’ai aussi lu quelque part que vous n’aviez eu aucun soutien psychologique ?

A. : Non, je me suis déplacée au tribunal justement parce que je me dis : « c’est à vous de nous donner quelque chose », et en fait non, y a rien ; ce qui me met hors de moi, c’est que ma famille est même pas considérée comme victime. Même au moment où ils ont tué mon frère, ils ont fait mettre toute ma famille alignée, avec une mitraillette, fallait qu’ils restent debout, toujours menottés, pendant que les femmes leur donnaient à boire. Ils ont pas à agir comme ça.

C’est monstrueux.

A. : C’est un manque de respect, c’est l’horreur. Mon père n’a pas connu la guerre, mais il a dit : « On se serait cru en Allemagne. » Vraiment, ça a rappelé des trucs qu’on n’a pas connus, des images… c’est vraiment l’horreur. Ils ont été au-dessous de tout. Ça a été des moqueries, aussi. Tout le long, ça a été, sur ma famille : « Fermez– là. » Du moment où ils ont passé le portail jusqu’au moment où ils sont repartis après avoir tué mon frère, il fallait que ma famille la ferme. On ne savait même pas, ce jour-là, que c’étaient des forces de l’ordre. Quand ils les ont vu arriver, ils ont pensé que c’étaient des… ben des assassins, en fait. Et c’est comme ça que ça a fini.

En plus, comme tu dis, si toi, tu ne t’étais pas levée, si vous n’aviez pas décidé de vous lever, et s’il n’y avait pas eu du monde pour se mettre avec vous, c’était parti pour être enterré aussi sec. Ils l’ont tué, ils s’en vont, et il ne se passe rien, en fait.

A. : Ben non, il ne se passe rien ; en plus, dans les journaux, ça a été tout de suite : « Un gitan en cavale ». C’est pour dire, dans la tête de la population : un Gitan ? – C’est pas grave ! Et il était en cavale en plus ? Il était délinquant ? Ils ont criminalisé mon frère, mais bien à leur façon.

C’est un truc qu’on retrouve hélas dans toutes les histoires. Il font toujours passer la victime pour le coupable et tentent toujours de salir sa mémoire, de salir ses proches… Ils racontent toujours qu’il était drogué, ou violent ; ils trouvent toujours de bonnes raisons pour justifier qu’ils ont appliqué la peine de mort.

A. : Oui, j’ai rencontré pas mal de familles de victimes depuis, et on vit la même chose. Les façons d’agir sont toujours les mêmes. Mon frère a pris sept balles dans le corps ; quand il est tombé, ils l’ont menotté. Vraiment aucun respect. Après toute la prison qu’il a fait, il est pas rentré de permission, ils viennent, ils le tuent et ils le menottent. Condamné jusqu’au bout, en fait. J’ai rencontré d’autres familles de victimes à qui c’est arrivé ; après la mort d’Adama aussi, il était aussi toujours menotté.

L’autre truc, c’est le racisme : ça touche toujours les mêmes. Vous, on pourrait croire, comme ça, vu de loin, que vous êtes mieux « intégrés », plus acceptés – parce que plus blancs, peut– être –  ; mais pas du tout. Vous êtes exactement dans le même cas.

A. : J’ai été choquée, au départ, enfin ça m’a interpellée, la réaction des gens qui disaient : « Vous aussi, les Gitans ? » Mais moi, il y a trente ans, le cousin de mon père se faisait tuer d’une balle dans la tête à Blois. On l’a toujours vécu sans trop en parler. Je me dis, maintenant, faut stopper, faut que ça s’arrête. Dans toutes les communautés discriminées – parce qu’on est tous pareils, en fait.

C’est très important de le dire : il ne faut pas croire qu’il y a des gens qui souffrent moins que d’autres du racisme d’État – parce que là, c’est vraiment ça : c’est la police qui exécute des gens. Il s’applique à toutes les communautés.

A. : Faut dénoncer, faut se mobiliser ensemble. Même s’il arrive des fois qu’on ne soit pas beaucoup, même s’il y a des pertes de moral, il faut le faire. Pour éviter que d’autres familles se retrouvent à notre place. Maintenant, on a les réseaux sociaux : heureusement ! Mais combien de familles doivent vivre comme ça, étouffées ? Combien de familles n’ont jamais eu l’occasion de prendre la parole ? La justice nous dit pas de se constituer partie civile… Je pense qu’il y a pas mal de familles qui se sont pas levées à cause de ça.

On parlait de prison – en ce moment on parle des violences policières, mais on sait qu’en prison, hélas, c’est pareil : il y a un suicide tous les trois jours en prison, mais tous ceux qui connaissent un peu la prison savent très bien que certains de ces suicides ne sont pas clairs du tout. Il y a aussi des morts en prison qui sont sans doute des assassinats.

A.: Je pense, oui, avec aussi la pression psychologique… Rien que des fois, en allant au parloir, on voit la mentalité des surveillants.

Faut dénoncer, faut se mobiliser ensemble. Même s’il arrive des fois qu’on ne soit pas beaucoup, même s’il y a des pertes de moral, il faut le faire.

Rappelons que pour vous soutenir, il y a cette page Facebook : Justice pour Angelo.

A. : La page Justice pour Angelo sur FB, la cagnotte Leetchi pour les frais de justice et les événements, et on a aussi une pétition à signer et à partager sur la page.

Vous avez prévu d’autres marches, d’autres actions ?

A. : Non, pour le moment on a rien prévu. On attend d’être entendus. Surtout ma famille, qui est citée comme témoins ; c’est ce qui est le plus important.

Il me reste à te souhaiter beaucoup de force ; on est avec vous. Hésite pas à nous contacter, que ce soit l’Envolée ou la radio, pour qu’on vous file des coups de main ; dès que vous voulez dire quelque chose, hésitez pas, on est là pour ça. Salue ta famille pour nous. Force à vous.

A. : Merci de faire ce que vous faites.

On fait pas grand-chose, tu sais ; on est juste un relais.

A. : C’est quand même bien ; parce que c’est rare.

Interview réalisée dans le cadre de la journée « Adama, un an après » sur les  ondes de Canal Sud Radio et de La Locale

FABRICE BOROMEE : « Depuis le 13 juillet, je bloque le cachot »

 

Depuis le mitard de la centrale de St Maur, le 17 juillet 2017

Depuis le 13 juillet 2017, je bloque le cachot – mitard – parce que je ne veux pas aller dans l’autre cachot, celui de la cellule 248 du quartier d’isolement (QI). ( Ndrl : L’Administration Pénitentiaire a construit une cellule spécialement pour lui sur le modèle du mitard avec grille et trappe sur la porte, voir courriers précédents publiés sur le site.)

Je sais que, chaque jour,  la directrice et mes bourreaux veulent m’abattre ;

– que je n’aurai rien, ni sport, ni douche, ni promenade, ni possibilité de voir l’aumônier ou le psychologue ;

– que je serai menotté à la cabine téléphonique comme un esclave, comme un chien ;

– que le délégué du défenseur des droits a beau dire que c’est illégal en 2017, la directrice m’a clairement fait comprendre que c’est elle la patronne de la centrale de St-Maur, pas le délégué des droits et encore moins L’Envolée, Ban Public et l’OIP, et ça tant que je serai à St Maur ;

– qu’elle commence à en avoir marre des soutiens.

C’est le message qu’elle m’a envoyé au cachot, par l’intermédiaire de mes bourreaux. Sachez-le !

Je constate que, là, vraiment, le ministère ne fait rien pour me transférer de St Maur. Il attend qu’ils me tuent à St Maur. L’avocat David se bat pour moi, ainsi que L’Envolée et les autres mais c’est dur. Je pense qu’il faut faire remonter au conseil de l’Etat pour trancher tout ça. Je garde espoir qu’un jour je pourrai sortir de toute cette discrimination, de ce racisme, de cet isolement et de ce cachot. Je souhaite de tout cœur voir mon frère Eddy et tout le reste de ma famille. Sachez qu’au mois de septembre 2017, ils déterrent mon père parce qu’ on n’a plus d’argent pour payer le caveau encore cinq ans. Tout ça fait mal.

Je vous dis merci pour tout et gardez le courage et la force. Et toujours les poings levés, comme le grand homme, Monsieur Papillon.

Allez… Courage à tous.

L’ami Fabrice

Papillon 2017 !

971 Guadeloupe

 

PS de L’Envolée : Fabrice Boromée a été transféré à la centrale de Moulins, le 21 juillet 2017. Il nous décrira rapidement les conditions qui lui seront faites dans cet autre établissement. Rachide Boubala, un prisonnier dont nous avons souvent parlé vient, lui, d’arriver à la centrale de Saint Maur…  placé immédiatement dans la même cellule d’isolement-mitard qu’occupait jusque là Fabrice.

ÉMISSION DE L’ENVOLÉE DU 21 JUILLET 2017

 

      • Lettres : lettre de revendication des prisonnières de Rennes + une lettre de Samia, Fabrice Boromée
      • Appel : Hadjira, la sœur de Foued, agressé le 31 mai par la police de Cergy à Pontoise, puis incarcéré à la prison d’Osny. Aucune avancé concernant ses soins médicaux, lien fb : Justice Pour Foued
      • Invité : Eva, témoigne d’un stage d’interne en psychiatrie qu’elle a fait au SMPR de Fresnes

Zics : Monsieur R – FranSSe / ASAP Rocky – Purple Swag, Chapter 2 / Piloophaz – C’est pour ceux


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« L’OPPRESSION EST CONSTANTE » Lettre de Romain depuis la centrale de Condé sur Sarthe. Juin 2017

« Avec cette lettre motivée, je viens à vous qui êtes à l’extérieur afin de faire entendre nos voix. Je suis un des détenus longues peines de France actuellement incarcérés dans une des maisons centrales ou quartiers maison centrale (QMC) telles que Valence, Réau, Condé-sur-Sarthe et Vendin-le-Vieil. Ces nouvelles structures sont en fait des QHS (quartiers de haute sécurité) ou des QSR (quartier de sécurité renforcée). Les nouvelles prisons françaises sont copiées sur le format canadien, et se dirigent vers l’américanisation. Ces systèmes pénitentiaires ultra durs sont basés sur des fonctionnements répressifs et pervers. Nous sommes passés de personnes détenues à bétail. Certains diront aussi : cobayes. Nous ne sommes pas considérés comme des humains, ni des citoyens. Torture psychologique, psychique, voire même physique lors des fouilles à nu qui sont pourtant interdites et abusives. Je ne détaillerai pas concrètement car je ne suis pas un écrivain et pour ne pas vous fatiguer par une trop longue lecture, ni me perdre dans mes propos. Je souhaite, et nous souhaitons, attirer votre attention, à vous qui êtes dehors, car nous, à l’intérieur, nous sommes muselés, bâillonnés : la liberté d’expression en prison n’existe plus, alors que dehors des gens se battent et meurent pour cette dernière. Dans ces prisons dites modernes, chaque déplacement d’un détenu est accompagné par plusieurs surveillants. Minimum trois, voire cinq surveillants et plus, pour aller en promenade, au sport, à l’infirmerie, au parloir, etc. Toutes les portes nous sont fermées manuellement et électroniquement. Les escortes sont permanentes, l’oppression est constante. Nous sommes aussi des personnes, des humains : l’oppression, la frustration, la stigmatisation mises en place par la pénitentiaire, la sursécurité font que certains craquent parfois, et les rares fois où des violences sont commises sur le personnel, elles sont surmédiatisées par les syndicats FO et CGT pénitentiaire, nous faisant passer pour des gens dangereux, violents et mauvais aux yeux de la société. Mais nous, détenus, nous ne pouvons pas répondre face à ces accusations honteuses, voire certaines fois calomnieuses. J’affirme, et nous affirmons, que le peu de violence qu’il y a vient de ce système et de certains surveillants qui se bornent à l’appliquer outrageusement. Le mal-être est constant, grandissant, et les prisons sont au bord de l’implosion. Il est plus que temps de changer ce système archaïque. Les bâtiments sont neufs, et modernes, mais le fonctionnement et les règlementations internes sont indignes. Les années 1970-1980 sont finies, révolues, on est en 2017 ! La stigmatisation des communautés est systématique, le rassemblement des communautés ne leur convient pas. Par exemple, si je marche avec un détenu venant des DOM-TOM, c’est systématiquement parce que je cherche une lame ou un pic ; si je marche avec un détenu musulman, alors c’est que je suis sur la voie de la conversion. Si je marche avec un détenu venant du banditisme, alors c’est pour m’évader ou préparer un sale coup. Pour la pénitentiaire, chacun doit rester dans sa communauté. Cette montée vers le format carcéral américain va donner lieu à des gangs interracials. Moi par exemple, je ne suis pas sectaire, et j’aime partager avec les détenus qui n’appartiennent pas à la même communauté que moi – ce qui reste hors de question pour la pénitentiaire qui ne cherche qu’à nous parquer, et dans le même temps bafouer tous nos droits de citoyens français. Il y a tant à dire sur ces nouvelles prisons longues peines françaises, mais rien n’est aussi fou que de le vivre. J’ai commis des délits, parfois graves, j’ai des responsabilités, j’en paie la dette à la société. Étant privé de liberté, certes, je n’en reste pas moins un citoyen français avec ses droits. Madame, Monsieur, vous qui avez lu cette lettre, nous avons tout essayé pour nous faire entendre : recours administratifs, courriers au ministère, au Contrôleur des lieux de privation de liberté, à l’OIP, aux autorités responsables, des sit-in pacifiques, des mutineries, afin de dénoncer nos conditions de détention ; cela n’a rien changé, et parfois ça nous retombe dessus. Nous voudrions, si des personnes se sentent de nous aider, continuer à dénoncer les conditions de détention et les fonctionnements archaïques type QHS/QSR des établissements cités dans cette lettre. Alors multipliez les manifestations devant ces lieux et devant les ministères concernés. Avec médias à l’appui, comme eux le font systématiquement contre nous. Que les détenus se réveillent aussi, car cela ne va faire qu’empirer pour nos proches et nous-mêmes. Pour ma part, et ceux qui m’auront reconnu, je tiens à remercier L’Envolée, toutes les radios qui se préoccupent des détenus, ainsi que toutes les personnes qui se sont déplacées lors de mon jugement en appel à la mi-juin 2017. Je compte sur vous tous pour que cette lettre soit diffusée sur les radios, les réseaux sociaux, la télé même, les journaux ; qu’elle soit entendue et comprise de tous afin que la vérité éclate. Merci. »

Romain L.

« JE GARDE MA FIERTE ET MA DIGNITE » Une nouvelle lettre de Fabrice Boromée depuis le QI de Saint-Maur

Le 22 juin 2017

Je vous fais part de mes nouvelles.

En ce moment, sachez que je suis au cachot depuis 30 jours parce que j’ai encore bloqué la douche le 16 juin à 16h10 pour mon transfert. Les matons ont envoyé des grenades et là je n’entends pas bien de l’oreille gauche. Ils m’ont jeté au cachot du 16 au 19 juin, ils m’ont laissé sans draps, sans brosse à dent, sans produit d’hygiène et sans pouvoir appeler… même pas mon avocat ! Tout ça comme en 2011 ( NDLR quand il a été transféré pour la première fois à la prison de St Maur), comme un chien. Et même l’avocat n’a pas eu le fax de la convocation pour le prétoire à temps parce que la directrice ne veut pas qu’il voit tout ce que je subis depuis mon arrivée le 21 mars 2017, ce qui est illégal.

Mais je garde ma fierté et ma dignité, tout comme Papillon qui a subi le bagne à Cayenne dans les cachots et le mauvais traitement par les matons. J’ai vu le film. De l’eau a coulé de longues heures de mes yeux pour Papillon qui s’est évadé comme un soldat. Alors moi je ferai face à tout ce mépris, les poings levés ,même s’ils veulent m’abattre à St Maur dans le cachot ou à l’isolement (…)

L’ami Fabrice

ps : je suis né pour souffrir comme mes ancêtres, hahaha !

ÉMISSION DE L’ENVOLÉE DU 30 JUIN 2017

 

      • Lettres : Marina (circulaire au CPF de Rennes), Georg
      • Infos : debrief sur les violences policières
      • Appel : Hadjira, la sœur de Foued, tabassé par la police puis incarcéré à la MA de Nîmes. Voir la page de soutien sur fb : Justice Pour Foued
      • Appel : Adeline, la femme de Romain Leroy, nous lit une lettre de Romain et nous donne de ses nouvelles. Elle nous parle aussi de l’incident qu’il y a eu récemment à Condé-sur-Sarthe.
      • Infos : sur les squats et lieux d’occupation

Zics : Dead Players – Yeah / Franko – Coller La Petite / Mc_ Jean Gab’1 feat. Bounty Killer – Paris Kingston / P.O.S. feat. Mike Mictlan – Get Down


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ILS SONT EN TRAIN DE TUER FABRICE BOROMÉE / CONFÉRENCE DE PRESSE JEUDI 6 JUILLET 2017, PARIS 12eme

JEUDI 6 JUILLET / 11HEURES

Café Chez Sylvia, 27 boulevard Poniatowsky, 75012 PARIS
(métro : Porte de Charenton)

organisée par
L’Envolée
-journal et émission de radio sur FPP tous les vendredi 19h-20h30 –
L’association Ban Public
Maître Benoit David

Cette conférence de presse reviendra sur la situation du prisonnier Fabrice Boromée actuellement incarcéré à la prison de St-Maur. L’administration pénitentiaire veut l’éliminer alors qu’il ne fait que demander un transfert en Guadeloupe pour être rapproché des siens.

Comme plus de 500 prisonniers originaires des DOM-TOM, Fabrice Boromée purge une peine en métropole, loin de ses proches. Il réclame son transfert en Guadeloupe depuis 2011. L’administration pénitentiaire (AP) fait la sourde oreille, et le juge d’application des peines l’empêche même de se rendre à l’enterrement de son père en septembre 2012. Il tente alors de se faire entendre en « prenant en otage » un maton de Condé-sur-Sarthe avec Rachide Boubala. En 2013, Il écope d’une peine de huit ans pour cette tentative de prise de parole. En septembre 2015, alors qu’il fait le tour des quartiers d’isolement (QI) des prisons françaises depuis trois ans et demi, le directeur de Vendin-le-Vieil lui fait miroiter sa sortie de l’isolement, mais il change d’avis à son retour de vacances et envoie son sous-directeur lui annoncer qu’il va y être maintenu: Fabrice le retient pendant deux heures. La justice répond systématiquement à toutes ses tentatives pour se faire entendre par des peines supplémentaires. Entré en prison pour une peine de huit ans, il en a maintenant plus de trente à faire. L’AP lui fait payer sa détermination en refusant de lui faire rejoindre la détention dite normale. Maintenu à l’isolement, sans cesse transféré (Fleury-Mérogis, Clairvaux, Lannemezan pour la seule année 2016, et maintenant St-Maur), entravé dans tous ses déplacements en prison (y compris lors de la distribution des repas), il fait l’objet d’insultes racistes et de passages à tabac de la part des matons.

Fabrice Boromée vient d’être transféré à la centrale de Saint-Maur, il est toujours à l’isolement, sauf que là l’administration pénitentiaire a transformé sa cellule en mitard en ajoutant une grille devant la porte. Il n’a pas de parloirs, les matons ont dissuadé l’aumônier de venir le voir en lui faisant croire qu’il était dangereux et qu’il s’en prendrait à lui en lui jetant de l’urine à travers la grille. La psychologue refuse d’intervenir au prétexte de conditions indignes et incompatibles avec l’exercice de ses fonctions. Le docteur, obligé de passer vérifier s’il est toujours vivant, se contente d’un « ça va » et repart. Il est privé de toute activité- depuis peu il peut refaire du sport mais sans que l’entraineur n’entre dans la cellule avec lui. Il est interdit de promenade le week-end sous prétexte que le chef de détention n’est pas là. Il est menotté et entravé, encadré par plusieurs surveillants armés de boucliers pour les rares mouvements qu’il fait en dehors de sa cellule, comme pour aller à la douche ; douche qui lui est aussi refusée le week-end. Les matons lui jettent sa gamelle à travers la grille comme à un chien.

Pour protester contre ces mesures, le 21 mai Fabrice a refusé de se laisser menotter et de remonter en cellule. Il a bloqué la douche de 9 heures à 15 heures pour demander son transfert immédiat en Ile-de-France. Sa situation n’ayant pas changé, il a bloqué de nouveau la douche le vendredi 16 juin. Cette fois-ci, la directrice a utilisé les gros moyens pour le dégager : les Eris, avec casques, boucliers et autres armes de toutes sortes, sont arrivés et ont lancé une grenade assourdissante dans la douche ! Fabrice est au mitard pour 30 jours supplémentaires. Il n’entend plus d’une oreille, il est très inquiet. Il est écrasé de chaleur toute la journée avec des maux de tête violents et permanents. Le médecin refuse de l’examiner, passant juste la tête à travers les barreaux du mitard.

L’administration pénitentiaire l’a averti : rien ne changera d’ici son probable transfert pour Réau en novembre. Associations, contrôleur des lieux de privation de liberté, etc., tous sont informés, mais aucune réponse de leur part à ce jour.

L’administration pénitentiaire de Saint-Maur cherche méthodiquement à éliminer Fabrice Boromée, dont elle ne sait que faire : cette torture a pour but de le pousser à bout jusqu’à ce qu’advienne l’irréparable.

Face a cette situation, nous demandons:
Que Fabrice Boromée sorte immédiatement de l’isolement et que cesse l’acharnement de l’administration pénitentiaire contre lui.
Qu’il soit transféré en Guadeloupe près de sa famille et ses proches ;
Qu’il soit, d’ici là, immédiatement transféré en région parisienne, de manière à ce qu’il puisse avoir un parloir régulier avec son ami en métropole.

Contact presse :

L’Envolée :

contact@lenvolee.net/twitter : @anticarcéral/ 0612443960
Maitre Benoit David : 06 63 08 17 39
Fabrice Boromée, Maison centrale Bel Air, 36 255 Saint-Maur cedex

Et dans Politis l’article de Selim Derkaoui à lire ici.

Conférence de presse

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« Je veux bien mettre un genou à terre, mais pas les deux! » Romain L. Retour sur le procès en appel du 14 juin 2017 à propos de la mutinerie au QMC de Valence. Interview de l’Envolée et vidéo de Bernard Ripert

En mars dernier s’est tenu le procès de deux prisonniers, Romain Leroy et José T., accusés d’avoir organisé une mutinerie le 27 novembre 2016, au sein du Quartier Maison Centrale du nouveau centre pénitencier de Valence. En l’espace de deux mois, fin 2016,  deux mutineries éclataient et révélaient les conditions de détention drastiques et inacceptables, que subissent les prisonniers longues peines stockés par l’AP dans ces nouveaux QMC.
Lors du premier procès, interdit d’accès au public et aux soutiens, et sur la base d’un dossier parfaitement vide, le procureur réclame 8 ans contre les deux accusés. Ils prennent 5 ans, une peine énorme qui vise à faire un exemple comme l’avoue alors le tribunal. Romain, soutenu par sa compagne, décide de faire appel de cette condamnation pour continuer à porter le plus largement possible le message de cette mutinerie : la justice donne des peines infaisables à des prisonniers tenus de vivre ensuite dans des conditions toujours plus suffocantes et sécuritaires. Romain revendique cette révolte au nom des prisonniers longue peines de France que l’on condamne à vivre dans ces nouveaux QMC, qui cumulent les désagréments et les horreurs des anciens QHS (Quartiers de haute sécurité) et des nouvelles maison d’arrêt (pour courte peine).
Le 14 juin dernier avec plus d’une quarantaine de personnes, nous avons pu cette fois-ci entrer dans la salle du tribunal de Grenoble pour le procès en appel de Romain. Nous vous proposons ici une petite analyse de ce procès ainsi qu’un entretien filmé avec l’avocat Bernard Ripert qui faisait son retour devant les juges de Grenoble -ceux -là même qui avaient obtenu sa suspension il y a plus de 18 mois.

 

Transcription de l’émission de l’Envolée du 16 juin 2017 que vous pouvez écouter ici.

O : Le 27 novembre 2016, il y a eu un mouvement au QMC de la nouvelle prison de Valence ; un deuxième, puisqu’il y avait déjà eu quelques semaines auparavant un mouvement durant lequel trois prisonniers avaient pris un maton en otage pour demander leur transfert. Jugés un tout petit peu avant les inculpés de la seconde mutinerie, ils avaient pris trois ans de prison. Le deuxième mouvement s’est fait sans prise d’otage ; il y a eu destruction de matériel – collective : les cellules de tout le quartier ont été ouvertes par des prisonniers qui avaient réussi à prendre les clés aux matons et il y a eu des cellules détruites, quelques caméras cassées – enfin rien de bien terrible. L’AP, évidemment, en fait toujours un truc énorme – tout comme elle oublie toujours de dire pourquoi les prisonniers en sont venus là.

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« Depuis 2016, j’ai ressassé les problèmes par lettre, à l’OIP, au Contrôleur des lieux de privation de liberté, mais rien. Il y a eu des sit-in pacifiques pour voir la directrice. Des pétitions, mais faut savoir que c’est interdit les pétitions. Des demandes des familles. Et à la télé  on voit des gens qui cassent tout : à la fin il n’y a que ça pour se faire entendre. Même les gens qui travaillent sont obligés de prendre leur entreprise en otage. Nous on a des murs de 20 mètres donc personne ne sait rien et pour les longues peines de France rien ne bouge (…) Pour moi quand on a pris les clefs et ouvert les cellules, c’était pas un vol, mais le seul moyen de faire entendre la parole de nous, les longues peines de France.  Le seul moyen d’avoir une tribune »
Romain L. -lors de son procès en appel

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En tout cas, les inculpés de ce deuxième mouvement ont été jugés une première fois au tribunal de Valence. À Valence, justice, police, presse… tout marche main dans la main ; et quand je dis justice, c’est avocats compris. Ils avaient donc pu se permettre de faire un procès quasiment à huis clos en interdisant manu militari l’accès de la salle à tous les gens venus en soutien à José et Romain, les deux prisonniers qui passaient en jugement. Le procès a duré un bon moment, six ou sept heures. Au bout de ce temps-là, le procureur a requis huit ans ferme contre eux et le verdict a été rendu immédiatement : cinq ans pour chacun. Cinq ans, c’est une peine « abusive », comme l’a dit Romain pour expliquer son pourvoi en appel. C’est vraiment une peine pour l’exemple : ils ont mis plus d’années de prison à des gens qui ont détruit collectivement des cellules pour dénoncer leurs conditions de détention qu’aux trois prisonniers qui avaient pris des matons en otage. Parce que c’est plus dur de prendre des gens en otage ! Tout le monde n’est pas capable de le faire, tout le monde ne choisit pas de le faire. Tandis que la destruction collective, c’est quelque chose de plus sympathique, dans le vrai sens du terme : quand y en a marre, c’est finalement plus logique de se rassembler, de se réunir et de se faire entendre de cette façon. Il fallait donc faire un exemple, pour dire : « Vous amusez pas à ça, parce qu’on vous ratera pas. On hésitera pas à vous mettre des années de prison supplémentaires. »

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«  Quand on a une grosse peine, pour éviter un état colérique, la frustration, c’est normal d’avoir des espaces de promenade et pas que de la sécurité. Dans ces nouvelles prisons c’est cinq surveillants à chaque ouverture de porte. Quand on nous fouille et nous écarte l’anus, la dignité l’emporte (…) C’est géré comme une prison de haute sécurité, on se croirait encore au QHS, dans ce système des années 1970-80 »  Romain L.

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S : Ils doivent impérativement briser cet élan parce que c’est un outil dont tout le monde peut se saisir…

O : Exactement ! Surtout qu’ils ont intérêt à mettre le paquet, parce qu’il y a des problèmes dans tous les QMC. Les quartiers maisons centrales, c’est des véritables QHS à… la moderne. Ils sont propres, nickel et tout, bien sûr, mais ils sont dotés d’une part d’une technologie effrayante – caméras et doubles sas partout, etc. – et d’autre part de moyens bien plus importants, ne serait-ce qu’en personnel : il y a environ quatre à cinq matons par prisonnier. Beaucoup de ces prisonniers sont encadrés par plusieurs matons dans tous leurs déplacements. C’est de petites unités, mais quand une aile de l’unité est en mouvement, l’autre est bloquée pour éviter toute rencontre. Bref tout est fait pour maintenir l’isolement le plus complet possible. Ils n’y arrivent pas encore complètement, parce qu’ils ont pas encore tous les moyens pour le faire, mais c’est leur objectif. Évidemment, quand on est complètement seul, ça devient compliqué de construire une résistance… On est moins fort. On le voit bien pour d’autres prisonniers, qui continuent néanmoins à se battre, mais c’est des batailles terribles, quasiment désespérées, comme celles de Fabrice Boromée ou de Rachide Boubala, dont on a souvent parlé. Ils continuent à résister, mais pour eux l’univers se rétrécit toujours un peu plus. C’est cette logique-là qui préside à l’architecture et au fonctionnement de ces saloperies de QMC, qui ont leurs modèles dans les deux prisons les plus sécuritaires du pays : Condé-sur-Sarthe et Vendin-le-Vieil.

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 « On s’était mis d’accord pour s’attaquer aux locaux pas aux personnes, pas de règlements de comptes. Toute la population pénale a montré sa frustration mais personne n’a été blessé des deux côtés »  Romain L.

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On n’y enferme pas des petites peines mais ceux qui ont de très très très longues peines, c’est-à-dire des 25, 30 ans, des perpètes. Des gens qui ont peu de chances de sortir, en fin de compte, parce qu’on sait maintenant que quand on chope des peines comme ça, même à la fin de la peine on sort toujours pas. Il faut donc que l’AP réussisse à gérer cette politique de mise à mort. Y a pas d’autre mot. C’est de ça que les QMC sont le laboratoire. Évidemment, tant qu’il reste un souffle de vie, ça bouge à l’intérieur, parce que ce sont des êtres humains qui sont emmurés, des gens pour qui c’est insupportable. Évidemment, l’AP n’arrive pas à tous les éteindre à coup de télé, de drogues légales ou illégales ou de passage en hôpital psychiatrique comme ils essaient souvent de le faire. Il y en a quelques-uns pour qui ça marche, mais c’est pas la majorité. Ils en sont très, très loin ! Donc ça gueule. Ça gueule, mais le truc, c’est que pour gueuler, pour se faire entendre dans ces taules-là, y a qu’une seule solution. C’est ce qu’a dit Romain au procès en première instance à Valence :

« Quand il n’y a plus de mots, il ne reste que les actes. »

Passer aux actes, c’est ce qu’avaient décidé de faire les prisonniers du QMC de Valence.

Après le premier jugement de Valence, Romain et José ont immédiatement fait appel de leur condamnation, mais José s’est ensuite désisté de son appel, sur le conseil à mon avis pas très avisé de son avocate. Elle, qui avait accepté que le procès se tienne quasiment à huis clos (cf. le “non-compte rendu du procès de la mutinerie de Valence” sur ce même site), a persisté dans une posture très timorée devant un verdict pourtant démesurément lourd. A Grenoble, les choses se sont passées différemment : les soutiens, nombreux, ont pu entrer dans la salle d’audience. Il avait été établi avec Romain et Bernard Ripert qu’il n’était pas question d’accepter de participer à une audience à huis clos…

Romain a pu expliquer parfaitement toutes les raisons de ce mouvement. Il l’a répété plusieurs fois :

« C’est moi qui passe en jugement, mais ce que je dis, c’est au nom de toutes les longues peines de France. »

Il a aussi dit que ça concernait encore plus l’ensemble des gens qui se font spolier de leurs conditions d’existence dans cette société : « Pour nous, c’est comme pour les ouvriers qu’on licencie, qu’on jette sans rien leur demander et qui en viennent à prendre des patrons en otage, à détruire du matériel et à installer des bouteilles de gaz en menaçant de faire péter leur usine pour pouvoir se faire entendre ! Nous c’est le même combat ! On est pareils ! » C’était clair comme de l’eau de roche. Le but de tout ce qu’il a raconté, c’était absolument pas de nier quoi que ce soit :

« Ce que j’ai fait, j’ai dit que je l’avais fait, y a pas de problème, et je regrette rien. Ce qui est regrettable, c’est qu’on soit obligés d’en arriver là ! »

Ce qui est regrettable, c’est surtout que lui, il prend des risques énormes ! Il sait très bien que derrière, c’est des semaines de mitard, des transferts et des peines de prison supplémentaires ! Effectivement, qu’ils en soient réduits à en arriver là juste pour demander des améliorations de conditions de détention : c’est-à-dire l’application de leur putain de règlement dans ces QMC qui ne devraient pas fonctionner comme des maisons d’arrêt ou comme des quartiers d’isolement parce que c’est invivable… oui, c’est regrettable. Voilà. C’est un truc simple, mais il a su le dire sans jamais se laisser désarçonner par le président qui lui posait des questions sans aucun rapport avec les faits. Et le réquisitoire du proc’ : « Je sais tout ça parce que j’ai été avocat de la défense pendant seize ans, donc je connais les prisons, et c’est vrai qu’il faut les améliorer… On va y arriver ! C’est pas encore magnifique, mais elles sont un peu plus belles que celles que j’ai connues il a vingt-cinq, trente ans ; c’est pas en détruisant celle-là qu’on va améliorer les choses… Il nous reste beaucoup de travail à faire, mais déjà, ce qu’il y a, c’est une belle avancée ! » Romain, il faisait non de la tête, et nous dans la salle on a grommelé tant qu’on a pu, pendant l’ensemble du procès, évidemment, comme d’habitude. Le proc’ a fini sa petite tirade par « …c’est pourquoi je trouve que la peine prononcée à Valence est une juste peine, dont je demande la confirmation ».

Après, c’est Bernard Ripert qui a plaidé une bonne heure. Il a commencé par dire ses quatre vérités à cette justice, comme d’habitude, et répéter ce à quoi elle sert vraiment ; absolument pas à être juste, ou quoi, ou qu’est-ce, mais bien à maintenir l’ordre à n’importe quel prix ; ensuite, comme il fait toujours, il a dit :

« Mais bon, il n’y a pas que les déclarations de principe, vous les connaissez et j’y tiens, mais maintenant je vais démonter votre dossier qui ne tient pas la route. »

Il a pris les éléments de l’acte d’accusation un par un, et à chaque fois il disait : « L’accusation est fausse, elle ne tient pas du tout pour diverses raisons, et c’est obligatoirement une relaxe. » Un exemple tout con : il y avait marqué « Vol des clés de M…. [le surveillant] » :

« Il n’y a jamais eu vol des clés du surveillant, puisque les clés n’appartiennent pas au surveillant ! Ce ne sont pas les clés de chez lui, ce sont les clés de l’administration pénitentiaire. Pour que l’accusation soit juste il faut formuler les choses différemment. C’est trop tard pour les reformuler maintenant. Donc cette accusation ne tient pas. Ce qu’il y a eu c’est le vol des clés de l’administration pénitentiaire portées par M. Machin. Ce n’est pas pareil. »

Un autre élément de l’accusation, c’était l’incendie des cellules. Et là, il a tout repris, il y a la preuve par beaucoup de témoignages que José et Romain n’ont pas eux-mêmes mis le feu aux cellules:

« Parce que c’est eux qui ont pris les clés, qui ont ouvert les cellules, après quoi des gens ont mis le feu à quatre cellules, vous leur faites porter la responsabilité de ce geste incendiaire. Mais ça, aujourd’hui, en France, ça ne tient pas la route. C’était possible du temps de la loi anticasseurs, mais elle n’est plus en vigueur. »

C’est vrai que pendant quelques années, la législation permettait de rendre tout le monde collectivement responsable de l’action d’une seule personne du simple fait d’avoir été là, mais ça a été abrogé (cf : la loi anticasseur évoquée par Ripert ; seule la « bande organisée » ou « l’association de malfaiteurs » permettent de rendre quelqu’un responsable d’actes qu’il n’a pas commis. Ces inculpations sont très souvent utilisées précisément pour pallier le vide des dossiers de flics ; mais cette fois non). Donc en l’absence d’une preuve formelle, témoignage, document… qui montre l’un ou l’autre en train de mettre le feu, l’accusation ne tient pas. Ils n’ont pas mis le feu. Donc relaxe, obligatoirement… Ils les a tous démontés comme ça un par un : à la fin il restait plus rien ! Du coup Bernard Ripert leur a dit que ce n’était pas une provocation de demander la relaxe : c’est l’application de la loi ! Il a apostrophé le proc’ :

« Je ne comprends pas que quelqu’un d’aussi féru en droit que vous ne l’ait pas vu ! Vous auriez dû sauter au plafond ! »

Romain était super content, ça se voyait, il regardait Ripert – qu’il ne connaissait pas avant de le rencontrer au procès– et c’était un bon moment de complicité entre eux deux ; je pense qu’ils ont été contents l’un de l’autre. A la fin, ils ont demandé à Romain s’il avait quelque chose à ajouter, tout en annonçant le délibéré pour le 11 juillet : ils n’ont pas donné la réponse tout de suite, contrairement à l’autre fois, ils se laissent un petit peu de temps. Romain a répondu :

« Je tiens surtout à remercier les quelques personnes qui sont venues me soutenir ».

On était effectivement “quelques-un.e.s”, il le savait, on s’est fait des coucous, etc. Mais quand il a vu toute la salle se lever – y avait que nous – pour applaudir, et des applaudissements qui ont duré cinq minutes…, on a lu toute l’émotion sur son visage… Il a complètement halluciné de voir cette salle entière qui s’était déplacée en soutien à ce qu’il avait fait, pour pas le laisser seul face à la justice.

Il était déjà menotté dans le dos, donc il pouvait pas faire grand-chose, mais il faisait tous les mouvements qu’il pouvait pour nous signifier qu’il était vachement touché. Rien que ça, cet échange de force à ce moment-là, toutes les personnes présentes ont trouvé que ça donnait une respiration, et lui ça lui en a donné une aussi. Ça montre encore un coup qu’à chaque fois qu’on peut le faire, il faut le faire. Surtout pour des histoires comme ça, de mutinerie et d’évasion, où les risques sont tellement énormes, et c’est des gestes qui ne sont pas simples… Alors dès qu’on peut organiser un soutien… On n’arrive pas toujours à mobiliser autant de gens, ça c’est sûr, mais même s’il y a dix personnes c’est déjà quelque chose. Adeline – sa compagne, avec laquelle on reste évidemment toujours en relation, qui était présente à Valence mais qui n’a pas pu être là parce qu’elle est maintenant installée à Alençon avec sa petite fille et que le voyage était compliqué pour elle – l’a eu le soir même au téléphone quand ils l’ont fait dormir à Aiton, avant de le rebaluchonner à Condé-sur-Sarthe au matin d’où il lui a encore reparlé, et à chaque fois il lui a dit :

« Vraiment, tu leur redis à tous que ça m’a mis un coup de chaleur et que je les remercie infiniment. »

Faut absolument que tous ceux qui nous écoutent, et les soutiens qui sont plus loin, sachent bien que le mec était super content. Et moi j’ai dit à Adeline qu’on était super contents de voir un mec qui se tient tout droit debout comme ça… Ça nous a donné aussi une vraie force.

S : Ça montre qu’on peut toujours créer un rapport de forces dans un tribunal, faut jamais croire que c’est mort. Il y aura peut-être une sanction horrible qui va tomber, mais ça aura permis de se défendre. Ce moment de la fin du procès que tu as décrit, quand tout le monde s’est levé pour applaudir, je pense que c’est un souvenir qui va rester longtemps ; et rien que le fait que le proc’ n’ait pas repris la réquisition de huit ans de la première instance, ça montre que tous ces rapports de forces ont une efficacité ; on croise les doigts pour l’appel, mais en tout cas il y a quelque chose qui s’est passé, et c’est important.

O : Et n’oublions pas qu’il faut botter le cul aux avocats qui préfèrent se soumettre à l’autorité en pensant que ça va aider les inculpés en quoi que ce soit, alors que ça donne jamais rien. C’est la marche des canards, ils sont déguisés pareil, sauf exception ; mais il ne faut absolument pas les laisser faire dès qu’ils font mine de se comporter comme ça, à dire : « Attention, ça va énerver le président… ». Plus on rampe, plus on prend des coups.

#ProcesMutinerieValence

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 « Je suis libérable en 2038.
Je veux bien mettre un genou à terre mais pas les deux.
Je veux garder ma dignité » Romain L.

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INTERVIEW DE BERNARD RIPERT

APRÈS LE PROCÈS EN APPEL DE ROMAIN L.

https://vimeo.com/223278402

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ÉMISSION DE L’ENVOLÉE DU 23 JUIN 2017

 

      • Lettres : Aurore, Damien, Jean-Paul, Alexia et Nassira
      • Appel : Floréal, pour Fabrice
      • Brève : Prise de parole à la maison centrale d’Ensisheim
      • Présentation du dernier numéro du journal l’Envolée

Zics : Soklak – Inadapté / Thirstin Howl III – The Polorican / Trust – Instinct de mort / Monsieur Socrate – Le placard


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