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« On est pas des chiens », dossier sur les mouvements en 2012

Introduction du dossier sur les récents mouvements contre la prison, paru dans l’Envolée n°33, octobre 2012.

 « On est pas des chiens »

Les prisonniers qui se sont mobilisés dans les récents mouvements dénoncent les conditions de « vie » à l’intérieur, mais de façon si concrète, si loin de la langue de bois ou du mensonge qu’ils posent en même temps la question fondamentale de l’enfermement lui-même.

Beaucoup de prisonniers se sont retrouvés dans le refus de tous les aspects de la situation carcérale, qu’il s’agisse de la fréquence et des conditions des parloirs et des promenades, de l’absence d’activités, du prix des cantines et de la télévision, des conditions de travail, de la fermeture des cellules pendant la journée, des aménagements de peines inexistants, des refus de transfert. Ils dénoncent aussi l’existence des quartiers d’isolement, des prétoires et du mitard : bref, de tout ce qui fait l’enfermement.

Ces refus largement partagés ont pris des formes très diverses : pétition collective à Ducos ou à Argentan, blocage à Seysses, révolte à Vezin, agitations diverses, pétition collective et diffusion médiatique d’agissements de l’AP à Roanne, blocage des ateliers à Annœullin. Pour les prisonniers, à chaque fois, il s’est agi de faire la lumière sur ce qui se passe en prison, sur la réalité de l’univers carcéral et judiciaire, et en même temps d’instaurer un rapport de force qui leur permette de résister à la toute-puissance des enfermeurs.

 Lorsque des médias officiels accordent une certaine publicité à de tels événements, ce n’est que pour les faire sombrer dans l’immédiateté spectaculaire du fait divers Kleenex. Au pire, ils servent d’arguments aux matons pour appuyer leurs revendications syndicales relatives au « manque de personnel et de moyens » face à des prisonniers dangereux – et rappeler une fois de plus « l’extrême pénibilité de leur métier ». Et lorsque des prisonniers sortent eux-mêmes des images clandestinement – avec tous les risques que cela comporte –, ces images sont à leur tour avalées et digérées par le dispositif médiatique. Qui se souvient encore de la vidéo réalisée par des prisonniers de Fleury il y a un peu plus d’un an et diffusée à la télévision ? Une image de plus, montrant une violence ordinaire dans un lieu qui, pour le spectateur, est nécessairement violent du fait même des personnes qui y sont enfermées.

Les prisonniers du centre de détention de Roanne qui ont réussi à diffuser une vidéo sur YouTube en juillet dernier ont tenté de contourner cette difficulté : cette vidéo est accompagnée d’un texte rédigé par des prisonniers pour expliquer les événements qui ont conduit à l’intervention violente des matons. Ils évoquent au passage le sort réservé aux prisonniers, frappés et emmenés de force au mitard. La vidéo permet ainsi de rendre visible l’antagonisme entre les prisonniers et leurs geôliers – une conflictualité souvent masquée par une apparence de paix sociale. Elle laisse entrevoir une histoire collective qui s’inscrit dans le temps, et c’est cela qu’il s’agit de faire vivre aujourd’hui. Dans ce cas de figure, lorsque les événements se répètent, se font écho, ou lorsqu’ils sont mis en avant par des relais extérieurs, on obtient un degré de visibilité qui semble gêner l’AP et les surveillants. Deux mois plus tard, on reparle de Roanne et de Seysses dans le Monde… mais uniquement comme signe d’un « problème » sécuritaire, celui de la présence de plus en plus massive des téléphones portables en prison.

En prison, les mouvements se construisent de façon discrète, sinon invisible, au fil du temps, et ils éclatent souvent dans l’urgence, lors d’occasions propices, par définition impossibles à planifier. Il est par fois difficile pour ceux qui prennent part à ces luttes de comprendre la lenteur des réactions extérieures ou leur absence pure et simple, mais ce n’est pas évident d’être informé rapidement de ce qui se passe, ni de s’organiser pour être un peu plus qu’une poignée à se rassembler devant un prison. Le déménagement des prisons hors des centres-villes les a rendues plus invisibles que jamais, plus difficilement accessibles, et on se rassemble moins spontanément devant leurs murs. Pour imaginer être prévenus d’un mouvement quelques jours auparavant, il faut une complicité déjà construite. Le temps de la prison n’est pas celui de l’extérieur : la solidarité a besoin de temps pour se mettre en place, de liens avec l’intérieur, de contacts réguliers construits localement, d’astuces mises en place pour se parler à travers les murs sans être entendus par l’AP. Si les vieilles méthodes des années 1980 ne sont plus trop à l’ordre du jour, d’autres sont désormais possibles : les prisonniers parviennent par exemple à s’adresser directement aux médias officiels… Ce qui était inconcevable il n’y a pas si longtemps peut désormais être développé et utilisé de façon bien plus efficace, avec un peu d’imagination.

Dans les derniers numéros de l’Envolée, il avait été beaucoup question du recours aux plaintes individuelles, aux doléances particulières : cette méthode est largement utilisée par les prisonniers pour rendre publique la réalité carcérale. Tout en essayant de s’assurer un quotidien un peu plus vivable, on crée ainsi un conflit avec l’administration pénitentiaire. La principale limite de la démarche, c’est qu’elle épargne les enfermeurs qui restent libres de faire du cas par cas. L’état avait lui-même créé un organe de contrôle pour « traiter les dysfonctionnements » dénoncés par des prisonniers. On peut facilement vérifier que face à des mouvements collectifs, cet organe de contrôle des lieux de privation de liberté n’a jamais choisi de dépasser le cadre juridique : on n’a pas entendu M. Delarue faire le moindre commentaire sur la vidéo de Roanne – dont il a forcément eu connaissance, et dans laquelle on voit une intervention musclée de matons dans une cour de promenade… Pas plus de réactions de soutien de la part de l’Observatoire international des prisons (OIP), qui s’est même immédiatement désolidarisé du mouvement du centre de détention de Roanne en critiquant la diffusion de la vidéo. Ce n’est pas une surprise : pour préserver une prétendue neutralité, un statut d’observateur soi-disant impartial, les organisations subventionnées par l’état ne soutiennent pas plus que les organismes d’état les actions jugées illégitimes ou violentes.

 Ce qu’on pourrait imaginer, ce serait que des collectifs qui ont des démêlés avec la justice et tâtent des geôles républicaines – que ce soient des ouvriers en grève qui ont commis des délits au cours de l’occupation de leur usine, des lycéens inculpés pour dégradations ou encore des familles mobilisées après des violences policières – voient plus loin que la seule défense de leur proche inculpé. Ce qui peut fonder cette solidarité, c’est de comprendre que le système carcéral est une composante essentielle du système capitaliste, et qu’il concerne de plus en plus de personnes : voilà ce qu’il faut rendre évident aux yeux du plus grand nombre. La question est toujours la même : comment imaginer dépasser le soutien de cas particuliers pour partager un point de vue anticarcéral et antijudiciaire ? Et de là, comment imaginer une solidarité plus concrète, massive et évidente avec les prisonniers qui se battent à l’intérieur ?

Ce petit journal ne peut pas répondre à ces grandes questions , mais il est sûr que manifester sa solidarité, c’est montrer aux prisonniers qu’ils ne sont pas complètement isolés et à l’AP qu’elle ne peut pas toujours bénéficier d’un anonymat qui couvre toutes ses exactions : assister au procès pour soutenir les prisonniers inculpés comme à Vezin-le-Coquet, par exemple , envoyer des mandats individuellement ou par des caisses de solidarité pour aider ceux qui se trouvent en difficulté, au mitard ou à l’isolement , écrire aux prisonniers… Il y a les affiches avec les noms des matons respon sables des violences qui ont été placardées dans la ville de Roanne… Il y a aussi des émissions anticarcérales, modestes c’est sûr, mais qui forment un petit réseau, dont le premier objectif est de se faire les porte-voix des paroles et des actes de prisonniers et prisonnières en lutte . Les mouvements que nous décrivons ici ont tous été longuement présentés et débattus dans toutes nos émissions, et cela a permis à de nombreux prisonniers d’être informés de ce qui se passait dans d’autres prisons.

Le rôle des radios peut être très immédiat, tandis que le journal, lui , cherche plutôt à inscrire dans la durée tous ces mouvements qui auraient vite fait d’être jetés aux oubliettes, à restituer leur densité en publiant plates – formes de revendications, lettres de l’intérieur, comptes-rendus de procès…

Manifester sa solidarité avec les mouvements, informer pour rassembler autour d’eux, contribuer à les inscrire dans la durée, développer une capacité de réaction rapide : voilà les objectifs que visent l’Envolée et les différentes émissions anticarcérales, non pas en les portant à quelques-uns, mais en les propageant pour être plus nombreux à comprendre que lutter avec les prisonniers, c’est aussi se battre contre ce monde qui génère toujours plus d’enfermement – sauf que eux vivent directement et quotidiennement cet enfermement ! Autrement dit, il s’agit de construire avec eux une réelle capacité de nuisance.

Note :

Vous pouvez lire la chronique des luttes au CD de Roanne publiée dans le numéro 33.

Les articles publiés dans le journal L’Envolée 33 ne figurent pas tous sur ce site. Vous pouvez néanmoins trouver sur internet les pétitions que nous évoquons :

Pétition des prisonniers d’Argentan

Pétition des prisonniers de Ducos

 

 

« Les hommes dans la prison »

“ Pour ne pas perdre la notion du calendrier, il faut compter attentivement les jours, marquer chacun d’un trait. Un matin, on s’aperçoit qu’il y a quarante-sept jours –ou cent vingt ou trois cent quarante-sept ! – que c’est, en arrière, un chemin droit, sans le moindre accident, incolore, insipide, insensé. Pas un point de repère ne s’y offre au regard. Des mois ont passé, identiques à des jours; des jours passent identiques à des minutes. Le temps présent est lourd de torpeur. La minute est parfois merveilleusement –ou atrocement – profonde. Cela dépend dans une certaine mesure de soi-même. Il y a des heures rapides et de très longues secondes. Le temps passé est nul. Aucune chronologie de faits ne l’arrêtant, la durée extérieure n’existe plus.”

Victor SERGE, les Hommes dans la prison.

Edito du numéro 29, décembre 2011, « le mouvement contre la réforme des retraites… »

 

Le mouvement contre la réforme des retraites serait mort…

du moins son enterrement a-t-il bien commencé. Le mot d’ordre gouvernemental est relayé partout : rien ne doit résister aux vacances, et l’on ne parle déjà plus de pénurie dans les stations-service. Ca débloque ici et là, plus ou moins violemment. Quant aux syndicats, s’ils ne déclarent pas ouverte- ment qu’ils veulent mettre un terme à ce mouvement, ils commencent à articuler différents discours pour accompagner tranquillement la reprise − notamment dans les raffineries − tout en se laissant la possibilité de reprendre la main sur ce qui pourrait encore arriver, et qui continue ici et là. Les langues de bois, en somme, cohabitent dans les mêmes bouches.

Ce mouvement, nous l’avons regardé, nous nous y sommes plongés ici ou là avec plus ou moins de timidité, de plaisir, toujours un peu en étrangers tout de même, n’arrivant jamais tout à fait à oublier les manœuvres de la gauche comme du gouvernement et l’odeur rance des syndicats. Ces maquignons ne nous surprennent pas : quand le mouvement prend, ils l’arrêtent et cherchent à convaincre que la défaite est, quelque part, une victoire. Mais le mode d’emploi syndical a généré un enthousiasme au-delà des syndicats eux-mêmes – ce qui les a surpris -, et il est encore trop tôt pour en mesurer les conséquences. Cette inadéquation entre l’enthousiasme et ce qui était proposé traverse de part en part un mouvement au cours duquel le blocage est devenu une forme d’action très largement partagée.

Cette histoire intéresse forcément un canard anticarcéral comme L’Envolée ; d’abord parce que les mouvements s’accompagnent toujours de répression, avec la traditionnelle trilogie : arrestation, procès, condamnation. Les salariés sont menacés de cinq ans de prison s’ils refusent d’être réquisitionnés sur les piquets de grève devant les raffineries. La présence à une manifestation un peu agitée se solde par de la prison ferme. D’autre part, la fabrication largement médiatique d’une frontière illusoire entre lycéens et casseurs, bons bloqueurs et mauvais bloqueurs, alimente des séparations incompatibles avec une critique radicale du travail salarié et de la prison. Surtout, on ne peut pas séparer la critique de la prison et du système judiciaire de celle du monde qui les génère : travail salarié et prison mettent au pas les corps et les esprits, chacun à sa manière, et en s’alimentant mutuellement. Dans ce monde, on se soumet aux lois du travail ou on va en prison. La prison est le mitard de la société et le travail est la meilleure des polices.

Depuis longtemps, il n’y avait pas eu un « mouvement d’ampleur », comme on dit, qui parle du travail – indirectement, certes, mais tout de même : refuser de consacrer deux ans de plus au travail, c’est dire quel-que chose de la vie qui vient de s’écouler. Bloquer son lycée avec des potes, c’est une manière de dire ensemble que l’idée d’un boulot fixe ou d’une quelconque carrière est au moins aussi abstraite que l’idée d’une retraite dans des dizaines d’années. La retraite avant la traite, disent-ils en substance. Il doit bien s’agir de cela, sinon comment expliquer que pas mal de gens continuent à s’activer en sachant très bien que cette réforme est déjà passée – au compte-goutte – depuis 2003.

Mais de quoi s’agit-il vraiment alors que les manifestations cessent dès que les syndicats arrêtent d’en pondre à intervalles réguliers entre Nation et Bastille ? Que le pétrole est importé d’Italie, d’Espagne, de Hollande ou tiré des stocks stratégiques dès qu’il commence à manquer ? Que les blocages restent le plus souvent symboliques, et ne permettent en définitive pas tant de rencontres que ça ? Que la police a carte blanche pour éborgner, grenader, canarder ? Que l’on nous parle victoire électorale de la gauche en 2012 pour nous renvoyer au chagrin ? Et puis, peu de textes parus pendant le mouvement posent centralement la question du travail, du salariat précaire ou à perpète, de la vie de producteur-consommateur de marchandises et de services plus ou moins inutiles, bref de ce qui se passe avant la retraite. Et lorsqu’il est question de ces boîtes où l’on passe sa vie, c’est trop souvent sous l’angle de la pénibilité, de la souffrance au travail. En quelques années, la médi- calisation de la question sociale a gagné ici aussi du terrain. La psychologisation à outrance et l’individualisation ont contribué à évacuer un peu plus la critique du travail salarié.

Souhaitons qu’en quittant la première page des journaux, ce mouvement soit allé se ressourcer ailleurs, se remplir de sens, se renforcer pour éclater plus fort encore… Voici quelques textes et tracts trouvés ici et là pendant le mouvement ; et parce que derrière les murs, tout continue, on pourra aussi lire dans ce numéro des lettres de prisonniers, un rapport mensonger de médecins qui camouflent une mort en prison, des analyses de lois qui nous tombent sur la gueule, et d’autres nouvelles de six mois de quotidien carcéral. On trouvera pour finir une négociation entre des prisonniers et le directeur suite à un autre mouvement, qui avait – lui aussi – pris la forme d’un blocage : celui de la centrale de Moulins en 2005, qui montre une fois de plus qu’un blocage à l’intérieur, ce n’est pas un blocage à l’extérieur, que tout se complique quand on est enfermé – les moyens d’actions comme les possibilités de solidarité. C’est précisément parce que ces difficultés sont décuplées en prison qu’il y a aussi à apprendre de ces luttes.

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Edito du numéro 27, « avalanche de lois sécuritaires »

ENVOLÉE N°27

Et les textes de lois sécuritaires continuent d’être promulgués. Avant même qu’ils soient appliqués, un nouveau projet est déjà à l’étude… Dernier en date, dans l’esprit managérial du temps : le projet de loi sur la promotion de la sécurité intérieure. Il prévoit l’instauration du couvre-feu pour les mineurs de 13 ans et du contrat de responsabilité parentale qui, outre la suppression des prestations familiales, pourra imposer un couvre-feu individuel à un mineur de moins de 18 ans. Les policiers municipaux deviendront des agents de police judiciaire, avec toutes les prérogatives que cela comporte. Les auditions de prisonniers se feront par visioconférence. Les cambriolages, jusque-là qualifiés de vols par ruse ou effraction et punis de cinq ans d’emprisonnement, seront passibles de sept ans ; les vols simples passeront de trois à cinq ans et les vols aggravés de sept à dix… Les biens d’un inculpé pourront être vendus avant la fin de l’enquête ou de l’instruction ; en cas de non-lieu, de relaxe ou d’acquittement, le propriétaire touchera une indemnité équivalente à la valeur d’usage des biens confisqués. La réserve civile, aujourd’hui composée de retraités de la police, pourra accueillir des volontaires de 18 à 65 ans pour des contrats de cinq ans : pendant quatre-vingt-dix jours par an, ils seront des collaborateurs de la police… Alors tout le baratin sur les gardes à vue, les « prisons du cœur », le parrainage des prisonniers.

Tout cet humanisme associatif ou politicard sert comme toujours de paravent à la réalité carcérale et judiciaire. Celle-là, il n’y a que les prisonniers et prisonnières, les familles, les proches et les amis qui peu- vent en témoigner. Les morts suspectes − bien plus réelles que l’épidémie de grippe A −, l’ouverture des centrales de haute sécurité, la construction de nouvelles taules et de nouveaux centres de rétention, les verdicts de plus en plus lourds ne peu- vent être contrecarrés que par des solidarités actives : témoignages, campagnes anticarcérales, semaines de solidarité avec des inculpés… pour tenter de détruire tout ce qui nous enferme.

Autrement dit, dehors comme dedans, il s’agit de ne pas lâcher le morceau, de rompre le silence sans permettre que nos voix soient récupérées par le pouvoir et régurgitées par les médias officiels.

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Edito du numéro 28, « Des jeux et des lois »

ENVOLÉE N°28

DES JEUX ET DES LOIS

On nous amuse ; on voudrait nous voir soutenir les bleus… ils patrouillent dans les halls, ils contrôlent, expulsent et enfer- ment, mais on en fait les héros de « l’équipe France » sous la douche de rigueur.

Quand la prison prend l’eau, comme à Draguignan mi-juin, on emmène les prisonniers en balade pour éviter « qu’ils ne se livrent aux pillages » de rigueur.

Quand c’est l’eau qui prend le pétrole comme en Louisiane fin avril, les prisonniers les plus méritants gagnent une formation de nettoyage des côtes. On nous amuse ; dehors c’est foot à l’écran, dedans pareil, en payant plus cher. Regarder ailleurs, l’écran des sites de paris en ligne. Y perdre un peu plus de cet argent qui manque déjà. En masse, les masses renflouent le compte courant d’un État qui rembourse les banques de leurs jeux foireux.

On nous amuse ; dehors, c’est Fête de la musique et technivals sous gyrophares ; dedans, c’est ateliers d’écriture sous contrainte. Paroles et musiques en liberté surveillée. Pour ceux qui pètent les plombs, soixante places à gagner en UHSA pour déguster des psychotropes multicolores. On nous accuse ; de nous promener en bandes un peu trop rugueuses ; de ne pas assez engraisser les concessionnaires ; de nous servir dans la caisse ; de refuser d’être soignés à vie ; de nous battre avec nos maigres muscles ; de ne pas croire aux nouveaux monstres que l’on exhibe ; de critiquer les faux critiques…

Jeu pour matons : combien de temps, un prisonnier qui a mis le feu à sa cage met-il pour crever ?

Jeu pour humanistes : combien de temps un prisonnier qui a fait vingt piges tient-il à l’extérieur ?

La seule règle, y’en a pas… d’arrangement, dixit Nino !

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« Imaginer tous les prisonniers qui veulent que ces prisons de merde ferment un jour »

Paru dans le N°30 de l’Envolée, mars 2011

Le 13/11/10 Salut à toute l’équipe,

C’est avec un tout petit regret que je vous écris cette lettre car bientôt je serai transférée à la centrale de Rennes, normalement c’est pour début décembre. Je suis contente à la fois de quitter cette maison d’arrêt pourrie qu’est Fresnes mais le seul regret que je vais avoir c’est de ne plus pouvoir vous écouter. Comme M. Top el Hadj j’aurai aimé comme lui que la diffusion soit nationale mais les explications d’Olivier qui montrent que c’est pratiquement impossible me désolent.

J’aurai passé 3 ans dans 3 maisons d’arrêt et là je vais atterrir dans une centrale où les conditions de détention ne seront pas les même mais j’espère inch’Allah que cela se passera bien. Je continuerai à vous écrire et à vous téléphoner, avec un pincement au cœur bien sûr de ne plus vous entendre. C’était comme un rituel le vendredi de 19h à 20h30, rituel qui me faisait imaginer tous les prisonniers qui veulent que ces prisons de merde ferment un jour. Isolée je me sentais comme entourée par d’autres comme moi qui étaient à l’affût en vous écoutant d’un témoignage, d’un courrier et cela fait chaud au cœur. Merci à M. Top Omar et à Malek Khider de penser à moi , cela prouve que les messages, les courriers que j’ai envoyé pour dénoncer toutes ces humiliations, ces brimades, ce quotidien morose, ont bien abouti en ce sens.

J’ai deux grands frères et un petit frère, trois soeurs et j’imagine toujours que ce pourrait être eux derrières les barreaux à notre place, c’est pourquoi je vous apporte tout mon soutien de tout petit bout de femme calme posée mais tellement enragée à l’intérieur de moi quand j’entends des mots comme QI, isolement, peine de sûreté, perpétuité, etc…

Je suis de tout coeur avec vous même si l’on ne se connait pas. J’adresse aussi un salut particulier à Sylvie Picciotti qui a Fleury ne nous entend pas mais j’espère qu’elle pourra lire le journal un jour et qu’elle pourra lire toute l’attention que je lui porte. Je vous remercie pour tout ce que vous faites , continuez dans ce sens, c’est un baume au cœur que de se savoir soutenue et entendue surtout. Ma dernière pensée sera pour M.Benchetouya, assassiné en prison par des détenus (Paix ait son âme). C’est par lui que j’ai pu vous rencontrer et commencer à m’intéresser à toute cette violence carcérale que personne ne voit. C’était le frère d’un ami au mien, je ne le connaissais pas mais je ne souhaite à personne de mourir en prison , mourir sans avoir pu voir tes proches et leur dire au-revoir. Je vous demanderai si c’est possible, et c’est un petit coucou à M.Top, et mon cadeau de départ des ondes, si c’était possible de passer des morceaux de Kenny Arkana, album entre ciment et belle étoile et si possible la 19, la dernière de l’album.

Je vous embrasse tous, en espérant un jour vous revoir sur le plateau comme Laurent Jaqqa et continuer à lutter pour l’abolition des prisons, des centres de détention et toute autre forme, de type d’enfermement. Je continuerai à prendre de vos nouvelles par le biais d’Olivier que je vois au parloir, d’ici là bon vent, force, courage, détermination et PATIENCE. Car la patience est une vertu. Pour finir y’a pas d’arrangement, ça c’est pour Nino, paix ait son âme.

 

Kaoutar, future-ex prisonnière de Fresnes.

L’INFÂME BOUILLIE MÉDICO-PÉNITENTIAIRE, SUICIDES ET MÉDICALISATION

Paru dans l’Envolée numéro 26 – Octobre 2009 –

L’INFÂME BOUILLIE MÉDICO-PÉNITENTIAIRE, SUICIDES ET MÉDICALISATION

 MÉDICAL DE SÛRETÉ ET SANTÉ PUBLIQUE

 C’est probablement en référence à l’efficacité des soins procurés et à la qualité de la prévention pratiquée que Florence Aubenas, nouvelle présidente de l’Observatoire international des prisons (OIP), s’est exclamée : « On est là face à un problème de santé publique, je crois qu’il faut se décider à faire rentrer les médecins dans les prisons ! », la journaliste lui répondant fort justement : « Mais il y a déjà des médecins dans les prisons aujourd’hui !». Plus précisément, voilà ce que pense l’OIP (1) : « L’attitude de l’administration pénitentiaire, qui empêche toute analyse documentée et rationnelle du phénomène du suicide en prison, pour se prémunir d’une remise en cause de ses modalités d’action, témoigne de la nécessité de confier au ministère de la Santé la responsabilité de la définition et de la mise en œuvre de la politique de prévention. »

C’est d’une certaine façon une tentative de faire jouer le pouvoir médical soignant contre le pouvoir carcéral. En d’autres termes de faire jouer le biopouvoir contre le pouvoir disciplinaire et les survivances du pouvoir souverain, de plaider en quelque sorte pour le droit à la vie des personnes incarcérées.  Ce faisant, c’est oublier que le pouvoir médical, sous sa forme psychiatrique, a depuis longtemps, hors du champ initial de son savoir, envahi le système pénal, notamment par le biais des expertises.  C’est oublier que ce même pouvoir gère l’enfermement psychiatrique et qu’avec la mise en place des UHSA (Unités d’hospitalisation spécialement aménagées), il devient un acteur à part entière du système pénitentiaire…  C’est oublier qu’avec la création des centres de rétention de sûreté, il joue sur tous les tableaux, apportant à la fois la caution de l’expertise et l’alibi du soin (2). C’est oublier enfin que le pouvoir médical est capable, sur injonction de la Chancellerie, de lourdement participer à la production de rapports – tel celui de la commission Albrand – où impératifs pénitentiaires (3) et thérapeutiques sont mêlés dans une infâme bouillie et où l’amalgame entre délinquance et pathologie est repris de plus belle (4). Mais comme en 2003 avec la mission de réflexion sur les suicides confiée au psychiatre J-L Terra, les choses sont faussées dès le départ car la mission-commission, dirigée par un psychiatre, va d’emblée considérer la question sous l’angle de la maladie mentale. Et l’accroissement, ces dernières années, du nombre de prisonniers souffrant de troubles psychiques ne peut que renforcer la tentative d’en faire une affaire médicale. Mais le problème n’est pas fondamentalement psychiatrique, comme tentent de nous le faire croire certaines déclarations médico-pénitentiaires. Il est provoqué par des traitements durs, méritant pleinement le nom de torture : choc de l’incarcération, longues peines, transferts incessants, placements en quartier d’isolement, mises au mitard, refus de parloir, rejet de libération conditionnelle, etc. Il est provoqué par la prison même. Première embrouille donc : oser qualifier de psychopathologie la souffrance et les comportements qu’elle induit. Et seconde embrouille : faire porter tout le poids de cette souffrance à l’individu en niant la responsabilité de l’administration pénitentiaire, du système répressif dans son ensemble et de la société.

Quant au soin qui semblerait, en l’occurrence, intéresser la pénitentiaire, il pourrait s’appeler techniques de « préservation de l’intégrité physique à tout prix ».

IL N’Y A PAS QUE LES « SUICIDES »…

 On l’a déjà dit, mais on le répète : le bruit qui a été produit sur les suicides en prison (discours officiels et amplification médiatique) a été accompagné d’un silence assourdissant sur les « morts suspectes» dans les mêmes endroits. À de rares exceptions près, les medias sont restés prisonniers du sujet défini selon les normes au pouvoir, où pour un peu l’AP apparaîtrait comme une officine de santé publique aux prises avec un problème complexe dont est responsable une sous-catégorie– difficilement repérable – à l’intérieur d’une population spécifique, celle des détenus.

M ais il n’y a pas que des « suicides » ou des morts mal expliquées parmi les décès qui mettent en cause la prison, et ils ne se produisent pas qu’à l’intérieur (5). Peu de personnes en sont conscientes, mais le nombre de personnes mortes de la prison est bien plus élevé que le chiffre officiel des « suicides » en prison…

 NOTES :

1. Cf. « Prévention du suicide en prison : en finir avec une politique absurde et mensongère ».

2. Comment en effet prétendre encore soigner dans un lieu où le moindre propos d’un prisonnier pourrait être retenu contre lui ? À moins de ne plus concevoir le traitement que sous la forme épurée : « Gobe tes médocs et ferme ta gueule ! »

3.  « En charge de la garde de cette personne, l’administration se doit alors de préserver son intégrité physique à tout prix, y compris contre elle-même. » La prévention du suicide en milieu carcéral, rapport de la commission Albrand, p.15.

4.  « Par ailleurs, la délinquance est devenue plus violente et plus improvisée. Les personnes incarcérées sont ainsi souvent adeptes de « conduites à risques », atteintes de troubles de la personnalité, voire de troubles psychiatriques. » Ibid., p.13.

5. Cf. « Prison : danger de mort » , L’Envolée N°25.

TRANSPARENCE PLUS QUE TOTALE, sur les morts en prison

Paru dans l’Envolee numéro 26 – octobre 2009  

TRANSPARENCE PLUS QUE TOTALE, sur les morts en prison

Le 18 août, la nouvelle garde des Sceaux s’est vu remettre le rapport demandé à l’administration pénitentiaire (AP) sur les morts en prison depuis le début de l’année, dont le contenu n’a pas été rendu public. Par contre, ce même jour, le fameux rapport Albrand, jusque-là confidentiel, a été mis en ligne sur le site du ministère de la justice. S’agit-il de la version revue et corrigée par la précédente tenancière de la Chancellerie ? Le bon Dr Albrand vous répond :

« La ministre ressort la version édulcorée du rapport… La version light, pas celle que j’avais remise en décembre au ministère. »

Cela n’a pas empêché Alliot-Marie de déclarer :

« La première des choses que j’ai décidé de faire, là aussi par ce que je souhaite que l’on agisse dans la transparence, c’est de publier ce rapport ».

La transparence, selon la ministre de la pénitentiaire, est à opacité variable. En l’occurrence il s’agit que tout le monde voie ce document,

« ce qui permet ensuite de juger de ce qui est fait et de ce qui reste à faire. Il y a vingt préconisations dans ce rapport, j’ai décidé de suivre ces vingt préconisations. » a-t-elle ajouté.

Pure démagogie, car seule une commission de contrôle, indépendante de la pénitentiaire et dotée de moyens conséquents, pourrait produire une estimation sérieuse. Cela dit, quel sens y aurait-il à faire une estimation sérieuse de recommandations qualifiées d’« idiotes » par Albrand lui-même ? Il pourrait y en avoir 50 ou 100, de ces mesurettes d’opérette, que cela ne changerait rien à la réalité du problème…

Citons, à titre d’exemple, le fameux « kit de protection » à « expérimenter » pour les « personnes détenues en urgence suicidaire élevée » comprenant « draps et vêtements déchirables [en papier] ou/et couvertures indéchirables ne pouvant être transformés en liens », « des cellules sécurisées avec interphone et absence de points d’arrimage (support TV, canalisation, barreaux de fenêtre…) » à « expérimenter », toujours, ainsi qu’une meilleure formation des personnels pénitentiaires. Le dernier point de la préconisation n°11 va jusqu’à vouloir  « sensibiliser les codétenus […] en expérimentant [encore] une action de formation au soutien d’une personne en souffrance »,

Les transformant donc en agents pénitentiaires psycho-médicaux. Pour mettre fin à la « sur-suicidalité carcérale », comme ils disent, l’AP semble surtout prête à renforcer les contrôles et la surveillance, dans la mesure de ses moyens c’est-à-dire qu’il faut que cela ne (sur)coûte rien ou presque.

S’il ne s’agit que de ramener le chiffre des suicides ou morts suspectes, en très forte augmentation en 2009, à des proportions moindres acceptables par tous les pouvoirs… Une fois retrouvé le taux de « suicidalité » des années précédentes, qui osera prétendre que le problème n’est pas résolu ?

 

 

 

« Longues peines »

Paru dans l’Envolée N°2, Novembre 2001

Je tenais à témoigner pour votre dossier concernant les longues peines dont je fais partie, quoique je qualifierais celles-ci d’infaisables, d’irréelles, d’inacceptables…! Sachant très bien que je ferai tout pour ne pas la finir quoi qu’il m’en coûte; la mort, oui bien sûr, mais debout sur le haut du mur, jamais je ne courberai l’échine en attendant la fin de l’échéance…! Je suis en détention depuis six ans dont plus de cinq années dans les QI, étiqueté DPS depuis de nombreuses lunes, accro aux balluchonnages pénitenciaires, résident quasi permanent des rez-de-chaussées glauques et sombres, des QD dépourvus d’humanité, mais fidèle client de la liberté… de l’envolée ! Comment pourrais-je expliquer que c’est ce qui me reste pour vivre, pour supporter l’enfermement, ma date de sortie est bloquée temporairement à 2034… alors que je n’ai tué personne, j’ai certes volé quelques banques, vidé quelques distributeurs, pillé quelques salles de coffres, mais de là à finir par une peine compressée à trente années, non… ce n’est pas juste! Bien évidemment je refuse en bloc tout le cinéma interne à la détention des longue-peine (CNO, travail, psychothérapie, etc.). Mon esprit, mon corps tout entier se nourrit de vengeance, seule ma haine me permet de voir des jours… des lendemains joyeux. Le ministère m’a affecté dans une centrale sans savoir laquelle bien entendu, mais je dois patienter encore une année pour pouvoir vivre décemment, j’entamerai donc ma septième année en maison d’arrêt, une punition de plus pour avoir tenté plusieurs envolées! Le cher directeur de Fresnes m’a fait savoir que mes balluchonnages continueront dans les centrales où je représente un danger… La résistance n’est toujours pas bien vue dans notre pays malgré les années passées, il faut collaborer avec les autorités… alors j’en suis désolé d’avance, j’ai beaucoup plus d’atomes crochus avec Jean Moulin qu’avec Pierre Laval… Je devrais clôturer mes sessions d’assises dans un an avec un dernier round à Nanterre. Entre-temps j’espère être passé en correctionnelle pour ma dernière tentative d’évasion du QI de Ploemeur… ce qui m’amènera à plus de 2050 grosso modo, avant compression. J’ai oublié aussi que bien sûr je vois passer les grâces devant mon nez sans arrêt, pareil pour les RP, les RPS, une vraie perpétuité, une élimination pure et simple de l’individu gênant ! Mais qui ils sont, eux, pour me juger, pour m’annihiler, des magistrats détenteurs provisoirement d’un pouvoir, survolant ma vie, mes dossiers, avec des a-priori, des certitudes…
A ceux là je dirai simplement : n’oubliez jamais «que le vrai pouvoir, il est au bout du fusil…».
Amicalement,
Tony

« Lettre de Fleury »

Paru dans le N°2 de l’Envolée, octobre 2001

Monsieur,
De part ce courrier, nous tenons à vous mettre en garde sur la détérioration des conditions de détentions que font  subir certains membres du personnel surveillant du bâtiment D5 à l’ensemble de sa population carcérale outrepassant le règlement intérieur et abusant de leur autorité disciplinaire sur le comportement et le mode de vie des détenus et prévenus, et de ce fait cherchant à mettre en place un rapport de force verbal ou physique (dominé-dominateur) qui risque d’aboutir à des conséquences très grave pouvant aller jusqu’à un point de non retour. L’humiliation, la provocation verbale et la brutalité physique sur les détenus sont devenues monnaie courante. En effet on ne compte plus les différents problèmes qui ont surgi ces derniers temps et dont la liste est loin d’être exhaustive :
– réflexions douteuses voire racistes sur les origines et les croyances religieuses ou ethniques d’une partie de la population carcérale (phénomène croissant étant donné la conséquence directe du contexte mondial et sociétal actuel)
– violation délibérée du dernier lieu d’intimité qu’il reste au détenu : la cellule, en arrachant tout ce qui se trouve à portée de main
– non respect des conditions politiques que tout un chacun à la liberté d’avoir
– bousculades lors d’altercations avec des détenus refusant de se soumettre à l’excès de zèle autoritaire de certains surveillants et/ou bricards
– passages à tabac sur les détenus qui par leurs états psychomentaux devraient être placés dans d’autres endroits pénitenciers
– un exemple flagrant : vers la mi–septembre 2001, Djamel Ben Drisse longue peine condamné à vingt ans de réclusion criminelle a été sans aucun motif, humilié, passé à tabac et remis en cellule !!!
Suite à son agression, Djamel Ben Drisse a mis le feu à sa cellule à l’aide de fils électriques arrachés des murs. Il a été conduit à l’hôpital d’urgence. Plus de nouvelles depuis. Certains disent qu’il est décédé.
C’est donc dans cette logique de tension et de dégradation quotidienne de la vie carcérale qu’un terrain de haine et de vengeance se développe. Une situation qui deviendra ensuite de la part du personnel surveillant un prétexte à des revendications syndicales demandant toujours plus de moyens tant humains que matériels.

A raison de quoi, si des mesures concrètes sur cette situation critique et alarmante à l’encontre de monsieur X (équipe du vendredi 26/10/01 3ème étage droite D5), de type révocation ou reclassement de ce personnel pénitencier à des postes où ils n’auront plus de contact direct ou indirect avec les prisonniers, ne sont pas prises, nous nous devons de vous avertir que nous ne serons pas responsables des actes collectifs de quelque nature que ce soit pouvant gravement perturber l’ordre carcéral–militaire dont vous êtes la plus haute instance représentative au sein de l’administration pénitentiaire de la maison d’arrêt de Fleury Mérogis.
En espérant que vous saurez faire preuve de responsabilité et par conséquence prendre des mesures nécessaires pour que ce rapport conflictuel n’aille en s’ envenimant.
Veuillez accepter, monsieur, nos salutations.
Collectif des détenus du bâtiment D5 de Fleury Merogis.