Archives de catégorie : Articles de la rédaction

ÉMISSION DE L’ENVOLÉE DU 23 JUIN 2017

 

      • Lettres : Aurore, Damien, Jean-Paul, Alexia et Nassira
      • Appel : Floréal, pour Fabrice
      • Brève : Prise de parole à la maison centrale d’Ensisheim
      • Présentation du dernier numéro du journal l’Envolée

Zics : Soklak – Inadapté / Thirstin Howl III – The Polorican / Trust – Instinct de mort / Monsieur Socrate – Le placard


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DE PLUS EN PLUS CAUCHEMARDESQUE POUR FABRICE BOROMEE : EN GUISE DE REPONSE A SES DEMANDES DE TRANSFERT, L’ADMINISTRATION LUI JETTE UNE GRENADE ASSOURDISSANTE DANS SA DOUCHE

Depuis son refus de remonter de la douche le 21 mai dernier, Fabrice a reçu beaucoup de lettres de soutien à la fois d’autres prisonnières et prisonniers et de personnes extérieures. La directrice a été obligé de reconnaître qu’il y avait du monde pour le soutenir. Elle a cessé de lui répéter que c’était pas « ses petits copains de L’Envolée qui allaient le sortir de là… ». Elle a lâché un peu de lest en lui concédant l’accès à la salle de sport. L’entraîneur est néanmoins obligé de rester à l’extérieur de la salle et de lui parler à travers les barreaux…

Cette petite concession ne change pas grand-chose à la situation de Fabrice. Rappelons qu’il est entravé dans tous ses déplacements, qu’il est interdit de promenade, de douche le week-end et que la pénitentiaire a construit une cellule de mitard spécialement pour lui dans le quartier d’isolement, avec une grille à terre à travers laquelle les matons lui jettent la nourriture comme à un animal.

Vendredi dernier, il a donc de nouveau bloqué la douche, le seul moyen qu’il ait pour réclamer son transfert immédiat en région parisienne où habite un ami qui lui rend visite – son seul parloir.

Cette fois-ci, la directrice a utilisé les gros moyens pour le dégager : les Eris, avec casques, boucliers et autres armes de toutes sortes, sont arrivés et ont lancé une grenade assourdissante dans la douche ! Fabrice est au mitard pour 30 jours supplémentaires. Il n’entend plus d’une oreille, il est très inquiet. Il est écrasé de chaleur toute la journée avec des maux de tête violents et permanents. Le médecin refuse de l’examiner, passant juste la tête à travers les barreaux du mitard.

Nous renouvelons donc notre appel émis il y a quelques semaines :

L’administration pénitentiaire de Saint-Maur cherche méthodiquement à éliminer Fabrice Boromée, dont elle ne sait que faire : cette torture a pour but de le pousser à bout jusqu’à ce qu’advienne l’irréparable et que l’administration puisse le tuer en toute légalité ou l’envoyer à vie en hôpital psychiatrique.

Il est toujours aussi important de lui écrire pour le maintenir en vie : autant pour lui témoigner de la solidarité, lui donner du courage, que pour montrer à l’administration pénitentiaire qu’il n’est pas seul et qu’elle ne peut pas commettre l’irréparable. Une carte postale, quelques mots suffisent.

Fabrice Boromée, Maison centrale Bel Air, 36 255 Saint-Maur cedex

ILS SONT EN TRAIN DE TUER FABRICE BOROMÉE

Solidarité avec Fabrice Boromée

L’administration pénitentiaire veut éliminer Fabrice Boromée alors qu’il ne fait que demander un transfert en Guadeloupe pour être rapproché des siens.

Comme plus de 500 prisonniers originaires des DOM-TOM, Fabrice Boromée purge une peine en métropole, loin de ses proches. Il réclame son transfert en Guadeloupe depuis 2011. L’administration pénitentiaire (AP) fait la sourde oreille, et l’empêche même de se rendre à l’enterrement de son père en septembre 2012. Il tente alors de se faire entendre en « prenant en otage » un maton de Condé-sur-Sarthe avec Rachide Boubala. Il réitère cette tentative de prise de parole à la centrale de Arles en 2014 : la justice qualifie de nouveau son acte d’« agression » et de « tentative de prise d’otage ». En septembre 2015, alors qu’il fait le tour des quartiers d’isolement (QI) des prisons françaises depuis trois ans et demi, le directeur de Vendin-le-Vieil lui fait miroiter sa sortie de l’isolement, mais il change d’avis à son retour de vacances et envoie son sous-directeur lui annoncer qu’il va y être maintenu : Fabrice retient le sous-fifre pendant deux heures. La justice répond systématiquement à toutes ses tentatives pour se faire entendre par des peines supplémentaires. Entré en prison pour une peine de huit ans, il en a maintenant plus de trente à faire. L’AP lui fait payer sa détermination en refusant de lui faire rejoindre la détention dite normale. Maintenu à l’isolement, sans cesse transféré (Fleury-Mérogis, Clairvaux, Lannemezan pour la seule année 2016, et maintenant St-Maur), entravé dans tous ses déplacements en prison (y compris lors de la distribution des repas), il fait l’objet d’insultes racistes et de passages à tabac de la part des matons.

Fabrice Boromée vient d’être transféré à la centrale de Saint-Maur, il est toujours à l’isolement, sauf que là l’administration pénitentiaire a transformé sa cellule en mitard en ajoutant une grille devant la porte. Il n’a pas de parloirs, les matons ont dissuadé l’aumônier de venir le voir en lui faisant croire qu’il était dangereux et qu’il s’en prendrait à lui en lui jetant de l’urine à travers la grille. La psychologue refuse d’intervenir au prétexte de conditions indignes et incompatibles avec l’exercice de ses fonctions. Le docteur, obligé de passer vérifier s’il est toujours vivant, se contente d’un « ça va » et repart. Son avocat se sent dépassé par la situation. Bref, au moment où tout ce petit monde devrait se réveiller, personne ne bouge.

Il est privé de toute activité, même de sport. Il est interdit de promenade le week-end sous prétexte que le chef de détention n’est pas là. Il est menotté et entravé, encadré par plusieurs surveillants armés de boucliers pour les rares mouvements qu’il fait en dehors de sa cellule, comme pour aller à la douche ; douche qui lui est aussi refusée le week-end. Les matons lui jettent sa gamelle à travers la grille comme à un chien.

Pour protester contre ces mesures, le 21 mai Fabrice a refusé de se laisser menotter et de remonter en cellule. Il a bloqué la douche de 9 heures à 15 heures pour demander son transfert immédiat en Ile-de-France.

L’administration pénitentiaire l’a averti : rien ne changera d’ici son probable transfert pour Réau en novembre. Associations, contrôleur des lieux de privation de liberté, etc., tous sont informés, mais aucune réponse de leur part à ce jour.

L’administration pénitentiaire de Saint-Maur cherche méthodiquement à éliminer Fabrice Boromée, dont elle ne sait que faire : cette torture a pour but de le pousser à bout jusqu’à ce qu’advienne l’irréparable et que l’administration puisse le tuer en toute légalité ou l’envoyer à vie en hôpital psychiatrique.

Il est important de lui écrire pour le maintenir en vie : autant pour lui témoigner de la solidarité, lui donner du courage, que pour montrer à l’administration pénitentiaire qu’il n’est pas seul et qu’elle ne peut pas faire ce qu’elle veut. Une carte postale, quelques mots suffisent.

Adresse : Fabrice Boromée, Maison centrale Bel Air, 36 255 Saint-Maur cedex

Solidarité avec Georg Huss en danger à la MA de Mulhouse, l’AP fait le mort…

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Voici les dernières informations concernant la situation de Georg HUSS. Ce prisonnier allemand a fondé un syndicat de prisonniers en Allemagne. Il est incarcéré à la Maison d’Arrêt de Mulhouse, où il a entamé une grève de la faim le 1er janvier pour appuyer ses demandes, notamment la fermeture sous 3 mois de la taule dans laquelle il est actuellement détenu. Vous pouvez lire ici en détail ce qu’il a déclaré au début de son mouvement.

A ce jour, il pèse 56 kg, se sent extrêmement faible, mais poursuit sa grève de la faim. Il y a un mois précisément, il avait déjà perdu 10 kg. Le médecin de la M.A. de Mulhouse considère pourtant qu’il n’y a pas d’urgence pour l’hospitaliser.

Ses amis du Syndicat des prisonniers en Allemagne et en Autriche s’inquiètent de la dégradation de son état de santé face au silence et à l’inertie que lui oppose l’Administration pénitentiaire.

Comme l’écrit Georg dans un précédent courrier : « Faire le mort, c’est la tactique du système répressif dans ces cas-là ! »

Pour celles et ceux qui souhaiteraient lui adresser un mot de soutien (en allemand, de préférence, mais également en anglais ou en français) voici son adresse :

Georg HUSS N° d’écrou 42048, Maison d’Arrêt de Mulhouse, 59 Avenue Robert Schuman B.P 3129 68063 Mulhouse Cedex

Il est loisible également d’exiger des nouvelles de son état de santé en appelant directement le Service pénitentiaire d’insertion et de probation de la prison de Mulhouse au numéro suivant : 03 89 36 34 00 [du lundi au vendredi, de 9h30 à 11h45 et de 14h à 16h]. Pour joindre directement ce service, choisir la touche 3 puis la touche 1 dans le menu vocal.

Il est fort probable que les CPIP ne veuillent pas donner suite à vos demandes (dans la mesure où vous ne seriez pas de sa famille), mais la démarche reste très importante et ne manquera pas de remonter, notamment si les appels se multiplient.

Insupportables, le tribunal de Valence et le Quartier maison centrale de sa prison. Le 10 mars devant le TGI à Valence et le 11 devant Fleury-Mérogis, solidarité avec les prisonniers-inculpés!

Le 10 mars 2017, tous et toutes au TGI de Valence pour soutenir les prisonniers de la deuxième mutinerie du quartier maison centrale (QMC) de la prison de Valence.

Le 27 novembre 2016, des prisonniers longues peines se sont révoltés au QMC du centre pénitentiaire de Valence,  contre un enfermement toujours plus strict et sécuritaire. Le vendredi 10 mars 2017 à 14h, deux d’entre eux, accusés de dégradation et vol avec violence seront jugés par le tribunal de grande instance de Valence.

Le 6 janvier dernier, les magistrats de ce même tribunal ont déjà distribué un cumul de neuf années de prison supplémentaires à trois autres prisonniers -longues peines aussi- pour une première mutinerie qui avait eu lieu en septembre dans ce même QMC. déjà des prisonniers avaient dérobé les clefs de matons, ouvert les cellules du QMC, détruit des caméras de vidéosurveillance et mis le feu à des matelas.

Ces peines sont supérieures aux peines que les mutins de Châteaudun se sont pris dans la bouche en 2013 (elles n’excédaient alors pas 18 mois pour ceux qui avaient été désignés comme meneurs). Bien supérieures encore aux peines de huit mois qui avaient été distribuées pour la destruction totale de la prison de Nancy en 1972, peines que les mutins d’alors qualifiaient déjà « d’insupportables ». En quarante cinq ans, la pénalisation des révoltes sociales de prisonniers s’est considérablement accentuée et le TGI de Valence en donne une illustration de plus.

Insupportables, les magistrats de ce tribunal, qui pour mieux tirer à peines réelles, interdisent l’accès à une audience civile -donc publique-, aux personnes contrôlées, puis identifiées comme soutien potentiel aux prisonniers-inculpés. Le 6 janvier deux personnes avaient en effet été « retenues » à l’unité de garde à vue du commissariat de la Comédie pendant la durée du procès.

Insupportable, que les prisonniers soient jugés dans une salle toute entière acquise au point de vue des matons. L’AP avait, lors de cette audience de janvier, dépêché rien moins que son directeur régional.

Insupportables, ces avocats du barreau de Valence qui dans cette petite ville où tout le monde se connaît s’accommodent fort bien des pratiques d’intimidation des magistrats et vivent de défenses couchées qu’ils facturent aux prisonniers, transformés en « clients ».

Insupportable, le TGI de Valence.

Insupportable, le QMC de Valence.

Face à la justice, face aux syndicats de la pénitentiaire, l’Envolée appelle à soutenir publiquement les deux prisonniers de la deuxième mutinerie. Rendez-vous le vendredi 10 mars à 13h30, place du tribunal de grande instance de Valence pour témoigner de notre solidarité et ne pas laisser la justice poursuivre son méticuleux travail d’élimination sociale.

L’Envolée

En attendant, vous pouvez écouter l’interview de l’épouse de l’un des deux inculpés. Elle permet de comprendre le sort qui est fait aux prisonniers longues peines dans les QMC et les causes de ces révoltes dans celui de Valence.

tagValence

Si vous êtes en région parisienne, rassemblement devant la maison d’arrêt pour hommes de Fleury-Mérogis, samedi 11 mars 2017 à 13h, en solidarité avec les prisonnier-e-s :

« De nouveau apparaît la figure du casseur et de la racaille. Médias, police et Justice travaillent ensemble pour taire la révolte, pour séparer les bon.ne.s des méchant.e.s. La réponse est immédiate : des centaines d’arrestations et de nombreuses condamnations. (…) Quand éclate une révolte, l’Etat tente de nous diviser, et peut ensuite réprimer plus facilement dans l’isolement et l’indifférence. Que ce soit contre une nouvelle loi, contre nos conditions de vie de merde, contre des violences policières, ou contre la prison, on a raison de se révolter. Pour être plus fort.e.s, il nous faut rester solidaires, ne pas laisser nos compagnon.ne.s de lutte seul.e.s avec les juges et les matons. »

Extraits de l’appel paru sur Paris-luttes.info., Solidaires dans les luttes, solidaires face à la répression.

 

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« Ca ne valait pas la peine, mais ça valait le coup » Hafed Benotman dans L’Envolée, un livre et un CD à paraître en mars 2017

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Ca ne valait pas la peine mais ça valait le coup, 26 lettres contre la prison, écrites par Hafed Benotman et choisies par L’Envolée.

A paraître en mars 2017 aux éditions du bout de la ville. Vous pouvez vous procurer le bouquin contre 12 euros en librairie ou dans votre boîte aux lettres en écrivant à :

leseditionsduboutdelaville@yahoo.fr

Comme tous les numéros de L’Envolée, le livre est gratuit pour les prisonniers et les prisonnières qui en feront la demande.

 

« En 2001, Hafed Benotman et quelques complices ont créé l’émission de radio anticarcérale L’Envolée et le journal du même nom. À sa mort en 2015, l’équipe du journal décide de lui rendre hommage dans un numéro qui réunit la plupart des courriers et articles publiés au fil des ans dans L’Envolée. Une façon de continuer à se marrer, gamberger et se bagarrer avec lui contre toutes les prisons.

À ces lettres, écrites pour la plupart en prison, nous avons joint dans ce livre : des extraits de certaines de ses interventions radiophoniques sur Fréquence Paris Plurielle ; des extraits de romans parus chez Rivages (Les Forcenés, Marche de nuit sans lune, Un jardin à la cour) ; de longs passages d’entretiens qu’il a donnés au journal Article 11 en 2008, à la revue Mouvements en 2010 et à la 51e Rencontre Cinéma de Pézenas en 2013. Enfin, nous publions deux nouvelles, « La Grappe » tirée de Fraternité à perpète (L’Insomniaque, 2006) et « Une pile au coeur », inédite. En clin d’oeil à son amour des machines à écrire, nous avons regroupé ces textes et extraits en 26 thèmes. Et parce que nous aimons sa gouaille et son sens de la repartie, nous avons choisi quelques-unes de ses envolées pour en faire un disque.

À la tienne Hafed ! Et merci.

L’Envolée, janvier 2017

Kat de couv

Vous pouvez écouter en avant première un montage d’interventions  radiophoniques de l’ami Hafed qui sera distribué en CD avec le bouquin à paraître en mars : Ca valait pas la peine mais ça valait le coup sur le Mixcloud de L’Envolée.

HAFED CD

#TMDJ

Toutes les luttes mènent à Boboch’

C4Epd4XWAAA04Lj (Tant qu’il y aura la Justice, il n’y aura pas de paix)

Tout y est : « Des banlieues à feu et à sang », « en ébullition »,  « la sécession de certains quartiers », « un risque de partition », et une dernière, en mode métaphore animalière : « les émeutiers marquent leur territoire »… La presse qui elle-même en avait un peu marre des affaires de pantins présidentiables se jette sur l’os et plonge la France dans l’angoisse avec son nouveau feuilleton policier. Objectif simple : ne surtout pas dire que ce qu’il se joue depuis le viol de Théo lors d’un « contrôle policier » est aussi,  une remise en cause inédite de la justice.

Mêle-toi de tes affaires

La gauche flippe, comme à son habitude quand elle doit gérer cet « électorat traditionnel »… qu’elle a perdu depuis longtemps. Elle claque des genoux d’un nouveau 2005, et plus encore de vraiment perdre ces élections déjà perdues. Ben oui, à force d’être déjà « en état d’urgence permanent » depuis deux ans, elle peut même plus sortir cette arme de dissuasion des masses – comme ses confrères de droite l’avaient fait en 2005. Alors Hollande tente un truc : il fait son Obama de dernière minute en posant pour la photo à l’hosto à côté de Théo ; on n’avait pas vu ça pour les proches d’Adama… Le FN, par le biais de son porte parole, voudrait quant à lui « interdire les troubles publics pour l’avenir »… Au delà du fait que cette phrase n’a aucun sens, c’est un très très gros mensonge. Il trépigne, le petit mari de Marine. Tout son parti fait des rêves humides de contagion brûlante. Il est déçu quand un expert quelconque – mesurant l’opinion qu’il fabrique – explique que « pour l’instant, c’est le thème de la lutte contre le terrorisme qui paraît le plus important quand on évoque les fonctions régaliennes auprès des français »On en a tellement fait en deux ans sur le terrorisme qu’il faut y aller franco pour revenir au petit quotidien sécuritaire. Marine Le Pen – entre des larmes de crocodile sur la Prom’  pour les victimes de l’attentat de Nice et un Vendée Globe sauce PNL dans son clip de campagne –, revient à ses premières amours : la défense de la police qu’il « faut armer moralement et matériellement ». Vous noterez l’usage du ré, alors qu’on a vu des flics cagoulard et armés manifester tout l’hiver, pénétrant même le périmètre interdit du palais de l’Élysée… Et puis, pour la route, histoire que nos amis les bêtes n’aient pas l’impression de travailler pour rien, elle y va d’un « 40 000 places de prison supplémentaires ».

Fillon, trop empêtré dans la révélation de son petit biz’ familial, nous envoie son Ciotti de proximité pour faire du lien social sécuritaire. Ce sont des gamins qui mettent le feu à des poubelles – et jamais à une petite fille soit dit en passant, laquelle n’a jamais été sauvée par des flics, en prime – et tiennent tête à la police d’occupation ? Qu’à cela ne tienne : on se voit déjà « abaisser la majorité pénale à 16 piges », relancer « des tribunaux correctionnels pour mineurs », multiplier les centre éducatifs fermés. Une spéciale à Luis Voguel, maire LR de Melun : « ce n’est pas un hasard si ces incidents se déroulent en pleines vacances scolaires. Il faut lutter contre le décrochage scolaire dans ces quartiers »… Un truc que t’as pas capté, mon petit Louis ? S’il y a bien un moment pour décrocher de l’école, c’est les vacances, que tu vives dans un ghetto de riche ou dans un ghetto de pauvre. Quant à Macron – le pseudo outsider aux dents déjà longues –, il profite des légers problèmes de ses collègues de droite pour dégainer. Lui qui trouve le moyen d’être en tête des sondages alors qu’il n’avait rien poucav’ jusque là de son programme, il nous balance enfin un programme de… 15 000 places de prison supplémentaires ! Il reprend et cite officiellement le rapport que notre actuel ministre des tribunaux et des prisons, JJ Urvoas, avait sorti en septembre dernier. Pas bien original, l’Emmanuel, qui rajoute pour la saveur, une pincée de «tolérance zéro pour la délinquance » et une remise en cause du «principe d’automaticité de l’aménagement des peines inférieures à deux ans ». Comme si il n’y avait pas déjà des milliers de gens qui purgent des peines de moins de deux ans, en préventive par exemple.

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Les mots sont salement importants

Nous, pendant ce temps là, on ne va pas trop jouer – comme trop d’autres – à lire dans la boule de cristal. Mais on va quand même rappeler une obsession : les mots sont lourds de sens.

Nous avons la brutale impression d’être replongés dans n’importe quel numéro de l’Envolée écrit entre 2005 et 2008 : dans le discours dominant, les enfants deviennent des « barbares» ; les manifestants, des « casseurs » ; les familles en deuil, des « boutte-feu victimaires » ; les tués par la police, des « délinquants au lourd casier judiciaire » ; les questions sociales, « des problèmes migratoires ou religieux » ; les quartiers populaires et misérables, des « zones de non droit » ; un viol lors d’une arrestation un « accident regrettable »… Alors, en toute logique, il faudrait que l’État puisse intervenir à la naissance, ou aux frontières, ou les deux, pour « prévenir la délinquance ».

Tout cela, on le sait. Mais il y a un endroit où nous devons nous méfier, pour ne pas se faire à notre tour les agents de ces sournois glissements de sens : il n’y a pas « des violences policières », mais bien « la violence de la police ». Comme il n’y a pas « des violences faites aux femmes », mais bien « la violence patriarcale ». L’emploi du pluriel induit toujours – même involontairement – qu’il s’agit d’une succession d’actes isolés, individuels. Des bavures. Des dérapages, en somme. À l’inverse, dire : « la violence » et y ajouter « de la police », c’est affirmer qu’elle est structurelle, c’est à dire que l’ordre social en a besoin pour se maintenir, qu’elle est en un pilier, qu’elle est à la fois voulue et nécessaire. En un mot, elle est politique. Il ne peut donc pas être question de « moraliser » la police. La raison d’être de la police, c’est de produire la violence exigée par l’État pour se maintenir ; elle se doit d’être raciste, patriarcale, au service de la bourgeoisie.

« Le contrôle qui s’opérait dans le rapport au travail s’étend dorénavant dans toutes les séquences de vie par la militarisation de l’espace. De l’exploitation ouvrière à l’asservissement des banlieues, les procédés sont les mêmes : c’est l’incorporation de la domination par les corps, où le policier joue dorénavant le rôle du contremaître. Le quadrillage par les mouchards, la hiérarchisation parallèle, les assignations sans motif, les insultes racistes qui étaient le lot quotidien de « l’usine de la terreur » dénoncée par les ouvriers de l’époque sont les mêmes mécanismes qui opèrent maintenant dans les « quartiers de la peur », comme le dit très justement le texte de Hugues  Bazin. « Résister à cette domination, c’est analyser l’humiliation avant tout comme une question politique décisive ». (1)

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La rue c’est important, le tribunal c’est primordial

Et malheureusement – et ce n’est pas pour le plaisir de jouer sur les mots – il faudrait qu’on parvienne à appliquer ce même type d’analyse à la justice. La justice, dans les faits, ce n’est pas qu’un mot, ce n’est pas un concept ou un idéal : c’est avant tout une institution. C’est à dire un rapport de force qui s’est institutionnalisé, l’état des rapports sociaux du moment, inscrit dans le marbre de la loi. La Justice sanctionne et valide l’ordre social dominant à un instant précis. La justice ne peut être pour Théo, ou pour Adama. La justice n’est là que pour l’État, et c’est bien normal : c’est sa seule raison d’être. Nul besoin de philosopher, d’ergoter sur la pertinence du concept-même de « justice », de se demander si elle est une étoile à poursuivre dans ce monde ou dans l’au-delà des croyants, ou encore quelle forme elle pourrait prendre dans un « monde post-révolutionnaire ». Ici et maintenant, la justice, ce sont des tribunaux, des peines de prison, des juges, des procs, des matons.

Comme on peut le lire dans des compte rendus quotidiens publiés sur le net, ces jours-ci au tribunal de Bobigny, les bourreaux en robe noire n’ont  de cesse de le répéter quand ils condamnent lourdement les « émeutiers » : « La procureure rappelle encore une fois son amour pour les policiers, elle affirme à demi-mots son envie de faire des exemples » (2) (3) (4). Ils sont là pour ne pas faire le lien entre ce qui se passe dans la rue et le viol de Théo, ou l’assassinat d’Adama, ou tous les contrôles et humiliations que nous subissons tous les jours. Son travail, c’est précisément de dissocier ces histoires.

Réclamer la justice – surtout à l’État –, l’appeler de ses vœux, l’invoquer, la prier, n’a donc finalement pas grand sens. Mais l’observer, la pointer, l’attaquer, non seulement ça a du sens, mais c’est de toute première nécessité. C’est là que s’enterrent les mouvements, c’est là que se réaffirme constamment la domination. Il n’y a de justice que de classe (comme la lutte). Il faudrait donc précisément taffer à l’empêcher de faire son travail, pour une fois, contrairement à ce que les chiens de garde de journalistes font dire à Théo sur son lit d’hôpital.

Le rassemblement du samedi 11 février est historique à ce titre-là : des milliers de gens se sont rassemblés devant le tribunal du 93. Devant cette cité judiciaire où nous sommes des centaines de milliers à avoir été « entendus », c’est à dire humiliés, rabaissés, condamnés. Et encore plus nombreux à y avoir assisté à l’exécution semi-publique d’un gamin, d’un poto, d’un camarade… Ou bien encore à l’acquittement d’un flic qui a tué ou mutilé. Ce n’est pas par hasard que si peu de commentaires médiatiques ont insisté sur ce point fondamental : le rassemblement avait lieu devant un tribunal ! Pas dans Paname intra-muros mais en banlieue ; pas devant un commissariat ou devant l’assemblée nationale : devant un tribunal.

« Tout le monde déteste la police » (car elle nous déteste tous) est devenu un slogan jouissif et largement partagé. Et si on se mettait à crier aussi « Tout le monde déteste la justice » (qui, elle, n’a même pas besoin de nous détester pour nous éliminer socialement) ? La rue c’est important, le tribunal c’est primordial. C’est là que la machine étatique nous individualise, nous met à l’ombre, nous vole nos proches, brise nos solidarités. C’est donc là avant tout qu’il faut se montrer solidaires. Et pourquoi pas, parfois, la bloquer. « En attendant mieux, nous demandons que les émeutiers soient acquittés. Pour qu’à leur quotidien déjà injuste ne s’ajoute pas la mort sociale ! La Justice arrive bien à acquitter des policiers qui ont tué », comme l’écrit Hanane Karimi dans un post FB repris par Street Press (5).

Si vraiment quelque-chose a changé depuis 2005 et si, comme l’affirment certains témoignages à chaud de la journée du 11, le mouvement du printemps dernier a permis de partager quelques évidences, alors il est plus que jamais nécessaire de se rendre en masse dans et devant les tribunaux. À Bobigny, et partout ailleurs en France.

Police partout ? Justice pareil.

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#ToutleMondeDétestelaJustice

#TMDJ

L’Envolée

 

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« Tout ça commence à aller trop loin » Fabrice Boromée en grève de la faim au quartier d’isolement de Lannemezan

Solidarité avec Fabrice Boromée
Solidarité avec Fabrice Boromée

Comme plus de cinq cent prisonniers ultra-marins, Fabrice Boromée purge une peine en métropole, loin de ses proches. Depuis 2011, il réclame son transfert en Guadeloupe. L’administration pénitentiaire (AP) fait la sourde oreille et ne lui permet pas de se rendre à l’enterrement de son père en septembre 2012.

Il tente alors de se faire entendre d’une autre manière : avec Rachide Boubala -un co-prisonnier qui exige un rapprochement lui aussi- ils prennent en otage un maton de Condé-sur Sarthe. Il réitère cette tentative de prise de parole à la centrale de Arles en 2014 – qualifiée de nouveau en « agression » et «  tentative de prise d’otage ». Alors qu’il fait le tour des QI des prisons françaises depuis trois ans et demi, en septembre 2015 le directeur de Vendin-le-Vieil lui fait miroiter une sortie de l’isolement. En revenant de vacances, ce dernier change d‘avis et envoie un subalterne lui annoncer la nouvelle. Fabrice retient le sous directeur pendant deux heures. Nous avions alors publié une lettre de Fabrice qui expliquait son geste quelques jours avant son procès.

A ces tentatives pour se faire entendre, la justice réponds systématiquement par des peines supplémentaires. Entré en prison pour une peine de 8 ans, il a maintenant plus de 30 ans à faire. L’administration pénitentiaire lui fait payer sa détermination en refusant de lui faire rejoindre la détention dite normale. Maintenu à l’isolement, transféré sans cesse (Fleury-Merogis, Clairvaux, Lannemezan pour la seule année 2016) , entravé dans tous ces déplacements en prison (y compris lors de la distribution des repas), objet d’insultes racistes voire de passage à tabac de la part des matons, Fabrice Boromée et continue de réclamer son transfert en Guadeloupe. Comme il le faisait déjà il y a des années, en témoigne cette interview à France 1.

Le premier courrier que nous publions nous est parvenu il y a une semaine. Il annonce qu’il a entamé une grève de la faim au mitard de la centrale de Lannemezan où il est actuellement . Dans la seconde lettre -écrite au QI de Fleury Mérogis en mars 2016-, il revient sur «sa vie de taulard ».

Mitard de Lannemezan

Le 17 Janvier 2017

Là, je suis au cachot parce que j’ai agressé un surveillant. Je passe au prétoire mardi pour cela et je sais que je prendrai 30 jours de cachot. Tout ça parce que je demande le papier du ministère de la justice où est écrit que je suis transféré de Lannemezan à Paris pour être plus près d’un ami qui vient me voir au parloir. Il habite à Lille et Lannemezan est trop loin pour lui. Je vois que le ministère n’en a rien à foutre et tout ça m’a énervé.

Je fais la grève de la faim, je ne mange pas au cachot. J’en ai marre de tous ces injustices. Maintenant, on est en 2017. Et toujours avec les matons casqués et les menottes au cachot pour tous mes mouvements. Tout ça commence à aller trop loin, je me demande jusqu’à quand cette souffrance va continuer. (…)

J’espère que, un jour, je rentrerai chez moi en Guadeloupe et voir mes proches. J’attends toujours le jugement de la centrale de Arles, cela fait deux ans et un mois maintenant et je trouve ça long. Mais que veux tu, c’est la vie qui veut ça. Je ne baisse pas les bras et je fais face à tous ces humiliations loin de chez moi.

Christine est libre, ça me fait très plaisir pour elle après tant d’année d’humiliation et souffrance qu’elle a subie et là elle est bien et s’occupe de ses brebis.

971 Guadeloupe à vie 100%

L ‘ami Fabrice

Vous pouvez écrire ou téléphoner au centre pénitentiaire de Lannemezan, ainsi qu’à la direction de l’administration pénitentiaire pour demander que cesse l’acharnement sur Fabrice Boromée, et appuyer ses demandes :

Fin de l’isolement, retour en détention normale, transfert en région parisienne de manière à pouvoir être visité, en attendant un transfert en Guadeloupe pour être rapproché de sa famille.

Centre Pénitentiaire de Lannemezan, rue des Saligues, 65300 Lannemezan,  Standard : 05.62.50.13.20.

Direction de l’administration pénitentiaire, 13 place Vendôme 75042 Paris Cedex 01

 

Maison d’arrêt de Fleury-Mérogis,

le 14 mars 2016

Ma vie de taulard

J’avais 16 ans la première fois que je suis tombé pour violence avec arme et vol à main armée, et vu que j’étais mineur j’ai pris huit mois de prison. En prison, j’ai été obligé de me battre pour ne pas me laisser marcher dessus et me faire racketter. Quand je suis sorti, je suis resté quatre mois dehors et j’ai repris trois ans pour vol à main armée et violence. J’en ai fait cinq parce que j’ai pris des peines intérieures pour des bagarres : ils m’ont envoyé avec les majeurs, et là c’était la jungle, la violence a été de plus en plus forte, et je me suis retrouvé au quartier d’isolement (QI).

Quand j’ai été libéré, au bout de deux mois dehors, mon frère Eddy a eu un problème avec un gars et la police l’a arrêté. Ils ont commencé à le frapper à coups de pied alors qu’il était à terre avec les menottes, et ça je ne l’ai pas accepté. J’avais un couteau, j’ai foncé sur la police, dans le fourgon, et j’ai blessé un policier. Là, j’ai pris une balle à l’épaule gauche et ils nous ont mis en prison pour tentative de meurtre sur la police et violence en réunion. Moi, ils m’ont mis en isolement direct, alors que j’étais blessé par balle, et ils ont mis mon frère au quartier normal. Pour cela, au total, j’ai pris onze ans et mon frère a fait six mois tout seul. Je suis sorti en 2010 et j’ai fait dix jours dehors avant de tomber pour vol à main armée et violence avec arme parce que j’ai tiré sur un docteur psychiatre du CHU de Pointe-à-Pitre. J’ai pris huit ans pour cela, et après un mois, suite à une bagarre avec un détenu, le directeur m’a placé à l’isolement.

En 2011, le 8 août, ils m’ont transféré de force en France, à Fresnes, loin de ma famille, et par la suite à la centrale de Saint-Maur. Là, mon calvaire a commencé, avec le racisme… Alors que j’étais aux arrivants, j’ai demandé à un surveillant de regarder sur l’ordinateur si un mandat que mon père m’avait envoyé était arrivé. Ils m’ont envoyé balader en me disant qu’ils n’avaient pas le temps : c’est parti en bagarre, ils m’ont roué de coups de poing et de pied, puis jeté au mitard comme un chien en me traitant de sale nègre, de sale macaque, et en me disant qu’ils allaient me tuer. Pour cela, j’ai pris deux ans de prison, et j’ai été jeté au QI dans une cellule sans armoire et sans chaise. Dans la cellule, il y a une trappe par laquelle on me donnait à manger sur le sol comme à un chien, et pour tous mes déplacements, ils étaient casqués et avaient des boucliers.

J’ai commencé le tour des QI et j’ai atterri à la centrale de Clairvaux où le directeur m’a mis au QI et au mitard sans raison. Le 17 septembre 2012, alors que j’étais au mitard, ils sont venus me dire avec un grand sourire que mon père était mort. Je leur ai demandé si je pouvais aller à l’enterrement, et comme ils m’ont dit non, j’ai frappé avec une grande rage, et j’ai pris quinze mois. Et j’ai recommencé les tours de QI pour atterrir au QMC (quartier maison centrale) de Réau. Quand j’ai eu un contact avec une détenue, on a demandé un parloir interne que le directeur a refusé, alors qu’il l’avait accepté pour un autre détenu : j’ai pété les plombs sur un surveillant avec qui j’avais déjà eu un problème et j’ai pris un an de prison. Et j’ai recommencé les tours des QI…

J’ai atterri à Lannemezan : il y avait une trappe à la porte de ma cellule, les matons étaient casqués et avaient des boucliers, et pendant quatre mois, j’ai été menotté pendant tous mes déplacements et traité comme un chien. Après, ils m’ont transféré à Condé-sur-Sarthe dans un QHS (quartier haute sécurité) où j’ai rencontré Rachide Boubala. Nos conditions de détention ne nous plaisaient pas : pas d’activité, pas de travail, les matons qui parlaient mal aux détenus… On a donc décidé le 30 décembre 2013 de faire une prise d’otage dans la salle d’école qui se trouvait au socio. On a pris le surveillant en otage pendant près de cinq heures, et à 1h30 du matin, les cagoulés nous ont transférés, moi à Rennes et Rachide à Rouen, au QI.

Quand je suis arrivé, il n’y avait rien dans la cellule, pas de matelas, pas de produits d’hygiène, pas de télé; rien, quoi. A 8 heures du matin, les matons ouvrent la porte, je leur demande de quoi me brosser les dents, et ils me répondent : « Tu vas payer pour la prise d’otage du collègue à Condé » ; c’est parti en bagarre; ils m’ont roué de coups de poing et de pied, et, avec les casques et les boucliers ils m’ont jeté au mitard pendant trois mois, menotté. Je ne pouvais même pas aller au téléphone pour appeler mon frère en Guadeloupe, et j’étais traité comme un chien lors des repas qui étaient jetés à terre par la trappe. Par la suite, j’ai recommencé les tours des QI pour atterrir à la centrale d’Arles où j’ai encore subi le racisme, et où tout ce que je demandais était refusé par la directrice : le sport, les activités comme le cheval, le travail. J’avais un régime spécial pour mon repas: à chaque fois, il manquait ma barquette. Ca a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase : le matin du 2 décembre 2014, j’ai tenté une prise d’otage…

J’attends mon procès pour tentative de prise d’otage et agression avec arme. Le tour des QI a recommencé, et j’ai atterri au QI de Vendin-le-Vieil. Au bout de quatre mois, le directeur me dit : « Comme vous êtes arrivé au mois de mars 2015, vous sortirez le 15 septembre 2015. » Le 8 septembre au soir, le sous-directeur me dit que je ne sors plus le 15 septembre mais le 15 novembre, vu ma dangerosité. Je n’ai pas dormi de la nuit et j’ai décidé que le 9 septembre au matin, je prendrais le directeur en otage pendant quatre heures dans la salle d’audience, parce ce qu’on m’a pris pour un con et un rigolo; j’ai donc pris six ans de prison.

Je ne crois plus à aucune parole d’aucun directeur de l’administration pénitentiaire.

Je suis rentré pour une peine de huit ans et je me retrouve à devoir faire trente-quatre ans de prison parce que je veux rentrer chez moi en Guadeloupe, voir ma famille et surtout mon frère Eddy, pour ne plus subir le racisme, la méchanceté et la persécution des matons… La preuve, c’est que cela fait cinq mois que je suis au QI de Fleury-Mérogis en MAH (maison d’arrêt des hommes), alors que j’ai une peine de centrale.

Je tiens à remercier l’Envolée pour le travail qu’ils font pour les détenus. Courage et force,

Boromée Fabrice

 

Solidarité

avec Fabrice Boromée

 

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« J’invite tous les prisonniers à s’unir », communiqué de Georg Huß en grève de la faim à la maison d’arrêt de Mulhouse

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Un prisonnier allemand, Georg Huß enfermé à la MA de Mulhouse nous a fait parvenir une liste de revendications liées à la situation particulière dans laquelle il se trouve et  pour dénoncer l’état dans laquelle se trouve la MA de Mulhouse.

Pour appuyer ses revendications, il a entamé une grève de la faim depuis le 1er janvier. Depuis fin janvier, il a également entamé une grève de la soif.

Georg est l’un des trois membres fondateurs de la branche autrichienne d’un  syndicat de prisonniers allemands, le Gefangenen-Gewerkschaft / Bundesweite-Organisation. Avant son transfert en France il avait déjà longuement lutté dans les prisons autrichiennes pour l’amélioration des conditions de détention. A cause de la barrière de la langue il est particulièrement isolé, mais a décidé de se battre. Nous devons faire circuler le plus largement possible ses revendications pour tenter de faire réagir la direction de cette MA particulièrement indigne et immonde.

Pour lui témoigner votre solidarité, vous pouvez écrire à Georg Hüss (en Allemand ou en Espagnol de préférence) :

Georg Huß
Numéro d’écrou 42048
Maison d’Arrêt de Mulhouse
59 Avenue Robert Schuman
68100 Mulhouse

Pour faire pression sur la MA, prendre des nouvelles de Georg vous pouvez écrire ou téléphoner à :

Maison d’Arrêt de Mulhouse, Direction
59 Avenue Robert Schuman
68100 Mulhouse

TEL : 0389363400

J’ai commencé ma grève de faim le 1er janvier 2017

Voici une liste des demandes à ce moment :

  1. Fermeture de la Maison d’Arrêt de Mulhouse (MA) dans trois mois.

  2. Observations immédiates et détaillées de la Maison d’Arrêt de Mulhouse par :

    1. des organismes gouvernementaux ;
    2. des agents non étatiques ;
    3. des consulats responsables pour les étrangers dans la MA de Mulhouse ;
    4. des syndicats des gardiens de la MA de Mulhouse.
  3. Amélioration immédiate des conditions matérielles et des insuffisances en matière d’hygiène (moisissure noire, etc.).

  4. Investigations immédiates et collecte de preuves par le procureur.

  5. Consultations et soins médicaux spécialisés par des spécialistes extérieurs pour les prisonniers, s’il l’en faut.

  6. Autorisation de recevoir de l’argent par courrier et versement des mandats déjà versés et retenus pour l’instant.

  7. Mise à disposition d’interprètes, délivrances de tous les formulaires, documents, dossiers et annonces dans les langues adaptées à la population prisonnière.

  8. Égalité du traitement de tous les prisonniers – sur le niveau national, européen et mondial.

Concernant ma sécurité personnelle :

  1. Pas de transfert de la Maison d’Arrêt de Mulhouse contre ma volonté.

  2. Ordonnance des mesures seulement en présence de mon avocat choisi et d’un interprète.

  3. Liberté de communication avec des représentants des Syndicats des prisonniers allemands et autrichiens, avec l’ambassade allemande, Amnesty International Frankfurt, Mag. Dr. Ernst Pöschl et avec les représentants des médias.

  4. Visite immédiate d’un membre du clergé germanophone à mon choix.

  5. Visite dans les meilleurs délais de mon psychothérapeute.

J’invite tous les prisonniers à s’unir, à créer des syndicats et à exprimer leur solidarité – surtout en France, mais aussi globalement !

Solidarité dans la lutte pour les droits des prisonniers et respect des droits des prisonniers !

 

Pour mémoire, après un passage du Contrôleur général des lieux de privation de liberté en 2010, un article de Europe 1  – qui, fait rarissime laissait la parole à des prisonniers- dénonçait déjà en ces termes la situation à la MA de Mulhouse :

« Un rapport dénonce les conditions de vie « indignes » des prisonniers dans un bâtiment de 1865. Dans son rapport, le contrôleur général des lieux de privation de liberté indique qu’il n’a jamais été confronté à une situation aussi dégradée, depuis le début de sa mission. Jean-Marie Delarue a dénoncé mardi les conditions de vie indigne dans lesquelles les détenus de la prison de Mulhouse sont obligés de vivre. L’édifice, d’une capacité de 280 places, compte actuellement un peu plus de 300 détenus avec parfois des pointes pouvant dépasser les 400 personnes. Les bâtiments on été construits en 1865 et certaines cellules sont encore en terre battue. A l’intérieur, les toilettes sont si exigües qu’il est impossible de s’y asseoir correctement. « C’est sale, il y a des puanteurs épouvantables. Vous rentrez là-dedans, vous vous demandez ce que vous faites là. Quand vous avez un détenu qui est malade, qui a des coliques, avec les WC au milieu, bonjour… », raconte cet ancien détenu, sorti récemment. « Les douches, c’est pareil, champignons, moisissures. Il y avait des soucis de chaudière, bien sûr. Des fois il n’y avait pas d’eau chaude. On avait l’eau froide en plein hiver », ajoute un autre prisonnier récemment libéré.

Rien n’a changé.

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Un non-compte-rendu du procès de la mutinerie qui a eu lieu le 25 septembre au QMC de la prison de Valence

 

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Vendredi 6 janvier 2017 s’est tenu le procès de trois personnes accusées d’avoir mené une mutinerie le 25 septembre à la nouvelle prison de Valence, au sein du Quartier Maison Centrale (QMC). Impossible d’accéder à l’audience, pourtant censée être publique. Plus que jamais, rappelons qu’il est important d’écouter et de relayer la parole des prisonniers et prisonnières en luttes et de se solidariser avec eux.

          Un procès à huis-clos qui ne dit pas son nom

Nous ne vous ferons pas de compte-rendu de ce procès, car l’accès au tribunal était interdit à tout le monde. Sauf peut-être aux surveillants, à leurs amis, et à des journalistes qui, cette fois encore, se contenteront de relayer la parole de la matonnerie et de l’AP… Un jugement à huis-clos, donc, mais tout à fait officieusement. Nous pensons aux trois prisonniers-accusés, Omar Top El Hadj, Aziz Bouzida et Joseph Marino, qui semblent avoir comparu sans aucune figure amicale dans la salle, sans aucune oreille amie qui s’intéresse à ce qu’ils ont bien pu dire à ce tribunal.

Mise en scène caricaturale de la « dangerosité » des accusés 

Sous prétexte que l’un des accusés s’est évadé en 2009 -et probablement grâce aux moyens conférés par l’état d’urgence ?-  un dispositif de sécurité impressionnant, voire grotesque, avait été mis en place. Mise en scène caricaturale de la « dangerosité » des accusés afin d’éluder toutes les questions importantes à nos yeux. Plein de flics partout dedans et autour, surarmés et cagoulés, contrôle systématique de l’identité des personnes voulant entrer dans le tribunal, quasiment tout le monde se trouvant refoulé. Quelques personnes seront même embarquées au poste pour une énigmatique vérification d’on ne sait pas trop quoi avant d’être relâchées quelques temps plus tard. Sans aucune explication évidemment. Histoire d’empêcher toute autre parole que celle de l’institution judiciaire et carcérale de sortir.

          Face à l’isolement : solidarités !

La réaction de la pénitentiaire est toujours d’isoler les prisonniers et de les maintenir dans le silence. Mais répétons le encore une fois : nous savons qu’ils ont toujours des raisons -individuelles et collectives- de se rebeller. Particulièrement dans un QMC, ces nouvelles unités ultra sécuritaires que des prisonniers ont rebaptisé « QHS tombeaux secrets » et dont nous avons souvent décrit et dénoncé le fonctionnement sur le site internet de l’Envolée, ou dans le journal du même nom.

Lorsque des prisonniers se révoltent, manifestent, revendiquent, se mutinent… ils prennent des risques énormes. Tout le monde peut exprimer son intérêt ou sa solidarité, briser l’isolement, notamment en tentant de prendre contact avec eux ou leurs proches, en recueillant des informations et points de vue directement auprès d’eux. Pour cette mutinerie comme pour d’autres, toutes informations, points de vue et contacts directs de l’intérieur sont donc les bienvenus. Ecrivez-nous ! Faites circuler !

          Le peu que l’on a appris

Et puisque nous n’avons pas eu accès à l’audience, voici au moins quelques « infos » glanées pour le moment dans les médias « autorisés » comme on devrait dire :

L’avocat de l’un des accusés affirme que s’il s’est révolté ce jour là, c’est parce qu’il avait formulé maintes demandes pour accéder à un régime alimentaire adapté à ses graves soucis de santé. Demandes restées sans suite.

Omar Top El Hadj, Aziz Bouzida et Joseph Marino étaient accusés de dégradation par moyens dangereux (pour avoir mis le feu à un matelas), « violence aggravée » et « vol avec violence », et d’avoir commis des dégradations de matériel pour 70000 ou 90000euros. Cinq ans de prison ont été requis à l’encontre de Omar Top El Hadj, quatre ans à l’encontre de Aziz Bouzida et Joseph Marino. (verdict à venir)

Ces prisonniers seraient actuellement incarcérés à Corbas, Villefranche-sur-Saône et aux Baumettes à Marseille.

Enfin, selon le Dauphiné du 6 janvier :

« Un faux tract portant les logos du syndicat pénitentiaire Ufap-Unsa Justice a été distribué ces dernières heures dans les boîtes aux lettres de Valentinois. Dans ce document, le secrétaire local du syndicat est directement visé ainsi que la profession de surveillant, en général. Cette distribution intervient quelques heures avant l’ouverture du procès des trois auteurs présumés de la mutinerie du 25 septembre au centre pénitentiaire de Valence . Une plainte pour diffamation a été immédiatement déposée par le syndicat. Par ailleurs des tags anti surveillants auraient été inscrits à proximité du palais de Justice. » (voir photo)

* Pour toutes personnes intéressées, nous participons à les relayer .