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Edito du numéro 34, « La gauche revient…et alors?!! »

Numéro 34, janvier 2013

Dernier scandale en date, la vétusté de la prison des Baumettes. Partout, on a pu voir des images de cellules délabrées, de sanitaires hors d’usage, de tas d’immondices, de rats, de douches dégueulasses… V’là le scoop ! Taubira elle-même a convenu publiquement qu’on faisait semblant de découvrir une réalité connue de tous. Un collectif d’avocats marseillais a réclamé la libération des prisonniers des Baumettes ; le tribunal administratif a ordonné une opération de dératisation.

Comme d’hab’, ils nous la font à l’envers.

La politique pénale entretient la surpopulation des maisons d’arrêt ? Ils construisent toujours plus de nouvelles cellules. La dernière tranche du plan des 13 200 de 2002 à peine achevée, la garde des sceaux signe déjà un nouveau partenariat public-privé (PPP) avec Spie-Batignolles pour les futures prisons de Valence, Riom et Beauvais. C’est à la lumière de ces faits qu’il faut relire les grandes envolées lyriques de la ministre de la justice contre le tout-carcéral et les partenariats avec le privé : ce mode de financement n’est « pas acceptable », déclarait-elle dans Les Echos en juin 2012. Toujours des mots, rien que des mots. Face à Laurent Jacqua, ancien prisonnier longue peine qui l’avait apostrophée sur la situation des longues peines et des prisonniers malades : « il y a les mots, et il y a la réalité », elle avait répondu : « l’enfermement est une détresse, je crois qu’on peut en faire une perspective » ¹. La gauche a toujours tenu à « donner du sens à la peine » – les prisonniers peuvent en témoigner ! Taubira s’inscrit dans la lignée des Badinter et compagnie qui ont su faire accepter l’existence et la généralisation des quartiers de haute sécurité (QHS) par l’opinion en les renommant quartiers d’isolement (QI), et ont remplacé la peine de mort par l’enfermement jusqu’à la mort. Ce sont des prestidigitateurs qui jonglent avec les mots, changent le nom pour garder la chose…

Cette ministre dit se préoccuper des conditions de détention et du sort des prisonniers ? Mais alors, comment expliquer qu’elle n’ait pas répondu aux pétitions et plates-formes de revendications des prisonniers de Roanne, Annœullin, Argentan, Ducos, dont nous nous sommes fait l’écho au numéro précédent ² ? Pour celles et ceux qui auraient encore quelques illusions sur ce gouvernement, rappelons-leur ces revendications et leur traitement. Aménagements de peine ? Nada. Demandons – entre autres – à Mounir ce qu’il pense

de la révocation de sa conditionnelle, ou bien à Kaoutar de ses refus de permission, ou encore à Philippe el Shennawy du maintien de sa période de sûreté. Quant à l’abolition du mitard et des QI, Laurent Orsini devrait sans doute remercier le pouvoir socialiste pour les longues périodes de solitude qui lui ont été accordées. Et l’ensemble des prisonniers devraient aussi se réjouir des régimes différenciés dans les centres de détention, et du retour du régime portes fermées. Quant aux parloirs, tout est à la sécurité et on se dirige partout vers le régime strict des maisons d’arrêt. Et les cantines ?

Les prisonniers de Réau, Annœullin et Nantes sont sûrement très heureux d’être rackettés par la société Themis, filiale de Bouygues. Le travail ? L’idée d’un salaire au moins aligné sur les misérables paies de l’extérieur n’est pas prête de sortir des oubliettes.

Les «locataires»³ des nouvelles prisons regrettent leurs anciennes maisons d’arrêt vétustes. Ils dénoncent le développement massif du sécuritaire et de l’isolement, même si les cellules sont toutes neuves et équipées de douches individuelles. Ceux qui sont revenus de Cayenne après la fermeture du bagne et ont fini leur peine dans les prisons de la métropole se plaignaient déjà régulièrement de leurs nouvelles conditions de détention, et regrettaient la Guyane. Comme disait feu Jacques Mesrine : « Une cage dorée reste toujours une cage. » C’est à l’aune de cette évidence que se mesure le fossé entre l’intérieur et l’extérieur. Quand le pouvoir s’occupe des conditions de détention, c’est pour sophistiquer l’enfermement ; quand les prisonniers dénoncent leurs conditions de détention, c’est pour arracher un peu de liberté. Plus on améliore les conditions de détention, plus on enferme de gens.

Le problème, ce n’est pas les conditions de détention, c’est la détention elle-même. Poser le problème de la détention, de l’enfermement, c’est poser la question de son existence et de son utilité sociale. A quoi sert-il ? A qui ? La prison ne peut se comprendre hors de la société qui l’engendre. On ne peut pas comprendre le procès de Philippe – qui a pris vingt ans pour 20 000 euros – sans avoir en tête le rôle de l’argent dans notre société. On ne peut pas comprendre ce qui ce passe à Annœullin si on ne comprend pas que dedans comme dehors, une des priorités de ce système est la gestion de ceux qu’il traite comme des déchets. On ne peut pas comprendre la mort de Gordana et Papi sans penser à la place assignée aux prisonniers et aux pauvres en général dans la hiérarchie sociale.

Notes :

¹ Cet échange a eu lieu lors de la journée Prison-justice du Genepi. On peut voir la vidéo sur : www.dailymotion.com/video/xvq850#

² Alors Christiane, tu lis pas l’Envolée ?

³ Dans les nouvelles taules, un pourcentage est prélevé sur les mandats et les salaires des prisonniers pour « participer aux frais de fonctionnement ».

Chronique des luttes au CD de Roanne, octobre 2011-octobre 2012

Parue dans l’Envolée n°33, octobre 2012 : Dossier sur les luttes récentes

 MOUVEMENTS AU CENTRE DE DÉTENTION DE ROANNE

 Dans l’Envolée n°30, nous avons publié l’interview d’un ancien prisonnier qui parlait de ses trois années passées au centre de détention (CD) de Roanne (Loire). Nous avions alors retenu de cette taule nouvellement construite, « grand confort », que c’était une version très aboutie de la carotte et du bâton. A priori, ça marche, puisque le CD de Roanne se donne des airs de « maison de retraite »… Du moins, c’est ce qui se dit ! Mais au bout d’un an, le vernis s’est effrité lorsque des évènements exprimant le ras-le-bol des prisonniers nous ont été communiqués. Nous partageons ici avec vous les luttes qui ont animé le CD de Roanne de fin 2011 à mi-2012 et suscité des soutiens réguliers alentour.

La petite chronique est suivi d’une lettre sortie en Juin 2012 du quartier D0 du CD de Roanne.

A NOUS DE JOUER !

De nombreux prisonniers galèrent (souvent depuis plus d’un an) pour obtenir des aménagements de peine et des permissions de sortie, qui sont soumis à l’avis d’un expert psychiatre . Or, ce monsieur est débordé ! Des prisonniers, des proches , parfois des avocats et l’Observatoire international des prisons (OIP) font pression sur l’administration pénitentiaire (AP) et ses collaborateurs pour faire bouger la situation. Une vague d’expertises psy est soudain organisée afin de ne pas discréditer l’organisation locale du suivi socio-judiciaire. Cependant une question de fond reste sans réponse : comment lutter contre le suivi socio – judiciaire comme rouage du système carcéral ?

NOVEMBRE 2011

Gurbet Askaroglu, prisonnier au CD, est à l’initiative de pétitions pour dénoncer le fonctionnement des parloirs, et notamment des parloirs UVF (unités de vie familiale), des fouilles, du travail aux ateliers, etc. La répression de l’AP locale est immédiate. Vous trouverez dans ces pages une lettre dans laquelle il raconte les procédés utilisés par les surveillants couverts par la hiérarchie pour rendre tricard un prisonnier au sein de la détention*. D’ailleurs, les surveillants ne tardent pas à lui reprocher ses soutiens extérieurs. Contacté par téléphone par le collectif Papillon, Georges Boyer, directeur du CD, est agacé : « Mais vous, là ! l’Envolée, Papillon ! vous n’avez pas votre mot à dire sur ma manière de gérer mon établissement. » Gurbet sera enfermé trois mois au quartier d’isolement puis au bâtiment 0 (D0) dont il dénoncera le régime portes fermées, jusqu’à ce qu’il obtienne un transfert dans la foulée des luttes de juillet décrites ci-après.

25 AVRIL 2012

Des prisonniers rendent publique par le biais de divers collectifs une lettre ouverte de revendications à l’AP et à la juge d’application des peines du tribunal de Roanne, Ludivine Chetail**. Elle est reprise dans les médias locaux. Pour éviter les répressions et peut-être pour faire durer la lutte, les prisonniers ont choisi l’anonymat. Entre autres, les revendications portent sur l’abolition des expertises psychiatriques, la fermeture immédiate des quartiers d’isolement et disciplinaire, la fermeture du prétoire, l’accès libre aux parloirs, l’arrêt des fouilles à nu, etc. La direction de l’AP roannaise fait la sourde oreille et joue la grande muette. Elle est agacée de ne pas réussir à identifier les prisonniers collectivement signataires de la lettre de revendications.

6 MAI 2012

Un rassemblement a lieu aux abords du CD pour exprimer une solidarité avec les prisonniers de Roanne. D’ailleurs, ce week-end-là est plutôt tendu, marqué par plusieurs altercations entre prisonniers et surveillants et une tentative de suicide à l’intérieur.

MI-JUIN 2012

Un des prisonniers accusés de violence lors de ce week-end mouvementé passe en procès au tribunal de Roanne***. Lui aussi a déjà connu les joies du mitard et du D0. Pour sa défense, cinq détenus se solidarisent et transmettent des lettres à son avocat. Toutes témoignent des provocations répétées d’une bande de surveillants dont il a fait l’objet. Elles confirment aussi les violences physiques et psychologiques subies, déjà rapportées par sa famille à des collectifs anticarcéraux. Malgré ces éléments, ce prisonnier écopera d’une peine supplémentaire de deux années pour violence sur maton. Ce procès révèle les connivences quasi organiques entre les représentants de la justice et la matonnerie de Roanne quand il s’agit de réprimer les prisonniers récalcitrants. Des collectifs anticarcéraux harcèlent l’AP roannaise de coups de téléphone et de courriers pour tenter de briser l’isolement dans lequel la direction de Roanne veut le maintenir. Si ce mode de soutien reste dérisoire, l’agacement des geôliers est néanmoins palpable : les hauts murs du CD ne suffisent plus tout à fait à cacher les réalités de la taule.

FIN JUIN 2012

Un prisonnier écrit une lettre pour alerter et dénoncer le quotidien au D0. Du fait de la censure du courrier, des collectifs anticarcéraux n’en prendront connaissance que début septembre 2012. Son contenu préfigure les évènements qui vont suivre… (ndlr : vous pouvez lire cette lettre sur le site)

4 JUILLET 2012

Quatre prisonniers du D0 refusent de remonter de promenade. En effet, la direction de Roanne vient de pondre une note de service instaurant de nouvelles règles défavorables aux prisonniers. Elle refuse le dialogue, ordonne une répression sévère du mouvement et le transfert des quatre au mitard . Depuis les cellules, des prisonniers lancent des projectiles (savon, bouteilles de shampoing…) sur les matons tandis que d’autres filment la scène clandestinement afin de la diffuser le plus largement possible. Ils l’accompagnent d’une lettre explicative pour affirmer leur solidarité. La vidéo tourne sur des sites Internet, accompagnée d’appels à se solidariser. La matonnerie se prétend quant à elle piégée. La méthode de répression qu’elle emploie n’a pourtant rien d’exceptionnel. La singularité, c’est qu’elle est vue hors les murs.

Pendant une semaine, les « tensions à la prison de Roanne » sont évoquées dans la presse locale, sur Internet et sur France 3 Saint-Etienne, et pour une fois pas uniquement du point de vue des geôliers. Nous apprendrons après coup la violence du transfert des quatre au mitard : tête cognée contre les portes pendant le trajet, absence de soins médicaux, harcèlement (réveil à plusieurs reprises chaque nuit, coupure d’eau…)****.

NUIT DU 12 AU 13 JUILLET 2012

Des tracts sont placardés dans le centre-ville de Roanne et aux abords de la prison. Le texte revient sur les événements du 4 juillet pour dénoncer le système carcéral et donner les noms des matons qui tabassent. Si le réveil à Roanne est pour le moins inhabituel, nous savons maintenant qui fait quoi dans cette taule.

SAMEDI 14 ET DIMANCHE 15 JUILLET 2012

Les surveillants se vengent à leur manière, exacerbent les tensions, et créent l’insécurité dont ils se plaignent tant : ils ferment la détention, suppriment les promenades pour l’ensemble des prisonniers et tentent de les confiner dans leurs cellules. Toutes les activités sont bloquées. Ils empêchent également le déroulement des parloirs : les proches venus rendre visite aux prisonniers attendent devant la porte pendant trois heures jusqu’à ce que le premier tour de parloir ait finalement lieu à 17 h 30. Les autres tours sont annulés ; et peu importe les kilomètres parcourus par les proches !

Les équipes régionales d’intervention et de sécurité (Eris) sont appelées en renfort pour le week-end. La distribution de la gamelle est repoussée à 21 h 30. Pourtant, les prisonniers ne lâchent pas l’affaire, et certains protestent avec les moyens dont ils disposent. Des départs de feu se produisent. Le dimanche 15, certains s’apprêtent à bloquer leurs étages pour ne pas être de nouveau confinés en cellule. Ils obtiennent rapidement des garanties de la direction à ce sujet.

UN PEU PARTOUT…

Durant l’été, des réunions publiques sont organisées dans quelques villes pour parler et faire parler de ces événements. Le 30 juillet 2012, une balade en solidarité avec les prisonniers de Roanne a lieu dans les rues de Lyon. Le quartier de la Guillotière est recouvert de tags et des tracts sont distribués : ils évoquent les turbulences survenues récemment dans diverses prisons , expriment un point de vue anticarcéral et appellent à se solidariser avec les luttes des prisonniers . Un rassemblement a lieu dans la foulée devant la direction régionale du Service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip), dont les personnels sont incommodés dans leur sale besogne par du bruit, des tags, du produit puant, et une banderole « solidarité avec les prisonniers en lutte ».

Dans la nuit du 20 au 21 août, le tribunal de Roanne est tagué : « Feu aux prisons. V., tu veux des balances, tu n’auras que notre haine ». Le procureur, perspicace, annonce dans la presse locale qu’il pense que cette décoration est « probablement liée aux incidents récents à la prison de Roanne ». Une nouvelle fois, la municipalité dépêche ses services techniques pour ôter ses mots que la justice et l’AP ne veulent donner à voir !

Nous tirons deux conclusions de ces luttes de Roanne. Pour être plus fortes, les luttes ne doivent pas être isolées entre elles et doivent se renforcer de taule en taule. Elles doivent également trouver des soutiens extérieurs pour être relayées et renforcées. Dedans comme dehors, les attaques contre l’AP et la matonnerie gagnent en efficacité si elles sont régulières, multiformes et tiennent compte du contexte, pour inverser le rapport de force et soutenir les prisonniers en lutte (mais pas que !) qui le souhaitent.

Depuis l’extérieur, faire circuler des informations et des messages ne suffit pas pour donner de la force à la lutte contre les prisons. Les idées ne manquent pas : organiser des manifs , des réunions publiques, imaginer des actions, faire des affichages, écrire des lettres et des courriers pour harceler l’AP, les Spip, les médecins de l’UCSA, les entreprises cogestionnaires du système carcéral, etc .

notes :

* Nous ne publions pas sur ce site internet la totalité des articles qui figurent dans le journal, mais vous pouvez lire le récit original et complet de Gurbet Askaroglu ici : http://lenumerozero.lautre.net/article2434.html

** Vous pouvez lire cette lettre de revendications ici : http://lenumerozero.lautre.net/article2401.html

*** Vous pouvez lire un compte-rendu de ce procès ici : http://lenumerozero.lautre.net/article2431.html

**** Vous pouvez voir la vidéo et la lettre l’accompagnant ici : http://rebellyon.info/Violences-penitentiaires-au-Centre.html et écouter l’interview d’un des quatre prisonniers ayant participé au blocage ici : http://lenumerozero.lautre.net/article2473.html

 

Lettre d’un prisonnier incarcéré au D0 :

CD de Roanne, 21 juin 2012, à 19 h 36

« Madame, Monsieur,

Bonjour, Je vous écris ce courrier car la situation du D0 du CD de Roanne où je suis actuellement incarcéré est invivable au quotidien. La plupart des surveillants, sans généraliser, sont toujours sur la défensive avec comme seule optique de toujours prendre le dessus verbalement sur les détenus du D0, parce qu’ayant été au E 3e étage, les surveillants n’étaient pas du tout comme ça. De plus je ne suis pas rentré de permission et depuis on m’en veut. Pour aller à la cabine téléphonique, même ayant mis le drapeau et sans taper à la porte, c’est toujours pareil, aucune réponse, et après, ils s’étonnent de retrouver des téléphones portables dans les cellules des détenus. Pour laver ses habits, je ne vous en parle pas, je crois que traverser le Pacifique à la nage serait plus facile. Tout ça pour vous dire que franchement, là c’est trop. Au point que j’en suis arrivé à me dire que j’étais bien mieux en maison d’arrêt, alors que logiquement ça devrait être le contraire.

Sur ce, je vous remercie d’avance. Je vous remercie d’avoir pris le temps de lire ce courrier, parce que la situation se dégrade de jour en jour et c’est nous qui payons les pots cassés. » ANONYME

A lire aussi la lettre de Nabil depuis le quartier d’isolement du CD de Roanne

Vous pouvez aussi lire l’introduction plus générale au dossier sur les luttes qui ont lieu durant l’année 2012 « on est pas des chiens » publiée dans le numéro 33

 

 

« On est pas des chiens », dossier sur les mouvements en 2012

Introduction du dossier sur les récents mouvements contre la prison, paru dans l’Envolée n°33, octobre 2012.

 « On est pas des chiens »

Les prisonniers qui se sont mobilisés dans les récents mouvements dénoncent les conditions de « vie » à l’intérieur, mais de façon si concrète, si loin de la langue de bois ou du mensonge qu’ils posent en même temps la question fondamentale de l’enfermement lui-même.

Beaucoup de prisonniers se sont retrouvés dans le refus de tous les aspects de la situation carcérale, qu’il s’agisse de la fréquence et des conditions des parloirs et des promenades, de l’absence d’activités, du prix des cantines et de la télévision, des conditions de travail, de la fermeture des cellules pendant la journée, des aménagements de peines inexistants, des refus de transfert. Ils dénoncent aussi l’existence des quartiers d’isolement, des prétoires et du mitard : bref, de tout ce qui fait l’enfermement.

Ces refus largement partagés ont pris des formes très diverses : pétition collective à Ducos ou à Argentan, blocage à Seysses, révolte à Vezin, agitations diverses, pétition collective et diffusion médiatique d’agissements de l’AP à Roanne, blocage des ateliers à Annœullin. Pour les prisonniers, à chaque fois, il s’est agi de faire la lumière sur ce qui se passe en prison, sur la réalité de l’univers carcéral et judiciaire, et en même temps d’instaurer un rapport de force qui leur permette de résister à la toute-puissance des enfermeurs.

 Lorsque des médias officiels accordent une certaine publicité à de tels événements, ce n’est que pour les faire sombrer dans l’immédiateté spectaculaire du fait divers Kleenex. Au pire, ils servent d’arguments aux matons pour appuyer leurs revendications syndicales relatives au « manque de personnel et de moyens » face à des prisonniers dangereux – et rappeler une fois de plus « l’extrême pénibilité de leur métier ». Et lorsque des prisonniers sortent eux-mêmes des images clandestinement – avec tous les risques que cela comporte –, ces images sont à leur tour avalées et digérées par le dispositif médiatique. Qui se souvient encore de la vidéo réalisée par des prisonniers de Fleury il y a un peu plus d’un an et diffusée à la télévision ? Une image de plus, montrant une violence ordinaire dans un lieu qui, pour le spectateur, est nécessairement violent du fait même des personnes qui y sont enfermées.

Les prisonniers du centre de détention de Roanne qui ont réussi à diffuser une vidéo sur YouTube en juillet dernier ont tenté de contourner cette difficulté : cette vidéo est accompagnée d’un texte rédigé par des prisonniers pour expliquer les événements qui ont conduit à l’intervention violente des matons. Ils évoquent au passage le sort réservé aux prisonniers, frappés et emmenés de force au mitard. La vidéo permet ainsi de rendre visible l’antagonisme entre les prisonniers et leurs geôliers – une conflictualité souvent masquée par une apparence de paix sociale. Elle laisse entrevoir une histoire collective qui s’inscrit dans le temps, et c’est cela qu’il s’agit de faire vivre aujourd’hui. Dans ce cas de figure, lorsque les événements se répètent, se font écho, ou lorsqu’ils sont mis en avant par des relais extérieurs, on obtient un degré de visibilité qui semble gêner l’AP et les surveillants. Deux mois plus tard, on reparle de Roanne et de Seysses dans le Monde… mais uniquement comme signe d’un « problème » sécuritaire, celui de la présence de plus en plus massive des téléphones portables en prison.

En prison, les mouvements se construisent de façon discrète, sinon invisible, au fil du temps, et ils éclatent souvent dans l’urgence, lors d’occasions propices, par définition impossibles à planifier. Il est par fois difficile pour ceux qui prennent part à ces luttes de comprendre la lenteur des réactions extérieures ou leur absence pure et simple, mais ce n’est pas évident d’être informé rapidement de ce qui se passe, ni de s’organiser pour être un peu plus qu’une poignée à se rassembler devant un prison. Le déménagement des prisons hors des centres-villes les a rendues plus invisibles que jamais, plus difficilement accessibles, et on se rassemble moins spontanément devant leurs murs. Pour imaginer être prévenus d’un mouvement quelques jours auparavant, il faut une complicité déjà construite. Le temps de la prison n’est pas celui de l’extérieur : la solidarité a besoin de temps pour se mettre en place, de liens avec l’intérieur, de contacts réguliers construits localement, d’astuces mises en place pour se parler à travers les murs sans être entendus par l’AP. Si les vieilles méthodes des années 1980 ne sont plus trop à l’ordre du jour, d’autres sont désormais possibles : les prisonniers parviennent par exemple à s’adresser directement aux médias officiels… Ce qui était inconcevable il n’y a pas si longtemps peut désormais être développé et utilisé de façon bien plus efficace, avec un peu d’imagination.

Dans les derniers numéros de l’Envolée, il avait été beaucoup question du recours aux plaintes individuelles, aux doléances particulières : cette méthode est largement utilisée par les prisonniers pour rendre publique la réalité carcérale. Tout en essayant de s’assurer un quotidien un peu plus vivable, on crée ainsi un conflit avec l’administration pénitentiaire. La principale limite de la démarche, c’est qu’elle épargne les enfermeurs qui restent libres de faire du cas par cas. L’état avait lui-même créé un organe de contrôle pour « traiter les dysfonctionnements » dénoncés par des prisonniers. On peut facilement vérifier que face à des mouvements collectifs, cet organe de contrôle des lieux de privation de liberté n’a jamais choisi de dépasser le cadre juridique : on n’a pas entendu M. Delarue faire le moindre commentaire sur la vidéo de Roanne – dont il a forcément eu connaissance, et dans laquelle on voit une intervention musclée de matons dans une cour de promenade… Pas plus de réactions de soutien de la part de l’Observatoire international des prisons (OIP), qui s’est même immédiatement désolidarisé du mouvement du centre de détention de Roanne en critiquant la diffusion de la vidéo. Ce n’est pas une surprise : pour préserver une prétendue neutralité, un statut d’observateur soi-disant impartial, les organisations subventionnées par l’état ne soutiennent pas plus que les organismes d’état les actions jugées illégitimes ou violentes.

 Ce qu’on pourrait imaginer, ce serait que des collectifs qui ont des démêlés avec la justice et tâtent des geôles républicaines – que ce soient des ouvriers en grève qui ont commis des délits au cours de l’occupation de leur usine, des lycéens inculpés pour dégradations ou encore des familles mobilisées après des violences policières – voient plus loin que la seule défense de leur proche inculpé. Ce qui peut fonder cette solidarité, c’est de comprendre que le système carcéral est une composante essentielle du système capitaliste, et qu’il concerne de plus en plus de personnes : voilà ce qu’il faut rendre évident aux yeux du plus grand nombre. La question est toujours la même : comment imaginer dépasser le soutien de cas particuliers pour partager un point de vue anticarcéral et antijudiciaire ? Et de là, comment imaginer une solidarité plus concrète, massive et évidente avec les prisonniers qui se battent à l’intérieur ?

Ce petit journal ne peut pas répondre à ces grandes questions , mais il est sûr que manifester sa solidarité, c’est montrer aux prisonniers qu’ils ne sont pas complètement isolés et à l’AP qu’elle ne peut pas toujours bénéficier d’un anonymat qui couvre toutes ses exactions : assister au procès pour soutenir les prisonniers inculpés comme à Vezin-le-Coquet, par exemple , envoyer des mandats individuellement ou par des caisses de solidarité pour aider ceux qui se trouvent en difficulté, au mitard ou à l’isolement , écrire aux prisonniers… Il y a les affiches avec les noms des matons respon sables des violences qui ont été placardées dans la ville de Roanne… Il y a aussi des émissions anticarcérales, modestes c’est sûr, mais qui forment un petit réseau, dont le premier objectif est de se faire les porte-voix des paroles et des actes de prisonniers et prisonnières en lutte . Les mouvements que nous décrivons ici ont tous été longuement présentés et débattus dans toutes nos émissions, et cela a permis à de nombreux prisonniers d’être informés de ce qui se passait dans d’autres prisons.

Le rôle des radios peut être très immédiat, tandis que le journal, lui , cherche plutôt à inscrire dans la durée tous ces mouvements qui auraient vite fait d’être jetés aux oubliettes, à restituer leur densité en publiant plates – formes de revendications, lettres de l’intérieur, comptes-rendus de procès…

Manifester sa solidarité avec les mouvements, informer pour rassembler autour d’eux, contribuer à les inscrire dans la durée, développer une capacité de réaction rapide : voilà les objectifs que visent l’Envolée et les différentes émissions anticarcérales, non pas en les portant à quelques-uns, mais en les propageant pour être plus nombreux à comprendre que lutter avec les prisonniers, c’est aussi se battre contre ce monde qui génère toujours plus d’enfermement – sauf que eux vivent directement et quotidiennement cet enfermement ! Autrement dit, il s’agit de construire avec eux une réelle capacité de nuisance.

Note :

Vous pouvez lire la chronique des luttes au CD de Roanne publiée dans le numéro 33.

Les articles publiés dans le journal L’Envolée 33 ne figurent pas tous sur ce site. Vous pouvez néanmoins trouver sur internet les pétitions que nous évoquons :

Pétition des prisonniers d’Argentan

Pétition des prisonniers de Ducos

 

 

L’INFÂME BOUILLIE MÉDICO-PÉNITENTIAIRE, SUICIDES ET MÉDICALISATION

Paru dans l’Envolée numéro 26 – Octobre 2009 –

L’INFÂME BOUILLIE MÉDICO-PÉNITENTIAIRE, SUICIDES ET MÉDICALISATION

 MÉDICAL DE SÛRETÉ ET SANTÉ PUBLIQUE

 C’est probablement en référence à l’efficacité des soins procurés et à la qualité de la prévention pratiquée que Florence Aubenas, nouvelle présidente de l’Observatoire international des prisons (OIP), s’est exclamée : « On est là face à un problème de santé publique, je crois qu’il faut se décider à faire rentrer les médecins dans les prisons ! », la journaliste lui répondant fort justement : « Mais il y a déjà des médecins dans les prisons aujourd’hui !». Plus précisément, voilà ce que pense l’OIP (1) : « L’attitude de l’administration pénitentiaire, qui empêche toute analyse documentée et rationnelle du phénomène du suicide en prison, pour se prémunir d’une remise en cause de ses modalités d’action, témoigne de la nécessité de confier au ministère de la Santé la responsabilité de la définition et de la mise en œuvre de la politique de prévention. »

C’est d’une certaine façon une tentative de faire jouer le pouvoir médical soignant contre le pouvoir carcéral. En d’autres termes de faire jouer le biopouvoir contre le pouvoir disciplinaire et les survivances du pouvoir souverain, de plaider en quelque sorte pour le droit à la vie des personnes incarcérées.  Ce faisant, c’est oublier que le pouvoir médical, sous sa forme psychiatrique, a depuis longtemps, hors du champ initial de son savoir, envahi le système pénal, notamment par le biais des expertises.  C’est oublier que ce même pouvoir gère l’enfermement psychiatrique et qu’avec la mise en place des UHSA (Unités d’hospitalisation spécialement aménagées), il devient un acteur à part entière du système pénitentiaire…  C’est oublier qu’avec la création des centres de rétention de sûreté, il joue sur tous les tableaux, apportant à la fois la caution de l’expertise et l’alibi du soin (2). C’est oublier enfin que le pouvoir médical est capable, sur injonction de la Chancellerie, de lourdement participer à la production de rapports – tel celui de la commission Albrand – où impératifs pénitentiaires (3) et thérapeutiques sont mêlés dans une infâme bouillie et où l’amalgame entre délinquance et pathologie est repris de plus belle (4). Mais comme en 2003 avec la mission de réflexion sur les suicides confiée au psychiatre J-L Terra, les choses sont faussées dès le départ car la mission-commission, dirigée par un psychiatre, va d’emblée considérer la question sous l’angle de la maladie mentale. Et l’accroissement, ces dernières années, du nombre de prisonniers souffrant de troubles psychiques ne peut que renforcer la tentative d’en faire une affaire médicale. Mais le problème n’est pas fondamentalement psychiatrique, comme tentent de nous le faire croire certaines déclarations médico-pénitentiaires. Il est provoqué par des traitements durs, méritant pleinement le nom de torture : choc de l’incarcération, longues peines, transferts incessants, placements en quartier d’isolement, mises au mitard, refus de parloir, rejet de libération conditionnelle, etc. Il est provoqué par la prison même. Première embrouille donc : oser qualifier de psychopathologie la souffrance et les comportements qu’elle induit. Et seconde embrouille : faire porter tout le poids de cette souffrance à l’individu en niant la responsabilité de l’administration pénitentiaire, du système répressif dans son ensemble et de la société.

Quant au soin qui semblerait, en l’occurrence, intéresser la pénitentiaire, il pourrait s’appeler techniques de « préservation de l’intégrité physique à tout prix ».

IL N’Y A PAS QUE LES « SUICIDES »…

 On l’a déjà dit, mais on le répète : le bruit qui a été produit sur les suicides en prison (discours officiels et amplification médiatique) a été accompagné d’un silence assourdissant sur les « morts suspectes» dans les mêmes endroits. À de rares exceptions près, les medias sont restés prisonniers du sujet défini selon les normes au pouvoir, où pour un peu l’AP apparaîtrait comme une officine de santé publique aux prises avec un problème complexe dont est responsable une sous-catégorie– difficilement repérable – à l’intérieur d’une population spécifique, celle des détenus.

M ais il n’y a pas que des « suicides » ou des morts mal expliquées parmi les décès qui mettent en cause la prison, et ils ne se produisent pas qu’à l’intérieur (5). Peu de personnes en sont conscientes, mais le nombre de personnes mortes de la prison est bien plus élevé que le chiffre officiel des « suicides » en prison…

 NOTES :

1. Cf. « Prévention du suicide en prison : en finir avec une politique absurde et mensongère ».

2. Comment en effet prétendre encore soigner dans un lieu où le moindre propos d’un prisonnier pourrait être retenu contre lui ? À moins de ne plus concevoir le traitement que sous la forme épurée : « Gobe tes médocs et ferme ta gueule ! »

3.  « En charge de la garde de cette personne, l’administration se doit alors de préserver son intégrité physique à tout prix, y compris contre elle-même. » La prévention du suicide en milieu carcéral, rapport de la commission Albrand, p.15.

4.  « Par ailleurs, la délinquance est devenue plus violente et plus improvisée. Les personnes incarcérées sont ainsi souvent adeptes de « conduites à risques », atteintes de troubles de la personnalité, voire de troubles psychiatriques. » Ibid., p.13.

5. Cf. « Prison : danger de mort » , L’Envolée N°25.

TRANSPARENCE PLUS QUE TOTALE, sur les morts en prison

Paru dans l’Envolee numéro 26 – octobre 2009  

TRANSPARENCE PLUS QUE TOTALE, sur les morts en prison

Le 18 août, la nouvelle garde des Sceaux s’est vu remettre le rapport demandé à l’administration pénitentiaire (AP) sur les morts en prison depuis le début de l’année, dont le contenu n’a pas été rendu public. Par contre, ce même jour, le fameux rapport Albrand, jusque-là confidentiel, a été mis en ligne sur le site du ministère de la justice. S’agit-il de la version revue et corrigée par la précédente tenancière de la Chancellerie ? Le bon Dr Albrand vous répond :

« La ministre ressort la version édulcorée du rapport… La version light, pas celle que j’avais remise en décembre au ministère. »

Cela n’a pas empêché Alliot-Marie de déclarer :

« La première des choses que j’ai décidé de faire, là aussi par ce que je souhaite que l’on agisse dans la transparence, c’est de publier ce rapport ».

La transparence, selon la ministre de la pénitentiaire, est à opacité variable. En l’occurrence il s’agit que tout le monde voie ce document,

« ce qui permet ensuite de juger de ce qui est fait et de ce qui reste à faire. Il y a vingt préconisations dans ce rapport, j’ai décidé de suivre ces vingt préconisations. » a-t-elle ajouté.

Pure démagogie, car seule une commission de contrôle, indépendante de la pénitentiaire et dotée de moyens conséquents, pourrait produire une estimation sérieuse. Cela dit, quel sens y aurait-il à faire une estimation sérieuse de recommandations qualifiées d’« idiotes » par Albrand lui-même ? Il pourrait y en avoir 50 ou 100, de ces mesurettes d’opérette, que cela ne changerait rien à la réalité du problème…

Citons, à titre d’exemple, le fameux « kit de protection » à « expérimenter » pour les « personnes détenues en urgence suicidaire élevée » comprenant « draps et vêtements déchirables [en papier] ou/et couvertures indéchirables ne pouvant être transformés en liens », « des cellules sécurisées avec interphone et absence de points d’arrimage (support TV, canalisation, barreaux de fenêtre…) » à « expérimenter », toujours, ainsi qu’une meilleure formation des personnels pénitentiaires. Le dernier point de la préconisation n°11 va jusqu’à vouloir  « sensibiliser les codétenus […] en expérimentant [encore] une action de formation au soutien d’une personne en souffrance »,

Les transformant donc en agents pénitentiaires psycho-médicaux. Pour mettre fin à la « sur-suicidalité carcérale », comme ils disent, l’AP semble surtout prête à renforcer les contrôles et la surveillance, dans la mesure de ses moyens c’est-à-dire qu’il faut que cela ne (sur)coûte rien ou presque.

S’il ne s’agit que de ramener le chiffre des suicides ou morts suspectes, en très forte augmentation en 2009, à des proportions moindres acceptables par tous les pouvoirs… Une fois retrouvé le taux de « suicidalité » des années précédentes, qui osera prétendre que le problème n’est pas résolu ?

 

 

 

Droit d’expression qu’ils disent…

Paru dans le Numéro 3 de l’Envolée, octobre 2001

Comme c’est étrange, le numéro 2 de l’Envolée n’est pas parvenu à tous les prisonniers abonnés, sans qu’aucune raison ne soit officiellement donnée. Aux alentours du 20 septembre, une semaine après l’envoi, nous savions que les directions de Clairvaux, de la Santé, de Fleury et de Fresnes bloquaient la distribution. Nous leur avons téléphoné et leur unique réponse fut qu’ils n’avaient pas noté de mention de dépôt légal. Les prenant au pied de la lettre, nous leur avons faxé l’attestation du TGI de Paris qui aurait dû suffire à les convaincre de leur erreur. Ils nous avaient d’ailleurs assurés que dès la réception du fax, ils régulariseraient la situation. Ce qui fut dit ne fut pas fait. Quelques jours après, un prisonnier du centre de Salon nous informait de l’existence d’une circulaire ministérielle datée du 6 octobre qui interdisait purement et simplement le journal. Très étonné que le directeur de publication n’en ait pas été informé, nous avons entamé un marathon téléphonique de plusieurs semaines pour s’entendre finalement dire que le Ministère de la Justice ne savait rien et que la direction de l’AP ne retrouvait pas la trace ni les motifs officiels de cette décision arbitraire. Ils nous proposaient de leur adresser un courrier auquel ils ne manqueraient pas de répondre dès qu’ils auraient mis de l’ordre dans leurs paperasses. Et pour cause! Cette prétendue circulaire ministérielle n’est en fait qu’une simple note de service (N°00476 du 05/10/2001) respectée ou non selon le bon vouloir de chaque direction d’établissement: il arrive que dans une même taule certains bâtiments tolèrent l’entrée du journal et d’autres non. Il arrive même que seuls quelques prisonniers l’obtiennent alors que la décision de telle prison est d’opter pour la censure. Ils cherchent tout simplement à gagner du temps, essayant de ne pas faire trop de vagues en espérant trouver un motif légal d’empêcher la circulation de l’Envolée en détention. Peut-être pensaient-ils avoir à faire à des interlocuteurs soumis, avalant toutes les couleuvres administratives… Rien ne permet de justifier une interdiction: à moins que le fait de révéler quelques vérités comme le cas de mort inexpliqué du jeune Ralphe Hamouda dans la prison de Grasse, ou de dépeindre le véritable visage de la nouvelle politique d’application des peines ne constituent un délit. Si c’était le cas, il faudra qu’ils s’en expliquent. Nous avons déposé un premier recours auprès de la direction de l’AP exigeant la remise immédiate des numéros de l’Envolée aux abonnés ainsi qu’une somme de 100000F pour dédommagement du préjudice. Ils ont deux mois maximum pour répondre, après quoi nous irons devant le tribunal administratif. Quelques prisonniers ont fait de même, envoyant le même type de courrier en recommandé-accusé de réception. Nous avons alerté toutes les organisations politiques, associatives, médiatiques qui s’étaient mises en avant pour dénoncer il y a un an les conditions de détention et en particulier l’absence de droit d’expression (OIP, MRAP, groupe Miallet, syndicat de la magistrature, commission justice du PCF, AFC, LDH, Libération, le Monde, Le Canard Enchaîné…). Deux mille exemplaires du numéro2 ont été distribués, il y a désormais environ 300 abonnés : il n’est pas question de céder à des pressions si prévisibles de la part d’un pouvoir qui ne supporte pas d’être exposé à la lumière, car il sait que sa tranquillité repose sur l’opacité et le silence. Comme d’habitude ils interdisent d’abord

Contacts

N’hésitez pas à nous écrire par email, par voie postale, ou par formulaire de contact (ci-dessous) pour nous faire parvenir lettres de l’intérieur, récits ou autres informations :

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L’Envolée, 43 rue de Stalingrad, 93100 Montreuil

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Région parisienne (prisons couvertes MA de Bois d’Arcy, MA de Nanterre, MA de Fresnes, MA de Fleury-Mérogis, MA de la Santé, MA de versailles, Centrale de Poissy, MA d’Osny)

Les collectifs l’Envolée et  Sans papiers ni frontières, animent une émission tous les vendredi de 19h à 20h30 sur la radio Frequence Paris Plurielle (106,3 FM), rediffusion le mardi à 8h. Vous pouvez appelez en direct le 0140050610 ou écrire au 43 rue de Stalingrad, 93100 Montreuil.

Saint-Etienne  (prisons couvertes : MA La talaudière, MA Corbas, EPM Mezieux)

Le collectif Papillon,  qui diffuse une émission le 1er et 3eme jeudi du mois de 20h à 21h sur Radio Dio (89,5 FM). Rediffusion à Lyon sur Radio Canuts 102.2 FM et sur internet www.radiodio.org. Vous pouvez écrire à  : émission papillon, 16 rue du mont, 42100 st-étienne. Et/ou par mail.

Toulouse (prisons couvertes MA de Seysses, CD de Muret, MA de Montauban)

Les collectifs L’Envolée, Bruits de tôle et YO-YO, animent une émission de messages en direct les 1er et 3eme jeudis du mois de 19h à 20h. Et une émission sur la prison tous les jeudis de 19h à 20h sur Radio Canal sud (92,2 FM) et sur internet www.canalsud.net. Vous pouvez passer des messages au 0561533695. Vous pouvez écrire à ces collectifs à l’adresse de la radio : 40 rue Alfred-Duméril, 31400 Toulouse.

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Où trouver l’Envolée ?

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Le journal est par ailleurs disponible au prix de 2 euros dans de nombreuses librairies en France et en Belgique. En voici la liste -forcément incomplète. Nous remercions d’avance ceux et celles qui nous communiqueront d’autres lieux (librairies, infoshops, bars, magasins, accueils familles) pour déposer le journal. N’hésitez pas à nous demander le journal en plusieurs exemplaires si vous voulez, vous aussi, le distribuer dans votre région  : contact@lenvolee.net

ANGERS : Les nuits bleues

AUCH : Le merle moqueur – Le migou

AVIGNON : La mémoire du monde

BAYONNE : Elkar

BAGNOLET : Le remouleur

BESANÇON : L’autodidacte

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BREST : D.Roignant – La petite librairie

CHALON-SUR-SAONE : ?

CLERMONT-FERRAND : local de la CNT-AIT 63

DIJON : Black Market

DOUARNENEZ : L’ivraie

GRENOBLE : Le local autogéré – Antigone – La BAF

LILLE : Centre culturel libertaire – L’nsoumise

LIMOGES : Undersound

LYON : Buffet froid- La fourmi rouge – La GryffeLa luttine – Le bal des ardents – Ouvrir l’œil – Terre des livres – La tasse livre – Un Petit noir

MARSEILLE : L’Odeur du temps – L’équitable café – Le seul problème – Monnaie de singe – Le molotov – CQFD – La friche – Manifesten – Article 13

MONTPELLIER : Scrupules

MONTREUIL SOUS BOIS : Michèle Firk (La parole errante)

NANTES : Vents d’ouest – Café la perle – B17

PARIS III : Comme un roman

PARIS V : La galerie de la Sorbonne – Le Tiers-mythe – Le point du jour

PARIS XI : Entropie – Lady long solo – PublicoQuilombo – Libralibre – Page 189 – Manoeuvre  – La friche – Libre ère – Libralire

PARIS XIX : Texture

PARIS XX : L’atelier – Le monte-en-l’air – Le Genre urbain

REIMS : Le Cri du peuple

ROMANS-SUR-ISERE : Librairie des cordeliers

ROUEN : L’insoumise

SAINT-DENIS : Folies d’encre

SAINT-ETIENNE : L’étrange rendez-vousLa gueule noireLe Little SobaL’une et l’autre

SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT : Librairie ancienne

SAINT-GIRONS : La Mousson

STRASBOURG : Quai des brumes

TOULOUSE : Le kiosk – Ombres blanches – Terra nova

VALENCE : Notre temps – Le laboratoire anarchiste

BRUXELLES : Acrata – La Borgne agasse – Joli mai – Tropismes – Maelström – Librairie Volders

LIEGE : Entre-temps