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Compte-rendu audio n°6 du procès de l’évasion de Moulins

Ce sixième compte-rendu revient sur la journée du mercredi 10 avril avec :

  • le rapport de l’expert en balistique ; pour les faits qui pont lieu au moment de l’évasion dans la prison et pour les tirs (exclusivement policiers) qui ont eu lieu au moment de l’arrestation des évadés.
  • Le rapport de l’experte en médecine légale qui a examiné Christophe Khider après qu’il ait reçu une balle en plein poumon au moment de l’arrestation.
  • Le témoignage de Nadia Kabouche, à l’époque compagne de Eugène baeb, et accusée d’avoir introduit explosifs et armes au parloir.
  • Le témoignage de Eugène Baeb, incarcéré à Moulins au moment de l’évasion et accusé de complicité.
  • Le début des « examens de personnalité » : déballage publique de quelques éléments piochés dans la vie de Christophe Khider.

Compte-rendu audio n°5 du procès de l’évasion de Moulins

Ce cinquième compte-rendu revient sur la journée du mardi 09 avril avec le témoignages et versions contradictoires des différentes équipes de policiers qui ont participé à l’arrestation très confuse des évadés. Le policier qui a tiré pour tuer maintient une version qui va dans le sens de la légitime défense. Cette version sera invalidée par les deux experts qui interviennent le lendemain. Est aussi apporté le témoignage de Sylvie Piccioty, compagne de Christophe Khider au moment de l’évasion, et accusée de complicité en ayant permis l’introduction des explosifs au parloir.

Procès de l’évasion de la centrale de Moulins Du 02 au 19 avril 2013 aux assises de Lyon

Solidarité avec les accusés.

« IL FAUT QUE TOUT CELA SERVE À QUELQUE CHOSE » CHRISTOPHE KHIDER, depuis un des nombreux Quartiers d’Isolement de France.

L’Envolée s’est installée à Lyon depuis le 02 avril et jusqu’au 19 pour suivre et rendre compte du déroulement du procès de l’évasion de la centrale de Moulins-Yzeure qui a lieu en février 2009.

Christophe Khider l’un des co-accusés -qui, avant même le verdict, n’est pas libérable avant 2045-  veut que ce procès soit l’occasion de dénoncer les peines infinies et cette justice qui tue à petit feu dans des prisons toujours plus modernes et oppressantes.

Ce sera pour nous l’occasion de témoigner de notre solidarité avec les accusés en donnant l’échos le plus large possible à ce qui sera dit contre l’isolement carcéral lors de cette mise à mort programmée.

UNE ÉVASION OU UNE TENTATIVE D’ÉVASION, CE N’EST PAS UN FAIT DIVERS, C’EST LE GESTE DE SURVIE D’UN ENFERMÉ QUE L’ON TENTE DE FAIRE MOURIR À PETIT FEU EN PRISON

Le procès a commencé, l’ambiance est lourde, les forces inégales

29 partie civile (aucun blessé) remplissent la salle d’audience ; parmi ces parties civiles des dizaines de matons venus assister à la mise à mort de ces personnes qui ne se sont pas résignées à leur enfermement. Des dizaines de policiers surarmées pour éviter une quelconque tentative d’évasion, et surtout pour transformer les accusés en monstres dangereux.

A nous, qui voulons lutter contre l’enfermement et toutes les dominations, de venir aussi remplir cette salle.

Rendez_vous tous les jours du 02 au 19 avril, aux assises de Lyon, de 09 heures du matin à 17 heures. La cour est située au Palais de Justice Historique dans le quartier du Vieux-Lyon (1, rue du Palais de Justice 69005 Lyon)  L’accès aux salles d’audience est située Quai Romain Rolland.

Et solidarité partout ailleurs.

L’évasion : petit retour sur les faits

Le 15 février 2009, deux prisonniers s’évadaient de la maison centrale de Moulins-Yzeure: Christophe Khider et OmarnTop El Hadj parvenaient, à l’issue d’un parloir dominical, à prendre deux surveillants en otages, puis à faire sauter à l’explosif les portes qui les séparaient de l’enceinte extérieure avant de se faire ouvrir la dernière porte de sortie… Leur « liberté » aura été de courte durée : la police leur a tendu un piège en région parisienne quelques dizaines d’heures plus tard. Les tireurs d’élite (et non pas de simples policiers du Val-de-Marne, comme cela a été dit) ont tiré plusieurs balles en visant à hauteur du coeur. Christophe a été blessé à la poitrine. Fin de la cavale.

Les deux femmes qui étaient venues visiter Omar et Christophe ce dimanche-là ont été immédiatement placées en garde à vue pour quatre-vingt-seize heures, elles ont ensuite été inculpées de complicité d’évasion et ont été incarcérées : malgré des demandes répétées de mise en liberté sous contrôle judiciaire, ces deux mères de famille sont restées emprisonnées jusqu’à ce jour…

Christophe et Omar ont toujours été présentés comme « extrêmement dangereux »… Pendant leur courte cavale, ils n’ont blessé personne, et ont préféré laisser partir les otages au risque d’être immédiatement dénoncés et repérés par les policiers. Leur objectif n’a jamais été de tuer froidement, mais d’intimider au besoin pour retrouver la liberté. Une liberté qu’on a définitivement ôtée à des centaines de prisonniers : certains refusent leur condamnation, l’hypocrisie d’une mort maquillée par des peines toujours plus longues, plus éliminatrices. Ceux qui ne se suicident pas et qui ne s’installent pas non plus dans l’espoir quasi-religieux d’une sortie improbable passent quelquefois  à l’action et tentent la belle. Le courage de tenter d’échapper à cette logique de destruction, aux confusions de peines toujours plus hypothétiques leur coûtera de nouvelles années de prison non confusionnables distribuées par une administration pénitentiaire vengeresse et bien décidée à faire chèrement payer ces hommes qui osent encore la braver.

 Du 2 avril au 21 avril 2013, a lieu le procès de ces quatre personnes devant la cour d’assises de Lyon. Christophe compte bien faire ce ce procès celui de la longueur des peines, celui de la justice, celui du système carcéral.

« Tout cela », c’est son refus de mourir lentement en prison, son refus de purger une peine comparable à une peine de mort (plus de quarante-cinq ans), son besoin de liberté – il a déjà passé vingt ans derrière les barreaux, et souvent dans les quartiers d’isolement des différentes maisons d’arrêt dans lesquels l’administration pénitentiaire l’a fait tourner.

« Servir à quelque chose » : à dire à tout un chacun la réalité des peines éliminatrices, la torture blanche de l’isolement carcéral, le refus de la prison et du monde qu’elle façonne.

A écouter : nos comptes-rendus audio du procès

A lire : Fraternité à perpet’, le livre sur une précédente tentative d’évasion de Christophe Khider paru au moment de son procès disponible en libre téléchargement (en cliquant sur son titre ci-dessus).

Edito du numéro 34, « La gauche revient…et alors?!! »

Numéro 34, janvier 2013

Dernier scandale en date, la vétusté de la prison des Baumettes. Partout, on a pu voir des images de cellules délabrées, de sanitaires hors d’usage, de tas d’immondices, de rats, de douches dégueulasses… V’là le scoop ! Taubira elle-même a convenu publiquement qu’on faisait semblant de découvrir une réalité connue de tous. Un collectif d’avocats marseillais a réclamé la libération des prisonniers des Baumettes ; le tribunal administratif a ordonné une opération de dératisation.

Comme d’hab’, ils nous la font à l’envers.

La politique pénale entretient la surpopulation des maisons d’arrêt ? Ils construisent toujours plus de nouvelles cellules. La dernière tranche du plan des 13 200 de 2002 à peine achevée, la garde des sceaux signe déjà un nouveau partenariat public-privé (PPP) avec Spie-Batignolles pour les futures prisons de Valence, Riom et Beauvais. C’est à la lumière de ces faits qu’il faut relire les grandes envolées lyriques de la ministre de la justice contre le tout-carcéral et les partenariats avec le privé : ce mode de financement n’est « pas acceptable », déclarait-elle dans Les Echos en juin 2012. Toujours des mots, rien que des mots. Face à Laurent Jacqua, ancien prisonnier longue peine qui l’avait apostrophée sur la situation des longues peines et des prisonniers malades : « il y a les mots, et il y a la réalité », elle avait répondu : « l’enfermement est une détresse, je crois qu’on peut en faire une perspective » ¹. La gauche a toujours tenu à « donner du sens à la peine » – les prisonniers peuvent en témoigner ! Taubira s’inscrit dans la lignée des Badinter et compagnie qui ont su faire accepter l’existence et la généralisation des quartiers de haute sécurité (QHS) par l’opinion en les renommant quartiers d’isolement (QI), et ont remplacé la peine de mort par l’enfermement jusqu’à la mort. Ce sont des prestidigitateurs qui jonglent avec les mots, changent le nom pour garder la chose…

Cette ministre dit se préoccuper des conditions de détention et du sort des prisonniers ? Mais alors, comment expliquer qu’elle n’ait pas répondu aux pétitions et plates-formes de revendications des prisonniers de Roanne, Annœullin, Argentan, Ducos, dont nous nous sommes fait l’écho au numéro précédent ² ? Pour celles et ceux qui auraient encore quelques illusions sur ce gouvernement, rappelons-leur ces revendications et leur traitement. Aménagements de peine ? Nada. Demandons – entre autres – à Mounir ce qu’il pense

de la révocation de sa conditionnelle, ou bien à Kaoutar de ses refus de permission, ou encore à Philippe el Shennawy du maintien de sa période de sûreté. Quant à l’abolition du mitard et des QI, Laurent Orsini devrait sans doute remercier le pouvoir socialiste pour les longues périodes de solitude qui lui ont été accordées. Et l’ensemble des prisonniers devraient aussi se réjouir des régimes différenciés dans les centres de détention, et du retour du régime portes fermées. Quant aux parloirs, tout est à la sécurité et on se dirige partout vers le régime strict des maisons d’arrêt. Et les cantines ?

Les prisonniers de Réau, Annœullin et Nantes sont sûrement très heureux d’être rackettés par la société Themis, filiale de Bouygues. Le travail ? L’idée d’un salaire au moins aligné sur les misérables paies de l’extérieur n’est pas prête de sortir des oubliettes.

Les «locataires»³ des nouvelles prisons regrettent leurs anciennes maisons d’arrêt vétustes. Ils dénoncent le développement massif du sécuritaire et de l’isolement, même si les cellules sont toutes neuves et équipées de douches individuelles. Ceux qui sont revenus de Cayenne après la fermeture du bagne et ont fini leur peine dans les prisons de la métropole se plaignaient déjà régulièrement de leurs nouvelles conditions de détention, et regrettaient la Guyane. Comme disait feu Jacques Mesrine : « Une cage dorée reste toujours une cage. » C’est à l’aune de cette évidence que se mesure le fossé entre l’intérieur et l’extérieur. Quand le pouvoir s’occupe des conditions de détention, c’est pour sophistiquer l’enfermement ; quand les prisonniers dénoncent leurs conditions de détention, c’est pour arracher un peu de liberté. Plus on améliore les conditions de détention, plus on enferme de gens.

Le problème, ce n’est pas les conditions de détention, c’est la détention elle-même. Poser le problème de la détention, de l’enfermement, c’est poser la question de son existence et de son utilité sociale. A quoi sert-il ? A qui ? La prison ne peut se comprendre hors de la société qui l’engendre. On ne peut pas comprendre le procès de Philippe – qui a pris vingt ans pour 20 000 euros – sans avoir en tête le rôle de l’argent dans notre société. On ne peut pas comprendre ce qui ce passe à Annœullin si on ne comprend pas que dedans comme dehors, une des priorités de ce système est la gestion de ceux qu’il traite comme des déchets. On ne peut pas comprendre la mort de Gordana et Papi sans penser à la place assignée aux prisonniers et aux pauvres en général dans la hiérarchie sociale.

Notes :

¹ Cet échange a eu lieu lors de la journée Prison-justice du Genepi. On peut voir la vidéo sur : www.dailymotion.com/video/xvq850#

² Alors Christiane, tu lis pas l’Envolée ?

³ Dans les nouvelles taules, un pourcentage est prélevé sur les mandats et les salaires des prisonniers pour « participer aux frais de fonctionnement ».