Archives de catégorie : Courriers de l’intérieur des prisons

« Lettre de Fleury »

Paru dans le N°2 de l’Envolée, octobre 2001

Monsieur,
De part ce courrier, nous tenons à vous mettre en garde sur la détérioration des conditions de détentions que font  subir certains membres du personnel surveillant du bâtiment D5 à l’ensemble de sa population carcérale outrepassant le règlement intérieur et abusant de leur autorité disciplinaire sur le comportement et le mode de vie des détenus et prévenus, et de ce fait cherchant à mettre en place un rapport de force verbal ou physique (dominé-dominateur) qui risque d’aboutir à des conséquences très grave pouvant aller jusqu’à un point de non retour. L’humiliation, la provocation verbale et la brutalité physique sur les détenus sont devenues monnaie courante. En effet on ne compte plus les différents problèmes qui ont surgi ces derniers temps et dont la liste est loin d’être exhaustive :
– réflexions douteuses voire racistes sur les origines et les croyances religieuses ou ethniques d’une partie de la population carcérale (phénomène croissant étant donné la conséquence directe du contexte mondial et sociétal actuel)
– violation délibérée du dernier lieu d’intimité qu’il reste au détenu : la cellule, en arrachant tout ce qui se trouve à portée de main
– non respect des conditions politiques que tout un chacun à la liberté d’avoir
– bousculades lors d’altercations avec des détenus refusant de se soumettre à l’excès de zèle autoritaire de certains surveillants et/ou bricards
– passages à tabac sur les détenus qui par leurs états psychomentaux devraient être placés dans d’autres endroits pénitenciers
– un exemple flagrant : vers la mi–septembre 2001, Djamel Ben Drisse longue peine condamné à vingt ans de réclusion criminelle a été sans aucun motif, humilié, passé à tabac et remis en cellule !!!
Suite à son agression, Djamel Ben Drisse a mis le feu à sa cellule à l’aide de fils électriques arrachés des murs. Il a été conduit à l’hôpital d’urgence. Plus de nouvelles depuis. Certains disent qu’il est décédé.
C’est donc dans cette logique de tension et de dégradation quotidienne de la vie carcérale qu’un terrain de haine et de vengeance se développe. Une situation qui deviendra ensuite de la part du personnel surveillant un prétexte à des revendications syndicales demandant toujours plus de moyens tant humains que matériels.

A raison de quoi, si des mesures concrètes sur cette situation critique et alarmante à l’encontre de monsieur X (équipe du vendredi 26/10/01 3ème étage droite D5), de type révocation ou reclassement de ce personnel pénitencier à des postes où ils n’auront plus de contact direct ou indirect avec les prisonniers, ne sont pas prises, nous nous devons de vous avertir que nous ne serons pas responsables des actes collectifs de quelque nature que ce soit pouvant gravement perturber l’ordre carcéral–militaire dont vous êtes la plus haute instance représentative au sein de l’administration pénitentiaire de la maison d’arrêt de Fleury Mérogis.
En espérant que vous saurez faire preuve de responsabilité et par conséquence prendre des mesures nécessaires pour que ce rapport conflictuel n’aille en s’ envenimant.
Veuillez accepter, monsieur, nos salutations.
Collectif des détenus du bâtiment D5 de Fleury Merogis.

"Mis à mort"

Paru dans le N°2 de l'Envolée, octobre 2001

Il est l’arpenteur du temps sans substance.
Emmuré dans son passé;
Immobile le royaume de l’absence en sourit ;
Infatigable compagnon d’un voyage,
Où l’horizon souvenir tend à s’évanouir;
Vapeurs nauséabondes d’une petite mort.
Perpétuel chemin d’inexistence macabre
De son être ne laissera qu’une silhouette d’acier qu’on ne plie;
Le briser : un espoir de bourreaux parés d’hermine
Trop lâches pour le sauver.
Nul rachat, une vie arrachée aux sens.
Laisser l’arpenteur échapper à cette torpeur,
Terrible tumeur de son existence qui tue son essence.

Toi, fossoyeur, vois le perpétuel arpenteur.

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« Pour le droit d’expression des détenus… »

 

Dire, lire et écrire Pour la population carcérale Est un besoin aussi vital
Que l’air que l’on respire…
Ras l’bol d’être baillonnée,
Trop envie d’crier, d’hurler!
J’vais finir par étouffer
A force de toujours refouler
Ma haine face au silence
De l’ensemble de la société
Face à l’indifférence,
L’individualisme et l’égoïsme
De tous les complices du libéralisme,
D’un système soi-disant démocratique et égalitaire
En vérité fasciste et même carrément totalitaire
Puisqu’il spolie les droits des individus

Paru dans le n° 2 de l’Envolée, octobre 2001

D.E.T.E.N.U.S.

Au moyen d’une censure
Généralisée et systématique
En l’an 2000 les prisons furent
Au cœur d’une tempête médiatique…

Zone de non-droit, ainsi ont-ils défini la prison
Mais aussitôt passée la vague d’indignation
Parmi toutes les âmes bienveillantes de la Nation,
Peut-ont dépasser le stade de la dénonciation!

La polémique concernant les prisons françaises
Est trop rapidement tombée dans l’oubli
Pourtant, aujourd’hui encore persiste le malaise
Et c’est de l’ombre qu’il ressurgit!

Réveillons les consciences endormies!!!

Constater les failles du système carcéral,
Le juger nuisible et inadapté
Tant pour l’individu incarcéré
Que pour la société en général
Constitue un phénomène presque banal

Mais ne pensez-vous pas qu’il est grand temps
De décider d’agir et de le transformer réellement?
Comme si le sort des détenus que l’on exclut
N’était pas une cause assez noble pour être défendue

Comme s’ils ne valaient pas la peine qu’on s’unisse,
Qu’on se batte tous ensemble afin que cesse
Cette indéfendable et ignoble injustice
Et que notre force triomphe des faiblesses
Des institutions judiciaires et pénitentiaires
Pour cela, une mobilisation de masse est nécessaire!

Donc là, je m’adresse à tous mes frères et sœurs
Pour que votre action prolonge notre réflexion
Dans ce long combat pour la liberté d’expression
Afin de construire ensemble une société meilleure…

Vous qui êtes libres de penser,
Et d’exprimer ce que vous pensez
Vous qui êtes libres d’informer
Mais aussi de vous informer
Sur toutes sortes de sujets,
De théories, de faits ou d’idées

Ne pouvez-vous pas également jouir
De la liberté de vous soumettre et d’obéir
Ou alors de vous battre et de désobéir?
Sachez que ce choix déterminera notre avenir…

Motif de confiscation du courrier:
La «Bible judiciaire» est invoquée
Lorsque celui-ci est considéré,
Par les «autorités», constituer
Une menace pour la sécurité
Et l’ordre de l’établissement
Et surtout des personnes que l’on veut maintenir
Dans l’exclusion et l’isolement

Ne pensez-vous pas qu’il est temps d’en finir?
De supprimer ce maudit article du Code pénal,
Véritable atteinte à la dignité de la population carcérale
Sommes-nous indignes de témoigner et de nous exprimer?
Pourquoi s’acharner à nous censurer, laissez-nous publier!

Seuls les représentants de la Justice et de la Pénitentiaire
Ont droit à la parole, n’est-ce pas totalement arbitraire?
Ne sommes-nous pas des individus à part entière?
A ce titre, nous refusons de nous taire!

Comme si le pouvoir de nous parquer
Dans ces neuf mètres carrés
Comme si le pouvoir de nous séparer
Des êtres tant aimés
Comme si tout cela n’était
Pas encore assez …

A bas la dictature
De la magistrature,
Qui détient tous les droits et pouvoirs
Et nous prive de ces mêmes droits
En nous laissant uniquement les devoirs
Désormais nous revendiquons le droit
De faire entendre notre voix
Car la liberté d’expression
Est une des libertés fondamentales
Que chaque individu possède
Du seul fait incontestable– de sa nature humaine
Il ne s’agit pas d’un privilège qu’on lui concède
Mais d’un respect dû à l’humain, avec ou sans chaînes…

« Longues peines »

Paru dans le N°2 de l’Envolée, octobre 2001

LONGUES peines; à quel moment s’aperçoit-on qu’on est un longue-peine. Bien avant de passer devant un tribunal pour aller chercher l’addition, le prisonnier aura effectué quelques années. Oui, trois, quatre, cinq ans à attendre, à être conditionné comme une marchandise. Lorsque l’on passe à la caisse, l’addition nous assomme. 15, 20, 25, 30… perpétuité. On perd connaissance, mais on reste quand même debout (pourquoi on ne tombe pas, on ne s’écroule pas?). 3, 4, 5 ans d’attente, de conditionnement, on perd toute notion du temps, on est dans un état inconscient, on ne peut plus réagir sur le moment. Il lui faudra quelques jours, quelques semaines ou des fois quelques mois pour prendre conscience de sa peine (et cela dans tous les sens du terme). Non, on ne passe pas devant un tribunal pour être jugé, mais pour être condamné. Et ce n’est qu’après cette condamnation que l’on commence à vous juger. Car, comme ils le disent, la peine sera afflictive et infâmante. Car la condamnation est un fait, mais qui ne détermine pas dans l’absolu le temps que l’on fera. Ce n’est que pendant cette incarcération que l’on passera son temps à être jugé. Et ce ne sera qu’au vu de ces jugements que l’on vous accordera ou pas, une permission, une semi-liberté, une conditionnelle, des remises de peine… Oui, lorsque l’on est longue-peine on essaie de ne plus compter. On est hors du temps, on n’est plus. Alors je ne sais pas s’il y a à méditer sur cette phrase (d’Emmanuel Kant): «L’esprit humain n’est conscient d’une progression dans le temps que parce-qu’il sait compter.» Il y a des moments où je me laisse aller à des rêveries. Le temps de ces moments-là ne se compte plus, les jours, les semaines défilent (je m’aperçois que le verbe défiler a plusieurs sens, comme celui de la fuite). Fuir dans un monde, un autre monde, un monde abstrait… Mais pour le moment je suis amené à revenir à la surface. Oui, surface dans un monde, dans un temps où l’on fait semblant. Le semblant d’une vie qui n’est que survie, pour ne pas dire sous-vie ou sous vide. Voilà le pourquoi du plongeon dans l’abstrait. Après avoir pris trente piges et fait cinq depuis, je me demande ce qui me maintient encore debout… Le pire, ce n’est pas ces trente piges, c’est plutôt de prendre conscience de ces lieux et de tout ce qui gravite autour. Même si l’on est amené à occuper son temps (occuper son temps c’est déjà égoïste, il vaudrait mieux le partager) à des activités diverses, on ne construit rien ou alors tout n’est qu’illusion. Tout ce que fait le détenu, c’est de se créer un espace pour un semblant d’autonomie. Car c’est un paradoxe de parler d’indépendance dans un milieu coercitif tel que la prison. Dans une prison d’exclusion, de misère et de haine, il serait bon de se poser la question de l’avenir des personnes (hommes et femmes, jeunes et vieux qu’on y jette). Bien sûr qu’il faut en finir avec cette perpétuité et cette échelle des peines. Mais l’histoire nous le rappelle, il faudra compter sur l’Europe pour que la France, pays des droits de l’homme, s’aligne, contrainte et forcée… Je crois qu’il serait bon de voir ou de revoir la condamnation d’une infraction et sa peine. Il y a lieu de constater qu’il est souvent fait une différence entre un primaire et un récidiviste et que la peine est en fonction de ce déterminisme. Alors pourquoi continuer à faire cette différence lors des aménagements de peine. Avec le primaire : mi-peine pour une permission, une liberté conditionnelle. Et le récidiviste, il faut qu’il effectue les deux tiers de sa peine pour la même chose. Alors qu’à la base la peine est bien définie sur ces deux points. À défaut que les tribunaux ne se remettent en question sur les peines incommensurables qu’ils infligent. Une proposition serait que tous les détenus puissent sortir en fin de peine après avoir effectué les deux tiers de celle-ci. Et une mipeine pour tout aménagement. Car on peut constater à l’heure actuelle, pour prendre un exemple, qu’une personne condamnée à un an effectuera (si tout se passe bien) neuf mois. Il aura fait plus des deux tiers puisque les deux tiers d’un an font huit mois.

« Les peines auto-gérées ? »

Paru dans le N° 1 de l’Envolée, septembre 2001.

Un sujet sur lequel il serait intéressant d’avoir des témoignages de détenus concerne la longueur des peines. Les tribunaux, surtout les cours d’assises, distribuent à tour de bras des décennies de prison, des périodes incompressibles, de la réclusion à perpétuité, comme s’il s’agissait de sanctions anodines. Prenant référence les uns sur les autres, les procureurs et autres avocats généraux, souvent soutenus par les médias, appellent à l’inflation des verdicts. Se figurant, comme beaucoup de gens, que la détention est une partie de plaisir pour des prisonniers confortablement installés, disposant de l’eau chaude et passant leur temps au lit à regarder la télé, ils distribuent généreusement les années d’enfermement sans se rendre compte de ce que cela signifie en réalité. Bien entendu, magistrats et jurés assurent, la main sur le cœur, qu’il ne faut voir dans ces punitions démesurées aucune idée de représailles. La justice française, c’est bien connu, ne pratique en aucun cas la vengeance… Les peines de mort à petit feu, vous diront tous ces braves gens, n’ont d’autre but que de permettre aux condamnés de se ressaisir pour reprendre place dans la société. Il ne s’agit pas de punition, mais de thérapie. Il faut laisser au coupable sanctionné le temps de s’amender, de se soigner éventuellement, et de se refaire une personnalité acceptable. Admettons qu’en prétendant cela l’institution judiciaire ne soit pas hypocrite, et intéressons-nous au temps nécessaire à cette repentance-guérison-renaissance. Ne laissons pas le seul son de cloche des procureurs et des «experts» de tout poil se faire entendre à ce sujet. Il est plus logique de demander aux principaux intéressés, c’est-à-dire à ceux qui y sont passés ou qui y sont toujours, quelle durée ils estiment nécessaire de passer derrière les barreaux pour comprendre la faute qui les y a amenés, se prémunir contre la récidive et préparer leur réadaptation sociale.Ce serait intéressant que les détenus disent combien d’années il leur paraît nécessaire de passer en prison avant de se sentir prêts à reprendre place dans la société des hommes libres sans présenter pour elle un danger. Beaucoup de gens estiment que l’écrou, en tant que mise à l’écart, est une mesure indispensable pour protéger la société et pour éviter le pire chez de mauvais sujets engagés dans une spirale infernale de délinquance ou de criminalité impunie, devenue parfois incontrôlable. Certains détenus reconnaissent eux-mêmes que le fait d’avoir été incarcérés les a empêchés d’accumuler des infractions de plus en plus radicales, ou bien que cela leur a permis de se ressaisir après un acte qu’ils ne se savaient pas capables de commettre, acte qu’ils ont donc du mal à accepter ou à justifier. L’enfermement est alors le moyen de stopper la dérive, de réfléchir sur son propre comportement et d’en reprendre le contrôle afin de se rendre acceptable pour soi-même et pour la société.

Commentaire de la rédaction

Le point de vue de Jean-Pierre est largement partagé à l’intérieur ; il nous paraît important de le mettre en discussion. Quant à nous, nous n’imaginons pas que les peines, courtes ou longues, puissent être prononcées par les prévenus eux-mêmes: ce point de vue est utopique, seules quelques sociétés dites «primitives» imaginaient de régler un différend après un débat collectif à l’issue duquel le fautif décidait lui-même de son châtiment. Cela implique que la faute appartienne à la communauté et ne soit pas conçue comme un écart individuel. Notre monde ne tourne pas autour d’une conception communautaire mais autour de l’idée de l’exploitation de l’homme par l’homme au profit d’une minorité.Tout le vocabulaire, toute la logique de la police, de la justice, du droit sont des armes qui appartiennent aux possédants : participer avec le pouvoir à la sanction reviendrait à légitimer son existence. Si aujourd’hui l’urgence est de réduire les peines pour limiter le programme de destruction des détenus, il ne nous appartient pas de proposer une échelle de peines qui, aussi clémente soit-elle, ne pourra jamais être acceptable.

"La liberté sans conditions"

Paru dans le N°1 de l'Envolée, septembre 2001.

Voilà donc la pensée d’un perpète, je dis pas d’un homme car fiché, catalogué, mis dans des cases puis une cage; l’Etat te laissera animal figé dans un passé qui sera ton présent jusqu’à une hypothétique conditionnelle. Et après… qui s’en soucie!? Les politiques, ces égocentriques qui n’ont d’autre pôle d’intérêt que leur carrière qu’ils construisent sur les tas de cailloux qu’amassent les taulards dans ces Cayenne modernes!!! Ces esclaves dits «détenu(e)s» payés à coups de centimes, ils les gratifieront peut-être d’un gage sérieux de réinsertion, en somme«sois esclave pour retrouver une liberté enchaînée, car elle sera conditionnelle, bien sûr!». C’est l’offre faite aux perpètes. Quoi d’autre? Plus de sécurité, non pas pour les bagnards mais bien pour les bourreaux, qui de leur mission ne connaissent que le côté répressif. De quoi on nous parle!? Une nouvelle loi pénitentiaire où les plus concernés ne sont pas consultés, et pour quelles avancées? J’ai de sérieux doutes quant à un réel bénéfice pour nous et, quand bien même il y en aurait, ce ne sera toujours que cacher la misère avec des réformes qui ne seront pas applicables dans un proche avenir pour X ou Y raisons. Pour une douche supplémentaire par semaine, il aura fallu près d’un an pour que ce soit appliqué, alors une réforme aussi vaste qu’ils le prétendent va droit dans le mur, sans l’abattre malheureusement. Tous autant que l’on est, ce n’est pas de leur pitié ou de vains espoirs dont nous avons besoin, mais bien de ne plus subir le fascisme ambiant, de retrouver une liberté sans conditions et surtout de ne plus subir ces peines de mort déguisées en perpétuité. Je n’oublie pas les autres qui ont pris dix ou vingt piges, même un mois ne répond à aucune logique, si ce n’est celle d’un Etat totalitaire tout comme l’est sa justice. Cette pauvre France se glorifie encore d’une révolution que l’on fête sans doute pour nous faire croire en ces trois mots qui n’ont plus que le sens d’une vaste hypocrisie, car qu’est la prison, si ce n’est un lieu qui voudrait nous faire croire que dehors nous sommes libres? Quant à la fraternité et à l’égalité, demandons à un sans-papier, un SDF et bien d’autres ce qu’ils en pensent. Ne me demandez pas de conclusion, car la fin ne pourrait se trouver que dans la conscientisation de tout pays qui condamne des hommes et des femmes à errer sans fin.

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