Le combat sans fin de Chloé, transsexuelle incarcérée

Chloé est incarcérée au centre de détention (CD) de Caen ; depuis 2004, elle se bat pour se faire reconnaître en tant que transsexuelle. Ce combat pour exister en tant que femme se situe à tous les niveaux, vis-à-vis de l’administration pénitentiaire (AP), du corps médical, des prisonniers et de la société en général. De 2004 à 2008, elle est en demande pour intégrer le protocole de soin officiel, passage obligé pour obtenir une modification chirurgicale du sexe avec l’obligation d’être suivi-e par une batterie de médecins (psychiatre, endocrinologue, urologue, etc.). Face aux refus à répétition, elle commence à prendre des hormones de manière non officielle. Puis elle obtient des prescriptions de manière aléatoire en fonction du bon vouloir des psychiatres. En 2007, elle se rend compte qu’un psychiatre lui prescrit des neuroleptiques en lui faisant croire que ce sont des hormones. C’est à cette période qu’elle commence sa vasectomie, puis l’ablation des testicules par ses propres moyens. En effet, lorsqu’elle formule des demandes afin d’être opérée, il lui est répondu de le faire elle-même. Le corps médical sera alors témoin des différentes étapes de ses tâtonnements chirurgicaux, mais refuse d’intervenir tant qu’il n’y a pas de nécroses ou de risques vitaux. De juillet 2008 à mars 2012, suit une série d’opérations qui ne font que répondre en urgence aux complications des actes qu’elle se pratique. Au cours de la dernière opération, les chirurgiens ont mal positionné son urètre, elle devra attendre septembre 2013 pour que cela soit rectifié. C’est dans ce contexte que Chloé a appelé l’émission anticarcérale « Les murs ont des oreilles » à Grenoble, avec qui elle était déjà en contact. Voici la retranscription de cet interview et des extraits de ses courriers.

 – Comment ça va ?

– Mieux maintenant que je suis opérée. Ils ont simplement réparé une erreur qu’un centre hospitalier universitaire (CHU) a fait et qu’il ne veut pas réparer. Ce n’est pas une vaginoplastie. Le CHU de Caen avait positionné l’urètre sept à dix centimètres trop haut. C’est inadmissible et puis pour aller aux toilettes c’était impossible, je t’explique même pas comment je faisais… Du coup, le CHU de Caen a reconnu qu’ils avaient fait une erreur, mais ils n’ont pas voulu faire la chirurgie réparatrice. Ils m’ont dit de me débrouiller, je me suis débrouillée, j’ai trouvé ce CHU où ils ont bien voulu gentiment me mettre un peu plus au monde. L’opération a duré cinq heures…

– Et t’es quand même soulagée ?

– Je vais mieux, beaucoup mieux. Parce qu’il a fait du mieux qu’il pouvait pour que ça soit présentable, pour que ça fasse quand même féminin. Donc c’est certain qu’à présent dans mon cœur c’est autre chose…

– Qu’est-ce que c’est dans ton cœur ?

– Je suis femme, peu importe qui le pense ou qui pense l’inverse, ce n’est pas mon problème. Dans mon cœur, je suis femme. Si on ne m’accepte pas comme ça, je ne vois pas pourquoi moi j’accepterais les gens, alors que moi je ne fais pas d’histoires. Les gens nous regardent différentes, mais c’est leur regard qui fait que l’on est différentes.

– Et ça s’est bien passé avec le personnel de l’hôpital ?

– Avec le personnel de l’hôpital, j’ai été acceptée totalement, très aimable, très gentil. J’ai été tout de suite acceptée comme une femme, tout a été merveilleux.

– Ça a dû te faire du bien…

– Ça fait du bien quand on se réveille et qu’on se met à pleurer en se disant : « c’est fini ». Parce que ça fait quand même deux ans que cette histoire traîne.

– Comment ça se passe pour les permissions ?

– Au début on m’interdisait les permissions, parce qu’ils ne voulaient surtout pas qu’une trans apparaisse dans la ville, surtout en venant d’un CD. Lors des extractions, une fois sur deux, les surveillants ne voulaient pas m’amener parce que j’étais en jupe… Puis ils ont trouvé une solution, ils m’ont dit de me démerder moi-même pour faire mes soins. Du coup, maintenant je n’ai plus de surveillants et j’ai la permission de me faire soigner.

Ils avaient proposé l’Unité Hospitalière Sécurisée Interrégionale de Rennes, parce que c’est un centre hospitalier qui ne s’occupe que des détenus, mais il n’en était pas question. Ils me donnent des permissions pour aller faire des expertises médicales à droite et à gauche, pourquoi j’accepterais de mettre une paire de menottes pour aller à Rennes pour faire soigner quelque chose qu’un CHU, qui est à deux kilomètres, a fait et ne veut pas réparer ? J’ai dit que je n’étais pas d’accord, alors on m’a dit de trouver un CHU. J’ai cherché, j’ai trouvé, j’ai pris un rendez-vous et j’ai demandé une permission. Ils m’ont laissé partir, normalement je devais rentrer vendredi, mais l’opération ayant été beaucoup plus longue et compliquée que prévu, j’ai dû rester quatre jours de plus.

– Et pour tes autres opérations ?

– Les autres fois, c’était avec les menottes et ils étaient tous là… Une des pires fois dont je me souvienne, on m’a posé une sonde [NDLR : dans l’urètre] sans se demander pourquoi c’était bouché, alors que je me l’étais coupé donc forcément c’était bouché. Ils m’ont posé une sonde à vif, ils l’ont enfoncée d’un grand coup alors que j’étais attachée avec les menottes. J’étais allongée par terre parce que je n’arrivais pas à tenir tellement je souffrais. Quand je leur ai demandé de sortir, ils ont refusé, ils se sont simplement tournés.

– Tu crois que tu a été aussi bien accueillie cette fois-ci à l’hôpital parce que tu étais en permission, et donc portant moins le stigmate de prisonnière ?

– Oui, c’est certain. À partir du moment où tu arrives avec ton sac à main, ton petit sac de vêtements et que tu viens te faire opérer, tu es quelqu’un du dehors, c’est pas écrit sur ton front « prison ». Ici, ils ont essayé de comprendre mon combat, ils ont lu tout ce qu’il y avait sur moi sur Internet, ils m’ont dit que c’était inadmissible la manière dont on me traite.

– Comment tu sens ton retour en prison ?

– Pour être franche, on m’a un peu cassé du sucre sur le dos il y a dix jours : ils ont écrit un article dans lequel ils ont mis mon délit. Ça fait seize ans que je n’en parle plus, donc ils ont mis ma vie en danger, parce qu’à présent au CD on connaît mon délit et je peux très facilement me manger un coup de couteau. En révélant mon délit, plus l’indifférence, ils ont appelé au lynchage de ma tête. Comme je suis pacsée avec un monsieur qui ressemble plus à une armoire à glace qu’à un nain de jardin, j’ai un peu la paix. Mais je ne sortirai pas seule ces prochains temps. Je les ai déjà eu les ennuis au CD, faut pas croire que ça va s’arrêter demain parce que je suis avec quelqu’un. Du point de vue des détenus, ça s’est calmé ; c’est du point de vue des surveillants et de la gestion de mon corps que c’est devenu un peu plus compliqué. Parce que dorénavant, je m’assume, je lève la tête et celui qui n’est pas content, c’est très simple : allô, avocat. Alors ils n’apprécient pas, mais moi je n’apprécie pas qu’ils m’embêtent. S’ils ne veulent pas que l’on parle de moi, ils n’ont qu’à pas m’embêter.

– De ce que tu nous avais dit, on avait l’impression que c’était plus simple avec les prisonniers et que c’était avec les matons qu’il y avait des problèmes.

– Tout au début, quand j’ai commencé à m’assumer, c’était avec les détenus que j’avais des problèmes, c’est vrai que ça leur fait bizarre de voir quelqu’un sortir de sa cellule en t-shirt rose et une poitrine qui commence à gonfler. Et le CD de Caen est réputé pour être en majorité des histoires de mœurs. C’est vrai qu’au début, c’est eux : les viols c’est eux, c’est pas les surveillants… Après avoir rencontré mon compagnon, les détenus n’osaient plus s’approcher. Mais les surveillants s’en sont donné à cœur joie : la tantouze, la travelo, la drag-queen, etc. Quand les détenus humilient, ils savent qu’ils risquent quelque chose, alors que les surveillants le font parce qu’ils savent qu’ils ne risquent rien. C’est la loi de l’intérieur, il n’y a pas de loi qui gère les prisons. La loi des prisons, c’est la loi des surveillants. Quand ils font une manifestation, la première chose qu’ils font, c’est qu’ils nous prennent nous, êtres humains, en otage. Ils font un peu ce qu’ils veulent dedans. Sur ma transsexualité, ils y en a qui sont très tolérants, par contre ils y en a qui n’acceptent pas du tout. Mais depuis le suicide de Nathalie, ils ont tendance à mettre le pied sur le frein.

 […]

– Avec tout ce que je me suis fait, ça peut partir en vrille directement, parce que je n’accepte plus, c’est fini. La première personne qui me dit quelque chose, peu importe qui c’est, je redresse la tête et je lui montre les dents. Je ne peux plus accepter, après tout ce que j’ai souffert, de continuer à souffrir, ça doit s’arrêter tout ça. Les transsexuel-le-s en prison, actuellement, c’est une horreur. Je connais une transsexuelle du côté de Saint-Martin-de-Ré qui a failli se suicider, d’autres à Fresnes et à Fleury qui ne vont pas bien. Et moi, j’ai gagné les pages du Journal officiel (JO)1 pour qu’enfin on puisse être reconnu-e. Ça a été discuté à l’Assemblée nationale, c’est dans le JO, c’est monsieur Delarue qui a enquêté, il n’a pas fait ça à la légère. Après le décès de Nathalie, ils se sont un peu posés la question, il ne faudrait pas qu’il y en ait une deuxième.

– Tu es en contact avec le contrôleur général des prisons sur ta situation ou sur la situation des trans en prison?

– Oui, le contrôleur général des prisons a fait les pages du JO, après avoir appris que je m’étais coupé le …, enfin bref, et que j’avais posé ça sur la table. Il était un peu affolé, il a fait une enquête à Fresnes, à Fleury.

 […]

– Dès que quelque chose ne va pas, je tape sur la table, je cherche pas à comprendre. Ils viennent de faire une note sur les transsexuel-le-s, enfin surtout pour moi… Avant j’avais le droit d’être fouillée par une femme pour le haut et par un homme pour le bas, du fait que j’ai des seins et que j’avais encore un truc entre les jambes. C’était pas tout à fait une note, c’était un accord sur papier. Mais la direction de l’AP a pondu une autre note en disant que, dorénavant, je serai fouillée par un homme, intégralement nue si nécessaire. J’ai demandé ce qu’il se passerait si je refusais, ils m’ont répondu qu’ils appelleraient cinq ou six surveillants pour me foutre à terre et à poil. Je leur ai dit qu’il ne serait pas bon de faire ça, parce que la réaction arriverait à vitesse grand V. On a tapé du poing sur la table, Delarue a demandé ce que voulait dire cette note, parce que c’est de l’atteinte à la vie privée d’autrui. Puisqu’ils disent que, comme je suis en détention homme, il faut que je sois fouillée comme un homme, et bien je vais faire comme tous les détenus. En plein été, quand tous les détenus vont bronzer torse nu dehors, moi aussi je vais me mettre torse nu, avec les garçons. Ils m’ont répondu que je n’avais pas le droit de faire ça, il faudrait quand même savoir ce qu’ils veulent ! Les avocats, l’association LGBT de Caen qui s’occupe de moi et des députés suivent l’affaire. Je ne lâche plus rien : si j’apprends qu’il y a une trans en prison qui va pas bien et qui n’obtient pas ce que moi j’ai légalement… Je ne comprends pas pourquoi il y a des demi-mesures, on souffre beaucoup trop parce qu’on est en détention homme, faut arrêter.

– Comment ça se passe pour ton traitement hormonal ?

– Depuis que je me suis coupée les …, mon corps n’a plus d’apport d’hormones et comme j’avais déjà commencé un traitement féminisant, il aurait été dangereux de donner l’inverse, donc mon traitement hormonal c’est à vie.

– Tu n’as pas de problèmes pour le suivre ?

– Ils ne me le bloquent plus. Cependant l’établissement public de santé de Fresnes a décidé de ne plus s’occuper de transsexuel-le-s en prison, c’est-à-dire que les trans qui sont à Caen n’iront jamais à Fresnes. Il faut demander son transfert soit sur Marseille, Bordeaux ou Toulouse. Il n’en est pas question, car elles ont leur famille dans le coin. L’établissement public de Fresnes n’a pas à refuser une patiente, la loi est la loi pour tout le monde, un centre hospitalier ne peut pas sélectionner le genre de patients qu’ils souhaitent soigner. Ils ont tout sur place, ils prétendent que non, mais j’y suis allée pendant six mois, donc je sais qu’ils ont tout. Ce n’est pas qu’ils ne peuvent pas, c’est qu’ils ne veulent pas. Actuellement tout-e-s les transsexuel-le-s en prison ne sont pas suivi-e-s. Je suis la seule hormonée. En clair, ils laissent traîner jusqu’à ce que tu sois sorti-e, comme ça tu iras te faire soigner dehors.

– On se demandait si tu allais faire un changement d’état civil.

– Mais c’est fait ! Officiellement je m’appelle Chloé sur ma carte d’identité. J’ai demandé mon changement d’identité sexuelle, j’ai été un peu déçue de la réponse : ils veulent une expertise psychiatrique. Ça fait quand même la neuvième, faut arrêter, il y en a marre des expertises psychiatriques. Je l’ai faite et il a été reconnu qu’il est vraiment souhaitable de changer mon identité sexuelle sur ma carte. Il est également reconnu que le CD, ainsi que la médecine, m’ont bien fait souffrir durant des années, et que ça n’aurait jamais dû arriver. L’ordonnance sera rendue mi-février.

– Tu penses qu’une fois que ça sera définitivement réglé, tu risques d’aller en détention pour femme ?

– Je l’ai déjà demandé, parce qu’il y a une jurisprudence de la cour européenne. Ça fait deux ans qu’ils ne répondent pas. C’est la façon de l’AP : demande-nous ce dont tu as besoin, on t’expliquera comment t’en passer. Il est certain qu’au mois de février, si la justice décide que je suis reconnue comme une femme, dans l’heure qui va suivre, je veux être transférée. Simplement, on m’a bien fait comprendre que jamais ça n’arrivera, parce qu’ils ne veulent pas de jurisprudence en France. Comme je ne suis plus très loin de la fin de peine, ils vont me foutre dehors avant2.

 […]

C’est comme le tract de la CGT3, on m’a traitée nationalement de mâle ou femelle, c’est cadeau. Eux ils ont le droit de faire ça, moi j’ai pas le droit. Il y a dix jours, j’ai été condamnée à payer cinquante euros d’amende et j’ai eu quinze jours de prison supplémentaires parce que j’ai dit « connard ». Mais ce tract de la CGT, ou le premier surveillant qui refuse d’exécuter un ordre de mission parce que je suis en jupe, ça c’est normal. Et nous, quand on dit quelque chose, on se retrouve au quartier disciplinaire. Le tribunal a fait le jugement en terme féminin, j’étais considérée comme une femme de A à Z, et ils ont considéré que le CD s’était bien moqué de moi. Je ne suis pas allée au jugement, le juge avait pourtant dit qu’il fallait m’autoriser à venir en jupe et ça m’a encore été refusé. Donc il [le maton] a gagné seulement cinquante euros et je n’ai gagné que quinze jours. Maintenant ça me fait un peu rire cette histoire ; les détenus du CD, à chaque fois qu’ils me croisent, ils me disent qu’ils vont quand même faire une quête pour lui donner ses cinquante euros… J’avais déjà payé cette dette-là, j’ai quand même fait quatre jours de mitard dans des conditions… je crois que le chenil pour les chiens est plus beau. On ne m’a pas donné mes lunettes, on ne m’a pas donné mon traitement [hormonal], on m’a donné des Efferalgan effervescents mais on ne m’a pas donné de verre d’eau, on ne m’a donné qu’une seule couverture en papier, le mur était plein de moisi…

 […]

 Le coup de Nathalie a été le coup de trop, ça peut pas continuer. Je l’ai connue. Elle est arrivée après moi, elle a essayé de se battre, on s’est moqué d’elle. Actuellement je suis la seule personne à être allée sur sa tombe. Elle est enterrée au carré des indigents. Elle n’avait qu’un seul ami, son compagnon, qui était à l’enterrement. Il y avait aussi deux personnes de l’AP pour faire acte de présence, mais à trente mètres de la tombe, histoire de ne pas être sur les photos. Sa famille l’a complètement abandonnée, personne ne s’occupe de la tombe… Quand elle est arrivée, elle est venue me voir ; je lui ai dit qu’il y avait deux manières de se battre, soit en silence, comme pendant la guerre, soit tu te bats en hurlant et tu vas te manger tous les coups. Je lui ai dit de le faire progressivement, c’est-à-dire un peu tous les jours : ce qui est fait est acquis. Au début ça a marché, puis elle a un peu cafouillé, elle était sur une voie de garage. Elle m’a demandé ce qu’elle pouvait faire, je lui ai donné une lettre type à adresser à deux-trois adresses que je connaissais. Sa motivation s’est redéveloppée, mais tout est parti en vrille. L’administration s’en est mêlée, les détenus ont commencé à la taquiner, ils ont commencé à ne plus arrêter de la fouiller à poil pour vérifier, à dire « monsieur », pleins de choses comme ça. Elle s’est retrouvée en quartier différentiel, qui est un quartier d’isolement. Elle était juste en face de chez moi, deux étages en dessous, du coup on voit ce qui se passe, on ne peut rien louper. Un soir, elle a mis une corde, elle s’est accrochée. Elle a sonné avant de s’accrocher dans l’espoir que l’on vienne à son secours, mais on n’est pas venu à son secours ou trop tard, voilà… C’était une petite bonne femme, elle faisait un mètre soixante-cinq, elle se promenait toujours avec son sac à main, jusqu’au jour où on a commencé à lui faire des histoires, et là tout s’est enchaîné…

 […]

 Pour les personnes comme moi, il ne faut jamais baisser la tête, parce que si on baisse une seule fois la tête, on est fini : on a les détenus comme les surveillants sur le dos. C’est très clair, à partir du moment où l’on fait un pas en arrière, c’est fini, on n’est plus crédible, on est faible, on est fragile. C’est seulement quand on redresse la tête et que l’on se dit : « allez, je m’assume », que c’est le bonheur. C’est le pied, le pied total. On rentre le soir dans sa cellule en se disant : « mais qu’est-ce que j’ai fait ? Je suis complètement pas bien dans ma tête ? » Mais alors quel bonheur quand tu t’endors et que t’y repenses, tu t’endors avec un sourire. Faut jamais baisser les bras.

Extraits de courriers de Chloé

 23 avril 2012,

[…] Sur l’administration pénitentiaire, ils ne font que ce qu’ils veulent, quand ils veulent, comme ils veulent. Ce n’est que quand les gens osent réellement taper sur la table que cela bouge, mais dans une courte limite. La prison est une zone de non-droit, où les règlements se font et se défont comme ils le souhaitent. La tolérance, le respect de l’être humain, n’est nullement une chose qui rentre dans leur priorité. La première vision de la détention et de l’administration, ici comme ailleurs, c’est que vous faites votre peine et payez, par quelques moyens que ce soit, les parties civiles. Après on verra s’il reste du temps pour que le SPIP s’occupe de vous, ou mieux occupez-vous de vous-même. Leur blabla qui concerne le SPIP et les réinsertions sont des blagues pour tromper le public. Même si certains y ont droit et se réinsère grâce à ces services, le pourcentage est minime par rapport à ceux qui n’ont jamais été aidés et y sont arrivés par eux-mêmes. […]

23 juillet 2012,

[…] Tout le monde, médecine, comme administration, comme ami-e, se demande comment j’ai pu ne pas mourir après tout ce que je me suis faite. Même moi par moment, je me demandais si j’avais assez de sang pour vivre, comment j’ai pu ne pas être infectée, faire une septicémie, une hémorragie, une crise cardiaque. Comment j’ai pu faire pour ne pas me pendre quand ils me retiraient les hormones, puis me les rendaient, puis me les retiraient4. Comment j’ai fait pour ne jamais crier au secours. Comment j’ai pu apporter comme cela une testicule dans leur bureau sans crier ma souffrance. Je ne sais pas pourquoi, pourtant il aurait été plus simple pour moi d’éteindre cette lumière, avoir ce repos bien mérité, ne plus souffrir, ne plus avoir peur que l’on me retire mes hormones, ne plus avoir peur de me faire agresser, ne plus me demander ce que je dois faire demain pour survivre, quel combat je devrais encore mener. Moi, à ce jour, je ne cesse de revoir le soir, quand je me couche, les images où je me retirais les testicules, les images de toutes les souffrances, les images de tout ce sang versé. Cela fait partie dorénavant de mon marchand de sable, cela passe en boucle sans que je puisse arrêter ce film d’horreur. Mais s’il fallait refaire ce combat, oui je le referais, pour moi, pour mes sœurs qui souffrent en prison, pour qu’elles n’en viennent pas à se faire ce que moi je me suis faite pour être reconnue. Oui, je referais ce combat, mais avec plus de rage. […]

1Journal officiel du 25 juillet 2010 concernant l’avis du 30 juin 2010 relatif à la prise en charge des personnes transsexuelles incarcérées.

2Chloé est conditionnable depuis 2007.

3Le 9 décembre 2010, la CGT pénitentiaire de Caen publie un tract Bienvenue à Caen…llywood ! dans lequel il est écrit : « […] un autre détenu dont on ne sait s’il est mâle ou femelle et qui nous enquiquine (pour ne pas dire autre chose) et accessoirement nous fait passer pour des cons en extractions… [NDLR : parce que Chloé s’habille en femme] ».

4NDLR : les hormones sont des régulateurs de l’humeur, le changement brutal du taux d’hormones présent dans le corps provoque de graves dépressions et des états suicidaires.

Une réflexion au sujet de « Le combat sans fin de Chloé, transsexuelle incarcérée »

  1. je suis chloë, il mon libéré depuis plus de 10 jours et cela manu militari, il se sont rendu compte que cela fessait 6 mois que je devais être libre et de ce fait cela fait donc 6 mois de de détention arbitraire. il va de sois que je ne vais pas en rester la, mon avocat maitre benoit David prépare la procédure pour détention arbitraire. c’est inamissible ce qui c’est passer, il s’aperçoive 6 mois après qu’il mon oublier, oui mes pour me harceler la il non jamais oublier, bien qu’il mon trouver un studio d’urgence je suis a ce jour plus que dans la merde, et il faut vraiment le prendre au pied de la lettre, minuscule studio aucune aide, rien du tout c’est dégage et débrouille toi. heureusement que j’ai trouvée un travail.

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