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« Ca ne valait pas la peine, mais ça valait le coup » Hafed Benotman dans L’Envolée, un livre et un CD à paraître en mars 2017

Kouv

Ca ne valait pas la peine mais ça valait le coup, 26 lettres contre la prison, écrites par Hafed Benotman et choisies par L’Envolée.

A paraître en mars 2017 aux éditions du bout de la ville. Vous pouvez vous procurer le bouquin contre 12 euros en librairie ou dans votre boîte aux lettres en écrivant à :

leseditionsduboutdelaville@yahoo.fr

Comme tous les numéros de L’Envolée, le livre est gratuit pour les prisonniers et les prisonnières qui en feront la demande.

 

« En 2001, Hafed Benotman et quelques complices ont créé l’émission de radio anticarcérale L’Envolée et le journal du même nom. À sa mort en 2015, l’équipe du journal décide de lui rendre hommage dans un numéro qui réunit la plupart des courriers et articles publiés au fil des ans dans L’Envolée. Une façon de continuer à se marrer, gamberger et se bagarrer avec lui contre toutes les prisons.

À ces lettres, écrites pour la plupart en prison, nous avons joint dans ce livre : des extraits de certaines de ses interventions radiophoniques sur Fréquence Paris Plurielle ; des extraits de romans parus chez Rivages (Les Forcenés, Marche de nuit sans lune, Un jardin à la cour) ; de longs passages d’entretiens qu’il a donnés au journal Article 11 en 2008, à la revue Mouvements en 2010 et à la 51e Rencontre Cinéma de Pézenas en 2013. Enfin, nous publions deux nouvelles, « La Grappe » tirée de Fraternité à perpète (L’Insomniaque, 2006) et « Une pile au coeur », inédite. En clin d’oeil à son amour des machines à écrire, nous avons regroupé ces textes et extraits en 26 thèmes. Et parce que nous aimons sa gouaille et son sens de la repartie, nous avons choisi quelques-unes de ses envolées pour en faire un disque.

À la tienne Hafed ! Et merci.

L’Envolée, janvier 2017

Kat de couv

Vous pouvez écouter en avant première un montage d’interventions  radiophoniques de l’ami Hafed qui sera distribué en CD avec le bouquin à paraître en mars : Ca valait pas la peine mais ça valait le coup sur le Mixcloud de L’Envolée.

HAFED CD

#TMDJ

EMISSION DE L’ENVOLÉE DU 17 JUIN 2016

  • Lettres de Natacha Lopvet et de Camille
  • Téléphone : Aurore pour le procès de Kamel Bouabdallah
  • Enregistrement : Pierrette Poncela, prof de droit, sur la loi Taubira (loi relative à l’individualisation des peines et renforçant l’efficacité des sanctions pénales)
  • Brèves et annonces

–> Defcol, manif en soutien aux manifestants inculpés : 18 juin , procès de Kamel et de Ripert

–> Film : Diamant Noir avec Abdel Hafed Benotman


Musiques : Lucio Bukowski – Les faiseurs d’illusions sortent des lapins morts de leurs chapeaux ; Bobby Womack – Across 110th Street ; Ray Jr – Biggie


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L’Envolée N°41 Hafed à l’honneur

7959397-12374747Le dernier numéro du journal. Que du Hafed Benotman, co-fondateur du journal qui a distillé dans nos tronches beaucoup de ce qu’on peut penser de la prison, de la justice et du monde qui va avec. C’est drôle et c’est tranchant à la fois. C’est à mettre entre toutes les pattes. Ca se lit aussi et surtout sur papelard. Si vous ne trouvez pas de librairie qui le vend près de chez vous, abonnez-vous.

Pour ça écrivez à contact@lenvolee.net et envoyez un chèque de 15 Euros à l’ordre de l’Envolée, 43 rue de Stalingrad, 93100 Montreuil-sous-Bois. C’est toujours gratuit pour les prisonniers et leurs proches sans le sous.

Bonne lecture  : 41 final comp

Emission de l’Envolée du 19 juin 2015

 

  • Lutte des migrants/réfugiés
  • Communiqué corse – Mouvement collectif
  • Lettre de Philippe Lalouel – Lannemezan
  • Texte d’Hafed Benotman – Longues peines
  • Texte de l’OIP – Pax, mariage
  • Présentation de Lion
  • Statut DPS
  • Présentation du film de Brigitte Sy

Islamisation? oh, la barbe! par AH Benotman

Avant de se pencher plus avant -sans tomber dedans- sur les bricolages de l'outil antiterroriste et du droit en général en cours ces jours-ci, voici un texte d'Hafed.  Paru en 2008 sur un blog qu'il animait, il tombe juste. 


Ce mardi 30 septembre au soir, au journal de 20 heures sur TF1 - dont on connaît l'extrême délicatesse -, l'un des sujets sera l'islamisation en milieu carcéral et la possibilité que les prisons soient des viviers terroristes. En voilà une coïncidence! Juste le jour qui clôt le mois de Ramadan. Ce sont les téléspectateurs musulmans qui vont être ravis.

Pour ce 20h, donc (sous réserve de passage à la trappe), une journaliste m'a interviewé. Elle me fera probablement dire - je ne suis dupe de rien - en deux minutes de montage pour 3/4 d'heure filmée, ce que TF1 voudra bien me faire dire. A savoir apporter de l'eau à leur moulin. J'espère me tromper...  Je connais les risques de ce genre d'intervention et j'assume. Si je réponds toujours positivement à ces demandes c'est  pour une raison simple: je préfère leur voler deux minutes en débitant des conneries plutôt que laisser ces deux minutes à un autre qui ferait consciemment de l'intox. 

Il n'y a pas d'islamisation radicale dans les prisons françaises. Prisons qui, soit dit en passant, ne se transforment pas en boîte d'intérim pour terroristes potentiels. Si c'était le cas, au sein d'un des pouvoirs répressifs de l'Etat que sont les prisons, il y aurait des attentats violents intra-muros. Le fameux Djihad commencerait sur place par des agressions mortelles sur le personnel pénitencier. Ce qui n'est pas le cas. Je vais essayer de développer.
 
Ce n'est pas la pensée religieuse qui islamise la population carcérale mais l'indigence sociale. Il faut savoir que 90% de cette population est en état de grande paupérisation. C'est l'indigence qui fait que, même des Français d'origine française basculent en écoutant les discussions que les musulmans tiennent comme de véritables colloques dans les recoins des cours de promenade, sur des pelouses pouilleuses ou sous des préaux insalubres. En dehors des affinités amicales (petits
groupes de droit commun se connaissant du dehors) les musulmans sont les seuls à pratiquer la notion de partage et d'entraide. Entre détenus musulmans, ou en voie de le devenir et ne se connaissant pas, peu de choses sont mises en commun. Des timbres jusqu'à la nourriture, l'essentiel se donne entre musulmans (à part l'Institution qui gère les indigents en leur procurant une humiliante charité). Un prisonnier sans le sou doit réclamer un autre rouleau de papier W.C. en cas de courante s'il a utilisé le rouleau mensuellement distribué. C'est dire... Que se passe t-il donc dans nos bonnes vieilles prisons? C'est simple, depuis le début des années 90, après les grandes émeutes revendicatrices de la fin des années 80, l'Administration pénitentiaire a encouragé l'islamisation afin d'assurer la pacification des prisons. De la même manière que les élus (maires et autres) ont appelé les imams de tout poil à la «rescouscous» lors des émeutes de banlieues.

De nombreux procès ont eu lieu dans les années 80 où des mutins plutôt gauchistes ont été lourdement condamnés. De nombreux transferts de soi-disant meneurs ont cassé les mouvements tout en les dispatchant aux quatre coins de la France carcérale. Pour l'exemple, moi-même, incarcéré à Fleury-Mérogis où se concentrent aux heures de promenade entre 100 et 200 détenus, au bout de deux jours, la direction m'a fait transférer à Fresnes où nous n'étions que deux détenus en promenade. Une manière de désamorcer une possible prise de parole auprès de mes 200 co-détenus dans un des bâtiments de Fleury-Mérogis.

Pourquoi encourager l'islamisation dans les prisons et de quelle manière? L'Administration pénitentiaire a facilité la prise de parole de certains musulmans imams autoproclamés. Une manière de «caïdat», contre des prisonniers pouvant créer des mouvements de revendication sociale... Aussi bête et simple que ça. L'Administration pénitentiaire a été prise alors à son propre jeu quand les jeunes prisonniers, sensibles aux discours religieux, se sont insensiblement mis à observer une bonne hygiène de vie. Beaucoup ont cessé de fumer shit et tabac. Ils se sont mis au sport. Ont changé de langage: la vulgarité verbale indispose le Divin. Ils se sont moins bagarrés entre eux et se sont débarrassés petit à petit de cette addiction terrible, intra-muros, à la pornographie qui éteint le prisonnier frustré sexuellement. Mais le pire, pour l'Administration pénitentiaire, c'est d'observer que le prisonnier devenu musulman ne fréquentait quasiment plus le dealer légal qui siège dans toute bonne pharmacie de prison, la lecture du Coran devenant une sorte de règlement intérieur. Bref, un cerveau oxygéné est moins malléable et la prison ne devient plus un lieu de punition sociale pour ces jeunes musulmans, mais une épreuve envoyée par Dieu pour les éprouver. Dieu ayant décidé que ces jeunes devaient faire de la prison, la Justice des hommes devient peanuts et n'a plus prise ni sur les corps, ni sur les consciences. La volonté divine prime sur la fatalité sociale. L'Administration pénitentiaire perd son rôle d'épouvantail et son pouvoir de rétorsion.
 
Avant, l'abrutissement généré par l'Administration pénitentiaire (par la T.V. Etc.) se confrontait à l'abêtissement distillé par le religieux. Faire venir des imans en prison - pendant longtemps ils ont refusé de reconnaître le culte musulman -, c'est casser les imans autoproclamés qui revendiquent uniquement pour leur culte. L'administration pénitentiaire s'est laissé dépasser par cette nouvelle génération de prisonniers pour la simple et bonne raison qu'elle n'a plus prise sur eux. Quant au terrorisme, il est plus à craindre des milieux intellectuels et étudiants que des prisonniers musulmans qui, une fois sortis, pour pouvoir bouffer retournent dans la spirale de la survie économique et reprennent illico leur petit bizness. Après la discrimination vient la criminalisation. Montrer les prisons comme étant des lieux générant le terrorisme en est la parfaite démonstration. Il est vrai que quelques imbéciles se laissent prendre à ce piège, j'ai moi-même eu quelques soucis en tant que maghrébin athée face à la pression communautariste, mais sans jamais parvenir au point de rupture et toujours à cause de deux ou trois illuminés - certainement bien plus mécréants que moi - qui cherchaient à se créer un statut dans la religiosité à outrance. 
Et, comme disait l'autre:
J'ai rencontré Dieu en prison.
- Que faisait-il là?
- Oh, il y était pour escroquerie...
 
AH BENOTMAN L'Athégriste. le 30 septembre 2008

Le lien avec la parution originale : http://abdel-hafed-benotman.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/09/30/islamisation-oh-la-barbe.html
 

Emission de l’Envolée du 5 Mars 2015

Hafed libérable

Après une trop longue pause -liée à la vie réelle ainsi qu’à l’absence de vie numérique- notre site refonctionne. Pour combien de temps ? Personne ne peut le dire. On en profite donc pour s’en mettre plein les oreilles.  On commence avec une émission de l’Envolée diffusée sur La locale (les mardi sur 87.2 de 19 à 20h30 en Ariège) et sur FPP (les vendredi sur 106.3 d 19 à 20h30 en Idf).

Comme vous le savez tous et toutes, l’ami Hafed a cassé sa pipe et nous a laissé tout seul nous débrouiller avec le merdier de ce monde… L’occasion de faire une belle fête en son honneur mais aussi de resortir ses textes.  Nous en ferons sans doute le contenu principal du numéro de printemps du journal. En attendant nous en avons fait une émission.

On boit un coup de trop à sa mémoire en lisant quelques-unes des très belles lettres qu’il a écrites au journal qu’il avait lui même fondé entre deux séjours au placard.

Clairvoyance sidérante, drôlerie acerbe, intelligence farouche, rage indeféctible… que d’adjectif n’est ce-pas?

En épitaphe, un mot : Libérable!

Si vous êtes dehors quand vous écoutez, buvez une Leffe in memoriam  (sa préférée) ou une quelconque autre boisson alcoolisée de votre choix.

« Très chers amis (e)s. » Lettre d’Abdel Hafed Benotman

Une lettre d’Hafed publiée dans l’Envolée N°14, en juillet 2005. Lorsque quelques hommes en armes et autres magis-rats, avaient jugé bon de le recoller au placard pour quelques vols…

 

Mettez un homme en prison, il en sortira toujours… quelque chose… de bon ? Oui puisque vous êtes là et je vous en remercie tous et toutes. Que vous dire? Sinon tenter de vous expliquer la simplicité de ce qui m’est arrivé.

Certains de mes amis (e)s ont été surpris, peinés, choqués par ma récidive mais aucun n’a été déçu puisque la déception porte en elle un jugement et l’amitié ne juge pas. Il y a eu des questions comme : il est con ou quoi ? Souffrirait-il du syndrome de Stockolm au point d’aimer la prison ? Est-il fou? Il aurait pu prendre des précautions, non ? Toutes ces questions sont légitimes si on les résume à celle-ci, paradoxe absurde : serait-il fondamentalement honnête ? Au point que son mépris des cagoules, des masques, des salles de conseils et de délibérés des ministères et des confessionnals… l’écoeure.

C’est là-dedans que s’inscrit, non pas ma récidive mais ma continuité. Ma présence en prison est une façon radicale de dire NON. Lorsque je suis sorti de prison, on ne m’a pas demandé d’être réinsérable mais d’être recyclable. On m’a demandé aussi d’aller mendier un temps d’identité à la préfecture de police. Pour adoucir ce dressage on m’a titré du statut d’écrivain. Lire la suite

« Ca valait pas la peine, mais ça vaut le coup ! », Abdel Hafed Benotman

Hafed est mort… m’enfin, il ne nous quitte pas ! Son au-delà d’athée -et sacrément daté- est parmi les vivants, entre autre ici. Dans ce journal qu’il a crée avec d’autres il y’a de ça quinze piges. Hafed n’a jamais choisi entre le voleur et l’écrivain. Un voleur qui écrit ? Un écrivain qui vole ? Merde aux identités. C’était un ami qui se bagarre, rigole des yeux et partage. Pas d’autre hommage donc ; il n’en n’aurait eu que foutre.

Tenir un engagement, pris avec lui et à sa suite. Continuer à lire et faire lire les écrits des enfermés qui pensent le sort qui leur est fait. Celles et ceux qui, comme lui, se disent réfractaires aux sévices du travail obligatoire, au racisme poli d’une république satisfaite, à l’hypocrisie d’une société qui torture démocratiquement, à la bêtise suffisante des juges et de leurs valets, à l’arrogance de l’économie et de ses hommes en arme.

Bref, continuer à cracher de laids mots -pas de l’émo attention- sur une époque qui n’a de cesse de se refermer sur nos corps et nos crânes. Continuer à trouver, comme lui, les paroles justes et les actes conséquents pour armer nos refus. Faire vivre son humour -forcément noir- et la justesse de son regard, désespéré mais pas résigné. Et ce pense-bête : « Rendre la justice, en voilà une belle expression ! La vomir ».

Vive Hafed, vive les voleurs qui veulent rester honnêtes (et vice versa).

Pour commencer à continuer (re)lisons ce texte d’Hafed publié dans le numéro 4 du journal (téléchargeable au bas de la page), en janvier 2002. D’autres textes suivront dans les jours qui viennent, avant la publication du prochain Envolée qui fera bien sur une large place à l’ami AHB. Lire la suite