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« Nous, détenus, bloquons les prisons de France »

Communiqué collectif de la prison de Rennes-Vezin, 23 mars 2020

Ce communiqué a été publié par l’Observatoire international des prisons sur le blog de Mediapart le 23 mars 2020 alors que des mouvements ont lieu tous les jours dans des dizaines de prisons sur tout le territoire. Une semaine plus tard, force est de constater que la ministre des tribunaux et des prisons -qui annonce fièrement libérer 3500 prisonniers- n’a pas pris la mesure du message qui lui était adressé. Nous publions donc une nouvelle fois ce texte collectif dont nous saluons la combativité. Dans le contexte d’une crise sanitaire sans précédent, il rappelle les humiliations, l’arbitraire et la violence de personnels, les conditions misérables, les fouilles à nu, le surenfermement, l’absence d’aménagement, la rareté des rapprochements familiaux… qui font le quotidien de l’enfermement.

À l’attention de
M. le Président de la République,
Mme Belloubet, ministre de la Justice,
M. Bredin, directeur de l’Administration pénitentiaire,
Mme Hanicot, directrice de la Direction interrégionale des services pénitentiaires de Rennes,
M. Astruc, procureur de la République à Rennes,
ainsi qu’à tous les directeurs de prison.

Nous, détenus, bloquons les prisons de France.

Nous, détenus, sommes inquiets concernant le Covid-19 pour nos familles, nos proches et nous-mêmes. Nous vivons une crise sanitaire sans précédent et le sentiment de peur est décuplé, comme tous les sentiments en prison.

Nous détenus de France demandons que des règles d’hygiène strictes soient imposées à l’ensemble du personnel de l’établissement ; que la promiscuité entre nous et le personnel, comme partout ailleurs en France, soit interdite et que si cela n’est pas possible, que le personnel porte gants et masques. Nous détenus de France, demandons un plan d’action sanitaire en cas de contamination au sein de chaque centre pénitencier.

Nous, détenus, accusons le système judiciaire et carcéral de nous mettre en danger de mort et demandons immédiatement le désengorgement de toutes les prisons en libérant les fins de peine et les détenus considérés comme non dangereux pour notre société afin de ne plus jamais dépasser la capacité d’accueil des prisons. Nous demandons à ce que vous soyez vigilants de telle sorte à ne plus jamais nous entasser au point de dormir par terre, et ce en vous assurant dorénavant de bien réguler les prisons pour incarcérer dans des conditions dignes d’un pays tel que la France.

Nous, détenus, dénonçons les violences physiques et morales de la part de certains surveillants et Équipes régionales d’intervention et de sécurité (ERIS) couvertes par les directions ; les effacements trop rapides des preuves vidéos, et encore pire des plaintes classées sans suite par les procureurs trop proches des directeurs de prison, qui par la même occasion se rendent complices de ces agissements et donnent un sentiment d’impunité aux surveillants véreux.

Nous, détenus, dénonçons la flexion lors de fouille à nu, cela porte atteinte à notre dignité et nous humilie. Pourtant, sur la circulaire relative aux moyens de contrôle des personnes détenues, jamais la flexion n’est indiquée ou ni aucune autre humiliation, c’est donc de l’abus de pouvoir.

Nous, détenus, dénonçons le mépris, les moqueries et les inepties des syndicats de surveillants et gradés. Le pouvoir qu’ils ont obtenu, s’il sert à améliorer leurs conditions de travail, est honorable ; par contre quand il sert à faire reculer nos conditions de détention cela devient malsain et creuse un fossé inéluctable entre surveillant et détenu.

Nous, détenus, dénonçons la Direction interrégionale de casser les liens familiaux en refusant les rapprochements familiaux ou en mettant trop de temps pour les plus chanceux de se rapprocher de chez eux (Corses, Basques, etc.). Nous détenus, dénonçons le refus quasi-systématique des parloirs prolongés pour les familles vivant à plus de 200km alors qu’en théorie cela est déjà inscrit dans le règlement. Arrêtez de nous dire qu’il n’y a plus de places, trouvez des solutions !

Nous, détenus, dénonçons avec la plus grande véhémence le régime fermé des maisons d’arrêt et demandons immédiatement la reprise dans toutes les prisons de deux promenades par jour, sans vous cacher derrière l’excuse du travail ou activité, car nous savons tous que les places sont limitées. Nous ne pouvons plus rester entre 22h voire 23h enfermés sans pouvoir sortir de la cellule, ceci est inhumain. Nous souhaitons que le système carcéral en maison d’arrêt soit repensé, avec plus de bâtiments, de confiance.

Nous, détenus, dénonçons le système des cantines à géométrie variable et voulons acheter de la viande selon nos croyances (juives, musulmanes ou chrétiennes) donc cantiner de la viande casher, halal ou neutre et si la chaîne du froid pose problème, il faut trouver des solutions, qui existent. Nous détenus, demandons la mise en place de trois délégués au minimum par prison afin de dialoguer avec la direction et apaiser les tensions.

Nous, détenus, demandons plus de juges d’application des peines et conseillers pénitentiaires d’insertion et de probation pour ne plus jamais dépasser le délai des quatre mois lors d’un aménagement de peine et demandons l’application stricte de la loi sur les aménagements de peine : maison d’arrêt mi-peine et centre de détention 1/3 de peine.

Nous détenus, dénonçons le sort réservé aux détenus dans les quartiers d’isolement et le traitement inhumain et dégradant que vous leurs infligez.

Nous détenus, dénonçons la dureté de la détention pour les femmes détenues, souvent rejetées par leurs proches et coupées du monde extérieur sans aucun lien social et demandons une réflexion sur la séparation d’une mère détenue et son enfant. Nous détenus, demandons un délai plus court entre chaque uvf.

Nous, détenus, demandons aux juges de se remettre en question concernant les détentions provisoires car cela devient une antithèse avec la présomption d’innocence.

Nous, détenus, sommes tout simplement au bord de la rupture qui s’est accentuée avec ce contexte anxiogène de la propagation du virus covid-19. Sachant qu’en prison aucune règle de base n’est respectée par les surveillants, ni les barrières de distance, ni les gants, ni les masques et pire on continue de nous palper au mépris des règles d’hygiène, ce qui augmente le risque de contamination. Nous détenus, lançons un cri du cœur pour que les surveillants humains prennent le dessus sur les surveillants qui se sont déshumanisés afin de renouer le dialogue. Nous détenus, demandons à être respectés par toute la corporation judiciaire, pénitentiaire et la société.

Nous, détenus, apportons notre soutien aux infirmières, unités sanitaires, médecins, pompiers, virologues, Samu, Smur et tout le corps médical car nous sommes conscients et reconnaissants du travail accompli dans cette période si difficile. Merci à vous.

Les détenu(e)s de France.

Face au Covid-19 en prison : amnistie générale !

(Ce texte de la rédaction est publié dans le numéro d’avril du mensuel CQFD)

« Avec le confinement, vous touchez du doigt – en plus roudoudou – ce que nous vivons au quotidien, nous les prisonniers : impossibilité d’aller et venir, privation de voir ses proches et soumission à l’arbitraire pour tout », écrit un prisonnier à L’Envolée, à l’heure où le pays est confiné et les prisonniers et prisonnières plus coupés du monde que jamais. Ajoutée à l’absence de soins, la surpopulation carcérale – ou plutôt, le surenfermement de la population – fait des prisons des lieux hautement pathogènes. Tous les ans, des épidémies s’abattent sur les personnes incarcérées : tuberculose, gale… Le Covid-19, qui ne fera pas exception, révèle la criante indignité de la prison.

Suspendre les parloirs ne protégera pas les prisonniers

Face à cette épidémie, Nicole Belloubet, la ministre des tribunaux et des prisons, opte pour une mesure très brutale : la suppression des parloirs et de toute activité. Faute de pouvoir isoler les prisonniers en attribuant une cellule à chacun (70 651 prisonniers et prisonnières au 1er janvier pour 61 080 places dans des cellules le plus souvent collectives) ; faute de distribuer à toutes et tous des masques de protection, des tests et des solutions hydroalcooliques ; faute de confiner les matons qui continuent de rejoindre leurs familles chaque soir… l’État considère d’office que les prisonniers, les prisonnières et leurs proches ne seraient pas capables d’appliquer les fameux « gestes barrières ».

Plus de shit, des possibilités de cantines (achats de produits de la vie courante) restreintes, plus d’activités, plus de parloirs, 22 heures sur 24 en cellule et déjà des promenades réduites dans certaines prisons. Celles et ceux qui sont enfermés sont à la fois en colère et inquiets : le peu de mouvements et de contacts qui rendent la détention supportable disparaissent du jour au lendemain sans qu’ils et elles se sentent protégés pour autant. Ces mesures sont ressenties comme absurdes et méprisantes parce que le prétendu « confinement » est totalement inapplicable à l’intérieur des prisons. Et ce n’est pas la générosité de la ministre (télévision gratuite, un maigre crédit téléphonique et une aumône de 40 € pour les indigents) qui va étouffer les craintes – et le feu.

Des révoltes contre ces mesures

Ces mesures n’empêcheront pas l’épidémie de se répandre. Elles ne servent qu’à donner des gages aux personnels de l’Administration pénitentiaire (AP), et notamment aux matons, en diminuant les mouvements à l’intérieur et le nombre de fouilles à effectuer ; et donc les contacts. Ils ont aussi peur du coronavirus que des mutineries : ils savent très bien que les prisons vont se transformer à la fois en cluster (foyer d’infection) et en cocotte-minute prête à exploser. Leur syndicat majoritaire (Force ouvrière) a déjà menacé d’user du droit de retrait, agitant l’exemple de l’Italie où, depuis le 8 mars, des émeutes ont éclaté dans des dizaines de prisons, causant la mort d’au moins 14 prisonniers et plusieurs évasions collectives. Sur les toits, les prisonniers crient « Libertà ! » et exigent l’indulto – l’amnistie.

Quinze jours après, la révolte gronde dans toutes les prisons françaises avec chaque jour des dizaines de mouvements collectifs : refus de remonter de promenade, montées sur les toits, mutineries ; et déjà des matons qui tirent, comme à la maison d’arrêt de Grasse (Alpes-Maritimes) et au centre de détention d’Uzerche (Corrèze).

Il faut vider les prisons

C’est dans cette ambiance que la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Adeline Hazan, se fonde sur la protection que l’État doit aux gens qui sont sous sa garde pour demander, le 17 mars, de « réduire la population pénale à un niveau qui ne soit pas supérieur à la capacité d’accueil des établissements », de « favoriser les sorties de prison et limiter les entrées » et « de procéder sans délai à la fermeture temporaire des centres et locaux de rétention administrative ». Du jamais vu.

Le lendemain, un texte signé par des organisations qui vont de l’Observatoire international des prisons à l’Association nationale des juges de l’application des peines en passant par le Syndicat des avocats de France demande de « réduire drastiquement le nombre de personnes détenues ». Il énumère différentes manières de limiter les entrées : préférence aux peines alternatives, placement sous contrôle judiciaire plutôt qu’en détention provisoire, report de la mise à exécution des peines de prisons et limitation des comparutions immédiates, « particulièrement pourvoyeuses d’incarcérations ». Il demande également de faire sortir un maximum de personnes (en libérant les prévenus sous contrôle judiciaire, en multipliant les aménagements de peine, en anticipant les libérations en fin de peine et en suspendant des peines pour raison médicale). Les signataires suggèrent aussi d’augmenter les réductions de peine, voire de voter une loi d’amnistie. De mémoire de L’Envolée, on n’avait jamais vu ça non plus.

Mais le plus fort reste à venir. Le 20 mars, la CGT pénitentiaire demande « un recours massif à la grâce individuelle pour le maximum de personnes incarcérées, en fonction du reliquat de peine restant et de la nature des infractions concernées ». Même s’ils ne peuvent pas tout à fait s’empêcher de jouer aux petits juges, ces surveillants envisagent la libération de presque 20 000 prisonniers condamnés à des peines de moins d’un an !

Tout le monde dehors !

Bon, on se calme, on reprend. Pour ce qui est des centres de rétention, le CGLPL le dit : tout le monde dehors. Pour ce qui est des prisons, on prend la calculette : 18 000 courtes peines + 20 000 prévenus en attente de jugement + 1 404 personnes en semi-liberté + 611 personnes en centre de peine aménagée + 20 000 prisonniers en centre de détention (régime soi-disant orienté vers la réinsertion, donc la sortie) + les malades (chiffres non fournis)… on arrive déjà à plus de 60 000 personnes à relâcher.

Ajoutons simplement : les mineurs (804) + les plus de 60 ans et toutes les personnes qui ont déjà effectué des longues peines en dépassant les quinze ans d’enfermement… Bon an mal an, on y est : autant arrondir à 70 000 ! Soit l’amnistie générale ! Les prisonniers et les prisonnières l’exigent depuis vingt ans dans les colonnes de L’Envolée – avec un autre argumentaire, certes ; mais si là, tout le monde est d’accord, on ne va pas chipoter…

Et ne plus remplir les prisons !

Que tous ces gens s’entendent pour définir l’enfermement comme un risque sanitaire et fassent pression sur la ministre pour vider les prisons, même provisoirement, c’est historique. Malheureusement, on sait que ça ne suffira pas.

Même face au péril sanitaire, l’impératif sécuritaire reste le maître mot : la machine pénale est pensée pour remplir les prisons, pas pour les vider. Nicole Belloubet le confirme dès le 20 mars en s’engageant à peine à « travailler sur (sic) les détenus malades et sur les personnes à qui il reste un mois de détention ». Elle finit par promettre 5 000 libérations – très loin du compte – en précisant qu’« il n’y aura pas d’amnistie, car il faut préserver la sécurité de la société ». Ben tiens !

Quant aux quelques « mesures qui veillent à ne pas faire entrer de personnes supplémentaires en prison », elles sont contredites par un amendement – adopté par l’Assemblée nationale dès le 21 mars – qui fait du non-respect à quatre reprises des règles de confinement un délit puni de six mois d’emprisonnement. Cherchez l’erreur ! Le même jour, quatre hommes arrêtés pour ce motif étaient incarcérés à la prison de Villepinte (Seine-Saint-Denis) en attente de jugement pour « outrage et rébellion » et « mise en danger de la vie d’autrui »… Qui met la vie de qui en danger ?

On le voit déjà dans toute la société : la coercition de la politique sécuritaire du gouvernement sera inversement proportionnelle à sa scandaleuse gestion sanitaire.

Ça se fera aussi sur le dos des prisonniers à moins qu’ils et elles trouvent des moyens d’imposer leur libération.

Force, courage et décontamination

L’Envolée

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Messages et lettres de prison

« À tous les frérots en prison : à partir du 19 mars, il faut qu’on bloque en promenade tous les jours jusqu’à que l’État accepte au minimum un parloir par semaine. Faut qu’on se fasse entendre bien plus haut que l’administration pénitentiaire : c’est l’État qui dirige. Il faut faire du bruit. Ils nous disent que c’est pour quinze jours alors qu’ils savent très bien que c’est parti pour plusieurs mois. Ils nous privent de la seule liberté qui nous reste : la visite de notre famille. Merci, et oubliez pas : l’union fait la force, ensemble on y arrivera. » Lenvolee.net, 18 mars.

« Libérez un peu les prisons de la surpopulation carcérale ! On veut que les surveillants soient contrôlés à chaque entrée, parce que ça nous fait peur ; au moins leur fièvre parce que c’est eux qui vont nous le refiler. Tous les gens qui rentrent en prison aussi, qu’ils soient contrôlés à l’entrée, avec un registre. » Lenvolee.net, 19 mars.

« Nos cantines n’arrivent pas, nos parloirs ont été suspendus. Personne ne se préoccupe de notre état de santé. On avait un co-cellulaire qui est parti, avec le masque, on l’a sorti à 8 heures du soir de la cellule. On ne sait pas pourquoi […]. Aujourd’hui nous sommes deux personnes encore dans la cellule. Nous présentons des symptômes de fièvre, le nez qui coule, et la gorge qui pique. […] L’administration trouve une seule solution :  “Vous vous étouffez pas ? Y a pas de souci à se faire !” […] J’appelle tous les détenus de la maison d’arrêt de Seysses à faire une révolution générale. » Maison d’arrêt de Seysses (Haute-Garonne), Iaata.info.

« On est 3 dans une cellule de 9 m2. Ça fait une semaine qu’on a plus de parloir, qu’ils nous autorisent plus les promenades, plus rien. […] On a peur qu’un jour la porte s’ouvre plus, qu’on nous laisse mourir dans la cellule… Y a beaucoup de psychose qui commence à s’installer dans la prison. » Maison d’arrêt de Seysses, Mediapart.

 « Nous voulons un DÉPISTAGE pour chaque détenu ainsi que pour chaque membre de l’administration pénitentiaire. – Nous souhaitons que tous les agents pénitentiaires sans exception soient équipés de gants et de masques (ce sont eux les plus exposés au virus car ce sont eux qui rentrent et sortent de l’établissement). – Nous voulons être informés de l’évolution de cette situation : quand les parloirs seront-ils rétablis ? Qu’en est-il des cantines ? Qu’en est-il des sacs de linge ? Qu’en est-il des soins médicaux en cas de coronavirus ? – Et enfin, pour nous protéger, nous aimerions que chaque détenu ait du gel désinfectant et un masque à sa disposition (le minimum en mesures d’hygiène actuellement). »
Revendications des prisonniers du centre de détention d’Uzerche (Corrèze) lors de la mutinerie du 22 mars.

« Un  message qui s’adresse à l’État et à tous ceux qui régulent les pénitenciers de France : nous voulons un dépistage au cas par cas pour chaque détenu et membre de l’établissement pénitentiaire. Nous voulons que les agents soient équipés de masques car c’est eux qui entrent et sortent de la prison donc c’est bien eux qui nous ramènent le coronavirus puisque nous n’avons plus de parloir. Nous voulons plus d’informations sur cette situation : cantines, parloirs, sacs de linge, activités, car les seules informations qu’on a c’est à la télé. Nous voulons du gel hydro-alcoolique, des masques, du savon pour chaque détenu. Tout ce qu’on a c’est du gel douche Tahiti. On nous offre la télé et 40 € pour les indigents, waouh, quelles belles mesures par l’État ! S’il peut faire mieux ce serait pas mal, sinon ça va chauffer. » Centre pénitentiaire de Béziers (Hérault), 23 mars.

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Flash info quotidien du 25 mars 2020 – covid19 en prison

  • Annonce de la ministre des tribunaux et des prisons : 5000 libérations pour « désengorger » les prisons françaises ?
  • Suite aux révoltes du CD d’Uzerches, 340 transferts
  • Après la révolte du CD de Béziers, des peines « pour l’exemple »
  • Crise sanitaire, et tant de transferts disciplinaires
  • Répression dehors : jusqu’à 6 mois de ferme
  • Téléphones en détention : dans la plupart des prisons de France, saturation
  • Nouvelles de la prison pour étrangers (CRA) de Vincennes, grève de la faim en cours
  • Témoignages de grévistes de la faim du bâtiment 1 au CRA de Vincennes (sur abaslescra.noblogs.org)

FACE AU COVID-19 EN PRISON : AMNISTIE GENERALE

Depuis 2001, L’Envolée, c’est une émission et un journal pour en finir avec toutes les prisons faits par d’anciens prisonniers et prisonnières et des proches pour relayer la parole des enfermé.e.s.
L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et prisonnières qui en font la demande. L’émission de radio est diffusée le vendredi soir de 19 heures à 20 heures 30 sur FPP (106.3 Mhz en région parisienne) ou sur rfpp.net et disponible ensuite sur toutes les plateformes de podcast. L’épidémie de Coronavirus a de lourdes conséquences en prison. C’est pourquoi, face à la gravité de la situation, nous avons décidé de produire un bulletin d’information quotidien de quinze minutes, que vous pouvez écouter chaque soir de la semaine à 19 heures sur les ondes de FPP et sur lenvolee.net, en plus de l’émission du vendredi qui est maintenue.

Nous demandons à toutes les radios locales de diffuser largement ce bulletin.
Il est plus que jamais nécessaire de ne pas laisser les prisonniers et les prisonnières seuls face à l’arbitraire de l’administration et de faire entendre leur voix. Nous relaierons les actions collectives et individuelles dont vous nous informerez ainsi que des témoignages directs sur la situation à l’intérieur.

Tenez-nous au courant par tous les moyens à votre disposition. Nous diffuserons les messages vocaux et les textos de prisonniers et de prisonnières que vous nous enverrez. Nous lirons également les messages que les proches privés de parloir nous demanderont de passer. Notre numéro de téléphone : 07.52.40.22.48. Pour écrire : Radio FPP – L’Envolée, 1 rue de la solidarité, 75019 Paris, ou encore à lenvolee.net et sur Instagram, Twitter, FB & Snapchat.

Les prisonniers du centre de détention d’Uzerche montent sur les toits et exigent des mesures contre l’épidémie

Ce dimanche 22 mars au centre de détention d’Uzerches, les prisonniers poussés à bout par les nouvelles mesures de confinement  et l’ignorance dans laquelle ils sont laissés sur la maladie ont réussi à accéder à la cour de promenade et sont montés sur les toits. Sur certaines vidéos qui ont tourné sur le Net, on entend des jeunes gens dire qu’ils ont peur de mourir parce que les sinistres Eris (Equipes régionales d’intervention et de sécurité) et la police sont armés, et pas eux ; et qu’ils tirent à balles réelles, comme ce fut le cas la semaine dernière à la maison d’arrêt de Grasse. Nous reproduisons ici leurs revendications :

REVENDICATIONS DES DETENUS

-Nous voulons un DEPISTAGE pour chaque détenu ainsi que pour chaque membre de l’administration pénitentiaire.

-Nous souhaitons que tous les agents pénitentiaires sans exception soient équipes de gants et de masques (ce sont eux les plus exposés au virus car ce sont eux qui rentrent et sortent de l’établissement).

-Nous voulons être informé de l’évolution de cette situation :

            -Qu’en est-il, les parloirs seront-ils rétablis ?

            -Qu’en est-il des cantines?

            -Qu’en est-il des sacs de linge ?

            -Qu’en est-il des soins médicaux en cas de Coronavirus ?

-Et enfin, pour nous protéger, nous aimerions que chaque détenu ait du gel désinfectant et un masque à sa disposition( le minimum en mesure d’hygiène actuellement).

« Il faut qu’on bloque en promenade! » Messages de prisonniers de France en réaction au confinement des prisons

Nous donnions hier, mercredi 18 mars, des informations sur les premières conséquences du confinement dans l’article Le Covid-19: la prison dans la prison. La première mesure de confinement national annoncée par le ministère des tribunaux et des prisons a été en effet de suspendre les parloirs partout sur le territoire, suspendre les activités, limiter les mouvements en détention. Alors qu’à l’extérieur les travailleurs et travailleuses sont encore incitées à se rendre sur leur lieu de travail pour faire tourner l’économie ; alors que les surveillants et surveillantes rentrent et sortent des prisons tous les jours ; alors que nous sommes et toutes incités à respecter des « gestes barrières »… la première décision pour des prisonniers et prisonnières déjà isolées, a donc été de durcir encore les conditions d’isolement. Plus de parloirs, mais toujours autant de promiscuité en cellule.

Il n’y aurait pourtant qu’une mesure à la hauteur de la situation : vider les prisons !

Nous relayons ici divers appels à agir lancés sur les réseaux entre le 18 et 19 mars, par des prisonniers de différentes prisons en région parisienne et en France.


Message à tous les prisonniers de France

Demain il faut que l’on descende tous en promenade et que l’on bloque. Si toutes les prisons bloquent en même temps, ils seront obligés de faire quelque chose, ils peuvent transférer personne et ils ne peuvent pas pénétrer dans l’établissement par peur.

Le virus se propage, déjà que nous sommes incarcérés, ils nous coupent les parloirs, ce n’est pas possible et inacceptable donc montrons-leur notre mécontentement.

Soyons solidaires car si ce n’est pas nous qui faisons quelque chose, eux ne feront rien pour nous. À la télé, ils n’ont même pas parlé de nous ; pour eux, nous ne sommes même pas des citoyens mais quand il s’agit de voter, ils nous envoient les papiers en cellule.


Blocage aujourd’hui

On a peur de mourir du corona virus, on est traumatisés… Et on reveut nos parloirs ou au moins un visiteur par détenu.

Toutes les prisons de France, tous en promenade aujourd’hui.


À la ronde de 5 heures, débouchez pas vos œilletons, tous les gens qui sont au hebs.

Demain, faut que tout le monde bloque sa mère.

Comment ça nous on a plus de parloirs, on a plus le droit de voir nos familles alors que, eux, ils rentrent le soir voir leur mari, femme, enfants, et après le lendemain, ils nous ramènent plein de corona virus au hebs ?

Si on est bloqués ici, il faut qu’ils soient bloqués avec nous ces fdp de hesses.

Plus de parloirs = plus de shit

Plus de shit = détenus pas contents

Détenus pas contents = la guerre !!!


Faites tourner partout

Fais une annonce dans ta story pour que toutes les prisons de France bloquent les promenades jusqu’à que l’état cède à un parloir par semaine minimum.

On est ensemble À tous les frérots en prison : à partir du jeudi 19 mars, il faut qu’on bloque en promenade et tous les jours jusqu’à que l’état nous accepte au minimum un parloir par semaine. Faut qu’on se fasse entendre et c’est bien plus haut que l’administration pénitentiaire, c’est l’état qui dirige. Il faut faire du bruit, il nous dise que c’est pour quinze jours alors qu’ils savent très bien que c’est parti pour plusieurs mois. Ils nous privent de la seule liberté qui nous reste : la visite de notre famille. Pour les frérots en prison, faites tourner : il faut bloquer les promenades à partir de jeudi 19 mars ? Merci et oubliez pas : l’union fait la force, ensemble on y arrivera.


Ils parlent pas des détenus, avec la saleté des prisons, le virus ne va pas partir comme ça. Ils sont touts ensemble confinés. Ouaï, ouaï, c’est dangereux pour les frères et sœurs enfermés… Faut qu’il y ait un putain de syndicat ou je sais pas quoi, qu’il ouvre son q.

Libérez un peu les prisons de la surpopulation carcérale !!!

On veut déjà que les surveillants soient contrôlés à chaque entrée de prison, parce que ça nous fait tous peur ; on en parlait tous en bas. Au moins leur fièvre, devant chaque entrée de prison ; parce que c’est eux qui vont nous le refiler. Tous les gens qui rentrent en prison, aussi, qu’ils soient contrôlés à l’entrée, avec un registre… et qu’ils débloquent les parloirs, au moins ! Et si vraiment, pour raison sanitaire, ils arrivent pas à débloquer, qu’ils distribuent des lessives à tout le monde… qu’ils trouvent une solution. Parce qu’on veut voir nos familles, y a notre linge à laver… y a plusieurs choses, en fait. Montrez-leur [les vidéos] ! Parce que c’est pas bien, ce qu’ils ont fait hier, les Elac [équipes locales d’appui et de contrôle] ! Et au final, là, ils ont fait des transferts disciplinaires, en pleine nuit, ils ont cassé des gars. Ils ont enc… des gens dans leurs cellules… Laisse tomber, c’est des bâtards !


A tous les frérots en prison à partir du jeudi 19 mars, il faut qu’on bloque en promenade et tous les jours jusqu’à ce que l’état nous accepte au minimum un parloir par semaine. Faut qu’on se fasse entendre et c’est bien plus haut que l’administration pénitentiaire : c’est l’état qui dirige. Il faut faire du bruit. Ils nous disent c’est pour quinze jours alors qu’ils savent très bien que c’est parti pour plusieurs mois. Ils nous privent de notre seule liberté qui nous reste : la visite de notre famille. Pour les frérots en prison. Faites tourner : il faut bloquer les promenades à partir de jeudi 19 mars. Merci et oubliez pas l’union fait la force ! Ensemble, on y arrivera !

Le Covid-19 : la prison dans la prison – video

Un prisonnier âgé de 74 ans incarcéré à Fresnes dix jours auparavant est mort hier du Covid-19. Le même jour, les parloirs ont été supprimés dans toutes les prisons françaises. Aucun moyen de maintenir le lien avec leurs proches n’a été fourni aux prisonnier.e.s. Les activités, sportives et autres, ont également été supprimées. Dans les centres de détention en régime « portes ouvertes », où les prisonniers peuvent circuler dans tout leur étage pendant la journée, les cellules sont maintenant fermées. Les prisonnier.e.s resteront enfermés 22 heures sur 24 en cellule, le plus souvent à trois dans 9m².

Face à cette situation intolérable, des mutineries ont éclaté dans de nombreuses prisons. A cette heure, nous avons connaissance de mouvements à Aiton, Angers, Douai, Epinal, Grasse, La Santé, Lille-Sequedin, Maubeuge, Metz, Montauban, Nancy, Perpignan, Saint-Etienne, Toulon, Valence et Varennes-le-Grand. Les Eris (Équipes régionales d’intervention et de sécurité – GIGN des prisons) sont intervenues dans plusieurs de ces taules, et à Grasse, les matons ont tiré.

Les prisons pour étrangèr.e.s subissent les mêmes restrictions : plus de parloirs pour quinze jours au moins. Comme les associations se sont retirées de certains Centres de rétention administrative (CRA), les prisonnier.e.s ne sont plus soutenu.e.s dans leurs démarches juridiques. L’Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration) qui fournit habituellement le tabac et les recharges téléphoniques ne vient presque plus dans les centres, ce qui produit une situation critique. Les préfectures continuent d’expulser vers les pays qui n’ont pas interrompu leurs liaisons aériennes avec la France. Si les préfectures et les juges ont commencé à libérer des prisonnièr.e.s, souvent pour motif sanitaire, les rafles et les arrestations continuent. Certaines prisons pour étrangers continuent donc de se remplir. Des révoltes et des mouvements collectifs ont eu lieu dans les centres du Mesnil-Amelot (communiqué1, communiqué2), de Lille-Lesquin (communiqué), de Lyon-St-Exupéry (témoignage), de Metz et de Vincennes (communiqué), et peut-être d’autres encore dont nous n’avons pas eu connaissance : grèves de la faim, départs de feu, évasions, blocages de la promenade…

Nous diffusons ici des vidéos reçues hier de la prison de la Santé. Il est essentiel que les enfermés puissent faire sortir les nouvelles du sort qui leur est fait par la pénitentiaire. Tenez-nous au courant par tous les moyens à votre disposition.

Face à la gravité de la situation, à partir du lundi 23 mars, L’Envolée va diffuser à 19h une émission quotidienne d’un quart d’heure sur FPP (106.3 Mhz sur la bande FM à Paris) pour faire circuler l’information sur ce qui se passe dans les prisons françaises. Nous y lirons les messages qui nous seront envoyés au 07.52.40.22.48. Nous maintenons par ailleurs l’émission du vendredi, entre 19 heures et 20 heures 30.

Soutien aux prisonnier.e.s et à leurs proches !

Force et détermination !

TROIS LETTRES DE PRISONNIERS DE NAPLES

Les prisonnier.es italiens se révoltent face aux interdictions de parloirs. Nous avons longuement parlé de la situation en Italie lors de notre dernière émission de radio : des mutineries ont eu lieu dans au moins 37 prisons et au moins 13 prisonniers sont morts. Nous reproduisons trois lettres de prisonniers de la prison de Poggiareale à Naples et diffusons une vidéo de la prison pour femmes de Naples où ces dernières se font entendre à l’extérieur.

« Chère mama, c’est ton fils Salvatore qui t’écrit, j’espère que vous allez bien. Moi, dans cette lettre, je parle de moi comme je parle de tous les détenus comme moi, on va vraiment pas bien, toute la prison est en émeute parce qu’ils veulent pas effectuer des tampons et désinfecter, la seule chose qu’ils font c’est de taper tous les détenus, ces enfoirés de matons ils ne font que nous taper, ils viennent avec leurs matraques cellule par cellule et ils nous maltraitent. On a besoin de l’aide de vous tous, faites tourner l’info sur le web, qu’ils nous traitent comme des animaux, qu’ils nous maltraitent, unissez-vous tous et venez devant la taule, foutez le bordel, faites-vous entendre, qu’ils doivent pas nous traiter et utiliser la violence contre nous tous. On est en train de manifester pour qu’ils désinfectent, un tampon, mais personne nous écoute, aidez-nous. Fais tourner ça sur facebook, que tout le monde sache qu’on va pas bien. J’attends de tes nouvelles au plus vites, je t’embrasse. »


« Mon amour je suis ici pour t’écrire, pour te rassurer que tout va bien, je sais pas si on va être transférés parce que la prison doit être évacuée, je peux pas t’appeler parce qu’ils ont tout fermé, on est enfermés sans télé sans douche, ça sent le cramé, tout est détruit, on m’a trouvé sur le toit du bâtiment Naples et ils m’ont tabassé, tu peux pas savoir, j’ai de bleus partout. Après vers midi ils ont ouvert les cellules l’une après l’autre et ils ont tabassés tous ceux qui sommes au deuxième étage parce que la révolte a démarrée ici. C’est le bordel, mon amour, je t’ai écrit pour te rassurer, je vais bien, je sais pas quand est-ce qu’ils vont nous ouvrir, ils disent qu’on doit rester enfermés six mois, j’espère que les parloirs vont bientôt reprendre, j’espère la semaine prochaine parce que je veux pas que tu me vois dans cet état.

Rassure toi que je vais bien, je vais mal parce que je peux pas te parler, je peux parler à Raffy, c’est ça le plus dur, embrasse le fort de ma part et dis lui que son papa pense toujours à lui et qu’il est ma vie.

Préviens chez moi que tout va bien, qu’ils ne s’inquiètent pas.

Toi aussi, rassure toi que tout va bien, je suis triste de pas te voir, mais ça va aller, on va s’en sortir cette fois ci aussi.

Porte toi bien, et fais attention à Raffy, sortez pas souvent qu’il y a ce putain de virus.

Je t’aime et tu me manques énormément. »


« Mon amour, tu dois dire à l’avocat de se dépêcher à demander l’assignation à résidence à cause du corona virus. Ce matin j’ai discuté avec un infirmier, ils sont venus me chercher et ils m’ont mis un coup de pied et un poing dans le dos. Et ils m’ont mis au mitard pendant des heures. Tu le dis à cet imbécile qu’il doit faire l’impossible, parce qu’à cause de ce qui s’est passé hier, la révolte, ils ont commencé les transferts dans d’autres taules. Je t’aime. Essaie de te dépêcher. Je sais que je te demande l’impossible mais là ça devient sérieux et risqué. Et ils nous libèrent pas. Ils parlent de deux mois sans parloirs. Et moi je peux pas faire ça. Je t’aime. »