Archives par mot-clé : justice de classe

Vous reprendrez bien un peu de loi avec votre sidération ?!!

L'Envolée N°43 bientôt dans les boîtes
L’Envolée N°43 bientôt téléchargeable sur ce site et bientôt dans les boîtes. Abonnez-vous : chèque de 15 euros ou plus à l’ordre de L’Envolée, 43 rue de Stalingrad, 93100 Montreuil. Toujours gratuit pour les prisonniers et leurs proches.

A propos  de l’état d’urgence et du projet de loi « renforçant la lutte contre la criminalité organisée, le terrorisme… »

Il ne chôme pas, le nouveau ministre des tribunaux et des prisons ! À peine la Taubira avait enfourché son « m’as-tu-vu » à deux roues que l’Urvoas présentait déjà un nouveau projet de loi avec ses amis Valls et Cazeneuve. Projet de loi « renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, et améliorant l’efficacité et les garanties de la procédure pénale ». Gonflé à bloc par les attentats et l’instauration de l’état d’urgence, Valls a rappelé que « la loi n° 2015-912 du 24 juillet 2015 relative au renseignement a accru et encadré les possibilités de recueil du renseignement », et souligné que « cet arsenal de prévention doit être complété par un volet judiciaire ». Pour écrire cet énième « volet judiciaire », le lé-gislateur comme on dit, va piocher, étendre et aggraver des mesures qui existaient déjà depuis longtemps, notamment dans la loi du 9 mars 2004. Mesures qui étaient à l’époque réservées à la lutte contre « la criminalité organisée » (voir Envolée n° 11) – c’est à dire contre l’économie parallèle – mais parfois encore un peu trop compliquées d’usage pour les condés. C’est le moment de se simplifier la vie, pourquoi se priver quand « guerre au terrorisme » et état d’urgence permettent de tout faire passer ? Lire la suite

Beau comme une prison qui brûle… le livre qui brûle les doigts

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L’histoire d’une émeute, l’histoire de Djellali Mihoubi dit Kyou pour qui rien n’est plus beau qu’une prison qui brûle…

« Beau comme une prison qui brûle » peut s’entendre comme le cri de toute une génération de rebelles, de toutes les générations de rebelles qui s’apprêtent à être vaincus – et qui ne regrettent rien…

Le 16 avril 1988, la prison d’Ensisheim flambait. La presse et la justice ne voulurent voir dans cette révolte spectaculaire qu’une explosion parmi d’autres qui valut à cinq détenus quatre ans de prison supplémentaires. Cette mutinerie est pourtant restée ancrée dans la mémoire carcérale. Jamais, depuis les grandes révoltes de 1974, un établissement pénitentiaire n’avait été détruit avec tant de ferveur. Jamais les initiateurs d’une mutinerie n’avaient revendiqué leurs actes avec autant de constance et de dignité. Rarement l’institution pénitentiaire elle-même n’avait été à ce point remise en cause. Pour la première fois, l’un des principaux acteurs de la révolte d’Ensisheim en raconte la genèse, le déclenchement et l’embrasement. « Beau comme une prison qui brûle » constitue un témoignage authentique, précis et plein d’humour. Près de trente ans après les faits, il résonne comme une ode à la révolte et à la liberté et rappelle que certains incendies ne s’éteignent jamais…

Pour télécharger le livre ou le commander en version papier :

http://pascalebraun.fr/

Vous pouvez aussi écouter l’interview qu’a donné Kyou le 06 juin dernier à l’émission Papillon :

http://lenumerozero.lautre.net/article2898.html

Emission Papillon, les 1er et 3ème jeudis du mois 20h à 21h sur Radio Dio 89.5FM à St-Etienne sur Radio Canut 102.2FM à Lyon et Saint-Quentin Fallavier (en alternance avec « la Petite Cuillère »).

Islamisation? oh, la barbe! par AH Benotman

Avant de se pencher plus avant -sans tomber dedans- sur les bricolages de l'outil antiterroriste et du droit en général en cours ces jours-ci, voici un texte d'Hafed.  Paru en 2008 sur un blog qu'il animait, il tombe juste. 


Ce mardi 30 septembre au soir, au journal de 20 heures sur TF1 - dont on connaît l'extrême délicatesse -, l'un des sujets sera l'islamisation en milieu carcéral et la possibilité que les prisons soient des viviers terroristes. En voilà une coïncidence! Juste le jour qui clôt le mois de Ramadan. Ce sont les téléspectateurs musulmans qui vont être ravis.

Pour ce 20h, donc (sous réserve de passage à la trappe), une journaliste m'a interviewé. Elle me fera probablement dire - je ne suis dupe de rien - en deux minutes de montage pour 3/4 d'heure filmée, ce que TF1 voudra bien me faire dire. A savoir apporter de l'eau à leur moulin. J'espère me tromper...  Je connais les risques de ce genre d'intervention et j'assume. Si je réponds toujours positivement à ces demandes c'est  pour une raison simple: je préfère leur voler deux minutes en débitant des conneries plutôt que laisser ces deux minutes à un autre qui ferait consciemment de l'intox. 

Il n'y a pas d'islamisation radicale dans les prisons françaises. Prisons qui, soit dit en passant, ne se transforment pas en boîte d'intérim pour terroristes potentiels. Si c'était le cas, au sein d'un des pouvoirs répressifs de l'Etat que sont les prisons, il y aurait des attentats violents intra-muros. Le fameux Djihad commencerait sur place par des agressions mortelles sur le personnel pénitencier. Ce qui n'est pas le cas. Je vais essayer de développer.
 
Ce n'est pas la pensée religieuse qui islamise la population carcérale mais l'indigence sociale. Il faut savoir que 90% de cette population est en état de grande paupérisation. C'est l'indigence qui fait que, même des Français d'origine française basculent en écoutant les discussions que les musulmans tiennent comme de véritables colloques dans les recoins des cours de promenade, sur des pelouses pouilleuses ou sous des préaux insalubres. En dehors des affinités amicales (petits
groupes de droit commun se connaissant du dehors) les musulmans sont les seuls à pratiquer la notion de partage et d'entraide. Entre détenus musulmans, ou en voie de le devenir et ne se connaissant pas, peu de choses sont mises en commun. Des timbres jusqu'à la nourriture, l'essentiel se donne entre musulmans (à part l'Institution qui gère les indigents en leur procurant une humiliante charité). Un prisonnier sans le sou doit réclamer un autre rouleau de papier W.C. en cas de courante s'il a utilisé le rouleau mensuellement distribué. C'est dire... Que se passe t-il donc dans nos bonnes vieilles prisons? C'est simple, depuis le début des années 90, après les grandes émeutes revendicatrices de la fin des années 80, l'Administration pénitentiaire a encouragé l'islamisation afin d'assurer la pacification des prisons. De la même manière que les élus (maires et autres) ont appelé les imams de tout poil à la «rescouscous» lors des émeutes de banlieues.

De nombreux procès ont eu lieu dans les années 80 où des mutins plutôt gauchistes ont été lourdement condamnés. De nombreux transferts de soi-disant meneurs ont cassé les mouvements tout en les dispatchant aux quatre coins de la France carcérale. Pour l'exemple, moi-même, incarcéré à Fleury-Mérogis où se concentrent aux heures de promenade entre 100 et 200 détenus, au bout de deux jours, la direction m'a fait transférer à Fresnes où nous n'étions que deux détenus en promenade. Une manière de désamorcer une possible prise de parole auprès de mes 200 co-détenus dans un des bâtiments de Fleury-Mérogis.

Pourquoi encourager l'islamisation dans les prisons et de quelle manière? L'Administration pénitentiaire a facilité la prise de parole de certains musulmans imams autoproclamés. Une manière de «caïdat», contre des prisonniers pouvant créer des mouvements de revendication sociale... Aussi bête et simple que ça. L'Administration pénitentiaire a été prise alors à son propre jeu quand les jeunes prisonniers, sensibles aux discours religieux, se sont insensiblement mis à observer une bonne hygiène de vie. Beaucoup ont cessé de fumer shit et tabac. Ils se sont mis au sport. Ont changé de langage: la vulgarité verbale indispose le Divin. Ils se sont moins bagarrés entre eux et se sont débarrassés petit à petit de cette addiction terrible, intra-muros, à la pornographie qui éteint le prisonnier frustré sexuellement. Mais le pire, pour l'Administration pénitentiaire, c'est d'observer que le prisonnier devenu musulman ne fréquentait quasiment plus le dealer légal qui siège dans toute bonne pharmacie de prison, la lecture du Coran devenant une sorte de règlement intérieur. Bref, un cerveau oxygéné est moins malléable et la prison ne devient plus un lieu de punition sociale pour ces jeunes musulmans, mais une épreuve envoyée par Dieu pour les éprouver. Dieu ayant décidé que ces jeunes devaient faire de la prison, la Justice des hommes devient peanuts et n'a plus prise ni sur les corps, ni sur les consciences. La volonté divine prime sur la fatalité sociale. L'Administration pénitentiaire perd son rôle d'épouvantail et son pouvoir de rétorsion.
 
Avant, l'abrutissement généré par l'Administration pénitentiaire (par la T.V. Etc.) se confrontait à l'abêtissement distillé par le religieux. Faire venir des imans en prison - pendant longtemps ils ont refusé de reconnaître le culte musulman -, c'est casser les imans autoproclamés qui revendiquent uniquement pour leur culte. L'administration pénitentiaire s'est laissé dépasser par cette nouvelle génération de prisonniers pour la simple et bonne raison qu'elle n'a plus prise sur eux. Quant au terrorisme, il est plus à craindre des milieux intellectuels et étudiants que des prisonniers musulmans qui, une fois sortis, pour pouvoir bouffer retournent dans la spirale de la survie économique et reprennent illico leur petit bizness. Après la discrimination vient la criminalisation. Montrer les prisons comme étant des lieux générant le terrorisme en est la parfaite démonstration. Il est vrai que quelques imbéciles se laissent prendre à ce piège, j'ai moi-même eu quelques soucis en tant que maghrébin athée face à la pression communautariste, mais sans jamais parvenir au point de rupture et toujours à cause de deux ou trois illuminés - certainement bien plus mécréants que moi - qui cherchaient à se créer un statut dans la religiosité à outrance. 
Et, comme disait l'autre:
J'ai rencontré Dieu en prison.
- Que faisait-il là?
- Oh, il y était pour escroquerie...
 
AH BENOTMAN L'Athégriste. le 30 septembre 2008

Le lien avec la parution originale : http://abdel-hafed-benotman.blogs.nouvelobs.com/archive/2008/09/30/islamisation-oh-la-barbe.html
 

« Ca valait pas la peine, mais ça vaut le coup ! », Abdel Hafed Benotman

Hafed est mort… m’enfin, il ne nous quitte pas ! Son au-delà d’athée -et sacrément daté- est parmi les vivants, entre autre ici. Dans ce journal qu’il a crée avec d’autres il y’a de ça quinze piges. Hafed n’a jamais choisi entre le voleur et l’écrivain. Un voleur qui écrit ? Un écrivain qui vole ? Merde aux identités. C’était un ami qui se bagarre, rigole des yeux et partage. Pas d’autre hommage donc ; il n’en n’aurait eu que foutre.

Tenir un engagement, pris avec lui et à sa suite. Continuer à lire et faire lire les écrits des enfermés qui pensent le sort qui leur est fait. Celles et ceux qui, comme lui, se disent réfractaires aux sévices du travail obligatoire, au racisme poli d’une république satisfaite, à l’hypocrisie d’une société qui torture démocratiquement, à la bêtise suffisante des juges et de leurs valets, à l’arrogance de l’économie et de ses hommes en arme.

Bref, continuer à cracher de laids mots -pas de l’émo attention- sur une époque qui n’a de cesse de se refermer sur nos corps et nos crânes. Continuer à trouver, comme lui, les paroles justes et les actes conséquents pour armer nos refus. Faire vivre son humour -forcément noir- et la justesse de son regard, désespéré mais pas résigné. Et ce pense-bête : « Rendre la justice, en voilà une belle expression ! La vomir ».

Vive Hafed, vive les voleurs qui veulent rester honnêtes (et vice versa).

Pour commencer à continuer (re)lisons ce texte d’Hafed publié dans le numéro 4 du journal (téléchargeable au bas de la page), en janvier 2002. D’autres textes suivront dans les jours qui viennent, avant la publication du prochain Envolée qui fera bien sur une large place à l’ami AHB. Lire la suite

Solidarité avec les prisonniers mexicains le 28 février au CICP (Paris)

Repas solidaire pour les prisonniers adhérents à la sexta zapatiste : Alvaro Sebastian Ramirez (Oaxaca), Alejandro Díaz Santis (Chiapas), Mario Luna (tribu Yaqui). Les compagnon-n-e-s anarchistes incarcéré-e-s à Mexico : Fernando Bárcenas, Abraham Cortés, Fallon Roullier, Amelie Trudeu et Carlos López. Les étudiant-e-s arrêté-e-s, suite aux manifestations pour les 43 étudiants disparus d’Ayotzinapa : Luis Fernando Sotelo, Jacqueline Santana et Bryan Reyes – Mexique.

LECTURE DES LETTRES DES PRISONNIER-E-S

SAMEDI 28 FÉVRIER 2015 DE 19H À 23H À LA CAFÉTÉRIA DU CENTRE INTERNATIONAL DE CULTURE POPULAIRE (CICP) 21ter rue Voltaire, Paris 11e (métro : Rue des Boulets [L9]- RER : Nation) Lire la suite

Les rivages de l’engrenage carcéral, lettre depuis Réau

 Voici une lettre qui date un peu -quelques mois- mais qui livre une analyse toujours très juste de la réalité de ce monde. Elle est sortie de Réau, le fameux et sinistre  « centre pénitentiaire sud francilien », véritable usine à trier et stocker les prisonniers, perdue au milieu de nulle part. Lire la suite

Edito du numéro 27, « avalanche de lois sécuritaires »

ENVOLÉE N°27

Et les textes de lois sécuritaires continuent d’être promulgués. Avant même qu’ils soient appliqués, un nouveau projet est déjà à l’étude… Dernier en date, dans l’esprit managérial du temps : le projet de loi sur la promotion de la sécurité intérieure. Il prévoit l’instauration du couvre-feu pour les mineurs de 13 ans et du contrat de responsabilité parentale qui, outre la suppression des prestations familiales, pourra imposer un couvre-feu individuel à un mineur de moins de 18 ans. Les policiers municipaux deviendront des agents de police judiciaire, avec toutes les prérogatives que cela comporte. Les auditions de prisonniers se feront par visioconférence. Les cambriolages, jusque-là qualifiés de vols par ruse ou effraction et punis de cinq ans d’emprisonnement, seront passibles de sept ans ; les vols simples passeront de trois à cinq ans et les vols aggravés de sept à dix… Les biens d’un inculpé pourront être vendus avant la fin de l’enquête ou de l’instruction ; en cas de non-lieu, de relaxe ou d’acquittement, le propriétaire touchera une indemnité équivalente à la valeur d’usage des biens confisqués. La réserve civile, aujourd’hui composée de retraités de la police, pourra accueillir des volontaires de 18 à 65 ans pour des contrats de cinq ans : pendant quatre-vingt-dix jours par an, ils seront des collaborateurs de la police… Alors tout le baratin sur les gardes à vue, les « prisons du cœur », le parrainage des prisonniers.

Tout cet humanisme associatif ou politicard sert comme toujours de paravent à la réalité carcérale et judiciaire. Celle-là, il n’y a que les prisonniers et prisonnières, les familles, les proches et les amis qui peu- vent en témoigner. Les morts suspectes − bien plus réelles que l’épidémie de grippe A −, l’ouverture des centrales de haute sécurité, la construction de nouvelles taules et de nouveaux centres de rétention, les verdicts de plus en plus lourds ne peu- vent être contrecarrés que par des solidarités actives : témoignages, campagnes anticarcérales, semaines de solidarité avec des inculpés… pour tenter de détruire tout ce qui nous enferme.

Autrement dit, dehors comme dedans, il s’agit de ne pas lâcher le morceau, de rompre le silence sans permettre que nos voix soient récupérées par le pouvoir et régurgitées par les médias officiels.

L’intégralité du journal est disponible en PDF

Edito du numéro 28, « Des jeux et des lois »

ENVOLÉE N°28

DES JEUX ET DES LOIS

On nous amuse ; on voudrait nous voir soutenir les bleus… ils patrouillent dans les halls, ils contrôlent, expulsent et enfer- ment, mais on en fait les héros de « l’équipe France » sous la douche de rigueur.

Quand la prison prend l’eau, comme à Draguignan mi-juin, on emmène les prisonniers en balade pour éviter « qu’ils ne se livrent aux pillages » de rigueur.

Quand c’est l’eau qui prend le pétrole comme en Louisiane fin avril, les prisonniers les plus méritants gagnent une formation de nettoyage des côtes. On nous amuse ; dehors c’est foot à l’écran, dedans pareil, en payant plus cher. Regarder ailleurs, l’écran des sites de paris en ligne. Y perdre un peu plus de cet argent qui manque déjà. En masse, les masses renflouent le compte courant d’un État qui rembourse les banques de leurs jeux foireux.

On nous amuse ; dehors, c’est Fête de la musique et technivals sous gyrophares ; dedans, c’est ateliers d’écriture sous contrainte. Paroles et musiques en liberté surveillée. Pour ceux qui pètent les plombs, soixante places à gagner en UHSA pour déguster des psychotropes multicolores. On nous accuse ; de nous promener en bandes un peu trop rugueuses ; de ne pas assez engraisser les concessionnaires ; de nous servir dans la caisse ; de refuser d’être soignés à vie ; de nous battre avec nos maigres muscles ; de ne pas croire aux nouveaux monstres que l’on exhibe ; de critiquer les faux critiques…

Jeu pour matons : combien de temps, un prisonnier qui a mis le feu à sa cage met-il pour crever ?

Jeu pour humanistes : combien de temps un prisonnier qui a fait vingt piges tient-il à l’extérieur ?

La seule règle, y’en a pas… d’arrangement, dixit Nino !

L’intégralité du journal est disponible en PDF

« Longues peines »

Paru dans l’Envolée N°2, Novembre 2001

Je tenais à témoigner pour votre dossier concernant les longues peines dont je fais partie, quoique je qualifierais celles-ci d’infaisables, d’irréelles, d’inacceptables…! Sachant très bien que je ferai tout pour ne pas la finir quoi qu’il m’en coûte; la mort, oui bien sûr, mais debout sur le haut du mur, jamais je ne courberai l’échine en attendant la fin de l’échéance…! Je suis en détention depuis six ans dont plus de cinq années dans les QI, étiqueté DPS depuis de nombreuses lunes, accro aux balluchonnages pénitenciaires, résident quasi permanent des rez-de-chaussées glauques et sombres, des QD dépourvus d’humanité, mais fidèle client de la liberté… de l’envolée ! Comment pourrais-je expliquer que c’est ce qui me reste pour vivre, pour supporter l’enfermement, ma date de sortie est bloquée temporairement à 2034… alors que je n’ai tué personne, j’ai certes volé quelques banques, vidé quelques distributeurs, pillé quelques salles de coffres, mais de là à finir par une peine compressée à trente années, non… ce n’est pas juste! Bien évidemment je refuse en bloc tout le cinéma interne à la détention des longue-peine (CNO, travail, psychothérapie, etc.). Mon esprit, mon corps tout entier se nourrit de vengeance, seule ma haine me permet de voir des jours… des lendemains joyeux. Le ministère m’a affecté dans une centrale sans savoir laquelle bien entendu, mais je dois patienter encore une année pour pouvoir vivre décemment, j’entamerai donc ma septième année en maison d’arrêt, une punition de plus pour avoir tenté plusieurs envolées! Le cher directeur de Fresnes m’a fait savoir que mes balluchonnages continueront dans les centrales où je représente un danger… La résistance n’est toujours pas bien vue dans notre pays malgré les années passées, il faut collaborer avec les autorités… alors j’en suis désolé d’avance, j’ai beaucoup plus d’atomes crochus avec Jean Moulin qu’avec Pierre Laval… Je devrais clôturer mes sessions d’assises dans un an avec un dernier round à Nanterre. Entre-temps j’espère être passé en correctionnelle pour ma dernière tentative d’évasion du QI de Ploemeur… ce qui m’amènera à plus de 2050 grosso modo, avant compression. J’ai oublié aussi que bien sûr je vois passer les grâces devant mon nez sans arrêt, pareil pour les RP, les RPS, une vraie perpétuité, une élimination pure et simple de l’individu gênant ! Mais qui ils sont, eux, pour me juger, pour m’annihiler, des magistrats détenteurs provisoirement d’un pouvoir, survolant ma vie, mes dossiers, avec des a-priori, des certitudes…
A ceux là je dirai simplement : n’oubliez jamais «que le vrai pouvoir, il est au bout du fusil…».
Amicalement,
Tony

« Les peines auto-gérées ? »

Paru dans le N° 1 de l’Envolée, septembre 2001.

Un sujet sur lequel il serait intéressant d’avoir des témoignages de détenus concerne la longueur des peines. Les tribunaux, surtout les cours d’assises, distribuent à tour de bras des décennies de prison, des périodes incompressibles, de la réclusion à perpétuité, comme s’il s’agissait de sanctions anodines. Prenant référence les uns sur les autres, les procureurs et autres avocats généraux, souvent soutenus par les médias, appellent à l’inflation des verdicts. Se figurant, comme beaucoup de gens, que la détention est une partie de plaisir pour des prisonniers confortablement installés, disposant de l’eau chaude et passant leur temps au lit à regarder la télé, ils distribuent généreusement les années d’enfermement sans se rendre compte de ce que cela signifie en réalité. Bien entendu, magistrats et jurés assurent, la main sur le cœur, qu’il ne faut voir dans ces punitions démesurées aucune idée de représailles. La justice française, c’est bien connu, ne pratique en aucun cas la vengeance… Les peines de mort à petit feu, vous diront tous ces braves gens, n’ont d’autre but que de permettre aux condamnés de se ressaisir pour reprendre place dans la société. Il ne s’agit pas de punition, mais de thérapie. Il faut laisser au coupable sanctionné le temps de s’amender, de se soigner éventuellement, et de se refaire une personnalité acceptable. Admettons qu’en prétendant cela l’institution judiciaire ne soit pas hypocrite, et intéressons-nous au temps nécessaire à cette repentance-guérison-renaissance. Ne laissons pas le seul son de cloche des procureurs et des «experts» de tout poil se faire entendre à ce sujet. Il est plus logique de demander aux principaux intéressés, c’est-à-dire à ceux qui y sont passés ou qui y sont toujours, quelle durée ils estiment nécessaire de passer derrière les barreaux pour comprendre la faute qui les y a amenés, se prémunir contre la récidive et préparer leur réadaptation sociale.Ce serait intéressant que les détenus disent combien d’années il leur paraît nécessaire de passer en prison avant de se sentir prêts à reprendre place dans la société des hommes libres sans présenter pour elle un danger. Beaucoup de gens estiment que l’écrou, en tant que mise à l’écart, est une mesure indispensable pour protéger la société et pour éviter le pire chez de mauvais sujets engagés dans une spirale infernale de délinquance ou de criminalité impunie, devenue parfois incontrôlable. Certains détenus reconnaissent eux-mêmes que le fait d’avoir été incarcérés les a empêchés d’accumuler des infractions de plus en plus radicales, ou bien que cela leur a permis de se ressaisir après un acte qu’ils ne se savaient pas capables de commettre, acte qu’ils ont donc du mal à accepter ou à justifier. L’enfermement est alors le moyen de stopper la dérive, de réfléchir sur son propre comportement et d’en reprendre le contrôle afin de se rendre acceptable pour soi-même et pour la société.

Commentaire de la rédaction

Le point de vue de Jean-Pierre est largement partagé à l’intérieur ; il nous paraît important de le mettre en discussion. Quant à nous, nous n’imaginons pas que les peines, courtes ou longues, puissent être prononcées par les prévenus eux-mêmes: ce point de vue est utopique, seules quelques sociétés dites «primitives» imaginaient de régler un différend après un débat collectif à l’issue duquel le fautif décidait lui-même de son châtiment. Cela implique que la faute appartienne à la communauté et ne soit pas conçue comme un écart individuel. Notre monde ne tourne pas autour d’une conception communautaire mais autour de l’idée de l’exploitation de l’homme par l’homme au profit d’une minorité.Tout le vocabulaire, toute la logique de la police, de la justice, du droit sont des armes qui appartiennent aux possédants : participer avec le pouvoir à la sanction reviendrait à légitimer son existence. Si aujourd’hui l’urgence est de réduire les peines pour limiter le programme de destruction des détenus, il ne nous appartient pas de proposer une échelle de peines qui, aussi clémente soit-elle, ne pourra jamais être acceptable.