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Face au Covid-19 en prison : amnistie générale !

(Ce texte de la rédaction est publié dans le numéro d’avril du mensuel CQFD)

« Avec le confinement, vous touchez du doigt – en plus roudoudou – ce que nous vivons au quotidien, nous les prisonniers : impossibilité d’aller et venir, privation de voir ses proches et soumission à l’arbitraire pour tout », écrit un prisonnier à L’Envolée, à l’heure où le pays est confiné et les prisonniers et prisonnières plus coupés du monde que jamais. Ajoutée à l’absence de soins, la surpopulation carcérale – ou plutôt, le surenfermement de la population – fait des prisons des lieux hautement pathogènes. Tous les ans, des épidémies s’abattent sur les personnes incarcérées : tuberculose, gale… Le Covid-19, qui ne fera pas exception, révèle la criante indignité de la prison.

Suspendre les parloirs ne protégera pas les prisonniers

Face à cette épidémie, Nicole Belloubet, la ministre des tribunaux et des prisons, opte pour une mesure très brutale : la suppression des parloirs et de toute activité. Faute de pouvoir isoler les prisonniers en attribuant une cellule à chacun (70 651 prisonniers et prisonnières au 1er janvier pour 61 080 places dans des cellules le plus souvent collectives) ; faute de distribuer à toutes et tous des masques de protection, des tests et des solutions hydroalcooliques ; faute de confiner les matons qui continuent de rejoindre leurs familles chaque soir… l’État considère d’office que les prisonniers, les prisonnières et leurs proches ne seraient pas capables d’appliquer les fameux « gestes barrières ».

Plus de shit, des possibilités de cantines (achats de produits de la vie courante) restreintes, plus d’activités, plus de parloirs, 22 heures sur 24 en cellule et déjà des promenades réduites dans certaines prisons. Celles et ceux qui sont enfermés sont à la fois en colère et inquiets : le peu de mouvements et de contacts qui rendent la détention supportable disparaissent du jour au lendemain sans qu’ils et elles se sentent protégés pour autant. Ces mesures sont ressenties comme absurdes et méprisantes parce que le prétendu « confinement » est totalement inapplicable à l’intérieur des prisons. Et ce n’est pas la générosité de la ministre (télévision gratuite, un maigre crédit téléphonique et une aumône de 40 € pour les indigents) qui va étouffer les craintes – et le feu.

Des révoltes contre ces mesures

Ces mesures n’empêcheront pas l’épidémie de se répandre. Elles ne servent qu’à donner des gages aux personnels de l’Administration pénitentiaire (AP), et notamment aux matons, en diminuant les mouvements à l’intérieur et le nombre de fouilles à effectuer ; et donc les contacts. Ils ont aussi peur du coronavirus que des mutineries : ils savent très bien que les prisons vont se transformer à la fois en cluster (foyer d’infection) et en cocotte-minute prête à exploser. Leur syndicat majoritaire (Force ouvrière) a déjà menacé d’user du droit de retrait, agitant l’exemple de l’Italie où, depuis le 8 mars, des émeutes ont éclaté dans des dizaines de prisons, causant la mort d’au moins 14 prisonniers et plusieurs évasions collectives. Sur les toits, les prisonniers crient « Libertà ! » et exigent l’indulto – l’amnistie.

Quinze jours après, la révolte gronde dans toutes les prisons françaises avec chaque jour des dizaines de mouvements collectifs : refus de remonter de promenade, montées sur les toits, mutineries ; et déjà des matons qui tirent, comme à la maison d’arrêt de Grasse (Alpes-Maritimes) et au centre de détention d’Uzerche (Corrèze).

Il faut vider les prisons

C’est dans cette ambiance que la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL), Adeline Hazan, se fonde sur la protection que l’État doit aux gens qui sont sous sa garde pour demander, le 17 mars, de « réduire la population pénale à un niveau qui ne soit pas supérieur à la capacité d’accueil des établissements », de « favoriser les sorties de prison et limiter les entrées » et « de procéder sans délai à la fermeture temporaire des centres et locaux de rétention administrative ». Du jamais vu.

Le lendemain, un texte signé par des organisations qui vont de l’Observatoire international des prisons à l’Association nationale des juges de l’application des peines en passant par le Syndicat des avocats de France demande de « réduire drastiquement le nombre de personnes détenues ». Il énumère différentes manières de limiter les entrées : préférence aux peines alternatives, placement sous contrôle judiciaire plutôt qu’en détention provisoire, report de la mise à exécution des peines de prisons et limitation des comparutions immédiates, « particulièrement pourvoyeuses d’incarcérations ». Il demande également de faire sortir un maximum de personnes (en libérant les prévenus sous contrôle judiciaire, en multipliant les aménagements de peine, en anticipant les libérations en fin de peine et en suspendant des peines pour raison médicale). Les signataires suggèrent aussi d’augmenter les réductions de peine, voire de voter une loi d’amnistie. De mémoire de L’Envolée, on n’avait jamais vu ça non plus.

Mais le plus fort reste à venir. Le 20 mars, la CGT pénitentiaire demande « un recours massif à la grâce individuelle pour le maximum de personnes incarcérées, en fonction du reliquat de peine restant et de la nature des infractions concernées ». Même s’ils ne peuvent pas tout à fait s’empêcher de jouer aux petits juges, ces surveillants envisagent la libération de presque 20 000 prisonniers condamnés à des peines de moins d’un an !

Tout le monde dehors !

Bon, on se calme, on reprend. Pour ce qui est des centres de rétention, le CGLPL le dit : tout le monde dehors. Pour ce qui est des prisons, on prend la calculette : 18 000 courtes peines + 20 000 prévenus en attente de jugement + 1 404 personnes en semi-liberté + 611 personnes en centre de peine aménagée + 20 000 prisonniers en centre de détention (régime soi-disant orienté vers la réinsertion, donc la sortie) + les malades (chiffres non fournis)… on arrive déjà à plus de 60 000 personnes à relâcher.

Ajoutons simplement : les mineurs (804) + les plus de 60 ans et toutes les personnes qui ont déjà effectué des longues peines en dépassant les quinze ans d’enfermement… Bon an mal an, on y est : autant arrondir à 70 000 ! Soit l’amnistie générale ! Les prisonniers et les prisonnières l’exigent depuis vingt ans dans les colonnes de L’Envolée – avec un autre argumentaire, certes ; mais si là, tout le monde est d’accord, on ne va pas chipoter…

Et ne plus remplir les prisons !

Que tous ces gens s’entendent pour définir l’enfermement comme un risque sanitaire et fassent pression sur la ministre pour vider les prisons, même provisoirement, c’est historique. Malheureusement, on sait que ça ne suffira pas.

Même face au péril sanitaire, l’impératif sécuritaire reste le maître mot : la machine pénale est pensée pour remplir les prisons, pas pour les vider. Nicole Belloubet le confirme dès le 20 mars en s’engageant à peine à « travailler sur (sic) les détenus malades et sur les personnes à qui il reste un mois de détention ». Elle finit par promettre 5 000 libérations – très loin du compte – en précisant qu’« il n’y aura pas d’amnistie, car il faut préserver la sécurité de la société ». Ben tiens !

Quant aux quelques « mesures qui veillent à ne pas faire entrer de personnes supplémentaires en prison », elles sont contredites par un amendement – adopté par l’Assemblée nationale dès le 21 mars – qui fait du non-respect à quatre reprises des règles de confinement un délit puni de six mois d’emprisonnement. Cherchez l’erreur ! Le même jour, quatre hommes arrêtés pour ce motif étaient incarcérés à la prison de Villepinte (Seine-Saint-Denis) en attente de jugement pour « outrage et rébellion » et « mise en danger de la vie d’autrui »… Qui met la vie de qui en danger ?

On le voit déjà dans toute la société : la coercition de la politique sécuritaire du gouvernement sera inversement proportionnelle à sa scandaleuse gestion sanitaire.

Ça se fera aussi sur le dos des prisonniers à moins qu’ils et elles trouvent des moyens d’imposer leur libération.

Force, courage et décontamination

L’Envolée

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Messages et lettres de prison

« À tous les frérots en prison : à partir du 19 mars, il faut qu’on bloque en promenade tous les jours jusqu’à que l’État accepte au minimum un parloir par semaine. Faut qu’on se fasse entendre bien plus haut que l’administration pénitentiaire : c’est l’État qui dirige. Il faut faire du bruit. Ils nous disent que c’est pour quinze jours alors qu’ils savent très bien que c’est parti pour plusieurs mois. Ils nous privent de la seule liberté qui nous reste : la visite de notre famille. Merci, et oubliez pas : l’union fait la force, ensemble on y arrivera. » Lenvolee.net, 18 mars.

« Libérez un peu les prisons de la surpopulation carcérale ! On veut que les surveillants soient contrôlés à chaque entrée, parce que ça nous fait peur ; au moins leur fièvre parce que c’est eux qui vont nous le refiler. Tous les gens qui rentrent en prison aussi, qu’ils soient contrôlés à l’entrée, avec un registre. » Lenvolee.net, 19 mars.

« Nos cantines n’arrivent pas, nos parloirs ont été suspendus. Personne ne se préoccupe de notre état de santé. On avait un co-cellulaire qui est parti, avec le masque, on l’a sorti à 8 heures du soir de la cellule. On ne sait pas pourquoi […]. Aujourd’hui nous sommes deux personnes encore dans la cellule. Nous présentons des symptômes de fièvre, le nez qui coule, et la gorge qui pique. […] L’administration trouve une seule solution :  “Vous vous étouffez pas ? Y a pas de souci à se faire !” […] J’appelle tous les détenus de la maison d’arrêt de Seysses à faire une révolution générale. » Maison d’arrêt de Seysses (Haute-Garonne), Iaata.info.

« On est 3 dans une cellule de 9 m2. Ça fait une semaine qu’on a plus de parloir, qu’ils nous autorisent plus les promenades, plus rien. […] On a peur qu’un jour la porte s’ouvre plus, qu’on nous laisse mourir dans la cellule… Y a beaucoup de psychose qui commence à s’installer dans la prison. » Maison d’arrêt de Seysses, Mediapart.

 « Nous voulons un DÉPISTAGE pour chaque détenu ainsi que pour chaque membre de l’administration pénitentiaire. – Nous souhaitons que tous les agents pénitentiaires sans exception soient équipés de gants et de masques (ce sont eux les plus exposés au virus car ce sont eux qui rentrent et sortent de l’établissement). – Nous voulons être informés de l’évolution de cette situation : quand les parloirs seront-ils rétablis ? Qu’en est-il des cantines ? Qu’en est-il des sacs de linge ? Qu’en est-il des soins médicaux en cas de coronavirus ? – Et enfin, pour nous protéger, nous aimerions que chaque détenu ait du gel désinfectant et un masque à sa disposition (le minimum en mesures d’hygiène actuellement). »
Revendications des prisonniers du centre de détention d’Uzerche (Corrèze) lors de la mutinerie du 22 mars.

« Un  message qui s’adresse à l’État et à tous ceux qui régulent les pénitenciers de France : nous voulons un dépistage au cas par cas pour chaque détenu et membre de l’établissement pénitentiaire. Nous voulons que les agents soient équipés de masques car c’est eux qui entrent et sortent de la prison donc c’est bien eux qui nous ramènent le coronavirus puisque nous n’avons plus de parloir. Nous voulons plus d’informations sur cette situation : cantines, parloirs, sacs de linge, activités, car les seules informations qu’on a c’est à la télé. Nous voulons du gel hydro-alcoolique, des masques, du savon pour chaque détenu. Tout ce qu’on a c’est du gel douche Tahiti. On nous offre la télé et 40 € pour les indigents, waouh, quelles belles mesures par l’État ! S’il peut faire mieux ce serait pas mal, sinon ça va chauffer. » Centre pénitentiaire de Béziers (Hérault), 23 mars.

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14 MORTS DANS LES REVOLTES, 3 000 LIBERATIONS ANNONCEES – Des nouvelles de la situation en Italie

En Italie, il y a eu 14 morts en prison pendant les révoltes ; le dernier est mort dimanche à Udine d’overdose de médocs – ils sont en train de les shooter pour qu’ils restent calmes. Beaucoup de gens considérés meneurs ont été transférés. Il y a 10 cas parmi les détenus d’après la pénitentiaire : au moins 4 chez les médecins et infirmiers qui travaillent en taule et les matons. La proposition de loi faite par le gouvernement prévoit l’assignation à résidence pour les détenu.e.s condamnés à moins de dix-huit mois  jusqu’au 30 juin 2020 – mais avec plein de restrictions, notamment pour celleux qui ont pris part aux révoltes ou ont des rapports de discipline ; pour les peines définitives de moins de six mois, bracelet électronique – sauf qu’il y en a pas assez, a priori genre 2 100 ou par là. Ça va faire en gros 3000 libérations, alors qu’il y a un surpeuplement de 15 000 détenus ; de plus, c’est en gros un règlement qui existait déjà. Du coup, pas de vraie solution ni pour le surpeuplement, ni pour les conditions merdiques d’enfermement. À l’intérieur ça reste très tendu ; ça a bougé à Brescia et Turin (nord) où il y a eu des battiture [ça consiste à faire du bruit en tapant sur les barreaux] et des tensions. La situation est tellement tendue que même les présidents des tribunaux de surveillance ont écrit une lettre au ministre de la Justice et au chef de la pénitentiaire pour demander qu’ils sortent un décret-loi pour vider un peu les taules.


« SEULS LES MURS NOUS ENTENDENT »

Lettre d’un prisonnier italien

Prison Madonna del Freddo, Chieti

Bonjour mon amour,

il est 5 heures de matin et je voudrais être dans le lit avec toi, alors qu’en fait je suis otage d’un État barbare et criminel. Le vrai criminel, c’est l’Etat qui, malgré le danger de nous faire tomber malade et mourir,  préfère nous entasser dans ce trou que nous renvoyer chez nous pour être avec nos proches. Peut-être pour une idée d’État tout-puissant qui punit, peut-être pour obtenir le consensus populaire, peut-être pour obtenir des votes, il se comporte en vrai criminel, nous gardant en otage contre toutes les lois ; il nous nie tous nos droits. On court le risque de ne plus voir nos proches, ou pire encore, de ne pas sortir vivants de cet enfer. Je te demande de publier cette lettre, parce que depuis des semaines, on essaie de se faire entendre : grève de la faim, on tape contre les barreaux tous les jours avec des mains couvertes de sang, mais à ce qu’il paraît, seuls les murs nous entendent. On demande de rentrer chez nous au moins jusqu’à la fin de l’état d’urgence ; on veut pas la liberté, on veut juste purger notre peine avec dignité. Je suis citoyen italien et je ne demande pas la lune, mais seulement d’être traité comme tel, pas comme de la chair à canon qui attend sa mort impuissant.

J’espère pouvoir t’embrasser bientôt, je t’aime ; tu es ma vie !


« NI LE PRISONNIER, NI SA FAMILLE N’ONT ETE PREVENUS »

Lettre d’un parent de prisonnier testé positif au Coronavirus à la prison de Voghera, Italie

 La lettre dont nous publions ici la traduction a été reçue à l’adresse emergenzacarcere@gmail.com, ouverte par un pool d’associations italiennes « pour recueillir des infos sur la situation actuelle en matière de santé et d’hygiène dans les prisons, et en particulier sur la réalité des mesures préventives adoptées face à la propagation de l’épidémie de COVID-19 ». Les prisonniers italiens « peuvent y signaler les sévices et traitements inhumains et dégradants qui leur sont infligés, notamment à la suite des récentes émeutes en prison, et recevoir une assistance juridique adaptée. »

Je voudrais commencer par remercier d’avance l’hôpital San Paolo, de Milan, et je tiens à préciser que nous ne les tenons responsables d’aucune injustice ; au contraire, je leur tire mon chapeau pour le travail qu’ils sont en train de faire, ce sont eux les seuls qui nous donnent quelques nouvelles de notre père.

Je vous écris à propos de la propagation du Coronavirus à la maison du district de Voghera. Mon père a été testé positif et nous n’en avons été informés d’aucune manière (Même le juge d’instruction et le juge des enquêtes préliminaires de Catanzaro – qui sont pourtant responsables de sa mise en détention provisoire n’étaient pas au courant), et de son hospitalisation non plus ; ni le prisonnier, ni les membres de sa famille n’ont été prévenus pour pouvoir se protéger du danger de ce virus.

Ils ont fait circuler de fausses nouvelles, racontant que les familles étaient prévenues et qu’ils avaient la situation bien en main, alors on était rassurés ; mais en fait, on ne nous a mis au courant de rien. Ce n’est qu’à force d’insister la peur au ventre qu’on a fini par nous signifier : « Oui, ton père est hospitalisé à l’hôpital San Paolo, de Milan. » A ce jour, nous n’avons toujours pas pu nous entretenir avec le médecin qui l’a ausculté, nous ne savons pas quels symptômes il présente et nous n’avons pas pu parler à notre parent au téléphone ; bien sûr, nous comprenons dans quelle situation d’urgence se trouve l’établissement face à ce virus.

Ça faisait plusieurs jours que mon père ne se sentait pas bien, il avait une forte fièvre et des difficultés respiratoires, le médecin de l’établissement n’a pas voulu aller le voir. Au bout de quelques jours à stabiliser son état avec des Doliprane, il a été testé positif au Covid-19 et hospitalisé ; le gardien a alors fait un rapport contre le médecin de l’établissement pour négligence.

Ils ont répandu la nouvelle que le virus avait été contracté au cours d’un parloir avec la famille le 27 février, alors que nous ne l’avons pas vu depuis le 15 de ce mois ; lors d’une visioconférence le 13 mars, il nous a encore fait part de ces symptômes, et il nous a dit qu’il avait envoyé une lettre de réclamation à son avocat dans laquelle tout ce qui s’est passé est décrit en détail parce que les droits de l’homme ne sont plus respectés ; cette lettre envoyée il y a douze jours environ n’est toujours pas arrivée.

A ce jour, mon père est toujours confiné en observation à l’hôpital ; nous voulons que tout le monde sache ce qui s’est passé parce qu’il est juste que d’autres personnes détenues avec mon père protègent leur vie et que les procédures imposées par le gouvernement à juste titre pour protéger notre vie soient également respectées pour eux.

Parce que toute la famille va bien, nous n’avons eu aucun cas de contagion, heureusement ; mais si jamais c’était un autre prisonnier ou d’autres personnes qui  fréquentent la prison, il faudrait qu’ils soient examinés et que le premier porteur soit identifié pour pouvoir reconstituer ses fréquentations et ses mouvements afin de protéger la vie des autres.

P. S. : l’instruction du procès de mon père n’est même pas commencée.

Les prisonniers du centre de détention d’Uzerches montent sur les toits et exigent des mesures contre l’épidémie

Ce dimanche 22 mars au centre de détention d’Uzerches, les prisonniers poussés à bout par les nouvelles mesures de confinement  et l’ignorance dans laquelle ils sont laissés sur la maladie ont réussi à accéder à la cour de promenade et sont montés sur les toits. Sur certaines vidéos qui ont tourné sur le Net, on entend des jeunes gens dire qu’ils ont peur de mourir parce que les sinistres Eris (Equipes régionales d’intervention et de sécurité) et la police sont armés, et pas eux ; et qu’ils tirent à balles réelles, comme ce fut le cas la semaine dernière à la maison d’arrêt de Grasse. Nous reproduisons ici leurs revendications :

REVENDICATIONS DES DETENUS

-Nous voulons un DEPISTAGE pour chaque détenu ainsi que pour chaque membre de l’administration pénitentiaire.

-Nous souhaitons que tous les agents pénitentiaires sans exception soient équipes de gants et de masques (ce sont eux les plus exposés au virus car ce sont eux qui rentrent et sortent de l’établissement).

-Nous voulons être informé de l’évolution de cette situation :

            -Qu’en est-il, les parloirs seront-ils rétablis ?

            -Qu’en est-il des cantines?

            -Qu’en est-il des sacs de linge ?

            -Qu’en est-il des soins médicaux en cas de Coronavirus ?

-Et enfin, pour nous protéger, nous aimerions que chaque détenu ait du gel désinfectant et un masque à sa disposition( le minimum en mesure d’hygiène actuellement).

DANS LES PRISONS ITALIENNES : 14 morts et 3 000 libérations annoncées

Il y a eu d’importantes révoltes dans un grand nombre de prisons italiennes à l’annonce de la suspension des parloirs pour plusieurs semaines, de la fin des activités et autres restrictions. Vous pouvez lire à ce sujet le précédent article que nous avions relayé ainsi que les quelques lettres traduites par des camarades, et cette émission dans laquelle nous avions fait le point.

En Italie, il y a eu 14 morts en prison pendant les révoltes ; le dernier est mort dimanche à Udine d’overdose de médicaments – ils sont en train de les shooter pour qu’ils restent calmes. Beaucoup de prisonniers considérés comme des meneurs ont été transférés. Il y aurait, selon la pénitentiaire, au moins dix cas de contaminés parmi les prisonniers et au moins 4 chez les médecins, infirmiers et matons. La proposition de loi faite par le gouvernement prévoit : l’assignation à résidence pour les détenu.e.s condamnés à moins de dix-huit mois  jusqu’au 30 juin 2020 – mais avec énormément de restrictions, notamment pour celles et ceux qui ont pris part aux révoltes ou ont des rapports disciplinaires- ; un bracelet électronique pour les peines définitives de moins de six mois – même si à priori les 2100 bracelets à disposition ne suffiraient pas. On table ainsi sur la libération de 3000 personnes, alors qu’il y a un surpeuplement de 15 000 détenus. À l’intérieur la situation reste très tendu. A Brescia et Turin (nord) les prisonniers ont fait des battiture [ça consiste à faire du bruit en tapant sur les barreaux]. La situation est tellement tendue que même les présidents des tribunaux de surveillance ont écrit une lettre au ministre de la Justice et au chef de la pénitentiaire pour demander qu’ils sortent un décret-loi pour vider un peu plus les prisons.


« SEULS LES MURS NOUS ENTENDENT »

Lettre d’un prisonnier italien

Prison Madonna del Freddo, Chieti

Bonjour mon amour,

il est 5 heures de matin et je voudrais être dans le lit avec toi, alors qu’en fait je suis otage d’un État barbare et criminel. Le vrai criminel, c’est l’Etat qui, malgré le danger de nous faire tomber malade et mourir,  préfère nous entasser dans ce trou que nous renvoyer chez nous pour être avec nos proches. Peut-être pour une idée d’État tout-puissant qui punit, peut-être pour obtenir le consensus populaire, peut-être pour obtenir des votes, il se comporte en vrai criminel, nous gardant en otage contre toutes les lois ; il nous nie tous nos droits. On court le risque de ne plus voir nos proches, ou pire encore, de ne pas sortir vivants de cet enfer. Je te demande de publier cette lettre, parce que depuis des semaines, on essaie de se faire entendre : grève de la faim, on tape contre les barreaux tous les jours avec des mains couvertes de sang, mais à ce qu’il paraît, seuls les murs nous entendent. On demande de rentrer chez nous au moins jusqu’à la fin de l’état d’urgence ; on veut pas la liberté, on veut juste purger notre peine avec dignité. Je suis citoyen italien et je ne demande pas la lune, mais seulement d’être traité comme tel, pas comme de la chair à canon qui attend sa mort impuissant.

J’espère pouvoir t’embrasser bientôt, je t’aime ; tu es ma vie !

Le Covid-19 : la prison dans la prison – video

Un prisonnier âgé de 74 ans incarcéré à Fresnes dix jours auparavant est mort hier du Covid-19. Le même jour, les parloirs ont été supprimés dans toutes les prisons françaises. Aucun moyen de maintenir le lien avec leurs proches n’a été fourni aux prisonnier.e.s. Les activités, sportives et autres, ont également été supprimées. Dans les centres de détention en régime « portes ouvertes », où les prisonniers peuvent circuler dans tout leur étage pendant la journée, les cellules sont maintenant fermées. Les prisonnier.e.s resteront enfermés 22 heures sur 24 en cellule, le plus souvent à trois dans 9m².

Face à cette situation intolérable, des mutineries ont éclaté dans de nombreuses prisons. A cette heure, nous avons connaissance de mouvements à Aiton, Angers, Douai, Epinal, Grasse, La Santé, Lille-Sequedin, Maubeuge, Metz, Montauban, Nancy, Perpignan, Saint-Etienne, Toulon, Valence et Varennes-le-Grand. Les Eris (Équipes régionales d’intervention et de sécurité – GIGN des prisons) sont intervenues dans plusieurs de ces taules, et à Grasse, les matons ont tiré.

Les prisons pour étrangèr.e.s subissent les mêmes restrictions : plus de parloirs pour quinze jours au moins. Comme les associations se sont retirées de certains Centres de rétention administrative (CRA), les prisonnier.e.s ne sont plus soutenu.e.s dans leurs démarches juridiques. L’Ofii (Office français de l’immigration et de l’intégration) qui fournit habituellement le tabac et les recharges téléphoniques ne vient presque plus dans les centres, ce qui produit une situation critique. Les préfectures continuent d’expulser vers les pays qui n’ont pas interrompu leurs liaisons aériennes avec la France. Si les préfectures et les juges ont commencé à libérer des prisonnièr.e.s, souvent pour motif sanitaire, les rafles et les arrestations continuent. Certaines prisons pour étrangers continuent donc de se remplir. Des révoltes et des mouvements collectifs ont eu lieu dans les centres du Mesnil-Amelot (communiqué1, communiqué2), de Lille-Lesquin (communiqué), de Lyon-St-Exupéry (témoignage), de Metz et de Vincennes (communiqué), et peut-être d’autres encore dont nous n’avons pas eu connaissance : grèves de la faim, départs de feu, évasions, blocages de la promenade…

Nous diffusons ici des vidéos reçues hier de la prison de la Santé. Il est essentiel que les enfermés puissent faire sortir les nouvelles du sort qui leur est fait par la pénitentiaire. Tenez-nous au courant par tous les moyens à votre disposition.

Face à la gravité de la situation, à partir du lundi 23 mars, L’Envolée va diffuser à 19h une émission quotidienne d’un quart d’heure sur FPP (106.3 Mhz sur la bande FM à Paris) pour faire circuler l’information sur ce qui se passe dans les prisons françaises. Nous y lirons les messages qui nous seront envoyés au 07.52.40.22.48. Nous maintenons par ailleurs l’émission du vendredi, entre 19 heures et 20 heures 30.

Soutien aux prisonnier.e.s et à leurs proches !

Force et détermination !

EMEUTE ET MASSACRE À LA PRISON DE MODÈNE – Suite aux mesures de confinement liées au Covid-19

Les prisonniers italiens se défendent actuellement contre la suppression des parloirs décidée par l’administration. Selon les informations récoltées – qui ne sont surement pas complètes, il y a eu des mutineries dans vingt établissements pénitentiaires, huit prisonniers sont morts et au moins cinquante prisonniers italiens se sont évadés. Nous traduisons un témoignage, recueilli par le site Diario di bordo nella tempesta sociale, à propos des révoltes de la prison de Modène.

Une révolte a éclaté à la prison Sant’Anna de Modène le 8 mars 2020 en début d’après-midi. La chose n’est pas passée inaperçue à l’extérieur car trois panaches de fumée se sont élevés des ailes de l’établissement, sans parler de l’important va-et-vient des surveillants et de la surveillance d’un hélicoptère en vol stationnaire au-dessus de la zone. Des parents, des personnes solidaires et d’autres spectateurs se sont donc rassemblés aux environs, d’où ils ont pu voir défiler les GOM [un equivalent italien des Eris, le “GIGN des matons”] en tenue antiémeute, et entendre distinctement des coups de feu. Malgré quelques tentatives des pompiers de les tenir à distance, les gens ont fini par se masser devant la prison, d’où ils ont assisté au defilé des camionnettes et des ambulances de la pénitentiaire. Au bout d’un moment, comme les parents demandaient des nouvelles des prisonniers, un gradé de la pénitentiaire et une représentante de la directrice de la prison sont sortis leur dire que dans le cadre des négociations avec les émeutiers barricadés dans une aile, on leur avait rendu leurs téléphones portables pour leur permettre d’appeler leurs proches. Il était donc demandé aux familles de répondre aux appels des prisonniers pour les convaincre de sortir. En fin de journée, protégés par un nombre considérable d’antiémeute, les flics sont sortis, encadrant des prisonniers et des prisonnières menottés, qu’ils frappaient. Une personne est sortie sur une civière. A ce moment-là, déjà, quelqu’un a apercu un sac qui contenait un mort.

Au cours d’un parloir sauvage avec des prisonniers enfermés dans l’aile qui donne sur la place, les enfermés ont parlé de transferts, précisant qu’ils étaient les derniers dans la section, en instance de transfert, et qu’ils se faisaient massacrer. Quatre-vingts personnes ont été transférées, apparemment à Bologne, Reggio Emilia, Parme, Piacenza et Ascoli, dans quatre bus de la pénitentiaire au moins, et d’autres fourgons.

D’après la presse bourgeoise, l’affaire serait partie des ateliers pour s’étendre ensuite à tout l’établissement, où les prisonniers auraient brûlé des matelas et se seraient barricadés dans au moins une des ailes, s’emparant de l’armurerie, d’après une vidéo. D’après les mêmes sources, trois personnes ont perdu perdu la vie, sans autres précisions sur leur identité ou sur les causes de leur mort. Deux autres seraient en réanimation. La presse évoque d’importants dégâts dans l’établissement et dit que des documents ont été détruits. L’émeute aurait éclaté suite à la suppression des parloirs et des visites d’intervenants extérieurs plutôt qu’à cause d’une inquiétude sur la sécurité sanitaire dans l’enceinte de l’établissement. Il restait apparemment des émeutiers barricadés en fin de soirée.

[Actualisation: Six morts sont annoncés à la prison de Modène]

LE CRA DE VINCENNES BRULE !


Après plusieurs jours de luttes et de répression violente, ce soir 4 février des prisonniers ont appelé pour raconter que des incendies sont en cours dans deux batiments du CRA de Vincennes. Les batiments ont été endommagés.

Ne laissons pas les prisonniers isolés, soyons solidaires, soutenons les révoltes !

Les flics ont tout fait pour faire craquer les gens et casser la lutte : samedi soir, au début de la grève de la faim, les prisonniers sont renfermés dans le bâtiment et ils sont fouillés dans toutes les chambres ; dimanche, un prisonnier est tabassé par les keufs, qui refusent aussi l’accès à l’infirmerie pour les prisonniers malades ; lundi, les prisonniers se font réveiller par des douches incendie, d’autres tabassages ont lieu, les keufs avec les chiens ; mardi, l’eau du bâtiment est coupée, pas de douches ni rien.


Mise à jour (05/02/20)

Des nouvelles des prisonniers du CRA !

Hier mercredi 5 février, suite à la destruction du Batiment 2A du CRA de
Vincennes, une trentaine de personnes sont allées crier leur solidarité
avec les prisonniers. Les retenus du bâtiment 2B, bâtiment dans lequel des
matelas avait également brulé la veille, ont répondu en criant liberté.
Quelques minutes après les personnes en contact avec l’intérieur ont
eu plus de détails sur ce qu’il s’est passé pour les retenus depuis l’incendie.

Une trentaine de prisonniers du CRA 2A ont été emmenés passer la nuit de l’incendie (nuit du mardi 4) dans un comico vu que les chambres étaient inutilisables. Hier soir (le mercredi 5) ils sont rentrés, sans visiblement que personne n’ait été placé à GAV (info en cours de vérification), mais une enquête est en cours. Certains ont été transférés au CRA 1 où ils sont maintenant encore plus nombreux par chambre ; d’autres au CRA 2B où certains sont obligés de dormir sur des matelas brûlés ; et encore d’autres au CRA de Palaiseau ou du Mesnil-Amelot.
Pour montrer notre solidarité avec les prisonniers : les numéros de cabines de ces différents CRA.

Bonne nouvelle : Le bâtiment 2A est réellement rendu inutilisable, il faut dire que depuis l’extérieur on peut voir que les fenêtres ont volé en éclats et que le toit est dans un sale état ! Il y a eu des libérations du fait de l’incendie, apparemment au moins 14 !



Sur l’Actualité des luttes, un prisonnier du bâtiment 2A raconte des conditions de vie à l’intérieur, et de ces derniers jours de luttes et de répression (à partir de la minute 35) :

Et voici le témoignage écrit d’un prisonnier :

On veut juste des conditions de vie normale parce que nous on vit ici c’est trois mois c’est une vraie peine de prison. Une peine, mais nous on veut juste sortir, on a des enfants ici. Le CRA c’est invivable surtout à cause de la violence des policiers et aussi parce qu’ils essaient de nous faire craquer. Les gens qui sortent d’ici certains deviennent fous.

Ils nous rendent fous. À l’intérieur, on les voit devenir fous petit à petit. Il y a quelqu’un la dernière fois ils l’ont appelé pour une prise de sang, et quand il est revenu il s’est écroulé en tremblant et tout, on ne comprend pas s’ils essaient de nous tuer parfois.

Il y a un mec qui a le bras cassé à cause de flics qui lui sont tombés dessus. On essaie de l’aider comme on peut, mais le soir il crie, il ne peut pas dormir.

On ne savait pas que c’était comme ça en France, tant de racisme. Il y a même un policier qui a craqué quand il a réalisé ce qu’il se passait dans le centre. Les policiers c’est tous des stagiaires donc ils font de la merde. Ils essaient de nous faire craquer avec des fouilles tous les jours, des tabassages de gens avec les jambes et les mains scotchées…

Nous, on craque ici on a envie de sortir d’ici le plus vite possible.

Samedi soir on a commencé une grève de la faim on était 28 je pense. Les policiers sont venus pour nous foutre la pression on leur a dit que la nourriture c’est immangeable. L’entreprise qui fait la nourriture c’est GEPSA ils donnent pas de sel, pas d’eau, les plats sont immangeables, c’est GEPSA on peut lire sur leurs gilets. On leur a dit aussi il n’y a pas de porte dans les toilettes et des toilettes sales avec des gens malades partout.

L’infirmerie ne fait pas son travail. Ici beaucoup ont la gale. Dès que tu viens, que tu dis que t’es malade ils donnent juste des gros calmants, c’est une pharmacie pas une infirmerie. Les infirmières sont super méchantes. Pharmacie : Valium, Rivotril, Subutex, Tramadol… les gens qui prennent ça ont les voit devenir dingues.

Cette nuit-là vers 4h ils nous ont arrosés avec les douches incendies. Ils ont arrosé tout le monde, toutes les chambres. Les vêtements, les matelas, les couvertures tout était mouillé. On tremblait on pouvait pas dormir dans ce froid. Au haut-parleur ils ont dit : « si vous ne mangez pas demain à midi, ça va continuer ». Ils voulaient nous faire craquer.

Heureusement que certains ont des chambres tellement sales qu’ils dorment dans les couloirs ou dans la salle commune. Eux ils avaient les couvertures sèches. Alors on s’est mis tous dans la même salle pour se réchauffer avec les couvertures sèches et essayer de dormir.

C’était horrible, le lendemain on était plus que 18 en grève de la faim. Ils nous ont notés et après ils sont venus nous taper, juste pour en découdre ?

Le lendemain donc hier, ils ont coupé l’eau. Ça a commencé hier soir certains étaient réveillés, mais nous on s’en est rendu compte que ce matin : d’un coup plus d’eau dans les douches, robinets, toilettes. Tout le monde est paniqué ou énervé. Même la machine pour boire elle est coupée. Quand on demande pourquoi, ils disent : « arrêtez de nous casser les couilles ».

On en a marre, on en peut plus, des fois on pense au suicide. Même aux USA, les prisons c’est pas comme ça.

***

Les CRA existent pour isoler les prisonnier·ère·s, pour leur faire croire qu’il·elle·s sont seul·e·s face aux flics, aux juges, aux avocats, aux associations. La solidarité depuis l’extérieur est une arme, ça permet aux prisonnier·ère·s de tenir le coup. Soyons solidaires avec les prisonniers du bâtiment 2A de Vincennes, et tou·te·s les autres. Par exemple, en appelant les cabines du CRA pour montrer notre soutien à la lutte, en faisant des parloirs et des parloirs sauvages… voici toutes les infos.
Numéros des cabines de Vincennes 2A :
01 48 93 69 47
01 48 93 69 62
01 48 93 90 42

PS : dimanche dernier, avant un parloir à Vincennes, des personnes de l’Assemblée contre les CRA ont assisté à une tentative d’évasion. Elles racontent ce qui s’est passé :
Vers 16h30, alors qu’on attend depuis près de deux heures, une alarme retentit. Des flics se mettent à courir, nous aussi. Un homme saute par dessus un portail qui l’amène à l’extérieur du CRA (côté bâtiment 1), traverse la route malheureusement face à lui un parking grillagé. Là, une quinzaine de flics arrivant de toute part le rattrape sous nos cris et nos yeux impuissants alors qu’il est suspendu au grillage. Ils le transporteront allongé jusqu’à la voiture qui l’emmènera en garde à vue. Il ne se débattait même plus comme s’il avait mis tout le reste de son énergie dans cette tentative d’évasion.

Les matons grèvent, Crève la taule.

De nouveau, les matons ont décidé de bloquer certains établissements. Actuellement, nous sommes informés du blocage des prisons de Agen, Avignon, Beauvais, Béziers, Bordeaux, Condé, Draguignan, Fleury, Liancourt, Nice, Osny, Perpignan, Val de Rueil, Vendin le Veil, La Réunion, Reau, Rodez, Salon de Provence. Cela est inadmissible et insupportable d’interdire des familles de voir leurs proches (et inversement), de prendre en otage les prisonniers en les séquestrant plus qu’ils ne le sont déjà en les empêchant d’aller en activité (sport, travail, promenade). Parfois, les surveillants vont même plus loin dans leur ignominie en éteignant le courant et en coupant l’eau : c’est employer des moyens de tortures contre celles et ceux qui subissent déjà la violence de l’État et qui ont simplement cherché à s’extraire de la place que la société leur attribuait.

Honte à eux de penser qu’en restant à trois devant les geôles les choses vont changer. Allez plutôt soutenir celles et ceux qui se battent pour de vrai, celles et ceux qui s’opposent à leur patron, à leur ministre en faisant la grève et en manifestant, celles et ceux qui restreignent les flux économiques par les blocages. Un peu de courage ne vous ferait pas de mal. Les mouvements sociaux se sont toujours construits contre les capitalistes : les blocages d’usines, les débrayages et autres moyens de luttes ont toujours été organisés pour faire perdre de l’argent des patrons. Ici, vous ne faites que renforcer leur pouvoir. Cessez vos pleurnicheries multiples de petits flics sans reconnaissance, vous titillez la colère…

Le plus hallucinant dans tout cela, c’est que ça vous amuse d’être devant des taules à brûler vos pneus et faire vos barbecues, cela sous l’œil attristé des familles qui parfois arrivent de loin. Nous sommes en période de fête : unique période où les colis sont autorisés. Il n’est pas acceptable que certains prisonniers et prisonnières soient privés de leur colis de noël. Ces mères, compagnes, sœurs – car oui, ce sont souvent des femmes qui maintiennent les liens familiaux – qui se sont organisées pour venir, n’ont pas à être sanctionné. C’est peut-être le seul jour du mois qu’elles ont pour embrasser leur proche. Un peu de respect serait un effort suprême pour vous qui vous êtes enfermé par choix toute l’année ?…

« Mon frère bloque au mitard et ne lâche rien »

Courrier de la sœur de A.,
enfermé au mitard de Mont-de-Marsan,
14 décembre 2019

Nous publions ici un courrier préoccupant de B. Elle nous parle du sort qui est fait à son frère A., actuellement enfermé au mitard du centre de détention (CD) de Mont-de-Marsan. Après que deux demandes d’aménagement de peine ont été rejetées, et après avoir été victime de ce qu’il décrit comme un tabassage par les matons, A. a refusé de réintégrer sa cellule ; il a donc été placé au mitard (QD).

Ce courrier d’une sœur qui se bat pour la liberté de son frère, à ses côtés, a pour but premier de « faire du bruit » autour de son histoire : en rendant public le sort que l’Administration pénitentiaire – et en particulier celle de Mont-de-Marsan – fait subir à A., il s’agit non seulement pour ses proches de le soutenir dans sa demande de rapprochement familial, mais aussi de le protéger des agents de cette administration.
Pour faire valoir ses droits et exiger son rapprochement familial – faute d’obtenir un aménagement – A. a été contraint, avec d’autres, à un moyen de résistance plus souvent utilisé par des prisonniers longue peine en prison centrale : refuser, sans la moindre violence, de réintégrer sa cellule vous envoie directement en quartier disciplinaire (QD) ; et quand plusieurs prisonniers portent ce refus ensemble, ils « bloquent le mitard ». Les surveillants et la direction de la prison se trouvent ainsi privés d’un outil de pression et de punition central dans la gestion de la détention : le QD, dit « mitard ». Non seulement on ne peut plus user de la menace du mitard contre A. et les autres prisonniers qui y ont déjà été placés, mais il devient en outre inutilisable contre les autres prisonniers de la détention.

Dans de telles circonstances, la direction, un bricard mal intentionné, ou n’importe quel surveillant un peu porté sur la matraque pourraient tenter de pousser A. à la faute afin de porter plainte contre lui. A. risquerait ainsi d’être condamné à des mois, voire des années, de prison supplémentaires et ne serait dès lors plus libérable à l’été 2020.
La famille de A. imagine même le pire, comme ce qui est arrivé en avril 2018 dans le mitard de Seysses : un prisonnier qui n’était en rien suicidaire mais qui est retrouvé mort, « accroché » aux barreaux de sa cellule, quelques minutes après le passage d’une équipe de surveillants connue pour sa violence. Nous ne comptons plus le nombre de familles qui, pendant des années, tentent inlassablement d’obtenir la vérité sur ce que la presse nomme poliment – quand elle ose s’en saisir –, une « mort suspecte ».

Précisons donc à toutes fins utiles, que A. n’est en rien suicidaire et que l’Administration pénitentiaire – et en particulier la direction du CD de Mont-De-Marsan – porte l’entière responsabilité légale de son intégrité physique et de sa bonne santé. Nous serons particulièrement attentifs au sort qui sera réservé à A. – ainsi qu’à ses proches – dans les jours, semaines et mois à venir.
Nous voudrions aussi, par cette publication, appuyer sa demande de rapprochement familial. Car ce que nous dit B. dans le courrier qui suit, c’est aussi que la prison enferme des proches et des familles en même temps que les prisonniers et prisonnières. Avoir la force en de telles circonstances de prendre son stylo pour raconter ce que subissent prisonniers et familles est à la fois admirable et primordial.  

Force, courage et détermination à A., B. ainsi qu’à tous leurs proches.

Mon frère a été condamné à quatre ans de prison ferme.
Depuis un an, il est incarcéré au centre de détention de Mont-de-Marsan (40) suite à un transfert de la maison d’arrêt de Seysses (31). Quand je lui ai demandé si ça lui allait, il m’a répondu : « au moins là-bas, la viande était halal  ; au moins ici, on ne meurt pas au mitard ». Il faisait ici référence à la mort de Jawad, tué au mitard de Seysses en avril 2018.

La condamnation de mon frère est la partie émergée de l’iceberg. Entre les lignes d’un rendu de justice et de peines appliquées, c’est toute la famille qui est poussée sous l’eau, qui se débat continuellement pour garder la tête à la surface. Pour lui, comme pour nous. Car si un membre de la famille est emmuré, c’est tout le groupe qui est amputé, qui se mange les murs qui le retiennent à force de les fixer sans pouvoir rien faire. Et par delà les portes blindées, les serrures à sens unique, les portiques et les barbelés, on attrape sa voix et ses paroles au vol pour que son histoire, elle, puisse ricocher. Son histoire, on refuse qu’elle soit enfermée. Même éparse, même distillée d’un parloir à l’autre, même volée dans les lettres qu’on peine à recevoir, son histoire, on l’attrape. On l’écoute. On la raconte. Comme quand il nous dit, « faites du bruit ».

Mont-de-Marsan, dans le département des Landes, c’est six heures de route. Ma mère, au début, essayait de maintenir le même rythme de parloir qu’à Seysses, mais la fatigue et l’épuisement l’oblige à lever le pied de l’accélérateur. Elle est la seule à conduire. Elle est reconnue comme travailleuse handicapée, ayant perdu la vue d’un œil ; si vous ajoutez à ça l’anxiété, l’angoisse et la peur, prendre la route devient difficile, pour ne pas dire une mise en danger permanente. Sans compter le reste de la famille qui, pour des raisons de santé, d’obligations scolaires et de travail, galère à lui rendre visite. Et ça, mon frère le sait. Alors sa demande est simple : « J’aimerais, si vous me le permettez, être transféré au centre de détention de Saint-Sulpice-La-Pointe, pour que ma famille puisse continuer à me rendre visite ».

Être rapproché de Toulouse.
J’écris de dehors, mais toujours les yeux fixés sur le mur. Parce que mon frère est dedans. Parce que cet été, je reçois des nouvelles après un long temps de silence : « ils sont en train de me tuer à petit feu ». Déplacement aléatoire de cellule en cellule, premier refus de bracelet, pression de l’administration pénitentiaire. « Là, je suis sorti, mais je vais retourner au trou. Je vais bloquer jusqu’à ce qu’ils me transfèrent ». Je reçois ça impuissante et prend mon courage à deux mains pour temporiser, le soutenir, et puis lui dire qu’il n’est pas seul, même s’il ne nous voit pas. Dans le fond, je suis fière, et si ce ne sont pas des choses qu’on sait se dire dans les yeux, je profite de ces lignes pour le balancer l’air de rien. Mon frère est conscient de ce que lui coûte un blocage, il sait que sa peine peut grimper. Il sait aussi que c’est le seul moyen pour lui de se faire entendre. Plus tard, il dira à ma mère : « si je ne croyais pas en ce que je faisais, tu penses vraiment que je supporterais d’être enfermé dans une cellule aussi grande que ça », en désignant la pièce parloir.

Le sommeil, ça aussi c’est une chose qu’on nous enlève entre les lignes des rendus de justice. PS, toutes vos nuits deviendront des cauchemars. Pour moi, le cauchemar s’est intensifié depuis plusieurs semaines. Quelques lettres me sont parvenues. Mon cerveau s’est instinctivement bloqué dans un état de survie primaire. Malgré moi, je conditionne mon esprit au pire. J’imagine les pires scénarios, m’efforçant de les regarder jusqu’au bout sous mes paupières closes pour anticiper. M’habituer. A ne pas pleurer, même si le pire arrive, parce que le pire fait désormais parti de nos imaginaires. Pendant ce temps-là, mon frère qu’a déjà bien entamé sa carrière au mitard, l’hiver venant, se met en sous-vêtement dans sa cellule pour habituer son corps à supporter le froid.

A Mont-de-Marsan, c’est réputé – ils n’aiment pas « les Toulousains ».
Il ne m’a pas fallu beaucoup de parloirs pour me rendre compte de ce que « toulousain » veut dire. Les Arabes et les Noirs de quartier, muslim de surcroît. Et qu’on ne vienne pas nous parler de radicalité quand mon frère n’a même pas le droit à un petit récipient pour faire ses ablutions. La deuxième demande de bracelet a été refusé il y a deux mois environ. Sur des motivations fallacieuses et des présomptions de culpabilité, surtout parce que mon frère est « toulousain ». Comme il l’écrit, « suite à une réponse défavorable à ma demande d’aménagement de peine, j’ai demandé à intégrer le QD. » Pas de colère, pas d’esclandre, pas d’explosion de rage. Rien qu’une demande simple à la hauteur de sa résilience, ramenez-le au trou : « ils m’ont ensuite descendu dans l’atrium du rez de chaussé, chacun me tenant un bras, où le chef leur a dit de me remonter, ce qu’ils ont commencé à faire, lui en me tenant par la gorge et eux un bras chacun. Ils m’ont ensuite emmené au palier entre le rez-de-chaussée et le 1er étage, dans l’angle mort de la caméra, où ils m’ont mis au sol et molesté, avec des coups de pied. A force de coups et de clés de bras, ma main est sortie de ma menotte qu’ils m’ont remise, n’empêchant pas leurs coups. Ils m’ont ensuite ramené au QD sous les menaces du chef : t’as de la chance, c’est pas moi qui te tient le bras, je te l’aurais cassé. » ; « la loi pénitentiaire n’autorise l’usage de la force que dans quatre cas : légitime défense (je n’ai ni attaqué, ni résisté), la tentative d’évasion (je demandais à aller au QD), la résistance violente (le bouton d’alarme n’a même pas sonné), l’inertie physique aux ordres donnés (simplement, ils ne m’ont rien ordonné, et ils n’ont pas « précédé l’usage de la force par une phase de discussion pour obtenir la compréhension et l’acceptation » de ce qui m’était demandé, comme la note de 2007 le prévoit, et de toute façon, ils n’ont rien demandé » ; « j’en conclus que j’ai subi un tabassage punitif et illégal et je ne veux pas retourner en bâtiment, de peur de représailles de leur part ».

Suite au refus de l’administration de le laisser sortir sous surveillance électronique, il a mis un drap sur la porte de sa cellule avec un mot, « je veux parler à la directrice », obligeant les matons à ouvrir la porte dans leurs rondes pour vérifier sa présence. En deux jours il a eu gain de cause et a pu se défendre face à la directrice des accusations, sans preuves, qu’elle porte contre lui. La semaine dernière, comme il fait l’objet de fouilles à nu systématiques avant le parloir, il a glissé une lettre dans sa poche. Comme il refusait de se déshabiller, les matons le fouillent. Trouvent la lettre. L’ouvrent. Elle leur était directement adressée : mon frère demande à ce qu’ils justifient, comme la loi le prévoit, chacune de ses fouilles à nu et à recevoir le registre de toutes celles qui ont été effectuées jusque là.

Mon frère bloque au mitard. Ils étaient huit à bloquer ensemble, la majeure partie arrivant de Toulouse. Il y a quinze jours, suite à des transferts, ils se retrouvent à quatre. Deux autre transferts sont prévus pour cette semaine. Dans tout ça, la solidarité est intacte. Ma mère a réussi à amener à mon frère son colis de Noël qu’il s’empresse de partager, morceau par morceau, avec ses collègues.

Mon frère bloque au mitard et ne lâche rien. L’art de survivre dans la galère pour ceux que la misère a nourri au sein. Il ne lâche rien, quoiqu’il en coûte. Jusqu’à ce qu’il obtienne un transfert dans une prison proche de Toulouse. Jusqu’à ce qu’on puisse avoir des conditions de visite dignes de l’affection qu’on se porte. Jusqu’à ce qu’on lui reconnaisse son propre droit à la dignité, sa propre valeur humaine. Nous sommes tous épuisés et tous bombés de force. Parce que la solidarité avec les bloqueurs du mitard ne s’arrête pas à leurs cellules. On écoute les murs murés, et on rappellera, autant de fois qu’il le faudra, que les voix, que les paroles, que les histoires ne peuvent pas être enfermées. Même derrière la plus épaisse des portes blindées. Nous aussi, on est là. Nous aussi, sommes solidaires. Nous soutenons notre frère, notre fils, notre petit-fils. Nous soutenons ses camarades. Alors, comme il m’a dit, « faut faire du bruit ».

Et je défie quiconque d’arrêter le bruit quand il se met à courir.

Signé : B.

L’Envolée passe au 2.0 !

L’émission L’Envolée n’est malheureusement émise qu’en région parisienne. Mais, bonne nouvelle : toutes les émissions sont désormais disponibles sur les plateformes Apple podcasts, Spotify et Deezer !

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PS : D’ailleurs, si des radios amies pas loin d’une prison voulaient les rediffuser, qu’elles n’hésitent pas à nous contacter !

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