Salim A. a été transféré au quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) de la Santé en janvier 2026. Ce sont des unités pénitentiaires spécialement conçues pour enfermer les détenus condamnés pour terrorisme ou désignés comme radicalisés afin de les séparer des autres prisonniers au moyen de cellules individuelles, de promenades dédiées et de parloirs séparés. La décision du placement en QPR, en quartier d’isolement (QI) ou en détention normale est prise au terme d’un passage de dix-sept semaines en quartier d’évaluation de la radicalité (QER).
« Pas d’autre motif que la longueur de sa barbe, qui n’a jamais varié »
Salim a été envoyé au QER de Vendin-Le-Vieil en 2021 parce qu’il refusait catégoriquement de rencontrer le « binôme de soutien » – un éducateur et un psychologue censés évaluer la « radicalisation » des prisonniers. En effet, puisqu’il a été condamné pour des faits de droit commun, l’administration pénitentiaire n’avait pas d’autre motif de le lui proposer que la longueur de sa barbe, qui n’a jamais varié. Musulman pratiquant, la religion lui a permis de tenir le coup en détention, mais il ne s’est pas tourné vers l’islam radical pour autant. Pour contester l’étiquette qu’on lui collait d’office, Salim a continué à refuser tout entretien avec les experts, les psychologues et les services pénitentiaires d’insertion et de probation (Spip) dans les différentes unités où il a été placé. Depuis son passage au QER, il subit un traitement particulièrement dégradant, notamment du fait de fouilles systématiques alors qu’il n’est plus DPS (détenu particulièrement signalé). Il est fouillé à chaque mouvement, palpé chaque fois qu’il remonte de promenade, et fouillé à nu après tout contact avec l’extérieur.
Après le QER, Salim A. a été placé à l’isolement de 2021 à 2024, puis affecté en détention normale jusqu’en 2026. Lorsqu’il a été placé au QPR de la Santé, il a d’abord été seul en promenade, et c’était pour lui un moment essentiel, l’occasion de pratiquer une activité sportive et de marcher pour supporter les vingt-trois heures qu’il passe chaque jour en cellule… Jusqu’au moment où l’administration lui a imposé la présence d’un autre prisonnier. Sa demande d’être seul en promenade n’est ni un caprice, ni un rejet des règles de l’établissement, mais un choix mûrement réfléchi : il préfère rester à l’écart parce qu’il sait d’expérience que l’administration pénitentiaire prend prétexte des moindres interactions entre prisonniers pour leur coller des étiquettes qui les suivent jusqu’au bout de leur peine.
« Il veut rester au QD ? Faites-lui la totale ! »
Après avoir demandé par courrier à être seul en promenade, il est resté deux semaines sans y aller. Un jour, il a voulu redescendre en promenade, mais quand il a vu qu’on le remettait avec l’autre prisonnier, il est remonté en cellule sans autorisation. Ça lui a valu un compte rendu d’incident (CRI) qui s’est soldé par une peine de dix jours de quartier disciplinaire (QD). Depuis qu’il y a été placé le 21 mai, il refuse d’en sortir, exige son transfert et sa sortie du QPR. Ça fait donc trois semaines qu’il est au mitard de la Santé dans des conditions de détention particulièrement dégradantes et déshumanisantes. Il n’a reçu qu’une paire de couverts jetables en bois à son arrivée au mitard, et avec la chaleur et la saleté, ils pourrissent. Ses rations de nourriture sont réduites. Comme il n’y avait pas de robinet dans sa cellule, il a longtemps été obligé de boire à même la douche, jusqu’à ce qu’on finisse par lui en installer un récemment, après force et réclamations. Il n’a accès à des vêtements propres qu’une fois par semaine, au parloir. Du fait de son placement à l’isolement, ces parloirs sont limités à quarante-cinq minutes par semaine, sans accès aux salons familiaux alors que sa famille fait des centaines de kilomètres pour venir le voir toutes les semaines. Il est arrivé à plusieurs reprises que les surveillants l’appellent pour le parloir et pour la promenade en même temps, ce qui l’oblige à choisir entre les deux. Son dernier sac de linge a été refusé pour des motifs totalement arbitraires : une housse d’oreiller jugée non réglementaire alors que c’est celle de sa cellule, avec l’étiquette de la Santé. Il a entendu l’officier du QPR dire à son collègue derrière la porte : « Il veut rester au QD ? Faites-lui la totale ! ».
Son placement en QPR vient d’être renouvelé pour six mois, bien que l’administration pénitentiaire reconnaisse qu’elle ne sait rien du rapport de Salim à l’islam. Elle lui ordonne de répondre aux divers experts du QPR, sans quoi il sera placé à l’isolement.
Salim A. demande son transfert en centrale, conformément à son statut de prisonnier longue peine, afin de pouvoir bénéficier de parloirs en Unités de vie familiale et sa sortie du QPR. Il exige que l’administration pénitentiaire cesse de l’étiqueter comme radicalisé et qu’il soit mis un terme aux traitements dégradants et aux conditions de détention déshumanisantes qu’il subit au mitard de la Santé.
Paris, le 22 juin 2026
Si vous voulez soutenir Salim A., contactez la prison de la Santé : • Tél. : 01.86.21.80.20. • Adresse postale : 42, rue de la Santé, 75674 Paris Cedex 14
Début 2025, Darmanin a annoncé la création des quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) et les a inscrits dans la loi dite « narcotrafic ». Six mois après l’ouverture du QLCO de Vendin-le-Vieil et trois mois après celle de Condé-sur-Sarthe, des informations concrètes commencent à sortir sur la réalité de ces endroits et sur leur véritable fonction. Les QLCO servent les intérêts de toute la chaîne pénale : ceux du ministre évidemment, mais aussi ceux des juges et des enquêteurs, des matons et de leurs syndicats, et puis de l’administration pénitentiaire (AP). Pendant ce temps, les prisonniers et leurs proches font les frais de ce régime de détention épouvantable.
Pour se faire entendre « dans le saloon de la démocratie », suffit de « tirer deux coups au plafond », explique le petit shérif. Plus qu’une mauvaise blague, c’est une stratégie politique : les annonces outrancières permettent d’obtenir moins, tout en donnant l’impression d’avoir négocié. Le cow-boy a d’abord exigé que les prisonniers soient placés au QLCO pour cinq ans ; et quand les parlementaires ont finalement voté un placement d’un an, il a pu ricaner : « On s’en fiche, puisque c’est renouvelable ! »
La création des QLCO sert la communication du ministre dans sa course à la présidentielle. Ça fait maintenant plus d’un an que L’Envolée raconte comment Darmanin fait sa campagne sur le dos des prisonnier·es, avec l’interdiction des activités ludiques et la chasse aux téléphones portables… Ces nouveaux quartiers, c’est sa vitrine, le symbole du message de fermeté qu’il veut incarner. Et c’est pas fini : il accélère encore la cadence avec l’annonce de l’ouverture de nouveaux QLCO à Aix-Luynes, Valence et Réau dès 2026.
LES JUGES D’INSTRUCTION SE FROTTENT LES MAINS…
Derrière le nom mensonger de loi contre le « narcotrafic » se cache un outil pour enfermer la « criminalité organisée », ce qui revient en fait à la quasi-totalité des délits et des crimes pour peu qu’ils soient commis à plusieurs. On a vite fait de se retrouver avec une association de malfaiteurs sur le dos, ou une circonstance aggravante de bande organisée… Les prisonniers du QLCO sont sous le coup de diverses accusations et condamnations, du trafic de stup au banditisme en passant par le vol de voiture. Ça causait des « cent plus gros narcos », mais au bout du compte , il suffit d’être soupçonné d’entretenir des liens avec tel ou tel réseau – ou même juste avec l’extérieur – pour être envoyé à Condé ou à Vendin.
80 % des prisonniers en QLCO sont en détention provisoire. La fonction de ces quartiers est avant tout de faire avancer les instructions en poussant les prévenus à cracher le morceau. Ce dispositif est inspiré du statut de repenti tel qu’il est pratiqué dans les prisons italiennes sous le régime 41bis : pour en sortir, il faut balancer et mettre quelqu’un à ta place ! Jusqu’ici peu utilisé en France, le statut de collaborateur de justice a d’ailleurs été élargi par la loi « narcotrafic ». Les QLCO deviennent ainsi un maillon central de l’appareil judiciaire : il s’agit de faire subir des conditions horribles aux prisonniers pour leur arracher des aveux.
… ET LES MATONS FONT CE QU’ILS VEULENT
Le QLCO est aussi un cadeau fait aux matons, qui ont désormais les coudées franches. Tout le savoir accumulé au fil des années en termes de torture blanche peut y être mis en pratique et amélioré. D’après les informations qui nous sont parvenues, la déshumanisation qui était déjà à l’œuvre à Condé – centrale ultra-sécuritaire ouverte en 2013 pour mater les prisonniers récalcitrants – y est poussée à l’extrême.
Au QLCO de Condé, les prisonniers ne sont que trente-sept, et de toute façon, ils ne peuvent pas croiser plus de quatre autres personnes en promenade. Les cantines sont extrêmement réduites. L’administration a inventé des règles inédites : pas plus de six paires de chaussettes, de six caleçons… Les prisonniers ont froid car le chauffage n’est que rarement allumé. Pour avoir un nouveau gel douche, il faut rendre le précédent – et donc attendre une semaine l’arrivée de la prochaine cantine.
Tout est fait pour désorienter complètement les prisonniers. Le jour, il n’y a pas de lumière à cause des caillebotis aux fenêtres ; et la nuit, jamais d’obscurité complète, mais une lumière basse constante, et une lumière forte qui réveille les prisonniers toutes les deux heures. Il n’y a pas d’horaire fixe : il faut toujours être à l’affût, à attendre que les matons viennent dire de se préparer. S’ils « oublient » de te prévenir, pas de promenade : « t’étais pas prêt ! » – de toute façon, la promenade est souvent supprimée pour des motifs bidon…
Les agents sont tous cagoulés. Les prisonniers ne voient pas d’autres visages que ceux des quatre autres qu’ils croisent en promenade. Lors de chaque mouvement en détention, les prisonniers sont escortés par trois à huit agents. À chaque arrêt, ils doivent se mettre la tête contre le mur. Dans les cellules, à deux mètres de la porte, une ligne rouge tracée au sol indique l’endroit où ils doivent se tenir les bras en l’air ; en cas de refus, pas d’ouverture de la cellule. Sous prétexte de protéger les matons des agressions, les portes sont équipées d’arrêtoirs, et ils les bloquent systématiquement à 45 degrés ; elles sont équipées d’un système de fermeture brutale… Bref les prisonniers sont traités comme des animaux enragés. Les fouilles à nu sont quotidiennes. Pas le droit de parler, ni même de répondre aux matons. Face au mur, le prisonnier doit leur tendre lentement chaque vêtement, soulever ses testicules, et se faire passer une lampe entre les fesses. À chaque fois, il doit repositionner ses mains contre le mur. Cette fouille particulièrement ritualisée est réglée pour faire péter les plombs. Un prisonnier a raconté avoir été tabassé pour avoir fait une remarque aux surveillants lorsqu’ils lui ont demandé pour la cinquième fois de montrer ses oreilles : cinq matons se sont mis sur lui et il a pris des coups, y compris dans les parties.
D’autres prisonniers ont déjà été passés à tabac. Chaque fois qu’ils n’obéissent pas, ou pas assez vite, les matons appliquent toujours la même technique : doigts dans la bouche et dans les yeux, placage au sol, écrasement des parties génitales, torsion des bras et des jambes provoquant l’asphyxie. Le matin, les prisonniers au mitard sont réveillés par des matons qui crient : « Ici, c’est chez nous ! Ici, c’est le IIIe Reich ! Les nazis, c’est nous ! » Tout est fait pour briser les liens avec les proches. Les prisonniers n’ont pas accès aux unités de vie familiale. Ils ne peuvent utiliser la cabine que deux fois deux heures par semaine, souvent au moment où les gens travaillent et où les enfants sont à l’école. En plus de l’hygiaphone qui interdit tout contact, les proches subissent un traitement déshumanisant : des matons cagoulés palpent les enfants, et ils font sauter les parloirs pour des motifs bidon – même pas besoin que le portique sonne, il suffit qu’ils décident que le scanner millimétrique a détecté quelque chose, ou qu’ils décrètent arbitrairement qu’il fallait arriver encore plus en avance.
LES SYNDICATS EN EMBUSCADE
Comme à leur habitude, les syndicats de matons défendent la ligne la plus dure. Le QLCO est l’aboutissement de pas mal de leurs revendications. Toutes visent à l’effacement des acquis des luttes des prisonniers, comme l’obtention dans les années 1980 de la fin des parloirs hygiaphones qui – après leur grand retour pendant le covid – sont désormais normalisés dans les QLCO. Les syndicats résistent au moindre assouplissement de ces conditions déshumanisantes, forçant par exemple la direction de Condé à faire marche arrière lorsqu’une note a préconisé d’ouvrir les portes des cellules à 90 degrés. En plus, tous les personnels de Condé et de Vendin reçoivent une prime mensuelle au titre de la « dangerosité » des prisonniers. Interrogée sur les mauvais traitements infligés aux prisonniers, l’administration répond tranquillement qu’ils ont appris ces gestes professionnels dans une formation spéciale QLCO – ou quand la violence devient une pratique professionnelle labellisée et la torture blanche une norme sécuritaire…
Lorgnant sur Condé, les syndicats des futurs QLCO d’Aix-Luynes, de Valence et de Réau font leur petit shopping, histoire d’obtenir des promesses. Ils rivalisent de demandes extravagantes : hygiaphones ultra renforcés, boucliers stroboscopiques – pour éblouir et désorienter –, et, vas-y, un dojo pour la formation continue des matons… Sans compter, évidemment, la généralisation de la « prime QLCO » à tous les personnels. Ils s’inquiètent même qu’à Condé le courrier soit géré à l’aide d’un chariot mobile, « objet roulant pouvant être utilisé contre les agents ». On imagine bien comment cette compétition décomplexée peut pousser à la dégradation de conditions de détention déjà atroces, au QLCO et ailleurs. À la moindre petite innovation chez le voisin, les syndicats font pression sur leur direction pour obtenir la même chose chez eux. Avec une petite touche expérimentale côté matons : à Condé, ils testent la ligne rouge en cellule, qui n’existe pas à Vendin. Les conditions du QLCO commencent à se répandre dans d’autres quartiers de la détention – au quartier d’isolement de Condé en détention « normale », juste à côté, les matons enfilent déjà des cagoules à l’instar de leurs collègues.
LA PÉNITENTIAIRE SE COUVRE
L’AP ne cesse d’être hantée par le spectre des luttes collectives contre l’isolement. Entre 1975 et 1982, elles avaient conduit à la fermeture des quartiers de haute sécurité – certes vite remplacés par les quartiers d’isolement. On se souvient de la mutinerie de 1987 à la centrale de Saint-Maur – le plus grand quartier d’isolement de France ! – au cours de laquelle quatre cents prisonniers ont pris directeur, matons et enseignants en otages. Les luttes de 2001 à 2005 méritent aussi d’être rappelées (voir encart)… À mesure que l’individualisation des régimes de détention progresse, les recours juridiques des prisonniers se multiplient. Ils ont fini par obtenir quelques victoires ponctuelles sur des placements illégaux ou des maintiens à l’isolement hors délai, ou encore sur l’usage de l’isolement en préventive. La création des QLCO remet les compteurs à zéro, puisque légalement, ces lieux ne sont pas des quartiers d’isolement. La preuve : chaque prisonnier en croise quatre autres une heure par jour ! Cette pirouette permet à l’AP d’arguer que les conditions de détention en QLCO sont bien meilleures qu’à l’isolement. La magistrature suit : tous les référés ont été rejetés, et les recours seront examinés dans des mois, voire des années. De toute façon, le flou des critères d’affectation – quasiment pas explicités dans la loi – a été entériné par le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État : le ministère et l’administration ont donc les mains libres. Les QLCO s’inscrivent dans la logique plus ancienne de la multiplication des régimes d’isolement qui ne disent pas leur nom : les quartiers maison centrale, l’étage zéro ou encore « la gestion isolée »…
Les luttes dans les QI (2001-2005)
Moben, mange ta peine, éditions du Bout de la ville, 2025
« Entre 2001 et 2005, il y a eu de grandes luttes collectives au sein des QI. À chaque fois, ça se passait à peu près comme ça : on commençait toujours par aller voir le surveillant pour lui exposer le problème qu’on avait ; là il y avait plusieurs cas de figure. Le plus souvent ça se passait sans violence, le surveillant faisait remonter l’information et on pouvait discuter et négocier avec la direction et le problème était résolu. Mais quand on avait affaire à une sourde oreille, on s’organisait pour tout bloquer. Ça voulait dire que le soir on bouchait l’œilleton qui sert aux surveillants à regarder à l’intérieur de la cellule, ce qui les oblige à appeler le gradé et à s’équiper (c’est-à-dire mettre du matériel anti-émeute) pour ouvrir la porte. On « bloquait » aussi les promenades : ça veut dire qu’ils nous descendaient quatre par quatre, chacun dans une petite promenade et au moment de remonter on refusait, ils mettaient des fois trois heures à nous rentrer en cellule ou ils appelaient les Éris. Et là, y avait bagarre ! Bref, le QI était mis hors service. Il ne pouvait plus fonctionner normalement : les surveillants étaient obligés de faire des comptes rendus d’incident (CRI) tous les jours, ça remontait aux directions interrégionales, et le directeur de la taule se faisait taper sur les doigts. Et nous, on était envoyés au mitard après s’être fait tabasser. On n’avait pas grand chose à perdre alors on a fait ça pendant des années et on a fini par obtenir pas mal de choses ; notamment des plaques chauffantes et des frigos. Nous avons aussi obtenu des salles de sport, c’est-à-dire une cellule avec dedans une barre fixe, un vélo ou un tapis de course, parfois les deux. On a obtenu le droit de prendre des douches après le sport, et non plus seulement deux à trois fois par semaine. On a obtenu la télé pour ceux qui n’ont pas d’argent. On a aussi obtenu de vraies bibliothèques …
En août 2025, un mois après l’ouverture du QLCO de Vendin, les prisonniers ont entamé des mouvements collectifs. Ils se sont organisés pour inonder les coursives, taper dans les portes et tenter d’obtenir des extractions médicales. En septembre, plusieurs dizaines d’entre eux ont fait une grève de la faim. À Condé aussi, les prisonniers ont commencé des mouvements. En janvier, ils ont tapé et inondé les coursives, et la direction a décidé de couper l’eau aussi sec. Certains rendent d’eux-mêmes tout ce que l’AP pourrait leur enlever – télé, frigo… –, ou même arrêtent de cantiner pour réduire le pouvoir de l’administration en lui retirant tout moyen de pression. En septembre à Vendin, en janvier à Condé, les prisonniers ont fait sortir des communiqués dénonçant l’arbitraire de ce régime de détention et son impact sur leurs proches.
SUPER CARTEL DE VENDIN-LE-VIEIL
Grève de la faim à partir du 1er septembre 2025
Nous, détenus, annonçons aujourd’hui une grève de la faim à compter du 1er septembre 2025. Notre mouvement n’est pas dirigé contre nos conditions de détention mais contre les conditions inhumaines imposées à nos familles.
Nos familles paient le prix fort.
* Elles parcourent des centaines de kilomètres pour venir nous voir, parfois au détriment de leur santé, de leur travail, de leur équilibre.
* Au parloir, elles se retrouvent derrière un hygiaphone, dispositif justifié officiellement pour éviter l’introduction
d’objets illicites. Pourtant, chacun sait qu’un portique à ondes millimétriques détecte déjà tout objet interdit. Même les surveillants témoignent que ce système sert avant tout à « casser psychologiquement » détenus et familles.
Une mise en scène indigne
* Les familles, y compris des enfants, sont accueillies par des agents cagoulés censés les impressionner. Pourtant, en détention même, les agents ne portent pas de cagoule.
* Les appels téléphoniques sont limités à deux fois par semaine, sur des créneaux restreints (8h-12h, 14h-16h). Or, à ces heures, les proches travaillent et les enfants sont à l’école.
* Rappelons que nos proches n’ont commis aucune faute : ils ont un casier vierge, ils paient leurs impôts et n’ont évidemment aucun numéro d’écrou.
La vérité contre les mensonges
Nous ne sommes pas violents avec les agents, seuls quelques individus isolés et déséquilibrés le sont. La vérité, c’est que les agents sont en sous-effectifs, et non 250 comme l’affirme le ministre de la Justice, Monsieur Gérald DARMANIN. DARMANIN ment. Le délégué syndical David LACROIX ment.
Notre position
Votre rêve est de nous pousser à la violence. Nous ne tomberons pas dans ce piège. Notre résistance sera pacifique mais déterminée. Le 1er septembre 2025, nous entamerons une grève de la faim pour défendre la dignité de nos familles.
À GÉRALD DARMANIN (ALIAS MOUSSA DE SON VRAI PRÉNOM)
Je fais ce courrier de la part de tous les détenus du QLCO de Condé-sur-Sarthe.
À partir de cet instant, c’est-à-dire le 5 janvier au soir, nous entamons des mouvements de protestation contre le QLCO qui instaure ses propres règles à l’instar du QLCO de Vendin-le-Vieil qui parait beaucoup plus souple : deux heures de promenade, lecteur DVD en cellule, pas de marquage au sol à suivre (une ligne par terre). Ici à Condé, les requêtes ne sont pas prises en compte, les détenus sont 23 heures sur 24 en cellule et pour la plupart (pour ne pas dire tous) n’ont rien à faire dans un QLCO.
Le QLCO n’a aucune vocation si ce n’est une vengeance personnelle sur les détenus, nous regrettons l’opacité des procédures pour affecter les détenus : si l’ensemble des dossiers était traité avec discernement, aucune des personnes détenues à l’instant n’aurait suffisamment de motivations pour y être affectées.
Les QLCO ont été créés juste pour assouvir les ambitions politiques du ministre de la justice, à part ça, ça sert à rien : les agents sont des cagoulés alors que j’étais incarcéré dans cette prison il y a 40 mois en arrière, je les connais tous, c’est une mascarade.
Pour finir, l’ensemble des détenus du QLCO de Condé-sur-Sarthe est déterminé à protester, on attend des changements ainsi que de pouvoir s’entretenir avec le chef d’établissement pour améliorer nos conditions de détention.
Signé : L’association de bien-fêteurs de Condé-sur-Sarthe.
A l’occasion des journées nationales contre les violences pénitentiaires qui auront lieu du 29 au 31 mai (+ d’infos à venir) nous republions cet article paru dans le journal l’Envolée n°64, qui résume la contre-enquête réalisée par les proches d’Idir.
Idir est mort à la maison d’arrêt de Lyon-Corbas le 9 septembre 2020. Ses proches n’ont jamais cru à la version de l’administration pénitentiaire (AP) qui leur a dit que c’était un suicide : il devait sortir deux semaines plus tard, et il avait expliqué qu’au quartier disciplinaire (QD), il était maltraité par certains agents. Najet, sa mère, a immédiatement porté plainte pour meurtre et créé l’association Idir espoir et solidarité, qui mène un combat pour la vérité, contre les violences pénitentiaires et pour la fermeture des mitards. Après avoir bien laissé traîner l’enquête, la juge d’instruction a fini par rendre un non-lieu en juin 2025, abandonnant toute poursuite au prétexte du manque d’éléments. Les proches ne se sont pas laissé abattre : ils ont fait appel, mais surtout, en septembre 2025, lors d’un week-end de commémoration (lien), ils ont publié une contre-enquête démontrant le manque de sérieux de l’enquête qui n’a visé qu’à valider la version officielle.
Contre-enquête sur la fabrique du non-lieu
Dans un mémoire présenté en conférence de presse, les proches d’Idir et leur avocat, Olivier Foray, ont rendu publics les éléments qui permettent d’affirmer que ce non-lieu est typique des façons dont la justice étouffe la vérité dans les affaires de violences d’État. On voit que les trois juges qui se sont succédé à l’instruction ont tous et toutes ignoré l’obligation d’enquêter en cas de mort suspecte en détention, et soigneusement mis de côté tout ce qui aurait pu incriminer l’administration ou ses agents. Avant de prononcer le non-lieu, la troisième juge d’instruction a refusé de nombreuses demandes de l’avocat des parties civiles : à quoi bon enquêter puisqu’on a déjà décidé de l’issue ? Le travail de décryptage de l’association permet de dénoncer la machine à blanchir les uniformes en cas de violences policières et pénitentiaires. Cette machine s’est mise en marche dès la mort d’Idir : les gendarmes appelés pour les premières constatations travaillent avec les surveillants de Corbas au quotidien, ils risquaient pas de les dénoncer…
Témoins inutiles ou ignorés, voire bâillonnés
Le 6 octobre 2020, un prisonnier a publié sur les réseaux une vidéo dénonçant les violences subies au mitard par Idir et un compagnon de galère ; ce dernier les lui avait racontées lors d’une brève sortie du QD. La juge n’a pas daigné entendre ces témoins clés ni même essayé de les identifier. Elle a auditionné une surveillante absente le jour des faits, mais ceux qui étaient là le 9 septembre n’ont pas tous été identifiés ni entendus. Ainsi, le surveillant du matin n’a pas été auditionné alors qu’« on le voit paniqué sur la vidéo, multipliant les allers-retours ».
Ça traficote la vidéosurveillance OKLM
Les proches d’Idir ont constaté de nombreuses incohérences entre les déclarations des surveillants, les relevés d’interphonie et les images de vidéosurveillance – d’ailleurs saisies seulement dix jours après les faits. La vidéo censée montrer le mitard et l’intervention des surveillants le 9 septembre 2020 comporte des anomalies flagrantes ; la juge l’a pourtant retenue comme authentique. Aucun des nombreux points soulevés par la partie civile n’a été pris en compte par l’instruction. Un surveillant a soutenu qu’il était passé à 15 h 20 et qu’il avait vu Idir debout derrière la grille de sa cellule, mais ce n’est pas sur les images. Une porte opportunément ouverte juste devant la caméra masque largement les allées et venues, mais on voit tout de même passer cinq ou six surveillants, ce qui est inhabituel. Un chariot qui surgit comme par magie, une porte qui bouge toute seule… tout ça suggère qu’il y a eu montage. Le mémoire souligne qu’« une cheffe de quartier est visible en train de rire devant le corps d’Idir avec un autre surveillant, ce qui pose des questions graves d’éthique, de respect du défunt, et confirme un climat d’impunité ».
Une autopsie qui pose question
À la morgue, Najet a vu de ses propres yeux des hématomes sur le corps de son fils, et elle les a photographiés. Le rapport du médecin légiste n’en fait pourtant aucune mention alors qu’un médecin indépendant a confirmé que les traces visibles sur les photos suggèrent des coups. Il a aussi relevé des incohérences majeures dans le rapport d’autopsie : les traces de strangulation ne sont pas caractéristiques d’un suicide par pendaison, et la description du corps suggère qu’il était allongé depuis longtemps quand il a été découvert. Le décès a été constaté vers 17 h 20 lors d’une ronde. Comme le geste élémentaire de prendre la température du corps n’a pas été effectué lors de la constatation médico-légale, l’heure du décès est estimée entre 5 heures du matin et 17 heures ! Cette imprécision interdit tout recoupement avec les autres éléments et empêche d’établir qui était présent lors de la mort d’Idir.
C’est pas fini
La contre-enquête apporte plus de questions que de réponses, mais elle démontre au moins que c’est une instruction outrageusement bâclée qui a conduit en juin 2025 à l’ordonnance de non-lieu contre laquelle les proches d’Idir ont fait appel. Ils savent que comme de nombreux collectifs mobilisés suite à des violences d’État, ils devront attendre des années un appel – à huis clos, pour que la maltraitance judiciaire reste invisible au public – qui confirmera le non-lieu, avant de saisir la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) qui finira peut-être par condamner la France. Comme l’a déclaré leur avocat : « si l’enquête sur la mort d’Idir risque de ne jamais aboutir, les mobilisations collectives permettent que le combat de Najet ne soit pas vain ».
Communiqué de proches de prisonniers à la prison de Moulins
Depuis des mois, au sein du quartier maison centrale (QMC) de Moulins-Yzeure, les conditions d’hygiène relatives à la nourriture sont tout simplement inhumaines et dégradantes.
Les gamelles, sorties de frigos régulièrement en panne, sont servies pourries, « avec une odeur du fumier » comme en témoigne l’un des prisonniers du QMC. L’odeur des plats est plus pestilentielle encore que l’usine de croquettes pour chiens attenante à la prison.
Les légumes en boîte qui y sont servis sont périmés depuis 2 ans, mais continuent à être servis. Même chose pour les desserts, systématiquement périmés depuis plusieurs jours.
Bien entendu, il ne vient pas à l’esprit du personnel de l’administration pénitentiaire d’avoir la décence de resservir une autre gamelle – saine ! – dès qu’un prisonnier se retrouve confronté à l’une de ces gamelles au fumier. De nombreux prisonniers se retrouvent donc à ne plus être en mesure de se nourrir.
Le risque est d’autant plus grand que dès que l’on tombe malade à cause de la gamelle, il n’y a aucun docteur disponible pour apporter le moindre soin. Et bizarrement, lorsque des prisonniers, pour alerter sur leur situation, écrivent à leur avocat·e – en principe sous pli confidentiel – les courriers « disparaissent » dans la nature… Même chose pour les appels aux avocat·es, qui semblent étrangement fuiter.
La cheffe de la cuisine est clairement responsable de tels dysfonctionnements. Le fait qu’elle bombarde ses gamelles à l’arôme de purin d’épices cheloues ne change rien à la teneur du plat. Et comme plusieurs prisonniers l’ont constaté eux-mêmes : « En plus, Madame se permet de toucher la bouffe sans gants. Elle se gratte les fesses puis trempe ses doigts dans les plats. »
Livrer de tels repas aux prisonniers est absolument indigne, en plus d’être particulièrement dangereux. Instaurer un climat de pression à l’encontre des prisonniers souhaitant alerter avocat·es et juridictions compétentes est intolérable.
Il devient urgent que cela cesse immédiatement. Nous appelons toute personne choquée par la situation actuelle à appeler la prison :
Tél. : 04.70.35.15.00.
Adresse postale : Direction du Centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure, 21 rue de Millepertuis, BP 24, 03401 Yzeure Cedex
»Ras le Bol » organise une cantine en soutien à Moben et contre l’isolement carcéral, à la Relâche de la Chapelle le lundi 13 avril 2026, avec les Éditions du bout de la ville et L’Envolée.
Moben est un prisonnier et l’auteur d’un livre de recettes, « Mange ta peine ». Peu après sa publication, il a été transféré au nouveau »quartier de lutte contre la criminalité organisée » de la prison de Condé-sur-Sarthe.
On reviendra sur la fabrication de ce livre et l’importance de la cuisine en détention et à l’isolement, et sur la répression que subit son auteur. On en profitera ensuite pour parler plus largement de ces nouveaux quartiers ultra sécuritaires que sont les QLCO (« Quartiers de Lutte contre la Criminalité Organisée »), les luttes des personnes qui y sont enfermées et celles de leurs proches.
Le repas (prix libre !) sera préparé à partir de recettes (vegan) adaptées du livre de Moben.
« J’aimerais que ce livre contribue à combattre les idées préconçues sur la prison et à briser les stéréotypes souvent associés à ceux et celles qui s’y trouvent. » Moben
Cantine, bar, infokiosques, table d’écriture de lettres à des personnes enfermées…
Présence de l’AG anticarcérale, L’Envolée, Toulouse Anticra, Secours Rouge Toulouse, Comité de soutien à la Palestine (campagne Libérez Ali et Dismantle Damon), Les éditions du Bout de la Ville.
On peut écouter la lecture du communiqué à l’émission du 6 février 2026 :
Au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de Condé-sur-Sarthe, moins de trois mois après son ouverture en novembre 2025, les prisonniers ont commencé des mouvements de protestation. En janvier 2026, ils ont tapé dans les portes et inondé les coursives, et la direction a décidé de couper l’eau aussi sec. Certains rendent d’eux-mêmes tout ce que l’administration pénitentiaire (AP) pourrait leur enlever – télé, frigo… –, ou même arrêtent de cantiner pour réduire le pouvoir de l’administration en lui retirant tout moyen de pression. Comme en septembre au QLCO de Vendin, les prisonniers du Condé ont fait sortir un communiqué dénonçant l’arbitraire de ce régime de détention et son impact sur leurs proches.
A Gerald Darmanin (alias Moussa de son vrai prénom)
Je fais ce courrier de la part de tous les détenus du QLCO de Condé-sur-Sarthe. A partir de cet instant, c’est-à-dire le 5 janvier au soir, nous entamons des mouvements de protestation contre le QLCO qui instaure ses propres règles à l’instar du QLCO de Vendin-le-Veil qui parait beaucoup plus souple : 2 heures de promenade, lecteur DVD en cellule, pas de marquage au sol à suivre (une ligne par terre). Ici à Condé, les requêtes ne sont pas prises en compte, les détenus sont 23 h sur 24 en cellule et pour la plupart (pour ne pas dire tous) n’ont rien à faire dans un QLCO.
Le QLCO n’a aucune vocation si ce n’est une vengeance personnelle sur les détenus, nous regrettons l’opacité des procédures pour affecter les détenus : si l’ensemble des dossiers était traité avec discernement, aucune des personnes détenues à l’instant n’aurait suffisamment de motivations pour y être affectées.
Les QLCO ont été créés juste pour assouvir les ambitions politiques du ministre de la justice, à part cela, cela ne sert à rien : les agents sont des cagoulés alors que j’étais incarcéré dans cette prison il y a 40 mois en arrière, je les connais tous, c’est une mascarade.
Pour finir l’ensemble des détenus de Condé-sur-Sarthe QLCO est déterminé à protester, on attend des changements ainsi que de pouvoir s’entretenir avec le chef d’établissement pour améliorer nos conditions de détention.
Signé : L’association de bien-fêteur de Condé-sur-Sarthe
Actuellement prisonnier à la centrale de Moulins-Yzeure, Mickaël Gilgenmann est incarcéré depuis quatorze ans, dont il a passé la plus grande partie en centrale (prison sécuritaire). Cela fait quatre ans qu’il aurait pu bénéficier d’un aménagement de peine, et il est libérable dans six ans. À son arrivée à Moulins, Mickaël avait été sorti de l’isolement qu’il subissait depuis de longues années, mais depuis six mois, il a de nouveau été soumis à ce régime.
La direction lui a promis son transfert vers un centre de détention, un type de prison où il est – en principe – moins difficile d’obtenir une libération conditionnelle, contrairement aux maisons centrales, bien plus sécuritaires. L’administration disait que sa sortie de l’isolement serait envisageable après ce transfert, mais en dépit de ces promesses répétées, il a appris ce 22 janvier que le transfert n’aurait pas lieu, et qu’il n’avait même jamais été envisagé.
Mickaël a immédiatement commencé une grève de la faim et de la soif dès le jeudi 22 janvier à midi. Il ne reçoit pas le suivi médical nécessaire, et son état de santé se dégrade très rapidement. Vendredi, une infirmière a constaté son état ; en 24 heures, il avait déjà perdu deux kilos. Sa santé s’est encore détériorée samedi 24 janvier, et il commençait à avoir des douleurs dans les reins.
Mickael a décidé d’arrêter sa grève de la soif, mais de continuer sa grève de la faim jusqu’au bout malgré son état de santé déjà préoccupant pour maintenir un rapport de force avec l’administration pénitentiaire. Il est déterminé dans cette lutte qu’il considère comme un dernier recours.
Nous sommes préoccupés par l’état de santé de Mickaël. Précisons ici clairement qu’il n’est pas du tout suicidaire. Si la direction du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure n’agit pas au plus vite auprès de son administration pour accéder à ses demandes (transfert et levée de l’isolement) et s’il ne fait pas l’objet d’une prise en charge médicale adaptée, elle portera l’entière responsabilité des séquelles sur son état de santé.
Nous appelons a soutenir Mickaël Gilgenmann dans sa lutte pour obtenir la fin de son isolement et son transfert en centre de détention. Il est en grève de la faim depuis le jeudi 22 janvier et jusqu a ce que ses revendications soient entendues. On invite les personnes solidaires a envoyer au plus vite le courrier ci-dessous à la direction de l’administration pénitentiaire, la direction interrégionale pénitentiaire Lyon Centre Est et au centre pénitentiaire de Moulins Yzeure pour qu’ils sachent que Mickaël n’est pas seul dans son combat et exiger la fin de l acharnement de l administration pénitentiaire a son égard. Nous demandons également aux soutiens d appeler massivement le prison de Moulins dès lundi 26 janvier au 04 70 35 15 00 pour faire passer le même message à la direction et aux autres services de la détention.
Direction de l’administration pénitentiaire 13, place Vendôme 75042 Paris Cedex 1
Copie à : Direction interrégionale des services pénitentiaires Lyon Grand-Est 19 Rue Crépet, 69007 Lyon
Direction du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure Rue Millepertuis, 03400 Yzeure
Objet : GRÈVE DE LA FAIM A LA PRISON DE MOULINS-YZEURE
Madame, Monsieur,
J’ai été informé que M. Mickaël Gilgenmann a entamé une grève de la faim le jeudi 22 janvier 2026 à midi pour exiger son transfert en centre de détention et la fin de son isolement.
Pour rappel, Mickaël Gilgenmann est incarcéré depuis quatorze ans, dont il a passé la plus grande partie en centrale. Cela fait quatre ans qu’il aurait pu bénéficier d’un aménagement de peine, et il est libérable dans six ans. À son arrivée à Moulins, Mickaël avait été sorti de l’isolement qu’il subissait depuis de longues années, mais depuis six mois, il est de nouveau soumis à ce régime.
Je suis préoccupé par l’état de santé de Mickaël. Précisons ici clairement qu’il n’est pas du tout suicidaire. Si la direction du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure n’agit pas au plus vite auprès de son administration pour accéder à ses demandes et s’il ne fait pas l’objet d’une prise en charge médicale adaptée, elle portera l’entière responsabilité des séquelles sur son état de santé.
Je soutiens les demandes de Monsieur Gilgenmann : – j’exige la fin de son isolement qui a dépassé toutes les limites légales et humaines ; – son transfert immédiat en centre de détention pour pouvoir enfin entamer une procédure d’aménagement ;
En vous priant de bien vouloir prendre en compte sa demande, cordialement,
Nous relayons ci-dessous le communiqué de la maison qui a édité un livre de recettes de cuisine écrites par Moben, auteur et prisonnier. Pour le punir d’avoir, en préambule de son livre, exprimé des critiques sur ses conditions de détention et d’isolement, l’administration pénitentiaire l’a transféré illico au QLCO (quartier de lutte contre la criminalité organisée) de Condé-sur-Sarthe. On voit bien à quoi servent réellement ces nouvelles « narco-prisons de Darmanin », justifiées par un délire démago-sécuritaire et électoraliste : mater les prisonniers gênants, les soumettre à la torture blanche et punir leurs proches au passage, le tout dans un cadre totalement arbitraire. La moindre des solidarités est de faire circuler ce communiqué partout. Force à toi, Moben, et à tous les isolé.e.s !
Communiqué des Éditions du Bout de la ville
21 novembre 2025
« J’aimerais que ce livre contribue à combattre les idées préconçues sur la prison et à briser les stéréotypes souvent associés à ceux et celles qui s’y trouvent. » Moben
C’est avec consternation que nous avons appris ce mardi 18 novembre le transfert de Moben, auteur de notre maison d’édition, à la prison de haute sécurité de Alençon-Condé-sur-Sarthe au sein du nouveau QLCO (Quartier de lutte contre la criminalité organisée). Il subit ce transfert punitif pour avoir écrit, avec l’aide de Gaëlle Hoarau, le livre Mange ta peine, les recettes du prisonnier à l’isolement, postfacé par Jacky Durand, édité par nos soins et sorti en librairie en octobre 2025. Mange ta peine est avant tout un livre de cuisine. Les 77 recettes du livre, gourmandes et faciles à réaliser avec des moyens limités, sont précédées d’un entretien qui documente la rigueur de la vie à l’isolement carcéral. Pour Moben, l’art de cuisiner est devenu un moyen de survivre à l’âpreté de ce régime qui, lorsque qu’il s’étend dans la durée, est assimilé à une « torture blanche » par la Cour européenne des droits de l’homme.
Son inventivité culinaire, sa poésie, ses analyses autant que sa générosité nous ont convaincus de la nécessité de publier ce livre. Conçu au cœur d’un dispositif qui tend à déshumaniser, ce livre est une leçon de partage, d’humanité et de combativité.
En octobre 2025, Moben reçoit son livre au centre pénitentiaire (CP) de Moulins-Yzeure. Quelques jours plus tard, une brigade de surveillants lui confisque. Ce que l’administration pénitentiaire lui reproche est écrit noir sur blanc :
« Hormis les recettes, vous décrivez votre vie en détention, en particulier à l’isolement, et en réalisant une critique de la prison. On y retrouve également une copie de bon de cantine du QMC de Moulins de mars 2025 et des dessins représentant une cellule du QMC (…) Cela met en évidence votre volonté et votre capacité à communiquer pendant plusieurs semaines avec des personnes à l’extérieur en contournant les règles de contrôle de l’administration pénitentiaire. »
La sanction tombe : Moben est conduit au quartier d’isolement pour attendre son transfert en QLCO ! Nous contactons immédiatement la direction du CP pour rappeler que le livre n’a pas été écrit à l’insu de l’administration : Mange ta peine est en effet le fruit de conversations téléphoniques légales (écoutées et enregistrées par l’administration pénitentiaire) entre Moben et Gaëlle Hoarau qui les a retranscrites.
Le 18 novembre, une équipe de surveillants cagoulés (des « Eris ») transfère Moben en QLCO sous l’œil d’une caméra embarquée de BFM TV. Dans la séquence, nulle mention d’un livre de recettes de cuisine à l’origine du transfert ; les éléments de langage tournent autour de prétendus risques d’évasion. La méthode est grossière : la parution du livre de Moben est bien l’élément déclencheur du transfert vers le QLCO de Condé-sur-Sarthe, lequel relève dès lors d’une décision punitive. Rappelons ici que Moben avait quitté le quartier d’isolement pour rejoindre la détention dite normale il y a un an ; qu’il n’a pas utilisé de moyens de communications illégaux avec l’extérieur ; qu’il est déjà conditionnable à ce jour et libérable d’ici trois ans. Tant que cette décision sera maintenue, Moben verra ses proches derrière une vitre en plexiglas. Il n’aura plus que 4 heures de téléphone par semaine avec trois interlocuteurs autorisés. Pour un homme en fin de peine, cette désocialisation semble pour le moins contradictoire avec la mission de réinsertion supposément attribuée à la prison.
Nous appelons nos collègues éditeurs et éditrices, nos partenaires professionnels, journalistes ou libraires, ainsi que les personnes et organisations investies dans la question carcérale et dans la défense de la liberté d’expression à se mobiliser à nos côtés, à ne pas laisser cette situation sans réponse, en communiquant à leur tour et en manifestant leur solidarité avec Moben. Il faut que cette mesure punitive intolérable prenne fin le plus rapidement possible.
En effet, ces nouveaux QLCO constituent une nouvelle variante encore plus poussée de l’isolement, c’est à dire de la « torture blanche ». La publicité autour de leur mise en place ces derniers mois le répète : ces endroits doivent « couper du monde » et faire plier les prisonniers, c’est leur but affiché. Il semblerait que Moben ait été brutalement aspiré dans la campagne médiatique menée par le Garde des sceaux pour promouvoir ces nouveaux quartiers de haute sécurité (QHS) et sa « guerre au narcotrafic ». La sortie du livre de Moben intervient dans ce moment particulier de l’agenda politique, et son auteur en paye le prix lourd.
Pour toute demande d’informations complémentaires : Contact@leseditionsduboutdelaville.com
Halte à la vengeance infinie de l’administration pénitentiaire
Nous relayons ce texte écrit par des proches de Fabrice, aujourd’hui placé à l’isolement à la centrale de Condé-sur-Sarthe, dans des conditions particulièrement brutales. Ils et elles retracent son parcours carcéral, ses combats et la répression qu’il subit, et appellent à la solidarité : faire circuler ce texte et une cagnotte de soutien permettra de faire connaître sa situation et de briser son isolement.
Fabrice est un prisonnier guadeloupéen enfermé depuis 2010 et déporté en métropole en 2011. Depuis, il réclame son transfert en Guadeloupe auprès de ses proches qui ne peuvent pas venir lui rendre visite aussi loin – une double peine qu’il subit comme de nombreux autres prisonnier·e·s transféré·e·s des territoires colonisés. Fabrice a essayé de se faire entendre par tous les moyens. Ne recevant que mépris et répression en réponse, il est allé jusqu’à faire ce que l’administration pénitentiaire appelle des « prises d’otage » : il a retenu dans sa cellule des membres du personnel pénitentiaire dans l’espoir d’être enfin entendu. Matons, administration et institution judiciaire lui font payer ces actes de révolte par des représailles infinies. Il a été condamné à une vingtaine d’années supplémentaires à l’intérieur, alors qu’il était entré pour une peine de huit ans.
Pendant de longues années en quartier d’isolement – des lieux de destruction physique et psychique, il n’a été en contact qu’avec des surveillants casqués. Il a subi la violence d’escortes suréquipées, le menottage à chaque mouvement et les fouilles systématiques, les repas jetés par une trappe, l’impossibilité de voir un conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP) dans des conditions décentes…
Ce traitement a eu de graves conséquences sur la santé de Fabrice. En 2017, il a reçu deux grenades assourdissantes jetées par des surveillants dans sa douche. Ça l’a rendu sourd d’une oreille. Il a aussi souffert d’un grave ulcère à l’estomac provoqué par le stress. L’administration s’est cantonnée dans un refus de soins récurrent.
Jusqu’en mars 2025, à la prison de Vendin-le-Vieil, Fabrice a subi des injures et des provocations racistes pendant des mois. Il en a fait part à la direction de l’établissement, à la direction interrégionale des services pénitentiaires (Disp) Grand-Nord – Lille et à la direction de l’administration pénitentiaire (DAP). La DAP et la Disp ont répondu, mais sans rien faire pour mettre un terme à ces agissements.
Fabrice a tout de même obtenu un transfert à la maison centrale de Valence où il a été sorti d’isolement au mois de juin pour à peine quelques semaines, et ce pour la première fois depuis plus de treize ans!
« Nous lançons une campagne de solidarité avec Fabrice pour faire connaître son combat, pour briser un peu l’isolement et pour dire stop à la fonction coloniale et raciste de la prison. »
Mais comme il a porté plainte contre les surveillants qui l’ont rendu sourd, l’administration pénitentiaire a repris les hostilités aussitôt. Elle l’a transféré à maison centrale sécuritaire de Condé-sur-Sarthe – son troisième transfert en un an. Il y est enfermé dans des conditions particulièrement dures, toujours au quartier d’isolement où des surveillants cagoulés et lourdement équipés le menottent et l’entravent à chaque sortie de cellule. Condé-sur-Sarthe est une des « fameuses » narcoprisons où sont mis en place les nouveaux QLCO (Quartier de lutte contre la criminalité organisée) – une réhabilitation explicite des QHS (quartiers de haute sécurité) du XXe siècle.
Nous lançons une campagne de solidarité avec Fabrice pour faire connaître son combat, pour briser un peu l’isolement et pour dire stop à la fonction coloniale et raciste de la prison. Il est important de relayer cet appel, la sécurité de Fabrice en dépend ! Et puis il y a une cagnotte, car en prison tout coûte cher : les cantines, le frigo, et surtout le téléphone pour la Guadeloupe.
à Lyon les 18 et 20 septembre 2025. Le non-lieu prononcé le 25 juin ne restera pas sans réponse ! Soyons nombreux-ses pour contester cette décision et soutenir le combat !
Texte d’appel :
Mort au mitard de la prison Lyon-Corbas. Le combat d’une mère pour la vérité.
Décision de non-lieu rendue le 24 juin 2025.
Je m’appelle Najet, je suis la maman de Idir Mederres, mort à 22 ans à la prison de Lyon Corbas, au mitard.
Ce jour là, le 9 septembre 2020, on m’a annoncé que mon fils s’était pendu dans sa cellule. On m’a dit que c’était un suicide. Mais je le dis aujourd’hui haut et fort : c’est faux. Ils ont volé sa vie, ils ont maquillé ça en suicide. Et je veillerai que son nom reste éternel.
Un traitement inhumain dans une cellule sans eau ni lumière
Idir était isolé dans une cellule du quartier disciplinaire, privé d’eau, de lumière, de dignité. Ils lui ont coupé l’eau et l’électricité. Il était contraint de boire l’eau des toilettes. Je l’ai vu à la morgue, il portait des traces de coups, des hématomes. Idir aimait la vie. Il avait des projets, il attendait la sortie, il pensait à sa famille.
5 ans de combat, 3 juges, 0 verité
Pendant 5 ans, j’ai vu 3 juges se succéder. Le premier juge avait commencé à enquêter sérieusement. Il a été muté. La deuxième juge ne retrouvait même pas le dossier du début. Une fois retrouvé, elle a disparu pendant des mois. Un troisième juge a refusé tous les actes demandés par nos avocats (reconstitutions, expertises, auditions) Le 24 juin 2025, cette même juge, de retour, a prononcé un non lieu. Aucune verité, aucune justice.
Idir n’est pas un dossier. C’est mon fils, il avait 22 ans.
Il voulait vivre. Il méritait la dignité, pas l’abandon. Je refuse qu’il soit une victime de plus dans un système qui humilie, isole, détruit. Je demande la réouverture du dossier, une enquête indépendante, la verité pour Idir et la fin de l’impunité carcérale. Je suis sa voix. Je ne me tairai jamais. Je suis une maman, et je suis debout pour lui.
Idir n’est pas un suicide. C’est un abandon, une maltraitance, un drame évitable. Mobilisons nous, parlons en, exigeons la verité
à la Bourse du Travail (salle C, 205 place Guichard, Lyon 03)
20 septembre 15h : marche au départ de Bellecour – Arrivée jean Macé
…et après la Manif, à L’Atelier des Canulards & Luttine* :
18h : bar /cantine Sérigraphie (tu peux aussi ramener tes T-shirts) Atelier d’ écriture aux prisonnier-es Vente affiches & T-shirts Prises de paroles associations anti carcérales et familles
De 19h a 23h45 : Open Mic & concerts de LOURS & MAZAGANG
*à l’Atelier des Canulars / La luttine, 91 rue Montesquieu, Lyon 7ème.