Catégorie : Lettres

  • QLCO : À QUI PROFITE LE CRIME ? premiers échos de Condé et Vendin

    QLCO : À QUI PROFITE LE CRIME ? premiers échos de Condé et Vendin

    Début 2025, Darmanin a annoncé la création des quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) et les a inscrits dans la loi dite « narcotrafic ». Six mois après l’ouverture du QLCO de Vendin-le-Vieil et trois mois après celle de Condé-sur-Sarthe, des informations concrètes commencent à sortir sur la réalité de ces endroits et sur leur véritable fonction. Les QLCO servent les intérêts de toute la chaîne pénale : ceux du ministre évidemment, mais aussi ceux des juges et des enquêteurs, des matons et de leurs syndicats, et puis de l’administration pénitentiaire (AP). Pendant ce temps, les prisonniers et leurs proches font les frais de ce régime de détention épouvantable.

    Pour se faire entendre « dans le saloon de la démocratie », suffit de « tirer deux coups au plafond », explique le petit shérif. Plus qu’une mauvaise blague, c’est une stratégie politique : les annonces outrancières permettent d’obtenir moins, tout en donnant l’impression d’avoir négocié. Le cow-boy a d’abord exigé que les prisonniers soient placés au QLCO pour cinq ans ; et quand les parlementaires ont finalement voté un placement d’un an, il a pu ricaner : « On s’en fiche, puisque c’est renouvelable ! »

    La création des QLCO sert la communication du ministre dans sa course à la présidentielle. Ça fait maintenant plus d’un an que L’Envolée raconte comment Darmanin fait sa campagne sur le dos des prisonnier·es, avec l’interdiction des activités ludiques et la chasse aux téléphones portables… Ces nouveaux quartiers, c’est sa vitrine, le symbole du message de fermeté qu’il veut incarner. Et c’est pas fini : il accélère encore la cadence avec l’annonce de l’ouverture de nouveaux QLCO à Aix-Luynes, Valence et Réau dès 2026.

    LES JUGES D’INSTRUCTION SE FROTTENT LES MAINS…

    Derrière le nom mensonger de loi contre le « narcotrafic » se cache un outil pour enfermer la « criminalité organisée », ce qui revient en fait à la quasi-totalité des délits et des crimes pour peu qu’ils soient commis à plusieurs. On a vite fait de se retrouver avec une association de malfaiteurs sur le dos, ou une circonstance aggravante de bande organisée… Les prisonniers du QLCO sont sous le coup de diverses accusations et condamnations, du trafic de stup au banditisme en passant par le vol de voiture. Ça causait des « cent plus gros narcos », mais au bout du compte , il suffit d’être soupçonné d’entretenir des liens avec tel ou tel réseau – ou même juste avec l’extérieur – pour être envoyé à Condé ou à Vendin.

    80 % des prisonniers en QLCO sont en détention provisoire. La fonction de ces quartiers est avant tout de faire avancer les instructions en poussant les prévenus à cracher le morceau. Ce dispositif est inspiré du statut de repenti tel qu’il est pratiqué dans les prisons italiennes sous le régime 41bis : pour en sortir, il faut balancer et mettre quelqu’un à ta place ! Jusqu’ici peu utilisé en France, le statut de collaborateur de justice a d’ailleurs été élargi par la loi « narcotrafic ». Les QLCO deviennent ainsi un maillon central de l’appareil judiciaire : il s’agit de faire subir des conditions horribles aux prisonniers pour leur arracher des aveux.

    ET LES MATONS FONT CE QU’ILS VEULENT

    Le QLCO est aussi un cadeau fait aux matons, qui ont désormais les coudées franches. Tout le savoir accumulé au fil des années en termes de torture blanche peut y être mis en pratique et amélioré. D’après les informations qui nous sont parvenues, la déshumanisation qui était déjà à l’œuvre à Condé – centrale ultra-sécuritaire ouverte en 2013 pour mater les prisonniers récalcitrants – y est poussée à l’extrême.

    Au QLCO de Condé, les prisonniers ne sont que trente-sept, et de toute façon, ils ne peuvent pas croiser plus de quatre autres personnes en promenade. Les cantines sont extrêmement réduites. L’administration a inventé des règles inédites : pas plus de six paires de chaussettes, de six caleçons… Les prisonniers ont froid car le chauffage n’est que rarement allumé. Pour avoir un nouveau gel douche, il faut rendre le précédent – et donc attendre une semaine l’arrivée de la prochaine cantine.

    Tout est fait pour désorienter complètement les prisonniers. Le jour, il n’y a pas de lumière à cause des caillebotis aux fenêtres ; et la nuit, jamais d’obscurité complète, mais une lumière basse constante, et une lumière forte qui réveille les prisonniers toutes les deux heures. Il n’y a pas d’horaire fixe : il faut toujours être à l’affût, à attendre que les matons viennent dire de se préparer. S’ils « oublient » de te prévenir, pas de promenade : « t’étais pas prêt ! » – de toute façon, la promenade est souvent supprimée pour des motifs bidon…

    Les agents sont tous cagoulés. Les prisonniers ne voient pas d’autres visages que ceux des quatre autres qu’ils croisent en promenade. Lors de chaque mouvement en détention, les prisonniers sont escortés par trois à huit agents. À chaque arrêt, ils doivent se mettre la tête contre le mur. Dans les cellules, à deux mètres de la porte, une ligne rouge tracée au sol indique l’endroit où ils doivent se tenir les bras en l’air ; en cas de refus, pas d’ouverture de la cellule. Sous prétexte de protéger les matons des agressions, les portes sont équipées d’arrêtoirs, et ils les bloquent systématiquement à 45 degrés ; elles sont équipées d’un système de fermeture brutale… Bref les prisonniers sont traités comme des animaux enragés. Les fouilles à nu sont quotidiennes. Pas le droit de parler, ni même de répondre aux matons. Face au mur, le prisonnier doit leur tendre lentement chaque vêtement, soulever ses testicules, et se faire passer une lampe entre les fesses. À chaque fois, il doit repositionner ses mains contre le mur. Cette fouille particulièrement ritualisée est réglée pour faire péter les plombs. Un prisonnier a raconté avoir été tabassé pour avoir fait une remarque aux surveillants lorsqu’ils lui ont demandé pour la cinquième fois de montrer ses oreilles : cinq matons se sont mis sur lui et il a pris des coups, y compris dans les parties.

    D’autres prisonniers ont déjà été passés à tabac. Chaque fois qu’ils n’obéissent pas, ou pas assez vite, les matons appliquent toujours la même technique : doigts dans la bouche et dans les yeux, placage au sol, écrasement des parties génitales, torsion des bras et des jambes provoquant l’asphyxie. Le matin, les prisonniers au mitard sont réveillés par des matons qui crient : « Ici, c’est chez nous ! Ici, c’est le IIIe Reich ! Les nazis, c’est nous ! » Tout est fait pour briser les liens avec les proches. Les prisonniers n’ont pas accès aux unités de vie familiale. Ils ne peuvent utiliser la cabine que deux fois deux heures par semaine, souvent au moment où les gens travaillent et où les enfants sont à l’école. En plus de l’hygiaphone qui interdit tout contact, les proches subissent un traitement déshumanisant : des matons cagoulés palpent les enfants, et ils font sauter les parloirs pour des motifs bidon – même pas besoin que le portique sonne, il suffit qu’ils décident que le scanner millimétrique a détecté quelque chose, ou qu’ils décrètent arbitrairement qu’il fallait arriver encore plus en avance.

    LES SYNDICATS EN EMBUSCADE

    Comme à leur habitude, les syndicats de matons défendent la ligne la plus dure. Le QLCO est l’aboutissement de pas mal de leurs revendications. Toutes visent à l’effacement des acquis des luttes des prisonniers, comme l’obtention dans les années 1980 de la fin des parloirs hygiaphones qui – après leur grand retour pendant le covid – sont désormais normalisés dans les QLCO. Les syndicats résistent au moindre assouplissement de ces conditions déshumanisantes, forçant par exemple la direction de Condé à faire marche arrière lorsqu’une note a préconisé d’ouvrir les portes des cellules à 90 degrés. En plus, tous les personnels de Condé et de Vendin reçoivent une prime mensuelle au titre de la « dangerosité » des prisonniers. Interrogée sur les mauvais traitements infligés aux prisonniers, l’administration répond tranquillement qu’ils ont appris ces gestes professionnels dans une formation spéciale QLCO – ou quand la violence devient une pratique professionnelle labellisée et la torture blanche une norme sécuritaire…

    Lorgnant sur Condé, les syndicats des futurs QLCO d’Aix-Luynes, de Valence et de Réau font leur petit shopping, histoire d’obtenir des promesses. Ils rivalisent de demandes extravagantes : hygiaphones ultra renforcés, boucliers stroboscopiques – pour éblouir et désorienter –, et, vas-y, un dojo pour la formation continue des matons… Sans compter, évidemment, la généralisation de la « prime QLCO » à tous les personnels. Ils s’inquiètent même qu’à Condé le courrier soit géré à l’aide d’un chariot mobile, « objet roulant pouvant être utilisé contre les agents ». On imagine bien comment cette compétition décomplexée peut pousser à la dégradation de conditions de détention déjà atroces, au QLCO et ailleurs. À la moindre petite innovation chez le voisin, les syndicats font pression sur leur direction pour obtenir la même chose chez eux. Avec une petite touche expérimentale côté matons : à Condé, ils testent la ligne rouge en cellule, qui n’existe pas à Vendin. Les conditions du QLCO commencent à se répandre dans d’autres quartiers de la détention – au quartier d’isolement de Condé en détention « normale », juste à côté, les matons enfilent déjà des cagoules à l’instar de leurs collègues.

    LA PÉNITENTIAIRE SE COUVRE

    L’AP ne cesse d’être hantée par le spectre des luttes collectives contre l’isolement. Entre 1975 et 1982, elles avaient conduit à la fermeture des quartiers de haute sécurité – certes vite remplacés par les quartiers d’isolement. On se souvient de la mutinerie de 1987 à la centrale de Saint-Maur – le plus grand quartier d’isolement de France ! – au cours de laquelle quatre cents prisonniers ont pris directeur, matons et enseignants en otages. Les luttes de 2001 à 2005 méritent aussi d’être rappelées (voir encart)… À mesure que l’individualisation des régimes de détention progresse, les recours juridiques des prisonniers se multiplient. Ils ont fini par obtenir quelques victoires ponctuelles sur des placements illégaux ou des maintiens à l’isolement hors délai, ou encore sur l’usage de l’isolement en préventive. La création des QLCO remet les compteurs à zéro, puisque légalement, ces lieux ne sont pas des quartiers d’isolement. La preuve : chaque prisonnier en croise quatre autres une heure par jour ! Cette pirouette permet à l’AP d’arguer que les conditions de détention en QLCO sont bien meilleures qu’à l’isolement. La magistrature suit : tous les référés ont été rejetés, et les recours seront examinés dans des mois, voire des années. De toute façon, le flou des critères d’affectation – quasiment pas explicités dans la loi – a été entériné par le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État : le ministère et l’administration ont donc les mains libres. Les QLCO s’inscrivent dans la logique plus ancienne de la multiplication des régimes d’isolement qui ne disent pas leur nom : les quartiers maison centrale, l’étage zéro ou encore « la gestion isolée »…


    Les luttes dans les QI (2001-2005)

    Moben, mange ta peine, éditions du Bout de la ville, 2025

    « Entre 2001 et 2005, il y a eu de grandes luttes collectives au sein des QI. À chaque fois, ça se passait à peu près comme ça : on commençait toujours par aller voir le surveillant pour lui exposer le problème qu’on avait ; là il y avait plusieurs cas de figure. Le plus souvent ça se passait sans violence, le surveillant faisait remonter l’information et on pouvait discuter et négocier avec la direction et le problème était résolu. Mais quand on avait affaire à une sourde oreille, on s’organisait pour tout bloquer. Ça voulait dire que le soir on bouchait l’œilleton qui sert aux surveillants à regarder à l’intérieur de la cellule, ce qui les oblige à appeler le gradé et à s’équiper (c’est-à-dire mettre du matériel anti-émeute) pour ouvrir la porte. On « bloquait » aussi les promenades : ça veut dire qu’ils nous descendaient quatre par quatre, chacun dans une petite promenade et au moment de remonter on refusait, ils mettaient des fois trois heures à nous rentrer en cellule ou ils appelaient les Éris. Et là, y avait bagarre ! Bref, le QI était mis hors service. Il ne pouvait plus fonctionner normalement : les surveillants étaient obligés de faire des comptes rendus d’incident (CRI) tous les jours, ça remontait aux directions interrégionales, et le directeur de la taule se faisait taper sur les doigts. Et nous, on était envoyés au mitard après s’être fait tabasser. On n’avait pas grand chose à perdre alors on a fait ça pendant des années et on a fini par obtenir pas mal de choses ; notamment des plaques chauffantes et des frigos. Nous avons aussi obtenu des salles de sport, c’est-à-dire une cellule avec dedans une barre fixe, un vélo ou un tapis de course, parfois les deux. On a obtenu le droit de prendre des douches après le sport, et non plus seulement deux à trois fois par semaine. On a obtenu la télé pour ceux qui n’ont pas d’argent. On a aussi obtenu de vraies bibliothèques …


    En août 2025, un mois après l’ouverture du QLCO de Vendin, les prisonniers ont entamé des mouvements collectifs. Ils se sont organisés pour inonder les coursives, taper dans les portes et tenter d’obtenir des extractions médicales. En septembre, plusieurs dizaines d’entre eux ont fait une grève de la faim. À Condé aussi, les prisonniers ont commencé des mouvements. En janvier, ils ont tapé et inondé les coursives, et la direction a décidé de couper l’eau aussi sec. Certains rendent d’eux-mêmes tout ce que l’AP pourrait leur enlever – télé, frigo… –, ou même arrêtent de cantiner pour réduire le pouvoir de l’administration en lui retirant tout moyen de pression. En septembre à Vendin, en janvier à Condé, les prisonniers ont fait sortir des communiqués dénonçant l’arbitraire de ce régime de détention et son impact sur leurs proches.

    SUPER CARTEL DE VENDIN-LE-VIEIL

    Grève de la faim à partir du 1er septembre 2025

    Nous, détenus, annonçons aujourd’hui une grève de la faim à compter du 1er septembre 2025. Notre mouvement n’est pas dirigé contre nos conditions de détention mais contre les conditions inhumaines imposées à nos familles.

    Nos familles paient le prix fort.

    * Elles parcourent des centaines de kilomètres pour venir nous voir, parfois au détriment de leur santé, de leur travail, de leur équilibre.

    * Au parloir, elles se retrouvent derrière un hygiaphone, dispositif justifié officiellement pour éviter l’introduction

    d’objets illicites. Pourtant, chacun sait qu’un portique à ondes millimétriques détecte déjà tout objet interdit. Même les surveillants témoignent que ce système sert avant tout à « casser psychologiquement » détenus et familles.

    Une mise en scène indigne

    * Les familles, y compris des enfants, sont accueillies par des agents cagoulés censés les impressionner. Pourtant, en détention même, les agents ne portent pas de cagoule.

    * Les appels téléphoniques sont limités à deux fois par semaine, sur des créneaux restreints (8h-12h, 14h-16h). Or, à ces heures, les proches travaillent et les enfants sont à l’école.

    * Rappelons que nos proches n’ont commis aucune faute : ils ont un casier vierge, ils paient leurs impôts et n’ont évidemment aucun numéro d’écrou.

    La vérité contre les mensonges

    Nous ne sommes pas violents avec les agents, seuls quelques individus isolés et déséquilibrés le sont. La vérité, c’est que les agents sont en sous-effectifs, et non 250 comme l’affirme le ministre de la Justice, Monsieur Gérald DARMANIN. DARMANIN ment. Le délégué syndical David LACROIX ment.

    Notre position

    Votre rêve est de nous pousser à la violence. Nous ne tomberons pas dans ce piège. Notre résistance sera pacifique mais déterminée. Le 1er septembre 2025, nous entamerons une grève de la faim pour défendre la dignité de nos familles.


    À GÉRALD DARMANIN (ALIAS MOUSSA DE SON VRAI PRÉNOM)

    Je fais ce courrier de la part de tous les détenus du QLCO de Condé-sur-Sarthe.

    À partir de cet instant, c’est-à-dire le 5 janvier au soir, nous entamons des mouvements de protestation contre le QLCO qui instaure ses propres règles à l’instar du QLCO de Vendin-le-Vieil qui parait beaucoup plus souple : deux heures de promenade, lecteur DVD en cellule, pas de marquage au sol à suivre (une ligne par terre). Ici à Condé, les requêtes ne sont pas prises en compte, les détenus sont 23 heures sur 24 en cellule et pour la plupart (pour ne pas dire tous) n’ont rien à faire dans un QLCO.

    Le QLCO n’a aucune vocation si ce n’est une vengeance personnelle sur les détenus, nous regrettons l’opacité des procédures pour affecter les détenus : si l’ensemble des dossiers était traité avec discernement, aucune des personnes détenues à l’instant n’aurait suffisamment de motivations pour y être affectées.

    Les QLCO ont été créés juste pour assouvir les ambitions politiques du ministre de la justice, à part ça, ça sert à rien : les agents sont des cagoulés alors que j’étais incarcéré dans cette prison il y a 40 mois en arrière, je les connais tous, c’est une mascarade.

    Pour finir, l’ensemble des détenus du QLCO de Condé-sur-Sarthe est déterminé à protester, on attend des changements ainsi que de pouvoir s’entretenir avec le chef d’établissement pour améliorer nos conditions de détention.

    Signé : L’association de bien-fêteurs de Condé-sur-Sarthe.

  • LES PROCHES DES PRISONNIERS DU QLCO DE CONDÉ-SUR-SARTHE DÉNONCENT DES MALTRAITANCES VISANT À DÉTRUIRE TOUT CONTACT HUMAIN

    LES PROCHES DES PRISONNIERS DU QLCO DE CONDÉ-SUR-SARTHE DÉNONCENT DES MALTRAITANCES VISANT À DÉTRUIRE TOUT CONTACT HUMAIN

    Lettre collective écrite avec des proches de prisonniers du quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de Condé-sur-Sarthe pour dénoncer les conditions de parloirs qui leur sont imposées. Il faut noter l’importance de cette mobilisation face à ces nouveaux quartiers ultra sécuritaires qui visent à renforcer encore l’isolement et l’atomisation de la prison. Comme ils le disent bien, le but de l’administration pénitentiaire est de les humilier et de les traumatiser pour les décourager de rendre visite à leurs proches incarcérés, afin d’isoler encore plus les prisonniers et de les faire craquer. Cette lettre a été lue et discutée avec certains des proches dans cette émission. On invite les personnes à l’extérieur à la faire circuler au maximum.

    Nous sommes des filles, fils, mères, pères, frères et sœurs de personnes enfermées au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de la centrale de Condé-sur-Sarthe. Nous traversons régulièrement la France pour rendre visite à nos proches au parloir, où nous sommes séparés d’eux par une vitre hygiaphone.

    L’administration pénitentiaire se défend d’interdire tout contact (parloirs, cabine téléphonique) avec les proches, mais il est clair que les maltraitance décrites ici visent à rendre les visites aussi contraignantes et traumatisantes que possible pour nous décourager de venir voir les prisonniers et pour leur faire péter les plombs.

    Ils sont prévenus ou condamnés, mais pas nous. Pourtant, nous aussi, nous sommes punis, et nous faisons les frais de la politique sécuritaire de l’administration pénitentiaire et de son ministre Darmanin. Les parloirs hygiaphone qui rendent tout contact direct impossible portent déjà atteinte à nos besoins humains fondamentaux, mais en plus de cette torture légalisée par la création des QLCO, nous subissons toutes sortes de maltraitances arbitraires, tolérées – voire encouragées – par l’administration.

    Comme l’abri famille a été détruit pendant les travaux d’aménagement, nous devons attendre une heure dehors, qu’il pleuve ou qu’il vente. Sur le parking, les proches subissent des coups de pression des surveillants, qui vont parfois même jusqu’à appeler la police ; il y a des fouilles de voiture et les personnes qui se servent de leur téléphone sont menacées au prétexte qu’ils prendraient l’établissement en photo… Certains visiteurs se sont vu suspendre leur parloir pour ce genre de motifs.

    L’entrée au parloir nous est refusée pour toutes sortes de motifs absurdes, alors qu’on a fait des centaines de kilomètres. La durée des parloirs a été réduite mais on nous demande d’être présents une heure à l’avance, et pour cinq minutes de retard (c’est-à-dire cinquante-cinq minutes avant le parloir) on nous refuse l’entrée ; ou alors c’est un numéro de carte d’identité qui ne correspond pas à celui du permis de visite, même si la visiteuse montre d’autres documents prouvant son identité – et la personne a encore été refoulée au rendez-vous suivant alors que la Spip l’avait assurée que la rectification avait été faite.

    Au QLCO, les surveillants sont tous cagoulés. Devons-nous laisser traumatiser nos enfants qui veulent voir leur père ou leur oncle ? Comment supporter de n’être en contact qu’avec des individus au visage masqué ? C’est d’autant plus absurde que certains d’entre nous qui venaient déjà au parloir avant l’ouverture du QLCO reconnaissent les surveillants. Les enfants font beaucoup de cauchemars après les visites, d’autant que certains cagoulés effectuent des palpations sur de très jeunes enfants au prétexte que le portique à ondes millimétriques serait inefficace sur les « individus de moins de 100 cm ».

    En effet, en plus du contrôle drastique – avec passage au détecteur de métaux et aux rayons X – dont les visiteurs font déjà l’objet dans toutes les prisons, nous devons en plus inaugurer cet autre appareil détecteur d’objets illicites… alors que nous restons toujours séparés de nos proches par une vitre. Ce portail donne encore lieu à d’autres renvois arbitraires : un visiteur s’est vu refuser l’entrée à cause de son capteur pour le diabète, et ses parloirs ont été suspendus pour « tentative d’introduction de denrée alimentaire » à cause des bonbons qu’il doit toujours avoir sur lui en cas de crise d’hypoglycémie. Comme le portail à ondes millimétriques ne fait que désigner des « zones » corporelles où il croit détecter des anomalies, sans plus de précisions, au moins deux femmes en période menstruelle se sont vu refuser l’entrée au parloir à cause de leurs protections périodiques.

    En théorie, dans les autres établissements, les prisonniers peuvent appeler de la cabine téléphonique quand ils veulent. Au QLCO, les appels sont limités à quelques heures par semaine sur des créneaux restreints, qui changent régulièrement – mais toujours en pleine journée, quand les enfants sont à l’école et nous au travail ; rarement le week-end. C’est pourtant vital de pouvoir communiquer avec ceux qu’on aime, et ça prend un tour dramatique quand un petit est malade et qu’on ne peut pas donner de ses nouvelles à son père. Nous payons l’option « lettre suivie » de la Poste pour être sûrs que nos courriers parviennent à nos proches, et même comme ça, nos lettres mettent des semaines à arriver – quand elles ne sont pas retenues par la prison.

    Pour apporter des vêtements aussi, Le règlement est encore plus compliqué qu’ailleurs : il faut annoncer par téléphone à notre proche ce qu’on va lui apporter pour qu’il fasse une demande écrite à l’administration, et parfois c’est impossible à coordonner du fait de la restriction des communications. Les habits que les surveillants ne transmettent pas aux prisonniers finissent dans un mystérieux vestiaire au lieu d’être restitués à la famille.

    A cause des interdictions arbitraires, nous conduisons des heures sur des centaines de kilomètres, nous payons l’essence, les péages, le train, le taxi et les nuits d’hôtel pour voir nos proches…. sans jamais savoir si on nous laissera entrer ou non. Ça nous met la boule au ventre. Pour nous décourager d’aller voir nos proches, ils nous traitent comme des chien, et ces conditions risquent de s’étendre à toutes les prisons si nous laissons faire. Ils veulent nous briser, ils veulent nous isoler, mais l’union fait la force – et nous nous unissons pour dénoncer tout ça.

  • Être « Voyageur » et en plus au « chtar »…

    Être « Voyageur » et en plus au « chtar »…

    En tant que voyageur yénich, Kémi raconte la répression et le surenfermement subis par les voyageurs. Il a écrit cette lettre depuis la centrale de Moulins, et nous l’avons lue dans l’émission l’Envolée du vendredi 6 juin 2026, consacrée à cette question.

    Ecoutez l’audio de cette lettre ici ou lisez la ci-dessous :


    Mesdames, Messieurs,


    Et oui, je suis voyageur yénich et je vais essayer de vous raconter mon parcours et de vie, en espérant que ça vous aidera à comprendre ce que l’on subit en silence… J’ai 37 ans cet été, ça fait 15 ans que je suis incarcéré, donc je vais vous raconter ma vie du dehors mais aussi celle en tant que détenu longue peine, car la répression et le racisme contre nous les voyageur-euses est publique à l’extérieur des prisons mais aussi à l’intérieur des prisons !
    Oui, quand j’étais dehors je partais « tchor », « voler » pour nourrir mes enfants… Vous allez me dire que j’ai qu’à trouver un job, mais le problème… c’est que les gadjes n’embauchent pas « les voleurs de poules » !


    Petit, j’ai vécu une descente de CRS et du PSIG sur le terrain, qui m’a marqué à vie ! J’étais tout gamin, et un matin, on a vu 2 bus débarquer à fond, suivis de 4 Mégane… D’un coup, ils sont sortis avec les armes en main. Ils nous ont tous braqués, même nous, les gosses ont été allongés sur le ventre ! Et tout ça pour quoi ? Ils s’étaient trompés de « camps », comme ils disent…
    Tous les garçons vont se reconnaître dans le prochain souvenir que j’ai, qui m’a marqué et coûté 48 heures de garde à vue… Encore une fois, c’est une histoire de « tchor ». Ma daronne était partie « tchor » dans les magasins pour de la nourriture. Un jour, les deux vigiles lui demandent de les suivre, je me suis mis entre et j’ai demandé pourquoi. Ces fous m’ont poussé et ont agrippé la daronne et lui ont dit : « On va te fouiller à poil. » Eh bien, j’ai sauté sur eux, un gadgé a appelé les « clistes » (keufs), j’ai fini en gav, mais la daronne est rentrée avec la bouffe qu’elle avait tchor. … 🙂 …


    Je ne suis jamais allé à l’école, et je ne regrette pas car j’ai fait l’école de la vie…. À 14 ans j’ai pris mon indépendance car j’allais être papa… Au début j’ai cherché un job honnête mais j’étais pas narvalo, je savais qu’avec mon âge je n’aurais pas de contrat donc j’allais dikav chez les chefs de chantiers pour savoir s’ils ne cherchaient pas de la petite main-d’œuvre au black pas chère, mais à chaque fois que je disais que je vivais sur le terrain ils m’envoyaient chier et me prévenaient que s’il manque un truc sur le chantier ils envoient les clistes ! Donc je suis allé chercher les « lovés » (argent) là où ils se trouvaient… je suis allé me servir, je me suis fait prendre et à 14 ans je suis entré en prison avant la naissance de mon fils… À cette époque-là (2004) c’était pas comme maintenant, on en prenait plein la gueule par l’administration pénitentiaire mais ils le faisaient discrètement… La loi française dit qu’un mineur incarcéré ne peut être placé au quartier disciplinaire avant 16 ans, eh bien moi je l’ai connu à 14, 15, 16, 17, 18, etc. Un voyageur, s’il veut bosser en prison c’est compliqué : soit tu galères plusieurs mois voire années pour avoir un poste convenable, soit c’est le voyageur qu’on envoie ramasser leurs poubelles, ou carrément ils te donnent rien, ce qui arrive plus souvent !


    En 2011 quand je suis sorti, un soir je me suis fait contrôler par le PSIG (peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie). Quand ils m’ont vu, ils m’ont cash demandé « quelle famille », « sédentaire ou sur le camps » ? J’ai donné mon nom en pensant qu’on est connu dans le coin, ils vont faire tranquille et vite, et ben non :
    – Papiers de la bécane.
    – Je les ai pas.
    – Assurance ?
    – J’en ai pas.
    – Ça fait longtemps que t’es sorti ? Tu l’as volée ?
    – Non, elle est neuve, j’ai tous les papiers sur le terrain !
    Dans vos gueules !!! C’est un cadeau de mon vieux (paix à son âme), ils m’ont quand même plaqué contre l’auto et menotté… je leur ai dit de taper la plaque au fichier et ils verront que c’est bien la mienne !!!! J’ai fini à la gendarmerie et mon vieux a dû venir à 2h, 3h du matin pour amener les papiers.


    Ensuite en 2012, je suis condamné à 4 ans ferme pour cambriolage puis ma peine est prolongée car j’ai pris ce qu’on appelle des « peines internes », en gros ma peine est passée de 4 ans à plus de 20 ans pour des violences sur surveillant et deux prises d’otages pour essayer de me faire entendre et faire respecter mes droits ! En 2016 mon vieux est parti et la juge a refusé que je participe à la cérémonie car d’après elle « trop risqué » en « vue du nombre de famille de la communauté des gens du voyage » prévue, mais pour éviter toute frustration du détenu elle m’autorise « la mise en bière » assistée du noyau dur de la famille, mais l’escorte du PSIG en a décidé autrement ! Ils ont refusé que mes proches soient avec moi pour dire adieu à mon vieux. Quand j’ai vu ça j’ai cash compris, j’ai voulu approcher mon vieux pour l’embrasser mais les clistes m’ont chopé, jeté dans la voiture et ramené au chtar, ça a duré 5 minutes ! J’ai fini par faire une prise d’otage !


    Ici quand je vais à la douche certains ont osé me dire « on vérifie si tu voles les tuyaux en cuivre », c’est malheureux… Mais maintenant plein de voyageurs finissent en prison ou sous terre pour tchi (rien) ! Faut que l’on se réveille, faut arrêter de subir en silence ! Crions ensemble, stop au racisme contre les voyageurs(euses) et le racisme pur et simple ! Faisons-nous entendre et montrons-leur que nous ne sommes pas des statistiques et des faits divers, montrons-leur que nous sommes des êtres humains comme n’importe lesquels ! Petit message pour les gadgés : arrêtez de regarder Incroyable Vie ou Mariage des gitans, c’est du « fake », et oui, Love Story c’était plus sérieux !


    Ce que je veux dire par là c’est : ne vous arrêtez pas aux préjugés ou clichés. Nous sommes mis à l’écart de la société, à côté d’une déchetterie ou d’un cimetière, et ça ne choque personne ? Le pays du soi-disant droit de l’homme qui tente d’exterminer une minorité et tout le monde ferme les yeux ! À la place de vous tirer dans les pattes, unissons-nous toutes et tous : gitans, roms, Roms, yéniches, tsiganes, manouches, Algériens, Marocains, Tunisiens, Chinois, Gaulois, toutes celles et ceux qui subissent le racisme de l’État, faisons force unie (pacifiquement) et faisons-nous entendre ! Paix aux âmes de ceux qui nous ont quittés sous les balles ou les coups des clistes… Force et honneur à ceux et celles enfermés, on est increvables ! Le niglo la braise nous attend ! Merci d’avoir pris le temps de lire ou d’écouter cette petite lettre d’un yénich au chtar ! Dédicace à l’équipe et aussi à mon pral Ritchy ! Big up à vous, tchoums !
    ps : je conseille de lire le livre « Voleurs de poules » écrit par Ritchy Thibault, un voyageur qui se bat pour nous, je suis fier de le connaître et d’être son pral !


    Prenez soin de vous les amis, grosse pensée à toute l’équipe, on lâche rien, y’a pas d’arrangement !


    Kemi, voyageur et fier de l’être !
    Mika – 29/04/26

  • « On mange du poison à la centrale de Moulins-Yzeure »

    « On mange du poison à la centrale de Moulins-Yzeure »

    Communiqué de proches de prisonniers à la prison de Moulins

    Depuis des mois, au sein du quartier maison centrale (QMC) de Moulins-Yzeure, les conditions d’hygiène relatives à la nourriture sont tout simplement inhumaines et dégradantes.

    Les gamelles, sorties de frigos régulièrement en panne, sont servies pourries, « avec une odeur du fumier » comme en témoigne l’un des prisonniers du QMC. L’odeur des plats est plus pestilentielle encore que l’usine de croquettes pour chiens attenante à la prison.

    Les légumes en boîte qui y sont servis sont périmés depuis 2 ans, mais continuent à être servis. Même chose pour les desserts, systématiquement périmés depuis plusieurs jours.

    Bien entendu, il ne vient pas à l’esprit du personnel de l’administration pénitentiaire d’avoir la décence de resservir une autre gamelle – saine ! – dès qu’un prisonnier se retrouve confronté à l’une de ces gamelles au fumier. De nombreux prisonniers se retrouvent donc à ne plus être en mesure de se nourrir.

    Le risque est d’autant plus grand que dès que l’on tombe malade à cause de la gamelle, il n’y a aucun docteur disponible pour apporter le moindre soin. Et bizarrement, lorsque des prisonniers, pour alerter sur leur situation, écrivent à leur avocat·e – en principe sous pli confidentiel – les courriers « disparaissent » dans la nature… Même chose pour les appels aux avocat·es, qui semblent étrangement fuiter.

    La cheffe de la cuisine est clairement responsable de tels dysfonctionnements. Le fait qu’elle bombarde ses gamelles à l’arôme de purin d’épices cheloues ne change rien à la teneur du plat. Et comme plusieurs prisonniers l’ont constaté eux-mêmes : « En plus, Madame se permet de toucher la bouffe sans gants. Elle se gratte les fesses puis trempe ses doigts dans les plats. »

    Livrer de tels repas aux prisonniers est absolument indigne, en plus d’être particulièrement dangereux. Instaurer un climat de pression à l’encontre des prisonniers souhaitant alerter avocat·es et juridictions compétentes est intolérable.

    Il devient urgent que cela cesse immédiatement. Nous appelons toute personne choquée par la situation actuelle à appeler la prison :

    • Tél. : 04.70.35.15.00.
    • Adresse postale : Direction du Centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure, 21 rue de Millepertuis, BP 24, 03401 Yzeure Cedex
  • Communiqué du QLCO de Condé-sur-Sarthe

    Communiqué du QLCO de Condé-sur-Sarthe

    On peut écouter la lecture du communiqué à l’émission du 6 février 2026 :

    Au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de Condé-sur-Sarthe, moins de trois mois après son ouverture en novembre 2025, les prisonniers ont commencé des mouvements de protestation. En janvier 2026, ils ont tapé dans les portes et inondé les coursives, et la direction a décidé de couper l’eau aussi sec. Certains rendent d’eux-mêmes tout ce que l’administration pénitentiaire (AP) pourrait leur enlever – télé, frigo… –, ou même arrêtent de cantiner pour réduire le pouvoir de l’administration en lui retirant tout moyen de pression. Comme en septembre au QLCO de Vendin, les prisonniers du Condé ont fait sortir un communiqué dénonçant l’arbitraire de ce régime de détention et son impact sur leurs proches.


    A Gerald Darmanin (alias Moussa de son vrai prénom)

    Je fais ce courrier de la part de tous les détenus du QLCO de Condé-sur-Sarthe. A partir de cet instant, c’est-à-dire le 5 janvier au soir, nous entamons des mouvements de protestation contre le QLCO qui instaure ses propres règles à l’instar du QLCO de Vendin-le-Veil qui parait beaucoup plus souple : 2 heures de promenade, lecteur DVD en cellule, pas de marquage au sol à suivre (une ligne par terre). Ici à Condé, les requêtes ne sont pas prises en compte, les détenus sont 23 h sur 24 en cellule et pour la plupart (pour ne pas dire tous) n’ont rien à faire dans un QLCO.

    Le QLCO n’a aucune vocation si ce n’est une vengeance personnelle sur les détenus, nous regrettons l’opacité des procédures pour affecter les détenus : si l’ensemble des dossiers était traité avec discernement, aucune des personnes détenues à l’instant n’aurait suffisamment de motivations pour y être affectées.

    Les QLCO ont été créés juste pour assouvir les ambitions politiques du ministre de la justice, à part cela, cela ne sert à rien : les agents sont des cagoulés alors que j’étais incarcéré dans cette prison il y a 40 mois en arrière, je les connais tous, c’est une mascarade.

    Pour finir l’ensemble des détenus de Condé-sur-Sarthe QLCO est déterminé à protester, on attend des changements ainsi que de pouvoir s’entretenir avec le chef d’établissement pour améliorer nos conditions de détention.

    Signé : L’association de bien-fêteur de Condé-sur-Sarthe

  • « On est des milliers à devoir supporter ça ! »

    « On est des milliers à devoir supporter ça ! »

    Dans cette lettre, Kémi raconte le dernier des nombreux coups de pression qu’il a affrontés depuis quinze ans en prison. Il critique un système pénitentiaire toujours plus brutal, qui pousse les enfermé.e.s dans leurs retranchements : extension massive des peines, « réinsertion » inexistante, étiquetages toujours punitifs…

    Le 30 novembre 2025,
    Centrale de Moulins

    Coucou L’Envolée,

    J’espère que vous allez bien ! Moi ça va, vendredi dernier les ELSP* ont déboulé dans ma cellule avec leur tenue pare coups et le bouclier pour faire une intervention et me mettre en « préventive » au cachot ! Mdr, j’y ai passé une heure ! La docteure m’a fait un certificat pour être inapte au cachot ! Ils font tout pour me faire péter un plomb ! J’ai tapé à la porte car ils ont refusé que je fasse une « cantine dépannage » pour le tabac. Ça faisait quelques jours que j’étais en galère, et ils me disaient que je pourrais faire cette cantine quand j’aurais des tunes, et quand je les ai eues, ils m’ont envoyé chier ! Du coup, je me suis énervé, et j’ai tapé à la porte… Et Bim ! Intervention ! J’étais en train de discuter par la fenêtre quand ils ont déboulé en force ! J’ai rien compris ! Même les ELSP ne savaient pas, ils ont dû intervenir ! Même le gradé du cachot était choqué de me voir débarqué menotté et entouré de huit tortues ninja mode robocop ! D’un côté ça me fait rire, ça montre bien que leurs « coroness » sont inexistantes ! Mdr ! Ils ont cru que j’allais tomber dans leur piège à la con ! Ils veulent que je craque et que je repasse au tribunal, mais ils n’ont pas encore compris que c’est moi qui décide si je me sers de mes poings ou pas ! Je sais me maîtriser donc c’est peine perdue pour eux !

    Ils m’ont défoncé la cellule pendant que j’étais au cachot, ils m’ont même retiré des conneries en espérant que ça m’énerve ! Mdr ! En tout cas, je garde le moral ! Ils disent que je suis « intolérant à la frustration », mais c’est à la connerie que je suis intolérant ! Ça y est, j’ai fait mon temps en centrale, y a aucune perspective de sortie réelle ! Ils disent que je suis censé me réinsérer, mais dans quoi ? Ils font de mon quotidien un calvaire ! Quand la journée commence, je me mets à l’affût au cas où il se passe un truc ! C’est des ouf ! En CD (centre de détention), j’aurais plus de chance de sortir, c’est « un peu » moins hardcore qu’en centrale… j’suis tombé quand j’avais 22 ans, et là dans 7 mois, j’en ai 37 ! Elle est où la « réinsertion » et elle commence quand ? Ils m’ont classé dans toutes leurs cases de merde ! Je suis un « ticket gagnant » de la « criminalité » si je les écoute ! On est des milliers à devoir supporter ça ! Si l’administration continue sur cette voie, les prisons deviendront des « poudrières » qui vont vite exploser ! Enlevez l’espoir à un être humain, et celui-ci fera les pires dingueries par désespoir ! Comme on dit chez moi, « ils croient qu’on est narvalo, mais le 12 l’est encore plus ! » Mdr !

    Moulins-Yzeure c’est une centrale que je déconseille fortement ! Même les matons veulent se barrer ! Mdr la prison ça devient n’importe quoi, j’ai parlé avec un jeune détenu d’une vingtaine d’années, je lui ai demandé pourquoi il passait son temps à s’emboucaner et il m’a répondu que sa vie était niquée et qu’il fera sa peine jusqu’au bout, donc pourquoi se laisser traiter comme des chiens ? Avec Darmanin, l’espoir de sortir aux yeux des jeunes disparaît de plus en plus ! Je croise de plus en plus de jeunes en centrale avec des peines de dinosaures ! C’est abusé ! Ce qui me rend triste, c’est quand je les regarde dans les yeux, ce que je vois, c’est des jeunes perdus avec de plus en plus de haine ! Bref… En attendant d’avoir le plaisir de vous relire, prenez soin de vous,

    Kémi.

    *Les ELSP sont les « équipes locales de sécurité pénitentiaires », internes à chaque prison. Voir ici.

  • On est au « club med » de l’enfer !

    On est au « club med » de l’enfer !

    Correspondant chevronné de l’Envolée, Kémi a subi la violence pénitentiaire sous toutes ses formes : tabassages, longues années en quartier d’isolement (QI)… Lorsqu’il a atterri à la centrale de Moulins, en détention ordinaire, il a espéré voir enfin le bout du tunnel. Puis la répression l’a rattrapé sous forme de « gestion individualisée ». Il nous décrit cette innovation pénitentiaire qui permet d’étendre toujours plus la torture blanche de l’isolement en appliquant un régime isolé au sein même de la détention « ordinaire ». Il dénonce aussi l’étiquetage des prisonniers, qui sert à les réprimer à vie, et le buzz médiatique autour de Sarko : la compassion du bloc bourgeois envers un de ses membres incarcéré n’est que le revers du mépris social qui justifie l’écrasement de la population carcérale en général.

    Maison centrale de Moulins-Yzeure
    26 septembre 2025

    Coucou les ami.es,

    J’espère que vous allez toutes et tous bien ! Moi ça va, je suis en « gestion individualisée », en gros c’est le Q.I. en détention « ordinaire »… J’y suis depuis août après une embrouille avec un autre détenu. Je me suis retrouvé devant dix ou quinze matons avec un « pic » dans la main ! J’ai prévenu que je ne fais plus dans la « diplomatie », du coup suite à l’embrouille, ils m’ont mis en « gestion individuelle ». J’ai une heure de promenade par jour le matin, j’ai le droit de croiser personne, et ils bloquent tous les mouvements quand je dois me rendre à un rendez-vous ! Ils bloquent la taule rien que pour moi ! Au début, ils disaient que c’était pour ma « sécurité » mais quand ils m’ont dit ça, j’ai pété un plomb. Du coup, maintenant, c’est pour « garder un environnement sain » !! Ils ont de la suite dans les idées ! Je suis au QI ! Mais bon, je garde le moral quoi qu’il arrive, c’est le plus important, et l’avocate est sur un transfert dans le sud.

    Quatorze ans que je galère derrière les murs, autant d’années de répression, la moitié en QI et tous les six mois, ils trouvent encore des trucs pour bien nous faire « subir » notre peine de dinosaure ! Ça fait dix ou onze ans que je suis DPS, donc j’ai droit à des « bonus » du menu de la pénitentiaire ! MDR la prison c’est un monde à part, mais la centrale c’est un univers à part ! On a des peines de ouf à faire, et rien n’est fait pour nous « réinsérer », si réinsertion il y a besoin ! Ils essaient de nous formater le cerveau, le pire c’est qu’ils y arrivent avec certain.es ! Les bobo disent qu’on est au « club med », et bien vous savez quoi ? On est au « club med » de l’enfer ! Imaginez 300 détenus enfermés dans 9 m² pour 10, 15, 20 ans ou perpète. 70 % n’ont plus aucun lien avec l’extérieur (la taule brise des familles!) et tous les jours, ils voient les mêmes personnes, les mêmes matons, rajoutez la parano, la jalousie, les rumeurs, etc.… Ils mangent la « gamelle », j’appelle plus ça le « repas », car si vous pouviez voir ce qu’ils nous servent, vous auriez la nausée ! N’oubliez pas la répression ! Si tu t’embrouilles avec un détenu ou un maton, tu vas au cachot, voire même au QI, car bien sûr, tu prends cher, très cher si tu t’embrouilles avec l’AP ! Ils ont les trucs légaux pour te faire mettre à genoux, mais souvent ils viennent avec leur équipement de CRS à quinze pour un mec et ils te boulonnent la tronche ! Le quartier VIP c’est pour les cols blancs ! On fait pas la prison ! On la subit et surtout nos proches !

    Imaginez si votre fils ou frère ou poto ou mère, sœur, copain a le malheur d’être emprisonné et quand il/elle vous appelle de la cabine, et vous dit : « Ils m’ont pété les côtes » pour rien ! Ou si il/elle n’a pas les moyens de téléphoner mais vous ne recevez pas leurs lettres car l’AP les censure ! Moi j’ai la chance de pouvoir appeler mes ami.es de temps en temps et pareil pour les parlus, mais j’ai passé plusieurs années seul, mais vraiment seul donc je sais de quoi je parle !

    La semaine dernière à la télé, ils disaient qu’il faut nous serrer la vis, mais ils disent qu’il faut pas mettre « Papy Sarko » en prison car c’est pas mérité ! Le pauvre, il mérite pas ça ! Et la mère ou le père de famille qui va en taule pour avoir volé à bouffer pour leurs gosses, ils méritent la prison ? Le ou la manifestant.e qui se retrouve en mandat de dépôt juste pour avoir voulu se faire entendre par la monarchie moderne, c’est mérité ? Faut ouvrir les yeux, car c’est incroyable comment les chaînes infos dirigées par les facho font tout pour faire peur aux citoyens classiques.

    En plus, tout le monde est placé dans plusieurs « cases ». Moi j’ai eu droit à la mention « fin de suivi pour radicalisation », dans mes idées politiques, mes liens « persistants avec l’extrême-gauche » ! Sérieux ? Mdr ! Bientôt ils vont me dire qu’ils me soupçonnent d’avoir buté Kennedy ! K-ou, je suis né en 89 !

    Ceux qui ont fait de la taule au quartier VIP, tu les vois sur les plateaux télé avec leur costard à 1978€, mais le ou la détenu.e qui a fait la vraie prison, on les laisse pas s’exprimer ! Y a un truc qui me rend fou en ce moment, c’est quand je vois le bobo expert en tout mais surtout rien, dire à la télé : « ouais la prison c’est un foyer » ! T’es qui toi pour dire ça, viens y a une cellule vide à côté de la mienne, viens, pas longtemps, juste trois mois et après retourne à la télé dire c’est quoi la prison ! Sinon ferme juste ta bouche ! Tous les membres du gouvernement sont mis en examen pour chacun un truc différent, pas un qui va en taule ! Et maintenant que Sarko va aller en taule, ils se chient dessus ! Mdr ! « C’est la France que l’on a humilié. » Mdr ! Bref ce soir je voulais partager ça avec vous, en espérant que vous aurez cette lettre !

    On lâche rien, y a pas d’arrangement !

    Kemi

    Lettre lue et commentée dans notre émission radio du 17 octobre 2025.

  • Récit d’une vraie-fausse évasion… et d’une vraie-vraie répression

    Récit d’une vraie-fausse évasion… et d’une vraie-vraie répression

    De notre envoyé spécial au QI (quartier d’isolement) de Strasbourg, juillet 2025 : comment les médias ont repris en chœur une mascarade policio-pénitentiaire… aussi ridicule que lourde de conséquences pour les prisonniers accusés à tort.

    Salut,
    Je vous écrit pour vous raconter la vraie histoire de la « tentative d’évasion déjouée » du 22 juillet au QI de la MA (maison d’arrêt) de Strasbourg qui a défrayé la chronique dans tous les médias de France, et qui s’apparente plus a une réelle mascarade montée de toutes pièces.

    Le 22 juillet tout se passait normalement au QI quand a 13h les surveillants ouvrent les portes les unes après les autres pour « contrôler » l’état des portes. En fait ils ont «  découvert » sur une, des traces de coupures et ont du coup contrôlé toutes les autres. Au total ils ont trouvé 3 portes «  sciées » : toutes de la même façon, dans le coin en bas a droite, proprement. Seul Hic, et pas des moindres, ces traces sont recouvertes par des traces de peinture.

    Je précise d’ores et déjà que les 3 détenus des cellules concernés ne se sont jamais vu, jamais parlé, et n’ont strictement rien à voir entre eux (un Djihadiste islamiste, un lié à l’extrême droite, et un trafiquant… les deux derniers purgeant des peines courtes avec des dates de sorties proches, 13 jours plus tard pour l’un deux….).

    Dans un premier temps il ne s’est rien passé de particulier, le service technique a posé une plaque de métal sur ces fameuses traces dans l’après midi même et basta. A ce moment précis PERSONNE n’imaginait qu’on allait oser parler d’une tentative d’évasion et que tout aller prendre autant d’ampleur. Il faut savoir que la MA de Strasbourg est réputé pour être dans un sale état, surpeuplée, y a des souris qui sont de passage dans les cellules, des fissures dans les murs, tout tombe en ruine un peu partout.

    En fin d’après midi voici que des gradés sortis de je ne sais où, accompagnés du directeur adjoint, ouvrent les portes des mecs concernés pour une « remontrance » comme a l’école primaire. Ils demandent aux mecs ce que c’est et pourquoi ils ont fait ça, les 3 leurs répondent naturellement qu’ils n’ont rien a voir, que y a de la peinture dessus donc c’est bien la preuve que eux n’ont pas pu faire ça, qu’il n’y a aucun intérêt a scier une porte (Pour aller a la douche en pleine nuit peut être ? Y a encore 15 portes avant la sortie..). Surtout que l’un sort en janvier, et un autre 13 jours plus tard…… (Faut vraiment être le roi des abrutis pour tenter de s’évader par la porte 13 jours avant sa libération !) Y en a 2 des 3 qui étaient dans leurs cellules seulement depuis quelques semaines.. enfin bref les surveillants bégayent car ils se rendent bien compte qu’il y a trop d’équations dans le problème qu’il essayent de résoudre.

    S’en suit une fouille des cellules concernées avec passage au Rayon X ou ils ne trouvent strictement rien pour appuyer leurs fabulations.

    Tout l’isolement prend un peu le truc a la rigolade et se permet quelques blagues a la gamelle vu l’aberration de la situation et tout le monde pense que ça va s’arrêter là.

    Mercredi 23 un des concernés arrive a échanger avec l’Auxi-peintre de l’étage a la fenêtre et lui demande si il avait déjà vu ses fameuses traces dans les portes et il lui répond : « C’est des grosses conneries, ils veulent vous niquer les gars, j’avais déjà remarqué ça en peignant la porte (d’un des 3) y a 2 ans et je l’ai montré au surveillant qui m’a répondu : «  On s’en bat les, couilles repeint par-dessus ». Voilà un argument de taille qui fait vraiment dire a tout le monde que c’est la fin de l’histoire.

    Sauf que le jeudi 24 au petit matin, les 3 concernés partent en garde a vue pour «  tentative d’évasion »  au comico de Strasbourg avec un beau cortège (toute la PJ mobilisée pour le transport et les auditions). Les GAV (gardes-à-vue) ont duré seulement 9h et les auditions en elles-mêmes entre 45min et 1h par tête, tellement qu’il n’y avait aucun éléments.
    Comment 3 personnes qui ne se sont jamais vu ni parlé et aux profils totalement différents, opposés voire même «  ennemis », peuvent avoir l’idée commune de s’évader en sciant la porte?
    Comment 2 personnes libérables dans les prochains mois voir les prochains jours peuvent prévoir de s’évader?
    Comment ils peuvent scier une porte et repasser de la peinture par dessus? Des 2 cotés de la porte en plus?

    Ils n’ont pas manqué de demander l’audition de l’auxi pour qu’ils puissent aussi témoigner et qui fut entendu le jour même.
    Une dinguerie, qui aurait pu rester une simple péripétie si la suite n’avait pas eu autant d’impact sur la détention et la vie des gens.

    Fin de GAV, affaire classées sans suite. Mais l’auxi ayant dit qu’il avait déjà déclaré ceci au surveillant et dit ce qu’on lui a répondu, a été déclassé le jour même ! En gros «  Ah t’as dis la vérité ? Bah tu vas plus bosser. »

    Le pire c’est que toutes cette histoire a été vendue (sûrement par un commissaire voulant se faire mousser…) et jetée en pâtures aux médias, les mecs sont même pas encore rentrés en cellules qu’ils passent déjà avec nom prénom et photo dans tous les médias de France. « Tentative d’évasion déjouée par l’AP » qu’ils osent dire, quelle blague !  (…) C’est repris de médias en médias sans qu’aucun ne vérifie l’info, c’était trop beau pour eux. En plein été quand y a rien a dire : « Un islamiste, un fasciste, et un narcotrafiquant » qui tentent de s’évader ! Wha la dinguerie. La réalité c’est que c’est sûrement le service technique qui a tenté un truc sur les portes il y a de ça des années, sûrement pour faire une trappe ou que sais-je, ils ont repeint par dessus 2 ou 3 fois et tout le monde a oublié. Jusqu’à ce fameux jour où il fallait des coupables…

    L’Auxi a donc été déclassé le jour même, un des trois (seulement un) est parti au mitard 30 jours pour «  tentative d’évasion », alors que ça a été classé sans suite par la justice elle même, et donc en toute illégalité. Et la meilleure c’est que 2 jours après ils ont commencé les transferts, le 28 juillet, 6 détenus ont été transférés, dont un concerné, qui sortirait dans 10 jours et qui après avoir fait le Tour de France des médias avec des graves accusations mensongères, a déposé plainte avec son avocat contre l’Administration et contre les médias qui relayent des conneries sans vérifier. Ils niquent leurs vies en racontant des conneries et sans devoir rendre des comptes a qui que ce soit. Quelle honte…. « Allez, on va le transférer, sinon on va avoir des problèmes… »

    A l’heure où je vous parle, tout le QI est fermé jusqu’en 2026 pour «  travaux ». Les 17 détenus ont été transférés parfois à des centaines de kilomètres. Tant pis pour ceux qui étaient du coin, qui bossaient, qui sortaient bientôt, pour les familles qui avaient les parloirs…

    On pense tous qu’il s’agit d’une mascarade orchestrée car tout le monde savait que ces traces de coupures n’étaient pas dues aux détenus et encore moins à ceux qui en ont été accusés. Certains surveillants sont au QI depuis 15 ans et ouvrent ces fameuses porte entre 5 et 10 fois par jour. Tout le monde savait ! Alors on se demande sérieusement si c’est pas un énorme coup de bluff pour toucher des subventions ou quoi pour remettre tout en état !  » Regardez, des détenus tentent de s’échapper, donnez nous vite les moyens de faire face ! « 

    Un des mis en cause a demandé une audience avec le capitaine, chef de l’étage en rentrant de GAV pour lui demander quel était ce bordel et comment on en arrive à la GAV alors que tous savaient qu’il n’avait rien à voir et que sa sortie était imminente. Le capitaine lui même s’est excusé (assez rare pour le souligner !) en disant qu’ils ont été complètement dépassés et que c’est le directeur adjoint qui s’en est mêlé, la DI (direction inter-régionale) et que c’est remonté jusqu’à la DAP (direction de l’administration pénitentiaire) qui a saisi le procureur, qu’ils ne pouvait rien faire à leur niveau malgré leurs conviction. En gros comme d’hab’ tout le monde se planque même devant les plus grande injustice.

    Le grand ménage qu’ils on fait en transférant l’ensemble du QI sert d’ailleurs d’alibi pour eux, comme ça plus personne ne peut parler ni dire la vérité.

    Voilà voilà, dans tout cela des mecs se retrouvent avec des saloperies (où rien n’est vrai) écrites sur eux dans la presse, et certains juste avant la «  réinsertion », un autre au mitard pour 30 jours en toute illégalité et d’autres sans taff ou loin de leurs familles, tout ça pour rien.

    Précisons aussi que les 3 mecs en question ont gagné leurs tickets à vie pour l’isolement grâce à ça, il y aura toujours une trace « tentative d’évasion » quelque part dans leurs dossier alors qu’il ne s’est rien passé.

    Preuve s’il en fallait que l’AP font ce qu’ils veulent et font porter le chapeau pour tout et n’importe quoi a n’importe qui, même ceux a 10 jours de leurs libération. C’est juste incroyable. En plus d’être enfermé dans un endroit qualifié de «  torture blanche » par les médecins, de pas dormir tranquille car les Ninjas viennent régulièrement vous soulever cagoule et calibre en main pour vous fouiller sans aucun motif, on peut aussi se faire accuser de faits complètement dingues sans aucune preuve…

    Voilà pourquoi je vous écris car personne ne relayera ces paroles, les médias «  mainstream » balancent leurs saloperies où rien n’est vrai mais ne diront jamais qu’ils se sont trompé.

  • « On ne leur cédera pas un seul millimètre de notre dignité »

    « On ne leur cédera pas un seul millimètre de notre dignité »

    A la centrale de Vendin-le-Vieil, depuis des années, Rédoine Faïd a testé un régime d’isolement carcéral excpetionnellement dur, qui est appliqué depuis juillet 2025 à des dizaines d’autres prisonniers dans le fameux « quartier de lutte contre la criminalité organisée » (QLCO) (voir ici ou et encore ). À Vendin comme partout, les quartiers d’isolement (QI) et les QLCO ne sont que des variantes contemporaines des quartiers de haute sécurité (QHS), ces lieux de torture blanche théoriquement supprimés par Badinter en 1982 mais qui « ont toujours été là », comme il le souligne. Rédoine a réussi par deux fois ces derniers mois à faire condamner l’administration pénitentiaire pour les conditions qu’il endure. Pour ne pas modifier son régime d’isolement, ce qui aurait pu ouvrir la possibilité d’un assouplissement dans tout l’établissement, la direction l’a fait transférer au QI de Condé-sur-Sarthe… où il va pouvoir suivre les travaux de préparation d’un autre futur QLCO… Voici une lettre dans laquelle il analyse et dénonce la violence de ces régimes d’isolement, et d’une société qui les invente et les accepte.

    Centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil,
    Le 24 juillet 2025

    Bonjour L’Envolée,

    Je reprends le stylo pour dire les choses. Et il faut bien le dire : la prison d’aujourd’hui manque cruellement d’humanité. Elle ne propose pas de retour à la vie. L’empathie, cette beauté qui transcende la grisaille du monde carcéral, d’où sort la conscience de la retenue, a disparu, remplacée par le QLCO, cette usine à frustrations. Au grand jour ! Privation de lumière, harcèlement sécuritaire, mobilité réduite, hygiaphone qui vous prive de la chaleur de vos proches ou de votre conjoint… Qui peut bien autoriser ces méthodes tellement fascisantes à l’égard d’un être humain ?

    Nous ne sommes pas seulement isolés : on est coupés des nôtres, comme dans une salle d’attente où le temps ne passe pas, où l’heure du rendez-vous n’arrive jamais. L’ennui à l’isolement n’est pas qu’endémique, il est systémisé. Il est une mesure de rétorsion non écrite. Une arme administrative de destruction massive du genre humain qui vous tue à petit feu, sans laisser de trace – la signature des grands criminels. Dans ces conditions invivables, on n’a que le choix de se forcer à sortir seul se « promener » et faire du sport déraisonnablement. Souvent, on n’a pas envie. Mais face au danger physiologique qui guette, on se force. Notre cerveau et notre corps nous détestent, mais on s’en fout de tout dérégler. Nous sommes tous dans la survie. Il faut rester vivant, en bonne santé et vif d’esprit. Une priorité dans cet enfer. Les gens incarcérés à Vendin-le-Vieil sont des êtres très bousculés. C’est déjà un miracle que d’être encore debout en arrivant à Vendin, sachant qu’on arrive tous des QI des prisons de France où on a passé des années. Une femme ou un homme qui veut rester debout trouvera toujours un moyen. Parce que sa détermination est absolue… « La résistance est une renaissance », disait René Char. Nous sommes dans le combat pour rester vivants, mais aussi pour garder notre dignité.

    « Nous sommes dans le combat pour rester vivants. »

    Très franchement, je n’avais pas mesuré ce qu’était la dignité. Elle est un geste de consolation, de pudeur et de solidarité avec soi-même. Il faut écouter les êtres emprisonnés qui parlent de la dignité entre eux, comme s’ils ressentaient la même détresse, l’humiliation, les blessures qui leur ont été infligées. Des traumas qui sont eux aussi passés sous silence. On ne leur cédera pas un seul millimètre de notre dignité. Ce n’est pas négociable. À Vendin-le-Vieil, on doit affronter des ennemis impalpables, omniprésents : le confinement sévère des lieux et les effets du silence assourdissant. On nous dit que les QHS sont de retour, mais ils ont toujours été là. L’isolement, c’est le QHS ; ils ont juste changé l’appellation. C’est la même solitude, la même souffrance. Le QHS n’est pas une vie monastique, c’est une forme d’incarcération ultra-cruelle qu’on nous impose. Le rapport au temps, à la vie solitaire ou à l’enfermement provoque de graves troubles physiologiques qui deviennent irrémédiables sur la durée. Est-on entravés mentalement dans un espace clos ? L’isolement mène-t-il toujours à la réflexion ? Quand il est désiré, peut-être. Quand il est subi, c’est clairement impossible, du fait de la raréfaction des échanges, des stimuli cognitifs, de l’air et des mouvements. Une détention sans paroles dans un monde carcéral englouti par le silence, uniforme, submergé par le rien. Isolé. Sans secours. Sans connexions pour alerter ou prévenir. Il n’y a que la tension et l’appréhension. Le silence provoque en vous un déluge d’angoisse et de stress, sans droit de parole sur cette situation. Vous êtes condamné à vous taire.

    Il y a pourtant un énorme besoin de sociabilité, mais personne ne vous aide à sortir de la solitude. Une vie intérieure nourrie de silences et d’ombres qui sèment le flou et le doute en vous. Quel malheur que d’y être emprisonné. C’est une sorte d’alternance sans repères de journées incarcérées et de nuits enfermées dans l’insomnie permanente, qui confine à un sommeil mortuaire. On est perdus entre l’oubli et l’absurde, à une frontière qui menace de s’effacer : celle qui sépare civilisation et barbarie. Comment ne pas devenir dingue dans un centre pénitentiaire comme celui de Vendin-le-Vieil ? Par un processus de rétorsion, le directeur de cet établissement se permet de déstabiliser votre métabolisme intérieur, soi-disant pour vous rendre docile ; et la banalisation de telles agressions provoque des maladies mentales. Personne en prison n’assume d’avoir sciemment dégradé la neurologie d’un prisonnier : « il était bipolaire », « il était dépressif » ou le classique « il était déjà fou avant ».

    « Tout le monde devient une bombe à retardement. »

    La société ne sait quasiment rien sur la question. Ce sont des faits largement sous-estimés : la violence psychologique subie par des personnes détenues en situation de vulnérabilité physiologique et les maltraitances infligées par le milieu carcéral sont révoltantes et odieuses. Une impunité inimaginable, irresponsable. Les névroses sont nombreuses et très graves (phobies, angoisses, délires hallucinatoires, etc.). Il faut savoir que les psychoses, c’est médicalement autre chose : être suivi toute sa vie, se battre contre soi-même… Le QI et le mitard portent une lourde responsabilité dans ces déviances inhumaines et obscènes à l’encontre des personnes emprisonnées ; tout le monde devient une bombe à retardement en puissance. Autrement dit, tout le monde peut se laisser déborder par le seum qui s’invite au cœur de l’ennui et révèle la sauvagerie enfouie, la névrose injectée par ce système abject, par un trop plein d’agressivité inattendue où la violence apparaît dans son plus simple appareil, gratuite, injuste, aléatoire.

    Et paradoxalement, c’est la société qui sera aux premières loges pour assister à la chute. Là où on trouve le pire, et où un fait divers peut devenir un précipité de la violence ordinaire la plus abominable. La récidive, c’est ça. Et quand on empêche ces mecs en taule de changer ou de s’amender en les réduisant à de la merde, soyez sûrs qu’à leur sortie de prison ils respecteront les feux rouges, les pompiers et qu’ils diront « bonjour », « s’il vous plaît » et « au revoir » à la boulangère. Entendez bien que tout le monde sortira un jour de prison. Tout le monde. Et toutes ces bombes à retardement s’assiéront près de vous et de vos enfants dans le bus, le métro, le train, au cinéma… J’imagine aisément que vous préférez avoir près de vous des personnes calmes et apaisées. Logique. Alors, SVP, posez-vous donc la question : pourquoi les sortants de prison sont très violents, extrêmement agités ou complètement fracassés dans leur tête ? Les QLCO, les QI et les mitards ne font qu’accentuer cet état de fait. La société n’est pas dans le déni. Elle ne sait pas. Être à l’isolement, c’est la vie qui se traîne en équilibre fragile au-dessus d’un abîme de solitude, de détresse et d’indicibles chagrins. Le QHS est une esthétique de la dépression et de la cruauté administrative dont les pensionnaires sont tous des oubliés de l’existence, des invisibles et des infréquentables, où sourd le fracas de l’absurdité du monde carcéral. Le QHS est une plongée dans les entrailles d’un système répressif poisseux à l’humanité avilie, où la violence est toujours questionnée. On y passe des mois, des années, parfois une décennie et plus. On en revient brisé et blessé dans sa chair, résigné et cabossé, torturé par la solitude subie à outrance. On est coincé entre le monde des vivants et celui des morts.

    « Le QLCO est une sorte de génocide mental de la population carcérale. »

    Le QLCO est une sorte de génocide mental de la population carcérale. L’administration pénitentiaire se montre coupable, à travers ce régime à la noirceur absolue (sur le fond comme sur la forme), par des actes effroyables qui racontent l’enfermement dans sa violence cauchemardesque, et qui donnent matière à réflexion sur les causes de la récidive. Une détention sinistre, délabrée, où l’horizon assombri ne peut mener qu’au pire du pire. Le QLCO est un QHS géant à l’esthétique froide et inhumaine qui va industrialiser encore plus de violence et d’inégalités. Une fuite en avant dans l’oppression permanente. Un désastre humain sans précédent. Une absurdité schizophrénique caractérisant tellement la dérive du tout-sécuritaire hors-sol des caciques administratifs. Une non-réflexion dénuée de retenue, infusée, qui renvoie à la nature même de la justice, à la place des prisons dans notre société et à notre regard sur celles et ceux qui y vivent.
    La hideur morale accompagne souvent la déconfiture intellectuelle : il n’y a aucune réflexion politique et sociale dans ce décret anti-narco. C’est un énième contre-feu visant à faire diversion, à invisibiliser un défaitisme politique total sur la question de la consommation de la drogue en France. Et la cruauté du QLCO interroge sur la réaction de l’opinion – devenue hystérie collective – face à la criminalité et sa répression : c’est une sanction ? Une vengeance ? Une solution ? Le QLCO démontre clairement l’incapacité à régler le problème de la récidive. Cette brutalité nous révèle surtout combien la politique actuelle ne veut pas aider les personnes privées de liberté à retrouver une place dans la société.

    Pourtant, le narcotrafic provient de la misère sociale que ces enfants de la dèche ont retournée contre eux. Ce qui leur arrive aujourd’hui est une immense tragédie. De base, tous ces mecs étaient des défavorisés brisés par la vie, par la réalité désœuvrée des quartiers difficiles. Une ghettoïsation qui les a dévorés tout cru. Ils ne sont que le résultat de l’incompétence politique et de l’inertie sociale et culturelle de nos banlieues. Un vide tchernobylien.
    Ainsi, on nous montre à présent les « narco-racailles » comme des animaux « ensauvagés » qu’il faudrait encager à tout prix, en les réduisant à des silhouettes sans âme. Et donc, finalement, on les confine encore et encore dans ce sentiment lourd de celui qui se sent toujours enfermé. Un vivre-ensemble que l’on ne veut pas élargir à tous les vivants.
    On crache démagogiquement et on défèque publiquement sur les droits humains et les libertés fondamentales qu’on ne respecte plus. On ment aux avocates et aux avocats. On défie la magistrature. On snobe la CEDH (Cour européenne des droits de l’homme). On renvoie outrancièrement la question humaine à son reflet angoissant, trouble, qu’il faut nettoyer par la force et par le populisme. Que nous est-il arrivé ?
    Jean-Paul Sartre, l’immense Robert Badinter, Michel Foucault, Serge Livrozet utilisaient le terme « abolition » pour définir leur lutte politique visant à supprimer totalement l’existence des QHS dans notre démocratie. Parce qu’ils avaient la conviction que piétiner l’humanité en prison, c’est fabriquer inévitablement la division, la haine convulsive et le désordre total dans la société. Ni plus ni moins.

    Rédoine

    Lettre initialement lue à l’antenne de l’Envolée radio le 5 septembre 2025 : écouter l’émission complète ici.

  • « Narco-prisons » : paroles de l’intérieur contre tous les QHS modernes

    « Narco-prisons » : paroles de l’intérieur contre tous les QHS modernes

    La loi « narcotrafic » et les « narcoprisons » ultrasécurisées ouvertes par Darmanin et sa clique font régulièrement la une et émerveillent plus d’un journaliste…Eh oui, le ministre des tribunaux et des prisons drague passionnément l’extrême droite sur le dos des prisonniers et prisonnières, cibles des politiques démago-sécuritaires les plus brutales. Fin juillet, à l’ouverture du premier « quartier de lutte contre la criminalité organisée » (QLCO) à Vendin-le-Vieil, ces médias aux ordres n’ont évidemment donné la parole qu’aux gardiens – mi-héros, mi-martyrs –, et à de malheureux riverains qui ont peur – mais de quoi ? Alors qu’on entend qu’ici et là, des prisonniers se mobilisent contre leur sort dans les quartiers d’isolement (QI), de trop rares voix s’élèvent pour critiquer ces QLCO, régimes d’isolement poussé à l’extrême. Il est essentiel de faire entendre la voix des emmuré-es vivants et de leurs proches, qui ont toutes les raisons de flipper sur ce qui se profile – et de vouloir y résister.

    Adoptée le 29 avril 2025 dans un effrayant consensus contre « les-grands-méchants-narcos-qui-nous-menacent-tous », la loi « narcotrafic » permet en fait une extension tous azimuts des pouvoirs de la police, de la justice et de l’administration pénitentiaire, et la poursuite de l’enfermement massif de la population. Elle satisfait les revendications des surveillants en limitant les extractions par la généralisation de la visioconférence en détention. Tant pis pour la nette dégradation des moyens de se défendre face à la justice ; ou même de se soigner. La vidéosurveillance par drone à l’intérieur des cellules est également prévue – en attendant la surveillance généralisée. La loi consolide aussi le statut de « collaborateur de justice » – anciennement « repenti » –, c’est-à-dire de poukave. Elle complique et rallonge les procédures de demande de mise en liberté (DML), alourdit la qualification de certains actes, comme l’« association de malfaiteurs » qui devient un crime, et crée de nouveaux délits, comme le « concours à une organisation criminelle ». Elle renforce la répression contre les rassemblements devant les établissements pénitentiaires. Elle va dans le sens de l’allongement général des peines, notamment par l’augmentation des circonstances aggravantes et la réduction des possibilités de confusions de peines.

    Dans les QLCO, les prisonniers seront surveillés quasiment en permanence, coupés du monde et privés de presque tout contact humain – très peu de parloirs, et toujours derrière un hygiaphone dont la vitre empêche tout contact physique avec les visiteurs qui, pour la plupart, auront déjà fait des centaines de kilomètres jusqu’à ces taules plantées au milieu de nulle part. Leurs appels téléphoniques seront réduits à quatre heures par semaine, et écoutés en permanence. Ils n’auront pas droit aux UVF, ces « unités de vie familiale » où il est possible de partager une relative intimité avec leurs proches. Ils ne pourront pas travailler dans la prison comme « auxi » pour subvenir à leurs besoins, ni voir le moindre brin d’herbe dans des « promenades » complètement bétonnées. Après chaque contact avec l’extérieur, ils subiront systématiquement le viol de leur intimité lors des fouilles à nu. Chaque prisonnier ne pourra en fréquenter que 2 à 4 autres, et sera encadré par des matons en nombre, surarmés et toujours mieux payés… Ce régime doit s’appliquer à des condamnés, mais aussi à des prisonniers en détention provisoire, qui peuvent y rester quatre ans – au bon vouloir du garde des sceaux. Le régime de torture blanche imposé depuis des années à Salah Abdeslam sans que cela suscite l’indignation des humanistes, mais aussi à Rédoine Faïd, victime de la vengeance de l’administration pénitentiaire depuis son évasion spectaculaire de Réau, va maintenant être étendu à des dizaines, puis des centaines de prisonniers. L’objectif est clairement de tenir toutes les détentions par la peur : qui va subir ce régime ? Jusqu’où ces mesures vont-elles s’étendre, et à qui  ?

    Cette politique pénitentiaire particulièrement agressive entend balayer tout ce que les prisonnier-es avaient acquis au fil des luttes. Dans les années 1960 et 1970, ils se sont massivement révoltés pour l’amélioration de leurs conditions de survie, pour un peu plus de sociabilité, puis contre les QHS (quartiers de haute sécurité) ancêtres des QLCO. Par une large médiatisation de leurs revendications, soutenus par une partie de la gauche, ces mouvements avaient obtenu la fermeture des QHS. Qu’à cela ne tienne : un coup de peinture, quelques barreaux en moins, et ce fut l’invention des QI (quartiers d’isolement), que les prisonnier-es n’ont cessé de dénoncer comme des lieux de torture blanche. L’Envolée relaie depuis les années 2000 la parole de prisonnier-es qui dénoncent toutes sortes d’extensions de l’isolement dans les détentions : par le mode de fonctionnement des prisons modernes, par l’instauration du régime « portes fermées » là où les cellules restaient auparavant ouvertes une partie de la journée, par l’instauration des QMC (quartier maison centrale) et des prisons de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe et Vendin-le-vieil, déjà ouverts dans les années 2010 pour mater les prisonniers jugés récalcitrants… Face au déploiement de tant de régimes mortifères, c’est plus que jamais le moment de faire vivre la mémoire de ces luttes, de faire circuler la parole de ceux et celles qui les dénoncent et qui résistent.

    Pensées, force, courage et détermination aux prisonnier-es et à leurs proches qui subissent ces régimes. N’hésitez pas à nous contacter et à prendre la parole !

    « Chapitre 2 « Tout le monde au cachot » : texte publié en mars 2025 par L’Envolée suite à l’annonce de l’ouverture des QLCO.

    Grève de la faim de Rédoine Faïd contre le régime qu’il subit à Condé-sur-Sarthe (décembre 2024).

    – Sur le régime d’isolement « 41 bis » en Italie, funeste inspiration de Darmanin, et sur la grève de la faim d’Alfredo Cospito qui le subit : émission radio l’Envolée du 10 mars 2023.

    Taules de haute sécurité : histoire d’une lutte à mener », article du journal CQFD au sujet des luttes contre ce régime qui a été « qualifié il y a plus de vingt ans de «  cruel, inhumain et dégradant  » par Amnesty International. »

    « Condé-sur-Sarthe et Vendin-le-Vieil : comment feront-ils plus invivable que l’invivable ? » : dans l’émission radio l’Envolée en mars 2025, rediffusions de paroles de prisonniers de Condé-sur-Sarthe et Vendin-le-vieil.

    « Avec le nouveau directeur, ce que des matons voulaient a été mis en place, c’est la politique de la terreur. C’est comme une boutique qu’il faut entretenir. Condé a la réputation d’être la centrale la plus sécuritaire de France. Donc si il y a rien qui se passe là-bas, les gens vont dire que tous ces moyens ne sont pas justifiés. C’est une prison où on est 7, 8 dans l’aile, il y a trois surveillants pour ouvrir une porte à la fois, avec 5 caméras. Il y a plus de 250 surveillants pour 100 détenus.Niveau moyens humains et matériels, ils ont tout ce qu’il faut, ils peuvent pas se plaindre. Ils ne peuvent pas demander plus. Donc il faut qu’il se passe des choses pour justifier que cette prison soit la plus sécuritaire de France. Alors pour justifier ces moyens énormes, on va faire en sorte que ça se passe mal à l’intérieur… comment on va justifier tous ces moyens si ça se passe bien ?  C’est très difficile mentalement de savoir qu’on est dans un espace aussi réduit, c’est pas fait pour garder des gens à long termes, pendant des années. Ça brise un homme, mentalement c’est fait pour broyer un homme. Certes, la prison c’est difficile. Mais là ça a rien à voir, c’est de machines à broyer. »

    – Numéro 39 du journal l’Envolée, dossier spécial sur l’ouverture de la prison de Condé-sur-Sarthe (2014) : lire l’édito et le sommaire ici ou télécharger le journal complet .

    – Contre les QMC (Quartiers maison centrale), paroles de Romain et Philippe :

    Extrait du journal l’Envolée n°56 de novembre 2022 :
    Dès que les QMC (quartiers maison centrale) ont été ouverts au début des années 2010 au sein des centres pénitentiaires, des prisonniers les ont dénoncés. Ils cumulent l’horreur des anciens QHS (quartiers de haute sécurité, prétendument fermés depuis les années 1980) et celle des nouvelles maisons d’arrêt. Tout propres, tout neufs, ces quartiers sont surtout dotés de moyens considérables pour imposer un isolement absolu aux prisonniers. Il y a, entre autres, des caméras et des doubles sas partout. Les mouvements à l’intérieur de la détention sont surencadrés et les rencontres entre prisonniers réduites au minimum. Évidemment, plus l’isolement est fort, plus il devient difficile de construire une résistance collective… et même de respirer.

    Plus de contenu sur les QMC : journal L’Envolée n°34, 38, 39, 40.

    – Lettre de Libre Flot, enfermé en quartier d’isolement :

    Références :

    • la plupart des lettres lues ou reproduites ici sont publiées dans le livre « La peine de mort n’a jamais été abolie », envoyé gratuitement aux prisonnier.e.s qui le demandent !
    • L’illustration en début d’article est une affiche de la campagne contre les QHS au tournant des années 1980.