lettre de Y., septembre 2021, Fresnes

Y. avec qui nous sommes en contact depuis longtemps, a récemment été transféré en Ile de France d’où il capte l’émission radio du vendredi soir. Il revient sur la dernière émission et poursuit ainsi la discussion que nous recommençons chaque semaine avec les prisonniers et les prisonnières. De tels retours nous font forcément plaisir.

Il y parle aussi de la soi-disante abolition de la peine de mort dont l’État français s’apprête à célébrer les quarante ans. Il dénonce les conditions de détention – le mitard, les privations, les exactions des matons – qui s’apparentent à « une mort lente et silencieuse ».

« Coucou,

Merci pour le coucou à la radio, j’étais content et ça fait super plaisir. J’ai écouté l’émission dans son intégralité. J’ai été très ému et certains témoignages m’ont bouleversé.

L’affaire de Boris qui est à l’hôpital, son feu de cellule est la conséquence directe de l’administration pénitentiaire : quand tu es désespéré ou tu protestes, tu peux aller dans les extrêmes. Souvent nous sommes poussés à la faute.

À la Maison d’Arrêt, j’ai failli en arriver là lors de ma mise à l’isolement pour accéder à l’UCSA (unité médicale en détention), là bas ils s’en foutent, ils te poussent même, c’est grave et dramatique. J’espère qu’il s’en sortira.

J’ai écouté attentivement le témoignage téléphonique,je sais plus son nom, Sylvie je crois, elle est vraie et décrit parfaitement la condition de la plupart d’entre nous. Le plus compliqué pour nous, c’est de faire sortir l’info. Trop de souffrances dans nos prisons françaises, nous devrions prendre exemple sur certains de nos voisins.

19 condamnations à la cour européenne des droits de l’homme, ce n’est pas rien et notre gouvernement ne réagit pas. Si, en construisant de nouvelles prisons! C’est tellement rentable, la prison est lucrative, tout le monde dit « ils coûtent tant etc. » mais jamais tu ne verras combien rapporte un détenu : travail à 2 euros brut / heure, TV, frigo, cantine, téléphone …. Nous sommes asservis, nous marchons en coupe réglée, l’un derrière l’autre, un aire de bagne remis au goût du jour par une mort lente et silencieuse !

J’ai une phrase en tête de Neil Young, « il vaut mieux brûler franchement que mourir à petit feu ». Cette peine de mort commuée en perpet’, c’est la destruction de l’individu, ces peines n’ont aucun sens. Dois t on s’en féliciter de cette abolition ? Bien non, c’est les peines entières qu’il faut revoir, c’est de la souffrance 24/24 sans répit, les jours s’assemblent et se ressemblent, certains deviennent l’ombre d’eux mêmes, d’autres basculent dans la folie et beaucoup se suicident (1 tous les 3 jours). Je trouve cette situation alarmante. Un jour tout va prendre feu.

Et maintenant ils sont équipés de flashball, les mutilations et bavures vont se multiplier dans les prochaines années.

Il faut se battre pour nos droits, le respect et la dignité.

Je prendrai le bouquin dès mon arrivée en CD car il doit être une mine d’information et de témoignages poignants. Elle décrit bien les parloirs, nos familles maltraitées. À la Maison d’Arrêt, avant le parloir, j’attends 20 minutes et après le parloir 25 minutes (45 minutes au total pour 45 minutes de parloir). Plus les fouilles à nu intégrales dont j’ai fait l’objet. En 5 ans et demi j’ai été le plus fouillé de la Maison d’Arrêt. Plus les fouilles de cellule avec des prétextes fallacieux, seulement parce que je leur tiens tête et je suis un minimum instruit et que je me bats contre leur système du tout sécuritaire ou l’humain est complètement annihilé.

Le témoignage du CRA … whaaaa … c’est atroce ce qu’ils vivent. La société cache bien la vérité aux gens et après du vois la grosse Le Pen qui les fustigent, leur met tout sur le dos. Je sais pas de quoi ils profitent ces gens. Leurs conditions sont terribles et indignes de la France, « le pays des droits de l’homme ».

Je passe bientôt au TGI pour un surveillant qui se pose en victime et le mitard où j’ai été torturé, menacé, sans soin, sans chauffage, à poil, j’ai du boire l’eau des chiottes pour pas clamser… Il n’a qu’un jour d’ITT, de plus ils ont merdé grave avec moi, ils ont trafiqué leur compte rendu d’incident, des connivences dans lesquelles cette maison d’arrêt excelle et qui perdurent. Je ne lâche rien. Je vais me battre avec mon avocate. Je compte sur votre soutien les potos, j’ai la FO pénitentiaire sur le dos, je les appelle les caliméros de la maison d’arrêt, ils font ce qu’ils veulent et le mensonge est leur crédo. C’est toujours eux les victimes,c’est dingue, bref, je ne lâche rien et j’irai jusqu’au bout.

Je capte nikel la station. Mais en Division 2 à Fresnes, je me crois au 19ème siècle mais bon, je gère, j’ai le moral. Ils m’ont enfin mis la lumière en cellule, 5 jours dans une semi obscurité, ce n’est pas facile.

Les parloirs en sous sol laisse tomber, c’est de la folie, rien d’agréable. »

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