Communiqué des éditions du bout de la ville, 29 août 2026. Première décision de justice exigeant la sortie d’un prisonnier du QLCO !
Cher·es ami·es, éditeurs, éditrices, libraires, journalistes, militants et militantes associatifs, cuisiniers, cuisinières, lecteurs, lectrices.
Nous avons le soulagement, la joie, de vous annoncer que, le 19 août dernier, Moben a quitté le QLCO (Quartier de lutte contre la criminalité organisée) d’Alençon-Condé-sur-Sarthe où il avait été transféré en novembre 2025 pour avoir osé écrire un livre, Mange ta peine, recettes du prisonnier à l’isolement. Son livre n’avait pas plu au ministère de la Justice, alors en pleine campagne de communication sécuritaire et de promotion de ces quartiers expérimentaux censés « vaincre le narcotrafic » (voir nos précédents communiqués ici et là).
Son retour au quartier maison centrale de Moulins-Yseure fait suite à une ordonnance du tribunal administratif de Paris, statuant en urgence, datée du 3 août 2026. Cette décision a suspendu les effets de la décision du Ministre de la Justice de placer Moben en QLCO et lui a donné l’obligation de le réaffecter à Moulins-Yzeure dans un délai de quinze jours.
Trois juges ont retenu qu’il y avait bien urgence à suspendre cette décision en raison :
• de la situation à la prison de Condé-sur-Sarthe et des traitements inhumains et dégradants auxquels y sont soumis les détenus ;
• de l’atteinte portée à la vie privée et familiale de Moben, du fait de l’absence d’unités de vie familiale et de l’impossibilité d’appeler ses proches plus de deux heures par semaine ;
• du manque absolu d’activités proposées en détention et de possibilités de travailler, ainsi que la remise en cause du projet d’aménagement de peine qu’il avait construit dans son précédent lieu de détention.
Les juges ont ensuite retenu qu’aucun élément présenté par le ministre de la Justice n’était de nature à établir que Moben entretiendrait des liens avec la criminalité organisée depuis sa dernière condamnation pour des faits commis il y a plus de dix ans.
Cette décision intervient alors que ces quartiers expérimentaux ont été largement contestés et dénoncés sur différents fronts ces derniers mois : pendant plus de quinze jours, au mois de mai, les prisonniers ont mené un courageux mouvement de blocage tandis que leurs proches publiaient un communiqué dénonçant les humiliations qu’ils et elles subissent ; en juin, six prisonniers ont déposé une plainte groupée à l’encontre de la direction et des personnels pour violences et harcèlement moral ; à quelques jours d’intervalle, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) publiait en urgence un rapport accablant qui dénonçait des « violences systémiques » au sein du QLCO.
S’appuyant sur ces différents éléments, le tribunal de Caen publiait le 18 juillet une ordonnance qui intimait aux ministères de faire cesser les agissements et pratiques déshumanisantes.
Torture de l’isolement, pratiques arbitraires et dégradantes, humiliations des proches : tel est le quotidien de ces nouveaux quartiers dédiés tout à fait officiellement à la plus grande souffrance possible des prisonniers. Les surveillants y revendiquent leurs opinions suprémacistes et mettent à nu le seul projet politique de l’extrême droite : le spectacle de la cruauté, la punition, la haine raciste… la mort. Au mur d’une salle des officiers, cette terrible formule : « Si tu parles, c’est que tu respires ! »
La décision qui permet à Moben de quitter cet enfer fascisant est d’autant plus importante qu’elle est la première à avoir une issue positive, mais aussi car elle se base pour l’essentiel sur des éléments qui pourront être mobilisés par d’autres prisonniers.
Un an après la création de ces nouveaux quartiers de haute sécurité, les prisonniers et leurs proches ne sont pas décidés à garder le silence. En nous tenant à leurs côtés, nous vous invitons à poursuivre la bataille contre les QLCO dont la logique mortifère et les pratiques sont déjà en train de contaminer l’ensemble des détentions en France (voir ici).
Combattre les QLCO, c’est combattre l’insensibilisation collective d’où renaissent tous les fascismes.
Les éditions du bout de la ville, le 26 août 2026
Pour en savoir plus :
La recette ultra-simple : un gâteau basque sans four.
Mange ta peine, les recettes d’un prisonnier à l’isolement, livre de MOBEN et Gaëlle Hoarau.
La prison bâillonne ! (émission Au poste !)
