Étiquette : quartier de prévention de la radicalisation

  • Salim A. subit des traitements dégradants à la prison de la Santé

    Salim A. subit des traitements dégradants à la prison de la Santé

    Communiqué de L’Envolée

    Salim A. a été transféré au quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) de la Santé en janvier 2026. Ce sont des unités pénitentiaires spécialement conçues pour enfermer les détenus condamnés pour terrorisme ou désignés comme radicalisés afin de les séparer des autres prisonniers au moyen de cellules individuelles, de promenades dédiées et de parloirs séparés. La décision du placement en QPR, en quartier d’isolement (QI) ou en détention normale est prise au terme d’un passage de dix-sept semaines en quartier d’évaluation de la radicalité (QER).

    Salim a été envoyé au QER de Vendin-Le-Vieil en 2021 parce qu’il refusait catégoriquement de rencontrer le « binôme de soutien » – un éducateur et un psychologue censés évaluer la « radicalisation » des prisonniers. En effet, puisqu’il a été condamné pour des faits de droit commun, l’administration pénitentiaire n’avait pas d’autre motif de le lui proposer que la longueur de sa barbe, qui n’a jamais varié. Musulman pratiquant, la religion lui a permis de tenir le coup en détention, mais il ne s’est pas tourné vers l’islam radical pour autant. Pour contester l’étiquette qu’on lui collait d’office, Salim a continué à refuser tout entretien avec les experts, les psychologues et les services pénitentiaires d’insertion et de probation (Spip) dans les différentes unités où il a été placé. Depuis son passage au QER, il subit un traitement particulièrement dégradant, notamment du fait de fouilles systématiques alors qu’il n’est plus DPS (détenu particulièrement signalé). Il est fouillé à chaque mouvement, palpé chaque fois qu’il remonte de promenade, et fouillé à nu après tout contact avec l’extérieur.

    Après le QER, Salim A. a été placé à l’isolement de 2021 à 2024, puis affecté en détention normale jusqu’en 2026. Lorsqu’il a été placé au QPR de la Santé, il a d’abord été seul en promenade, et c’était pour lui un moment essentiel, l’occasion de pratiquer une activité sportive et de marcher pour supporter les vingt-trois heures qu’il passe chaque jour en cellule… Jusqu’au moment où l’administration lui a imposé la présence d’un autre prisonnier. Sa demande d’être seul en promenade n’est ni un caprice, ni un rejet des règles de l’établissement, mais un choix mûrement réfléchi : il préfère rester à l’écart parce qu’il sait d’expérience que l’administration pénitentiaire prend prétexte des moindres interactions entre prisonniers pour leur coller des étiquettes qui les suivent jusqu’au bout de leur peine.

    Après avoir demandé par courrier à être seul en promenade, il est resté deux semaines sans y aller. Un jour, il a voulu redescendre en promenade, mais quand il a vu qu’on le remettait avec l’autre prisonnier, il est remonté en cellule sans autorisation. Ça lui a valu un compte rendu d’incident (CRI) qui s’est soldé par une peine de dix jours de quartier disciplinaire (QD). Depuis qu’il y a été placé le 21 mai, il refuse d’en sortir, exige son transfert et sa sortie du QPR. Ça fait donc trois semaines qu’il est au mitard de la Santé dans des conditions de détention particulièrement dégradantes et déshumanisantes. Il n’a reçu qu’une paire de couverts jetables en bois à son arrivée au mitard, et avec la chaleur et la saleté, ils pourrissent. Ses rations de nourriture sont réduites. Comme il n’y avait pas de robinet dans sa cellule, il a longtemps été obligé de boire à même la douche, jusqu’à ce qu’on finisse par lui en installer un récemment, après force et réclamations. Il n’a accès à des vêtements propres qu’une fois par semaine, au parloir. Du fait de son placement à l’isolement, ces parloirs sont limités à quarante-cinq minutes par semaine, sans accès aux salons familiaux alors que sa famille fait des centaines de kilomètres pour venir le voir toutes les semaines. Il est arrivé à plusieurs reprises que les surveillants l’appellent pour le parloir et pour la promenade en même temps, ce qui l’oblige à choisir entre les deux. Son dernier sac de linge a été refusé pour des motifs totalement arbitraires : une housse d’oreiller jugée non réglementaire alors que c’est celle de sa cellule, avec l’étiquette de la Santé. Il a entendu l’officier du QPR dire à son collègue derrière la porte : « Il veut rester au QD ? Faites-lui la totale ! ».

    Son placement en QPR vient d’être renouvelé pour six mois, bien que l’administration pénitentiaire reconnaisse qu’elle ne sait rien du rapport de Salim à l’islam. Elle lui ordonne de répondre aux divers experts du QPR, sans quoi il sera placé à l’isolement.

    Salim A. demande son transfert en centrale, conformément à son statut de prisonnier longue peine, afin de pouvoir bénéficier de parloirs en Unités de vie familiale et sa sortie du QPR. Il exige que l’administration pénitentiaire cesse de l’étiqueter comme radicalisé et qu’il soit mis un terme aux traitements dégradants et aux conditions de détention déshumanisantes qu’il subit au mitard de la Santé.

    Paris, le 22 juin 2026

    Si vous voulez soutenir Salim A., contactez la prison de la Santé :
    • Tél. : 01.86.21.80.20.
    • Adresse postale : 42, rue de la Santé, 75674 Paris Cedex 14