Cher·es ami·es, éditeurs, éditrices, libraires, journalistes, militants et militantes associatifs, cuisiniers, cuisinières, lecteurs, lectrices,
En novembre dernier, nous faisions paraître Mange ta peine, recettes du prisonnier l’isolement, écrit par Moben un prisonnier qui a passé onze années en quartier d’isolement. Quelques jours plus tard, nous apprenions son transfert disciplinaire à la prison de haute sécurité d’Alençon-Condé-sur-Sarthe pour y être placé au nouveau QLCO (Quartier de lutte contre la criminalité organisée). Son livre n’avait pas plu au ministère de la Justice alors en pleine campagne de communication sécuritaire (voir notre communiqué ici).
Vous avez été nombreuses et nombreux à témoigner de votre solidarité avec Moben en achetant son livre chez des libraires qui l’ont mis en avant, en passant des commandes groupées ou en cuisinant ses recettes lors de grands banquets. La censure et les hauts murs ne parviennent jamais tout à fait à étouffer la voix d’un enfermé.
Cela fait plus de six mois que Moben subit le régime déshumanisant de ce nouveau quartier de haute sécurité (QHS) : surveillants cagoulés 24 h/24 dont les ordres se réduisent à de simples mots : « Ligne / Bras / Reculer… » ; au sol de la cellule, une ligne rouge sur laquelle se tenir, bras en l’air dès que les surveillants en donnent l’ordre ; fouille à nu quotidienne dans des conditions extrêmes ; appels téléphoniques restreints et rendus quasi impossibles ; horaires changeant en permanence ; aucun contact physique avec les proches à cause des parloirs hygiaphones… En plus d’intensifier la torture blanche, cet isolement d’un nouveau genre laisse les mains libres aux surveillants les plus radicalisés : des prisonniers se font réveiller aux cris de « Ici, c’est chez nous ! Ici, c’est le IIIe Reich ! Les nazis, c’est nous ! ».
En mai, la moitié des prisonniers du QLCO ont entamé un mouvement de protestation en cessant de louer postes de télévision et frigos, en refusant de se rendre en promenade, en déposant un recours collectif. Ils exigent que soit mis fin aux abus de pouvoir répétés de certains surveillants ainsi que des aménagements de la vie en détention pour le sport, la scolarité, la pratique religieuse, les cantines et les contacts téléphoniques avec les proches, dont certain·es commencent aussi à s’organiser dehors.
Comment accepter qu’un bébé de deux ans (« enfant de moins de 1 mètre ») soit palpé par des hommes muets et cagoulés avant de retrouver son papa derrière une vitre ?
La contrôleuse des lieux de privation de liberté vient d’y dépêcher une visite en urgence. Tandis que quelques articles sont sortis dans la presse (Médiapart ici ou Libération là).
Dehors nous pouvons nous aussi dénoncer ce régime expérimental qui, n’en doutons pas, préfigure le futur de l’ensemble des prisons de France. Nous pouvons nous adresser à l’administration pénitentiaire pour condamner la déshumanisation et l’indignité de ces prisons qui enferment en notre nom. Vous pouvez aussi continuer à faire connaître les recettes de Moben et nous faire parvenir des courriers, des dessins, des photos que nous lui transmettons.
Les éditions du bout de la ville, le 28 mai 2026
Contact@leseditionsduboutdelaville.com
Bout de la ville
3 place du Champ de Mars, 09290, le Mas d’Azil
Pour contacter la prison et l’Administration pénitentiaire :
Centre pénitentiaire d’Alençon-Condé-Sur-Sarthe
À l’attention du directeur,
Monsieur Vincent Vernet
Route du pont Percé – RD 112
BP 850 61041 Alençon Cedex
Tel : 02 50 51 10 00 / 02 50 51 10 11
Mail : Sec.cp-alencon-conde-sur-sarthe@justice.fr
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Direction interrégionale des services pénitentiaires Grand-Ouest-Rennes
À l’attention du directeur interrégional,
Monsieur Pascal Vion
18 bis rue de Châtillon
CS 23131 35031 Rennes Cedex
Tel : 02 99 26 89 00
Mail : sve.disp-rennes@justice.fr

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