Des nouvelles de Fabrice au quartier d’isolement de Condé-sur-Sarthe, qui attend des soins et que sa plainte contre des surveillants avance.
Aurélie au Centre pénitentiaire pour femmes de Rennes, qui raconte comment la logique sécuritaire et l’idéologie anti-prisonniers conduit à annuler une sortie activité thérapeutique organisée par le SMPR.
RETOUR DU PROCES DE RITCHIE THIBAULT
Il devait se tenir le 8 juillet mais a été reporté en dernière minute, au mépris des nombreux témoins qui s’étaient déplacés, dans le but de faire eux-mêmes le procès de la justice raciste et des violences d’état. On raconte un peu ce report, on repasse des extraits de notre émission du 6 juin avec Ritchie et on lit une lettre écrite pas Kémi à cette occasion.
DES NOUVELLES DU QLCO DE CONDÉ-SUR-SARTHE
Les surveillants sont mécontents d’avoir été épinglés dans le rapport de la contrôleuse de prisons (voir notre article, notre émission et la page de la CGLPL). Et ils le font sentir ! On donne des news des prisonniers et proches, de comment ça se passe en détention…
(Cette émission a été enregistrée le 18 juillet, juste avant le mouvement de surveillants qui ont protesté contre ce rapport, choqués que la brutalité systémique des QLCO soit critiquée publiquement).
L’ENFERMEMENT PSYCHIATRIQUE
Suite à deux précédents épisodes sur l’enfermement psychiatrique et ses violences (voir ici et là) on revient sur des projets de lois, imprégnés de racisme, qui vont empirer tout ça…
L’Envolée est une émission radio pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. C’est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.
L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et les prisonnières.
En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne. Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord,en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h). Et sur toutes les plateformes de podcast.
Pour nous joindre : 07.53.10.31.95 (appels, textos, signal), ou par mail : contact@lenvolee.net Pour écrire : Radio FPP – L’Envolée. 1 rue de la solidarité, 75019 Paris instagram : @lenvolee_journal
Des nouvelles de Pascal qui revient sur son transfert à St Martin de Ré, l’histoire particulière de cette centrale, les changements survenus ces dernières années en quartier maison centrale, et son parcours de prisonnier longue peine.
Kemi rend hommage à Léon, 72 ans, mort d’une crise cardiaque à cause de la chaleur à la Centrale de Moulins-Yzeure. Il dénonce l’indifférence généralisée pour les mort-es de la canicule en prison. L’occasion de rappeler que les personnes enfermées souffrent particulièrement des vagues de chaleur qui s’enchaînent. Mais comme dehors les pauvres subissent aussi ces canicules de plein fouet, le sort des prisonniers et des prisonnières n’émeut pas grand monde.
Appel de la conjointe d’un prisonnier de Lutterbach qui est dans le coma depuis fin juin après qu’il a été retrouvé inconscient dans sa cellule en pleine canicule. Après avoir été baladée par l’administration pénitentiaire (AP) et l’hôpital qui refusent de communiquer le dossier médical, on lui a dit que la prise en charge a été trop tardive et que les dommages au cerveau sont irrémédiables. Comme d’hab l’AP ment pour se couvrir : elle affirme qu’il était en bonne forme lors de la ronde du matin, 4h avant qu’ils ne le retrouvent inconscient, et elle prétend qu’il s’est drogué, même si les analyses ne révèlent rien. Humiliation supplémentaire : alors que sa mise sous écrou avait été levée, permettant aux proches sans permis de visite de le voir à l’hosto, celle-ci a été réinstaurée par le juge alors que les médecins l’ont déclaré en fin de vie.
On discute du rapport de la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) sur le quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de Condé-sur-Sarthe, qui dénonce des « violences systémiques » et des traitements inhumains et dégradants qu’on racontait déjà dans le numéro 64 du journal l’Envolée (qu’on peut retrouver sur notre site ici) et dans différentes émissions (notamment ici et là). Des proches de personnes enfermées au QLCO de Condé dénonçaient également les conditions de parloirs effroyables qu’elles subissaient dans un texte consultable ici. La CGLPL se montre bien plus directe dans ses observations et ses recommandations qu’à son habitude. C’est que les pratiques qu’elle décrit sont particulièrement horribles : notamment des fouilles à nu humiliantes pouvant mener à des agressions sexuelles et des « pliages » ; ou encore des repas servis dans des paniers suspendus, le prisonnier risquant d’être privé de nourriture ou tabasser s’il touche le panier en prenant sa gamelle. On peut retrouver le rapport en ligne ici.
On revient brièvement sur le procès de Ritchy Thibault qui devait se tenir le 8 juillet mais qui a été renvoyé. L’occasion de reparler du racisme d’État contre les voyageurs et censure de la parole des personnes racisées dont celle de Kemi, prisonnier longue peine et voyageur, qui devait témoigner à cette audience.
AGENDA
Marche pour un 14 juillet internationaliste marche à 15h à Bastille à Paris
L’Envolée est une émission radio pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. C’est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.
L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et les prisonnières.
En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne. Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord,en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h). Et sur toutes les plateformes de podcast.
Pour nous joindre : 07.53.10.31.95 (appels, textos, signal), ou par mail : contact@lenvolee.net Pour écrire : Radio FPP – L’Envolée. 1 rue de la solidarité, 75019 Paris instagram : @lenvolee_journal
Un rapport accablant publié par la contrôleuse des prisons, juillet 2026.
« Ici on va te briser ! »
Nous dénonçons les QLCO depuis l’annonce de leur création : « quartiers de lutte contre la criminalité organisée » ou « narco-prisons » selon leurs promoteurs, ces « QHS modernes » sont avant tout des lieux de torture. Depuis qu’ils ont ouvert, nous essayons de porter les voix de prisonniers et de leurs proches, malgré la chape de plomb qui les couvre, au sujet des conditions qui leur sont imposées dans ces QLCO et de la nécessité de se mobiliser.
La CGLPL (contrôleuse générale des lieux de privation de liberté) vient de publier le rapport du 9 juin 2026 concernant sa visite à la prison d’Alençon Condé-sur-Sarthe, au QLCO et dans les autres quartiers. Ce rapport est accablant : c’est la première fois qu’elle émet des observations et recommandations aussi radicales, parce que la situation est extrême. Elle y parle explicitement de « violences systémiques » de la part de gardiens, permises par l’institution. Elle détaille des actes et un fonctionnement glaçants et réclame des mesures d’urgence, qui remettent en cause l’existence même de ces régimes de détention.
Voici quelques extraits :
« Il ressort des constats effectués et des témoignages reçus – tant de personnes détenues que de professionnels et intervenants – que des violences systémiques sont commises sur des détenus par des membres du personnel pénitentiaire de détention »
« Lors des fouilles à nu, particulièrement nombreuses, un mécanisme récurrent d’escalade s’exerce : le moindre retard ou la moindre incompréhension pour répondre aux injonctions multiples ou difficilement exécutables sont qualifiés de refus d’obtempérer. Il conduit alors à des interventions physiques, dites « pliage ». (…) Des modalités de réalisation de ces fouilles sont humiliantes ou brutales : maintien en équilibre sur un pied, bras tendus sans possibilité de prendre appui, gestes brusques de certains agents avec leurs mains ou le magnétomètre. Selon les propos rapportés, ces fouilles donnent parfois lieu à des attouchements au niveau des fesses et des parties génitales des détenus.
Lorsqu’il est fait usage de la force et notamment de pratiques de « pliage », les détenus, le cas échéant déjà nus, sont projetés ou immobilisés au sol. Ces techniques d’immobilisation peuvent s’accompagner de doigts dans la bouche et dans les yeux, de pratiques asphyxiantes, de prise des parties génitales. Dans un bureau occupé par des officiers, un tableau blanc porte l’inscription : « Si tu peux parler, c’est que tu respires ☺ ». Plusieurs détenus ont rapporté avoir entendu cette même phrase après avoir été « pliés » lorsqu’ils se plaignaient de difficultés respiratoires. Dans plusieurs situations documentées, ces violences ont entraîné des lésions médicalement constatées. »
« Si tu peux parler, c’est que tu respires 🙂 »
« Des propos enfreignant la loi et les règles du code de déontologie auquel le personnel pénitentiaire est astreint sont rapportés à de nombreuses reprises : « Espèce de merde », « Ta gueule », « Sale bougnoule », « Ici on va te briser ». Certains prennent la forme de chants :
« Ici, c’est chez nous, ici c’est le 3e Reich, les nazis c’est nous »
Au quartier disciplinaire : « Plusieurs témoignages concordants ont rapporté une pratique consistant à placer les éléments des repas dans une corbeille tenue en hauteur en défiant le détenu de s’en saisir sans toucher ladite corbeille, sous peine de ne pas recevoir de nourriture et de subir des violences. Les propos racistes et nationalistes décrits précédemment y sont également entendus. »
Les prisonniers du QLCO sont obligés de se placer sur une ligne tracée sur le sol de leur cellule lorsqu’on ouvre la porte, et de marcher sur une autre ligne lors des déplacements. Le prétexte est la prévention des agressions, alors qu’en grande majorité, ces prisonniers ne présentent aucun passé agressif en détention. Selon la CGLPL : « L’ensemble s’inscrit dans une démarche d’humiliation et de déshumanisation. »
« Certaines pratiques de surveillants relèvent d’une logique d’intimidation et d’abus de pouvoir » : « cris dans les coursives », « coups portés dans les portes », « interpellations agressives ou insultes ». Ordres lancés sous formes de mots-clé : « Parloir », « Fenêtre », « Promenade », etc. « Réveils volontaires » la nuit : « allumage de la lumière, coups de pied dans la porte ou injonctions adressées aux occupants des cellules ».
Elle relate de nombreux « Ordres abusifs et humiliants », interdictions et privations d’effets personnels (savon, vêtements propres, tabac). Elle précise que les techniques de pliage et le placement au quartier disciplinaire (QD) sont employés lorsque des surveillants estiment que des actes, pourtant autorisés par la direction (comme transporter un livre !) sont des infractions.
Elle note aussi que les cagoules portées par les gardiens augmentent leur sentiment d’impunité, pour conclure : « L’ensemble de ces agissements relève de traitements inhumains et dégradants et constitue des fautes professionnelles, voire des infractions pénales. Ils vont au-delà de l’absence de dialogue entre surveillants et détenus revendiquée depuis la mise en service de l’établissement ». Elle rappelle aussi que la prison de Condé-sur-Sarthe a déjà été épinglée pour des pratiques violentes, non résolues, avant l’ouverture du QLCO..
Elle conclut : « Par leur nature et leur accumulation, ces faits portent gravement atteinte à la dignité des personnes détenues et sont susceptibles de relever de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme. Ils doivent cesser immédiatement. Le CGLPL rappelle que l’administration est responsable de la sécurité et de l’intégrité des personnes confiées à sa garde, qu’elle doit protéger de toute forme de violence. A ce titre, elle doit prendre toute mesure propre à la prévenir et à y mettre fin. Aucun acte de violence ne doit rester sans réponse. En l’état, le fonctionnement de l’établissement ne permet pas d’y prendre en charge des personnes privées de leur liberté par décision de justice dans le respect de leur dignité. »
Fidèle à lui-même, le garde des sceaux a répondu à ce rapport qu’il ne voyait pas de problème, étant donné qu’aucun des centaines de recours au tribunal engagés par les prisonniers et leurs avocat.e.s, n’ont abouti… Évidemment : la justice valide les agissements de ses agents. Pour eux : « les QLCO sont nécessaires ».
Nous ne pouvons pas attendre qu’un rapport de la CGLPL change les choses tout seul. Les prisonniers eux-mêmes prennent des risques et se mobilisent depuis des mois pour dénoncer ce qu’ils vivent. Nous devons au moins les entendre et leur donner de l’écho.
Nous vous invitons à lire et faire circuler ce rapport dans son intégralité, et à manifester votre désaccord… Pourquoi pas appeler la détention pour les questionner et affirmer votre solidarité avec les prisonniers et leurs proches ? (Numéros disponibles sur les pages officielles du ministère).
Le rapport complet se trouve ici. Cliquez ici pour lire la publication complète du CGLPL : rapport, référence à des rapports précédents pointant des violences, réponse de Darmanin.
Précisons que ce rapport n’aborde pas les gros soucis liés aux parloirs et liens avec les proches, que nous avons largement documentés.
Et pour écouter ou lire d’autres prises de paroles sur les QLCO :
Émission de l’Envolée du vendredi 6 septembre 2024
Lettres de Blanche au CP de Caen et d’Aurélie à Poitiers-Vivonne, qui racontent l’esclavage en taule, qui n’a pas évolué malgré la mise en place d’un « droit du travail » en prison. Aurélie parle aussi de l’insupportable surpopulation.
Lettre de Zouzou depuis les Baumettes ou elle est privée de tout : de soins indispensables, de pouvoir effectuer ses démarches administratives…
« Le juge n’est pas là, donc le détenu croupit en prison ». Enfermé à la maison d’arrêt de la Talaudière (Saint-Étienne), Eddy explique qu’il attend sa réponse à une demande d’aménagement de peine… qu’il aurait dû recevoir début juillet : comme le juge est absent et que personne ne prend la suite, il attend entre quatre murs. Et il n’est pas le seul dans ce cas ! (Lettre publiée sur le blog infos prison Saint-Étienne)
Échos de mouvements collectifs de prisonniers pendant l’été : à La Talaudière (voir ici et là), à Reims le 8 et 11 août pour l’amélioration des conditions de détention et des douches tous les jours pendants la canicule (revendication qui choque le syndicat de matons FO !) ou encore à Seysses le 14 aout.
A la prison de Tarbes, record de surpopulation et brutalité systématique des surveillants : la CGLPL publie un rapport « urgent »… Dupont-Moretti le balaie d’un revers de main. Discussion sur les recours en justice et la nécessité d’entendre la parole des prisonniers et prisonnières.
Retour sur les MICAS (Mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance), ces mesures administratives, fondées sur des notes blanches de la police, qui ont permis d’assigner 549 personnes à résidence à l’occasion des JOP, sans même s’encombrer de passer par un procès.
L’Envolée est une émission radio pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. C’est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.
L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et les prisonnières.
Direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne ! Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord,en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h). Et sur toutes les plateformes de podcast.
Pour nous joindre : 07.53.10.31.95(appels et textos). Pour écrire : Radio FPP – L’Envolée, 1 rue de la solidarité, 75019 Paris
Trois prisonnier·e·s condamné·e·s à de longues peines disent le temps qui détruit leur vie et celle des autres prisonnier·e·s, ces peines interminables qui dissipent tout idée de « réinsertion », mais surtout, qui tuent à petit feu, anéantissent les facultés physiques et intellectuelles. Cesario en arrive même à interpeller les institutions de l’État pour revendiquer le droit à mourir – comme les dix prisonniers de la centrale de Clairvaux qui écrivaient le 16 janvier 2006 :
"À ceux de l'extérieur osant affirmer que la peine de mort est abolie. Silence ! On achève bien les chevaux ! Nous, les emmurés vivants à perpétuité du centre pénitentiaire le plus sécuritaire de France (dont aucun de nous ne vaut un Papon), nous en appelons au rétablissement effectif de la peine de mort pour nous."
La guillotine certes n’existe plus ; mais la peine de prison à vie, c’est-à-dire de prison jusqu’à la mort, l’a remplacée à coups « de mois qui paraissent être un an » comme l’écrit Céline ci-dessous, avec un tranchant tout aussi morbide. Ces courriers font hélas écho aux dits et écrits de prisonnier·e·s rassemblés dans le livre La peine de mort n’a jamais été abolie.
« La vie continue, mais nous, on stagne au jour de notre incarcération »
J’ai encore dix longues années à tenir dans ces lieux. J’en ai effectué que deux et demi sur les seize ans de départ. Je ne serai aménageable qu’en 2026. Le temps est long. Dans ces lieux, un mois paraît être un an, alors je mets à profit ce temps pour comprendre ce qui m’a conduit ici et pour « préparer » tant bien que mal ma sortie.
Cela fait un an que je suis à Rennes (avant j’étais à la maison d’arrêt pour femmes de Limoges), le plus grand centre de détention pour femmes de France et apparemment d’Europe. Laissez-moi rire. L’administration pénitentiaire est pire que ce que j’ai connu en maison d’arrêt. Voilà deux semaines que j’attends pour enregistrer un numéro de téléphone, cinq mois d’attente et certainement plus pour un droit de visite. Des demandes sans réponses. On m’avait dit, avant mon transfert : « les numéros de téléphone suivent ». Et bien ici, non. Alors qu’à Fresnes, à Jullouville, à Poitiers, et j’en passe, ça suit. Quand je parle aux filles qui ont connu d’autres maisons d’arrêt, d’autres centres de détention, dès lors qu’on est condamné, on n’a plus besoin de fournir de factures pour enregistrer les numéros. Mais ici il le faut. C’est incompréhensible.
En ce qui concerne le taf, il n’y a pas de travail pour toutes. Il y a une vingtaine de places au façonnage où l’on fait du travail à la pièce, coller des blocs sur des pochettes, plier des documents pour faire des pochettes à rabats ou des dossiers, faire des disques stationnement, enrouler des affiches pour des magasins, mettre des documents sous film. Il y a environ quarante places à la confection : draps, serviettes pour les prisons, uniformes pour les matons, matelas, et quelques commandes pour des entreprises privées. Ensuite, il y a les auxi pour le repas, le ménage, la désinfection. Ensuite, il y a la cuisine et deux ou trois filles pour les cantines. Il y a deux ou trois formations rémunérées. Pour les autres, ce sera soit l’indigence, soit des personnes à l’extérieur s’il nous en reste, quand elles peuvent et qu’elles nous font des virements.
Comment s’intégrer dans notre famille quand on est au téléphone ?
Il faut un projet pour la sortie, mais comment mettre un projet en route quand on n’a pas les formations nécessaires ? Comment se renseigner quand on n’a pas accès aux informations ? Quand je vois des filles qui sont là depuis dix, quinze, vingt ans, comment les réinsérer dans un monde qui a totalement changé ? Ces filles qui n’ont pas connu internet et les téléphones portables, comment vont elles être autonomes et se servir de ces technologies qui sont tellement importantes aujourd’hui et pour lesquelles elles ne connaissent rien ? Ça me fait peur pour elles, mais aussi pour moi : dans dix ans, tout aura changé. C’est la vie ! Comment s’intégrer dans notre famille quand on est au téléphone ?
Dehors la vie continue, mais nous on stagne au jour de notre incarcération. Oui, la sortie me fait plus peur que de rester ici, mais pourtant j’ai un désir beaucoup plus grand d’être libre. C’est paradoxal et difficile à vivre.
En ce qui concerne le CGLPL (Contrôleur général des lieux de privation de liberté), on se tourne vers eux mais si on sait que ça sert à rien, mais surtout parce qu’on ne sait pas vers qui se tourner pour revendiquer ce qui nous semble injuste, ignoble. Alors on écrit au CGLPL ou à l’OIP (Observatoire international des prisons). Si les gens savaient vraiment ce que l’on vit, ce que l’on paie, et le prix, ce que l’on touche… Même ça, est ce que ça aurait un impact ?
Je suis dans la prison où il y a eu pas mal de problèmes, avec des vieux que l’on a laissé crever. J’ai vu ce qu’il y a de pire. Et aujourd’hui encore, exemples :
un codétenu cardiaque, avec les poumons foutus, et un demi-cœur qui fonctionne, qui n’a aucun suivi depuis un an qu’il est ici
un autre, polytraumatisé, avec le cerveau d’un enfant enfermé sans suivi
Et le pire, c’est que le SPIP (Service pénitentiaire d’insertion et de probation) ne sert à rien, le médical c’est du n’importe quoi depuis que le médecin que l’on avait est parti. Pour savoir ce qu’il s’est passé, vous n’avez qu’à regarder sur le net : Bédenac, CGLPL, « maltraitrance sur les personnes âgées ». Je fais partie de principaux donneurs d’alerte au CGLPL, avec aussi l’ancien médecin du site. J’appelais tous les jours le CGLPL, et avec des courriers de suivi. Du coup, après cette visite de contrôle, du CGLPL, je vous explique pas, je suis très mal vu de la direction. Heureusement que les surveillants me comprennent, sauf deux ou trois qui n’ont rien compris. Mais si je devais recommencer, je le ferai car c’est inhumain ce qu’il se passe. On a été condamnés à la prison, pas à la peine de mort ! C’est que, ici, on peut se poser la question.
Dans ce pays, il y a un sacré nombre de fachos !
Vous savez, un autre exemple : un détenu qui me traite de « sale juif », qui fait des saluts nazis, des propos insultants sur les juifs. Et là, personne ne fait rien ! On le laisse faire. Pas besoin de se demander pour qui vote la direction de cette taule. Il ne fait pas bon être juif et étranger ici.
En gros, c’est la merde totale, sauf les cellules et les bâtiments. En fait, c’est comme les bonbons à l’orange sanguine : l’emballage est beau, mais sans l’emballage c’est amer. C’est pour cela que je n’en peux plus. Je suis triste de cette vie et de ce monde qu’on laisse à nos enfants. On nous abreuve d’informations de guerre, de haine. Dans ce pays, il y a un sacré nombre de fachos ! Et tous ces gens qui crèvent dans le monde de faim, de la guerre, quelle honte !
Je vous remercie pour votre réponse, à bientôt.
« La peine de mort ayant été abolie en 1981, une peine de détention jusqu’à la mort a remplacé celle-ci dans les faits »
Dans une prison du sud de la France, quartier d’isolement,
Mai 2022
À mesdames et messieurs les représentants de la nation française, élu·e·s aux élections législatives de juin 2022,
Je rédige ce courrier depuis la cellule d’un quartier d’isolement d’un centre pénitentiaire du sud de la France. J’ai écrit précédemment plusieurs courriers aux différents ministres de la Justice successifs. Au dernier en poste aussi, après la visite qu’il a effectué dans cet établissement quelques semaines en arrière, sans un regard sur ce quartier d’isolement situé à 50 mètres à peine de son parcours balisé ! J’écris donc ce jour à ceux qui véritablement s’intéressent et s’investissent réellement dans la défense des droits et conditions de vie en détention, comme l’OIP-SF et le trimestriel Dedans-dehors, que je lis depuis de nombreuses années. Si ma lettre paraît, vous en prendrez connaissance. La CGLPL recevra une copie de ce courrier. Nous sommes actuellement 501 détenus condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité en France. Pour certains, les plus anciens, la fin de vie est proche mais leur état physique ne leur permet pas une libération, ils attendent la mort dans les « EPHAD » pénitentiaires.
Tous savent, et moi le premier, que je n’ai désormais plus aucune perspective d’avenir en liberté
Pour d’autres, dont je fais partie, nous sommes encore en bonne santé apparente. Mon cas personnel est tout de même atypique. Condamné en 1988 à la réclusion criminelle à perpétuité pour des faits datant de 1986. Je fus libéré deux fois en libération conditionnelle, en 2007 puis une seconde fois en mars 2019. En novembre 2019 j’étais à nouveau réincarcéré et je viens de voir ma conditionnelle révoquée en totalité. Sans rentrer dans les détails, tous savent, et moi le premier, que je n’ai désormais plus aucune perspective d’avenir en liberté. À 62 ans et trente-huit années de détention effectives, je souhaite comme certains autres détenus ayant mon profil de peine, que nous soient accordé le droit de partir en bon état, en utilisant un procédé létal et légal de fin de vie. Je suis encore en capacité de faire ce choix, et vous élus du peuple, êtes en capacité de faire adopter une loi le permettant. La peine de mort ayant été abolie en 1981, une peine de détention jusqu’à la mort a remplacé celle-ci dans les faits.
Vous pouvez l’ignorer, mais c’est un fait établi dont personne ne parle. N’attendez pas comme d’habitude qu’un très grave fait divers intramuros vous oblige, sous la pression médiatique, à vous pencher sur ce dossier de la fin de vie des très, très longues peines. J’en terminerai en citant Cioran :
"Je ne vis que parce qu'il est en mon pouvoir de mourir quand bon me semblera : sans l'idée de suicide, je me serais tué depuis toujours."
Émission de L’Envolée du vendredi 16 septembre 2022.
Appel de Pierre, qui explique le combat d’Adeline pour récupérer les affaires de son compagnon Romain Leroy après la mort de ce dernier : l’administration pénitentiaire refuse de les lui rendre
Lettre de John Paul, incarcéré à Bédenac, qui nous répond en évoquant son combat depuis 2017 pour remarcher en prison, les conditions de détention difficiles, la censure de L’Envolée
Discussion sur les institutions « indépendantes » créées par l’État, de la Commission des droits humains créée en 1957 pendant la guerre d’Algérie jusqu’au CGLPL aujourd’hui. Quelle utilité pour l’État ? À quoi sert un contre-pouvoir sans pouvoir ?
Bonne nouvelle : 12 évasions au CRA de Metz dans la nuit du jeudi 15 septembre ! Une personne a été rattrapée et sûrement blessée par la police
Repas de soutien et projection organisée par l’Assemblée contre les CRA samedi 17 septembre, puis Assemblée publique contre les CRAce mercredi 21 septembre à 19h au CICP (21 ter rue Voltaire 75011 Paris)
L’Envolée est une émission pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. L’Envolée est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.
On manque de forces pour faire tourner l’émission radio comme on le souhaiterait en ce moment : n’hésitez pas à nous contacter, que vous soyez prisonnier·e·s, proches, ou révolté·e·s contre l’enfermement et l’AP, pour nous filer un coup de main !
Direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne et MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h). Podcasts disponibles sur toutes les plateformes !
Pour nous joindre : 07.53.10.31.95(whatsApp, telegram, signal, appels et textos). Pour écrire : Radio FPP – L’Envolée, 1 rue de la solidarité, 75019 Paris, ou encore àcontact@lenvolee.net et surinstagram, twitter, facebook & snapchat.
L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et les prisonnières. Les abonnements du dehors permettent ça. Le numéro 55 est dispo et déjà censuré par l’Administration pénitentiaire ! Raison de plus pour le faire tourner un maximum et l’envoyer par tous les moyens par dessus les murs !
Notre bouquin pour troubler la fête du quarantième anniversaire de la prétendue abolition de la peine de mort est sorti ! Une manière parmi d’autres, que nous espérons nombreuses, de faire entendre quelques voix dissonantes dans l’écœurante auto-célébration du pouvoir.
Ce livre réunit des paroles de prisonniers, de prisonnières et de proches publiées dans le journal depuis sa création en 2001 qui nous rappellent avec force qu’en réalité c’est seulement la guillotine qui a été supprimée en octobre 1981.
Il est disponible dans toutes les bonnes librairies et sur la boutique de nos ami.e.s des éditions du bout de la ville.
Il est gratuit pour toutes les personnes enfermées : écrivez-nous à contact@lenvolee.net pour que nous puissions le faire parvenir à vos proches emprisonné.e.s !