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  • QLCO : À QUI PROFITE LE CRIME ? premiers échos de Condé et Vendin

    QLCO : À QUI PROFITE LE CRIME ? premiers échos de Condé et Vendin

    Début 2025, Darmanin a annoncé la création des quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) et les a inscrits dans la loi dite « narcotrafic ». Six mois après l’ouverture du QLCO de Vendin-le-Vieil et trois mois après celle de Condé-sur-Sarthe, des informations concrètes commencent à sortir sur la réalité de ces endroits et sur leur véritable fonction. Les QLCO servent les intérêts de toute la chaîne pénale : ceux du ministre évidemment, mais aussi ceux des juges et des enquêteurs, des matons et de leurs syndicats, et puis de l’administration pénitentiaire (AP). Pendant ce temps, les prisonniers et leurs proches font les frais de ce régime de détention épouvantable.

    Pour se faire entendre « dans le saloon de la démocratie », suffit de « tirer deux coups au plafond », explique le petit shérif. Plus qu’une mauvaise blague, c’est une stratégie politique : les annonces outrancières permettent d’obtenir moins, tout en donnant l’impression d’avoir négocié. Le cow-boy a d’abord exigé que les prisonniers soient placés au QLCO pour cinq ans ; et quand les parlementaires ont finalement voté un placement d’un an, il a pu ricaner : « On s’en fiche, puisque c’est renouvelable ! »

    La création des QLCO sert la communication du ministre dans sa course à la présidentielle. Ça fait maintenant plus d’un an que L’Envolée raconte comment Darmanin fait sa campagne sur le dos des prisonnier·es, avec l’interdiction des activités ludiques et la chasse aux téléphones portables… Ces nouveaux quartiers, c’est sa vitrine, le symbole du message de fermeté qu’il veut incarner. Et c’est pas fini : il accélère encore la cadence avec l’annonce de l’ouverture de nouveaux QLCO à Aix-Luynes, Valence et Réau dès 2026.

    LES JUGES D’INSTRUCTION SE FROTTENT LES MAINS…

    Derrière le nom mensonger de loi contre le « narcotrafic » se cache un outil pour enfermer la « criminalité organisée », ce qui revient en fait à la quasi-totalité des délits et des crimes pour peu qu’ils soient commis à plusieurs. On a vite fait de se retrouver avec une association de malfaiteurs sur le dos, ou une circonstance aggravante de bande organisée… Les prisonniers du QLCO sont sous le coup de diverses accusations et condamnations, du trafic de stup au banditisme en passant par le vol de voiture. Ça causait des « cent plus gros narcos », mais au bout du compte , il suffit d’être soupçonné d’entretenir des liens avec tel ou tel réseau – ou même juste avec l’extérieur – pour être envoyé à Condé ou à Vendin.

    80 % des prisonniers en QLCO sont en détention provisoire. La fonction de ces quartiers est avant tout de faire avancer les instructions en poussant les prévenus à cracher le morceau. Ce dispositif est inspiré du statut de repenti tel qu’il est pratiqué dans les prisons italiennes sous le régime 41bis : pour en sortir, il faut balancer et mettre quelqu’un à ta place ! Jusqu’ici peu utilisé en France, le statut de collaborateur de justice a d’ailleurs été élargi par la loi « narcotrafic ». Les QLCO deviennent ainsi un maillon central de l’appareil judiciaire : il s’agit de faire subir des conditions horribles aux prisonniers pour leur arracher des aveux.

    ET LES MATONS FONT CE QU’ILS VEULENT

    Le QLCO est aussi un cadeau fait aux matons, qui ont désormais les coudées franches. Tout le savoir accumulé au fil des années en termes de torture blanche peut y être mis en pratique et amélioré. D’après les informations qui nous sont parvenues, la déshumanisation qui était déjà à l’œuvre à Condé – centrale ultra-sécuritaire ouverte en 2013 pour mater les prisonniers récalcitrants – y est poussée à l’extrême.

    Au QLCO de Condé, les prisonniers ne sont que trente-sept, et de toute façon, ils ne peuvent pas croiser plus de quatre autres personnes en promenade. Les cantines sont extrêmement réduites. L’administration a inventé des règles inédites : pas plus de six paires de chaussettes, de six caleçons… Les prisonniers ont froid car le chauffage n’est que rarement allumé. Pour avoir un nouveau gel douche, il faut rendre le précédent – et donc attendre une semaine l’arrivée de la prochaine cantine.

    Tout est fait pour désorienter complètement les prisonniers. Le jour, il n’y a pas de lumière à cause des caillebotis aux fenêtres ; et la nuit, jamais d’obscurité complète, mais une lumière basse constante, et une lumière forte qui réveille les prisonniers toutes les deux heures. Il n’y a pas d’horaire fixe : il faut toujours être à l’affût, à attendre que les matons viennent dire de se préparer. S’ils « oublient » de te prévenir, pas de promenade : « t’étais pas prêt ! » – de toute façon, la promenade est souvent supprimée pour des motifs bidon…

    Les agents sont tous cagoulés. Les prisonniers ne voient pas d’autres visages que ceux des quatre autres qu’ils croisent en promenade. Lors de chaque mouvement en détention, les prisonniers sont escortés par trois à huit agents. À chaque arrêt, ils doivent se mettre la tête contre le mur. Dans les cellules, à deux mètres de la porte, une ligne rouge tracée au sol indique l’endroit où ils doivent se tenir les bras en l’air ; en cas de refus, pas d’ouverture de la cellule. Sous prétexte de protéger les matons des agressions, les portes sont équipées d’arrêtoirs, et ils les bloquent systématiquement à 45 degrés ; elles sont équipées d’un système de fermeture brutale… Bref les prisonniers sont traités comme des animaux enragés. Les fouilles à nu sont quotidiennes. Pas le droit de parler, ni même de répondre aux matons. Face au mur, le prisonnier doit leur tendre lentement chaque vêtement, soulever ses testicules, et se faire passer une lampe entre les fesses. À chaque fois, il doit repositionner ses mains contre le mur. Cette fouille particulièrement ritualisée est réglée pour faire péter les plombs. Un prisonnier a raconté avoir été tabassé pour avoir fait une remarque aux surveillants lorsqu’ils lui ont demandé pour la cinquième fois de montrer ses oreilles : cinq matons se sont mis sur lui et il a pris des coups, y compris dans les parties.

    D’autres prisonniers ont déjà été passés à tabac. Chaque fois qu’ils n’obéissent pas, ou pas assez vite, les matons appliquent toujours la même technique : doigts dans la bouche et dans les yeux, placage au sol, écrasement des parties génitales, torsion des bras et des jambes provoquant l’asphyxie. Le matin, les prisonniers au mitard sont réveillés par des matons qui crient : « Ici, c’est chez nous ! Ici, c’est le IIIe Reich ! Les nazis, c’est nous ! » Tout est fait pour briser les liens avec les proches. Les prisonniers n’ont pas accès aux unités de vie familiale. Ils ne peuvent utiliser la cabine que deux fois deux heures par semaine, souvent au moment où les gens travaillent et où les enfants sont à l’école. En plus de l’hygiaphone qui interdit tout contact, les proches subissent un traitement déshumanisant : des matons cagoulés palpent les enfants, et ils font sauter les parloirs pour des motifs bidon – même pas besoin que le portique sonne, il suffit qu’ils décident que le scanner millimétrique a détecté quelque chose, ou qu’ils décrètent arbitrairement qu’il fallait arriver encore plus en avance.

    LES SYNDICATS EN EMBUSCADE

    Comme à leur habitude, les syndicats de matons défendent la ligne la plus dure. Le QLCO est l’aboutissement de pas mal de leurs revendications. Toutes visent à l’effacement des acquis des luttes des prisonniers, comme l’obtention dans les années 1980 de la fin des parloirs hygiaphones qui – après leur grand retour pendant le covid – sont désormais normalisés dans les QLCO. Les syndicats résistent au moindre assouplissement de ces conditions déshumanisantes, forçant par exemple la direction de Condé à faire marche arrière lorsqu’une note a préconisé d’ouvrir les portes des cellules à 90 degrés. En plus, tous les personnels de Condé et de Vendin reçoivent une prime mensuelle au titre de la « dangerosité » des prisonniers. Interrogée sur les mauvais traitements infligés aux prisonniers, l’administration répond tranquillement qu’ils ont appris ces gestes professionnels dans une formation spéciale QLCO – ou quand la violence devient une pratique professionnelle labellisée et la torture blanche une norme sécuritaire…

    Lorgnant sur Condé, les syndicats des futurs QLCO d’Aix-Luynes, de Valence et de Réau font leur petit shopping, histoire d’obtenir des promesses. Ils rivalisent de demandes extravagantes : hygiaphones ultra renforcés, boucliers stroboscopiques – pour éblouir et désorienter –, et, vas-y, un dojo pour la formation continue des matons… Sans compter, évidemment, la généralisation de la « prime QLCO » à tous les personnels. Ils s’inquiètent même qu’à Condé le courrier soit géré à l’aide d’un chariot mobile, « objet roulant pouvant être utilisé contre les agents ». On imagine bien comment cette compétition décomplexée peut pousser à la dégradation de conditions de détention déjà atroces, au QLCO et ailleurs. À la moindre petite innovation chez le voisin, les syndicats font pression sur leur direction pour obtenir la même chose chez eux. Avec une petite touche expérimentale côté matons : à Condé, ils testent la ligne rouge en cellule, qui n’existe pas à Vendin. Les conditions du QLCO commencent à se répandre dans d’autres quartiers de la détention – au quartier d’isolement de Condé en détention « normale », juste à côté, les matons enfilent déjà des cagoules à l’instar de leurs collègues.

    LA PÉNITENTIAIRE SE COUVRE

    L’AP ne cesse d’être hantée par le spectre des luttes collectives contre l’isolement. Entre 1975 et 1982, elles avaient conduit à la fermeture des quartiers de haute sécurité – certes vite remplacés par les quartiers d’isolement. On se souvient de la mutinerie de 1987 à la centrale de Saint-Maur – le plus grand quartier d’isolement de France ! – au cours de laquelle quatre cents prisonniers ont pris directeur, matons et enseignants en otages. Les luttes de 2001 à 2005 méritent aussi d’être rappelées (voir encart)… À mesure que l’individualisation des régimes de détention progresse, les recours juridiques des prisonniers se multiplient. Ils ont fini par obtenir quelques victoires ponctuelles sur des placements illégaux ou des maintiens à l’isolement hors délai, ou encore sur l’usage de l’isolement en préventive. La création des QLCO remet les compteurs à zéro, puisque légalement, ces lieux ne sont pas des quartiers d’isolement. La preuve : chaque prisonnier en croise quatre autres une heure par jour ! Cette pirouette permet à l’AP d’arguer que les conditions de détention en QLCO sont bien meilleures qu’à l’isolement. La magistrature suit : tous les référés ont été rejetés, et les recours seront examinés dans des mois, voire des années. De toute façon, le flou des critères d’affectation – quasiment pas explicités dans la loi – a été entériné par le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État : le ministère et l’administration ont donc les mains libres. Les QLCO s’inscrivent dans la logique plus ancienne de la multiplication des régimes d’isolement qui ne disent pas leur nom : les quartiers maison centrale, l’étage zéro ou encore « la gestion isolée »…


    Les luttes dans les QI (2001-2005)

    Moben, mange ta peine, éditions du Bout de la ville, 2025

    « Entre 2001 et 2005, il y a eu de grandes luttes collectives au sein des QI. À chaque fois, ça se passait à peu près comme ça : on commençait toujours par aller voir le surveillant pour lui exposer le problème qu’on avait ; là il y avait plusieurs cas de figure. Le plus souvent ça se passait sans violence, le surveillant faisait remonter l’information et on pouvait discuter et négocier avec la direction et le problème était résolu. Mais quand on avait affaire à une sourde oreille, on s’organisait pour tout bloquer. Ça voulait dire que le soir on bouchait l’œilleton qui sert aux surveillants à regarder à l’intérieur de la cellule, ce qui les oblige à appeler le gradé et à s’équiper (c’est-à-dire mettre du matériel anti-émeute) pour ouvrir la porte. On « bloquait » aussi les promenades : ça veut dire qu’ils nous descendaient quatre par quatre, chacun dans une petite promenade et au moment de remonter on refusait, ils mettaient des fois trois heures à nous rentrer en cellule ou ils appelaient les Éris. Et là, y avait bagarre ! Bref, le QI était mis hors service. Il ne pouvait plus fonctionner normalement : les surveillants étaient obligés de faire des comptes rendus d’incident (CRI) tous les jours, ça remontait aux directions interrégionales, et le directeur de la taule se faisait taper sur les doigts. Et nous, on était envoyés au mitard après s’être fait tabasser. On n’avait pas grand chose à perdre alors on a fait ça pendant des années et on a fini par obtenir pas mal de choses ; notamment des plaques chauffantes et des frigos. Nous avons aussi obtenu des salles de sport, c’est-à-dire une cellule avec dedans une barre fixe, un vélo ou un tapis de course, parfois les deux. On a obtenu le droit de prendre des douches après le sport, et non plus seulement deux à trois fois par semaine. On a obtenu la télé pour ceux qui n’ont pas d’argent. On a aussi obtenu de vraies bibliothèques …


    En août 2025, un mois après l’ouverture du QLCO de Vendin, les prisonniers ont entamé des mouvements collectifs. Ils se sont organisés pour inonder les coursives, taper dans les portes et tenter d’obtenir des extractions médicales. En septembre, plusieurs dizaines d’entre eux ont fait une grève de la faim. À Condé aussi, les prisonniers ont commencé des mouvements. En janvier, ils ont tapé et inondé les coursives, et la direction a décidé de couper l’eau aussi sec. Certains rendent d’eux-mêmes tout ce que l’AP pourrait leur enlever – télé, frigo… –, ou même arrêtent de cantiner pour réduire le pouvoir de l’administration en lui retirant tout moyen de pression. En septembre à Vendin, en janvier à Condé, les prisonniers ont fait sortir des communiqués dénonçant l’arbitraire de ce régime de détention et son impact sur leurs proches.

    SUPER CARTEL DE VENDIN-LE-VIEIL

    Grève de la faim à partir du 1er septembre 2025

    Nous, détenus, annonçons aujourd’hui une grève de la faim à compter du 1er septembre 2025. Notre mouvement n’est pas dirigé contre nos conditions de détention mais contre les conditions inhumaines imposées à nos familles.

    Nos familles paient le prix fort.

    * Elles parcourent des centaines de kilomètres pour venir nous voir, parfois au détriment de leur santé, de leur travail, de leur équilibre.

    * Au parloir, elles se retrouvent derrière un hygiaphone, dispositif justifié officiellement pour éviter l’introduction

    d’objets illicites. Pourtant, chacun sait qu’un portique à ondes millimétriques détecte déjà tout objet interdit. Même les surveillants témoignent que ce système sert avant tout à « casser psychologiquement » détenus et familles.

    Une mise en scène indigne

    * Les familles, y compris des enfants, sont accueillies par des agents cagoulés censés les impressionner. Pourtant, en détention même, les agents ne portent pas de cagoule.

    * Les appels téléphoniques sont limités à deux fois par semaine, sur des créneaux restreints (8h-12h, 14h-16h). Or, à ces heures, les proches travaillent et les enfants sont à l’école.

    * Rappelons que nos proches n’ont commis aucune faute : ils ont un casier vierge, ils paient leurs impôts et n’ont évidemment aucun numéro d’écrou.

    La vérité contre les mensonges

    Nous ne sommes pas violents avec les agents, seuls quelques individus isolés et déséquilibrés le sont. La vérité, c’est que les agents sont en sous-effectifs, et non 250 comme l’affirme le ministre de la Justice, Monsieur Gérald DARMANIN. DARMANIN ment. Le délégué syndical David LACROIX ment.

    Notre position

    Votre rêve est de nous pousser à la violence. Nous ne tomberons pas dans ce piège. Notre résistance sera pacifique mais déterminée. Le 1er septembre 2025, nous entamerons une grève de la faim pour défendre la dignité de nos familles.


    À GÉRALD DARMANIN (ALIAS MOUSSA DE SON VRAI PRÉNOM)

    Je fais ce courrier de la part de tous les détenus du QLCO de Condé-sur-Sarthe.

    À partir de cet instant, c’est-à-dire le 5 janvier au soir, nous entamons des mouvements de protestation contre le QLCO qui instaure ses propres règles à l’instar du QLCO de Vendin-le-Vieil qui parait beaucoup plus souple : deux heures de promenade, lecteur DVD en cellule, pas de marquage au sol à suivre (une ligne par terre). Ici à Condé, les requêtes ne sont pas prises en compte, les détenus sont 23 heures sur 24 en cellule et pour la plupart (pour ne pas dire tous) n’ont rien à faire dans un QLCO.

    Le QLCO n’a aucune vocation si ce n’est une vengeance personnelle sur les détenus, nous regrettons l’opacité des procédures pour affecter les détenus : si l’ensemble des dossiers était traité avec discernement, aucune des personnes détenues à l’instant n’aurait suffisamment de motivations pour y être affectées.

    Les QLCO ont été créés juste pour assouvir les ambitions politiques du ministre de la justice, à part ça, ça sert à rien : les agents sont des cagoulés alors que j’étais incarcéré dans cette prison il y a 40 mois en arrière, je les connais tous, c’est une mascarade.

    Pour finir, l’ensemble des détenus du QLCO de Condé-sur-Sarthe est déterminé à protester, on attend des changements ainsi que de pouvoir s’entretenir avec le chef d’établissement pour améliorer nos conditions de détention.

    Signé : L’association de bien-fêteurs de Condé-sur-Sarthe.

  • Muhammad « séquestré à l’isolement depuis 2017 » – Des nouvelles de Fabrice et de Kémi : « il n’y a pas de petits combats ni de petites victoires » – Darmanin veut désengorger les tribunaux et remplir les prisons

    Muhammad « séquestré à l’isolement depuis 2017 » – Des nouvelles de Fabrice et de Kémi : « il n’y a pas de petits combats ni de petites victoires » – Darmanin veut désengorger les tribunaux et remplir les prisons

    Émission de l’Envolée du vendredi 24 avril 2026

    LETTRES

    Une lettre depuis la taule du Havre de Muhammad, enfermé depuis 2013 et « séquestré à l’isolement » depuis 2017 après une tournée des pires prisons de France. Il revient sur l’impact des longues peines : « c’est un peu comme pour les morts, plus le temps passe, moins y ‘a de visite ». Et il partage quelques unes des réflexions qu’il a couchées par écrit pendant toutes ces années.


    Une lettre de Fabrice Boromée, enfermé à Condé-sur-Sarthe, qui appréhende la reconstitution prochaine dans le cadre de sa plainte suite aux deux grenades assourdissantes que les ERIS lui ont jeté dans les douches de la centrale de Saint Maur en 2017 qui l’ont traumatisé et qui lui ont fait perdre l’audition d’une oreille.





    Une lettre de Kémi depuis la centrale de Moulins qui a gagné au tribunal administratif un recours contre l’administration pénitentiaire qui avait justifié un maintien du statut de détenu particulièrement signalé et un refus de permis de visite pour un hélicoptère dessiné sur un courrier. « il n’y a pas de petits combats ni de petites victoires ». Il revient aussi sur le dernier numéro du journal et notamment la ligne tracée au sol au QLCO de Condé-sur-Sarthe : « c’est pas la mexicanisation de la population civile, c’est la mexicanisation des prisons ».

    LA LOI SURE DE DARMANIN

    On discute du nouveau projet nauséabond du ministre de juges et des prisons qui vise officiellement à désengorger les tribunaux. Il contient notamment une extension inédite des procédures de plaider-coupable sur le modèle américain. Les comparutions sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC) vont être étendues aux crimes, ce qui va entraîner des condamnations encore plus lourdes et toujours pour les mêmes : les pauvres, les racisés, les marginaux. Le texte prévoit aussi d’étendre encore l’usage du fichage ADN en élargissant les possibilités de le prendre sans le consentement des personnes concernées.

    AGENDA

    25 avril : Dimanche 19 avril, un homme a poursuivi des enfants, armé d’une carabine à plomb, et a tiré sur l’un d’eux en proférant des insultes racistes. Cela s’est passé en Haute-Loire, près du Puy-en-Velay. Les habitant·es du quartier, l’Arbousset, à Espaly-Saint-Marcel, appellent à un rassemblement « face aux faits de violence et de racisme ». Soutenons-les ce samedi 25 avril à 14 h 30, place René-Cassin à Espaly-Saint-Marcel.


    Procès du 8/12 : Du 4 au 7 mai se tient la première vague du procès en appel de sept personnes condamnées dans le cadre de  procédures antiterroristes en  décembre 2023, notamment à des peines de prison ferme, à du fichage au niveau européen et à des interdictions de communication. Un appel à soutien a été lancé : rendez-vous tous les matins, du 4 au 7 mai, à la cour d’appel sur l’Île de la Cité, dès 9 h, pour assister au procès. Vous retrouverez la cagnotte de solidarité crée pour occasion sur le site de l’envo ! https://www.helloasso.com/associations/l-asso-lulle-de-feu/collectes/cagnotte-de-soutien-aux-inculpe-es-du-8-decembre Pour suivre l’actu : https://soutienauxinculpeesdu8decembre.noblogs.org/


    8-9 mai : Vous avez sûrement déjà vu les images de la parade néofasciste réunissant des militants venus de toute l’Europe dans les rues de Paris. Elle se déroule chaque 9 mai en hommage à un militant néofasciste. Pour riposter, un village antifasciste se tiendra le 8 mai de 14 h à 19 h sur la place du Panthéon dans le 5e. Le 9 mai, jour de la parade néofasciste, une manifestation est prévue à 14 h au métro Saint-Michel.

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  • Communiqué du QLCO de Condé-sur-Sarthe

    Communiqué du QLCO de Condé-sur-Sarthe

    On peut écouter la lecture du communiqué à l’émission du 6 février 2026 :

    Au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de Condé-sur-Sarthe, moins de trois mois après son ouverture en novembre 2025, les prisonniers ont commencé des mouvements de protestation. En janvier 2026, ils ont tapé dans les portes et inondé les coursives, et la direction a décidé de couper l’eau aussi sec. Certains rendent d’eux-mêmes tout ce que l’administration pénitentiaire (AP) pourrait leur enlever – télé, frigo… –, ou même arrêtent de cantiner pour réduire le pouvoir de l’administration en lui retirant tout moyen de pression. Comme en septembre au QLCO de Vendin, les prisonniers du Condé ont fait sortir un communiqué dénonçant l’arbitraire de ce régime de détention et son impact sur leurs proches.


    A Gerald Darmanin (alias Moussa de son vrai prénom)

    Je fais ce courrier de la part de tous les détenus du QLCO de Condé-sur-Sarthe. A partir de cet instant, c’est-à-dire le 5 janvier au soir, nous entamons des mouvements de protestation contre le QLCO qui instaure ses propres règles à l’instar du QLCO de Vendin-le-Veil qui parait beaucoup plus souple : 2 heures de promenade, lecteur DVD en cellule, pas de marquage au sol à suivre (une ligne par terre). Ici à Condé, les requêtes ne sont pas prises en compte, les détenus sont 23 h sur 24 en cellule et pour la plupart (pour ne pas dire tous) n’ont rien à faire dans un QLCO.

    Le QLCO n’a aucune vocation si ce n’est une vengeance personnelle sur les détenus, nous regrettons l’opacité des procédures pour affecter les détenus : si l’ensemble des dossiers était traité avec discernement, aucune des personnes détenues à l’instant n’aurait suffisamment de motivations pour y être affectées.

    Les QLCO ont été créés juste pour assouvir les ambitions politiques du ministre de la justice, à part cela, cela ne sert à rien : les agents sont des cagoulés alors que j’étais incarcéré dans cette prison il y a 40 mois en arrière, je les connais tous, c’est une mascarade.

    Pour finir l’ensemble des détenus de Condé-sur-Sarthe QLCO est déterminé à protester, on attend des changements ainsi que de pouvoir s’entretenir avec le chef d’établissement pour améliorer nos conditions de détention.

    Signé : L’association de bien-fêteur de Condé-sur-Sarthe

  • « La moitié de la prison est malade » – Conditions de merde à la MA de Lille-Séquedin – Kémi en grève de la faim – Encore des dingueries de Darmanin

    « La moitié de la prison est malade » – Conditions de merde à la MA de Lille-Séquedin – Kémi en grève de la faim – Encore des dingueries de Darmanin

    Émission de l’Envolée du vendredi 30 janvier 2026

    Une lettre d’Aurélie du CD de Rennes pour souhaiter la bonne année : « la moitié de la prison est malade », et elle attend toujours le rapport d’un expert pour espérer une permission.

    On lit un message qui dénonce les conditions de détention à la maison d’arrêt de Lille-Séquedin : pression psychologique, surpopulation, insalubrité, nourriture insuffisante et dégueu, dégradation des sens. On peut lire l’intégralité du texte sur le site le collectif lillois À l’Arrache ici. On peut aussi écouter leur émission de radio contre les prisons une fois par mois sur Radio Campus Lille.

    On revient sur la lutte que mène Kémi à la centrale de Moulins-yseure pour obtenir la fin de sa gestion isolée et son transfert en centre de détention (CD). Le jeudi 22 janvier, il s’est mis en grève de la faim et des proches ont fait tourner ses revendications à l’extérieur (on peut retrouver le texte de soutien sur notre site ici). Sa gestion isolée a finalement été levée et il a été reçu par la direction qui lui a promis que son statut de DPS serait levé et qu’ils soutiendraient une demande de transfert. À suivre …

    On finit en discutant des dernières dingueries de Darmanin pour son projet de loi pour des « sanctions sûres et efficaces ». Cette fois il ressort et déforme la vieille idée du numerus clausus et veut encore raboter et conditionner les aménagements de peine.

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    Et sur toutes les plateformes de podcast.

  • « Jusqu’à la mort tu resteras » – Transféré au QLCO de Condé pour un livre de recettes – Une perm’ qui fait jaser Darmanin

    « Jusqu’à la mort tu resteras » – Transféré au QLCO de Condé pour un livre de recettes – Une perm’ qui fait jaser Darmanin

    Émission de l’Envolée du vendredi 28 novembre 2025

    AU PROGRAMME :

    • Lettre d’Aurélie qui écrit du centre pénitentiaire de Rennes qui nous parle d’une formation qu’elle a finalement réussi à obtenir, des conditions d’enfermement différenciées, et du fait qu’elle n’en peut plus de cette peine qui n’en finit pas.
    • Dans l’émission du 14 novembre 2025, on lisait une lettre de Claudette, mère d’un prisonnier ultra-longue peine, qui avait peur de mourir avant de voir son fils libre. Incarcéré à 18 ans et de nouveau incarcéré depuis 2008, Patrice a passé 49 ans derrière les barreaux. Malgré trois passages au centre national d’évaluation et la multiplication des démarches, aucun aménagement en vue et donc aucune perspective de sortie. On lit aujourd’hui une lettre qu’il a écrite depuis la prison de Moulins et qui s’intitule « Jusqu’à la mort tu resteras » et où il dénonce la perpétuité réelle qu’on lui inflige et qu’il doit en plus subir en maison d’arrêt. L’occasion de rappeler que les perpétuités incompressibles comme les périodes de sûreté à rallonge sont distribuées de plus en plus fréquemment par les juges.
    • Moben, aujourd’hui incarcéré et qui a connu l’isolement pendant de longues années, a écrit un livre de recette, « Mange ta peine », sorti en octobre 2025 dans lequel il donne des astuces pour améliorer la gamelle sans beaucoup de matériel, mais aussi pour survivre à l’isolement carcéral. Mais à peine a-t-il reçu son bouquin que l’administration pénitentiaire a voulu lui faire payer cette parole sur la prison et l’a transféré à Condé-sur-Sarthe au quartier de lutte contre la criminalité organisé (QLCO). Dans cette émission on reçoit un appel de Gaëlle, amie de longue date de Moben et qui l’a assisté dans l’écriture du livre et Floréal qui fait partie des éditions du Bout de la ville qui l’ont publié. Ils dénoncent et décryptent la répression que subit Moben dans la période : on voit bien à quoi servent ces nouvelles « narco-prisons de Darmanin » : mater les prisonniers gênants, les soumettre à la torture blanche et punir leurs proches au passage, le tout dans un cadre totalement arbitraire. Le communiqué pour dénoncer ce transfert disciplinaire est disponible ici. Et on rappelle que tous les livres des Éditions du Bout de la Ville et en particulier celui-ci sont gratuit pour les prisonniers et les prisonnières qui en font la demande.
    • On revient sur l’actualité médiatico-sécuritaire avec le buzz fait par la permission de sortie accordée à une personne enfermée au QLCO de Vendin. Encore une fois, un évènement ordinaire de la détention qui vient infirmer le discours officiels sur la dangerosité de certains prisonniers et la sévérité de leur traitement, devient le prétexte pour exiger un durcissement des conditions d’enfermement et des exceptions au droit commun pour les « narcotrafiquants ». Darmanin ne s’arrête pas là : une évasion au planétarium de Rennes est l’occasion de s’attaquer aux sorties collectives et un nouveau plan de lutte contre les portables en prison est annoncé.

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  • Le journal l’Envolée n°63 est sorti !

    Le journal l’Envolée n°63 est sorti !

    Il est disponible pour 2 euros dans de nombreux points de distribution (voir ici), en abonnement de soutien pour 15 euros par an, et gratuit pour les prisonniers et prisonnières.

    Sommaire :

    • Dur D’entendre les Prisonniers Fâchés : à propos de la vague d’actions d’avril 2025
    • « La guerre, Darmanin, c’est vous qui l’avez déclenchée » : appel de DDPF
    • Narcotrafic, narcoprison, narcobullshit mais vraie torture
    • « On ne leur cèdera pas un seul millimètre de notre dignité » : lettre de Rédoine depuis le QI contre les QLCO
    • Lettres de l’intérieur :
      « Les nouvelles de dehors font pas rêver » – Julien à Seysses
      « Selon leur humeur, soit ils te défoncent, soit ils te défoncent » – Kémi à Moulins
      « Les frigos en priorité, Madame ! » – Vivi aux Baumettes
      « Je veux rentrer chez moi en Guadeloupe » – Fabrice à Valence
      « Oui, la surpopulation est une réalité » – BN à Poitiers
      « Cessez de nous disséquer, de nous autopsier, nous sommes encore vivants ! » – Pascal à Réau
    • Mort d’Aubin au mitard de Fleury : la famille ne croit pas à la version de la pénitentiaire

    Édito : Le principe du serflex

    Lorsque des policiers masqués et armés clamaient le slogan du syndicat d’extrême droite Alliance « Le problème de la police, c’est la Justice » devant l’Assemblée nationale en mai 2021, leur ministre de tutelle était à leurs côtés. Problème réglé : maintenant qu’il est garde des sceaux, il continue à avancer à marche forcée vers toujours plus de brutalisation de la Justice. Après avoir bien dragué les syndicats de keufs, Darmanin a remis le couvert direct avec les syndicats de matons en lançant une grande croisade antitaulards.

    Dans cette séquence boostée par l’instrumentalisation de l’évasion sanglante de Mohamed Amra en mai 2024, il ne se passe pas de jour sans que tombe une nouvelle annonce de mauvais augure pour les enfermé·es… Suppression des activités, commande de 3 000 nouvelles places de prison dans des préfabriqués, menace de faire payer des « frais d’incarcération » aux prisonnier·es… Et surtout, création de super « narcoprisons » à Vendin-le-Vieil, à Condé-sur-Sarthe et pourquoi pas jusqu’en Guyane – en attendant de « remettre du bon sens partout » avec une réforme de la Justice. Bref, il fait scrupuleusement tous les fonds de tiroir de l’arsenal répressif. Ça passe ou ça casse, mais c’est toujours tout bénéf pour la campagne présidentielle qu’il a déjà commencé à mener sur le dos des prisonniers et des prisonnières.

    La création des quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) est une aubaine qui permet à Gérald d’occuper le devant de la scène dans la guerre contre les « narcotrafiquants », dont il a largement contribué à consolider la figure menaçante. Un écran de fumée pratique pour légitimer une offensive bien plus large. Le narcotrafic n’a aucune existence juridique : dans la loi, il est seulement question de « criminalité organisée ». Et pour tomber dans cette catégorie, il suffit de se faire coller une association de malfaiteurs, ou même d’en être simplement suspecté. C’est dire si cette formule recouvre un vaste éventail de crimes et de délits. Les QLCO viennent s’ajouter à toute une gamme d’établissements et de régimes de détention. C’est le dernier maillon de la chaîne de la pénalisation – pour le moment… Entre placement préventif à l’isolement et opacité des critères de sélection, ça permet de faire peur à tout le monde. C’est un niveau de déshumanisation inédit, et sur lequel il sera difficile de revenir, selon le principe du Serflex : même si les concurrents de Darmanin réussissent à lui balancer une peau de banane dans la dernière ligne droite, le mal sera fait. D’autant que, selon les dires d’un conseiller du ministère, « on a l’opinion publique avec nous ».

    De mémoire d’Envolée, on avait jamais vu un tel engouement médiatique pour la com d’un ministre des tribunaux et des prisons. Le thème du remplissage de Vendin donne lieu à un véritable festival. Darmanin communique à chaque transfert, et la presse régionale jacasse chaque fois qu’un gars de chez eux est transféré. Chacun se passionne pour le « mercato des narcos » et le JDD se félicite que « sept profils à très haut risque [aient] été transférés […] pour isoler les têtes pensantes du narcobanditisme français ». De son côté, Le Figaro explique que « le pari est de mettre totalement sous cloche ces détenus pour les empêcher de poursuivre leurs juteuses affaires hors les murs et de commanditer crimes et exactions. » La prétendue « fuite » sur CNews et dans le JDD des fiches pénales des « détenus parmi les plus dangereux du pays » ne choque personne, elle donne lieu à une « plongée inédite dans les arcanes du crime organisé ». Et pour qu’on comprenne bien que c’est à tous·tes les prisonnier·es qu’il veut du mal, le ministre a même choisi de reporter d’une semaine l’inauguration de l’extension d’un établissement nîmois après avoir appris « l’existence d’une table de massage », et exigé qu’elle « soit retirée de la zone de détention et mise à disposition des personnels pénitentiaires ». La vraie nouveauté, c’est que Darmanin assume clairement qu’il faut plus de places en prison, mais pas pour que les taulard·es soient moins serré·es ; et que l’échelle des peines devenue échelle des tortures en vient carrément à constituer un argument électoral.

    Une offensive de cette ampleur contre 85 000 prisonnier·es ne pouvait évidemment pas rester sans réponse : il y a eu la vague d’actions de DDPF (défense des droits des prisonniers français). La déclaration d’intention décrit une situation bien réelle, à savoir que c’est à tous·tes les prisonnier·es que la guerre est déclarée. Derrière les opérations spectaculaires et leur exploitation médiatique, il y a le quotidien et les résistances de tous les jours – comme le blocage du QI de Fresnes en mai dernier – qui continuent à éclater sporadiquement ici et là tandis que l’étau se resserre. Et puis, dès leur transfert, une trentaine de personnes ont déposé des recours auprès du tribunal administratif contre leur placement au QLCO de Vendin et contre les conditions de détention. À l’heure où nous bouclons ce numéro, soit à peine un mois après leur arrivée à Vendin, des prisonniers se sont coordonnés pour inonder leur cellule dans trois coursives en même temps. Le lendemain, ils ont recommencé et tambouriné sur les portes ; certains ont aussi annoncé leur intention de se mettre en grève de la faim illimitée à partir du 1er septembre… On dirait bien que c’est pas fini.

    NB : Effectivement, quelques jours après le bouclage du n°63, nous recevions le communiqué des prisonniers de Vendin-le-Vieil en grève de la faim

    Télécharger le journal en cliquant ici

  • Doublette en CD – Interdit de Guadeloupe même après la sortie – Analyse des « narcoprisons » depuis l’isolement – Mouvements collectifs au QLCO de Vendin – Une vraie fausse évasion

    Doublette en CD – Interdit de Guadeloupe même après la sortie – Analyse des « narcoprisons » depuis l’isolement – Mouvements collectifs au QLCO de Vendin – Une vraie fausse évasion

    Émission de l’Envolée du vendredi 5 septembre 2025

    • Lettre de BN écrite du centre de détention (CD) de Poitiers Vivonne. Elle est dépitée de se retrouver en doublette en CD après son long passage au centre national d’évaluation (CNE) de Fresnes. Elle raconte les difficultés du travail à la buanderie de la taule et qu’elle continue aussi de son côté son activité d’écrivain public commencé à Fresnes. Elle revient aussi sur les déclarations récentes de Darmanin qui veut limiter le droit de vote des personnes enfermées aux scrutins nationaux.
    • Lettre de Fabrice envoyée de la maison centrale de Valence qui est de nouveau à l’isolement quelques mois après son transfert depuis Vendin où il a longuement bataillé contre des matons racistes. Malheureusement, la situation n’est pas meilleure à Valence … Il rappelle aussi que, même une fois sa peine officiellement terminée, il restera théoriquement interdit 5 ans de retourner en Guadeloupe, alors même que toutes ses bagarres à l’intérieur ont visé à obtenir son transfert chez lui.
    • Lettre de Rédoine envoyée de la prison de Vendin le Vieil, quelques jours avant son transfert à Condé sur Sarthe. Après avoir été condamné deux fois par un tribunal à améliorer ses conditions de détention, l’administration pénitentiaire (AP) a préféré le changer de taule plutôt que d’assouplir le régime de détention terrible qu’elle met actuellement en place à Vendin avec l’aménagement du premier quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO). Rédoine analyse ce nouvel avatar des quartiers de haute sécurité (QHS) et l’anéantissement physique et mental des êtres humains qu’il produit sciemment.
    • Ça a été le feuilleton médiatique de l’été : le remplissage du premier QLCO à Vendin le Vieil, la première « narcoprison » avec laquelle Darmanin continue à faire campagne sur le dos des prisonniers et des prisonnières. A chaque transfert, des articles sont sortis pour divulguer les fiches pénales des prisonniers que le parquet, le ministère ou l’AP font fuiter. Ce qui a permis de se rendre compte qu’une grande proportion des personnes enfermées dans ce nouveau QHS sont en détention provisoire.
    • Même pas un mois après que 88 prisonniers y ont été enfermés, le QLCO de Vendin a connu son premier mouvement collectif avec des inondations de cellule et de coursives, une grève de la faim collective, et un communiqué que nous relayons ici (et dispo sur insta ici).
    • Retour sur un épisode au quartier d’isolement (QI) de la maison d’arrêt de Strasbourg fin juillet, avec l’annonce d’une fausse tentative d’évasion d’abord largement relayée par la presse avant que l’AP n’étouffe l’affaire. Car les prisonniers qui ont raconté ce qui s’était vraiment passé décrivent une administration qui se couvre en montant un dossier de toute pièce et en accusant trois personnes enfermées à l’isolement pour masquer ses défaillances. En attendant, l’une d’elle a pris 30 jours de mitard pour rien …

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  • Trop longue peine, « Misère sociale et désert psy » – Répression coloniale en Martinique – La loi narcotrafic validée par le conseil constit’

    Trop longue peine, « Misère sociale et désert psy » – Répression coloniale en Martinique – La loi narcotrafic validée par le conseil constit’

    Émission de l’Envolée du vendredi 13 juin 2025

    AU PROGRAMME :

    • Lettre de Pascal qui raconte son récent passage au centre national d’évaluation (CNE) où il se fait encore et toujours juger pour les mêmes faits. Il revient sur ses plus de trois décennies au placard, ses bagarres pour obtenir le rapprochement familial au fil des transferts de centrale en centrale, et il fait le lien entre les peines éliminatrices comme la sienne et le bouquin La Peine de mort n’a jamais été abolie qu il a récemment lu.
    • Lettre de la MAF de Fresnes d’une personne en attente suite à son passage au CNE. Elle décrit les conditions d’hygiène terribles, et comment les cantines ne sont pas distribuées et les comptes remboursées après des semaines d attente. Elle parle d une détention au bord du craquage et où il n y a aucun accès a un suivi psy. 
    • Lettre de Skit depuis Moulins-Yzeure qui parle formation et programme d’insertion et raconte un récent changements de cellule imposé par l’AP. 
    • On reçoit Malik du collectif Action-Réaction qui lutte en Martinique pour faire reconnaitre les droits des victimes du chlordécone, insecticide cancérogène massivement utilisé dans les bananeraies et qui a complétement contaminé le territoire et la population. Lors de l’occupation d’un centre commercial en novembre 2019, 7 militants ont été interpellés et sont aujourd’hui poursuivis pour violences et rebellions. Après trois reports, ils sont relaxés en 2023. Le parquet fait appel et en juin 2025, ils sont finalement condamnés a des amendes et des peines de bracelet électronique et de sursis. 
    • Surprise ! Le conseil constitutionnel (ne) censure (pas) la loi narcotrafic. Il valide les nouveaux régimes d’isolement prévu par la loi et ajoute seulement quelques (petits) bémols. Les fouilles intégrales dans les nouvelles taules soit disant plus sécuritaires doivent être justifiées. De même, les audiences en visio ne pourront pas être imposées aux personnes en détention préventive. La surveillance algorithmique retoquée il y a quelques années par le même conseil est cette fois autorisée des qu une peine supérieure à 5 ans est encourue. Seule l’augmentation des peines pour une armes non brandie au moment des faits a véritablement été censurée.
    • La taule de Vendin commence à être aménagée pour devenir la prison de haute sécurité spéciale narcotrafic annoncée par Darmanin : moins de parloirs à cause de l’installation des hygiaphones, nouveaux portiques, etc.
    • Aubin Makiadi est mort a la prison de Fleury-Merogis mardi 10 juin. Sa famille l’a appris le vendredi en se rendant au parloir. On leur dit que c est un suicide alors qu il était au mitard en dépit d une contre-indication médicale et que d’autres prisonniers l’ont entendu se faire tabasser par les matons. Ses proches organisent un rassemblement devant Fleury samedi 14 juin. 

    Agenda : Une cantine pour cantiner en solidarité avec Fabrice Boromée a Saint-Étienne dimanche 15 juin. 

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  • Le journal L’Envolée n°62 est sorti !

    Le journal L’Envolée n°62 est sorti !

    Il est disponible pour 2 euros dans de nombreux points de distribution (voir ici), en abonnement de soutien pour 15 euros par an, et gratuit pour les prisonniers et prisonnières.

    Sommaire :

    • Justice n’a pas été rendue à Angelo Garand mais l’institution judiciaire a fait son travail : entretien avec Aurélie (à écouter aussi ici)
    • Les prisonnier.ères privé.es d’activités
    • Régime d’exception à Condé et Vendin
    • Assos de réinsertion : le biz du flicage
    • Mayotte : une gestion raciste et sécuritaire
    • Lettres de Moulins, Seysses, Vendin

    Édito : L’état de droit est mort, Vive l’état de droit !

    Stop ! Arrêtez tout ! On s’était trompé·es ! Les juges sont de gauche et les tribunaux sont le meilleur rempart contre le fascisme ! Ben oui : à L’Envolée, on a fait (une) fausse route. Suffisait juste de la rendre, la justice – enfin « la vomir ! la dégueuler ! », comme disait Hafed. Jordan Bardella et le lugubre ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau, quant à eux, vomissent la tyrannie des « juges rouges » en France. Il est vrai que dans un pays où le nombre de prisonnier·es augmente de plus de 500 personnes par mois, les juges sont à l’avant-garde de la lutte des classes. Selon que vous aurez des « garanties de représentation » ou pas – « selon que vous serez puissant ou misérable » comme dirait l’autre – la Justice saura toujours infliger aux plus précaires des exécutions définitives et des détentions provisoires à la pelle. Même si Marine Le Pen chouine depuis son château de Montretout sur l’exécution provisoire de la peine d’inéligibilité à laquelle elle a été condamnée, elle ne mettra pas un pied en prison.

    Désolé, on n’avait pas compris. Plions donc bagage pour rejoindre les manifestations pour la Justice organisées par la gauche en « défense de l’état de droit » – trois mots charmants qui ne nous veulent que du bien… Tant qu’on y est, construisons ensemble une internationale pro-Justice pour un monde meilleur ; plaçons tous nos espoirs dans les tribunaux pour faire face au trumpisme, aux dictateurs génocidaires et à l’internationale fascisante qui prend forme des deux côtés de l’Atlantique !

    En vrai, l’extrême droite n’est ni contre l’État – ni contre le droit, dont elle se sert, quitte à le faire évoluer, voire le balayer tout à fait. « L’état de droit » est un mot creux : ce n’est que le reflet des rapports de force. Par contre, un État de droit dit démocratique prétend que le droit est l’arme du faible contre le fort – et il est bien obligé de mettre ça en pratique de temps en temps pour qu’on continue à y croire –, tandis qu’un État de droit fasciste ne ferait même plus semblant. Mais dans l’ensemble, ces derniers temps, on peut dire que ça se lâche déjà pas mal…

    Au moment où le piège se referme, pas étonnant que le droit prenne progressivement une place débordante dans toutes les luttes. Mais qu’il soit de notre côté, c’est une vaste blague ! Tout·es les prisonnier·es ont déjà eu affaire à la Justice, forcément, et savent bien qu’en taule on est constamment confronté·es au droit, aux règlements, aux tribunaux et autres prétoires… Les prisons, ces institutions totales où légalité et barbarie tendent à se confondre, sont tout autant des zones où un droit omniprésent couvre la violence de l’administration et des matons que des « zones de non-droit ».

    Pas d’inquiétude : le droit n’a pas attendu qu’on manifeste pour lui pour continuer son offensive. Faut dire qu’il y avait un sacré retard à rattraper : « la politique pénale de ces dernières années a souffert d’une idéologie anti-prison », comme l’affirmait avec fantaisie le député du Cher Loïc Kervran. La loi qu’il a proposée permettrait de refuser plus facilement des aménagements pour les peines de moins de six mois et réintroduirait les peines ferme de moins d’un mois. Une autre proposition de loi en remet une couche : les mineur·es pourraient être mis·es en prison pour un mois dès l’âge de treize ans afin de leur faire subir un « choc carcéral », dont la violence n’est plus dénoncée mais revendiquée.

    « Tu regardes les infos en France, nous écrit Rédoine depuis Vendin-le-Vieil, il n’y a que deux problèmes : la DZ Mafia et les OQTF. » On a place Vendôme un ministre qui veut réintroduire sans plaisanter les QHS à Vendin et Condé, et place Beauvau un autre qui fait des étranger·es un perpétuel ennemi intérieur. Deux ministères de la répression sur la même longueur d’onde, dont les occupants se tirent la bourre à coups de circulaires. Quand l’un abroge la circulaire Valls sur les régularisations par le travail ou au titre de la vie privée et familiale, l’autre supprime direct les activités

    en prison ! Ça ne les empêche pas de s’entendre pour concocter une loi narcotrafic – pas encore adoptée au moment où nous écrivons ces lignes – qui sape les droits de la défense et allonge toujours un peu plus les peines. Dans ce petit jeu de séduction de l’extrême droite, ils se permettent même quelques extravagances, comme l’annonce par Gérald Darmanin de trois mille nouvelles places de prison en Algeco, livrées dans les plus brefs délais. À quand les bagnes en kit et les camps en impression 3D ?

    « Nous devons combattre le narcoterrorisme avec les mêmes armes que celles que nous avons utilisées contre le terrorisme », claironne encore Bruno Retailleau – rien que ça ! Les trafiquants et les étranger·es aujourd’hui, les terroristes depuis dix ans, et avant eux les pointeurs, les braqueurs… tous ces grands méchants loups – dont politiques et médias nous rebattent les oreilles à longueur de journée – ont pour principale fonction de nous faire avaler toujours plus d’extensions des pratiques répressives et du droit. Contre ces figures du monstre, d’abord, puis contre le reste de la société.

    P. S. : À l’heure où nous bouclons ce numéro, nous apprenons qu’une dizaine d’actions ont ciblé des portes de prison et des voitures de surveillant·es. Aussi sec, les deux ministres brandissent de plus belle les épouvantails du « narcoterrorisme » et de l’« ultragauche » devant micros et caméras. Saisir le parquet antiterroriste, c’est le bon plan pour mettre le paquet sur les moyens de l’enquête, quitte à requalifier les faits par la suite… Et surtout, braquer les projecteurs sur les futur·es accusé·es – qui vont forcément prendre cher –, ça permet de passer opportunément sous silence le sort des 82 000 prisonnier·es et de leurs proches. Pourtant, un texte posté sur un canal Telegram – que le parquet semble vouloir associer aux récentes attaques – dénonce la violence du système carcéral et les mesures brutales mises en place par Gérald Darmanin. Ce quotidien insupportable, il est indispensable de le mettre en lumière. C’est la réalité que nous nous efforçons de relayer dans le journal.

    Télécharger le journal en cliquant ici.

  • Un bon choc carcéral pour redresser les mineurs – Darmadingueries contre grand méchant narco (suites)

    Un bon choc carcéral pour redresser les mineurs – Darmadingueries contre grand méchant narco (suites)

    Émission de l’Envolée du vendredi 23 mai 2025

    AU PROGRAMME :

    Une nouvelle réforme de la justice des mineurs, portée par Gabriel Attal suite aux révoltes après la mort de Nahel. Dans la même logique que ces quarante dernières années, le but est d’enfermer toujours plus les mineurs condamnés et de faire sauter les quelques protections légales dont ils bénéficient. Par exemple l’excuse de minorité devient exceptionnelle et devra être motivée par les juges et les mineurs (« jeunes récidivistes ») pourront désormais passer en comparution immédiate.

    Le ministre des prisons continuent ses annonces tout azimut. Cette semaine, il a annoncé l’ouverture d’une nouvelle prison de haute sécurité en Guyane. Un vrai retour du bagne, toujours sous le prétexte de lutter contre le narcotrafic. ça rappelle aussi que l’utilisation coloniale des prisons ne s’est jamais arrêtée en France et que des prisonniers kanaks ont été transférés en métropole suite aux révoltes de l’année dernière (le collectif Solidarité Kanaky, qu’on a plusieurs fois reçu à cette antenne, vient de sortir un rapport revenant sur ces déportations). Comme avec l’interdiction des activités ludiques, retoquée cette semaine par le conseil d’état, Darmanin est obligé de rétropédaler face à l’opposition rencontrée en Guyane.

    Retour sur l’opération « prison break » menée cette semaine par l’administration pénitentiaire : des fouilles dans un tiers des taules de France pour saisir les petits téléphones portables qui servent avant tout à garder le liens avec les proches, surtout quand on connaît les tarifs des communications aux cabines.

    On continue de détricoter la loi narcotrafic adoptée le 29 avril dernier qui va largement miner les conditions de détention et les droits de la défense : vidéosurveillance avec des drones, comparution en visio, GAV allongée à 120 heures pour les mules etc. Comme d’hab’, en prétendant ne s’en prendre qu’aux « narcotrafiquants les plus dangereux » on met la pression sur l’ensemble des personnes incarcérées et poursuivies pour qui cet arsenal répressif est désormais à disposition.

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    Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord, en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h).
    Et sur toutes les plateformes de podcast.