Salim A. a été transféré au quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) de la Santé en janvier 2026. Ce sont des unités pénitentiaires spécialement conçues pour enfermer les détenus condamnés pour terrorisme ou désignés comme radicalisés afin de les séparer des autres prisonniers au moyen de cellules individuelles, de promenades dédiées et de parloirs séparés. La décision du placement en QPR, en quartier d’isolement (QI) ou en détention normale est prise au terme d’un passage de dix-sept semaines en quartier d’évaluation de la radicalité (QER).
« Pas d’autre motif que la longueur de sa barbe, qui n’a jamais varié »
Salim a été envoyé au QER de Vendin-Le-Vieil en 2021 parce qu’il refusait catégoriquement de rencontrer le « binôme de soutien » – un éducateur et un psychologue censés évaluer la « radicalisation » des prisonniers. En effet, puisqu’il a été condamné pour des faits de droit commun, l’administration pénitentiaire n’avait pas d’autre motif de le lui proposer que la longueur de sa barbe, qui n’a jamais varié. Musulman pratiquant, la religion lui a permis de tenir le coup en détention, mais il ne s’est pas tourné vers l’islam radical pour autant. Pour contester l’étiquette qu’on lui collait d’office, Salim a continué à refuser tout entretien avec les experts, les psychologues et les services pénitentiaires d’insertion et de probation (Spip) dans les différentes unités où il a été placé. Depuis son passage au QER, il subit un traitement particulièrement dégradant, notamment du fait de fouilles systématiques alors qu’il n’est plus DPS (détenu particulièrement signalé). Il est fouillé à chaque mouvement, palpé chaque fois qu’il remonte de promenade, et fouillé à nu après tout contact avec l’extérieur.
Après le QER, Salim A. a été placé à l’isolement de 2021 à 2024, puis affecté en détention normale jusqu’en 2026. Lorsqu’il a été placé au QPR de la Santé, il a d’abord été seul en promenade, et c’était pour lui un moment essentiel, l’occasion de pratiquer une activité sportive et de marcher pour supporter les vingt-trois heures qu’il passe chaque jour en cellule… Jusqu’au moment où l’administration lui a imposé la présence d’un autre prisonnier. Sa demande d’être seul en promenade n’est ni un caprice, ni un rejet des règles de l’établissement, mais un choix mûrement réfléchi : il préfère rester à l’écart parce qu’il sait d’expérience que l’administration pénitentiaire prend prétexte des moindres interactions entre prisonniers pour leur coller des étiquettes qui les suivent jusqu’au bout de leur peine.
« Il veut rester au QD ? Faites-lui la totale ! »
Après avoir demandé par courrier à être seul en promenade, il est resté deux semaines sans y aller. Un jour, il a voulu redescendre en promenade, mais quand il a vu qu’on le remettait avec l’autre prisonnier, il est remonté en cellule sans autorisation. Ça lui a valu un compte rendu d’incident (CRI) qui s’est soldé par une peine de dix jours de quartier disciplinaire (QD). Depuis qu’il y a été placé le 21 mai, il refuse d’en sortir, exige son transfert et sa sortie du QPR. Ça fait donc trois semaines qu’il est au mitard de la Santé dans des conditions de détention particulièrement dégradantes et déshumanisantes. Il n’a reçu qu’une paire de couverts jetables en bois à son arrivée au mitard, et avec la chaleur et la saleté, ils pourrissent. Ses rations de nourriture sont réduites. Comme il n’y avait pas de robinet dans sa cellule, il a longtemps été obligé de boire à même la douche, jusqu’à ce qu’on finisse par lui en installer un récemment, après force et réclamations. Il n’a accès à des vêtements propres qu’une fois par semaine, au parloir. Du fait de son placement à l’isolement, ces parloirs sont limités à quarante-cinq minutes par semaine, sans accès aux salons familiaux alors que sa famille fait des centaines de kilomètres pour venir le voir toutes les semaines. Il est arrivé à plusieurs reprises que les surveillants l’appellent pour le parloir et pour la promenade en même temps, ce qui l’oblige à choisir entre les deux. Son dernier sac de linge a été refusé pour des motifs totalement arbitraires : une housse d’oreiller jugée non réglementaire alors que c’est celle de sa cellule, avec l’étiquette de la Santé. Il a entendu l’officier du QPR dire à son collègue derrière la porte : « Il veut rester au QD ? Faites-lui la totale ! ».
Son placement en QPR vient d’être renouvelé pour six mois, bien que l’administration pénitentiaire reconnaisse qu’elle ne sait rien du rapport de Salim à l’islam. Elle lui ordonne de répondre aux divers experts du QPR, sans quoi il sera placé à l’isolement.
Salim A. demande son transfert en centrale, conformément à son statut de prisonnier longue peine, afin de pouvoir bénéficier de parloirs en Unités de vie familiale et sa sortie du QPR. Il exige que l’administration pénitentiaire cesse de l’étiqueter comme radicalisé et qu’il soit mis un terme aux traitements dégradants et aux conditions de détention déshumanisantes qu’il subit au mitard de la Santé.
Paris, le 22 juin 2026
Si vous voulez soutenir Salim A., contactez la prison de la Santé : • Tél. : 01.86.21.80.20. • Adresse postale : 42, rue de la Santé, 75674 Paris Cedex 14
Début 2025, Darmanin a annoncé la création des quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) et les a inscrits dans la loi dite « narcotrafic ». Six mois après l’ouverture du QLCO de Vendin-le-Vieil et trois mois après celle de Condé-sur-Sarthe, des informations concrètes commencent à sortir sur la réalité de ces endroits et sur leur véritable fonction. Les QLCO servent les intérêts de toute la chaîne pénale : ceux du ministre évidemment, mais aussi ceux des juges et des enquêteurs, des matons et de leurs syndicats, et puis de l’administration pénitentiaire (AP). Pendant ce temps, les prisonniers et leurs proches font les frais de ce régime de détention épouvantable.
Pour se faire entendre « dans le saloon de la démocratie », suffit de « tirer deux coups au plafond », explique le petit shérif. Plus qu’une mauvaise blague, c’est une stratégie politique : les annonces outrancières permettent d’obtenir moins, tout en donnant l’impression d’avoir négocié. Le cow-boy a d’abord exigé que les prisonniers soient placés au QLCO pour cinq ans ; et quand les parlementaires ont finalement voté un placement d’un an, il a pu ricaner : « On s’en fiche, puisque c’est renouvelable ! »
La création des QLCO sert la communication du ministre dans sa course à la présidentielle. Ça fait maintenant plus d’un an que L’Envolée raconte comment Darmanin fait sa campagne sur le dos des prisonnier·es, avec l’interdiction des activités ludiques et la chasse aux téléphones portables… Ces nouveaux quartiers, c’est sa vitrine, le symbole du message de fermeté qu’il veut incarner. Et c’est pas fini : il accélère encore la cadence avec l’annonce de l’ouverture de nouveaux QLCO à Aix-Luynes, Valence et Réau dès 2026.
LES JUGES D’INSTRUCTION SE FROTTENT LES MAINS…
Derrière le nom mensonger de loi contre le « narcotrafic » se cache un outil pour enfermer la « criminalité organisée », ce qui revient en fait à la quasi-totalité des délits et des crimes pour peu qu’ils soient commis à plusieurs. On a vite fait de se retrouver avec une association de malfaiteurs sur le dos, ou une circonstance aggravante de bande organisée… Les prisonniers du QLCO sont sous le coup de diverses accusations et condamnations, du trafic de stup au banditisme en passant par le vol de voiture. Ça causait des « cent plus gros narcos », mais au bout du compte , il suffit d’être soupçonné d’entretenir des liens avec tel ou tel réseau – ou même juste avec l’extérieur – pour être envoyé à Condé ou à Vendin.
80 % des prisonniers en QLCO sont en détention provisoire. La fonction de ces quartiers est avant tout de faire avancer les instructions en poussant les prévenus à cracher le morceau. Ce dispositif est inspiré du statut de repenti tel qu’il est pratiqué dans les prisons italiennes sous le régime 41bis : pour en sortir, il faut balancer et mettre quelqu’un à ta place ! Jusqu’ici peu utilisé en France, le statut de collaborateur de justice a d’ailleurs été élargi par la loi « narcotrafic ». Les QLCO deviennent ainsi un maillon central de l’appareil judiciaire : il s’agit de faire subir des conditions horribles aux prisonniers pour leur arracher des aveux.
… ET LES MATONS FONT CE QU’ILS VEULENT
Le QLCO est aussi un cadeau fait aux matons, qui ont désormais les coudées franches. Tout le savoir accumulé au fil des années en termes de torture blanche peut y être mis en pratique et amélioré. D’après les informations qui nous sont parvenues, la déshumanisation qui était déjà à l’œuvre à Condé – centrale ultra-sécuritaire ouverte en 2013 pour mater les prisonniers récalcitrants – y est poussée à l’extrême.
Au QLCO de Condé, les prisonniers ne sont que trente-sept, et de toute façon, ils ne peuvent pas croiser plus de quatre autres personnes en promenade. Les cantines sont extrêmement réduites. L’administration a inventé des règles inédites : pas plus de six paires de chaussettes, de six caleçons… Les prisonniers ont froid car le chauffage n’est que rarement allumé. Pour avoir un nouveau gel douche, il faut rendre le précédent – et donc attendre une semaine l’arrivée de la prochaine cantine.
Tout est fait pour désorienter complètement les prisonniers. Le jour, il n’y a pas de lumière à cause des caillebotis aux fenêtres ; et la nuit, jamais d’obscurité complète, mais une lumière basse constante, et une lumière forte qui réveille les prisonniers toutes les deux heures. Il n’y a pas d’horaire fixe : il faut toujours être à l’affût, à attendre que les matons viennent dire de se préparer. S’ils « oublient » de te prévenir, pas de promenade : « t’étais pas prêt ! » – de toute façon, la promenade est souvent supprimée pour des motifs bidon…
Les agents sont tous cagoulés. Les prisonniers ne voient pas d’autres visages que ceux des quatre autres qu’ils croisent en promenade. Lors de chaque mouvement en détention, les prisonniers sont escortés par trois à huit agents. À chaque arrêt, ils doivent se mettre la tête contre le mur. Dans les cellules, à deux mètres de la porte, une ligne rouge tracée au sol indique l’endroit où ils doivent se tenir les bras en l’air ; en cas de refus, pas d’ouverture de la cellule. Sous prétexte de protéger les matons des agressions, les portes sont équipées d’arrêtoirs, et ils les bloquent systématiquement à 45 degrés ; elles sont équipées d’un système de fermeture brutale… Bref les prisonniers sont traités comme des animaux enragés. Les fouilles à nu sont quotidiennes. Pas le droit de parler, ni même de répondre aux matons. Face au mur, le prisonnier doit leur tendre lentement chaque vêtement, soulever ses testicules, et se faire passer une lampe entre les fesses. À chaque fois, il doit repositionner ses mains contre le mur. Cette fouille particulièrement ritualisée est réglée pour faire péter les plombs. Un prisonnier a raconté avoir été tabassé pour avoir fait une remarque aux surveillants lorsqu’ils lui ont demandé pour la cinquième fois de montrer ses oreilles : cinq matons se sont mis sur lui et il a pris des coups, y compris dans les parties.
D’autres prisonniers ont déjà été passés à tabac. Chaque fois qu’ils n’obéissent pas, ou pas assez vite, les matons appliquent toujours la même technique : doigts dans la bouche et dans les yeux, placage au sol, écrasement des parties génitales, torsion des bras et des jambes provoquant l’asphyxie. Le matin, les prisonniers au mitard sont réveillés par des matons qui crient : « Ici, c’est chez nous ! Ici, c’est le IIIe Reich ! Les nazis, c’est nous ! » Tout est fait pour briser les liens avec les proches. Les prisonniers n’ont pas accès aux unités de vie familiale. Ils ne peuvent utiliser la cabine que deux fois deux heures par semaine, souvent au moment où les gens travaillent et où les enfants sont à l’école. En plus de l’hygiaphone qui interdit tout contact, les proches subissent un traitement déshumanisant : des matons cagoulés palpent les enfants, et ils font sauter les parloirs pour des motifs bidon – même pas besoin que le portique sonne, il suffit qu’ils décident que le scanner millimétrique a détecté quelque chose, ou qu’ils décrètent arbitrairement qu’il fallait arriver encore plus en avance.
LES SYNDICATS EN EMBUSCADE
Comme à leur habitude, les syndicats de matons défendent la ligne la plus dure. Le QLCO est l’aboutissement de pas mal de leurs revendications. Toutes visent à l’effacement des acquis des luttes des prisonniers, comme l’obtention dans les années 1980 de la fin des parloirs hygiaphones qui – après leur grand retour pendant le covid – sont désormais normalisés dans les QLCO. Les syndicats résistent au moindre assouplissement de ces conditions déshumanisantes, forçant par exemple la direction de Condé à faire marche arrière lorsqu’une note a préconisé d’ouvrir les portes des cellules à 90 degrés. En plus, tous les personnels de Condé et de Vendin reçoivent une prime mensuelle au titre de la « dangerosité » des prisonniers. Interrogée sur les mauvais traitements infligés aux prisonniers, l’administration répond tranquillement qu’ils ont appris ces gestes professionnels dans une formation spéciale QLCO – ou quand la violence devient une pratique professionnelle labellisée et la torture blanche une norme sécuritaire…
Lorgnant sur Condé, les syndicats des futurs QLCO d’Aix-Luynes, de Valence et de Réau font leur petit shopping, histoire d’obtenir des promesses. Ils rivalisent de demandes extravagantes : hygiaphones ultra renforcés, boucliers stroboscopiques – pour éblouir et désorienter –, et, vas-y, un dojo pour la formation continue des matons… Sans compter, évidemment, la généralisation de la « prime QLCO » à tous les personnels. Ils s’inquiètent même qu’à Condé le courrier soit géré à l’aide d’un chariot mobile, « objet roulant pouvant être utilisé contre les agents ». On imagine bien comment cette compétition décomplexée peut pousser à la dégradation de conditions de détention déjà atroces, au QLCO et ailleurs. À la moindre petite innovation chez le voisin, les syndicats font pression sur leur direction pour obtenir la même chose chez eux. Avec une petite touche expérimentale côté matons : à Condé, ils testent la ligne rouge en cellule, qui n’existe pas à Vendin. Les conditions du QLCO commencent à se répandre dans d’autres quartiers de la détention – au quartier d’isolement de Condé en détention « normale », juste à côté, les matons enfilent déjà des cagoules à l’instar de leurs collègues.
LA PÉNITENTIAIRE SE COUVRE
L’AP ne cesse d’être hantée par le spectre des luttes collectives contre l’isolement. Entre 1975 et 1982, elles avaient conduit à la fermeture des quartiers de haute sécurité – certes vite remplacés par les quartiers d’isolement. On se souvient de la mutinerie de 1987 à la centrale de Saint-Maur – le plus grand quartier d’isolement de France ! – au cours de laquelle quatre cents prisonniers ont pris directeur, matons et enseignants en otages. Les luttes de 2001 à 2005 méritent aussi d’être rappelées (voir encart)… À mesure que l’individualisation des régimes de détention progresse, les recours juridiques des prisonniers se multiplient. Ils ont fini par obtenir quelques victoires ponctuelles sur des placements illégaux ou des maintiens à l’isolement hors délai, ou encore sur l’usage de l’isolement en préventive. La création des QLCO remet les compteurs à zéro, puisque légalement, ces lieux ne sont pas des quartiers d’isolement. La preuve : chaque prisonnier en croise quatre autres une heure par jour ! Cette pirouette permet à l’AP d’arguer que les conditions de détention en QLCO sont bien meilleures qu’à l’isolement. La magistrature suit : tous les référés ont été rejetés, et les recours seront examinés dans des mois, voire des années. De toute façon, le flou des critères d’affectation – quasiment pas explicités dans la loi – a été entériné par le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État : le ministère et l’administration ont donc les mains libres. Les QLCO s’inscrivent dans la logique plus ancienne de la multiplication des régimes d’isolement qui ne disent pas leur nom : les quartiers maison centrale, l’étage zéro ou encore « la gestion isolée »…
Les luttes dans les QI (2001-2005)
Moben, mange ta peine, éditions du Bout de la ville, 2025
« Entre 2001 et 2005, il y a eu de grandes luttes collectives au sein des QI. À chaque fois, ça se passait à peu près comme ça : on commençait toujours par aller voir le surveillant pour lui exposer le problème qu’on avait ; là il y avait plusieurs cas de figure. Le plus souvent ça se passait sans violence, le surveillant faisait remonter l’information et on pouvait discuter et négocier avec la direction et le problème était résolu. Mais quand on avait affaire à une sourde oreille, on s’organisait pour tout bloquer. Ça voulait dire que le soir on bouchait l’œilleton qui sert aux surveillants à regarder à l’intérieur de la cellule, ce qui les oblige à appeler le gradé et à s’équiper (c’est-à-dire mettre du matériel anti-émeute) pour ouvrir la porte. On « bloquait » aussi les promenades : ça veut dire qu’ils nous descendaient quatre par quatre, chacun dans une petite promenade et au moment de remonter on refusait, ils mettaient des fois trois heures à nous rentrer en cellule ou ils appelaient les Éris. Et là, y avait bagarre ! Bref, le QI était mis hors service. Il ne pouvait plus fonctionner normalement : les surveillants étaient obligés de faire des comptes rendus d’incident (CRI) tous les jours, ça remontait aux directions interrégionales, et le directeur de la taule se faisait taper sur les doigts. Et nous, on était envoyés au mitard après s’être fait tabasser. On n’avait pas grand chose à perdre alors on a fait ça pendant des années et on a fini par obtenir pas mal de choses ; notamment des plaques chauffantes et des frigos. Nous avons aussi obtenu des salles de sport, c’est-à-dire une cellule avec dedans une barre fixe, un vélo ou un tapis de course, parfois les deux. On a obtenu le droit de prendre des douches après le sport, et non plus seulement deux à trois fois par semaine. On a obtenu la télé pour ceux qui n’ont pas d’argent. On a aussi obtenu de vraies bibliothèques …
En août 2025, un mois après l’ouverture du QLCO de Vendin, les prisonniers ont entamé des mouvements collectifs. Ils se sont organisés pour inonder les coursives, taper dans les portes et tenter d’obtenir des extractions médicales. En septembre, plusieurs dizaines d’entre eux ont fait une grève de la faim. À Condé aussi, les prisonniers ont commencé des mouvements. En janvier, ils ont tapé et inondé les coursives, et la direction a décidé de couper l’eau aussi sec. Certains rendent d’eux-mêmes tout ce que l’AP pourrait leur enlever – télé, frigo… –, ou même arrêtent de cantiner pour réduire le pouvoir de l’administration en lui retirant tout moyen de pression. En septembre à Vendin, en janvier à Condé, les prisonniers ont fait sortir des communiqués dénonçant l’arbitraire de ce régime de détention et son impact sur leurs proches.
SUPER CARTEL DE VENDIN-LE-VIEIL
Grève de la faim à partir du 1er septembre 2025
Nous, détenus, annonçons aujourd’hui une grève de la faim à compter du 1er septembre 2025. Notre mouvement n’est pas dirigé contre nos conditions de détention mais contre les conditions inhumaines imposées à nos familles.
Nos familles paient le prix fort.
* Elles parcourent des centaines de kilomètres pour venir nous voir, parfois au détriment de leur santé, de leur travail, de leur équilibre.
* Au parloir, elles se retrouvent derrière un hygiaphone, dispositif justifié officiellement pour éviter l’introduction
d’objets illicites. Pourtant, chacun sait qu’un portique à ondes millimétriques détecte déjà tout objet interdit. Même les surveillants témoignent que ce système sert avant tout à « casser psychologiquement » détenus et familles.
Une mise en scène indigne
* Les familles, y compris des enfants, sont accueillies par des agents cagoulés censés les impressionner. Pourtant, en détention même, les agents ne portent pas de cagoule.
* Les appels téléphoniques sont limités à deux fois par semaine, sur des créneaux restreints (8h-12h, 14h-16h). Or, à ces heures, les proches travaillent et les enfants sont à l’école.
* Rappelons que nos proches n’ont commis aucune faute : ils ont un casier vierge, ils paient leurs impôts et n’ont évidemment aucun numéro d’écrou.
La vérité contre les mensonges
Nous ne sommes pas violents avec les agents, seuls quelques individus isolés et déséquilibrés le sont. La vérité, c’est que les agents sont en sous-effectifs, et non 250 comme l’affirme le ministre de la Justice, Monsieur Gérald DARMANIN. DARMANIN ment. Le délégué syndical David LACROIX ment.
Notre position
Votre rêve est de nous pousser à la violence. Nous ne tomberons pas dans ce piège. Notre résistance sera pacifique mais déterminée. Le 1er septembre 2025, nous entamerons une grève de la faim pour défendre la dignité de nos familles.
À GÉRALD DARMANIN (ALIAS MOUSSA DE SON VRAI PRÉNOM)
Je fais ce courrier de la part de tous les détenus du QLCO de Condé-sur-Sarthe.
À partir de cet instant, c’est-à-dire le 5 janvier au soir, nous entamons des mouvements de protestation contre le QLCO qui instaure ses propres règles à l’instar du QLCO de Vendin-le-Vieil qui parait beaucoup plus souple : deux heures de promenade, lecteur DVD en cellule, pas de marquage au sol à suivre (une ligne par terre). Ici à Condé, les requêtes ne sont pas prises en compte, les détenus sont 23 heures sur 24 en cellule et pour la plupart (pour ne pas dire tous) n’ont rien à faire dans un QLCO.
Le QLCO n’a aucune vocation si ce n’est une vengeance personnelle sur les détenus, nous regrettons l’opacité des procédures pour affecter les détenus : si l’ensemble des dossiers était traité avec discernement, aucune des personnes détenues à l’instant n’aurait suffisamment de motivations pour y être affectées.
Les QLCO ont été créés juste pour assouvir les ambitions politiques du ministre de la justice, à part ça, ça sert à rien : les agents sont des cagoulés alors que j’étais incarcéré dans cette prison il y a 40 mois en arrière, je les connais tous, c’est une mascarade.
Pour finir, l’ensemble des détenus du QLCO de Condé-sur-Sarthe est déterminé à protester, on attend des changements ainsi que de pouvoir s’entretenir avec le chef d’établissement pour améliorer nos conditions de détention.
Signé : L’association de bien-fêteurs de Condé-sur-Sarthe.
»Ras le Bol » organise une cantine en soutien à Moben et contre l’isolement carcéral, à la Relâche de la Chapelle le lundi 13 avril 2026, avec les Éditions du bout de la ville et L’Envolée.
Moben est un prisonnier et l’auteur d’un livre de recettes, « Mange ta peine ». Peu après sa publication, il a été transféré au nouveau »quartier de lutte contre la criminalité organisée » de la prison de Condé-sur-Sarthe.
On reviendra sur la fabrication de ce livre et l’importance de la cuisine en détention et à l’isolement, et sur la répression que subit son auteur. On en profitera ensuite pour parler plus largement de ces nouveaux quartiers ultra sécuritaires que sont les QLCO (« Quartiers de Lutte contre la Criminalité Organisée »), les luttes des personnes qui y sont enfermées et celles de leurs proches.
Le repas (prix libre !) sera préparé à partir de recettes (vegan) adaptées du livre de Moben.
« J’aimerais que ce livre contribue à combattre les idées préconçues sur la prison et à briser les stéréotypes souvent associés à ceux et celles qui s’y trouvent. » Moben
Cantine, bar, infokiosques, table d’écriture de lettres à des personnes enfermées…
Présence de l’AG anticarcérale, L’Envolée, Toulouse Anticra, Secours Rouge Toulouse, Comité de soutien à la Palestine (campagne Libérez Ali et Dismantle Damon), Les éditions du Bout de la Ville.
Pour cette émission hors-les-murs, on vous présente le numéro 64 du journal l’Envolée : lecture des articles et rediff de lectures de lettres ou prises de paroles de prisonniers, prisonnières ou leurs proches. Bonne écoute !
L’Envolée est une émission radio pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. C’est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.
L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et les prisonnières.
En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne. Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord,en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h). Et sur toutes les plateformes de podcast.
Pour nous joindre : 07.53.10.31.95 (appels, textos, signal), ou par mail : contact@lenvolee.net Pour écrire : Radio FPP – L’Envolée. 1 rue de la solidarité, 75019 Paris instagram : @lenvolee_journal
Lettre de Kemi à la centrale d’Arles, qui décrit les différents régimes de détention et les évolutions négatives qu’il a observées dans les maisons centrales (prisons pour longues peines) depuis une quinzaine d’années.
Lettre de BN au CD pour femmes de Poitiers-Vivonne : surpopulation, surenfermement, restriction des activités et des aménagements de peines…
Discussion sur l’enfermement psychiatrique sous toutes ses formes, et sur les liens entre prisons et psychiatrie, avec Azé, militante anti-psychiatrie : – informations sur l’hospitalisation sous contrainte et les passages devant le JLD (juge des libertés et de la détention) et lecture d’un récit d’une personne enfermée à l’HP des Eaux vives en région parisienne en 2020. – enfermement en pédopsychiatrie – UHSA : « unités hospitalières spécialement aménagées » destinées aux prisonniers et prisonnières, avec lecture d’une lettre d’Aurélie sur l’UHSA de Cadillac en 2024. – USIP (unité soins intensifs en psychiatrie) et UMD (« Unités pour malades difficiles », prisons-hôpitaux hardcore démultipliées sous Sarko) : extraits des récits de Max sur l’UMD d’Avignon-Montfavet et de la mère de Thomas, enfermé à celle de Villejuif. – Psychiatrie et CRA (centres de rétention administrative = prisons pour étranger.e.s), avec notamment la distribution massive de cachetons comme outils de gestion et de pacification, qui rendent les gens accro et ont de graves répercussions. Avec lecture du récit d’un enfermé, publié sur le blog de l’’assemblée contre les CRA d’île-de-france. – En plus du fait que l’enfermement est considéré par certains « soignants » comme « une méthode de soins… avec des effets secondaires, comme tout traitement » (!!!)… Nous revenons sur certaines autres méthodes employées en psychiatrie : la médication, son efficacité relative et surtout ses dangers, les mesures de torture blanche comme l’isolement et la contention.
L’Envolée est une émission radio pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. C’est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.
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Une lettre d’Aurélie du CD de Rennes pour souhaiter la bonne année : « la moitié de la prison est malade », et elle attend toujours le rapport d’un expert pour espérer une permission.
On lit un message qui dénonce les conditions de détention à la maison d’arrêt de Lille-Séquedin : pression psychologique, surpopulation, insalubrité, nourriture insuffisante et dégueu, dégradation des sens. On peut lire l’intégralité du texte sur le site le collectif lillois À l’Arrache ici. On peut aussi écouter leur émission de radio contre les prisons une fois par mois sur Radio Campus Lille.
On revient sur la lutte que mène Kémi à la centrale de Moulins-yseure pour obtenir la fin de sa gestion isolée et son transfert en centre de détention (CD). Le jeudi 22 janvier, il s’est mis en grève de la faim et des proches ont fait tourner ses revendications à l’extérieur (on peut retrouver le texte de soutien sur notre site ici). Sa gestion isolée a finalement été levée et il a été reçu par la direction qui lui a promis que son statut de DPS serait levé et qu’ils soutiendraient une demande de transfert. À suivre …
On finit en discutant des dernières dingueries de Darmanin pour son projet de loi pour des « sanctions sûres et efficaces ». Cette fois il ressort et déforme la vieille idée du numerus clausus et veut encore raboter et conditionner les aménagements de peine.
L’Envolée est une émission radio pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. C’est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.
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En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne. Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord,en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h). Et sur toutes les plateformes de podcast.
Pour nous joindre : 07.53.10.31.95 (appels, textos, signal), ou par mail : contact@lenvolee.net Pour écrire : Radio FPP – L’Envolée. 1 rue de la solidarité, 75019 Paris
Actuellement prisonnier à la centrale de Moulins-Yzeure, Mickaël Gilgenmann est incarcéré depuis quatorze ans, dont il a passé la plus grande partie en centrale (prison sécuritaire). Cela fait quatre ans qu’il aurait pu bénéficier d’un aménagement de peine, et il est libérable dans six ans. À son arrivée à Moulins, Mickaël avait été sorti de l’isolement qu’il subissait depuis de longues années, mais depuis six mois, il a de nouveau été soumis à ce régime.
La direction lui a promis son transfert vers un centre de détention, un type de prison où il est – en principe – moins difficile d’obtenir une libération conditionnelle, contrairement aux maisons centrales, bien plus sécuritaires. L’administration disait que sa sortie de l’isolement serait envisageable après ce transfert, mais en dépit de ces promesses répétées, il a appris ce 22 janvier que le transfert n’aurait pas lieu, et qu’il n’avait même jamais été envisagé.
Mickaël a immédiatement commencé une grève de la faim et de la soif dès le jeudi 22 janvier à midi. Il ne reçoit pas le suivi médical nécessaire, et son état de santé se dégrade très rapidement. Vendredi, une infirmière a constaté son état ; en 24 heures, il avait déjà perdu deux kilos. Sa santé s’est encore détériorée samedi 24 janvier, et il commençait à avoir des douleurs dans les reins.
Mickael a décidé d’arrêter sa grève de la soif, mais de continuer sa grève de la faim jusqu’au bout malgré son état de santé déjà préoccupant pour maintenir un rapport de force avec l’administration pénitentiaire. Il est déterminé dans cette lutte qu’il considère comme un dernier recours.
Nous sommes préoccupés par l’état de santé de Mickaël. Précisons ici clairement qu’il n’est pas du tout suicidaire. Si la direction du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure n’agit pas au plus vite auprès de son administration pour accéder à ses demandes (transfert et levée de l’isolement) et s’il ne fait pas l’objet d’une prise en charge médicale adaptée, elle portera l’entière responsabilité des séquelles sur son état de santé.
Nous appelons a soutenir Mickaël Gilgenmann dans sa lutte pour obtenir la fin de son isolement et son transfert en centre de détention. Il est en grève de la faim depuis le jeudi 22 janvier et jusqu a ce que ses revendications soient entendues. On invite les personnes solidaires a envoyer au plus vite le courrier ci-dessous à la direction de l’administration pénitentiaire, la direction interrégionale pénitentiaire Lyon Centre Est et au centre pénitentiaire de Moulins Yzeure pour qu’ils sachent que Mickaël n’est pas seul dans son combat et exiger la fin de l acharnement de l administration pénitentiaire a son égard. Nous demandons également aux soutiens d appeler massivement le prison de Moulins dès lundi 26 janvier au 04 70 35 15 00 pour faire passer le même message à la direction et aux autres services de la détention.
Direction de l’administration pénitentiaire 13, place Vendôme 75042 Paris Cedex 1
Copie à : Direction interrégionale des services pénitentiaires Lyon Grand-Est 19 Rue Crépet, 69007 Lyon
Direction du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure Rue Millepertuis, 03400 Yzeure
Objet : GRÈVE DE LA FAIM A LA PRISON DE MOULINS-YZEURE
Madame, Monsieur,
J’ai été informé que M. Mickaël Gilgenmann a entamé une grève de la faim le jeudi 22 janvier 2026 à midi pour exiger son transfert en centre de détention et la fin de son isolement.
Pour rappel, Mickaël Gilgenmann est incarcéré depuis quatorze ans, dont il a passé la plus grande partie en centrale. Cela fait quatre ans qu’il aurait pu bénéficier d’un aménagement de peine, et il est libérable dans six ans. À son arrivée à Moulins, Mickaël avait été sorti de l’isolement qu’il subissait depuis de longues années, mais depuis six mois, il est de nouveau soumis à ce régime.
Je suis préoccupé par l’état de santé de Mickaël. Précisons ici clairement qu’il n’est pas du tout suicidaire. Si la direction du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure n’agit pas au plus vite auprès de son administration pour accéder à ses demandes et s’il ne fait pas l’objet d’une prise en charge médicale adaptée, elle portera l’entière responsabilité des séquelles sur son état de santé.
Je soutiens les demandes de Monsieur Gilgenmann : – j’exige la fin de son isolement qui a dépassé toutes les limites légales et humaines ; – son transfert immédiat en centre de détention pour pouvoir enfin entamer une procédure d’aménagement ;
En vous priant de bien vouloir prendre en compte sa demande, cordialement,
Depuis des décennies, des prisonniers, prisonnières et leurs proches dénoncent l’allongement des peines et les régimes d’isolement. Actuellement, comment fédérer les résistances face à la brutalité de la justice et des QHS ? (Quartiers haute sécurité, devenus QI, QMC, QLCO, « narco-prisons »…). Pour poser quelques bases pour réfléchir ensemble, nous partageons dans cette émission des archives sonores de mobilisations auxquelles l’Envolée a participé de 2008 à 2014.
AU PROGRAMME :
Archives de l’ARPPI (Association pour le respect des proches de personnes incarcérées), fondée notamment par Catherine en 2008. Malheureusement décédée depuis, elle présentait à l’époque les motivations et l’origine de ces combats : le sort réservé à ses deux fils, Cyril et Christophe Khider, qui ont subi de très lourdes peines et des années d’isolement suite à des évasions (ou tentatives). On écoute des membres de l’ARPPI et leurs alliés proposer des moyens de s’organiser face à la violence pénitentiaire.
Mobilisation contre les QHS modernes de Condé-sur-Sarthe puis Vendin-le-Vieil.
Devenues tristement célèbres avec les nouveaux QLCO (quartiers de lutte contre la criminalité organisée) vantés par Darmanin, ces prisons ouvertes en 2013-2014 étaient déjà des « QHS tombeaux secrets », qui visaient à briser les prisonniers. A l’époque, des collectifs et associations ont essayé de donner la parole à ces isolés en commençant par leur adresser un questionnaire dont nous écoutons les réponses.
Lettre écrite par Christopher en 2014 depuis la prison de Condé-sur-Sarthe.
Réunion publique « Contre les peines infinies et pour la fermeture immédiate des QHS modernes », le 2 avril 2014
Organisée par des groupes et personnes mobilisées contre l’allongement des peines et la politique d’absence d’aménagement de peines, la construction des nouvelles prisons (Réau, Annoeullin, etc.) et l’ouverture d’établissements hypersécuritaires à Condé-sur-Sarthe puis Vendin-le-Vieil.
Nous en rediffusons des extraits sonores, avec la participation de : – Philippe El Shennawy, prisonnier longue-peine, sorti en libération conditionnelle après 38 ans d’incarcération, – Cyril Canetti, psychiatre ayant refusé de porter plainte contre le prisonnier qui l’avait pris en otage, – Pierrette Poncéla, professeur de droit pénal à l’université de Nanterre, – Delphine Boesel avocate au barreau de Paris, spécialisée en droit pénitentiaire, membre de l’Observatoire international des prisons, – D’autres juristes, et même un conseiller juridique du gouvernement… qui dénonce l’indignité subie par les prisonniers ! – L’Envolée, journal et radio contre les prisons.
L’Envolée est une émission radio pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. C’est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.
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L’année 2025 a été marquée par la guerre, médiatique et bien réelle, menée contre les prisonniers : « loi narcotrafic » pour enfermer toujours plus, « narco-prisons » pour isoler toujours plus, durcissement de l’enfermement des étranger.e.s dans les CRA, etc.
Dans l’Envolée, des prisonniers et prisonnières racontent et analysent leur sort et leurs résistances. Depuis l’intérieur des murs, ils réagissent aux offensives démago-sécuritaires et médiatiques à leur encontre… et nous parlent de la brutalité d’une société qui accepte cela.
Alors pour commencer 2026, on vous rediffuse une sélection de lettres et textes de prisonniers et prisonnières lues à l’antenne de l’Envolée en 2025… agrémentées de bons sons. Bonne année de résistance à nous tous et toutes !
Au QI (quartier d’isolement), Rédoine dénonce les QLCO (quartiers de lutte contre la criminalité organisée) et tous les QHS modernes (émission du 5 septembre)
Une lettre depuis la MAF (maison d’arrêt pour femmes) de Fresnes (émission du 13 juin)
Récit d’une vraie-fausse évasion : mise au point sur un emballement médiatique et ses conséquences répressives, QI (quartier d’isolement) de la MA de Strasbourg (lettre de juillet 2025)
Extraits du livre Mange ta peine ! Les recettes du prisonnier à l’isolement, de Moben (émission du 12 décembre)
LES SONS :
Dead Prez, Papi Fredo, Nina Simone, Mafia K1fri, Al, Dynasty et Skizoo, Jerry Lee Lewis, Soolking, 113, Jimmy Cliff.
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Nous relayons ci-dessous le communiqué de la maison qui a édité un livre de recettes de cuisine écrites par Moben, auteur et prisonnier. Pour le punir d’avoir, en préambule de son livre, exprimé des critiques sur ses conditions de détention et d’isolement, l’administration pénitentiaire l’a transféré illico au QLCO (quartier de lutte contre la criminalité organisée) de Condé-sur-Sarthe. On voit bien à quoi servent réellement ces nouvelles « narco-prisons de Darmanin », justifiées par un délire démago-sécuritaire et électoraliste : mater les prisonniers gênants, les soumettre à la torture blanche et punir leurs proches au passage, le tout dans un cadre totalement arbitraire. La moindre des solidarités est de faire circuler ce communiqué partout. Force à toi, Moben, et à tous les isolé.e.s !
Communiqué des Éditions du Bout de la ville
21 novembre 2025
« J’aimerais que ce livre contribue à combattre les idées préconçues sur la prison et à briser les stéréotypes souvent associés à ceux et celles qui s’y trouvent. » Moben
C’est avec consternation que nous avons appris ce mardi 18 novembre le transfert de Moben, auteur de notre maison d’édition, à la prison de haute sécurité de Alençon-Condé-sur-Sarthe au sein du nouveau QLCO (Quartier de lutte contre la criminalité organisée). Il subit ce transfert punitif pour avoir écrit, avec l’aide de Gaëlle Hoarau, le livre Mange ta peine, les recettes du prisonnier à l’isolement, postfacé par Jacky Durand, édité par nos soins et sorti en librairie en octobre 2025. Mange ta peine est avant tout un livre de cuisine. Les 77 recettes du livre, gourmandes et faciles à réaliser avec des moyens limités, sont précédées d’un entretien qui documente la rigueur de la vie à l’isolement carcéral. Pour Moben, l’art de cuisiner est devenu un moyen de survivre à l’âpreté de ce régime qui, lorsque qu’il s’étend dans la durée, est assimilé à une « torture blanche » par la Cour européenne des droits de l’homme.
Son inventivité culinaire, sa poésie, ses analyses autant que sa générosité nous ont convaincus de la nécessité de publier ce livre. Conçu au cœur d’un dispositif qui tend à déshumaniser, ce livre est une leçon de partage, d’humanité et de combativité.
En octobre 2025, Moben reçoit son livre au centre pénitentiaire (CP) de Moulins-Yzeure. Quelques jours plus tard, une brigade de surveillants lui confisque. Ce que l’administration pénitentiaire lui reproche est écrit noir sur blanc :
« Hormis les recettes, vous décrivez votre vie en détention, en particulier à l’isolement, et en réalisant une critique de la prison. On y retrouve également une copie de bon de cantine du QMC de Moulins de mars 2025 et des dessins représentant une cellule du QMC (…) Cela met en évidence votre volonté et votre capacité à communiquer pendant plusieurs semaines avec des personnes à l’extérieur en contournant les règles de contrôle de l’administration pénitentiaire. »
La sanction tombe : Moben est conduit au quartier d’isolement pour attendre son transfert en QLCO ! Nous contactons immédiatement la direction du CP pour rappeler que le livre n’a pas été écrit à l’insu de l’administration : Mange ta peine est en effet le fruit de conversations téléphoniques légales (écoutées et enregistrées par l’administration pénitentiaire) entre Moben et Gaëlle Hoarau qui les a retranscrites.
Le 18 novembre, une équipe de surveillants cagoulés (des « Eris ») transfère Moben en QLCO sous l’œil d’une caméra embarquée de BFM TV. Dans la séquence, nulle mention d’un livre de recettes de cuisine à l’origine du transfert ; les éléments de langage tournent autour de prétendus risques d’évasion. La méthode est grossière : la parution du livre de Moben est bien l’élément déclencheur du transfert vers le QLCO de Condé-sur-Sarthe, lequel relève dès lors d’une décision punitive. Rappelons ici que Moben avait quitté le quartier d’isolement pour rejoindre la détention dite normale il y a un an ; qu’il n’a pas utilisé de moyens de communications illégaux avec l’extérieur ; qu’il est déjà conditionnable à ce jour et libérable d’ici trois ans. Tant que cette décision sera maintenue, Moben verra ses proches derrière une vitre en plexiglas. Il n’aura plus que 4 heures de téléphone par semaine avec trois interlocuteurs autorisés. Pour un homme en fin de peine, cette désocialisation semble pour le moins contradictoire avec la mission de réinsertion supposément attribuée à la prison.
Nous appelons nos collègues éditeurs et éditrices, nos partenaires professionnels, journalistes ou libraires, ainsi que les personnes et organisations investies dans la question carcérale et dans la défense de la liberté d’expression à se mobiliser à nos côtés, à ne pas laisser cette situation sans réponse, en communiquant à leur tour et en manifestant leur solidarité avec Moben. Il faut que cette mesure punitive intolérable prenne fin le plus rapidement possible.
En effet, ces nouveaux QLCO constituent une nouvelle variante encore plus poussée de l’isolement, c’est à dire de la « torture blanche ». La publicité autour de leur mise en place ces derniers mois le répète : ces endroits doivent « couper du monde » et faire plier les prisonniers, c’est leur but affiché. Il semblerait que Moben ait été brutalement aspiré dans la campagne médiatique menée par le Garde des sceaux pour promouvoir ces nouveaux quartiers de haute sécurité (QHS) et sa « guerre au narcotrafic ». La sortie du livre de Moben intervient dans ce moment particulier de l’agenda politique, et son auteur en paye le prix lourd.
Pour toute demande d’informations complémentaires : Contact@leseditionsduboutdelaville.com