Étiquette : isolement

  • Les 16 et 17 octobre 2026 : Contre la torture en prison

    Les 16 et 17 octobre 2026 : Contre la torture en prison

    JOURNÉES DE DISCUSSIONS CONTRE LES QLCO à Montreuil.

    Texte de présentation :

    Les 16 et 17 octobre 2026, le collectif anticarcéral de L’Envolée invite à un week-end de discussions contre les QLCO (quartiers de lutte contre la criminalité organisée) : de nouveaux quartiers de haute sécurité qui durcissent encore l’appareil répressif. L’Envolée et ses invité.es – ancien·nes prisonnier·es, proches, militant·es associatif·ves, avocats… – proposent de faire entendre la voix sans cesse réduite au silence des prisonnier·es, pour comprendre ensemble de quoi la prétendue « guerre au narcotrafic » est vraiment le nom, et pour imaginer ensemble les moyens de lutter contre les QLCO.

    En avril 2025, le vote à la quasi-unanimité de la loi « Narcotrafic » s’est accompagné d’un méga battage médiatique autour de la prétendue « mexicanisation de la France », incarnée par l’image du grand méchant trafiquant. Encore une figure du monstre qui aggrave la stigmatisation raciste, l’enfermement massif des plus précaires et l’allongement de toutes les peines. Non seulement cette loi renforce l’extension tous azimuts des pouvoirs de la police, de la justice et de l’administration pénitentiaire, mais elle instaure un nouveau régime de détention : les quartiers de lutte contre la criminalité organisée.

    Depuis l’ouverture du premier QLCO à Vendin-le-Vieil en juillet 2025, le ministre de la justice et ses complices se félicitent de la sévérité du traitement infligé aux enfermés. Torture de l’isolement poussée à l’extrême, déshumanisation des prisonniers et des proches, surveillants cagoulés en permanence : tel est le quotidien dans ces quartiers ouvertement destinés à faire souffrir le plus possible. Au QLCO de Condé-sur-Sarthe (ouvert en octobre 2025), les matons entonnent des chants racistes et brutalisent les prisonniers ; sur le mur d’une salle des gradés, on peut lire : « Si tu parles, c’est que tu respires ! », en référence à la suffocation provoquée par les techniques de « pliage ». Difficile d’imaginer que ça va mieux se passer au QLCO de Réau (ouvert en août 2026), et bientôt à Valence et Aix-Luynes…

    Dès l’ouverture de Vendin et de Condé, les prisonniers et leurs proches ont cherché à faire entendre par tous les moyens qu’un cap avait été franchi en termes de torture carcérale. Malgré la rigueur du dispositif, les prisonniers se sont organisés collectivement pour faire sortir des communiqués, inonder les coursives et entamer ensemble des grèves de la faim. En mai dernier, les prisonniers de Condé ont mené un mouvement de blocage pendant plus de quinze jours, et leurs proches ont publié un texte pour dénoncer des humiliations systématiques (voir aussi ici et nos émissions radio de 2025-2026). En juin, des prisonniers ont déposé une plainte groupée pour violences et harcèlement ; quelques jours plus tard, la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) a publié un rapport accablant faisant état de « violences systémiques » au QLCO. C’est dans ce contexte que le tribunal de Caen a fini par rendre le 18 juillet une ordonnance intimant enfin au ministère de faire cesser certaines de ces pratiques déshumanisantes.

    En fait, c’est le sort de tous les prisonnier·es qui dépend de ces bagarres contre les QLCO, car les pratiques mortifères de ces quartiers sont déjà en train de contaminer toutes les autres prisons. Tandis que dehors on parle de fascisation, les prisonniers des QLCO et leurs proches vivent déjà le fascisme. Se battre à leurs côtés, c’est lutter contre le glissement de toute la société.

    Y a pas d’arrangement !

    (mis à jour le 4 septembre)

    VENDREDI 16 OCTOBRE – 19h

    Présentation du livre « Crever le silence : Comité d’action des prisonniers, 1972-1980 ».

    Lieu : Librairie Michèle Firk (9 rue François Debergue, Montreuil)

    SAMEDI 17 OCTOBRE – dès 13h

    Deux discussions animées par l’Envolée et ses invité.e.s :

    14h – Derrière la guerre aux narcotrafiquants, la guerre aux quartiers

    Avec : Fabrice Olivet, militant de ASUD (association auto-support des usagers de drogues) et auteur de « Guerre à la drogue, guerre raciale ? » ; une ancienne prisonnière ayant subi le régime carcéral « 41 bis » italien, qui a inspiré les QLCO ; Libre Flot, prisonnier ayant subi le régime d’isolement en France pendant sa détention préventive.

    16h – La bagarre contre les QLCO

    Avec : des paroles de prisonniers du QLCO et de leurs proches, sur le fonctionnement de ces quartiers et les mouvements de protestations qu’ils ont menés ; un avocat qui mène des actions en justice contre les QLCO ; interventions d’anciens prisonniers sur l’isolement et ses évolutions.

    19h – Repas à prix libre,

    de la cantine des Pyrénées

    20h – « Dans l’ombre, la lumière »

    Spectacle de Khaled Miloudi et Raphaël Goldman

    22h-0h – DJ set : Manu Makak

    Lieu : La Parole errante, 9 rue François Debergue, 93100 Montreuil – Métro 9 (Croix de Chavaux)

    Entrée gratuite.

  • Moben est sorti de l’enfer du QLCO !

    Moben est sorti de l’enfer du QLCO !

    Communiqué des éditions du bout de la ville, 29 août 2026. Première décision de justice exigeant la sortie d’un prisonnier du QLCO !

    Nous avons le soulagement, la joie, de vous annoncer que, le 19 août dernier, Moben a quitté le QLCO (Quartier de lutte contre la criminalité organisée) d’Alençon-Condé-sur-Sarthe où il avait été transféré en novembre 2025 pour avoir osé écrire un livre, Mange ta peine, recettes du prisonnier à l’isolement. Son livre n’avait pas plu au ministère de la Justice, alors en pleine campagne de communication sécuritaire et de promotion de ces quartiers expérimentaux censés « vaincre le narcotrafic » (voir nos précédents communiqués ici et ).

    Son retour au quartier maison centrale de Moulins-Yseure fait suite à une ordonnance du tribunal administratif de Paris, statuant en urgence, datée du 3 août 2026. Cette décision a suspendu les effets de la décision du Ministre de la Justice de placer Moben en QLCO et lui a donné l’obligation de le réaffecter à Moulins-Yzeure dans un délai de quinze jours.

    Trois juges ont retenu qu’il y avait bien urgence à suspendre cette décision en raison :

    • de la situation à la prison de Condé-sur-Sarthe et des traitements inhumains et dégradants auxquels y sont soumis les détenus ;

    • de l’atteinte portée à la vie privée et familiale de Moben, du fait de l’absence d’unités de vie familiale et de l’impossibilité d’appeler ses proches plus de deux heures par semaine ;

    • du manque absolu d’activités proposées en détention et de possibilités de travailler, ainsi que la remise en cause du projet d’aménagement de peine qu’il avait construit dans son précédent lieu de détention.

    Les juges ont ensuite retenu qu’aucun élément présenté par le ministre de la Justice n’était de nature à établir que Moben entretiendrait des liens avec la criminalité organisée depuis sa dernière condamnation pour des faits commis il y a plus de dix ans.

    Cette décision intervient alors que ces quartiers expérimentaux ont été largement contestés et dénoncés sur différents fronts ces derniers mois : pendant plus de quinze jours, au mois de mai, les prisonniers ont mené un courageux mouvement de blocage tandis que leurs proches publiaient un communiqué dénonçant les humiliations qu’ils et elles subissent ; en juin, six prisonniers ont déposé une plainte groupée à l’encontre de la direction et des personnels pour violences et harcèlement moral ; à quelques jours d’intervalle, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) publiait en urgence un rapport accablant qui dénonçait des « violences systémiques » au sein du QLCO.

    S’appuyant sur ces différents éléments, le tribunal de Caen publiait le 18 juillet une ordonnance qui intimait aux ministères de faire cesser les agissements et pratiques déshumanisantes.

    Torture de l’isolement, pratiques arbitraires et dégradantes, humiliations des proches : tel est le quotidien de ces nouveaux quartiers dédiés tout à fait officiellement à la plus grande souffrance possible des prisonniers. Les surveillants y revendiquent leurs opinions suprémacistes et mettent à nu le seul projet politique de l’extrême droite : le spectacle de la cruauté, la punition, la haine raciste… la mort. Au mur d’une salle des officiers, cette terrible formule : « Si tu parles, c’est que tu respires ! »

    La décision qui permet à Moben de quitter cet enfer fascisant est d’autant plus importante qu’elle est la première à avoir une issue positive, mais aussi car elle se base pour l’essentiel sur des éléments qui pourront être mobilisés par d’autres prisonniers.

    Un an après la création de ces nouveaux quartiers de haute sécurité, les prisonniers et leurs proches ne sont pas décidés à garder le silence. En nous tenant à leurs côtés, nous vous invitons à poursuivre la bataille contre les QLCO dont la logique mortifère et les pratiques sont déjà en train de contaminer l’ensemble des détentions en France (voir ici).

    Les éditions du bout de la ville, le 26 août 2026

    Pour en savoir plus :

    La recette ultra-simple : un gâteau basque sans four.

    Mange ta peine, les recettes d’un prisonnier à l’isolement, livre de MOBEN et Gaëlle Hoarau.

    La prison bâillonne ! (émission Au poste !)

  • De la torture carcérale à la fascisation générale : Y A PAS D’ARRANGEMENT !

    De la torture carcérale à la fascisation générale : Y A PAS D’ARRANGEMENT !

    Du 16 au 18 octobre 2026, trois jours de rencontres pour les 25 ans de L’Envolée

    à la Parole errante (Montreuil, 93)

    À l’occasion de leur vingt-cinq ans d’existence– et d’agitation –, le journal et l’émission de radio pour en finir avec toutes les prisons de L’Envolée vous invitent à un week-end de discussions contre les QLCO, les quartiers de lutte contre la criminalité organisée.

    Il y a un an, le ministre de la justice a fait beaucoup de bruit autour de l’ouverture des premiers de ces quartiers d’isolement à grande échelle, à Vendin-le-Vieil et à Condé-sur-Sarthe. Les prisonniers et leurs proches ont très vite cherché à faire entendre par tous les moyens qu’un cap avait été franchi en termes de torture carcérale.

    L’Envolée et ses invité·es proposent trois journées pour discuter de ce durcissement de l’appareil répressif, pour comprendre de quoi la prétendue « guerre au narcotrafic » est le nom, pour faire résonner la censure de la parole des prisonnier·es avec celle qui est imposée à certaines luttes sociales du dehors, pour saisir ensemble en quoi la déshumanisation des personnes enfermées nous renseigne sur la fascisation de nos sociétés.

  • Violences systémiques contre les prisonniers au QLCO de Condé : si même la CGLPL le dit… !

    Violences systémiques contre les prisonniers au QLCO de Condé : si même la CGLPL le dit… !

    Un rapport accablant publié par la contrôleuse des prisons, juillet 2026.

    Nous dénonçons les QLCO depuis l’annonce de leur création : « quartiers de lutte contre la criminalité organisée » ou « narco-prisons » selon leurs promoteurs, ces « QHS modernes » sont avant tout des lieux de torture. Depuis qu’ils ont ouvert, nous essayons de porter les voix de prisonniers et de leurs proches, malgré la chape de plomb qui les couvre, au sujet des conditions qui leur sont imposées dans ces QLCO et de la nécessité de se mobiliser.

    La CGLPL (contrôleuse générale des lieux de privation de liberté) vient de publier le rapport du 9 juin 2026 concernant sa visite à la prison d’Alençon Condé-sur-Sarthe, au QLCO et dans les autres quartiers. Ce rapport est accablant : c’est la première fois qu’elle émet des observations et recommandations aussi radicales, parce que la situation est extrême. Elle y parle explicitement de « violences systémiques » de la part de gardiens, permises par l’institution. Elle détaille des actes et un fonctionnement glaçants et réclame des mesures d’urgence, qui remettent en cause l’existence même de ces régimes de détention.

    Voici quelques extraits :

    « Il ressort des constats effectués et des témoignages reçus – tant de personnes détenues que de professionnels et intervenants – que des violences systémiques sont commises sur des détenus par des membres du personnel pénitentiaire de détention »

    « Lors des fouilles à nu, particulièrement nombreuses, un mécanisme récurrent d’escalade s’exerce : le moindre retard ou la moindre incompréhension pour répondre aux injonctions multiples ou difficilement exécutables sont qualifiés de refus d’obtempérer. Il conduit alors à des interventions physiques, dites « pliage ». (…) Des modalités de réalisation de ces fouilles sont humiliantes ou brutales : maintien en équilibre sur un pied, bras tendus sans possibilité de prendre appui, gestes brusques de certains agents avec leurs mains ou le magnétomètre. Selon les propos rapportés, ces fouilles donnent parfois lieu à des attouchements au niveau des fesses et des parties génitales des détenus.

    Lorsqu’il est fait usage de la force et notamment de pratiques de « pliage », les détenus, le cas échéant déjà nus, sont projetés ou immobilisés au sol. Ces techniques d’immobilisation peuvent s’accompagner de doigts dans la bouche et dans les yeux, de pratiques asphyxiantes, de prise des parties génitales. Dans un bureau occupé par des officiers, un tableau blanc porte l’inscription : « Si tu peux parler, c’est que tu respires ☺ ». Plusieurs détenus ont rapporté avoir entendu cette même phrase après avoir été « pliés » lorsqu’ils se plaignaient de difficultés respiratoires. Dans plusieurs situations documentées, ces violences ont entraîné des lésions médicalement constatées. »

    « Des propos enfreignant la loi et les règles du code de déontologie auquel le personnel pénitentiaire est astreint sont rapportés à de nombreuses reprises : « Espèce de merde », « Ta gueule », « Sale bougnoule », « Ici on va te briser ». Certains prennent la forme de chants :

    Au quartier disciplinaire : « Plusieurs témoignages concordants ont rapporté une pratique consistant à placer les éléments des repas dans une corbeille tenue en hauteur en défiant le détenu de s’en saisir sans toucher ladite corbeille, sous peine de ne pas recevoir de nourriture et de subir des violences. Les propos racistes et nationalistes décrits précédemment y sont également entendus. »

    Les prisonniers du QLCO sont obligés de se placer sur une ligne tracée sur le sol de leur cellule lorsqu’on ouvre la porte, et de marcher sur une autre ligne lors des déplacements. Le prétexte est la prévention des agressions, alors qu’en grande majorité, ces prisonniers ne présentent aucun passé agressif en détention. Selon la CGLPL : « L’ensemble s’inscrit dans une démarche d’humiliation et de déshumanisation. »

    « Certaines pratiques de surveillants relèvent d’une logique d’intimidation et d’abus de pouvoir » : « cris dans les coursives », « coups portés dans les portes », « interpellations agressives ou insultes ». Ordres lancés sous formes de mots-clé : « Parloir », « Fenêtre », « Promenade », etc. « Réveils volontaires » la nuit : « allumage de la lumière, coups de pied dans la porte ou injonctions adressées aux occupants des cellules ».

    Elle relate de nombreux « Ordres abusifs et humiliants », interdictions et privations d’effets personnels (savon, vêtements propres, tabac). Elle précise que les techniques de pliage et le placement au quartier disciplinaire (QD) sont employés lorsque des surveillants estiment que des actes, pourtant autorisés par la direction (comme transporter un livre !) sont des infractions.

    Elle note aussi que les cagoules portées par les gardiens augmentent leur sentiment d’impunité, pour conclure : « L’ensemble de ces agissements relève de traitements inhumains et dégradants et constitue des fautes professionnelles, voire des infractions pénales. Ils vont au-delà de l’absence de dialogue entre surveillants et détenus revendiquée depuis la mise en service de l’établissement ». Elle rappelle aussi que la prison de Condé-sur-Sarthe a déjà été épinglée pour des pratiques violentes, non résolues, avant l’ouverture du QLCO..

    Elle conclut : « Par leur nature et leur accumulation, ces faits portent gravement atteinte à la dignité des personnes détenues et sont susceptibles de relever de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme. Ils doivent cesser immédiatement. Le CGLPL rappelle que l’administration est responsable de la sécurité et de l’intégrité des personnes confiées à sa garde, qu’elle doit protéger de toute forme de violence. A ce titre, elle doit prendre toute mesure propre à la prévenir et à y mettre fin. Aucun acte de violence ne doit rester sans réponse. En l’état, le fonctionnement de l’établissement ne permet pas d’y prendre en charge des personnes privées de leur liberté par décision de justice dans le respect de leur dignité. »

    Fidèle à lui-même, le garde des sceaux a répondu à ce rapport qu’il ne voyait pas de problème, étant donné qu’aucun des centaines de recours au tribunal engagés par les prisonniers et leurs avocat.e.s, n’ont abouti… Évidemment : la justice valide les agissements de ses agents. Pour eux : « les QLCO sont nécessaires ».

    Nous ne pouvons pas attendre qu’un rapport de la CGLPL change les choses tout seul. Les prisonniers eux-mêmes prennent des risques et se mobilisent depuis des mois pour dénoncer ce qu’ils vivent. Nous devons au moins les entendre et leur donner de l’écho.

    Nous vous invitons à lire et faire circuler ce rapport dans son intégralité, et à manifester votre désaccord… Pourquoi pas appeler la détention pour les questionner et affirmer votre solidarité avec les prisonniers et leurs proches ? (Numéros disponibles sur les pages officielles du ministère).

    Le rapport complet se trouve ici.
    Cliquez ici pour lire la publication complète du CGLPL : rapport, référence à des rapports précédents pointant des violences, réponse de Darmanin.

    Précisons que ce rapport n’aborde pas les gros soucis liés aux parloirs et liens avec les proches, que nous avons largement documentés.

    Et pour écouter ou lire d’autres prises de paroles sur les QLCO :

    Article du journal l’envolée n°64, janvier 2026.

    Des proches du QLCO de Condé dénoncent les conditions de parloir (émission)

    Lettre collective des proches de prisonniers de Condé

    Emission sur le mouvement de prisonniers au QLCO.

  • Histoires de luttes de prisonniers contre l’isolement carcéral : bagarres et cuisines dans les QI des années 2000 – contre les QHS et les centrales dans les années 1980

    Histoires de luttes de prisonniers contre l’isolement carcéral : bagarres et cuisines dans les QI des années 2000 – contre les QHS et les centrales dans les années 1980

    Émission de l’Envolée du vendredi 3 juillet 2026

    On lit à plusieurs voix l’introduction du livre Mange ta peine : recettes du prisonnier à l’isolement de Moben, publié au printemps 2026 aux éditions du bout de la ville. Pour rappel, suite à sa publication, son auteur a subi un transfert punitif au quartier de lutte contre la criminalité organisée de Condé-sur-Sarthe. On peut commander le livre sur le site des éditions ici et il est gratuit pour les personnes enfermées.

    Dans ce texte, Moben revient sur les luttes collectives des prisonniers dans les quartiers d’isolement (QI) au début des années 2000 qui ont obtenu un certain nombre d’amélioration de leurs conditions de détention. L’ouverture des QLCO de Vendin et de Condé vise justement à revenir sur les acquis de plus de 20 ans de luttes à l’intérieur. Cette introduction raconte aussi l’importance de la cuisine pour tenir à l’intérieur alors que la nourriture infecte de la gamelle fait partie de la punition.

    On écoute ensuite un enregistrement de Gabriel Muesca, militant basque incarcéré pendant 17 ans dont 2 années à l’isolement, sur la publication du livre La Fureur du lâche, chronique de l’isolement, de Fernando Garcia Jodra, un autre militant de la cause basque qui a passé 19 années dans les quartiers d’isolement des prisons espagnoles (et qui est encore incarcéré dans un prison du pays basque). Muesca raconte les effets de l’isolement sur le corps et l’esprit des individus et rappelle l’importance d’écouter les personnes qui subissent cette torture.

    On passe enfin un passage d’une discussion avec un ancien prisonnier longue peine qui raconte les luttes contre les quartiers de haute sécurité (QHS) et les maisons centrales dans les années 1980 et 1990. Cet enregistrement a été réalisé et diffusé par les camarades de la Courte Échelle dans le cadre d’un week-end anticarcéral à Marseille au printemps 2025.

    L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers
    et les prisonnières.

    En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne.
    Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord, en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h).
    Et sur toutes les plateformes de podcast.

  • Salim A. subit des traitements dégradants à la prison de la Santé

    Salim A. subit des traitements dégradants à la prison de la Santé

    Communiqué de L’Envolée

    Salim A. a été transféré au quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) de la Santé en janvier 2026. Ce sont des unités pénitentiaires spécialement conçues pour enfermer les détenus condamnés pour terrorisme ou désignés comme radicalisés afin de les séparer des autres prisonniers au moyen de cellules individuelles, de promenades dédiées et de parloirs séparés. La décision du placement en QPR, en quartier d’isolement (QI) ou en détention normale est prise au terme d’un passage de dix-sept semaines en quartier d’évaluation de la radicalité (QER).

    Salim a été envoyé au QER de Vendin-Le-Vieil en 2021 parce qu’il refusait catégoriquement de rencontrer le « binôme de soutien » – un éducateur et un psychologue censés évaluer la « radicalisation » des prisonniers. En effet, puisqu’il a été condamné pour des faits de droit commun, l’administration pénitentiaire n’avait pas d’autre motif de le lui proposer que la longueur de sa barbe, qui n’a jamais varié. Musulman pratiquant, la religion lui a permis de tenir le coup en détention, mais il ne s’est pas tourné vers l’islam radical pour autant. Pour contester l’étiquette qu’on lui collait d’office, Salim a continué à refuser tout entretien avec les experts, les psychologues et les services pénitentiaires d’insertion et de probation (Spip) dans les différentes unités où il a été placé. Depuis son passage au QER, il subit un traitement particulièrement dégradant, notamment du fait de fouilles systématiques alors qu’il n’est plus DPS (détenu particulièrement signalé). Il est fouillé à chaque mouvement, palpé chaque fois qu’il remonte de promenade, et fouillé à nu après tout contact avec l’extérieur.

    Après le QER, Salim A. a été placé à l’isolement de 2021 à 2024, puis affecté en détention normale jusqu’en 2026. Lorsqu’il a été placé au QPR de la Santé, il a d’abord été seul en promenade, et c’était pour lui un moment essentiel, l’occasion de pratiquer une activité sportive et de marcher pour supporter les vingt-trois heures qu’il passe chaque jour en cellule… Jusqu’au moment où l’administration lui a imposé la présence d’un autre prisonnier. Sa demande d’être seul en promenade n’est ni un caprice, ni un rejet des règles de l’établissement, mais un choix mûrement réfléchi : il préfère rester à l’écart parce qu’il sait d’expérience que l’administration pénitentiaire prend prétexte des moindres interactions entre prisonniers pour leur coller des étiquettes qui les suivent jusqu’au bout de leur peine.

    Après avoir demandé par courrier à être seul en promenade, il est resté deux semaines sans y aller. Un jour, il a voulu redescendre en promenade, mais quand il a vu qu’on le remettait avec l’autre prisonnier, il est remonté en cellule sans autorisation. Ça lui a valu un compte rendu d’incident (CRI) qui s’est soldé par une peine de dix jours de quartier disciplinaire (QD). Depuis qu’il y a été placé le 21 mai, il refuse d’en sortir, exige son transfert et sa sortie du QPR. Ça fait donc trois semaines qu’il est au mitard de la Santé dans des conditions de détention particulièrement dégradantes et déshumanisantes. Il n’a reçu qu’une paire de couverts jetables en bois à son arrivée au mitard, et avec la chaleur et la saleté, ils pourrissent. Ses rations de nourriture sont réduites. Comme il n’y avait pas de robinet dans sa cellule, il a longtemps été obligé de boire à même la douche, jusqu’à ce qu’on finisse par lui en installer un récemment, après force et réclamations. Il n’a accès à des vêtements propres qu’une fois par semaine, au parloir. Du fait de son placement à l’isolement, ces parloirs sont limités à quarante-cinq minutes par semaine, sans accès aux salons familiaux alors que sa famille fait des centaines de kilomètres pour venir le voir toutes les semaines. Il est arrivé à plusieurs reprises que les surveillants l’appellent pour le parloir et pour la promenade en même temps, ce qui l’oblige à choisir entre les deux. Son dernier sac de linge a été refusé pour des motifs totalement arbitraires : une housse d’oreiller jugée non réglementaire alors que c’est celle de sa cellule, avec l’étiquette de la Santé. Il a entendu l’officier du QPR dire à son collègue derrière la porte : « Il veut rester au QD ? Faites-lui la totale ! ».

    Son placement en QPR vient d’être renouvelé pour six mois, bien que l’administration pénitentiaire reconnaisse qu’elle ne sait rien du rapport de Salim à l’islam. Elle lui ordonne de répondre aux divers experts du QPR, sans quoi il sera placé à l’isolement.

    Salim A. demande son transfert en centrale, conformément à son statut de prisonnier longue peine, afin de pouvoir bénéficier de parloirs en Unités de vie familiale et sa sortie du QPR. Il exige que l’administration pénitentiaire cesse de l’étiqueter comme radicalisé et qu’il soit mis un terme aux traitements dégradants et aux conditions de détention déshumanisantes qu’il subit au mitard de la Santé.

    Paris, le 22 juin 2026

    Si vous voulez soutenir Salim A., contactez la prison de la Santé :
    • Tél. : 01.86.21.80.20.
    • Adresse postale : 42, rue de la Santé, 75674 Paris Cedex 14

  • QLCO : À QUI PROFITE LE CRIME ? premiers échos de Condé et Vendin

    QLCO : À QUI PROFITE LE CRIME ? premiers échos de Condé et Vendin

    Début 2025, Darmanin a annoncé la création des quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) et les a inscrits dans la loi dite « narcotrafic ». Six mois après l’ouverture du QLCO de Vendin-le-Vieil et trois mois après celle de Condé-sur-Sarthe, des informations concrètes commencent à sortir sur la réalité de ces endroits et sur leur véritable fonction. Les QLCO servent les intérêts de toute la chaîne pénale : ceux du ministre évidemment, mais aussi ceux des juges et des enquêteurs, des matons et de leurs syndicats, et puis de l’administration pénitentiaire (AP). Pendant ce temps, les prisonniers et leurs proches font les frais de ce régime de détention épouvantable.

    Pour se faire entendre « dans le saloon de la démocratie », suffit de « tirer deux coups au plafond », explique le petit shérif. Plus qu’une mauvaise blague, c’est une stratégie politique : les annonces outrancières permettent d’obtenir moins, tout en donnant l’impression d’avoir négocié. Le cow-boy a d’abord exigé que les prisonniers soient placés au QLCO pour cinq ans ; et quand les parlementaires ont finalement voté un placement d’un an, il a pu ricaner : « On s’en fiche, puisque c’est renouvelable ! »

    La création des QLCO sert la communication du ministre dans sa course à la présidentielle. Ça fait maintenant plus d’un an que L’Envolée raconte comment Darmanin fait sa campagne sur le dos des prisonnier·es, avec l’interdiction des activités ludiques et la chasse aux téléphones portables… Ces nouveaux quartiers, c’est sa vitrine, le symbole du message de fermeté qu’il veut incarner. Et c’est pas fini : il accélère encore la cadence avec l’annonce de l’ouverture de nouveaux QLCO à Aix-Luynes, Valence et Réau dès 2026.

    LES JUGES D’INSTRUCTION SE FROTTENT LES MAINS…

    Derrière le nom mensonger de loi contre le « narcotrafic » se cache un outil pour enfermer la « criminalité organisée », ce qui revient en fait à la quasi-totalité des délits et des crimes pour peu qu’ils soient commis à plusieurs. On a vite fait de se retrouver avec une association de malfaiteurs sur le dos, ou une circonstance aggravante de bande organisée… Les prisonniers du QLCO sont sous le coup de diverses accusations et condamnations, du trafic de stup au banditisme en passant par le vol de voiture. Ça causait des « cent plus gros narcos », mais au bout du compte , il suffit d’être soupçonné d’entretenir des liens avec tel ou tel réseau – ou même juste avec l’extérieur – pour être envoyé à Condé ou à Vendin.

    80 % des prisonniers en QLCO sont en détention provisoire. La fonction de ces quartiers est avant tout de faire avancer les instructions en poussant les prévenus à cracher le morceau. Ce dispositif est inspiré du statut de repenti tel qu’il est pratiqué dans les prisons italiennes sous le régime 41bis : pour en sortir, il faut balancer et mettre quelqu’un à ta place ! Jusqu’ici peu utilisé en France, le statut de collaborateur de justice a d’ailleurs été élargi par la loi « narcotrafic ». Les QLCO deviennent ainsi un maillon central de l’appareil judiciaire : il s’agit de faire subir des conditions horribles aux prisonniers pour leur arracher des aveux.

    ET LES MATONS FONT CE QU’ILS VEULENT

    Le QLCO est aussi un cadeau fait aux matons, qui ont désormais les coudées franches. Tout le savoir accumulé au fil des années en termes de torture blanche peut y être mis en pratique et amélioré. D’après les informations qui nous sont parvenues, la déshumanisation qui était déjà à l’œuvre à Condé – centrale ultra-sécuritaire ouverte en 2013 pour mater les prisonniers récalcitrants – y est poussée à l’extrême.

    Au QLCO de Condé, les prisonniers ne sont que trente-sept, et de toute façon, ils ne peuvent pas croiser plus de quatre autres personnes en promenade. Les cantines sont extrêmement réduites. L’administration a inventé des règles inédites : pas plus de six paires de chaussettes, de six caleçons… Les prisonniers ont froid car le chauffage n’est que rarement allumé. Pour avoir un nouveau gel douche, il faut rendre le précédent – et donc attendre une semaine l’arrivée de la prochaine cantine.

    Tout est fait pour désorienter complètement les prisonniers. Le jour, il n’y a pas de lumière à cause des caillebotis aux fenêtres ; et la nuit, jamais d’obscurité complète, mais une lumière basse constante, et une lumière forte qui réveille les prisonniers toutes les deux heures. Il n’y a pas d’horaire fixe : il faut toujours être à l’affût, à attendre que les matons viennent dire de se préparer. S’ils « oublient » de te prévenir, pas de promenade : « t’étais pas prêt ! » – de toute façon, la promenade est souvent supprimée pour des motifs bidon…

    Les agents sont tous cagoulés. Les prisonniers ne voient pas d’autres visages que ceux des quatre autres qu’ils croisent en promenade. Lors de chaque mouvement en détention, les prisonniers sont escortés par trois à huit agents. À chaque arrêt, ils doivent se mettre la tête contre le mur. Dans les cellules, à deux mètres de la porte, une ligne rouge tracée au sol indique l’endroit où ils doivent se tenir les bras en l’air ; en cas de refus, pas d’ouverture de la cellule. Sous prétexte de protéger les matons des agressions, les portes sont équipées d’arrêtoirs, et ils les bloquent systématiquement à 45 degrés ; elles sont équipées d’un système de fermeture brutale… Bref les prisonniers sont traités comme des animaux enragés. Les fouilles à nu sont quotidiennes. Pas le droit de parler, ni même de répondre aux matons. Face au mur, le prisonnier doit leur tendre lentement chaque vêtement, soulever ses testicules, et se faire passer une lampe entre les fesses. À chaque fois, il doit repositionner ses mains contre le mur. Cette fouille particulièrement ritualisée est réglée pour faire péter les plombs. Un prisonnier a raconté avoir été tabassé pour avoir fait une remarque aux surveillants lorsqu’ils lui ont demandé pour la cinquième fois de montrer ses oreilles : cinq matons se sont mis sur lui et il a pris des coups, y compris dans les parties.

    D’autres prisonniers ont déjà été passés à tabac. Chaque fois qu’ils n’obéissent pas, ou pas assez vite, les matons appliquent toujours la même technique : doigts dans la bouche et dans les yeux, placage au sol, écrasement des parties génitales, torsion des bras et des jambes provoquant l’asphyxie. Le matin, les prisonniers au mitard sont réveillés par des matons qui crient : « Ici, c’est chez nous ! Ici, c’est le IIIe Reich ! Les nazis, c’est nous ! » Tout est fait pour briser les liens avec les proches. Les prisonniers n’ont pas accès aux unités de vie familiale. Ils ne peuvent utiliser la cabine que deux fois deux heures par semaine, souvent au moment où les gens travaillent et où les enfants sont à l’école. En plus de l’hygiaphone qui interdit tout contact, les proches subissent un traitement déshumanisant : des matons cagoulés palpent les enfants, et ils font sauter les parloirs pour des motifs bidon – même pas besoin que le portique sonne, il suffit qu’ils décident que le scanner millimétrique a détecté quelque chose, ou qu’ils décrètent arbitrairement qu’il fallait arriver encore plus en avance.

    LES SYNDICATS EN EMBUSCADE

    Comme à leur habitude, les syndicats de matons défendent la ligne la plus dure. Le QLCO est l’aboutissement de pas mal de leurs revendications. Toutes visent à l’effacement des acquis des luttes des prisonniers, comme l’obtention dans les années 1980 de la fin des parloirs hygiaphones qui – après leur grand retour pendant le covid – sont désormais normalisés dans les QLCO. Les syndicats résistent au moindre assouplissement de ces conditions déshumanisantes, forçant par exemple la direction de Condé à faire marche arrière lorsqu’une note a préconisé d’ouvrir les portes des cellules à 90 degrés. En plus, tous les personnels de Condé et de Vendin reçoivent une prime mensuelle au titre de la « dangerosité » des prisonniers. Interrogée sur les mauvais traitements infligés aux prisonniers, l’administration répond tranquillement qu’ils ont appris ces gestes professionnels dans une formation spéciale QLCO – ou quand la violence devient une pratique professionnelle labellisée et la torture blanche une norme sécuritaire…

    Lorgnant sur Condé, les syndicats des futurs QLCO d’Aix-Luynes, de Valence et de Réau font leur petit shopping, histoire d’obtenir des promesses. Ils rivalisent de demandes extravagantes : hygiaphones ultra renforcés, boucliers stroboscopiques – pour éblouir et désorienter –, et, vas-y, un dojo pour la formation continue des matons… Sans compter, évidemment, la généralisation de la « prime QLCO » à tous les personnels. Ils s’inquiètent même qu’à Condé le courrier soit géré à l’aide d’un chariot mobile, « objet roulant pouvant être utilisé contre les agents ». On imagine bien comment cette compétition décomplexée peut pousser à la dégradation de conditions de détention déjà atroces, au QLCO et ailleurs. À la moindre petite innovation chez le voisin, les syndicats font pression sur leur direction pour obtenir la même chose chez eux. Avec une petite touche expérimentale côté matons : à Condé, ils testent la ligne rouge en cellule, qui n’existe pas à Vendin. Les conditions du QLCO commencent à se répandre dans d’autres quartiers de la détention – au quartier d’isolement de Condé en détention « normale », juste à côté, les matons enfilent déjà des cagoules à l’instar de leurs collègues.

    LA PÉNITENTIAIRE SE COUVRE

    L’AP ne cesse d’être hantée par le spectre des luttes collectives contre l’isolement. Entre 1975 et 1982, elles avaient conduit à la fermeture des quartiers de haute sécurité – certes vite remplacés par les quartiers d’isolement. On se souvient de la mutinerie de 1987 à la centrale de Saint-Maur – le plus grand quartier d’isolement de France ! – au cours de laquelle quatre cents prisonniers ont pris directeur, matons et enseignants en otages. Les luttes de 2001 à 2005 méritent aussi d’être rappelées (voir encart)… À mesure que l’individualisation des régimes de détention progresse, les recours juridiques des prisonniers se multiplient. Ils ont fini par obtenir quelques victoires ponctuelles sur des placements illégaux ou des maintiens à l’isolement hors délai, ou encore sur l’usage de l’isolement en préventive. La création des QLCO remet les compteurs à zéro, puisque légalement, ces lieux ne sont pas des quartiers d’isolement. La preuve : chaque prisonnier en croise quatre autres une heure par jour ! Cette pirouette permet à l’AP d’arguer que les conditions de détention en QLCO sont bien meilleures qu’à l’isolement. La magistrature suit : tous les référés ont été rejetés, et les recours seront examinés dans des mois, voire des années. De toute façon, le flou des critères d’affectation – quasiment pas explicités dans la loi – a été entériné par le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État : le ministère et l’administration ont donc les mains libres. Les QLCO s’inscrivent dans la logique plus ancienne de la multiplication des régimes d’isolement qui ne disent pas leur nom : les quartiers maison centrale, l’étage zéro ou encore « la gestion isolée »…


    Les luttes dans les QI (2001-2005)

    Moben, mange ta peine, éditions du Bout de la ville, 2025

    « Entre 2001 et 2005, il y a eu de grandes luttes collectives au sein des QI. À chaque fois, ça se passait à peu près comme ça : on commençait toujours par aller voir le surveillant pour lui exposer le problème qu’on avait ; là il y avait plusieurs cas de figure. Le plus souvent ça se passait sans violence, le surveillant faisait remonter l’information et on pouvait discuter et négocier avec la direction et le problème était résolu. Mais quand on avait affaire à une sourde oreille, on s’organisait pour tout bloquer. Ça voulait dire que le soir on bouchait l’œilleton qui sert aux surveillants à regarder à l’intérieur de la cellule, ce qui les oblige à appeler le gradé et à s’équiper (c’est-à-dire mettre du matériel anti-émeute) pour ouvrir la porte. On « bloquait » aussi les promenades : ça veut dire qu’ils nous descendaient quatre par quatre, chacun dans une petite promenade et au moment de remonter on refusait, ils mettaient des fois trois heures à nous rentrer en cellule ou ils appelaient les Éris. Et là, y avait bagarre ! Bref, le QI était mis hors service. Il ne pouvait plus fonctionner normalement : les surveillants étaient obligés de faire des comptes rendus d’incident (CRI) tous les jours, ça remontait aux directions interrégionales, et le directeur de la taule se faisait taper sur les doigts. Et nous, on était envoyés au mitard après s’être fait tabasser. On n’avait pas grand chose à perdre alors on a fait ça pendant des années et on a fini par obtenir pas mal de choses ; notamment des plaques chauffantes et des frigos. Nous avons aussi obtenu des salles de sport, c’est-à-dire une cellule avec dedans une barre fixe, un vélo ou un tapis de course, parfois les deux. On a obtenu le droit de prendre des douches après le sport, et non plus seulement deux à trois fois par semaine. On a obtenu la télé pour ceux qui n’ont pas d’argent. On a aussi obtenu de vraies bibliothèques …


    En août 2025, un mois après l’ouverture du QLCO de Vendin, les prisonniers ont entamé des mouvements collectifs. Ils se sont organisés pour inonder les coursives, taper dans les portes et tenter d’obtenir des extractions médicales. En septembre, plusieurs dizaines d’entre eux ont fait une grève de la faim. À Condé aussi, les prisonniers ont commencé des mouvements. En janvier, ils ont tapé et inondé les coursives, et la direction a décidé de couper l’eau aussi sec. Certains rendent d’eux-mêmes tout ce que l’AP pourrait leur enlever – télé, frigo… –, ou même arrêtent de cantiner pour réduire le pouvoir de l’administration en lui retirant tout moyen de pression. En septembre à Vendin, en janvier à Condé, les prisonniers ont fait sortir des communiqués dénonçant l’arbitraire de ce régime de détention et son impact sur leurs proches.

    SUPER CARTEL DE VENDIN-LE-VIEIL

    Grève de la faim à partir du 1er septembre 2025

    Nous, détenus, annonçons aujourd’hui une grève de la faim à compter du 1er septembre 2025. Notre mouvement n’est pas dirigé contre nos conditions de détention mais contre les conditions inhumaines imposées à nos familles.

    Nos familles paient le prix fort.

    * Elles parcourent des centaines de kilomètres pour venir nous voir, parfois au détriment de leur santé, de leur travail, de leur équilibre.

    * Au parloir, elles se retrouvent derrière un hygiaphone, dispositif justifié officiellement pour éviter l’introduction

    d’objets illicites. Pourtant, chacun sait qu’un portique à ondes millimétriques détecte déjà tout objet interdit. Même les surveillants témoignent que ce système sert avant tout à « casser psychologiquement » détenus et familles.

    Une mise en scène indigne

    * Les familles, y compris des enfants, sont accueillies par des agents cagoulés censés les impressionner. Pourtant, en détention même, les agents ne portent pas de cagoule.

    * Les appels téléphoniques sont limités à deux fois par semaine, sur des créneaux restreints (8h-12h, 14h-16h). Or, à ces heures, les proches travaillent et les enfants sont à l’école.

    * Rappelons que nos proches n’ont commis aucune faute : ils ont un casier vierge, ils paient leurs impôts et n’ont évidemment aucun numéro d’écrou.

    La vérité contre les mensonges

    Nous ne sommes pas violents avec les agents, seuls quelques individus isolés et déséquilibrés le sont. La vérité, c’est que les agents sont en sous-effectifs, et non 250 comme l’affirme le ministre de la Justice, Monsieur Gérald DARMANIN. DARMANIN ment. Le délégué syndical David LACROIX ment.

    Notre position

    Votre rêve est de nous pousser à la violence. Nous ne tomberons pas dans ce piège. Notre résistance sera pacifique mais déterminée. Le 1er septembre 2025, nous entamerons une grève de la faim pour défendre la dignité de nos familles.


    À GÉRALD DARMANIN (ALIAS MOUSSA DE SON VRAI PRÉNOM)

    Je fais ce courrier de la part de tous les détenus du QLCO de Condé-sur-Sarthe.

    À partir de cet instant, c’est-à-dire le 5 janvier au soir, nous entamons des mouvements de protestation contre le QLCO qui instaure ses propres règles à l’instar du QLCO de Vendin-le-Vieil qui parait beaucoup plus souple : deux heures de promenade, lecteur DVD en cellule, pas de marquage au sol à suivre (une ligne par terre). Ici à Condé, les requêtes ne sont pas prises en compte, les détenus sont 23 heures sur 24 en cellule et pour la plupart (pour ne pas dire tous) n’ont rien à faire dans un QLCO.

    Le QLCO n’a aucune vocation si ce n’est une vengeance personnelle sur les détenus, nous regrettons l’opacité des procédures pour affecter les détenus : si l’ensemble des dossiers était traité avec discernement, aucune des personnes détenues à l’instant n’aurait suffisamment de motivations pour y être affectées.

    Les QLCO ont été créés juste pour assouvir les ambitions politiques du ministre de la justice, à part ça, ça sert à rien : les agents sont des cagoulés alors que j’étais incarcéré dans cette prison il y a 40 mois en arrière, je les connais tous, c’est une mascarade.

    Pour finir, l’ensemble des détenus du QLCO de Condé-sur-Sarthe est déterminé à protester, on attend des changements ainsi que de pouvoir s’entretenir avec le chef d’établissement pour améliorer nos conditions de détention.

    Signé : L’association de bien-fêteurs de Condé-sur-Sarthe.

  • Cantine en soutien à Moben et contre l’isolement carcéral

    Cantine en soutien à Moben et contre l’isolement carcéral

     »Ras le Bol » organise une cantine en soutien à Moben et contre l’isolement carcéral, à la Relâche de la Chapelle le lundi 13 avril 2026, avec les Éditions du bout de la ville et L’Envolée.


    Moben est un prisonnier et l’auteur d’un livre de recettes, « Mange ta peine ». Peu après sa publication, il a été transféré au nouveau  »quartier de lutte contre la criminalité organisée » de la prison de Condé-sur-Sarthe.

    On reviendra sur la fabrication de ce livre et l’importance de la cuisine en détention et à l’isolement, et sur la répression que subit son auteur. On en profitera ensuite pour parler plus largement de ces nouveaux quartiers ultra sécuritaires que sont les QLCO (« Quartiers de Lutte contre la Criminalité Organisée »), les luttes des personnes qui y sont enfermées et celles de leurs proches.

    Le repas (prix libre !) sera préparé à partir de recettes (vegan) adaptées du livre de Moben.

    « J’aimerais que ce livre contribue à combattre les idées préconçues sur la prison et à briser les stéréotypes souvent associés à ceux et celles qui s’y trouvent. » Moben

    Cantine, bar, infokiosques, table d’écriture de lettres à des personnes enfermées…

    Présence de l’AG anticarcérale, L’Envolée, Toulouse Anticra, Secours Rouge Toulouse, Comité de soutien à la Palestine (campagne Libérez Ali et Dismantle Damon), Les éditions du Bout de la Ville.

  • Le journal l’Envolée n°64 : présentation et lectures à la radio

    Le journal l’Envolée n°64 : présentation et lectures à la radio

    Émission de l’Envolée du vendredi 27 mars 2026

    AU PROGRAMME :

    Pour cette émission hors-les-murs, on vous présente le numéro 64 du journal l’Envolée : lecture des articles et rediff de lectures de lettres ou prises de paroles de prisonniers, prisonnières ou leurs proches. Bonne écoute !

    AGENDA :

    Faire face à la police : Événement en soutien au collectif Justice pour Rayana, tuée par la police le 5 juin 2022 à Château Rouge.
    Jeudi 2 avril à 19h – Le Bar Commun – Paris 18e

    Et pour finir, on écoute les revendications du Réseau entraide vérité et justice, énoncées le 14 mars à Paris, à la fin de la marche des solidarités « Contre le racisme, les fascistes et les violences d’État ».

    L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers
    et les prisonnières.

    En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne.
    Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord, en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h).
    Et sur toutes les plateformes de podcast.

  • La prison et les peines se durcissent, la mental’ change… – Violences de l’enfermement psychiatrique

    La prison et les peines se durcissent, la mental’ change… – Violences de l’enfermement psychiatrique

    Émission de l’Envolée du vendredi 20 mars 2026

    AU PROGRAMME :

    Lettre de Kemi à la centrale d’Arles, qui décrit les différents régimes de détention et les évolutions négatives qu’il a observées dans les maisons centrales (prisons pour longues peines) depuis une quinzaine d’années.

    Lettre de BN au CD pour femmes de Poitiers-Vivonne : surpopulation, surenfermement, restriction des activités et des aménagements de peines…

    Discussion sur l’enfermement psychiatrique sous toutes ses formes, et sur les liens entre prisons et psychiatrie, avec Azé, militante anti-psychiatrie :
    – informations sur l’hospitalisation sous contrainte et les passages devant le JLD (juge des libertés et de la détention) et lecture d’un récit d’une personne enfermée à l’HP des Eaux vives en région parisienne en 2020.
    – enfermement en pédopsychiatrie
    – UHSA : « unités hospitalières spécialement aménagées » destinées aux prisonniers et prisonnières, avec lecture d’une lettre d’Aurélie sur l’UHSA de Cadillac en 2024.
    – USIP (unité soins intensifs en psychiatrie) et UMD (« Unités pour malades difficiles », prisons-hôpitaux hardcore démultipliées sous Sarko) : extraits des récits de Max sur l’UMD d’Avignon-Montfavet et de la mère de Thomas, enfermé à celle de Villejuif.
    – Psychiatrie et CRA (centres de rétention administrative = prisons pour étranger.e.s), avec notamment la distribution massive de cachetons comme outils de gestion et de pacification, qui rendent les gens accro et ont de graves répercussions. Avec lecture du récit d’un enfermé, publié sur le blog de l’’assemblée contre les CRA d’île-de-france.
    – En plus du fait que l’enfermement est considéré par certains « soignants » comme « une méthode de soins… avec des effets secondaires, comme tout traitement » (!!!)… Nous revenons sur certaines autres méthodes employées en psychiatrie : la médication, son efficacité relative et surtout ses dangers, les mesures de torture blanche comme l’isolement et la contention.

    A réécouter aussi : notre émission du 17 février 2023 sur violences psychiatriques et la prison.

    AGENDA :

    Samedi 21 mars à Nanterre : marche pour Nahel, tué par la police en 2023, et pour tous les jeunes victimes de l’impunité policière.

    Samedi 21 mars à Paris : manifestation pour le droit à l’auto-détermination du peuple kanak, et pour l’abandon de l’accord Bougival

    Samedi 21 mars à Lyon : manifestation contre les violences policières, pénitentiaires et le racisme systémique.

    L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers
    et les prisonnières.

    En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne.
    Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord, en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h).
    Et sur toutes les plateformes de podcast.