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  • Canicule à l’ombre – Lettre sur les UDV – Des proches de prisonniers du QLCO de Condé dénoncent les conditions de parloirs qui leur sont imposées

    Canicule à l’ombre – Lettre sur les UDV – Des proches de prisonniers du QLCO de Condé dénoncent les conditions de parloirs qui leur sont imposées

    Émission de l’Envolée du vendredi 19 juin 2026

    PROGRAMME

    On fait un petit point sur la canicule en prison qui est encore plus insoutenable à l’intérieur : aucun courant d’air en cellule, des fenêtres grillagées qu’on ne peut pas ouvrir complètement de plus en plus doublés de caillebotis … Et les promenades bétonnées sans ombres et sans arbres n’apportent pas non plus de fraîcheur.

    Une lettre d’Étienne, un prisonnier kanak qui nous écrit depuis sa déportation en France il y a deux ans suite aux révoltes en Kanaky. Il est sorti fin avril de l’isolement. Il raconte son passage en unité pour détenus violents (UDV), où on est sous étroite surveillance des psys et de l’administration et avec des restrictions supplémentaires et où on est enfermé quand on pète un câble en prison. Il profite de ce courrier pour saluer les prisonniers des QLCO de Vendin et Condé.

    On lit une lettre collective écrite avec des proches de prisonniers du quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de Condé pour dénoncer les conditions de parloirs qui leur sont imposés. Il faut noter l’importance de cette mobilisation collective des proches face à ces nouveaux quartiers sécuritaires qui visent à renforcer encore l’isolement et l’atomisation de la prison. Comme ils le disent bien, le but de l’administration pénitentiaire est de les humilier et de les traumatiser pour les décourager de rendre visite à leurs proches incarcérés pour les isoler encore plus et les faire craquer. On peut retrouver cette lettre sur notre site ici et on invite les personnes à l’extérieur à la faire circuler au maximum.



    On reçoit trois appels de proches de personnes enfermées au QLCO de Condé qui reviennent sur les conditions de parloirs qui leur sont imposées mais aussi les restrictions sur les appels téléphoniques. Pour rappel le quartier de lutte contre la criminalité organisée de Condé a été ouvert par Darmanin il y a 6 mois après celui de Vendin à l’été 2025. Deux prisons qui avaient été ouvertes par Taubira il y a plus de dix ans déjà pour mater les prisonniers qui se révoltaient contre l’administration pénitentiaire. Cette fois, sous prétexte d’enfermer le haut du spectre du narcobanditisme, c’est une véritable légalisation de la torture blanche et un retour en arrière sur deux décennies d’acquis des prisonniers à travers leurs luttes : matons cagoulés, parloirs hygiaphones, appels téléphoniques, promenades et cantines limités, fouilles à nu systématiques, ni travail ni formation, etc.


    Les proches racontent notamment comment les enfants sont palpés en plus de leur passage au portail à ondes millimétriques qui sonnent sans raison et fait sauter des parloirs, le contrôle des appels téléphoniques, la destruction de l’abri famille et les coups de pression sur les proches qui traînent sur le parking, ou encore les règles arbitraires pour le linge qu’on est autorisé à apporter.

    AGENDA

    • Journée d’hommage et de commémoration pour les 19 ans de lutte et de mémoire après l’assassinat de Lamine Dieng par la police. Rendez-vous le samedi 20 juin, de 13h à 21h, à la Parole Errante à Montreuil, avec des ateliers et des discussions sur les violences policières et le racisme systémique.
    • Manif contre tous les racismes et l’extrême droite le dimanche 21 juin à 14h, au métro Barbès à Paris.
    • Rendez-vous à Saint-Étienne dès midi, le dimanche 21 juin, à La Tablée pour la cantine pour cantiner, une cantine de soutien ce mois pour jeune Algérien de 19 ans incarcéré à la Talaudière.
    • Dimanche 28 juin 2026 à 14h, devant la prison des Baumettes à Marseille : rassemblement de soutien aux prisonniers et prisonnières. Puis, de 19h à 21h, écoute d’un podcast sur l’isolement carcéral dans les années 1980 à Radio Galère, à la Friche de la Belle de Mai.
    • Soirée de lancement de la revue Al Wada, un magazine de littérature carcérale palestinienne, avec des discussions et un concert. Rendez-vous le 10 juillet dès 18h30, au 78 rue de Compans, dans le 19e arrondissement de Paris.

    L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers
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    En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne.
    Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord, en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h).
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  • LES PROCHES DES PRISONNIERS DU QLCO DE CONDÉ-SUR-SARTHE DÉNONCENT DES MALTRAITANCES VISANT À DÉTRUIRE TOUT CONTACT HUMAIN

    LES PROCHES DES PRISONNIERS DU QLCO DE CONDÉ-SUR-SARTHE DÉNONCENT DES MALTRAITANCES VISANT À DÉTRUIRE TOUT CONTACT HUMAIN

    Lettre collective écrite avec des proches de prisonniers du quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de Condé-sur-Sarthe pour dénoncer les conditions de parloirs qui leur sont imposées. Il faut noter l’importance de cette mobilisation face à ces nouveaux quartiers ultra sécuritaires qui visent à renforcer encore l’isolement et l’atomisation de la prison. Comme ils le disent bien, le but de l’administration pénitentiaire est de les humilier et de les traumatiser pour les décourager de rendre visite à leurs proches incarcérés, afin d’isoler encore plus les prisonniers et de les faire craquer. Cette lettre a été lue et discutée avec certains des proches dans cette émission. On invite les personnes à l’extérieur à la faire circuler au maximum.

    Nous sommes des filles, fils, mères, pères, frères et sœurs de personnes enfermées au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de la centrale de Condé-sur-Sarthe. Nous traversons régulièrement la France pour rendre visite à nos proches au parloir, où nous sommes séparés d’eux par une vitre hygiaphone.

    L’administration pénitentiaire se défend d’interdire tout contact (parloirs, cabine téléphonique) avec les proches, mais il est clair que les maltraitance décrites ici visent à rendre les visites aussi contraignantes et traumatisantes que possible pour nous décourager de venir voir les prisonniers et pour leur faire péter les plombs.

    Ils sont prévenus ou condamnés, mais pas nous. Pourtant, nous aussi, nous sommes punis, et nous faisons les frais de la politique sécuritaire de l’administration pénitentiaire et de son ministre Darmanin. Les parloirs hygiaphone qui rendent tout contact direct impossible portent déjà atteinte à nos besoins humains fondamentaux, mais en plus de cette torture légalisée par la création des QLCO, nous subissons toutes sortes de maltraitances arbitraires, tolérées – voire encouragées – par l’administration.

    Comme l’abri famille a été détruit pendant les travaux d’aménagement, nous devons attendre une heure dehors, qu’il pleuve ou qu’il vente. Sur le parking, les proches subissent des coups de pression des surveillants, qui vont parfois même jusqu’à appeler la police ; il y a des fouilles de voiture et les personnes qui se servent de leur téléphone sont menacées au prétexte qu’ils prendraient l’établissement en photo… Certains visiteurs se sont vu suspendre leur parloir pour ce genre de motifs.

    L’entrée au parloir nous est refusée pour toutes sortes de motifs absurdes, alors qu’on a fait des centaines de kilomètres. La durée des parloirs a été réduite mais on nous demande d’être présents une heure à l’avance, et pour cinq minutes de retard (c’est-à-dire cinquante-cinq minutes avant le parloir) on nous refuse l’entrée ; ou alors c’est un numéro de carte d’identité qui ne correspond pas à celui du permis de visite, même si la visiteuse montre d’autres documents prouvant son identité – et la personne a encore été refoulée au rendez-vous suivant alors que la Spip l’avait assurée que la rectification avait été faite.

    Au QLCO, les surveillants sont tous cagoulés. Devons-nous laisser traumatiser nos enfants qui veulent voir leur père ou leur oncle ? Comment supporter de n’être en contact qu’avec des individus au visage masqué ? C’est d’autant plus absurde que certains d’entre nous qui venaient déjà au parloir avant l’ouverture du QLCO reconnaissent les surveillants. Les enfants font beaucoup de cauchemars après les visites, d’autant que certains cagoulés effectuent des palpations sur de très jeunes enfants au prétexte que le portique à ondes millimétriques serait inefficace sur les « individus de moins de 100 cm ».

    En effet, en plus du contrôle drastique – avec passage au détecteur de métaux et aux rayons X – dont les visiteurs font déjà l’objet dans toutes les prisons, nous devons en plus inaugurer cet autre appareil détecteur d’objets illicites… alors que nous restons toujours séparés de nos proches par une vitre. Ce portail donne encore lieu à d’autres renvois arbitraires : un visiteur s’est vu refuser l’entrée à cause de son capteur pour le diabète, et ses parloirs ont été suspendus pour « tentative d’introduction de denrée alimentaire » à cause des bonbons qu’il doit toujours avoir sur lui en cas de crise d’hypoglycémie. Comme le portail à ondes millimétriques ne fait que désigner des « zones » corporelles où il croit détecter des anomalies, sans plus de précisions, au moins deux femmes en période menstruelle se sont vu refuser l’entrée au parloir à cause de leurs protections périodiques.

    En théorie, dans les autres établissements, les prisonniers peuvent appeler de la cabine téléphonique quand ils veulent. Au QLCO, les appels sont limités à quelques heures par semaine sur des créneaux restreints, qui changent régulièrement – mais toujours en pleine journée, quand les enfants sont à l’école et nous au travail ; rarement le week-end. C’est pourtant vital de pouvoir communiquer avec ceux qu’on aime, et ça prend un tour dramatique quand un petit est malade et qu’on ne peut pas donner de ses nouvelles à son père. Nous payons l’option « lettre suivie » de la Poste pour être sûrs que nos courriers parviennent à nos proches, et même comme ça, nos lettres mettent des semaines à arriver – quand elles ne sont pas retenues par la prison.

    Pour apporter des vêtements aussi, Le règlement est encore plus compliqué qu’ailleurs : il faut annoncer par téléphone à notre proche ce qu’on va lui apporter pour qu’il fasse une demande écrite à l’administration, et parfois c’est impossible à coordonner du fait de la restriction des communications. Les habits que les surveillants ne transmettent pas aux prisonniers finissent dans un mystérieux vestiaire au lieu d’être restitués à la famille.

    A cause des interdictions arbitraires, nous conduisons des heures sur des centaines de kilomètres, nous payons l’essence, les péages, le train, le taxi et les nuits d’hôtel pour voir nos proches…. sans jamais savoir si on nous laissera entrer ou non. Ça nous met la boule au ventre. Pour nous décourager d’aller voir nos proches, ils nous traitent comme des chien, et ces conditions risquent de s’étendre à toutes les prisons si nous laissons faire. Ils veulent nous briser, ils veulent nous isoler, mais l’union fait la force – et nous nous unissons pour dénoncer tout ça.

  • Lettres de longues peines – Le CPIP ne fait rien  – Soutien à Moben et aux prisonniers du QLCO de Condé

    Lettres de longues peines – Le CPIP ne fait rien – Soutien à Moben et aux prisonniers du QLCO de Condé

    Émission de l’Envolée du vendredi 6 juin 2026

    PROGRAMME

    LETTRES

    Des nouvelles de Pascal, un prisonnier longue peine et correspondant régulier de l’Envolée, qui a enfin été transféré à Saint-Martin-de-Ré après avoir poireauté des mois à Réau en sortant du centre national d’évaluation (CNE). S’il est maintenant moins loin de ses proches, il raconte que cette déjà sinistre centrale a bien changé depuis son dernier passage.

    Une lettre d’un autre prisonnier longue peine qui fait la tournée des centrales de France pour refuser de se plier devant l’administration pénitentiaire. Il explique comment ses bagarres lui coûtent ses aménagements de peine et ses perspectives de sortie.

    Une lettre du centre pénitentiaire d’Orléans qui donne un nouvel exemple des manières dont l’administration et ses agents maintiennent sous pression les personnes enfermées grâce à leur mainmise sur les relations avec les proches à l’extérieur. Alors que son dernier mouvement de revendication l’a amené au mitard, il évoque le dernier blocage des matons qui, eux, n’ont subi aucune sanction.

    SOIRÉE DE SOUTIEN A MOBEN ET CONTRE LES QLCO

    On passe l’enregistrement d’une discussion avec des membres de l’Envolée et des Éditions du bout de la ville qui ont édité le livre de recette Mange ta peine, pour lequel Moben a été transféré au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de Condé-sur-Sarthe. Cet échange a eu lieu à l’occasion d’une cantine en soutien à Moben qui s’est tenue à Toulouse en mars dernier et au cours de laquelle deux cents personnes ont pu déguster des recettes directement inspirées du livre.

    On a profité de ce moment pour présenter également les QLCO, leur fonctionnement et leur rôle dans la détention et dans la société, et relire les deux communiqués sortis par des prisonniers à Vendin-le-Vieil et Condé-sur-Sarthe après l’ouverture des deux premiers QLCO.

    L’enregistrement ayant été réalisé avec un téléphone dans une chapelle, on s’excuse par avance de la qualité audio et on espère qu’elle ne gène pas trop la compréhension.

    AGENDA

    Rassemblement pour le procès en appel de la mère d’Idir Mederess, mort au mitard de la prison de Lyon-Corbas le 9 septembre 2020, et de son avocat. Rendez vous le jeudi 18 juin à 11 au Palais de justice des 24 colonnes à Lyon.

    Rendez-vous dimanche 28 juin 2026 à 14h devant la prison des Baumettes puis de 19h à 21h écoute d’un podcast sur l’isolement carcéral dans les années 80 à Radio Galère à la Friche avec apéro et moment convivial. Plus d’infos ici.

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  • Être « Voyageur » et en plus au « chtar »…

    Être « Voyageur » et en plus au « chtar »…

    En tant que voyageur yénich, Kémi raconte la répression et le surenfermement subis par les voyageurs. Il a écrit cette lettre depuis la centrale de Moulins, et nous l’avons lue dans l’émission l’Envolée du vendredi 6 juin 2026, consacrée à cette question.

    Ecoutez l’audio de cette lettre ici ou lisez la ci-dessous :


    Mesdames, Messieurs,


    Et oui, je suis voyageur yénich et je vais essayer de vous raconter mon parcours et de vie, en espérant que ça vous aidera à comprendre ce que l’on subit en silence… J’ai 37 ans cet été, ça fait 15 ans que je suis incarcéré, donc je vais vous raconter ma vie du dehors mais aussi celle en tant que détenu longue peine, car la répression et le racisme contre nous les voyageur-euses est publique à l’extérieur des prisons mais aussi à l’intérieur des prisons !
    Oui, quand j’étais dehors je partais « tchor », « voler » pour nourrir mes enfants… Vous allez me dire que j’ai qu’à trouver un job, mais le problème… c’est que les gadjes n’embauchent pas « les voleurs de poules » !


    Petit, j’ai vécu une descente de CRS et du PSIG sur le terrain, qui m’a marqué à vie ! J’étais tout gamin, et un matin, on a vu 2 bus débarquer à fond, suivis de 4 Mégane… D’un coup, ils sont sortis avec les armes en main. Ils nous ont tous braqués, même nous, les gosses ont été allongés sur le ventre ! Et tout ça pour quoi ? Ils s’étaient trompés de « camps », comme ils disent…
    Tous les garçons vont se reconnaître dans le prochain souvenir que j’ai, qui m’a marqué et coûté 48 heures de garde à vue… Encore une fois, c’est une histoire de « tchor ». Ma daronne était partie « tchor » dans les magasins pour de la nourriture. Un jour, les deux vigiles lui demandent de les suivre, je me suis mis entre et j’ai demandé pourquoi. Ces fous m’ont poussé et ont agrippé la daronne et lui ont dit : « On va te fouiller à poil. » Eh bien, j’ai sauté sur eux, un gadgé a appelé les « clistes » (keufs), j’ai fini en gav, mais la daronne est rentrée avec la bouffe qu’elle avait tchor. … 🙂 …


    Je ne suis jamais allé à l’école, et je ne regrette pas car j’ai fait l’école de la vie…. À 14 ans j’ai pris mon indépendance car j’allais être papa… Au début j’ai cherché un job honnête mais j’étais pas narvalo, je savais qu’avec mon âge je n’aurais pas de contrat donc j’allais dikav chez les chefs de chantiers pour savoir s’ils ne cherchaient pas de la petite main-d’œuvre au black pas chère, mais à chaque fois que je disais que je vivais sur le terrain ils m’envoyaient chier et me prévenaient que s’il manque un truc sur le chantier ils envoient les clistes ! Donc je suis allé chercher les « lovés » (argent) là où ils se trouvaient… je suis allé me servir, je me suis fait prendre et à 14 ans je suis entré en prison avant la naissance de mon fils… À cette époque-là (2004) c’était pas comme maintenant, on en prenait plein la gueule par l’administration pénitentiaire mais ils le faisaient discrètement… La loi française dit qu’un mineur incarcéré ne peut être placé au quartier disciplinaire avant 16 ans, eh bien moi je l’ai connu à 14, 15, 16, 17, 18, etc. Un voyageur, s’il veut bosser en prison c’est compliqué : soit tu galères plusieurs mois voire années pour avoir un poste convenable, soit c’est le voyageur qu’on envoie ramasser leurs poubelles, ou carrément ils te donnent rien, ce qui arrive plus souvent !


    En 2011 quand je suis sorti, un soir je me suis fait contrôler par le PSIG (peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie). Quand ils m’ont vu, ils m’ont cash demandé « quelle famille », « sédentaire ou sur le camps » ? J’ai donné mon nom en pensant qu’on est connu dans le coin, ils vont faire tranquille et vite, et ben non :
    – Papiers de la bécane.
    – Je les ai pas.
    – Assurance ?
    – J’en ai pas.
    – Ça fait longtemps que t’es sorti ? Tu l’as volée ?
    – Non, elle est neuve, j’ai tous les papiers sur le terrain !
    Dans vos gueules !!! C’est un cadeau de mon vieux (paix à son âme), ils m’ont quand même plaqué contre l’auto et menotté… je leur ai dit de taper la plaque au fichier et ils verront que c’est bien la mienne !!!! J’ai fini à la gendarmerie et mon vieux a dû venir à 2h, 3h du matin pour amener les papiers.


    Ensuite en 2012, je suis condamné à 4 ans ferme pour cambriolage puis ma peine est prolongée car j’ai pris ce qu’on appelle des « peines internes », en gros ma peine est passée de 4 ans à plus de 20 ans pour des violences sur surveillant et deux prises d’otages pour essayer de me faire entendre et faire respecter mes droits ! En 2016 mon vieux est parti et la juge a refusé que je participe à la cérémonie car d’après elle « trop risqué » en « vue du nombre de famille de la communauté des gens du voyage » prévue, mais pour éviter toute frustration du détenu elle m’autorise « la mise en bière » assistée du noyau dur de la famille, mais l’escorte du PSIG en a décidé autrement ! Ils ont refusé que mes proches soient avec moi pour dire adieu à mon vieux. Quand j’ai vu ça j’ai cash compris, j’ai voulu approcher mon vieux pour l’embrasser mais les clistes m’ont chopé, jeté dans la voiture et ramené au chtar, ça a duré 5 minutes ! J’ai fini par faire une prise d’otage !


    Ici quand je vais à la douche certains ont osé me dire « on vérifie si tu voles les tuyaux en cuivre », c’est malheureux… Mais maintenant plein de voyageurs finissent en prison ou sous terre pour tchi (rien) ! Faut que l’on se réveille, faut arrêter de subir en silence ! Crions ensemble, stop au racisme contre les voyageurs(euses) et le racisme pur et simple ! Faisons-nous entendre et montrons-leur que nous ne sommes pas des statistiques et des faits divers, montrons-leur que nous sommes des êtres humains comme n’importe lesquels ! Petit message pour les gadgés : arrêtez de regarder Incroyable Vie ou Mariage des gitans, c’est du « fake », et oui, Love Story c’était plus sérieux !


    Ce que je veux dire par là c’est : ne vous arrêtez pas aux préjugés ou clichés. Nous sommes mis à l’écart de la société, à côté d’une déchetterie ou d’un cimetière, et ça ne choque personne ? Le pays du soi-disant droit de l’homme qui tente d’exterminer une minorité et tout le monde ferme les yeux ! À la place de vous tirer dans les pattes, unissons-nous toutes et tous : gitans, roms, Roms, yéniches, tsiganes, manouches, Algériens, Marocains, Tunisiens, Chinois, Gaulois, toutes celles et ceux qui subissent le racisme de l’État, faisons force unie (pacifiquement) et faisons-nous entendre ! Paix aux âmes de ceux qui nous ont quittés sous les balles ou les coups des clistes… Force et honneur à ceux et celles enfermés, on est increvables ! Le niglo la braise nous attend ! Merci d’avoir pris le temps de lire ou d’écouter cette petite lettre d’un yénich au chtar ! Dédicace à l’équipe et aussi à mon pral Ritchy ! Big up à vous, tchoums !
    ps : je conseille de lire le livre « Voleurs de poules » écrit par Ritchy Thibault, un voyageur qui se bat pour nous, je suis fier de le connaître et d’être son pral !


    Prenez soin de vous les amis, grosse pensée à toute l’équipe, on lâche rien, y’a pas d’arrangement !


    Kemi, voyageur et fier de l’être !
    Mika – 29/04/26

  • « La moitié de la prison est malade » – Conditions de merde à la MA de Lille-Séquedin – Kémi en grève de la faim – Encore des dingueries de Darmanin

    « La moitié de la prison est malade » – Conditions de merde à la MA de Lille-Séquedin – Kémi en grève de la faim – Encore des dingueries de Darmanin

    Émission de l’Envolée du vendredi 30 janvier 2026

    Une lettre d’Aurélie du CD de Rennes pour souhaiter la bonne année : « la moitié de la prison est malade », et elle attend toujours le rapport d’un expert pour espérer une permission.

    On lit un message qui dénonce les conditions de détention à la maison d’arrêt de Lille-Séquedin : pression psychologique, surpopulation, insalubrité, nourriture insuffisante et dégueu, dégradation des sens. On peut lire l’intégralité du texte sur le site le collectif lillois À l’Arrache ici. On peut aussi écouter leur émission de radio contre les prisons une fois par mois sur Radio Campus Lille.

    On revient sur la lutte que mène Kémi à la centrale de Moulins-yseure pour obtenir la fin de sa gestion isolée et son transfert en centre de détention (CD). Le jeudi 22 janvier, il s’est mis en grève de la faim et des proches ont fait tourner ses revendications à l’extérieur (on peut retrouver le texte de soutien sur notre site ici). Sa gestion isolée a finalement été levée et il a été reçu par la direction qui lui a promis que son statut de DPS serait levé et qu’ils soutiendraient une demande de transfert. À suivre …

    On finit en discutant des dernières dingueries de Darmanin pour son projet de loi pour des « sanctions sûres et efficaces ». Cette fois il ressort et déforme la vieille idée du numerus clausus et veut encore raboter et conditionner les aménagements de peine.

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    Et sur toutes les plateformes de podcast.

  • MAF, SMPR, QHS… Une année de lettres contre l’enfermement

    MAF, SMPR, QHS… Une année de lettres contre l’enfermement

    Émission de l’Envolée du vendredi 2 janvier 2026

    L’année 2025 a été marquée par la guerre, médiatique et bien réelle, menée contre les prisonniers : « loi narcotrafic » pour enfermer toujours plus, « narco-prisons » pour isoler toujours plus, durcissement de l’enfermement des étranger.e.s dans les CRA, etc.

    Dans l’Envolée, des prisonniers et prisonnières racontent et analysent leur sort et leurs résistances. Depuis l’intérieur des murs, ils réagissent aux offensives démago-sécuritaires et médiatiques à leur encontre… et nous parlent de la brutalité d’une société qui accepte cela.

    Alors pour commencer 2026, on vous rediffuse une sélection de lettres et textes de prisonniers et prisonnières lues à l’antenne de l’Envolée en 2025… agrémentées de bons sons. Bonne année de résistance à nous tous et toutes !

    AU PROGRAMME :

    Lettre et poème d’un déporté kanak dans une prison en France (émission du 24 janvier)

    Julien à la maison d’arrêt et au SMPR de Toulouse-Seysses (émission du 14 février)

    Vivi à la MAF (maison d’arrêt pour femmes) des Baumettes (émission du 4 avril)

    Appel de DDPF : défense des droits des prisonniers français (émission du 10 octobre)

    Au QI (quartier d’isolement), Rédoine dénonce les QLCO (quartiers de lutte contre la criminalité organisée) et tous les QHS modernes (émission du 5 septembre)

    Une lettre depuis la MAF (maison d’arrêt pour femmes) de Fresnes (émission du 13 juin)

    BN au CD (centre de détention) de Poitiers-Vivonne (émission du 5 septembre)

    Récit d’une vraie-fausse évasion : mise au point sur un emballement médiatique et ses conséquences répressives, QI (quartier d’isolement) de la MA de Strasbourg (lettre de juillet 2025)

    Kémi à la centrale de Moulins-Yzeure (lettre de septembre 2025)

    Extraits du livre Mange ta peine ! Les recettes du prisonnier à l’isolement, de Moben (émission du 12 décembre)

    LES SONS :

    Dead Prez, Papi Fredo, Nina Simone, Mafia K1fri, Al, Dynasty et Skizoo, Jerry Lee Lewis, Soolking, 113, Jimmy Cliff.

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  • Lettres de Luynes, Vivonne, et Valence – Mouvement collectif au CRA de Vincennes – « Anticiper le bruit sec des verrous » avec Libre Flot

    Lettres de Luynes, Vivonne, et Valence – Mouvement collectif au CRA de Vincennes – « Anticiper le bruit sec des verrous » avec Libre Flot

    Émission de l’Envolée du vendredi 31 octobre 2025

    AU PROGRAMME :

    Lectures de lettres de prisonniers et de proches

    • Lettre ouverte d’une proche d’un prisonnier à Luynes qui revient sur la grève des matons qui bloquent la vie des personnes enfermées et de leurs proches, et sur les multiples condamnations de la France à la CEDH pour ses conditions d’incarcération qui restent lettre morte.
    • Lettre de BN qui continue de nous écrire de Poitiers-Vivonnes. Elle parle de l’absence totale d’activités pendant l’été, mais aussi à cause de la circulaire de Darmanin du début d’année. Elle continue de subir le surenfermement et doit partager sa cellule alors qu’elle est en centre de détention où l’accès aux soins, notamment psy, est très limité. Sans surprise, cela engendre de la violence entre les personnes enfermées.
    • Lettre de Fabrice envoyée avant son transfert à Condé sur Sarthe. Il revient sur l’agression qu’il a subi à Saint Maur en 2017 alors qu’il bloquait la douche pour dénoncer les humiliations et les injures racistes qu’il subissait quotidiennement. On lui a tiré des grenades assourdissante qui l’ont rendu sourd d’une oreille avant de l’enfermer au cachot sans aucun soin. Aujourd’hui, sa plainte a enfin été reçue et il écrit qu’il est content d’être enfin reconnu comme victime dans cette histoire.
    • On relaie un communiqué écrit par des proches de Fabrice pour faire parler de son histoire et de son combat et qui revient sur son long parcours carcéral en métropole, loin de la Guadeloupe d’où il est originaire (on peut le lire sur notre site ici).
    • On passe un enregistrement qui revient sur des mouvements au centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes pour protester contre le fait que les prisonniers n’ont plus accès à la fouille (les affaires dont on les prive à leur arrivée au CRA) et n’ont plus d’eau chaude. Les personnes enfermées ont notamment refusé d’intégrer le réfectoire à plusieurs reprises et ont finalement obtenu le retour de l’eau chaude. Des membres du collectif A Bas les CRA y discutent avec des prisonniers du CRA de Vincennes sur les conditions d’enfermement déplorables et les luttes à l’intérieur (on peut retrouver d’autres paroles de personnes enfermées au CRA et d’autres textes sur le site du collectif).
    • Appel de Libre Flot et de Pierrot des éditions du Bout de la ville pour présenter le bouquin qui vient de sortir : « Anticiper le bruit sec des verrous ». « En 2017, comme tant d’autres militant.es internationalistes, Libre flot s’engage auprès des forces kurdes du Rojava pour défendre la révolution sociale alors attaquée par Daesh. À son retour, il est dans le viseur du Renseignement français qui, obsédé par les personnes revenues du front, échafaude autour de lui une affaire abracadabrante. Le 8 décembre 2020, Libre Flot est accusé avec six autres personnes « d’association de malfaiteurs terroriste ». Incarcéré près d’un an et demi en détention provisoire, il subit la « torture blanche » de l’isolement. Il écrit pour tâcher d’y survivre. Ses textes, d’une humanité bouleversante, auscultent la matière même de la conscience, qui s’atrophie inexorablement quand on la prive d’attachements. » Flot revient sur ses seize mois d’isolement, les routines pour tenir mentalement et physiquement, mais l’esprit et le corps qui se dégradent quand même, sans véritable accès aux soins.

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  • Lettre du CNE de Réau – « TranSperce la taule » : Appel à contribution – La censure de l’Envolée validée en appel

    Lettre du CNE de Réau – « TranSperce la taule » : Appel à contribution – La censure de l’Envolée validée en appel

    Émission de l’Envolée du vendredi 3 octobre 2025

    • On lit une lettre de Pascal que l’administration pénitentiaire (AP) continue de faire galérer au centre national d’évaluation (CNE) de Réau, en attente de son transfert à la centrale Saint-Martin-De-Ré ; avec en prime pas de taf, de formation ou d’activité.
    • On relaie « TranSperce la taule », un appel à contribution pour les personnes trans qui subissent l’enfermement pour fabriquer un manuel d’autodéfense face à la prison pour les personnes transfems et leurs proches. On peut retrouver le texte d’appel en entier notamment ici. Et on peut réécouter l’émission de janvier dernier où on avait reçu un appel d’Arlette pour parler de ce projet et des violences particulières que subissent les personnes transfems à l’intérieur de la part des maton.es et du personnel médical.
    • On revient sur l’audience en appel qui s’est tenue le 25 septembre 2025 pour le recours de l’Envolée contre la censure par l’AP des n°55 et 56. Sans grande surprise, la justice administrative a validé le droit de l’administration a censurer un journal sur la seule base d’une menace pour le bon ordre des établissements pénitentiaires, l’équivalent à l’intérieur de la menace à l’ordre public dehors. Et peu importe finalement pour les juges que les écrits incriminés – le récit du procès des matons qui ont tué Sambaly Diabaté à Saint-Martin-de-Ré en 2016 – soient vérifiés.
    • On discute de l’actualité : un ancien président avec un mandat de dépôt à effet différé, les médias de gauche qui défendent l’idée d’une justice qui s’appliquerait à tous – alors qu’on sait ici que les prisons et les juges servent avant tout à enfermer les pauvres (on peut relire l’édito du n°62 à ce sujet).

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  • « On ne leur cédera pas un seul millimètre de notre dignité »

    « On ne leur cédera pas un seul millimètre de notre dignité »

    A la centrale de Vendin-le-Vieil, depuis des années, Rédoine Faïd a testé un régime d’isolement carcéral excpetionnellement dur, qui est appliqué depuis juillet 2025 à des dizaines d’autres prisonniers dans le fameux « quartier de lutte contre la criminalité organisée » (QLCO) (voir ici ou et encore ). À Vendin comme partout, les quartiers d’isolement (QI) et les QLCO ne sont que des variantes contemporaines des quartiers de haute sécurité (QHS), ces lieux de torture blanche théoriquement supprimés par Badinter en 1982 mais qui « ont toujours été là », comme il le souligne. Rédoine a réussi par deux fois ces derniers mois à faire condamner l’administration pénitentiaire pour les conditions qu’il endure. Pour ne pas modifier son régime d’isolement, ce qui aurait pu ouvrir la possibilité d’un assouplissement dans tout l’établissement, la direction l’a fait transférer au QI de Condé-sur-Sarthe… où il va pouvoir suivre les travaux de préparation d’un autre futur QLCO… Voici une lettre dans laquelle il analyse et dénonce la violence de ces régimes d’isolement, et d’une société qui les invente et les accepte.

    Centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil,
    Le 24 juillet 2025

    Bonjour L’Envolée,

    Je reprends le stylo pour dire les choses. Et il faut bien le dire : la prison d’aujourd’hui manque cruellement d’humanité. Elle ne propose pas de retour à la vie. L’empathie, cette beauté qui transcende la grisaille du monde carcéral, d’où sort la conscience de la retenue, a disparu, remplacée par le QLCO, cette usine à frustrations. Au grand jour ! Privation de lumière, harcèlement sécuritaire, mobilité réduite, hygiaphone qui vous prive de la chaleur de vos proches ou de votre conjoint… Qui peut bien autoriser ces méthodes tellement fascisantes à l’égard d’un être humain ?

    Nous ne sommes pas seulement isolés : on est coupés des nôtres, comme dans une salle d’attente où le temps ne passe pas, où l’heure du rendez-vous n’arrive jamais. L’ennui à l’isolement n’est pas qu’endémique, il est systémisé. Il est une mesure de rétorsion non écrite. Une arme administrative de destruction massive du genre humain qui vous tue à petit feu, sans laisser de trace – la signature des grands criminels. Dans ces conditions invivables, on n’a que le choix de se forcer à sortir seul se « promener » et faire du sport déraisonnablement. Souvent, on n’a pas envie. Mais face au danger physiologique qui guette, on se force. Notre cerveau et notre corps nous détestent, mais on s’en fout de tout dérégler. Nous sommes tous dans la survie. Il faut rester vivant, en bonne santé et vif d’esprit. Une priorité dans cet enfer. Les gens incarcérés à Vendin-le-Vieil sont des êtres très bousculés. C’est déjà un miracle que d’être encore debout en arrivant à Vendin, sachant qu’on arrive tous des QI des prisons de France où on a passé des années. Une femme ou un homme qui veut rester debout trouvera toujours un moyen. Parce que sa détermination est absolue… « La résistance est une renaissance », disait René Char. Nous sommes dans le combat pour rester vivants, mais aussi pour garder notre dignité.

    « Nous sommes dans le combat pour rester vivants. »

    Très franchement, je n’avais pas mesuré ce qu’était la dignité. Elle est un geste de consolation, de pudeur et de solidarité avec soi-même. Il faut écouter les êtres emprisonnés qui parlent de la dignité entre eux, comme s’ils ressentaient la même détresse, l’humiliation, les blessures qui leur ont été infligées. Des traumas qui sont eux aussi passés sous silence. On ne leur cédera pas un seul millimètre de notre dignité. Ce n’est pas négociable. À Vendin-le-Vieil, on doit affronter des ennemis impalpables, omniprésents : le confinement sévère des lieux et les effets du silence assourdissant. On nous dit que les QHS sont de retour, mais ils ont toujours été là. L’isolement, c’est le QHS ; ils ont juste changé l’appellation. C’est la même solitude, la même souffrance. Le QHS n’est pas une vie monastique, c’est une forme d’incarcération ultra-cruelle qu’on nous impose. Le rapport au temps, à la vie solitaire ou à l’enfermement provoque de graves troubles physiologiques qui deviennent irrémédiables sur la durée. Est-on entravés mentalement dans un espace clos ? L’isolement mène-t-il toujours à la réflexion ? Quand il est désiré, peut-être. Quand il est subi, c’est clairement impossible, du fait de la raréfaction des échanges, des stimuli cognitifs, de l’air et des mouvements. Une détention sans paroles dans un monde carcéral englouti par le silence, uniforme, submergé par le rien. Isolé. Sans secours. Sans connexions pour alerter ou prévenir. Il n’y a que la tension et l’appréhension. Le silence provoque en vous un déluge d’angoisse et de stress, sans droit de parole sur cette situation. Vous êtes condamné à vous taire.

    Il y a pourtant un énorme besoin de sociabilité, mais personne ne vous aide à sortir de la solitude. Une vie intérieure nourrie de silences et d’ombres qui sèment le flou et le doute en vous. Quel malheur que d’y être emprisonné. C’est une sorte d’alternance sans repères de journées incarcérées et de nuits enfermées dans l’insomnie permanente, qui confine à un sommeil mortuaire. On est perdus entre l’oubli et l’absurde, à une frontière qui menace de s’effacer : celle qui sépare civilisation et barbarie. Comment ne pas devenir dingue dans un centre pénitentiaire comme celui de Vendin-le-Vieil ? Par un processus de rétorsion, le directeur de cet établissement se permet de déstabiliser votre métabolisme intérieur, soi-disant pour vous rendre docile ; et la banalisation de telles agressions provoque des maladies mentales. Personne en prison n’assume d’avoir sciemment dégradé la neurologie d’un prisonnier : « il était bipolaire », « il était dépressif » ou le classique « il était déjà fou avant ».

    « Tout le monde devient une bombe à retardement. »

    La société ne sait quasiment rien sur la question. Ce sont des faits largement sous-estimés : la violence psychologique subie par des personnes détenues en situation de vulnérabilité physiologique et les maltraitances infligées par le milieu carcéral sont révoltantes et odieuses. Une impunité inimaginable, irresponsable. Les névroses sont nombreuses et très graves (phobies, angoisses, délires hallucinatoires, etc.). Il faut savoir que les psychoses, c’est médicalement autre chose : être suivi toute sa vie, se battre contre soi-même… Le QI et le mitard portent une lourde responsabilité dans ces déviances inhumaines et obscènes à l’encontre des personnes emprisonnées ; tout le monde devient une bombe à retardement en puissance. Autrement dit, tout le monde peut se laisser déborder par le seum qui s’invite au cœur de l’ennui et révèle la sauvagerie enfouie, la névrose injectée par ce système abject, par un trop plein d’agressivité inattendue où la violence apparaît dans son plus simple appareil, gratuite, injuste, aléatoire.

    Et paradoxalement, c’est la société qui sera aux premières loges pour assister à la chute. Là où on trouve le pire, et où un fait divers peut devenir un précipité de la violence ordinaire la plus abominable. La récidive, c’est ça. Et quand on empêche ces mecs en taule de changer ou de s’amender en les réduisant à de la merde, soyez sûrs qu’à leur sortie de prison ils respecteront les feux rouges, les pompiers et qu’ils diront « bonjour », « s’il vous plaît » et « au revoir » à la boulangère. Entendez bien que tout le monde sortira un jour de prison. Tout le monde. Et toutes ces bombes à retardement s’assiéront près de vous et de vos enfants dans le bus, le métro, le train, au cinéma… J’imagine aisément que vous préférez avoir près de vous des personnes calmes et apaisées. Logique. Alors, SVP, posez-vous donc la question : pourquoi les sortants de prison sont très violents, extrêmement agités ou complètement fracassés dans leur tête ? Les QLCO, les QI et les mitards ne font qu’accentuer cet état de fait. La société n’est pas dans le déni. Elle ne sait pas. Être à l’isolement, c’est la vie qui se traîne en équilibre fragile au-dessus d’un abîme de solitude, de détresse et d’indicibles chagrins. Le QHS est une esthétique de la dépression et de la cruauté administrative dont les pensionnaires sont tous des oubliés de l’existence, des invisibles et des infréquentables, où sourd le fracas de l’absurdité du monde carcéral. Le QHS est une plongée dans les entrailles d’un système répressif poisseux à l’humanité avilie, où la violence est toujours questionnée. On y passe des mois, des années, parfois une décennie et plus. On en revient brisé et blessé dans sa chair, résigné et cabossé, torturé par la solitude subie à outrance. On est coincé entre le monde des vivants et celui des morts.

    « Le QLCO est une sorte de génocide mental de la population carcérale. »

    Le QLCO est une sorte de génocide mental de la population carcérale. L’administration pénitentiaire se montre coupable, à travers ce régime à la noirceur absolue (sur le fond comme sur la forme), par des actes effroyables qui racontent l’enfermement dans sa violence cauchemardesque, et qui donnent matière à réflexion sur les causes de la récidive. Une détention sinistre, délabrée, où l’horizon assombri ne peut mener qu’au pire du pire. Le QLCO est un QHS géant à l’esthétique froide et inhumaine qui va industrialiser encore plus de violence et d’inégalités. Une fuite en avant dans l’oppression permanente. Un désastre humain sans précédent. Une absurdité schizophrénique caractérisant tellement la dérive du tout-sécuritaire hors-sol des caciques administratifs. Une non-réflexion dénuée de retenue, infusée, qui renvoie à la nature même de la justice, à la place des prisons dans notre société et à notre regard sur celles et ceux qui y vivent.
    La hideur morale accompagne souvent la déconfiture intellectuelle : il n’y a aucune réflexion politique et sociale dans ce décret anti-narco. C’est un énième contre-feu visant à faire diversion, à invisibiliser un défaitisme politique total sur la question de la consommation de la drogue en France. Et la cruauté du QLCO interroge sur la réaction de l’opinion – devenue hystérie collective – face à la criminalité et sa répression : c’est une sanction ? Une vengeance ? Une solution ? Le QLCO démontre clairement l’incapacité à régler le problème de la récidive. Cette brutalité nous révèle surtout combien la politique actuelle ne veut pas aider les personnes privées de liberté à retrouver une place dans la société.

    Pourtant, le narcotrafic provient de la misère sociale que ces enfants de la dèche ont retournée contre eux. Ce qui leur arrive aujourd’hui est une immense tragédie. De base, tous ces mecs étaient des défavorisés brisés par la vie, par la réalité désœuvrée des quartiers difficiles. Une ghettoïsation qui les a dévorés tout cru. Ils ne sont que le résultat de l’incompétence politique et de l’inertie sociale et culturelle de nos banlieues. Un vide tchernobylien.
    Ainsi, on nous montre à présent les « narco-racailles » comme des animaux « ensauvagés » qu’il faudrait encager à tout prix, en les réduisant à des silhouettes sans âme. Et donc, finalement, on les confine encore et encore dans ce sentiment lourd de celui qui se sent toujours enfermé. Un vivre-ensemble que l’on ne veut pas élargir à tous les vivants.
    On crache démagogiquement et on défèque publiquement sur les droits humains et les libertés fondamentales qu’on ne respecte plus. On ment aux avocates et aux avocats. On défie la magistrature. On snobe la CEDH (Cour européenne des droits de l’homme). On renvoie outrancièrement la question humaine à son reflet angoissant, trouble, qu’il faut nettoyer par la force et par le populisme. Que nous est-il arrivé ?
    Jean-Paul Sartre, l’immense Robert Badinter, Michel Foucault, Serge Livrozet utilisaient le terme « abolition » pour définir leur lutte politique visant à supprimer totalement l’existence des QHS dans notre démocratie. Parce qu’ils avaient la conviction que piétiner l’humanité en prison, c’est fabriquer inévitablement la division, la haine convulsive et le désordre total dans la société. Ni plus ni moins.

    Rédoine

    Lettre initialement lue à l’antenne de l’Envolée radio le 5 septembre 2025 : écouter l’émission complète ici.

  • Doublettes au CD de Poitiers-Vivonne – Un prisonnier meurt dans l’incendie de sa cellule – Non lieu dans l’enquête sur la mort d’Idir – L’acharnement contre Soner continue

    Doublettes au CD de Poitiers-Vivonne – Un prisonnier meurt dans l’incendie de sa cellule – Non lieu dans l’enquête sur la mort d’Idir – L’acharnement contre Soner continue

    Émission de l’Envolée du vendredi 4 juillet 2025

    AU PROGRAMME :

    • Lettre du centre de détention de Poitiers Vivonne du 28 juin, où la personne a été transférée après son passage au CNE de Fresnes. Un soulagement après trois mois d’inactivité qui permet également un rapprochement avec sa famille. Mais comme on enferme toujours plus en France, elle se voit imposer une doublette. Elles sont jusqu’à trois par cellule à la MAF, voire quatre chez les hommes, ce qui a forcément des conséquences dramatiques : le mois dernier, un prisonnier a tué son codétenu.
    • À la maison d’arrêt de Strasbourg, un prisonnier aveugle est mort dans l’incendie de sa cellule. Les prisonniers ont raconté que, comme souvent, les matons ont mis des plombes à intervenir malgré le boucan des codétenus pour les alerter. Mais pire encore, les matons ont diffusé dans la prison « Allumer le feu » pendant que la personne décédait. Ensuite, ils ont publié des commentaires immondes sur leurs réseaux sociaux pour rire de ce drame.
    • Non lieu prononcé dans l’enquête suite à la mort d’Idir Mederess au quartier disciplinaire de la maison d’arrêt de Lyon Corbas le 9 septembre 2020. Cinq ans que sa mère, Najet, des proches et des soutiens, se battent pour obtenir la vérité, refusant la thèse officielle du suicide, alors que d’autres prisonniers ont raconté qu’Idir avait été tabassé par des surveillants, qu’il était enfermé au mitard sans eau ni électricité. On lit le message que sa mère a publié suite à cette décision de non-lieu (on le copie en entier en bas de cette page).
    • Appel de la sœur de Soner qui subit l’acharnement de l’administration pénitentiaire et des matons depuis des années jusqu’à être agressé dans sa cellule par quatre surveillants à Riom. Au final, c’est lui qui est condamné à indemniser les matons et qui voit ses remises de peine annulées. Alors qu’il a demandé les vidéos, on lui a refusé au motif que ce serait un pervers qui veut revoir la violence qu’il a fait (!). On avait longuement échangé sur le parcours carcéral de Soner et sa situation dans cette émission. Alors qu’il était incarcéré à Moulins, il a été transféré en UHSA où il a été piqué, avant d’être envoyé à l’isolement Valence, où sa situation s’est encore dégradée.
    • Encore un texte répressif visant les étrangers qui arrive à l’assemblée nationale. Et on retrouve un schéma bien rôdé : des dispositions de la dernière loi anti-migrant qui avaient été retoquées par le conseil constitutionnel reviennent avec un nouveau vernis. Cette fois c’est l’allongement à 210 jours de la durée maximale de rétention pour les personnes condamnées par la justice que Retailleau veut faire passer, et même la mise sous bracelet des personnes pas expulsées.

    Décision de non-lieu rendue le 24 juin 2025

    Mort au mitard de la prison de Lyon-Corbas – Le combat d’une mère pour la vérité

    Je m’appelle Najet, et je suis la maman d’Idir Mederres, mort à 22 ans dans la prison de Lyon-Corbas, au mitard, le 9 septembre 2020. Ce jour-là, on m’a annoncé que mon fils s’était pendu dans sa cellule. On m’a dit que c’était un suicide.

    Mais je le dis aujourd’hui haut et fort : c’est faux , Ils ont volé sa vie, Ils ont maquillé ça au suicide, Et je veillerai que son nom reste éternel.

    Un traitement inhumain dans une cellule sans eau ni lumière

    Idir était isolé au quartier disciplinaire, privé d’eau, de lumière, de dignité.

    Ils lui ont coupé l’eau et l’électricité.

    Il était contraint de boire dans les toilettes.

    Je l’ai vu à la morgue. Il portait des traces de coups, des hématomes.

    Idir aimait la vie. Il avait des projets, il attendait sa sortie, il pensait à sa famille.

    ⚖️ 5 ans de combat, 3 juges, 0 vérité

    Pendant cinq ans, j’ai vu 3 juges se succéder :

    Le premier juge avait commencé à enquêter sérieusement. Il a été muté.

    La deuxième juge ne retrouvait même pas le dossier au début. Une fois retrouvé, elle a disparu pendant des mois.

    Un troisième juge a refusé tous les actes demandés par nos avocats (reconstitutions, expertises, auditions).

    Le 24 juin 2025, cette même juge, de retour, a prononcé un non-lieu.

    Aucune vérité. Aucune justice.

    ✊ Idir n’est pas un dossier. C’est mon fils.

    Idir avait 22 ans. Il voulait vivre. Il méritait la dignité, pas l’abandon.

    Je refuse qu’il soit une victime de plus dans un système qui humilie, isole, détruit.

    Je demande :

    – La réouverture du dossier

    – Une enquête indépendante

    – La vérité pour Idir

    – Et la fin de l’impunité carcérale

    « Je suis sa voix. Je ne me tairai jamais. »

    Je suis une maman. Et je suis debout pour lui.

    Idir n’est pas un suicide. C’est un abandon, une maltraitance, un drame évitable.

    Mobilisons-nous. Parlons-en. Exigeons la vérité.

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