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  • Être « Voyageur » et en plus au « chtar »…

    Être « Voyageur » et en plus au « chtar »…

    En tant que voyageur yénich, Kémi raconte la répression et le surenfermement subis par les voyageurs. Il a écrit cette lettre depuis la centrale de Moulins, et nous l’avons lue dans l’émission l’Envolée du vendredi 6 juin 2026, consacrée à cette question.

    Ecoutez l’audio de cette lettre ici ou lisez la ci-dessous :


    Mesdames, Messieurs,


    Et oui, je suis voyageur yénich et je vais essayer de vous raconter mon parcours et de vie, en espérant que ça vous aidera à comprendre ce que l’on subit en silence… J’ai 37 ans cet été, ça fait 15 ans que je suis incarcéré, donc je vais vous raconter ma vie du dehors mais aussi celle en tant que détenu longue peine, car la répression et le racisme contre nous les voyageur-euses est publique à l’extérieur des prisons mais aussi à l’intérieur des prisons !
    Oui, quand j’étais dehors je partais « tchor », « voler » pour nourrir mes enfants… Vous allez me dire que j’ai qu’à trouver un job, mais le problème… c’est que les gadjes n’embauchent pas « les voleurs de poules » !


    Petit, j’ai vécu une descente de CRS et du PSIG sur le terrain, qui m’a marqué à vie ! J’étais tout gamin, et un matin, on a vu 2 bus débarquer à fond, suivis de 4 Mégane… D’un coup, ils sont sortis avec les armes en main. Ils nous ont tous braqués, même nous, les gosses ont été allongés sur le ventre ! Et tout ça pour quoi ? Ils s’étaient trompés de « camps », comme ils disent…
    Tous les garçons vont se reconnaître dans le prochain souvenir que j’ai, qui m’a marqué et coûté 48 heures de garde à vue… Encore une fois, c’est une histoire de « tchor ». Ma daronne était partie « tchor » dans les magasins pour de la nourriture. Un jour, les deux vigiles lui demandent de les suivre, je me suis mis entre et j’ai demandé pourquoi. Ces fous m’ont poussé et ont agrippé la daronne et lui ont dit : « On va te fouiller à poil. » Eh bien, j’ai sauté sur eux, un gadgé a appelé les « clistes » (keufs), j’ai fini en gav, mais la daronne est rentrée avec la bouffe qu’elle avait tchor. … 🙂 …


    Je ne suis jamais allé à l’école, et je ne regrette pas car j’ai fait l’école de la vie…. À 14 ans j’ai pris mon indépendance car j’allais être papa… Au début j’ai cherché un job honnête mais j’étais pas narvalo, je savais qu’avec mon âge je n’aurais pas de contrat donc j’allais dikav chez les chefs de chantiers pour savoir s’ils ne cherchaient pas de la petite main-d’œuvre au black pas chère, mais à chaque fois que je disais que je vivais sur le terrain ils m’envoyaient chier et me prévenaient que s’il manque un truc sur le chantier ils envoient les clistes ! Donc je suis allé chercher les « lovés » (argent) là où ils se trouvaient… je suis allé me servir, je me suis fait prendre et à 14 ans je suis entré en prison avant la naissance de mon fils… À cette époque-là (2004) c’était pas comme maintenant, on en prenait plein la gueule par l’administration pénitentiaire mais ils le faisaient discrètement… La loi française dit qu’un mineur incarcéré ne peut être placé au quartier disciplinaire avant 16 ans, eh bien moi je l’ai connu à 14, 15, 16, 17, 18, etc. Un voyageur, s’il veut bosser en prison c’est compliqué : soit tu galères plusieurs mois voire années pour avoir un poste convenable, soit c’est le voyageur qu’on envoie ramasser leurs poubelles, ou carrément ils te donnent rien, ce qui arrive plus souvent !


    En 2011 quand je suis sorti, un soir je me suis fait contrôler par le PSIG (peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie). Quand ils m’ont vu, ils m’ont cash demandé « quelle famille », « sédentaire ou sur le camps » ? J’ai donné mon nom en pensant qu’on est connu dans le coin, ils vont faire tranquille et vite, et ben non :
    – Papiers de la bécane.
    – Je les ai pas.
    – Assurance ?
    – J’en ai pas.
    – Ça fait longtemps que t’es sorti ? Tu l’as volée ?
    – Non, elle est neuve, j’ai tous les papiers sur le terrain !
    Dans vos gueules !!! C’est un cadeau de mon vieux (paix à son âme), ils m’ont quand même plaqué contre l’auto et menotté… je leur ai dit de taper la plaque au fichier et ils verront que c’est bien la mienne !!!! J’ai fini à la gendarmerie et mon vieux a dû venir à 2h, 3h du matin pour amener les papiers.


    Ensuite en 2012, je suis condamné à 4 ans ferme pour cambriolage puis ma peine est prolongée car j’ai pris ce qu’on appelle des « peines internes », en gros ma peine est passée de 4 ans à plus de 20 ans pour des violences sur surveillant et deux prises d’otages pour essayer de me faire entendre et faire respecter mes droits ! En 2016 mon vieux est parti et la juge a refusé que je participe à la cérémonie car d’après elle « trop risqué » en « vue du nombre de famille de la communauté des gens du voyage » prévue, mais pour éviter toute frustration du détenu elle m’autorise « la mise en bière » assistée du noyau dur de la famille, mais l’escorte du PSIG en a décidé autrement ! Ils ont refusé que mes proches soient avec moi pour dire adieu à mon vieux. Quand j’ai vu ça j’ai cash compris, j’ai voulu approcher mon vieux pour l’embrasser mais les clistes m’ont chopé, jeté dans la voiture et ramené au chtar, ça a duré 5 minutes ! J’ai fini par faire une prise d’otage !


    Ici quand je vais à la douche certains ont osé me dire « on vérifie si tu voles les tuyaux en cuivre », c’est malheureux… Mais maintenant plein de voyageurs finissent en prison ou sous terre pour tchi (rien) ! Faut que l’on se réveille, faut arrêter de subir en silence ! Crions ensemble, stop au racisme contre les voyageurs(euses) et le racisme pur et simple ! Faisons-nous entendre et montrons-leur que nous ne sommes pas des statistiques et des faits divers, montrons-leur que nous sommes des êtres humains comme n’importe lesquels ! Petit message pour les gadgés : arrêtez de regarder Incroyable Vie ou Mariage des gitans, c’est du « fake », et oui, Love Story c’était plus sérieux !


    Ce que je veux dire par là c’est : ne vous arrêtez pas aux préjugés ou clichés. Nous sommes mis à l’écart de la société, à côté d’une déchetterie ou d’un cimetière, et ça ne choque personne ? Le pays du soi-disant droit de l’homme qui tente d’exterminer une minorité et tout le monde ferme les yeux ! À la place de vous tirer dans les pattes, unissons-nous toutes et tous : gitans, roms, Roms, yéniches, tsiganes, manouches, Algériens, Marocains, Tunisiens, Chinois, Gaulois, toutes celles et ceux qui subissent le racisme de l’État, faisons force unie (pacifiquement) et faisons-nous entendre ! Paix aux âmes de ceux qui nous ont quittés sous les balles ou les coups des clistes… Force et honneur à ceux et celles enfermés, on est increvables ! Le niglo la braise nous attend ! Merci d’avoir pris le temps de lire ou d’écouter cette petite lettre d’un yénich au chtar ! Dédicace à l’équipe et aussi à mon pral Ritchy ! Big up à vous, tchoums !
    ps : je conseille de lire le livre « Voleurs de poules » écrit par Ritchy Thibault, un voyageur qui se bat pour nous, je suis fier de le connaître et d’être son pral !


    Prenez soin de vous les amis, grosse pensée à toute l’équipe, on lâche rien, y’a pas d’arrangement !


    Kemi, voyageur et fier de l’être !
    Mika – 29/04/26

  • Mouvement des prisonniers au QLCO de Condé – Surenfermement des Voyageurs

    Mouvement des prisonniers au QLCO de Condé – Surenfermement des Voyageurs

    Émission de l’Envolée du vendredi 6 juin 2026

    • Discussion sur le mouvement en cours à la prison de Condé-sur-Sarthe au QLCO (quartier de lutte contre la criminalité organisée) : face aux conditions de détention infernales et malgré leur isolement, les prisonniers se mobilisent.
      Par leurs refus de cantiner, de payer les télés, de sortir en promenade, de se placer en silence sur une ligne rouge pour tout mouvement, etc., ils demandent la mise à l’écart des surveillants les plus violents et radicalisés, que les conditions de communication avec leurs proches soient un minimum possibles… Officieusement pour le moment, le directeur commence à lâcher sur quelques points. A suivre…

    –> Il est possible d’appeler l’administration pénitentiaire et de lui écrire pour lui signaler qu’on est au courant de ce qui se passe et solidaires des prisonniers et de leurs proches (quelques contacts ici)

    –> Pour en savoir plus : Émission sur les QLCO ; Communiqué des prisonniers du QLCO de Condé (janvier 2026) ; Communiqué en solidarité avec Moben et les prisonniers en lutte au QLCO de Condé (les éditions du Bout de la ville, juin 2026).

    • Criminalisation et surenfermement des Voyageurs : discussion avec Ritchie Thibault sur les logiques de surenfermement des voyageurs, les illégalismes vivriers, la criminalisation de leurs modes de vie, la surveillance et l’acharnement policier, les camps… et comment la prison et la police tuent particulièrement les Voyageurs.

    + Lecture d’une lettre de Kémi sur l’enfermement des voyageurs (à lire bientôt sur ce site).

    + Appel d’Aurélie Garand qui donne des nouvelles de son combat depuis que des policiers du GIGN ont tué son frère Angelo en 2017 : « Comme le système protège les tueurs, on est bien obligés de faire le procès du système » (Son livre a été réédité et complété d’un nouveau chapitre)

    • 8 juillet 13h30 devant le tribunal judiciaire de Paris : prises de paroles à l’occasion d’un procès contre Rithchie Thibault ; avec Aurélie Garand.

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  • Émission spéciale avec Aurélie Garand, pour son livre « Depuis qu’ils nous ont fait ça… »

    Émission spéciale avec Aurélie Garand, pour son livre « Depuis qu’ils nous ont fait ça… »

    Émission de l’Envolée du vendredi 25 novembre 2022
    • Rencontre avec Aurélie Garand, autrice de « Depuis qu’ils nous ont fait ça » qui est sorti en librairie le jour de l’émission ! Son frère Angelo a été abattu par le GIGN pour ne pas avoir réintégré la prison après une permission de sortie d’une journée au titre du « maintien des liens familiaux », le combat judiciaire a été vite balayé, mais Aurélie continue à se battre « pour les vivants » ! Dans son livre, elle décrit l’engrenage carcéral dans lequel était piégé son frère, tombé dès l’enfance dans les mains de la justice, qui a multiplié les petites peines de prison et n’était plus, aux yeux de l’État, qu’un délinquant, un problème à régler.
    https://www.comite-soutien-vincenzo.org/

    L’Envolée est une émission pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. C’est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.

    On manque de forces pour faire tourner l'émission radio comme on le souhaiterait en ce moment : que vous soyez prisonnier·e·s, proches, ou révolté·e·s contre l'enfermement et l'AP n'hésitez pas à nous contacter et à passer le mot !

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    L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et les prisonnières. Le numéro 55 est dispo et déjà censuré par l’Administration pénitentiaire ! Raison de plus pour le faire tourner !

    Notre bouquin pour troubler la fête du quarantième anniversaire de la prétendue abolition de la peine de mort est sorti ! Une manière parmi d’autres, que nous espérons nombreuses, de faire entendre quelques voix dissonantes dans l’écœurante auto-célébration du pouvoir.

    Ce livre réunit des paroles de prisonniers, de prisonnières et de proches publiées dans le journal depuis sa création en 2001 qui nous rappellent avec force qu’en réalité c’est seulement la guillotine qui a été supprimée en octobre 1981.

    Il est disponible dans toutes les bonnes librairies et sur la boutique de nos ami·e·s des éditions du bout de la ville.

    Il est gratuit pour toutes les personnes enfermées : écrivez-nous à contact@lenvolee.net pour que nous puissions le faire parvenir à vos proches emprisonné·e·s !

  • Cantine de soutien au Réseau d’Entraide Vérité et Justice autour de « Depuis qu’ils nous ont fait ça », le livre d’Aurélie Garand !

    Cantine de soutien au Réseau d’Entraide Vérité et Justice autour de « Depuis qu’ils nous ont fait ça », le livre d’Aurélie Garand !

    Le livre d’Aurélie Garand est bientôt partout en librairies ! On en profite pour vous inviter aux prochaines présentations de son livre, mais aussi à la Cantine de soutien au Réseau d’Entraide Vérité et Justice à Paris ! Important : le livre est gratuit pour les enfermé⸱e⸱s, contactez-nous !

    Pour + d’infos, cliquez sur l’image !

    « Quand quelqu’un essaye de s’évader de prison, les matons ont le droit de lui tirer dessus. Pour Angelo, il faut croire qu’ils ont laissé le GIGN prendre le relais. Après l’avoir laissé sortir, ils ont raconté partout que c’était un évadé, mais moi j’appelle ça un déserteur. Il ne voulait pas crever dans leur prison de morts.Toute sa vie d’adulte, il aura été un condamné. Depuis qu’ils nous ont fait ça, ils n’ont plus le contrôle sur lui. Il n’est plus un numéro d’écrou. Bientôt, il ne sera même plus un numéro de dossier en cours. Il restera pour toujours Angelo Garand, mon frère. »

    Le 30 mars 2017, Angelo Garand, qui appartient à la communauté des Voyageurs, est abattu de cinq balles par une équipe du GIGN sur le terrain de ses parents, dans le Loir-et-Cher. L’équipe intervenait pour le ramener à la prison de Poitiers-Vivonne où il purgeait une peine pour vol : quelques semaines plus tôt, il n’était pas rentré de la permission de sortie d’une journée qui lui avait été accordée. Il n’était pas armé.

    La famille Garand sait que les membres du GIGN mentent quand ils invoquent la légitime défense. Aurélie prend publiquement la parole, quelques heures plus tard, pour le hurler à la face du monde. Commence alors pour elle et les siens un combat âpre et désespéré pour que la vérité soit reconnue par la justice. Cinq ans plus tard, tous les recours sont épuisés : les tueurs ne seront jamais inquiétés, leur version des faits pour toujours reconnue.

    Aurélie Garand, quant à elle, habite toujours sur le terrain de ses parents, à une dizaine de mètres à peine de la remise où Angelo « a été exécuté ». Elle est convaincue que la mort de son frère n’est que l’aboutissement d’une trajectoire tracée depuis bien longtemps : tombé dès l’enfance dans les mains de la justice, pris dans « l’engrenage carcéral », il a multiplié depuis les petites peines de prison et n’était plus, aux yeux de l’État, qu’un délinquant, un problème à régler. Mais son destin tragique remonte peut-être à plus loin encore, dans la construction ancestrale de la figure du Voyageur, coupable et perdu d’avance.

    Elle signe un texte sec, fiévreux, d’une pudeur bouleversante, qui mêle récit de lutte et souvenirs de sa « vie d’avant », qui rend un hommage exigeant à son frère et à sa communauté,qui affirme un point de vue acéré sur la justice, la prison, les violences d’État, et qui prône avec force l’indispensable solidarité entre « tous ceux qui sont pris dans la cible ».

    Aurélie Garand,  « Depuis qu’ils nous ont fait ça… », Les éditions du bout de la ville, 112 pages, 10 euros.

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