Archives de catégorie : Entretiens

COMPTE RENDU TÉLÉPHONIQUE à l’émission de radio L’Envolée du 16 juin 2017

PROCÈS DE ROMAIN

JUGÉ EN APPEL AU TRIBUNAL DE GRENOBLE POUR LA MUTINERIE DU QMC DE VALENCE

 

 

O : Le 27 novembre 2016, il y a eu un mouvement au QMC de la nouvelle prison de Valence ; un deuxième, puisqu’il y avait déjà eu quelques semaines auparavant un mouvement durant lequel trois prisonniers avaient pris un maton en otage pour demander leur transfert. Jugés un tout petit peu avant les inculpés de la seconde mutinerie, ils avaient pris trois ans de prison. Le deuxième mouvement s’est fait sans prise d’otage ; il y a eu destruction de matériel – collective : les cellules de tout le quartier ont été ouvertes par des prisonniers qui avaient réussi à prendre les clés aux matons et il y a eu des cellules détruites, quelques caméras cassées – enfin rien de bien terrible. L’AP, évidemment, en fait toujours un truc énorme – tout comme elle oublie toujours de dire pourquoi les prisonniers en sont venus là.
En tout cas, les inculpés de ce deuxième mouvement ont été jugés une première fois au tribunal de Valence. À Valence, justice, police, presse… tout marche main dans la main ; et quand je dis justice, c’est avocats compris. Ils avaient donc pu se permettre de faire un procès quasiment à huis clos en interdisant manu militari l’accès de la salle à tous les gens venus en soutien à José et Romain, les deux prisonniers qui passaient en jugement. Le procès a duré un bon moment, six ou sept heures. Au bout de ce temps-là, le procureur a requis huit ans ferme contre eux et le verdict a été rendu immédiatement : cinq ans pour chacun. Cinq ans, c’est une peine « abusive », comme l’a dit Romain pour expliquer son pourvoi en appel. C’est vraiment une peine pour l’exemple : ils ont mis plus d’années de prison à des gens qui ont détruit collectivement des cellules pour dénoncer leurs conditions de détention qu’aux trois prisonniers qui avaient pris des matons en otage. Parce que c’est plus dur de prendre des gens en otage ! Tout le monde n’est pas capable de le faire, tout le monde ne choisit pas de le faire. Tandis que la destruction collective, c’est quelque chose de plus sympathique, dans le vrai sens du terme : quand y en a marre, c’est finalement plus logique de se rassembler, de se réunir et de se faire entendre de cette façon. Il fallait donc faire un exemple, pour dire : « Vous amusez pas à ça, parce qu’on vous ratera pas. On hésitera pas à vous mettre des années de prison supplémentaires. »

S : Ils doivent impérativement briser cet élan parce que c’est un outil dont tout le monde peut se saisir…

O. : Exactement ! Surtout qu’ils ont intérêt à mettre le paquet, parce qu’il y a des problèmes dans tous les QMC. Les quartiers maisons centrales, c’est des véritables QHS à… la moderne. Ils sont propres, nickel et tout, bien sûr, mais ils sont dotés d’une part d’une technologie effrayante – caméras et doubles sas partout, etc. – et d’autre part de moyens bien plus importants, ne serait-ce qu’en personnel : il y a environ quatre à cinq matons par prisonnier. Beaucoup de ces prisonniers sont encadrés par plusieurs matons dans tous leurs déplacements. C’est de petites unités, mais quand une aile de l’unité est en mouvement, l’autre est bloquée pour éviter toute rencontre. Bref tout est fait pour maintenir l’isolement le plus complet possible. Ils n’y arrivent pas encore complètement, parce qu’ils ont pas encore tous les moyens pour le faire, mais c’est leur objectif. Évidemment, quand on est complètement seul, ça devient compliqué de construire une résistance… On est moins fort. On le voit bien pour d’autres prisonniers, qui continuent néanmoins à se battre, mais c’est des batailles terribles, quasiment désespérées, comme celles de Fabrice Boromée ou de Rachide Boubala, dont on a souvent parlé. Ils continuent à résister, mais pour eux l’univers se rétrécit toujours un peu plus. C’est cette logique-là qui préside à l’architecture et au fonctionnement de ces saloperies de QMC, qui ont leurs modèles dans les deux prisons les plus sécuritaires du pays : Condé-sur-Sarthe et Vendin-le-Vieil.
On n’y enferme pas des petites peines mais ceux qui ont de très très très longues peines, c’est-à-dire des 25, 30 ans, des perpètes. Des gens qui ont peu de chances de sortir, en fin de compte, parce qu’on sait maintenant que quand on chope des peines comme ça, même à la fin de la peine on sort toujours pas. Il faut donc que l’AP réussisse à gérer cette politique de mise à mort. Y a pas d’autre mot. C’est de ça que les QMC sont le laboratoire. Évidemment, tant qu’il reste un souffle de vie, ça bouge à l’intérieur, parce que ce sont des êtres humains qui sont emmurés, des gens pour qui c’est insupportable. Évidemment, l’AP n’arrive pas à tous les éteindre à coup de télé, de drogues légales ou illégales ou de passage en hôpital psychiatrique comme ils essaient souvent de le faire. Il y en a quelques-uns pour qui ça marche, mais c’est pas la majorité. Ils en sont très, très loin ! Donc ça gueule. Ça gueule, mais le truc, c’est que pour gueuler, pour se faire entendre dans ces taules-là, y a qu’une seule solution. C’est ce qu’a dit Romain au procès en première instance à Valence : « Quand il n’y a plus de mots, il ne reste que les actes. » Passer aux actes, c’est ce qu’avaient décidé de faire les prisonniers du QMC de Valence.

 

 

Après le premier jugement de Valence, Romain et José ont immédiatement fait appel de leur condamnation, mais José s’est ensuite désisté de son appel, sur le conseil à mon avis pas très avisé de son avocate. Elle, qui avait accepté que le procès se tienne quasiment à huis clos (cf. le “non-compte rendu du procès de la mutinerie de Valence” sur ce même site), a persisté dans une posture très timorée devant un verdict pourtant démesurément lourd. A Grenoble, les choses se sont passées différemment : les soutiens, nombreux, ont pu entrer dans la salle d’audience. Il avait été établi avec Romain et Bernard Ripert qu’il n’était pas question d’accepter de participer à une audience à huis clos…
Romain a pu expliquer parfaitement toutes les raisons de ce mouvement. Il l’a répété plusieurs fois : « C’est moi qui passe en jugement, mais ce que je dis, c’est au nom de toutes les longues peines de France. » Il a aussi dit que ça concernait encore plus l’ensemble des gens qui se font spolier de leurs conditions d’existence dans cette société : « Pour nous, c’est comme pour les ouvriers qu’on licencie, qu’on jette sans rien leur demander et qui en viennent à prendre des patrons en otage, à détruire du matériel et à installer des bouteilles de gaz en menaçant de faire péter leur usine pour pouvoir se faire entendre ! Nous c’est le même combat ! On est pareils ! » C’était clair comme de l’eau de roche. Le but de tout ce qu’il a raconté, c’était absolument pas de nier quoi que ce soit : « Ce que j’ai fait, j’ai dit que je l’avais fait, y a pas de problème, et je regrette rien. Ce qui est regrettable, c’est qu’on soit obligés d’en arriver là ! » Ce qui est regrettable, c’est surtout que lui, il prend des risques énormes ! Il sait très bien que derrière, c’est des semaines de mitard, des transferts et des peines de prison supplémentaires ! Effectivement, qu’ils en soient réduits à en arriver là juste pour demander des améliorations de conditions de détention : c’est-à-dire l’application de leur putain de règlement dans ces QMC qui ne devraient pas fonctionner comme des maisons d’arrêt ou comme des quartiers d’isolement parce que c’est invivable… oui, c’est regrettable. Voilà. C’est un truc simple, mais il a su le dire sans jamais se laisser désarçonner par le président qui lui posait des questions sans aucun rapport avec les faits. Et le réquisitoire du proc’ : « Je sais tout ça parce que j’ai été avocat de la défense pendant seize ans, donc je connais les prisons, et c’est vrai qu’il faut les améliorer… On va y arriver ! C’est pas encore magnifique, mais elles sont un peu plus belles que celles que j’ai connues il a vingt-cinq, trente ans ; c’est pas en détruisant celle-là qu’on va améliorer les choses… Il nous reste beaucoup de travail à faire, mais déjà, ce qu’il y a, c’est une belle avancée ! » Romain, il faisait non de la tête, et nous dans la salle on a grommelé tant qu’on a pu, pendant l’ensemble du procès, évidemment, comme d’habitude. Le proc’ a fini sa petite tirade par « …c’est pourquoi je trouve que la peine prononcée à Valence est une juste peine, dont je demande la confirmation ».
Après, c’est Bernard Ripert qui a plaidé une bonne heure. Il a commencé par dire ses quatre vérités à cette justice, comme d’habitude, et répéter ce à quoi elle sert vraiment ; absolument pas à être juste, ou quoi, ou qu’est-ce, mais bien à maintenir l’ordre à n’importe quel prix ; ensuite, comme il fait toujours, il a dit : « Mais bon, il n’y a pas que les déclarations de principe, vous les connaissez et j’y tiens, mais maintenant je vais démonter votre dossier qui ne tient pas la route. » Il a pris les éléments de l’acte d’accusation un par un, et à chaque fois il disait : « L’accusation est fausse, elle ne tient pas du tout pour diverses raisons, et c’est obligatoirement une relaxe. » Un exemple tout con : il y avait marqué « Vol des clés de M…. [le surveillant] » : « Il n’y a jamais eu vol des clés du surveillant, puisque les clés n’appartiennent pas au surveillant ! Ce ne sont pas les clés de chez lui, ce sont les clés de l’administration pénitentiaire. Pour que l’accusation soit juste il faut formuler les choses différemment. C’est trop tard pour les reformuler maintenant. Donc cette accusation ne tient pas. Ce qu’il y a eu c’est le vol des clés de l’administration pénitentiaire portées par M. Machin. Ce n’est pas pareil. » Un autre élément de l’accusation, c’était l’incendie des cellules. Et là, il a tout repris, il y a la preuve par plein de témoignages que José et Romain n’ont pas eux-mêmes mis le feu aux cellules. « Parce que c’est eux qui ont pris les clés, qui ont ouvert les cellules, après quoi des gens ont mis le feu à quatre cellules, vous leur faites porter la responsabilité de ce geste incendiaire. Mais ça, aujourd’hui, en France, ça ne tient pas la route. C’était possible du temps de la loi anticasseurs, mais elle n’est plus en vigueur. » C’est vrai que pendant quelques années, la législation permettait de rendre tout le monde collectivement responsable de l’action d’une seule personne du simple fait d’avoir été là, mais ça a été abrogé. Donc en l’absence d’une preuve formelle, témoignage, document… qui montre l’un ou l’autre en train de mettre le feu, l’accusation ne tient pas. Ils n’ont pas mis le feu. Donc relaxe, obligatoirement… Ils les a tous démontés comme ça un par un : à la fin il restait plus rien ! Du coup Bernard Ripert leur a dit que ce n’était pas une provocation de demander la relaxe : c’est l’application de la loi ! Il a apostrophé le proc’ : « Je ne comprends pas que quelqu’un d’aussi féru en droit que vous ne l’ait pas vu ! Vous auriez dû sauter au plafond ! » Romain était super content, ça se voyait, il regardait Ripert – qu’il ne connaissait pas avant de le rencontrer là – et c’était un bon moment de complicité entre eux deux ; je pense qu’ils ont été contents l’un de l’autre. A la fin, ils ont demandé à Romain s’il avait quelque chose à ajouter, tout en annonçant le délibéré pour le 11 juillet : ils n’ont pas donné la réponse tout de suite, contrairement à l’autre fois, ils se laissent un petit peu de temps. Après, Romain a dit : « Je tiens surtout à remercier les quelques personnes qui sont venues me soutenir » : on était effectivement “quelques-uns”, il le savait, on s’est fait des coucous, etc. Mais quand il a vu toute la salle se lever – y avait que nous – pour applaudir, et des applaudissements qui ont duré cinq minutes.…On a lu toute l’émotion sur son visage… Il a complètement halluciné de voir cette salle entière qui s’était déplacée en soutien à ce qu’il avait fait, pour pas le laisser seul face à la justice.
Il était déjà menotté dans le dos, donc il pouvait pas faire grand-chose, mais il faisait tous les mouvements qu’il pouvait pour nous signifier qu’il était vachement touché. Rien que ça, cet échange de force à ce moment-là, toutes les personnes présentes ont trouvé que ça donnait une respiration, et lui ça lui en a donné une aussi. Ça montre encore un coup qu’à chaque fois qu’on peut le faire, il faut le faire. Surtout pour des histoires comme ça, de mutinerie et d’évasion, où les risques sont tellement énormes, et c’est des gestes qui ne sont pas simples… Alors dès qu’on peut organiser un soutien… On n’arrive pas toujours à mobiliser autant de gens, ça c’est sûr, mais même s’il y a dix personnes c’est déjà quelque chose. Adeline – sa compagne, avec laquelle on reste évidemment toujours en relation, qui était présente à Valence mais qui n’a pas pu être là parce qu’elle est maintenant installée à Alençon avec sa petite fille et que le voyage était compliqué pour elle – l’a eu le soir même au téléphone quand ils l’ont fait dormir à Aiton, avant de le rebaluchonner à Condé-sur-Sarthe au matin d’où il lui a encore reparlé, et à chaque fois il lui a dit : « Vraiment, tu leur redis à tous que ça m’a mis un coup de chaleur et que je les remercie infiniment. » Faut absolument que tous ceux qui nous écoutent, et les soutiens qui sont plus loin, sachent bien que le mec était super content. Et moi j’ai dit à Adeline qu’on était super contents de voir un mec qui se tient tout droit debout comme ça… Ça nous a donné aussi une vraie force.

S : Ça montre qu’on peut toujours créer un rapport de forces dans un tribunal, faut jamais croire que c’est mort et tout ça. Il y aura peut-être une sanction horrible qui va tomber, mais ça aura permis de se défendre. Ce moment de la fin du procès que tu as décrit, quand tout le monde s’est levé pour applaudir, je pense que c’est un souvenir qui va rester longtemps ; et rien que le fait que le proc’ ait pas repris la réquisition de huit ans de la première instance, ça montre que tous ces rapports de forces ont une efficacité ; on croise les doigts pour l’appel, mais en tout cas il y a quelque chose qui s’est passé, et c’est important.

O : Et n’oublions pas qu’il faut botter le cul aux avocats qui préfèrent se soumettre à l’autorité en pensant que ça va aider les inculpés en quoi que ce soit, alors que ça donne jamais rien. C’est la marche des canards, ils sont déguisés pareil, sauf exception ; mais il ne faut absolument pas les laisser faire dès qu’ils font mine de se comporter comme ça, à dire : « Attention, ça va énerver le président… ». Plus on rampe, plus on prend des coups.

 

INTERVIEW DE BERNARD RIPERT

APRÈS LE PROCÈS EN APPEL DE ROMAIN

 

https://vimeo.com/222623652

EMISSION DE L’ENVOLÉE DU 25 NOVEMBRE 2016 Entretiens avec Assa Traoré et le collectif 8 juillet contre les violences structurelles de la police

 

  • Courrier : Gaëtan (CP de Lannemezan) revient sur la mort de Rachid un co-prisonnier que l’AP n’a pas laissé sortir malgré un cancer.

Deux entretiens contre la police :

  • Entretien avec Assa Traoré. La soeur d’Adama Traoré tué par les gendarmes en juillet dernier est désormais poursuivie pour diffamation par la maire de Beaumont-sur-Oise, Nathalie Groux. Pour tenter d’écraser la contestation portée par cette famille et leurs proches, nouvelles offensives de l’Etat et la justice :  deux des frères d’Assa et Adama, Youssouf et Bagui ont été arrêtés et incarcérés.

libertepouryoussoufetbagui

  • Entretien avec Nawel et Phuong, du « Collectif du 8 juillet », à chaud sur le procès qui s’est tenu pendant toute la semaine au tribunal de Bobigny contre trois policiers qui avaient blessé plusieurs manifestants en 2009 à Montreuil. Elles parlent notamment des 11 témoignages que le collectif a réussi à produire devant le tribunal : des gens blessés ou des proches de tués par la police. Des paroles trop rares qui doivent trouver un échos hors du tribunal car elles démontrent le caractère structurel, volontaire et politique de ces violences d’Etat.

policepartout-justice-de-classe


Zics : Lino feat. T. Killa et Calbo – VLB ; Sizzla – I’m living ; Sans Tiep – La police assassine


Téléchargement  (clic droit –> « télécharger le fichier lié »)

EMISSION DE L’ENVOLÉE DU 18 NOVEMBRE 2016 avec des membres du Collectif 8 juillet contre les violences policières

logo-radio-rouge

  • Courriers : Gaëtan (Lannemezan), Harouna Dia (CP de Château-Thierry), news de Fabrice Boromé transféré à Lannemezan.
  • Brève : Assa Traoré -soeur d’Adama Traoré tué par les gendarmes en juillet dernier- poursuivie pour diffamation par la maire de Beaumont-sur-Oise, Nathalie Groux.
  • Invitées : Nawel et Alice, du « Collectif du 8 juillet ». A la veille de l’ouverture à Bobigny du procès des trois policiers qui en 2009 avaient éborgné et blessé six personnes à Montreuil après l’expulsion de la clinique occupée ; elles reviennent sur 7 ans de bagarre et sur la stratégie judiciaire mise en place par le collectif pour tenter de politiser cette histoire et la faire sortir du tribunal.
  • Annonces :  Repas de soutien à la Cantine des Pyrénées pour les prisonniers du mouvement social + Soirée de soutien au journal à l’occasion de la sortie du numéro 45 le samedi 19 novembre.

Zics : Kif vs RealFlow – Pour Un Flirt (inédit) ; Dead Prez – Fuck the Law ; TonyToxik – Depuis


Téléchargement  (clic droit –> « télécharger le fichier lié »)

« Tout le monde (ou presque) déteste la police, car elle déteste tout le monde (ou presque) » 3/3 petite analyse et entretien avec un copwatcher

Jette pas qu’un œil sur la police, des USA à Pantin : des vidéos contre la violence policière, entretien avec un copwatcher

Il y a quelques mois encore, Taubira à leur tête, certains politiciens français adoraient encore se la jouer humaniste à bon compte en condamnant la violence, souvent raciste, des policiers aux États-Unis. C’était déjà bien sur, pour mieux honorer nos poulets label France. Aujourd’hui aucun d’entre eux n’ose même plus s’aventurer sur ce terrain glissant : l’heure est aux larmes des policiers ; aux prétendues tentatives d’homicides contre la police ; aux montages bidons de BFM… Lire la suite

« Tout le monde (ou presque) déteste la police… » 2/3 : Entretien avec Amal Bentounsi

« Cinquante ans qu’on nous tue dans les quartiers, dans les maisons d’arrêt » Entretien avec Amal Bentounsi, sœur d’Amine Bentounsi tué par la police

Pour contribuer à contrer la com’ policière qui se déverse ces jours-ci partout dans la presse, nous publions la retranscription d’un entretien avec Amal Bentounsi à l’émission parisienne de l’Envolée et publié dans le numéro 43 du journal. Force, courage et détermination à elle, à tous ceux et celles qui ont perdu un proche sous les mains policières ou matonnes, à tous ceux et celles qui tentent de s’organiser contre la violence d’Etat pendant ce mouvement social et le reste du temps. Lire la suite

« Tout le monde (ou presque) déteste la police, car elle déteste tout le monde (ou presque) » 1/3

Ca y est, l’ex-premier flic de France et actuel premier ministre l’a annoncé : son gouvernement a à nouveau recours au fameux article 49.3 pour faire passer sa loi contre les travailleurs -avec ou sans emploi. Passage en force qui ne surprend pas tant que cela : après avoir nié le mouvement social en cours il faut l’achever au plus vite et faire place nette au spectacle marchand de l’euro de foot. Gageons que cette annonce ne fera que renforcer la détermination de tous et toutes à occuper les rues et, pourquoi pas à bloquer l’économie. Quoi qu’il en soit, ce mouvement aura déjà su montrer quelque chose : tout le monde -en tout cas beaucoup de monde- déteste la police… car la police déteste tout le monde -sauf les nantis cela va sans dire. Sans doute plus encore que dans les mouvements sociaux récents, les vaches se la sont donnée ces temps-ci. Pas une manifestation, pas un blocage, pas un rassemblement sans son lot de blessé-e-s. Oui, ils ont bien des consignes : casser des nez, étouffer, crever des yeux pour faire peur et vider la rue. Non, il n’y a pas « de policiers avec nous »! Ils font leur travail et c’est bien ce qu’on leur reproche. Lire la suite

« Je veux que les gens sachent »

Peines intérieures = 13ème mois

ENTRETIEN AVEC NADIA QUI DÉNONCE L’ACHARNEMENT QUE SUBIT SON NEVEU IBRAHIM EN DETENTION

Une retranscription de cet entretien ouvre le n°43 du journal L’Envolée (février 2016), que vous pourrez trouver bientôt en pdf sur ce site et dans vos points de distribution habituels. Une même réalité recoupe les parcours carcéraux d’Ibrahim, de Christine, de Rachide et de Fabrice, relayés dans ce numéro du journal : des prisonniers et prisonnières entrés pour des peines relativement courtes, voient leurs peines s’allonger à l’infini à cause de peines prononcées pour des incidents en détention, souvent à cause de plaintes de surveillants.

Dans l’émission Papillon du 21 janvier 2016, Nadia a raconté le parcours d’Ibrahim, son neveu, entré en prison en 2006 pour vingt-deux mois. Cela fait maintenant dix ans qu’il est séquestré par l’administration pénitentiaire (AP) : la quasi totalité de sa peine est donc le fruit de condamnations pour des faits survenus à l’intérieur. Nadia dénonce ce que l’AP fait subir aux proches et aux prisonniers qui n’acceptent pas de se soumettre à l’autorité carcérale et qui découvrent qu’en prison on peut continuer à être condamné à de la prison. La plupart du temps il s’agit de matons qui, en plus de comptes-rendus d’incidents et de sanctions disciplinaires internes, portent plainte au tribunal pour de simples outrages ou de soi-disant menaces… Pas besoin de bras-de-fer contre leur hiérarchie devant les prudhommes, c’est au tribunal correctionnel qu’ils vont chercher leur treizième mois sur le dos des prisonniers…

Et au tribunal, les peines intérieures s’ajoutent à la peine initiale. C’est comme ça que des prisonniers entrés pour quelques mois et identifiés comme revendicatifs ne sortent jamais.

Vous pouvez écouter ou télécharger l’entretien original en cliquant ici.

Vous pouvez aussi écouter une précédente interview de Nadia, réalisée par l’Actu des Luttes sur radio FPP à Paris, qui racontait comment elle a décidé de se mobiliser suite au tabassage d’Ibrahim par des surveillants à la prison de Poitiers Vivonne. Voir ici.

Eh bien moi, je dis aux détenus « mobilisez-vous ! »

En six années de détention, Franck Steiger a été incarcéré dans différents établissements pénitentiaires. Depuis sa sortie en décembre 2013, il s’obstine à dénoncer les mauvais traitements et les violences que lui et d’autres prisonniers ont subi, notamment au centre pénitentiaire (CP) d’Annoellin. Il raconte également les méthodes de pression dont l’administration pénitentiaire (AP) use sur les détenus récalcitrants ou trop vindicatifs. Franck s’est lancé dans un combat juridique et a décidé de porter plainte contre l’AP. Conscient que l’union fait la force et qu’une plainte individuelle ne pèsera pas lourd face à la machine pénitentiaire, il souhaite que d’autres détenus se joignent à lui et lance un appel à l’antenne de l’émission Papillon. Lire la suite

Karim Tahir : l’AP et l’HP unis pour détruire la révolte au jour le jour

En février 2010, dans le n°27 de l’Envolée, nous avions interviewé Sylvie S., une amie de longue date de Karim Tahir, prisonnier longue peine. Quatre ans après, Karim est enfermé à la centrale de Condé-sur-Sarthe. Comme d’autres prisonniers, il est un cobaye pour la pénitentiaire. But de l’expérience : garder des individus entre quatre murs pendant des décennies… et essayer de leur ôter toute résistance. Le 17 avril 2014, Sylvie est venue l’expliquer à l’émission de radio Papillon. Depuis la réalisation de cette entretien et sa publication dans le dernier numéro du journal (N°39, mai 2014), Karim a été transféré à l’hôpital psychiatrique le plus proche de Condé, au prétexte qu’il serait actuellement quelque peu « dérangé »… gavé de médocs pour lui ôter toute résistance, enfermé pour des années, on le serait à moins. L’AP a bien appris ces dernières années à transformer consciencieusement toute forme de rébellion en manifestation de dérangement psychique. « La révolte ça se soigne » disent les bouses blanches en bon auxiliaire de justice qu’elles sont, lorsque les coups de bâton de l’AP ne suffisent plus. Nous donnerons très vite plus d’informations pour aider Sylvie à sortir Karim de cette autre prison aux miradors chimiques. En attendant vous pouvez lire son interview Lire la suite

Rachide Boubala, parcours d’un longue peine de Condé

 Nous avons récemment publié des nouvelles de Rachide Boubala, 37 ans, initialement libérable en 2000 mais devenu un prisonnier longue peine: sortie prévue en 2038. Pas de peine d’assises mais une série de condamnations en correctionnelle non compressibles accumulées du fait même de son incarcération. Elles lui valent «ce CDI avec l’AP et la moitié de l’année passée au cachot», explique Catherine, sa compagne. Rachide peine à faire entendre publiquement les raisons de ses luttes. Les journalistes embarqués préfèrent de loin recracher la soupe des syndicats pénitentiaires : «La population détenue est de plus en plus vindicative»(Corse-Matin), «les matons sont lassés de venir travailler la boule au ventre»(Europe 1), «les transferts peuvent être obtenus sans prise d’otages, en faisant des demandes par courrier»(un maton de Clairvaux sur FranceinfoTV). Lire la suite