Kémi rend hommage à Léon, 72 ans, mort d’une crise cardiaque à cause de la chaleur à la Centrale de Moulins-Yzeure. Il dénonce l’indifférence généralisée pour les mort-es de la canicule en prison. L’occasion de rappeler que les personnes enfermées souffrent particulièrement des vagues de chaleur qui s’enchaînent. Mais comme dehors les pauvres subissent aussi ces canicules de plein fouet, le sort des prisonniers et des prisonnières n’émeut pas grand monde.
Été 2026 QMC de Moulins-Yzeure
25 juin 2026, 5h56 du matin,
J’entends les mecs parler par la fenêtre, et ce qu’ils me disent me glace le dos : Léon, 72 ans, est parti ce matin aux alentours de 6h d’une crise cardiaque à cause de la chaleur. Léon, que tout le monde appelait « le Vieux », cet homme nous a quitté. Je suis très triste, mais aussi en colère ! Comment un homme son âge peut encore être enfermé ? Comment se fait-il qu’il n’y avait pas surveillance le concernant en sachant la canicule que l’on traverse ? 45°C dans les cellules ! Aucune aération ! Dans les hôpitaux, c’est pareil. Sérieux ?! On laisse des êtres humains mourir et tout ce que l’on entend c’est « politiquement, la clim, c’est bien ou c’est pas bien ? » En gros, si t’es hospitalisé, ou si t’es vieux, ou en prison, ou en psy, ou en foyer, ben tout le monde s’en bat les couilles ! C’est la dure réalité. Moi je raconte la prison, c’est mon quotidien. C’est à la centrale de Moulins-Yzeure que Léon nous a quittés, j’en reviens toujours pas. C’est une honte, laisser un papy s’éteindre seul dans une cellule de 9 m². Ce qui me choque le plus, c’est le silence mortel qui règne depuis ce matin… mais pas par rapport à Léon, non, à cause de la chaleur. Tout le monde s’en fout de Léon. Rendons hommage à Léon. Paix à ton âme, repose en paix Papy, tu as enfin quitté ces quatre murs…
Des nouvelles des quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) : à Vendin, les prisonniers du QLCO 3 multiplient les actions collectives, malgré le renfort des équipes cagoulées d’ERIS et des placements au mitard, le mouvement s’étend / à Condé, les matons menacent de faire grève suite au rapport de la contrôleuse des lieux de privation de liberté (CGLPL) qui dénonce des « violences systémiques ».
On rediffuse un extrait de l’émission Bruit de Tôle (on peut retrouver l’intégralité de cette émission ici) pour écouter une discussion avec Nasser qui revient sur les dispositifs de déradicalisation qui lui ont été imposé pendant sa détention. On en avait parlé au sujet de Salim, droit commun enfermé au quartier de prévention de la radicalité (QPR) de la Santé dans cette émission.
On diffuse ensuite un épisode de Chroniques àMer, l’émission d’Alarm Phone, un collectif qui vient en aide aux personnes rejoignant l’Europe par voie maritime en tenant une permanence téléphonique. Dans cette émission, il est question de la criminalisation des personnes en exil a lieu tout au long des parcours de migrations et de leur enfermement dans des prisons ordinaires (et pas des centres de rétention administrative). On peut retrouver plus d’infos sur Alarm Phone sur leur site ici, et toutes leurs émission ici.
L’Envolée est une émission radio pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. C’est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.
L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et les prisonnières.
En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne. Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord,en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h). Et sur toutes les plateformes de podcast.
Pour nous joindre : 07.53.10.31.95 (appels, textos, signal), ou par mail : contact@lenvolee.net Pour écrire : Radio FPP – L’Envolée. 1 rue de la solidarité, 75019 Paris instagram : @lenvolee_journal
Des nouvelles de Fabrice au quartier d’isolement de Condé-sur-Sarthe, qui attend des soins et que sa plainte contre des surveillants avance.
Aurélie au Centre pénitentiaire pour femmes de Rennes, qui raconte comment la logique sécuritaire et l’idéologie anti-prisonniers conduit à annuler une sortie activité thérapeutique organisée par le SMPR.
RETOUR DU PROCES DE RITCHIE THIBAULT
Il devait se tenir le 8 juillet mais a été reporté en dernière minute, au mépris des nombreux témoins qui s’étaient déplacés, dans le but de faire eux-mêmes le procès de la justice raciste et des violences d’état. On raconte un peu ce report, on repasse des extraits de notre émission du 6 juin avec Ritchie et on lit une lettre écrite pas Kémi à cette occasion.
DES NOUVELLES DU QLCO DE CONDÉ-SUR-SARTHE
Les surveillants sont mécontents d’avoir été épinglés dans le rapport de la contrôleuse de prisons (voir notre article, notre émission et la page de la CGLPL). Et ils le font sentir ! On donne des news des prisonniers et proches, de comment ça se passe en détention…
(Cette émission a été enregistrée le 18 juillet, juste avant le mouvement de surveillants qui ont protesté contre ce rapport, choqués que la brutalité systémique des QLCO soit critiquée publiquement).
L’ENFERMEMENT PSYCHIATRIQUE
Suite à deux précédents épisodes sur l’enfermement psychiatrique et ses violences (voir ici et là) on revient sur des projets de lois, imprégnés de racisme, qui vont empirer tout ça…
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Des nouvelles de Pascal qui revient sur son transfert à St Martin de Ré, l’histoire particulière de cette centrale, les changements survenus ces dernières années en quartier maison centrale, et son parcours de prisonnier longue peine.
Kemi rend hommage à Léon, 72 ans, mort d’une crise cardiaque à cause de la chaleur à la Centrale de Moulins-Yzeure. Il dénonce l’indifférence généralisée pour les mort-es de la canicule en prison. L’occasion de rappeler que les personnes enfermées souffrent particulièrement des vagues de chaleur qui s’enchaînent. Mais comme dehors les pauvres subissent aussi ces canicules de plein fouet, le sort des prisonniers et des prisonnières n’émeut pas grand monde.
Appel de la conjointe d’un prisonnier de Lutterbach qui est dans le coma depuis fin juin après qu’il a été retrouvé inconscient dans sa cellule en pleine canicule. Après avoir été baladée par l’administration pénitentiaire (AP) et l’hôpital qui refusent de communiquer le dossier médical, on lui a dit que la prise en charge a été trop tardive et que les dommages au cerveau sont irrémédiables. Comme d’hab l’AP ment pour se couvrir : elle affirme qu’il était en bonne forme lors de la ronde du matin, 4h avant qu’ils ne le retrouvent inconscient, et elle prétend qu’il s’est drogué, même si les analyses ne révèlent rien. Humiliation supplémentaire : alors que sa mise sous écrou avait été levée, permettant aux proches sans permis de visite de le voir à l’hosto, celle-ci a été réinstaurée par le juge alors que les médecins l’ont déclaré en fin de vie.
On discute du rapport de la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) sur le quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de Condé-sur-Sarthe, qui dénonce des « violences systémiques » et des traitements inhumains et dégradants qu’on racontait déjà dans le numéro 64 du journal l’Envolée (qu’on peut retrouver sur notre site ici) et dans différentes émissions (notamment ici et là). Des proches de personnes enfermées au QLCO de Condé dénonçaient également les conditions de parloirs effroyables qu’elles subissaient dans un texte consultable ici. La CGLPL se montre bien plus directe dans ses observations et ses recommandations qu’à son habitude. C’est que les pratiques qu’elle décrit sont particulièrement horribles : notamment des fouilles à nu humiliantes pouvant mener à des agressions sexuelles et des « pliages » ; ou encore des repas servis dans des paniers suspendus, le prisonnier risquant d’être privé de nourriture ou tabasser s’il touche le panier en prenant sa gamelle. On peut retrouver le rapport en ligne ici.
On revient brièvement sur le procès de Ritchy Thibault qui devait se tenir le 8 juillet mais qui a été renvoyé. L’occasion de reparler du racisme d’État contre les voyageurs et censure de la parole des personnes racisées dont celle de Kemi, prisonnier longue peine et voyageur, qui devait témoigner à cette audience.
AGENDA
Marche pour un 14 juillet internationaliste marche à 15h à Bastille à Paris
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Un rapport accablant publié par la contrôleuse des prisons, juillet 2026.
« Ici on va te briser ! »
Nous dénonçons les QLCO depuis l’annonce de leur création : « quartiers de lutte contre la criminalité organisée » ou « narco-prisons » selon leurs promoteurs, ces « QHS modernes » sont avant tout des lieux de torture. Depuis qu’ils ont ouvert, nous essayons de porter les voix de prisonniers et de leurs proches, malgré la chape de plomb qui les couvre, au sujet des conditions qui leur sont imposées dans ces QLCO et de la nécessité de se mobiliser.
La CGLPL (contrôleuse générale des lieux de privation de liberté) vient de publier le rapport du 9 juin 2026 concernant sa visite à la prison d’Alençon Condé-sur-Sarthe, au QLCO et dans les autres quartiers. Ce rapport est accablant : c’est la première fois qu’elle émet des observations et recommandations aussi radicales, parce que la situation est extrême. Elle y parle explicitement de « violences systémiques » de la part de gardiens, permises par l’institution. Elle détaille des actes et un fonctionnement glaçants et réclame des mesures d’urgence, qui remettent en cause l’existence même de ces régimes de détention.
Voici quelques extraits :
« Il ressort des constats effectués et des témoignages reçus – tant de personnes détenues que de professionnels et intervenants – que des violences systémiques sont commises sur des détenus par des membres du personnel pénitentiaire de détention »
« Lors des fouilles à nu, particulièrement nombreuses, un mécanisme récurrent d’escalade s’exerce : le moindre retard ou la moindre incompréhension pour répondre aux injonctions multiples ou difficilement exécutables sont qualifiés de refus d’obtempérer. Il conduit alors à des interventions physiques, dites « pliage ». (…) Des modalités de réalisation de ces fouilles sont humiliantes ou brutales : maintien en équilibre sur un pied, bras tendus sans possibilité de prendre appui, gestes brusques de certains agents avec leurs mains ou le magnétomètre. Selon les propos rapportés, ces fouilles donnent parfois lieu à des attouchements au niveau des fesses et des parties génitales des détenus.
Lorsqu’il est fait usage de la force et notamment de pratiques de « pliage », les détenus, le cas échéant déjà nus, sont projetés ou immobilisés au sol. Ces techniques d’immobilisation peuvent s’accompagner de doigts dans la bouche et dans les yeux, de pratiques asphyxiantes, de prise des parties génitales. Dans un bureau occupé par des officiers, un tableau blanc porte l’inscription : « Si tu peux parler, c’est que tu respires ☺ ». Plusieurs détenus ont rapporté avoir entendu cette même phrase après avoir été « pliés » lorsqu’ils se plaignaient de difficultés respiratoires. Dans plusieurs situations documentées, ces violences ont entraîné des lésions médicalement constatées. »
« Si tu peux parler, c’est que tu respires 🙂 »
« Des propos enfreignant la loi et les règles du code de déontologie auquel le personnel pénitentiaire est astreint sont rapportés à de nombreuses reprises : « Espèce de merde », « Ta gueule », « Sale bougnoule », « Ici on va te briser ». Certains prennent la forme de chants :
« Ici, c’est chez nous, ici c’est le 3e Reich, les nazis c’est nous »
Au quartier disciplinaire : « Plusieurs témoignages concordants ont rapporté une pratique consistant à placer les éléments des repas dans une corbeille tenue en hauteur en défiant le détenu de s’en saisir sans toucher ladite corbeille, sous peine de ne pas recevoir de nourriture et de subir des violences. Les propos racistes et nationalistes décrits précédemment y sont également entendus. »
Les prisonniers du QLCO sont obligés de se placer sur une ligne tracée sur le sol de leur cellule lorsqu’on ouvre la porte, et de marcher sur une autre ligne lors des déplacements. Le prétexte est la prévention des agressions, alors qu’en grande majorité, ces prisonniers ne présentent aucun passé agressif en détention. Selon la CGLPL : « L’ensemble s’inscrit dans une démarche d’humiliation et de déshumanisation. »
« Certaines pratiques de surveillants relèvent d’une logique d’intimidation et d’abus de pouvoir » : « cris dans les coursives », « coups portés dans les portes », « interpellations agressives ou insultes ». Ordres lancés sous formes de mots-clé : « Parloir », « Fenêtre », « Promenade », etc. « Réveils volontaires » la nuit : « allumage de la lumière, coups de pied dans la porte ou injonctions adressées aux occupants des cellules ».
Elle relate de nombreux « Ordres abusifs et humiliants », interdictions et privations d’effets personnels (savon, vêtements propres, tabac). Elle précise que les techniques de pliage et le placement au quartier disciplinaire (QD) sont employés lorsque des surveillants estiment que des actes, pourtant autorisés par la direction (comme transporter un livre !) sont des infractions.
Elle note aussi que les cagoules portées par les gardiens augmentent leur sentiment d’impunité, pour conclure : « L’ensemble de ces agissements relève de traitements inhumains et dégradants et constitue des fautes professionnelles, voire des infractions pénales. Ils vont au-delà de l’absence de dialogue entre surveillants et détenus revendiquée depuis la mise en service de l’établissement ». Elle rappelle aussi que la prison de Condé-sur-Sarthe a déjà été épinglée pour des pratiques violentes, non résolues, avant l’ouverture du QLCO..
Elle conclut : « Par leur nature et leur accumulation, ces faits portent gravement atteinte à la dignité des personnes détenues et sont susceptibles de relever de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme. Ils doivent cesser immédiatement. Le CGLPL rappelle que l’administration est responsable de la sécurité et de l’intégrité des personnes confiées à sa garde, qu’elle doit protéger de toute forme de violence. A ce titre, elle doit prendre toute mesure propre à la prévenir et à y mettre fin. Aucun acte de violence ne doit rester sans réponse. En l’état, le fonctionnement de l’établissement ne permet pas d’y prendre en charge des personnes privées de leur liberté par décision de justice dans le respect de leur dignité. »
Fidèle à lui-même, le garde des sceaux a répondu à ce rapport qu’il ne voyait pas de problème, étant donné qu’aucun des centaines de recours au tribunal engagés par les prisonniers et leurs avocat.e.s, n’ont abouti… Évidemment : la justice valide les agissements de ses agents. Pour eux : « les QLCO sont nécessaires ».
Nous ne pouvons pas attendre qu’un rapport de la CGLPL change les choses tout seul. Les prisonniers eux-mêmes prennent des risques et se mobilisent depuis des mois pour dénoncer ce qu’ils vivent. Nous devons au moins les entendre et leur donner de l’écho.
Nous vous invitons à lire et faire circuler ce rapport dans son intégralité, et à manifester votre désaccord… Pourquoi pas appeler la détention pour les questionner et affirmer votre solidarité avec les prisonniers et leurs proches ? (Numéros disponibles sur les pages officielles du ministère).
Le rapport complet se trouve ici. Cliquez ici pour lire la publication complète du CGLPL : rapport, référence à des rapports précédents pointant des violences, réponse de Darmanin.
Précisons que ce rapport n’aborde pas les gros soucis liés aux parloirs et liens avec les proches, que nous avons largement documentés.
Et pour écouter ou lire d’autres prises de paroles sur les QLCO :
On lit à plusieurs voix l’introduction du livre Mange ta peine : recettes du prisonnier à l’isolement de Moben, publié au printemps 2026 aux éditions du bout de la ville. Pour rappel, suite à sa publication, son auteur a subi un transfert punitif au quartier de lutte contre la criminalité organisée de Condé-sur-Sarthe. On peut commander le livre sur le site des éditions ici et il est gratuit pour les personnes enfermées.
Dans ce texte, Moben revient sur les luttes collectives des prisonniers dans les quartiers d’isolement (QI) au début des années 2000 qui ont obtenu un certain nombre d’amélioration de leurs conditions de détention. L’ouverture des QLCO de Vendin et de Condé vise justement à revenir sur les acquis de plus de 20 ans de luttes à l’intérieur. Cette introduction raconte aussi l’importance de la cuisine pour tenir à l’intérieur alors que la nourriture infecte de la gamelle fait partie de la punition.
On écoute ensuite un enregistrement de Gabriel Muesca, militant basque incarcéré pendant 17 ans dont 2 années à l’isolement, sur la publication du livre La Fureur du lâche, chronique de l’isolement, de Fernando Garcia Jodra, un autre militant de la cause basque qui a passé 19 années dans les quartiers d’isolement des prisons espagnoles (et qui est encore incarcéré dans un prison du pays basque). Muesca raconte les effets de l’isolement sur le corps et l’esprit des individus et rappelle l’importance d’écouter les personnes qui subissent cette torture.
On passe enfin un passage d’une discussion avec un ancien prisonnier longue peine qui raconte les luttes contre les quartiers de haute sécurité (QHS) et les maisons centrales dans les années 1980 et 1990. Cet enregistrement a été réalisé et diffusé par les camarades de la Courte Échelle dans le cadre d’un week-end anticarcéral à Marseille au printemps 2025.
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Force, courage et détermination à tous les prisonniers et prisonnières qui subissent une canicule aux effets démultipliés derrière les murs, sans aucune mesure de protection et dans l’indifférence généralisée !
LA PRISON NE NOUS PROTÉGERA PAS DES VIOLEURS, des hommes violents et des pédophiles :
Le meurtre et le viol d’une petite fille a été suivi de larges mobilisations contre les violences faites aux enfants. Si nous pensons aussi qu’il faut lutter de toute urgence contre les violences faites aux enfants et les violences patriarcales en générales, nous pensons qu’il faut aussi critiquer les appels à toujours plus d’enfermement pour les violeurs et les hommes violents, et pour qui que ce soit. Plus d’enfermement, c’est plus d’enfermement pour tout le monde, surtout pour ceux et celles qui subissent déjà le racisme, la pauvreté (pas pour Roger le médecin qui maltraite tranquille ses gosses). Pour discuter de ces épineuses questions, on lit une lettre, des textes, et on passe quelques sons :
Lecture d’une lettre de prisonniers du QLCO de Condé-sur-Sarthe qui dénoncent le déséquilibre entre la torture qu’ils subissent et le traitement désinvolte des violences faites aux enfants.
« Faut-il emprisonner les violeurs ? » : extraits du livre Libertés sur paroles, de Christophe Soulié, sur le CAP (Comité d’action des prisonniers), des prisonniers et prisonnières en lutte contre la prison dans les années 1970-80. Des prisonnières critiquent la revendication du mouvement féministe qui à l’époque réclamait la pénalisation du viol.
« Deux ou trois choses sur l’inceste », texte lu le 8 mars 2021 dans une manif : des féministes anti-carcérales, concernées par l’inceste, critiquent l’enfermement et revendiquent l’urgence de lutter contre ces violences autrement.
On passe un son piqué sur l’instagram d’Aurélien Bélliard : « Ça m’aurait apporté quoi, à moi, victime d’agression sexuelle, que mon agresseur meurt ?! (…) J’ai jamais entendu une victime d’acte pédocriminel plaider la peine de mort. (…) Vous avez juste envie de vous venger, de nous venger, parce que vous n’avez pas su nous protéger. »
Extrait d’une lettre de Maite et Marina, en mai 2017 à la prison de Rennes :
« La très médiatisée « sécurité » de l’état ne nous concerne pas. Nous, les femmes, les pauvres, les exclues, les rebelles, les dissidentes, les déviées, les immigrées, les précaires, les prisonnières… nous ne sommes pas en sécurité. Nos vies sont en danger. Faites gaffe, les ami⋅e⋅s, et continuez le combat pour en finir avec les prisons, ça devient urgent ! »
(publiée dans le journal L’Envolée n°46)
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Salim A. a été transféré au quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) de la Santé en janvier 2026. Ce sont des unités pénitentiaires spécialement conçues pour enfermer les détenus condamnés pour terrorisme ou désignés comme radicalisés afin de les séparer des autres prisonniers au moyen de cellules individuelles, de promenades dédiées et de parloirs séparés. La décision du placement en QPR, en quartier d’isolement (QI) ou en détention normale est prise au terme d’un passage de dix-sept semaines en quartier d’évaluation de la radicalité (QER).
« Pas d’autre motif que la longueur de sa barbe, qui n’a jamais varié »
Salim a été envoyé au QER de Vendin-Le-Vieil en 2021 parce qu’il refusait catégoriquement de rencontrer le « binôme de soutien » – un éducateur et un psychologue censés évaluer la « radicalisation » des prisonniers. En effet, puisqu’il a été condamné pour des faits de droit commun, l’administration pénitentiaire n’avait pas d’autre motif de le lui proposer que la longueur de sa barbe, qui n’a jamais varié. Musulman pratiquant, la religion lui a permis de tenir le coup en détention, mais il ne s’est pas tourné vers l’islam radical pour autant. Pour contester l’étiquette qu’on lui collait d’office, Salim a continué à refuser tout entretien avec les experts, les psychologues et les services pénitentiaires d’insertion et de probation (Spip) dans les différentes unités où il a été placé. Depuis son passage au QER, il subit un traitement particulièrement dégradant, notamment du fait de fouilles systématiques alors qu’il n’est plus DPS (détenu particulièrement signalé). Il est fouillé à chaque mouvement, palpé chaque fois qu’il remonte de promenade, et fouillé à nu après tout contact avec l’extérieur.
Après le QER, Salim A. a été placé à l’isolement de 2021 à 2024, puis affecté en détention normale jusqu’en 2026. Lorsqu’il a été placé au QPR de la Santé, il a d’abord été seul en promenade, et c’était pour lui un moment essentiel, l’occasion de pratiquer une activité sportive et de marcher pour supporter les vingt-trois heures qu’il passe chaque jour en cellule… Jusqu’au moment où l’administration lui a imposé la présence d’un autre prisonnier. Sa demande d’être seul en promenade n’est ni un caprice, ni un rejet des règles de l’établissement, mais un choix mûrement réfléchi : il préfère rester à l’écart parce qu’il sait d’expérience que l’administration pénitentiaire prend prétexte des moindres interactions entre prisonniers pour leur coller des étiquettes qui les suivent jusqu’au bout de leur peine.
« Il veut rester au QD ? Faites-lui la totale ! »
Après avoir demandé par courrier à être seul en promenade, il est resté deux semaines sans y aller. Un jour, il a voulu redescendre en promenade, mais quand il a vu qu’on le remettait avec l’autre prisonnier, il est remonté en cellule sans autorisation. Ça lui a valu un compte rendu d’incident (CRI) qui s’est soldé par une peine de dix jours de quartier disciplinaire (QD). Depuis qu’il y a été placé le 21 mai, il refuse d’en sortir, exige son transfert et sa sortie du QPR. Ça fait donc trois semaines qu’il est au mitard de la Santé dans des conditions de détention particulièrement dégradantes et déshumanisantes. Il n’a reçu qu’une paire de couverts jetables en bois à son arrivée au mitard, et avec la chaleur et la saleté, ils pourrissent. Ses rations de nourriture sont réduites. Comme il n’y avait pas de robinet dans sa cellule, il a longtemps été obligé de boire à même la douche, jusqu’à ce qu’on finisse par lui en installer un récemment, après force et réclamations. Il n’a accès à des vêtements propres qu’une fois par semaine, au parloir. Du fait de son placement à l’isolement, ces parloirs sont limités à quarante-cinq minutes par semaine, sans accès aux salons familiaux alors que sa famille fait des centaines de kilomètres pour venir le voir toutes les semaines. Il est arrivé à plusieurs reprises que les surveillants l’appellent pour le parloir et pour la promenade en même temps, ce qui l’oblige à choisir entre les deux. Son dernier sac de linge a été refusé pour des motifs totalement arbitraires : une housse d’oreiller jugée non réglementaire alors que c’est celle de sa cellule, avec l’étiquette de la Santé. Il a entendu l’officier du QPR dire à son collègue derrière la porte : « Il veut rester au QD ? Faites-lui la totale ! ».
Son placement en QPR vient d’être renouvelé pour six mois, bien que l’administration pénitentiaire reconnaisse qu’elle ne sait rien du rapport de Salim à l’islam. Elle lui ordonne de répondre aux divers experts du QPR, sans quoi il sera placé à l’isolement.
Salim A. demande son transfert en centrale, conformément à son statut de prisonnier longue peine, afin de pouvoir bénéficier de parloirs en Unités de vie familiale et sa sortie du QPR. Il exige que l’administration pénitentiaire cesse de l’étiqueter comme radicalisé et qu’il soit mis un terme aux traitements dégradants et aux conditions de détention déshumanisantes qu’il subit au mitard de la Santé.
Paris, le 22 juin 2026
Si vous voulez soutenir Salim A., contactez la prison de la Santé : • Tél. : 01.86.21.80.20. • Adresse postale : 42, rue de la Santé, 75674 Paris Cedex 14
Début 2025, Darmanin a annoncé la création des quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) et les a inscrits dans la loi dite « narcotrafic ». Six mois après l’ouverture du QLCO de Vendin-le-Vieil et trois mois après celle de Condé-sur-Sarthe, des informations concrètes commencent à sortir sur la réalité de ces endroits et sur leur véritable fonction. Les QLCO servent les intérêts de toute la chaîne pénale : ceux du ministre évidemment, mais aussi ceux des juges et des enquêteurs, des matons et de leurs syndicats, et puis de l’administration pénitentiaire (AP). Pendant ce temps, les prisonniers et leurs proches font les frais de ce régime de détention épouvantable.
Pour se faire entendre « dans le saloon de la démocratie », suffit de « tirer deux coups au plafond », explique le petit shérif. Plus qu’une mauvaise blague, c’est une stratégie politique : les annonces outrancières permettent d’obtenir moins, tout en donnant l’impression d’avoir négocié. Le cow-boy a d’abord exigé que les prisonniers soient placés au QLCO pour cinq ans ; et quand les parlementaires ont finalement voté un placement d’un an, il a pu ricaner : « On s’en fiche, puisque c’est renouvelable ! »
La création des QLCO sert la communication du ministre dans sa course à la présidentielle. Ça fait maintenant plus d’un an que L’Envolée raconte comment Darmanin fait sa campagne sur le dos des prisonnier·es, avec l’interdiction des activités ludiques et la chasse aux téléphones portables… Ces nouveaux quartiers, c’est sa vitrine, le symbole du message de fermeté qu’il veut incarner. Et c’est pas fini : il accélère encore la cadence avec l’annonce de l’ouverture de nouveaux QLCO à Aix-Luynes, Valence et Réau dès 2026.
LES JUGES D’INSTRUCTION SE FROTTENT LES MAINS…
Derrière le nom mensonger de loi contre le « narcotrafic » se cache un outil pour enfermer la « criminalité organisée », ce qui revient en fait à la quasi-totalité des délits et des crimes pour peu qu’ils soient commis à plusieurs. On a vite fait de se retrouver avec une association de malfaiteurs sur le dos, ou une circonstance aggravante de bande organisée… Les prisonniers du QLCO sont sous le coup de diverses accusations et condamnations, du trafic de stup au banditisme en passant par le vol de voiture. Ça causait des « cent plus gros narcos », mais au bout du compte , il suffit d’être soupçonné d’entretenir des liens avec tel ou tel réseau – ou même juste avec l’extérieur – pour être envoyé à Condé ou à Vendin.
80 % des prisonniers en QLCO sont en détention provisoire. La fonction de ces quartiers est avant tout de faire avancer les instructions en poussant les prévenus à cracher le morceau. Ce dispositif est inspiré du statut de repenti tel qu’il est pratiqué dans les prisons italiennes sous le régime 41bis : pour en sortir, il faut balancer et mettre quelqu’un à ta place ! Jusqu’ici peu utilisé en France, le statut de collaborateur de justice a d’ailleurs été élargi par la loi « narcotrafic ». Les QLCO deviennent ainsi un maillon central de l’appareil judiciaire : il s’agit de faire subir des conditions horribles aux prisonniers pour leur arracher des aveux.
… ET LES MATONS FONT CE QU’ILS VEULENT
Le QLCO est aussi un cadeau fait aux matons, qui ont désormais les coudées franches. Tout le savoir accumulé au fil des années en termes de torture blanche peut y être mis en pratique et amélioré. D’après les informations qui nous sont parvenues, la déshumanisation qui était déjà à l’œuvre à Condé – centrale ultra-sécuritaire ouverte en 2013 pour mater les prisonniers récalcitrants – y est poussée à l’extrême.
Au QLCO de Condé, les prisonniers ne sont que trente-sept, et de toute façon, ils ne peuvent pas croiser plus de quatre autres personnes en promenade. Les cantines sont extrêmement réduites. L’administration a inventé des règles inédites : pas plus de six paires de chaussettes, de six caleçons… Les prisonniers ont froid car le chauffage n’est que rarement allumé. Pour avoir un nouveau gel douche, il faut rendre le précédent – et donc attendre une semaine l’arrivée de la prochaine cantine.
Tout est fait pour désorienter complètement les prisonniers. Le jour, il n’y a pas de lumière à cause des caillebotis aux fenêtres ; et la nuit, jamais d’obscurité complète, mais une lumière basse constante, et une lumière forte qui réveille les prisonniers toutes les deux heures. Il n’y a pas d’horaire fixe : il faut toujours être à l’affût, à attendre que les matons viennent dire de se préparer. S’ils « oublient » de te prévenir, pas de promenade : « t’étais pas prêt ! » – de toute façon, la promenade est souvent supprimée pour des motifs bidon…
Les agents sont tous cagoulés. Les prisonniers ne voient pas d’autres visages que ceux des quatre autres qu’ils croisent en promenade. Lors de chaque mouvement en détention, les prisonniers sont escortés par trois à huit agents. À chaque arrêt, ils doivent se mettre la tête contre le mur. Dans les cellules, à deux mètres de la porte, une ligne rouge tracée au sol indique l’endroit où ils doivent se tenir les bras en l’air ; en cas de refus, pas d’ouverture de la cellule. Sous prétexte de protéger les matons des agressions, les portes sont équipées d’arrêtoirs, et ils les bloquent systématiquement à 45 degrés ; elles sont équipées d’un système de fermeture brutale… Bref les prisonniers sont traités comme des animaux enragés. Les fouilles à nu sont quotidiennes. Pas le droit de parler, ni même de répondre aux matons. Face au mur, le prisonnier doit leur tendre lentement chaque vêtement, soulever ses testicules, et se faire passer une lampe entre les fesses. À chaque fois, il doit repositionner ses mains contre le mur. Cette fouille particulièrement ritualisée est réglée pour faire péter les plombs. Un prisonnier a raconté avoir été tabassé pour avoir fait une remarque aux surveillants lorsqu’ils lui ont demandé pour la cinquième fois de montrer ses oreilles : cinq matons se sont mis sur lui et il a pris des coups, y compris dans les parties.
D’autres prisonniers ont déjà été passés à tabac. Chaque fois qu’ils n’obéissent pas, ou pas assez vite, les matons appliquent toujours la même technique : doigts dans la bouche et dans les yeux, placage au sol, écrasement des parties génitales, torsion des bras et des jambes provoquant l’asphyxie. Le matin, les prisonniers au mitard sont réveillés par des matons qui crient : « Ici, c’est chez nous ! Ici, c’est le IIIe Reich ! Les nazis, c’est nous ! » Tout est fait pour briser les liens avec les proches. Les prisonniers n’ont pas accès aux unités de vie familiale. Ils ne peuvent utiliser la cabine que deux fois deux heures par semaine, souvent au moment où les gens travaillent et où les enfants sont à l’école. En plus de l’hygiaphone qui interdit tout contact, les proches subissent un traitement déshumanisant : des matons cagoulés palpent les enfants, et ils font sauter les parloirs pour des motifs bidon – même pas besoin que le portique sonne, il suffit qu’ils décident que le scanner millimétrique a détecté quelque chose, ou qu’ils décrètent arbitrairement qu’il fallait arriver encore plus en avance.
LES SYNDICATS EN EMBUSCADE
Comme à leur habitude, les syndicats de matons défendent la ligne la plus dure. Le QLCO est l’aboutissement de pas mal de leurs revendications. Toutes visent à l’effacement des acquis des luttes des prisonniers, comme l’obtention dans les années 1980 de la fin des parloirs hygiaphones qui – après leur grand retour pendant le covid – sont désormais normalisés dans les QLCO. Les syndicats résistent au moindre assouplissement de ces conditions déshumanisantes, forçant par exemple la direction de Condé à faire marche arrière lorsqu’une note a préconisé d’ouvrir les portes des cellules à 90 degrés. En plus, tous les personnels de Condé et de Vendin reçoivent une prime mensuelle au titre de la « dangerosité » des prisonniers. Interrogée sur les mauvais traitements infligés aux prisonniers, l’administration répond tranquillement qu’ils ont appris ces gestes professionnels dans une formation spéciale QLCO – ou quand la violence devient une pratique professionnelle labellisée et la torture blanche une norme sécuritaire…
Lorgnant sur Condé, les syndicats des futurs QLCO d’Aix-Luynes, de Valence et de Réau font leur petit shopping, histoire d’obtenir des promesses. Ils rivalisent de demandes extravagantes : hygiaphones ultra renforcés, boucliers stroboscopiques – pour éblouir et désorienter –, et, vas-y, un dojo pour la formation continue des matons… Sans compter, évidemment, la généralisation de la « prime QLCO » à tous les personnels. Ils s’inquiètent même qu’à Condé le courrier soit géré à l’aide d’un chariot mobile, « objet roulant pouvant être utilisé contre les agents ». On imagine bien comment cette compétition décomplexée peut pousser à la dégradation de conditions de détention déjà atroces, au QLCO et ailleurs. À la moindre petite innovation chez le voisin, les syndicats font pression sur leur direction pour obtenir la même chose chez eux. Avec une petite touche expérimentale côté matons : à Condé, ils testent la ligne rouge en cellule, qui n’existe pas à Vendin. Les conditions du QLCO commencent à se répandre dans d’autres quartiers de la détention – au quartier d’isolement de Condé en détention « normale », juste à côté, les matons enfilent déjà des cagoules à l’instar de leurs collègues.
LA PÉNITENTIAIRE SE COUVRE
L’AP ne cesse d’être hantée par le spectre des luttes collectives contre l’isolement. Entre 1975 et 1982, elles avaient conduit à la fermeture des quartiers de haute sécurité – certes vite remplacés par les quartiers d’isolement. On se souvient de la mutinerie de 1987 à la centrale de Saint-Maur – le plus grand quartier d’isolement de France ! – au cours de laquelle quatre cents prisonniers ont pris directeur, matons et enseignants en otages. Les luttes de 2001 à 2005 méritent aussi d’être rappelées (voir encart)… À mesure que l’individualisation des régimes de détention progresse, les recours juridiques des prisonniers se multiplient. Ils ont fini par obtenir quelques victoires ponctuelles sur des placements illégaux ou des maintiens à l’isolement hors délai, ou encore sur l’usage de l’isolement en préventive. La création des QLCO remet les compteurs à zéro, puisque légalement, ces lieux ne sont pas des quartiers d’isolement. La preuve : chaque prisonnier en croise quatre autres une heure par jour ! Cette pirouette permet à l’AP d’arguer que les conditions de détention en QLCO sont bien meilleures qu’à l’isolement. La magistrature suit : tous les référés ont été rejetés, et les recours seront examinés dans des mois, voire des années. De toute façon, le flou des critères d’affectation – quasiment pas explicités dans la loi – a été entériné par le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État : le ministère et l’administration ont donc les mains libres. Les QLCO s’inscrivent dans la logique plus ancienne de la multiplication des régimes d’isolement qui ne disent pas leur nom : les quartiers maison centrale, l’étage zéro ou encore « la gestion isolée »…
Les luttes dans les QI (2001-2005)
Moben, mange ta peine, éditions du Bout de la ville, 2025
« Entre 2001 et 2005, il y a eu de grandes luttes collectives au sein des QI. À chaque fois, ça se passait à peu près comme ça : on commençait toujours par aller voir le surveillant pour lui exposer le problème qu’on avait ; là il y avait plusieurs cas de figure. Le plus souvent ça se passait sans violence, le surveillant faisait remonter l’information et on pouvait discuter et négocier avec la direction et le problème était résolu. Mais quand on avait affaire à une sourde oreille, on s’organisait pour tout bloquer. Ça voulait dire que le soir on bouchait l’œilleton qui sert aux surveillants à regarder à l’intérieur de la cellule, ce qui les oblige à appeler le gradé et à s’équiper (c’est-à-dire mettre du matériel anti-émeute) pour ouvrir la porte. On « bloquait » aussi les promenades : ça veut dire qu’ils nous descendaient quatre par quatre, chacun dans une petite promenade et au moment de remonter on refusait, ils mettaient des fois trois heures à nous rentrer en cellule ou ils appelaient les Éris. Et là, y avait bagarre ! Bref, le QI était mis hors service. Il ne pouvait plus fonctionner normalement : les surveillants étaient obligés de faire des comptes rendus d’incident (CRI) tous les jours, ça remontait aux directions interrégionales, et le directeur de la taule se faisait taper sur les doigts. Et nous, on était envoyés au mitard après s’être fait tabasser. On n’avait pas grand chose à perdre alors on a fait ça pendant des années et on a fini par obtenir pas mal de choses ; notamment des plaques chauffantes et des frigos. Nous avons aussi obtenu des salles de sport, c’est-à-dire une cellule avec dedans une barre fixe, un vélo ou un tapis de course, parfois les deux. On a obtenu le droit de prendre des douches après le sport, et non plus seulement deux à trois fois par semaine. On a obtenu la télé pour ceux qui n’ont pas d’argent. On a aussi obtenu de vraies bibliothèques …
En août 2025, un mois après l’ouverture du QLCO de Vendin, les prisonniers ont entamé des mouvements collectifs. Ils se sont organisés pour inonder les coursives, taper dans les portes et tenter d’obtenir des extractions médicales. En septembre, plusieurs dizaines d’entre eux ont fait une grève de la faim. À Condé aussi, les prisonniers ont commencé des mouvements. En janvier, ils ont tapé et inondé les coursives, et la direction a décidé de couper l’eau aussi sec. Certains rendent d’eux-mêmes tout ce que l’AP pourrait leur enlever – télé, frigo… –, ou même arrêtent de cantiner pour réduire le pouvoir de l’administration en lui retirant tout moyen de pression. En septembre à Vendin, en janvier à Condé, les prisonniers ont fait sortir des communiqués dénonçant l’arbitraire de ce régime de détention et son impact sur leurs proches.
SUPER CARTEL DE VENDIN-LE-VIEIL
Grève de la faim à partir du 1er septembre 2025
Nous, détenus, annonçons aujourd’hui une grève de la faim à compter du 1er septembre 2025. Notre mouvement n’est pas dirigé contre nos conditions de détention mais contre les conditions inhumaines imposées à nos familles.
Nos familles paient le prix fort.
* Elles parcourent des centaines de kilomètres pour venir nous voir, parfois au détriment de leur santé, de leur travail, de leur équilibre.
* Au parloir, elles se retrouvent derrière un hygiaphone, dispositif justifié officiellement pour éviter l’introduction
d’objets illicites. Pourtant, chacun sait qu’un portique à ondes millimétriques détecte déjà tout objet interdit. Même les surveillants témoignent que ce système sert avant tout à « casser psychologiquement » détenus et familles.
Une mise en scène indigne
* Les familles, y compris des enfants, sont accueillies par des agents cagoulés censés les impressionner. Pourtant, en détention même, les agents ne portent pas de cagoule.
* Les appels téléphoniques sont limités à deux fois par semaine, sur des créneaux restreints (8h-12h, 14h-16h). Or, à ces heures, les proches travaillent et les enfants sont à l’école.
* Rappelons que nos proches n’ont commis aucune faute : ils ont un casier vierge, ils paient leurs impôts et n’ont évidemment aucun numéro d’écrou.
La vérité contre les mensonges
Nous ne sommes pas violents avec les agents, seuls quelques individus isolés et déséquilibrés le sont. La vérité, c’est que les agents sont en sous-effectifs, et non 250 comme l’affirme le ministre de la Justice, Monsieur Gérald DARMANIN. DARMANIN ment. Le délégué syndical David LACROIX ment.
Notre position
Votre rêve est de nous pousser à la violence. Nous ne tomberons pas dans ce piège. Notre résistance sera pacifique mais déterminée. Le 1er septembre 2025, nous entamerons une grève de la faim pour défendre la dignité de nos familles.
À GÉRALD DARMANIN (ALIAS MOUSSA DE SON VRAI PRÉNOM)
Je fais ce courrier de la part de tous les détenus du QLCO de Condé-sur-Sarthe.
À partir de cet instant, c’est-à-dire le 5 janvier au soir, nous entamons des mouvements de protestation contre le QLCO qui instaure ses propres règles à l’instar du QLCO de Vendin-le-Vieil qui parait beaucoup plus souple : deux heures de promenade, lecteur DVD en cellule, pas de marquage au sol à suivre (une ligne par terre). Ici à Condé, les requêtes ne sont pas prises en compte, les détenus sont 23 heures sur 24 en cellule et pour la plupart (pour ne pas dire tous) n’ont rien à faire dans un QLCO.
Le QLCO n’a aucune vocation si ce n’est une vengeance personnelle sur les détenus, nous regrettons l’opacité des procédures pour affecter les détenus : si l’ensemble des dossiers était traité avec discernement, aucune des personnes détenues à l’instant n’aurait suffisamment de motivations pour y être affectées.
Les QLCO ont été créés juste pour assouvir les ambitions politiques du ministre de la justice, à part ça, ça sert à rien : les agents sont des cagoulés alors que j’étais incarcéré dans cette prison il y a 40 mois en arrière, je les connais tous, c’est une mascarade.
Pour finir, l’ensemble des détenus du QLCO de Condé-sur-Sarthe est déterminé à protester, on attend des changements ainsi que de pouvoir s’entretenir avec le chef d’établissement pour améliorer nos conditions de détention.
Signé : L’association de bien-fêteurs de Condé-sur-Sarthe.
On fait un petit point sur la canicule en prison qui est encore plus insoutenable à l’intérieur : aucun courant d’air en cellule, des fenêtres grillagées qu’on ne peut pas ouvrir complètement de plus en plus doublés de caillebotis … Et les promenades bétonnées sans ombres et sans arbres n’apportent pas non plus de fraîcheur.
Une lettre d’Étienne, un prisonnier kanak qui nous écrit depuis sa déportation en France il y a deux ans suite aux révoltes en Kanaky. Il est sorti fin avril de l’isolement. Il raconte son passage en unité pour détenus violents (UDV), où on est sous étroite surveillance des psys et de l’administration et avec des restrictions supplémentaires et où on est enfermé quand on pète un câble en prison. Il profite de ce courrier pour saluer les prisonniers des QLCO de Vendin et Condé.
On lit une lettre collective écrite avec des proches de prisonniers du quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de Condé pour dénoncer les conditions de parloirs qui leur sont imposés. Il faut noter l’importance de cette mobilisation collective des proches face à ces nouveaux quartiers sécuritaires qui visent à renforcer encore l’isolement et l’atomisation de la prison. Comme ils le disent bien, le but de l’administration pénitentiaire est de les humilier et de les traumatiser pour les décourager de rendre visite à leurs proches incarcérés pour les isoler encore plus et les faire craquer. On peut retrouver cette lettre sur notre site ici et on invite les personnes à l’extérieur à la faire circuler au maximum.
On reçoit trois appels de proches de personnes enfermées au QLCO de Condé qui reviennent sur les conditions de parloirs qui leur sont imposées mais aussi les restrictions sur les appels téléphoniques. Pour rappel le quartier de lutte contre la criminalité organisée de Condé a été ouvert par Darmanin il y a 6 mois après celui de Vendin à l’été 2025. Deux prisons qui avaient été ouvertes par Taubira il y a plus de dix ans déjà pour mater les prisonniers qui se révoltaient contre l’administration pénitentiaire. Cette fois, sous prétexte d’enfermer le haut du spectre du narcobanditisme, c’est une véritable légalisation de la torture blanche et un retour en arrière sur deux décennies d’acquis des prisonniers à travers leurs luttes : matons cagoulés, parloirs hygiaphones, appels téléphoniques, promenades et cantines limités, fouilles à nu systématiques, ni travail ni formation, etc.
Les proches racontent notamment comment les enfants sont palpés en plus de leur passage au portail à ondes millimétriques qui sonnent sans raison et fait sauter des parloirs, le contrôle des appels téléphoniques, la destruction de l’abri famille et les coups de pression sur les proches qui traînent sur le parking, ou encore les règles arbitraires pour le linge qu’on est autorisé à apporter.
AGENDA
• Journée d’hommage et de commémoration pour les 19 ans de lutte et de mémoire après l’assassinat de Lamine Dieng par la police. Rendez-vous le samedi 20 juin, de 13h à 21h, à la Parole Errante à Montreuil, avec des ateliers et des discussions sur les violences policières et le racisme systémique. • Manif contre tous les racismes et l’extrême droite le dimanche 21 juin à 14h, au métro Barbès à Paris. • Rendez-vous à Saint-Étienne dès midi, le dimanche 21 juin, à La Tablée pour la cantine pour cantiner, une cantine de soutien ce mois pour jeune Algérien de 19 ans incarcéré à la Talaudière. • Dimanche 28 juin 2026 à 14h, devant la prison des Baumettes à Marseille : rassemblement de soutien aux prisonniers et prisonnières. Puis, de 19h à 21h, écoute d’un podcast sur l’isolement carcéral dans les années 1980 à Radio Galère, à la Friche de la Belle de Mai. • Soirée de lancement de la revue Al Wada, un magazine de littérature carcérale palestinienne, avec des discussions et un concert. Rendez-vous le 10 juillet dès 18h30, au 78 rue de Compans, dans le 19e arrondissement de Paris.
L’Envolée est une émission radio pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. C’est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.
L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et les prisonnières.
En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne. Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord,en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h). Et sur toutes les plateformes de podcast.
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