Force, courage et détermination à tous les prisonniers et prisonnières qui subissent une canicule aux effets démultipliés derrière les murs, sans aucune mesure de protection et dans l’indifférence généralisée !
LA PRISON NE NOUS PROTÉGERA PAS DES VIOLEURS, des hommes violents et des pédophiles :
Le meurtre et le viol d’une petite fille a été suivi de larges mobilisations contre les violences faites aux enfants. Si nous pensons aussi qu’il faut lutter de toute urgence contre les violences faites aux enfants et les violences patriarcales en générales, nous pensons qu’il faut aussi critiquer les appels à toujours plus d’enfermement pour les violeurs et les hommes violents, et pour qui que ce soit. Plus d’enfermement, c’est plus d’enfermement pour tout le monde, surtout pour ceux et celles qui subissent déjà le racisme, la pauvreté (pas pour Roger le médecin qui maltraite tranquille ses gosses). Pour discuter de ces épineuses questions, on lit une lettre, des textes, et on passe quelques sons :
Lecture d’une lettre de prisonniers du QLCO de Condé-sur-Sarthe qui dénoncent le déséquilibre entre la torture qu’ils subissent et le traitement désinvolte des violences faites aux enfants.
« Faut-il emprisonner les violeurs ? » : extraits du livre Libertés sur paroles, de Christophe Soulié, sur le CAP (Comité d’action des prisonniers), des prisonniers et prisonnières en lutte contre la prison dans les années 1970-80. Des prisonnières critiquent la revendication du mouvement féministe qui à l’époque réclamait la pénalisation du viol.
« Deux ou trois choses sur l’inceste », texte lu le 8 mars 2021 dans une manif : des féministes anti-carcérales, concernées par l’inceste, critiquent l’enfermement et revendiquent l’urgence de lutter contre ces violences autrement.
On passe un son piqué sur l’instagram d’Aurélien Bélliard : « Ça m’aurait apporté quoi, à moi, victime d’agression sexuelle, que mon agresseur meurt ?! (…) J’ai jamais entendu une victime d’acte pédocriminel plaider la peine de mort. (…) Vous avez juste envie de vous venger, de nous venger, parce que vous n’avez pas su nous protéger. »
Extrait d’une lettre de Maite et Marina, en mai 2017 à la prison de Rennes :
« La très médiatisée « sécurité » de l’état ne nous concerne pas. Nous, les femmes, les pauvres, les exclues, les rebelles, les dissidentes, les déviées, les immigrées, les précaires, les prisonnières… nous ne sommes pas en sécurité. Nos vies sont en danger. Faites gaffe, les ami⋅e⋅s, et continuez le combat pour en finir avec les prisons, ça devient urgent ! »
(publiée dans le journal L’Envolée n°46)
L’Envolée est une émission radio pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. C’est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.
L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et les prisonnières.
En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne. Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord,en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h). Et sur toutes les plateformes de podcast.
Pour nous joindre : 07.53.10.31.95 (appels, textos, signal), ou par mail : contact@lenvolee.net Pour écrire : Radio FPP – L’Envolée. 1 rue de la solidarité, 75019 Paris instagram : @lenvolee_journal
Salim A. a été transféré au quartier de prise en charge de la radicalisation (QPR) de la Santé en janvier 2026. Ce sont des unités pénitentiaires spécialement conçues pour enfermer les détenus condamnés pour terrorisme ou désignés comme radicalisés afin de les séparer des autres prisonniers au moyen de cellules individuelles, de promenades dédiées et de parloirs séparés. La décision du placement en QPR, en quartier d’isolement (QI) ou en détention normale est prise au terme d’un passage de dix-sept semaines en quartier d’évaluation de la radicalité (QER).
« Pas d’autre motif que la longueur de sa barbe, qui n’a jamais varié »
Salim a été envoyé au QER de Vendin-Le-Vieil en 2021 parce qu’il refusait catégoriquement de rencontrer le « binôme de soutien » – un éducateur et un psychologue censés évaluer la « radicalisation » des prisonniers. En effet, puisqu’il a été condamné pour des faits de droit commun, l’administration pénitentiaire n’avait pas d’autre motif de le lui proposer que la longueur de sa barbe, qui n’a jamais varié. Musulman pratiquant, la religion lui a permis de tenir le coup en détention, mais il ne s’est pas tourné vers l’islam radical pour autant. Pour contester l’étiquette qu’on lui collait d’office, Salim a continué à refuser tout entretien avec les experts, les psychologues et les services pénitentiaires d’insertion et de probation (Spip) dans les différentes unités où il a été placé. Depuis son passage au QER, il subit un traitement particulièrement dégradant, notamment du fait de fouilles systématiques alors qu’il n’est plus DPS (détenu particulièrement signalé). Il est fouillé à chaque mouvement, palpé chaque fois qu’il remonte de promenade, et fouillé à nu après tout contact avec l’extérieur.
Après le QER, Salim A. a été placé à l’isolement de 2021 à 2024, puis affecté en détention normale jusqu’en 2026. Lorsqu’il a été placé au QPR de la Santé, il a d’abord été seul en promenade, et c’était pour lui un moment essentiel, l’occasion de pratiquer une activité sportive et de marcher pour supporter les vingt-trois heures qu’il passe chaque jour en cellule… Jusqu’au moment où l’administration lui a imposé la présence d’un autre prisonnier. Sa demande d’être seul en promenade n’est ni un caprice, ni un rejet des règles de l’établissement, mais un choix mûrement réfléchi : il préfère rester à l’écart parce qu’il sait d’expérience que l’administration pénitentiaire prend prétexte des moindres interactions entre prisonniers pour leur coller des étiquettes qui les suivent jusqu’au bout de leur peine.
« Il veut rester au QD ? Faites-lui la totale ! »
Après avoir demandé par courrier à être seul en promenade, il est resté deux semaines sans y aller. Un jour, il a voulu redescendre en promenade, mais quand il a vu qu’on le remettait avec l’autre prisonnier, il est remonté en cellule sans autorisation. Ça lui a valu un compte rendu d’incident (CRI) qui s’est soldé par une peine de dix jours de quartier disciplinaire (QD). Depuis qu’il y a été placé le 21 mai, il refuse d’en sortir, exige son transfert et sa sortie du QPR. Ça fait donc trois semaines qu’il est au mitard de la Santé dans des conditions de détention particulièrement dégradantes et déshumanisantes. Il n’a reçu qu’une paire de couverts jetables en bois à son arrivée au mitard, et avec la chaleur et la saleté, ils pourrissent. Ses rations de nourriture sont réduites. Comme il n’y avait pas de robinet dans sa cellule, il a longtemps été obligé de boire à même la douche, jusqu’à ce qu’on finisse par lui en installer un récemment, après force et réclamations. Il n’a accès à des vêtements propres qu’une fois par semaine, au parloir. Du fait de son placement à l’isolement, ces parloirs sont limités à quarante-cinq minutes par semaine, sans accès aux salons familiaux alors que sa famille fait des centaines de kilomètres pour venir le voir toutes les semaines. Il est arrivé à plusieurs reprises que les surveillants l’appellent pour le parloir et pour la promenade en même temps, ce qui l’oblige à choisir entre les deux. Son dernier sac de linge a été refusé pour des motifs totalement arbitraires : une housse d’oreiller jugée non réglementaire alors que c’est celle de sa cellule, avec l’étiquette de la Santé. Il a entendu l’officier du QPR dire à son collègue derrière la porte : « Il veut rester au QD ? Faites-lui la totale ! ».
Son placement en QPR vient d’être renouvelé pour six mois, bien que l’administration pénitentiaire reconnaisse qu’elle ne sait rien du rapport de Salim à l’islam. Elle lui ordonne de répondre aux divers experts du QPR, sans quoi il sera placé à l’isolement.
Salim A. demande son transfert en centrale, conformément à son statut de prisonnier longue peine, afin de pouvoir bénéficier de parloirs en Unités de vie familiale et sa sortie du QPR. Il exige que l’administration pénitentiaire cesse de l’étiqueter comme radicalisé et qu’il soit mis un terme aux traitements dégradants et aux conditions de détention déshumanisantes qu’il subit au mitard de la Santé.
Paris, le 22 juin 2026
Si vous voulez soutenir Salim A., contactez la prison de la Santé : • Tél. : 01.86.21.80.20. • Adresse postale : 42, rue de la Santé, 75674 Paris Cedex 14
Début 2025, Darmanin a annoncé la création des quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) et les a inscrits dans la loi dite « narcotrafic ». Six mois après l’ouverture du QLCO de Vendin-le-Vieil et trois mois après celle de Condé-sur-Sarthe, des informations concrètes commencent à sortir sur la réalité de ces endroits et sur leur véritable fonction. Les QLCO servent les intérêts de toute la chaîne pénale : ceux du ministre évidemment, mais aussi ceux des juges et des enquêteurs, des matons et de leurs syndicats, et puis de l’administration pénitentiaire (AP). Pendant ce temps, les prisonniers et leurs proches font les frais de ce régime de détention épouvantable.
Pour se faire entendre « dans le saloon de la démocratie », suffit de « tirer deux coups au plafond », explique le petit shérif. Plus qu’une mauvaise blague, c’est une stratégie politique : les annonces outrancières permettent d’obtenir moins, tout en donnant l’impression d’avoir négocié. Le cow-boy a d’abord exigé que les prisonniers soient placés au QLCO pour cinq ans ; et quand les parlementaires ont finalement voté un placement d’un an, il a pu ricaner : « On s’en fiche, puisque c’est renouvelable ! »
La création des QLCO sert la communication du ministre dans sa course à la présidentielle. Ça fait maintenant plus d’un an que L’Envolée raconte comment Darmanin fait sa campagne sur le dos des prisonnier·es, avec l’interdiction des activités ludiques et la chasse aux téléphones portables… Ces nouveaux quartiers, c’est sa vitrine, le symbole du message de fermeté qu’il veut incarner. Et c’est pas fini : il accélère encore la cadence avec l’annonce de l’ouverture de nouveaux QLCO à Aix-Luynes, Valence et Réau dès 2026.
LES JUGES D’INSTRUCTION SE FROTTENT LES MAINS…
Derrière le nom mensonger de loi contre le « narcotrafic » se cache un outil pour enfermer la « criminalité organisée », ce qui revient en fait à la quasi-totalité des délits et des crimes pour peu qu’ils soient commis à plusieurs. On a vite fait de se retrouver avec une association de malfaiteurs sur le dos, ou une circonstance aggravante de bande organisée… Les prisonniers du QLCO sont sous le coup de diverses accusations et condamnations, du trafic de stup au banditisme en passant par le vol de voiture. Ça causait des « cent plus gros narcos », mais au bout du compte , il suffit d’être soupçonné d’entretenir des liens avec tel ou tel réseau – ou même juste avec l’extérieur – pour être envoyé à Condé ou à Vendin.
80 % des prisonniers en QLCO sont en détention provisoire. La fonction de ces quartiers est avant tout de faire avancer les instructions en poussant les prévenus à cracher le morceau. Ce dispositif est inspiré du statut de repenti tel qu’il est pratiqué dans les prisons italiennes sous le régime 41bis : pour en sortir, il faut balancer et mettre quelqu’un à ta place ! Jusqu’ici peu utilisé en France, le statut de collaborateur de justice a d’ailleurs été élargi par la loi « narcotrafic ». Les QLCO deviennent ainsi un maillon central de l’appareil judiciaire : il s’agit de faire subir des conditions horribles aux prisonniers pour leur arracher des aveux.
… ET LES MATONS FONT CE QU’ILS VEULENT
Le QLCO est aussi un cadeau fait aux matons, qui ont désormais les coudées franches. Tout le savoir accumulé au fil des années en termes de torture blanche peut y être mis en pratique et amélioré. D’après les informations qui nous sont parvenues, la déshumanisation qui était déjà à l’œuvre à Condé – centrale ultra-sécuritaire ouverte en 2013 pour mater les prisonniers récalcitrants – y est poussée à l’extrême.
Au QLCO de Condé, les prisonniers ne sont que trente-sept, et de toute façon, ils ne peuvent pas croiser plus de quatre autres personnes en promenade. Les cantines sont extrêmement réduites. L’administration a inventé des règles inédites : pas plus de six paires de chaussettes, de six caleçons… Les prisonniers ont froid car le chauffage n’est que rarement allumé. Pour avoir un nouveau gel douche, il faut rendre le précédent – et donc attendre une semaine l’arrivée de la prochaine cantine.
Tout est fait pour désorienter complètement les prisonniers. Le jour, il n’y a pas de lumière à cause des caillebotis aux fenêtres ; et la nuit, jamais d’obscurité complète, mais une lumière basse constante, et une lumière forte qui réveille les prisonniers toutes les deux heures. Il n’y a pas d’horaire fixe : il faut toujours être à l’affût, à attendre que les matons viennent dire de se préparer. S’ils « oublient » de te prévenir, pas de promenade : « t’étais pas prêt ! » – de toute façon, la promenade est souvent supprimée pour des motifs bidon…
Les agents sont tous cagoulés. Les prisonniers ne voient pas d’autres visages que ceux des quatre autres qu’ils croisent en promenade. Lors de chaque mouvement en détention, les prisonniers sont escortés par trois à huit agents. À chaque arrêt, ils doivent se mettre la tête contre le mur. Dans les cellules, à deux mètres de la porte, une ligne rouge tracée au sol indique l’endroit où ils doivent se tenir les bras en l’air ; en cas de refus, pas d’ouverture de la cellule. Sous prétexte de protéger les matons des agressions, les portes sont équipées d’arrêtoirs, et ils les bloquent systématiquement à 45 degrés ; elles sont équipées d’un système de fermeture brutale… Bref les prisonniers sont traités comme des animaux enragés. Les fouilles à nu sont quotidiennes. Pas le droit de parler, ni même de répondre aux matons. Face au mur, le prisonnier doit leur tendre lentement chaque vêtement, soulever ses testicules, et se faire passer une lampe entre les fesses. À chaque fois, il doit repositionner ses mains contre le mur. Cette fouille particulièrement ritualisée est réglée pour faire péter les plombs. Un prisonnier a raconté avoir été tabassé pour avoir fait une remarque aux surveillants lorsqu’ils lui ont demandé pour la cinquième fois de montrer ses oreilles : cinq matons se sont mis sur lui et il a pris des coups, y compris dans les parties.
D’autres prisonniers ont déjà été passés à tabac. Chaque fois qu’ils n’obéissent pas, ou pas assez vite, les matons appliquent toujours la même technique : doigts dans la bouche et dans les yeux, placage au sol, écrasement des parties génitales, torsion des bras et des jambes provoquant l’asphyxie. Le matin, les prisonniers au mitard sont réveillés par des matons qui crient : « Ici, c’est chez nous ! Ici, c’est le IIIe Reich ! Les nazis, c’est nous ! » Tout est fait pour briser les liens avec les proches. Les prisonniers n’ont pas accès aux unités de vie familiale. Ils ne peuvent utiliser la cabine que deux fois deux heures par semaine, souvent au moment où les gens travaillent et où les enfants sont à l’école. En plus de l’hygiaphone qui interdit tout contact, les proches subissent un traitement déshumanisant : des matons cagoulés palpent les enfants, et ils font sauter les parloirs pour des motifs bidon – même pas besoin que le portique sonne, il suffit qu’ils décident que le scanner millimétrique a détecté quelque chose, ou qu’ils décrètent arbitrairement qu’il fallait arriver encore plus en avance.
LES SYNDICATS EN EMBUSCADE
Comme à leur habitude, les syndicats de matons défendent la ligne la plus dure. Le QLCO est l’aboutissement de pas mal de leurs revendications. Toutes visent à l’effacement des acquis des luttes des prisonniers, comme l’obtention dans les années 1980 de la fin des parloirs hygiaphones qui – après leur grand retour pendant le covid – sont désormais normalisés dans les QLCO. Les syndicats résistent au moindre assouplissement de ces conditions déshumanisantes, forçant par exemple la direction de Condé à faire marche arrière lorsqu’une note a préconisé d’ouvrir les portes des cellules à 90 degrés. En plus, tous les personnels de Condé et de Vendin reçoivent une prime mensuelle au titre de la « dangerosité » des prisonniers. Interrogée sur les mauvais traitements infligés aux prisonniers, l’administration répond tranquillement qu’ils ont appris ces gestes professionnels dans une formation spéciale QLCO – ou quand la violence devient une pratique professionnelle labellisée et la torture blanche une norme sécuritaire…
Lorgnant sur Condé, les syndicats des futurs QLCO d’Aix-Luynes, de Valence et de Réau font leur petit shopping, histoire d’obtenir des promesses. Ils rivalisent de demandes extravagantes : hygiaphones ultra renforcés, boucliers stroboscopiques – pour éblouir et désorienter –, et, vas-y, un dojo pour la formation continue des matons… Sans compter, évidemment, la généralisation de la « prime QLCO » à tous les personnels. Ils s’inquiètent même qu’à Condé le courrier soit géré à l’aide d’un chariot mobile, « objet roulant pouvant être utilisé contre les agents ». On imagine bien comment cette compétition décomplexée peut pousser à la dégradation de conditions de détention déjà atroces, au QLCO et ailleurs. À la moindre petite innovation chez le voisin, les syndicats font pression sur leur direction pour obtenir la même chose chez eux. Avec une petite touche expérimentale côté matons : à Condé, ils testent la ligne rouge en cellule, qui n’existe pas à Vendin. Les conditions du QLCO commencent à se répandre dans d’autres quartiers de la détention – au quartier d’isolement de Condé en détention « normale », juste à côté, les matons enfilent déjà des cagoules à l’instar de leurs collègues.
LA PÉNITENTIAIRE SE COUVRE
L’AP ne cesse d’être hantée par le spectre des luttes collectives contre l’isolement. Entre 1975 et 1982, elles avaient conduit à la fermeture des quartiers de haute sécurité – certes vite remplacés par les quartiers d’isolement. On se souvient de la mutinerie de 1987 à la centrale de Saint-Maur – le plus grand quartier d’isolement de France ! – au cours de laquelle quatre cents prisonniers ont pris directeur, matons et enseignants en otages. Les luttes de 2001 à 2005 méritent aussi d’être rappelées (voir encart)… À mesure que l’individualisation des régimes de détention progresse, les recours juridiques des prisonniers se multiplient. Ils ont fini par obtenir quelques victoires ponctuelles sur des placements illégaux ou des maintiens à l’isolement hors délai, ou encore sur l’usage de l’isolement en préventive. La création des QLCO remet les compteurs à zéro, puisque légalement, ces lieux ne sont pas des quartiers d’isolement. La preuve : chaque prisonnier en croise quatre autres une heure par jour ! Cette pirouette permet à l’AP d’arguer que les conditions de détention en QLCO sont bien meilleures qu’à l’isolement. La magistrature suit : tous les référés ont été rejetés, et les recours seront examinés dans des mois, voire des années. De toute façon, le flou des critères d’affectation – quasiment pas explicités dans la loi – a été entériné par le Conseil constitutionnel et le Conseil d’État : le ministère et l’administration ont donc les mains libres. Les QLCO s’inscrivent dans la logique plus ancienne de la multiplication des régimes d’isolement qui ne disent pas leur nom : les quartiers maison centrale, l’étage zéro ou encore « la gestion isolée »…
Les luttes dans les QI (2001-2005)
Moben, mange ta peine, éditions du Bout de la ville, 2025
« Entre 2001 et 2005, il y a eu de grandes luttes collectives au sein des QI. À chaque fois, ça se passait à peu près comme ça : on commençait toujours par aller voir le surveillant pour lui exposer le problème qu’on avait ; là il y avait plusieurs cas de figure. Le plus souvent ça se passait sans violence, le surveillant faisait remonter l’information et on pouvait discuter et négocier avec la direction et le problème était résolu. Mais quand on avait affaire à une sourde oreille, on s’organisait pour tout bloquer. Ça voulait dire que le soir on bouchait l’œilleton qui sert aux surveillants à regarder à l’intérieur de la cellule, ce qui les oblige à appeler le gradé et à s’équiper (c’est-à-dire mettre du matériel anti-émeute) pour ouvrir la porte. On « bloquait » aussi les promenades : ça veut dire qu’ils nous descendaient quatre par quatre, chacun dans une petite promenade et au moment de remonter on refusait, ils mettaient des fois trois heures à nous rentrer en cellule ou ils appelaient les Éris. Et là, y avait bagarre ! Bref, le QI était mis hors service. Il ne pouvait plus fonctionner normalement : les surveillants étaient obligés de faire des comptes rendus d’incident (CRI) tous les jours, ça remontait aux directions interrégionales, et le directeur de la taule se faisait taper sur les doigts. Et nous, on était envoyés au mitard après s’être fait tabasser. On n’avait pas grand chose à perdre alors on a fait ça pendant des années et on a fini par obtenir pas mal de choses ; notamment des plaques chauffantes et des frigos. Nous avons aussi obtenu des salles de sport, c’est-à-dire une cellule avec dedans une barre fixe, un vélo ou un tapis de course, parfois les deux. On a obtenu le droit de prendre des douches après le sport, et non plus seulement deux à trois fois par semaine. On a obtenu la télé pour ceux qui n’ont pas d’argent. On a aussi obtenu de vraies bibliothèques …
En août 2025, un mois après l’ouverture du QLCO de Vendin, les prisonniers ont entamé des mouvements collectifs. Ils se sont organisés pour inonder les coursives, taper dans les portes et tenter d’obtenir des extractions médicales. En septembre, plusieurs dizaines d’entre eux ont fait une grève de la faim. À Condé aussi, les prisonniers ont commencé des mouvements. En janvier, ils ont tapé et inondé les coursives, et la direction a décidé de couper l’eau aussi sec. Certains rendent d’eux-mêmes tout ce que l’AP pourrait leur enlever – télé, frigo… –, ou même arrêtent de cantiner pour réduire le pouvoir de l’administration en lui retirant tout moyen de pression. En septembre à Vendin, en janvier à Condé, les prisonniers ont fait sortir des communiqués dénonçant l’arbitraire de ce régime de détention et son impact sur leurs proches.
SUPER CARTEL DE VENDIN-LE-VIEIL
Grève de la faim à partir du 1er septembre 2025
Nous, détenus, annonçons aujourd’hui une grève de la faim à compter du 1er septembre 2025. Notre mouvement n’est pas dirigé contre nos conditions de détention mais contre les conditions inhumaines imposées à nos familles.
Nos familles paient le prix fort.
* Elles parcourent des centaines de kilomètres pour venir nous voir, parfois au détriment de leur santé, de leur travail, de leur équilibre.
* Au parloir, elles se retrouvent derrière un hygiaphone, dispositif justifié officiellement pour éviter l’introduction
d’objets illicites. Pourtant, chacun sait qu’un portique à ondes millimétriques détecte déjà tout objet interdit. Même les surveillants témoignent que ce système sert avant tout à « casser psychologiquement » détenus et familles.
Une mise en scène indigne
* Les familles, y compris des enfants, sont accueillies par des agents cagoulés censés les impressionner. Pourtant, en détention même, les agents ne portent pas de cagoule.
* Les appels téléphoniques sont limités à deux fois par semaine, sur des créneaux restreints (8h-12h, 14h-16h). Or, à ces heures, les proches travaillent et les enfants sont à l’école.
* Rappelons que nos proches n’ont commis aucune faute : ils ont un casier vierge, ils paient leurs impôts et n’ont évidemment aucun numéro d’écrou.
La vérité contre les mensonges
Nous ne sommes pas violents avec les agents, seuls quelques individus isolés et déséquilibrés le sont. La vérité, c’est que les agents sont en sous-effectifs, et non 250 comme l’affirme le ministre de la Justice, Monsieur Gérald DARMANIN. DARMANIN ment. Le délégué syndical David LACROIX ment.
Notre position
Votre rêve est de nous pousser à la violence. Nous ne tomberons pas dans ce piège. Notre résistance sera pacifique mais déterminée. Le 1er septembre 2025, nous entamerons une grève de la faim pour défendre la dignité de nos familles.
À GÉRALD DARMANIN (ALIAS MOUSSA DE SON VRAI PRÉNOM)
Je fais ce courrier de la part de tous les détenus du QLCO de Condé-sur-Sarthe.
À partir de cet instant, c’est-à-dire le 5 janvier au soir, nous entamons des mouvements de protestation contre le QLCO qui instaure ses propres règles à l’instar du QLCO de Vendin-le-Vieil qui parait beaucoup plus souple : deux heures de promenade, lecteur DVD en cellule, pas de marquage au sol à suivre (une ligne par terre). Ici à Condé, les requêtes ne sont pas prises en compte, les détenus sont 23 heures sur 24 en cellule et pour la plupart (pour ne pas dire tous) n’ont rien à faire dans un QLCO.
Le QLCO n’a aucune vocation si ce n’est une vengeance personnelle sur les détenus, nous regrettons l’opacité des procédures pour affecter les détenus : si l’ensemble des dossiers était traité avec discernement, aucune des personnes détenues à l’instant n’aurait suffisamment de motivations pour y être affectées.
Les QLCO ont été créés juste pour assouvir les ambitions politiques du ministre de la justice, à part ça, ça sert à rien : les agents sont des cagoulés alors que j’étais incarcéré dans cette prison il y a 40 mois en arrière, je les connais tous, c’est une mascarade.
Pour finir, l’ensemble des détenus du QLCO de Condé-sur-Sarthe est déterminé à protester, on attend des changements ainsi que de pouvoir s’entretenir avec le chef d’établissement pour améliorer nos conditions de détention.
Signé : L’association de bien-fêteurs de Condé-sur-Sarthe.
On fait un petit point sur la canicule en prison qui est encore plus insoutenable à l’intérieur : aucun courant d’air en cellule, des fenêtres grillagées qu’on ne peut pas ouvrir complètement de plus en plus doublés de caillebotis … Et les promenades bétonnées sans ombres et sans arbres n’apportent pas non plus de fraîcheur.
Une lettre d’Étienne, un prisonnier kanak qui nous écrit depuis sa déportation en France il y a deux ans suite aux révoltes en Kanaky. Il est sorti fin avril de l’isolement. Il raconte son passage en unité pour détenus violents (UDV), où on est sous étroite surveillance des psys et de l’administration et avec des restrictions supplémentaires et où on est enfermé quand on pète un câble en prison. Il profite de ce courrier pour saluer les prisonniers des QLCO de Vendin et Condé.
On lit une lettre collective écrite avec des proches de prisonniers du quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de Condé pour dénoncer les conditions de parloirs qui leur sont imposés. Il faut noter l’importance de cette mobilisation collective des proches face à ces nouveaux quartiers sécuritaires qui visent à renforcer encore l’isolement et l’atomisation de la prison. Comme ils le disent bien, le but de l’administration pénitentiaire est de les humilier et de les traumatiser pour les décourager de rendre visite à leurs proches incarcérés pour les isoler encore plus et les faire craquer. On peut retrouver cette lettre sur notre site ici et on invite les personnes à l’extérieur à la faire circuler au maximum.
On reçoit trois appels de proches de personnes enfermées au QLCO de Condé qui reviennent sur les conditions de parloirs qui leur sont imposées mais aussi les restrictions sur les appels téléphoniques. Pour rappel le quartier de lutte contre la criminalité organisée de Condé a été ouvert par Darmanin il y a 6 mois après celui de Vendin à l’été 2025. Deux prisons qui avaient été ouvertes par Taubira il y a plus de dix ans déjà pour mater les prisonniers qui se révoltaient contre l’administration pénitentiaire. Cette fois, sous prétexte d’enfermer le haut du spectre du narcobanditisme, c’est une véritable légalisation de la torture blanche et un retour en arrière sur deux décennies d’acquis des prisonniers à travers leurs luttes : matons cagoulés, parloirs hygiaphones, appels téléphoniques, promenades et cantines limités, fouilles à nu systématiques, ni travail ni formation, etc.
Les proches racontent notamment comment les enfants sont palpés en plus de leur passage au portail à ondes millimétriques qui sonnent sans raison et fait sauter des parloirs, le contrôle des appels téléphoniques, la destruction de l’abri famille et les coups de pression sur les proches qui traînent sur le parking, ou encore les règles arbitraires pour le linge qu’on est autorisé à apporter.
AGENDA
• Journée d’hommage et de commémoration pour les 19 ans de lutte et de mémoire après l’assassinat de Lamine Dieng par la police. Rendez-vous le samedi 20 juin, de 13h à 21h, à la Parole Errante à Montreuil, avec des ateliers et des discussions sur les violences policières et le racisme systémique. • Manif contre tous les racismes et l’extrême droite le dimanche 21 juin à 14h, au métro Barbès à Paris. • Rendez-vous à Saint-Étienne dès midi, le dimanche 21 juin, à La Tablée pour la cantine pour cantiner, une cantine de soutien ce mois pour jeune Algérien de 19 ans incarcéré à la Talaudière. • Dimanche 28 juin 2026 à 14h, devant la prison des Baumettes à Marseille : rassemblement de soutien aux prisonniers et prisonnières. Puis, de 19h à 21h, écoute d’un podcast sur l’isolement carcéral dans les années 1980 à Radio Galère, à la Friche de la Belle de Mai. • Soirée de lancement de la revue Al Wada, un magazine de littérature carcérale palestinienne, avec des discussions et un concert. Rendez-vous le 10 juillet dès 18h30, au 78 rue de Compans, dans le 19e arrondissement de Paris.
L’Envolée est une émission radio pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. C’est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.
L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et les prisonnières.
En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne. Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord,en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h). Et sur toutes les plateformes de podcast.
Pour nous joindre : 07.53.10.31.95 (appels, textos, signal), ou par mail : contact@lenvolee.net Pour écrire : Radio FPP – L’Envolée. 1 rue de la solidarité, 75019 Paris instagram : @lenvolee_journal
Lettre collective écrite avec des proches de prisonniers du quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de Condé-sur-Sarthe pour dénoncer les conditions de parloirs qui leur sont imposées. Il faut noter l’importance de cette mobilisation face à ces nouveaux quartiers ultra sécuritaires qui visent à renforcer encore l’isolement et l’atomisation de la prison. Comme ils le disent bien, le but de l’administration pénitentiaire est de les humilier et de les traumatiser pour les décourager de rendre visite à leurs proches incarcérés, afin d’isoler encore plus les prisonniers et de les faire craquer. Cette lettre a été lue et discutée avec certains des proches dans cette émission. On invite les personnes à l’extérieur à la faire circuler au maximum.
Nous sommes des filles, fils, mères, pères, frères et sœurs de personnes enfermées au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de la centrale de Condé-sur-Sarthe. Nous traversons régulièrement la France pour rendre visite à nos proches au parloir, où nous sommes séparés d’eux par une vitre hygiaphone.
L’administration pénitentiaire se défend d’interdire tout contact (parloirs, cabine téléphonique) avec les proches, mais il est clair que les maltraitance décrites ici visent à rendre les visites aussi contraignantes et traumatisantes que possible pour nous décourager de venir voir les prisonniers et pour leur faire péter les plombs.
Ils sont prévenus ou condamnés, mais pas nous. Pourtant, nous aussi, nous sommes punis, et nous faisons les frais de la politique sécuritaire de l’administration pénitentiaire et de son ministre Darmanin. Les parloirs hygiaphone qui rendent tout contact direct impossible portent déjà atteinte à nos besoins humains fondamentaux, mais en plus de cette torture légalisée par la création des QLCO, nous subissons toutes sortes de maltraitances arbitraires, tolérées – voire encouragées – par l’administration.
Comme l’abri famille a été détruit pendant les travaux d’aménagement, nous devons attendre une heure dehors, qu’il pleuve ou qu’il vente. Sur le parking, les proches subissent des coups de pression des surveillants, qui vont parfois même jusqu’à appeler la police ; il y a des fouilles de voiture et les personnes qui se servent de leur téléphone sont menacées au prétexte qu’ils prendraient l’établissement en photo… Certains visiteurs se sont vu suspendre leur parloir pour ce genre de motifs.
L’entrée au parloir nous est refusée pour toutes sortes de motifs absurdes, alors qu’on a fait des centaines de kilomètres. La durée des parloirs a été réduite mais on nous demande d’être présents une heure à l’avance, et pour cinq minutes de retard (c’est-à-dire cinquante-cinq minutes avant le parloir) on nous refuse l’entrée ; ou alors c’est un numéro de carte d’identité qui ne correspond pas à celui du permis de visite, même si la visiteuse montre d’autres documents prouvant son identité – et la personne a encore été refoulée au rendez-vous suivant alors que la Spip l’avait assurée que la rectification avait été faite.
Au QLCO, les surveillants sont tous cagoulés. Devons-nous laisser traumatiser nos enfants qui veulent voir leur père ou leur oncle ? Comment supporter de n’être en contact qu’avec des individus au visage masqué ? C’est d’autant plus absurde que certains d’entre nous qui venaient déjà au parloir avant l’ouverture du QLCO reconnaissent les surveillants. Les enfants font beaucoup de cauchemars après les visites, d’autant que certains cagoulés effectuent des palpations sur de très jeunes enfants au prétexte que le portique à ondes millimétriques serait inefficace sur les « individus de moins de 100 cm ».
En effet, en plus du contrôle drastique – avec passage au détecteur de métaux et aux rayons X – dont les visiteurs font déjà l’objet dans toutes les prisons, nous devons en plus inaugurer cet autre appareil détecteur d’objets illicites… alors que nous restons toujours séparés de nos proches par une vitre. Ce portail donne encore lieu à d’autres renvois arbitraires : un visiteur s’est vu refuser l’entrée à cause de son capteur pour le diabète, et ses parloirs ont été suspendus pour « tentative d’introduction de denrée alimentaire » à cause des bonbons qu’il doit toujours avoir sur lui en cas de crise d’hypoglycémie. Comme le portail à ondes millimétriques ne fait que désigner des « zones » corporelles où il croit détecter des anomalies, sans plus de précisions, au moins deux femmes en période menstruelle se sont vu refuser l’entrée au parloir à cause de leurs protections périodiques.
En théorie, dans les autres établissements, les prisonniers peuvent appeler de la cabine téléphonique quand ils veulent. Au QLCO, les appels sont limités à quelques heures par semaine sur des créneaux restreints, qui changent régulièrement – mais toujours en pleine journée, quand les enfants sont à l’école et nous au travail ; rarement le week-end. C’est pourtant vital de pouvoir communiquer avec ceux qu’on aime, et ça prend un tour dramatique quand un petit est malade et qu’on ne peut pas donner de ses nouvelles à son père. Nous payons l’option « lettre suivie » de la Poste pour être sûrs que nos courriers parviennent à nos proches, et même comme ça, nos lettres mettent des semaines à arriver – quand elles ne sont pas retenues par la prison.
Pour apporter des vêtements aussi, Le règlement est encore plus compliqué qu’ailleurs : il faut annoncer par téléphone à notre proche ce qu’on va lui apporter pour qu’il fasse une demande écrite à l’administration, et parfois c’est impossible à coordonner du fait de la restriction des communications. Les habits que les surveillants ne transmettent pas aux prisonniers finissent dans un mystérieux vestiaire au lieu d’être restitués à la famille.
A cause des interdictions arbitraires, nous conduisons des heures sur des centaines de kilomètres, nous payons l’essence, les péages, le train, le taxi et les nuits d’hôtel pour voir nos proches…. sans jamais savoir si on nous laissera entrer ou non. Ça nous met la boule au ventre. Pour nous décourager d’aller voir nos proches, ils nous traitent comme des chien, et ces conditions risquent de s’étendre à toutes les prisons si nous laissons faire. Ils veulent nous briser, ils veulent nous isoler, mais l’union fait la force – et nous nous unissons pour dénoncer tout ça.
Des nouvelles de Pascal, un prisonnier longue peine et correspondant régulier de l’Envolée, qui a enfin été transféré à Saint-Martin-de-Ré après avoir poireauté des mois à Réau en sortant du centre national d’évaluation (CNE). S’il est maintenant moins loin de ses proches, il raconte que cette déjà sinistre centrale a bien changé depuis son dernier passage.
Une lettre d’un autre prisonnier longue peine qui fait la tournée des centrales de France pour refuser de se plier devant l’administration pénitentiaire. Il explique comment ses bagarres lui coûtent ses aménagements de peine et ses perspectives de sortie.
Une lettre du centre pénitentiaire d’Orléans qui donne un nouvel exemple des manières dont l’administration et ses agents maintiennent sous pression les personnes enfermées grâce à leur mainmise sur les relations avec les proches à l’extérieur. Alors que son dernier mouvement de revendication l’a amené au mitard, il évoque le dernier blocage des matons qui, eux, n’ont subi aucune sanction.
SOIRÉE DE SOUTIEN A MOBEN ET CONTRE LES QLCO
On passe l’enregistrement d’une discussion avec des membres de l’Envolée et des Éditions du bout de la ville qui ont édité le livre de recette Mange ta peine, pour lequel Moben a été transféré au quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de Condé-sur-Sarthe. Cet échange a eu lieu à l’occasion d’une cantine en soutien à Moben qui s’est tenue à Toulouse en mars dernier et au cours de laquelle deux cents personnes ont pu déguster des recettes directement inspirées du livre.
On a profité de ce moment pour présenter également les QLCO, leur fonctionnement et leur rôle dans la détention et dans la société, et relire les deux communiqués sortis par des prisonniers à Vendin-le-Vieil et Condé-sur-Sarthe après l’ouverture des deux premiers QLCO.
L’enregistrement ayant été réalisé avec un téléphone dans une chapelle, on s’excuse par avance de la qualité audio et on espère qu’elle ne gène pas trop la compréhension.
AGENDA
Rassemblement pour le procès en appel de la mère d’Idir Mederess, mort au mitard de la prison de Lyon-Corbas le 9 septembre 2020, et de son avocat. Rendez vous le jeudi 18 juin à 11 au Palais de justice des 24 colonnes à Lyon.
Rendez-vous dimanche 28 juin 2026 à 14h devant la prison des Baumettes puis de 19h à 21h écoute d’un podcast sur l’isolement carcéral dans les années 80 à Radio Galère à la Friche avec apéro et moment convivial. Plus d’infos ici.
L’Envolée est une émission radio pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. C’est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.
L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et les prisonnières.
En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne. Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord,en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h). Et sur toutes les plateformes de podcast.
Pour nous joindre : 07.53.10.31.95 (appels, textos, signal), ou par mail : contact@lenvolee.net Pour écrire : Radio FPP – L’Envolée. 1 rue de la solidarité, 75019 Paris instagram : @lenvolee_journal
En tant que voyageur yénich, Kémi raconte la répression et le surenfermement subis par les voyageurs. Il a écrit cette lettre depuis la centrale de Moulins, et nous l’avons lue dans l’émission l’Envolée du vendredi 6 juin 2026, consacrée à cette question.
Ecoutez l’audio de cette lettre ici ou lisez la ci-dessous :
Mesdames, Messieurs,
Et oui, je suis voyageur yénich et je vais essayer de vous raconter mon parcours et de vie, en espérant que ça vous aidera à comprendre ce que l’on subit en silence… J’ai 37 ans cet été, ça fait 15 ans que je suis incarcéré, donc je vais vous raconter ma vie du dehors mais aussi celle en tant que détenu longue peine, car la répression et le racisme contre nous les voyageur-euses est publique à l’extérieur des prisons mais aussi à l’intérieur des prisons ! Oui, quand j’étais dehors je partais « tchor », « voler » pour nourrir mes enfants… Vous allez me dire que j’ai qu’à trouver un job, mais le problème… c’est que les gadjes n’embauchent pas « les voleurs de poules » !
Petit, j’ai vécu une descente de CRS et du PSIG sur le terrain, qui m’a marqué à vie ! J’étais tout gamin, et un matin, on a vu 2 bus débarquer à fond, suivis de 4 Mégane… D’un coup, ils sont sortis avec les armes en main. Ils nous ont tous braqués, même nous, les gosses ont été allongés sur le ventre ! Et tout ça pour quoi ? Ils s’étaient trompés de « camps », comme ils disent… Tous les garçons vont se reconnaître dans le prochain souvenir que j’ai, qui m’a marqué et coûté 48 heures de garde à vue… Encore une fois, c’est une histoire de « tchor ». Ma daronne était partie « tchor » dans les magasins pour de la nourriture. Un jour, les deux vigiles lui demandent de les suivre, je me suis mis entre et j’ai demandé pourquoi. Ces fous m’ont poussé et ont agrippé la daronne et lui ont dit : « On va te fouiller à poil. » Eh bien, j’ai sauté sur eux, un gadgé a appelé les « clistes » (keufs), j’ai fini en gav, mais la daronne est rentrée avec la bouffe qu’elle avait tchor. … 🙂 …
Je ne suis jamais allé à l’école, et je ne regrette pas car j’ai fait l’école de la vie…. À 14 ans j’ai pris mon indépendance car j’allais être papa… Au début j’ai cherché un job honnête mais j’étais pas narvalo, je savais qu’avec mon âge je n’aurais pas de contrat donc j’allais dikav chez les chefs de chantiers pour savoir s’ils ne cherchaient pas de la petite main-d’œuvre au black pas chère, mais à chaque fois que je disais que je vivais sur le terrain ils m’envoyaient chier et me prévenaient que s’il manque un truc sur le chantier ils envoient les clistes ! Donc je suis allé chercher les « lovés » (argent) là où ils se trouvaient… je suis allé me servir, je me suis fait prendre et à 14 ans je suis entré en prison avant la naissance de mon fils… À cette époque-là (2004) c’était pas comme maintenant, on en prenait plein la gueule par l’administration pénitentiaire mais ils le faisaient discrètement… La loi française dit qu’un mineur incarcéré ne peut être placé au quartier disciplinaire avant 16 ans, eh bien moi je l’ai connu à 14, 15, 16, 17, 18, etc. Un voyageur, s’il veut bosser en prison c’est compliqué : soit tu galères plusieurs mois voire années pour avoir un poste convenable, soit c’est le voyageur qu’on envoie ramasser leurs poubelles, ou carrément ils te donnent rien, ce qui arrive plus souvent !
En 2011 quand je suis sorti, un soir je me suis fait contrôler par le PSIG (peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie). Quand ils m’ont vu, ils m’ont cash demandé « quelle famille », « sédentaire ou sur le camps » ? J’ai donné mon nom en pensant qu’on est connu dans le coin, ils vont faire tranquille et vite, et ben non : – Papiers de la bécane. – Je les ai pas. – Assurance ? – J’en ai pas. – Ça fait longtemps que t’es sorti ? Tu l’as volée ? – Non, elle est neuve, j’ai tous les papiers sur le terrain ! Dans vos gueules !!! C’est un cadeau de mon vieux (paix à son âme), ils m’ont quand même plaqué contre l’auto et menotté… je leur ai dit de taper la plaque au fichier et ils verront que c’est bien la mienne !!!! J’ai fini à la gendarmerie et mon vieux a dû venir à 2h, 3h du matin pour amener les papiers.
Ensuite en 2012, je suis condamné à 4 ans ferme pour cambriolage puis ma peine est prolongée car j’ai pris ce qu’on appelle des « peines internes », en gros ma peine est passée de 4 ans à plus de 20 ans pour des violences sur surveillant et deux prises d’otages pour essayer de me faire entendre et faire respecter mes droits ! En 2016 mon vieux est parti et la juge a refusé que je participe à la cérémonie car d’après elle « trop risqué » en « vue du nombre de famille de la communauté des gens du voyage » prévue, mais pour éviter toute frustration du détenu elle m’autorise « la mise en bière » assistée du noyau dur de la famille, mais l’escorte du PSIG en a décidé autrement ! Ils ont refusé que mes proches soient avec moi pour dire adieu à mon vieux. Quand j’ai vu ça j’ai cash compris, j’ai voulu approcher mon vieux pour l’embrasser mais les clistes m’ont chopé, jeté dans la voiture et ramené au chtar, ça a duré 5 minutes ! J’ai fini par faire une prise d’otage !
Ici quand je vais à la douche certains ont osé me dire « on vérifie si tu voles les tuyaux en cuivre », c’est malheureux… Mais maintenant plein de voyageurs finissent en prison ou sous terre pour tchi (rien) ! Faut que l’on se réveille, faut arrêter de subir en silence ! Crions ensemble, stop au racisme contre les voyageurs(euses) et le racisme pur et simple ! Faisons-nous entendre et montrons-leur que nous ne sommes pas des statistiques et des faits divers, montrons-leur que nous sommes des êtres humains comme n’importe lesquels ! Petit message pour les gadgés : arrêtez de regarder Incroyable Vie ou Mariage des gitans, c’est du « fake », et oui, Love Story c’était plus sérieux !
Ce que je veux dire par là c’est : ne vous arrêtez pas aux préjugés ou clichés. Nous sommes mis à l’écart de la société, à côté d’une déchetterie ou d’un cimetière, et ça ne choque personne ? Le pays du soi-disant droit de l’homme qui tente d’exterminer une minorité et tout le monde ferme les yeux ! À la place de vous tirer dans les pattes, unissons-nous toutes et tous : gitans, roms, Roms, yéniches, tsiganes, manouches, Algériens, Marocains, Tunisiens, Chinois, Gaulois, toutes celles et ceux qui subissent le racisme de l’État, faisons force unie (pacifiquement) et faisons-nous entendre ! Paix aux âmes de ceux qui nous ont quittés sous les balles ou les coups des clistes… Force et honneur à ceux et celles enfermés, on est increvables ! Le niglo la braise nous attend ! Merci d’avoir pris le temps de lire ou d’écouter cette petite lettre d’un yénich au chtar ! Dédicace à l’équipe et aussi à mon pral Ritchy ! Big up à vous, tchoums ! ps : je conseille de lire le livre « Voleurs de poules » écrit par Ritchy Thibault, un voyageur qui se bat pour nous, je suis fier de le connaître et d’être son pral !
Prenez soin de vous les amis, grosse pensée à toute l’équipe, on lâche rien, y’a pas d’arrangement !
Kemi, voyageur et fier de l’être ! Mika – 29/04/26
Discussion sur le mouvement en cours à la prison de Condé-sur-Sarthe au QLCO (quartier de lutte contre la criminalité organisée) : face aux conditions de détention infernales et malgré leur isolement, les prisonniers se mobilisent. Par leurs refus de cantiner, de payer les télés, de sortir en promenade, de se placer en silence sur une ligne rouge pour tout mouvement, etc., ils demandent la mise à l’écart des surveillants les plus violents et radicalisés, que les conditions de communication avec leurs proches soient un minimum possibles… Officieusement pour le moment, le directeur commence à lâcher sur quelques points. A suivre…
–> Il est possible d’appeler l’administration pénitentiaire et de lui écrire pour lui signaler qu’on est au courant de ce qui se passe et solidaires des prisonniers et de leurs proches (quelques contacts ici)
Criminalisation et surenfermement des Voyageurs : discussion avec Ritchie Thibault sur les logiques de surenfermement des voyageurs, les illégalismes vivriers, la criminalisation de leurs modes de vie, la surveillance et l’acharnement policier, les camps… et comment la prison et la police tuent particulièrement les Voyageurs.
+ Lecture d’une lettre de Kémi sur l’enfermement des voyageurs (à lire bientôt sur ce site).
8 juillet 13h30 devant le tribunal judiciaire de Paris : prises de paroles à l’occasion d’un procès contre Rithchie Thibault ; avec Aurélie Garand.
L’Envolée est une émission radio pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. C’est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.
L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et les prisonnières.
En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne. Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord,en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h). Et sur toutes les plateformes de podcast.
Pour nous joindre : 07.53.10.31.95 (appels, textos, signal), ou par mail : contact@lenvolee.net Pour écrire : Radio FPP – L’Envolée. 1 rue de la solidarité, 75019 Paris instagram : @lenvolee_journal
En novembre dernier, nous faisions paraître Mange ta peine, recettes du prisonnier l’isolement, écrit par Moben un prisonnier qui a passé onze années en quartier d’isolement. Quelques jours plus tard, nous apprenions son transfert disciplinaire à la prison de haute sécurité d’Alençon-Condé-sur-Sarthe pour y être placé au nouveau QLCO (Quartier de lutte contre la criminalité organisée). Son livre n’avait pas plu au ministère de la Justice alors en pleine campagne de communication sécuritaire (voir notre communiqué ici).
Vous avez été nombreuses et nombreux à témoigner de votre solidarité avec Moben en achetant son livre chez des libraires qui l’ont mis en avant, en passant des commandes groupées ou en cuisinant ses recettes lors de grands banquets. La censure et les hauts murs ne parviennent jamais tout à fait à étouffer la voix d’un enfermé.
Cela fait plus de six mois que Moben subit le régime déshumanisant de ce nouveau quartier de haute sécurité (QHS) : surveillants cagoulés 24 h/24 dont les ordres se réduisent à de simples mots : « Ligne / Bras / Reculer… » ; au sol de la cellule, une ligne rouge sur laquelle se tenir, bras en l’air dès que les surveillants en donnent l’ordre ; fouille à nu quotidienne dans des conditions extrêmes ; appels téléphoniques restreints et rendus quasi impossibles ; horaires changeant en permanence ; aucun contact physique avec les proches à cause des parloirs hygiaphones… En plus d’intensifier la torture blanche, cet isolement d’un nouveau genre laisse les mains libres aux surveillants les plus radicalisés : des prisonniers se font réveiller aux cris de « Ici, c’est chez nous ! Ici, c’est le IIIe Reich ! Les nazis, c’est nous ! ».
En mai, la moitié des prisonniers du QLCO ont entamé un mouvement de protestation en cessant de louer postes de télévision et frigos, en refusant de se rendre en promenade, en déposant un recours collectif. Ils exigent que soit mis fin aux abus de pouvoir répétés de certains surveillants ainsi que des aménagements de la vie en détention pour le sport, la scolarité, la pratique religieuse, les cantines et les contacts téléphoniques avec les proches, dont certain·es commencent aussi à s’organiser dehors.
Comment accepter qu’un bébé de deux ans (« enfant de moins de 1 mètre ») soit palpé par des hommes muets et cagoulés avant de retrouver son papa derrière une vitre ?
La contrôleuse des lieux de privation de liberté vient d’y dépêcher une visite en urgence. Tandis que quelques articles sont sortis dans la presse (Médiapart ici ou Libération là).
Dehors nous pouvons nous aussi dénoncer ce régime expérimental qui, n’en doutons pas, préfigure le futur de l’ensemble des prisons de France. Nous pouvons nous adresser à l’administration pénitentiaire pour condamner la déshumanisation et l’indignité de ces prisons qui enferment en notre nom. Vous pouvez aussi continuer à faire connaître les recettes de Moben et nous faire parvenir des courriers, des dessins, des photos que nous lui transmettons.
Lettre d’Aurélie au Centre pénitentiaire de Rennes, au sujet des expertises psychologiques, psychiatriques et des « examens de personnalité », qu’on doit subir lors des procès, des demandes d’abaissement de période de sûreté, pour les aménagements de peine et les perm’ : « De toutes façons face à un expert, nous serons pour eux dangereux. Si seulement ils essayaient de comprendre »…. Ou comment ces psy supposément indépendants sont un rouage de la machine à enfermer.
Appel à nous contacter pour raconter, dénoncer et analyser les violences psychiatriques et discussion avec Azé, militante antipsy :
La violence des « soins » : obligations de soins, chantage à la prise de médocs, effets secondaires, contention, isolement, électrochocs…
Le fichage : « Mon espace santé » et France travail contribuent au fichage et la divulgation des données sur les personnes psychiatrisées. Et quand le fichage des personnes hospitalisées sous contraintes (HOPSYWEB depuis 2019), déjà bien flippant, est croisé au fichage des personnes soupçonnées de radicalisation… ça fait un cocktail bien raciste.
Violences policières (souvent racistes) subies par les personnes psychiatrisées.
Maltraitances et morts suspectes dans les établissements psy (Melun, Guadeloupe…), conjuguées au défaut de soins pour d’autres pathologies (« c’est dans leur tête », évidemment).
BREVES
Déjà la canicule : courage dans les fournaises pénitentiaires !
Zouzou est sortie sous bracelet et Pascal a enfin obtenu son transfert !
Fête de l’Aïd au placard : pensées à ceux et celles qui vivent chaque « fête » loin de leurs proches.
Samedi 30 mai à Paris, manifestation en soutien à Ali, Palestinien incarcéré en France sur la base
Samedi 6 juin à Paris : manifestation anti-fasciste, contre l’impérialisme et ses guerres
Pensées pour Djelloul Djahafi, qui s’est suicidé au mitard du CRA de Lyon, encore une victime des politiques racistes et coloniales
L’Envolée est une émission radio pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. C’est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.
L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et les prisonnières.
En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne. Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord,en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h). Et sur toutes les plateformes de podcast.
Pour nous joindre : 07.53.10.31.95 (appels, textos, signal), ou par mail : contact@lenvolee.net Pour écrire : Radio FPP – L’Envolée. 1 rue de la solidarité, 75019 Paris instagram : @lenvolee_journal