Étiquette : isolement

  • « La moitié de la prison est malade » – Conditions de merde à la MA de Lille-Séquedin – Kémi en grève de la faim – Encore des dingueries de Darmanin

    « La moitié de la prison est malade » – Conditions de merde à la MA de Lille-Séquedin – Kémi en grève de la faim – Encore des dingueries de Darmanin

    Émission de l’Envolée du vendredi 30 janvier 2026

    Une lettre d’Aurélie du CD de Rennes pour souhaiter la bonne année : « la moitié de la prison est malade », et elle attend toujours le rapport d’un expert pour espérer une permission.

    On lit un message qui dénonce les conditions de détention à la maison d’arrêt de Lille-Séquedin : pression psychologique, surpopulation, insalubrité, nourriture insuffisante et dégueu, dégradation des sens. On peut lire l’intégralité du texte sur le site le collectif lillois À l’Arrache ici. On peut aussi écouter leur émission de radio contre les prisons une fois par mois sur Radio Campus Lille.

    On revient sur la lutte que mène Kémi à la centrale de Moulins-yseure pour obtenir la fin de sa gestion isolée et son transfert en centre de détention (CD). Le jeudi 22 janvier, il s’est mis en grève de la faim et des proches ont fait tourner ses revendications à l’extérieur (on peut retrouver le texte de soutien sur notre site ici). Sa gestion isolée a finalement été levée et il a été reçu par la direction qui lui a promis que son statut de DPS serait levé et qu’ils soutiendraient une demande de transfert. À suivre …

    On finit en discutant des dernières dingueries de Darmanin pour son projet de loi pour des « sanctions sûres et efficaces ». Cette fois il ressort et déforme la vieille idée du numerus clausus et veut encore raboter et conditionner les aménagements de peine.

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  • Solidarité avec Mickaël Gilgenmann en grève de la faim pour son transfert et contre son maintien à l’isolement

    Solidarité avec Mickaël Gilgenmann en grève de la faim pour son transfert et contre son maintien à l’isolement

    Actuellement prisonnier à la centrale de Moulins-Yzeure, Mickaël Gilgenmann est incarcéré depuis quatorze ans, dont il a passé la plus grande partie en centrale (prison sécuritaire). Cela fait quatre ans qu’il aurait pu bénéficier d’un aménagement de peine, et il est libérable dans six ans. À son arrivée à Moulins, Mickaël avait été sorti de l’isolement qu’il subissait depuis de longues années, mais depuis six mois, il a de nouveau été soumis à ce régime.

    La direction lui a promis son transfert vers un centre de détention, un type de prison où il est – en principe – moins difficile d’obtenir une libération conditionnelle, contrairement aux maisons centrales, bien plus sécuritaires. L’administration disait que sa sortie de l’isolement serait envisageable après ce transfert, mais en dépit de ces promesses répétées, il a appris ce 22 janvier que le transfert n’aurait pas lieu, et qu’il n’avait même jamais été envisagé.

    Mickaël a immédiatement commencé une grève de la faim et de la soif dès le jeudi 22 janvier à midi. Il ne reçoit pas le suivi médical nécessaire, et son état de santé se dégrade très rapidement. Vendredi, une infirmière a constaté son état ; en 24 heures, il avait déjà perdu deux kilos. Sa santé s’est encore détériorée samedi 24 janvier, et il commençait à avoir des douleurs dans les reins.

    Mickael a décidé d’arrêter sa grève de la soif, mais de continuer sa grève de la faim jusqu’au bout malgré son état de santé déjà préoccupant pour maintenir un rapport de force avec l’administration pénitentiaire. Il est déterminé dans cette lutte qu’il considère comme un dernier recours.

    Nous sommes préoccupés par l’état de santé de Mickaël. Précisons ici clairement qu’il n’est pas du tout suicidaire. Si la direction du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure n’agit pas au plus vite auprès de son administration pour accéder à ses demandes (transfert et levée de l’isolement) et s’il ne fait pas l’objet d’une prise en charge médicale adaptée, elle portera l’entière responsabilité des séquelles sur son état de santé.


    Nous appelons a soutenir Mickaël Gilgenmann dans sa lutte pour obtenir la fin de son isolement et son transfert en centre de détention. Il est en grève de la faim depuis le jeudi 22 janvier et jusqu a ce que ses revendications soient entendues. On invite les personnes solidaires a envoyer au plus vite le courrier ci-dessous à la direction de l’administration pénitentiaire, la direction interrégionale pénitentiaire Lyon Centre Est et au centre pénitentiaire de Moulins Yzeure pour qu’ils sachent que Mickaël n’est pas seul dans son combat et exiger la fin de l acharnement de l administration pénitentiaire a son égard. Nous demandons également aux soutiens d appeler massivement le prison de Moulins dès lundi 26 janvier au 04 70 35 15 00 pour faire passer le même message à la direction et aux autres services de la détention.


    Direction de l’administration pénitentiaire
    13, place Vendôme
    75042 Paris Cedex 1

    Copie à :
    Direction interrégionale des services pénitentiaires Lyon Grand-Est
    19 Rue Crépet, 69007 Lyon

    Direction du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure
    Rue Millepertuis, 03400 Yzeure

    Objet : GRÈVE DE LA FAIM A LA PRISON DE MOULINS-YZEURE

    Madame, Monsieur,

    J’ai été informé que M. Mickaël Gilgenmann a entamé une grève de la faim le jeudi 22 janvier 2026 à midi pour exiger son transfert en centre de détention et la fin de son isolement.

    Pour rappel, Mickaël Gilgenmann est incarcéré depuis quatorze ans, dont il a passé la plus grande partie en centrale. Cela fait quatre ans qu’il aurait pu bénéficier d’un aménagement de peine, et il est libérable dans six ans. À son arrivée à Moulins, Mickaël avait été sorti de l’isolement qu’il subissait depuis de longues années, mais depuis six mois, il est de nouveau soumis à ce régime.

    Je suis préoccupé par l’état de santé de Mickaël. Précisons ici clairement qu’il n’est pas du tout suicidaire. Si la direction du centre pénitentiaire de Moulins-Yzeure n’agit pas au plus vite auprès de son administration pour accéder à ses demandes et s’il ne fait pas l’objet d’une prise en charge médicale adaptée, elle portera l’entière responsabilité des séquelles sur son état de santé.

    Je soutiens les demandes de Monsieur Gilgenmann :
    – j’exige la fin de son isolement qui a dépassé toutes les limites légales et humaines ;
    – son transfert immédiat en centre de détention pour pouvoir enfin entamer une procédure d’aménagement ;

    En vous priant de bien vouloir prendre en compte sa demande, cordialement,

  • Histoires de luttes contre l’allongement des peines et les QHS modernes

    Histoires de luttes contre l’allongement des peines et les QHS modernes

    Émission de l’Envolée du vendredi 23 janvier 2026

    Depuis des décennies, des prisonniers, prisonnières et leurs proches dénoncent l’allongement des peines et les régimes d’isolement. Actuellement, comment fédérer les résistances face à la brutalité de la justice et des QHS ? (Quartiers haute sécurité, devenus QI, QMC, QLCO, « narco-prisons »…). Pour poser quelques bases pour réfléchir ensemble, nous partageons dans cette émission des archives sonores de mobilisations auxquelles l’Envolée a participé de 2008 à 2014.

    AU PROGRAMME :

    • Archives de l’ARPPI (Association pour le respect des proches de personnes incarcérées), fondée notamment par Catherine en 2008. Malheureusement décédée depuis, elle présentait à l’époque les motivations et l’origine de ces combats : le sort réservé à ses deux fils, Cyril et Christophe Khider, qui ont subi de très lourdes peines et des années d’isolement suite à des évasions (ou tentatives). On écoute des membres de l’ARPPI et leurs alliés proposer des moyens de s’organiser face à la violence pénitentiaire.

    Entre autres, l’ARPPI s’est fédérée avec des proches de personnes mortes de façon suspecte en détention et a initié la campagne contre les longues peines et les quartiers d’isolement de 2009, clôturée par une grande manifestation à Paris le 8 novembre.

    Vous pouvez retrouver des archives de ces mobilisations sur la page vidéos de l’ARPPI et dans le journal l’Envolée n°27.

    • Mobilisation contre les QHS modernes de Condé-sur-Sarthe puis Vendin-le-Vieil.

    Devenues tristement célèbres avec les nouveaux QLCO (quartiers de lutte contre la criminalité organisée) vantés par Darmanin, ces prisons ouvertes en 2013-2014 étaient déjà des « QHS tombeaux secrets », qui visaient à briser les prisonniers. A l’époque, des collectifs et associations ont essayé de donner la parole à ces isolés en commençant par leur adresser un questionnaire dont nous écoutons les réponses.

    • Lettre écrite par Christopher en 2014 depuis la prison de Condé-sur-Sarthe.
    • Réunion publique « Contre les peines infinies et pour la fermeture immédiate des QHS modernes », le 2 avril 2014

    Organisée par des groupes et personnes mobilisées contre l’allongement des peines et la politique d’absence d’aménagement de peines, la construction des nouvelles prisons (Réau, Annoeullin, etc.) et l’ouverture d’établissements hypersécuritaires à Condé-sur-Sarthe puis Vendin-le-Vieil.

    Nous en rediffusons des extraits sonores, avec la participation de :
    – Philippe El Shennawy, prisonnier longue-peine, sorti en libération conditionnelle après 38 ans d’incarcération,
    – Cyril Canetti, psychiatre ayant refusé de porter plainte contre le prisonnier qui l’avait pris en otage,
    – Pierrette Poncéla, professeur de droit pénal à l’université de Nanterre,
    – Delphine Boesel avocate au barreau de Paris, spécialisée en droit pénitentiaire, membre de l’Observatoire international des prisons,
    – D’autres juristes, et même un conseiller juridique du gouvernement… qui dénonce l’indignité subie par les prisonniers !
    – L’Envolée, journal et radio contre les prisons.

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  • MAF, SMPR, QHS… Une année de lettres contre l’enfermement

    MAF, SMPR, QHS… Une année de lettres contre l’enfermement

    Émission de l’Envolée du vendredi 2 janvier 2026

    L’année 2025 a été marquée par la guerre, médiatique et bien réelle, menée contre les prisonniers : « loi narcotrafic » pour enfermer toujours plus, « narco-prisons » pour isoler toujours plus, durcissement de l’enfermement des étranger.e.s dans les CRA, etc.

    Dans l’Envolée, des prisonniers et prisonnières racontent et analysent leur sort et leurs résistances. Depuis l’intérieur des murs, ils réagissent aux offensives démago-sécuritaires et médiatiques à leur encontre… et nous parlent de la brutalité d’une société qui accepte cela.

    Alors pour commencer 2026, on vous rediffuse une sélection de lettres et textes de prisonniers et prisonnières lues à l’antenne de l’Envolée en 2025… agrémentées de bons sons. Bonne année de résistance à nous tous et toutes !

    AU PROGRAMME :

    Lettre et poème d’un déporté kanak dans une prison en France (émission du 24 janvier)

    Julien à la maison d’arrêt et au SMPR de Toulouse-Seysses (émission du 14 février)

    Vivi à la MAF (maison d’arrêt pour femmes) des Baumettes (émission du 4 avril)

    Appel de DDPF : défense des droits des prisonniers français (émission du 10 octobre)

    Au QI (quartier d’isolement), Rédoine dénonce les QLCO (quartiers de lutte contre la criminalité organisée) et tous les QHS modernes (émission du 5 septembre)

    Une lettre depuis la MAF (maison d’arrêt pour femmes) de Fresnes (émission du 13 juin)

    BN au CD (centre de détention) de Poitiers-Vivonne (émission du 5 septembre)

    Récit d’une vraie-fausse évasion : mise au point sur un emballement médiatique et ses conséquences répressives, QI (quartier d’isolement) de la MA de Strasbourg (lettre de juillet 2025)

    Kémi à la centrale de Moulins-Yzeure (lettre de septembre 2025)

    Extraits du livre Mange ta peine ! Les recettes du prisonnier à l’isolement, de Moben (émission du 12 décembre)

    LES SONS :

    Dead Prez, Papi Fredo, Nina Simone, Mafia K1fri, Al, Dynasty et Skizoo, Jerry Lee Lewis, Soolking, 113, Jimmy Cliff.

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  • Un transfert punitif au QLCO de Condé-sur-Sarthe pour un livre de cuisine ! Soutien à Moben

    Un transfert punitif au QLCO de Condé-sur-Sarthe pour un livre de cuisine ! Soutien à Moben

    Nous relayons ci-dessous le communiqué de la maison qui a édité un livre de recettes de cuisine écrites par Moben, auteur et prisonnier. Pour le punir d’avoir, en préambule de son livre, exprimé des critiques sur ses conditions de détention et d’isolement, l’administration pénitentiaire l’a transféré illico au QLCO (quartier de lutte contre la criminalité organisée) de Condé-sur-Sarthe. On voit bien à quoi servent réellement ces nouvelles « narco-prisons de Darmanin », justifiées par un délire démago-sécuritaire et électoraliste : mater les prisonniers gênants, les soumettre à la torture blanche et punir leurs proches au passage, le tout dans un cadre totalement arbitraire. La moindre des solidarités est de faire circuler ce communiqué partout. Force à toi, Moben, et à tous les isolé.e.s !

    21 novembre 2025

    « J’aimerais que ce livre contribue à combattre les idées préconçues sur la prison et à briser les stéréotypes souvent associés à ceux et celles qui s’y trouvent. »
    Moben

    C’est avec consternation que nous avons appris ce mardi 18 novembre le transfert de Moben, auteur de notre maison d’édition, à la prison de haute sécurité de Alençon-Condé-sur-Sarthe au sein du nouveau QLCO (Quartier de lutte contre la criminalité organisée). Il subit ce transfert punitif pour avoir écrit, avec l’aide de Gaëlle Hoarau, le livre Mange ta peine, les recettes du prisonnier à l’isolement, postfacé par Jacky Durand, édité par nos soins et sorti en librairie en octobre 2025. Mange ta peine est avant tout un livre de cuisine. Les 77 recettes du livre, gourmandes et faciles à réaliser avec des moyens limités, sont précédées d’un entretien qui documente la rigueur de la vie à l’isolement carcéral. Pour Moben, l’art de cuisiner est devenu un moyen de survivre à l’âpreté de ce régime qui, lorsque qu’il s’étend dans la durée, est assimilé à une « torture blanche » par la Cour européenne des droits de l’homme.

    Son inventivité culinaire, sa poésie, ses analyses autant que sa générosité nous ont convaincus de la nécessité de publier ce livre. Conçu au cœur d’un dispositif qui tend à déshumaniser, ce livre est une leçon de partage, d’humanité et de combativité.

    En octobre 2025, Moben reçoit son livre au centre pénitentiaire (CP) de Moulins-Yzeure. Quelques jours plus tard, une brigade de surveillants lui confisque. Ce que l’administration pénitentiaire lui reproche est écrit noir sur blanc :

    « Hormis les recettes, vous décrivez votre vie en détention, en particulier à l’isolement, et en réalisant une critique de la prison. On y retrouve également une copie de bon de cantine du QMC de Moulins de mars 2025 et des dessins représentant une cellule du QMC (…) Cela met en évidence votre volonté et votre capacité à communiquer pendant plusieurs semaines avec des personnes à l’extérieur en contournant les règles de contrôle de l’administration pénitentiaire. »

    La sanction tombe : Moben est conduit au quartier d’isolement pour attendre son transfert en QLCO ! Nous contactons immédiatement la direction du CP pour rappeler que le livre n’a pas été écrit à l’insu de l’administration : Mange ta peine est en effet le fruit de conversations téléphoniques légales (écoutées et enregistrées par l’administration pénitentiaire) entre Moben et Gaëlle Hoarau qui les a retranscrites.

    Le 18 novembre, une équipe de surveillants cagoulés (des « Eris ») transfère Moben en QLCO sous l’œil d’une caméra embarquée de BFM TV. Dans la séquence, nulle mention d’un livre de recettes de cuisine à l’origine du transfert ; les éléments de langage tournent autour de prétendus risques d’évasion. La méthode est grossière : la parution du livre de Moben est bien l’élément déclencheur du transfert vers le QLCO de Condé-sur-Sarthe, lequel relève dès lors d’une décision punitive. Rappelons ici que Moben avait quitté le quartier d’isolement pour rejoindre la détention dite normale il y a un an ; qu’il n’a pas utilisé de moyens de communications illégaux avec l’extérieur ; qu’il est déjà conditionnable à ce jour et libérable d’ici trois ans. Tant que cette décision sera maintenue, Moben verra ses proches derrière une vitre en plexiglas. Il n’aura plus que 4 heures de téléphone par semaine avec trois interlocuteurs autorisés. Pour un homme en fin de peine, cette désocialisation semble pour le moins contradictoire avec la mission de réinsertion supposément attribuée à la prison.

    Nous appelons nos collègues éditeurs et éditrices, nos partenaires professionnels, journalistes ou libraires, ainsi que les personnes et organisations investies dans la question carcérale et dans la défense de la liberté d’expression à se mobiliser à nos côtés, à ne pas laisser cette situation sans réponse, en communiquant à leur tour et en manifestant leur solidarité avec Moben. Il faut que cette mesure punitive intolérable prenne fin le plus rapidement possible.

    En effet, ces nouveaux QLCO constituent une nouvelle variante encore plus poussée de l’isolement, c’est à dire de la « torture blanche ». La publicité autour de leur mise en place ces derniers mois le répète : ces endroits doivent « couper du monde » et faire plier les prisonniers, c’est leur but affiché. Il semblerait que Moben ait été brutalement aspiré dans la campagne médiatique menée par le Garde des sceaux pour promouvoir ces nouveaux quartiers de haute sécurité (QHS) et sa « guerre au narcotrafic ». La sortie du livre de Moben intervient dans ce moment particulier de l’agenda politique, et son auteur en paye le prix lourd.

    Pour toute demande d’informations complémentaires :
    Contact@leseditionsduboutdelaville.com

    Communiqué des prisonniers en grève de la faim au QLCO de Vendin-le-vieil (septembre 2025)

    Notre article « Narcotrafic, narcoprison, narcobullshit mais vraie torture » dans le journal l’Envolée n°63

    « On ne leur cédera pas un seul millimètre de notre dignité », Lettre de Rédoine Faïd contre les QLCO et tous les QHS modernes (juillet 2025).

    Recueil de paroles de prisonniers contre les QHS et autres régimes d’isolement

    Notre première réaction à l’annonce de la création des QLCO.

  • Lettres de Luynes, Vivonne, et Valence – Mouvement collectif au CRA de Vincennes – « Anticiper le bruit sec des verrous » avec Libre Flot

    Lettres de Luynes, Vivonne, et Valence – Mouvement collectif au CRA de Vincennes – « Anticiper le bruit sec des verrous » avec Libre Flot

    Émission de l’Envolée du vendredi 31 octobre 2025

    AU PROGRAMME :

    Lectures de lettres de prisonniers et de proches

    • Lettre ouverte d’une proche d’un prisonnier à Luynes qui revient sur la grève des matons qui bloquent la vie des personnes enfermées et de leurs proches, et sur les multiples condamnations de la France à la CEDH pour ses conditions d’incarcération qui restent lettre morte.
    • Lettre de BN qui continue de nous écrire de Poitiers-Vivonnes. Elle parle de l’absence totale d’activités pendant l’été, mais aussi à cause de la circulaire de Darmanin du début d’année. Elle continue de subir le surenfermement et doit partager sa cellule alors qu’elle est en centre de détention où l’accès aux soins, notamment psy, est très limité. Sans surprise, cela engendre de la violence entre les personnes enfermées.
    • Lettre de Fabrice envoyée avant son transfert à Condé sur Sarthe. Il revient sur l’agression qu’il a subi à Saint Maur en 2017 alors qu’il bloquait la douche pour dénoncer les humiliations et les injures racistes qu’il subissait quotidiennement. On lui a tiré des grenades assourdissante qui l’ont rendu sourd d’une oreille avant de l’enfermer au cachot sans aucun soin. Aujourd’hui, sa plainte a enfin été reçue et il écrit qu’il est content d’être enfin reconnu comme victime dans cette histoire.
    • On relaie un communiqué écrit par des proches de Fabrice pour faire parler de son histoire et de son combat et qui revient sur son long parcours carcéral en métropole, loin de la Guadeloupe d’où il est originaire (on peut le lire sur notre site ici).
    • On passe un enregistrement qui revient sur des mouvements au centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes pour protester contre le fait que les prisonniers n’ont plus accès à la fouille (les affaires dont on les prive à leur arrivée au CRA) et n’ont plus d’eau chaude. Les personnes enfermées ont notamment refusé d’intégrer le réfectoire à plusieurs reprises et ont finalement obtenu le retour de l’eau chaude. Des membres du collectif A Bas les CRA y discutent avec des prisonniers du CRA de Vincennes sur les conditions d’enfermement déplorables et les luttes à l’intérieur (on peut retrouver d’autres paroles de personnes enfermées au CRA et d’autres textes sur le site du collectif).
    • Appel de Libre Flot et de Pierrot des éditions du Bout de la ville pour présenter le bouquin qui vient de sortir : « Anticiper le bruit sec des verrous ». « En 2017, comme tant d’autres militant.es internationalistes, Libre flot s’engage auprès des forces kurdes du Rojava pour défendre la révolution sociale alors attaquée par Daesh. À son retour, il est dans le viseur du Renseignement français qui, obsédé par les personnes revenues du front, échafaude autour de lui une affaire abracadabrante. Le 8 décembre 2020, Libre Flot est accusé avec six autres personnes « d’association de malfaiteurs terroriste ». Incarcéré près d’un an et demi en détention provisoire, il subit la « torture blanche » de l’isolement. Il écrit pour tâcher d’y survivre. Ses textes, d’une humanité bouleversante, auscultent la matière même de la conscience, qui s’atrophie inexorablement quand on la prive d’attachements. » Flot revient sur ses seize mois d’isolement, les routines pour tenir mentalement et physiquement, mais l’esprit et le corps qui se dégradent quand même, sans véritable accès aux soins.

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  • On est au « club med » de l’enfer !

    On est au « club med » de l’enfer !

    Correspondant chevronné de l’Envolée, Kémi a subi la violence pénitentiaire sous toutes ses formes : tabassages, longues années en quartier d’isolement (QI)… Lorsqu’il a atterri à la centrale de Moulins, en détention ordinaire, il a espéré voir enfin le bout du tunnel. Puis la répression l’a rattrapé sous forme de « gestion individualisée ». Il nous décrit cette innovation pénitentiaire qui permet d’étendre toujours plus la torture blanche de l’isolement en appliquant un régime isolé au sein même de la détention « ordinaire ». Il dénonce aussi l’étiquetage des prisonniers, qui sert à les réprimer à vie, et le buzz médiatique autour de Sarko : la compassion du bloc bourgeois envers un de ses membres incarcéré n’est que le revers du mépris social qui justifie l’écrasement de la population carcérale en général.

    Maison centrale de Moulins-Yzeure
    26 septembre 2025

    Coucou les ami.es,

    J’espère que vous allez toutes et tous bien ! Moi ça va, je suis en « gestion individualisée », en gros c’est le Q.I. en détention « ordinaire »… J’y suis depuis août après une embrouille avec un autre détenu. Je me suis retrouvé devant dix ou quinze matons avec un « pic » dans la main ! J’ai prévenu que je ne fais plus dans la « diplomatie », du coup suite à l’embrouille, ils m’ont mis en « gestion individuelle ». J’ai une heure de promenade par jour le matin, j’ai le droit de croiser personne, et ils bloquent tous les mouvements quand je dois me rendre à un rendez-vous ! Ils bloquent la taule rien que pour moi ! Au début, ils disaient que c’était pour ma « sécurité » mais quand ils m’ont dit ça, j’ai pété un plomb. Du coup, maintenant, c’est pour « garder un environnement sain » !! Ils ont de la suite dans les idées ! Je suis au QI ! Mais bon, je garde le moral quoi qu’il arrive, c’est le plus important, et l’avocate est sur un transfert dans le sud.

    Quatorze ans que je galère derrière les murs, autant d’années de répression, la moitié en QI et tous les six mois, ils trouvent encore des trucs pour bien nous faire « subir » notre peine de dinosaure ! Ça fait dix ou onze ans que je suis DPS, donc j’ai droit à des « bonus » du menu de la pénitentiaire ! MDR la prison c’est un monde à part, mais la centrale c’est un univers à part ! On a des peines de ouf à faire, et rien n’est fait pour nous « réinsérer », si réinsertion il y a besoin ! Ils essaient de nous formater le cerveau, le pire c’est qu’ils y arrivent avec certain.es ! Les bobo disent qu’on est au « club med », et bien vous savez quoi ? On est au « club med » de l’enfer ! Imaginez 300 détenus enfermés dans 9 m² pour 10, 15, 20 ans ou perpète. 70 % n’ont plus aucun lien avec l’extérieur (la taule brise des familles!) et tous les jours, ils voient les mêmes personnes, les mêmes matons, rajoutez la parano, la jalousie, les rumeurs, etc.… Ils mangent la « gamelle », j’appelle plus ça le « repas », car si vous pouviez voir ce qu’ils nous servent, vous auriez la nausée ! N’oubliez pas la répression ! Si tu t’embrouilles avec un détenu ou un maton, tu vas au cachot, voire même au QI, car bien sûr, tu prends cher, très cher si tu t’embrouilles avec l’AP ! Ils ont les trucs légaux pour te faire mettre à genoux, mais souvent ils viennent avec leur équipement de CRS à quinze pour un mec et ils te boulonnent la tronche ! Le quartier VIP c’est pour les cols blancs ! On fait pas la prison ! On la subit et surtout nos proches !

    Imaginez si votre fils ou frère ou poto ou mère, sœur, copain a le malheur d’être emprisonné et quand il/elle vous appelle de la cabine, et vous dit : « Ils m’ont pété les côtes » pour rien ! Ou si il/elle n’a pas les moyens de téléphoner mais vous ne recevez pas leurs lettres car l’AP les censure ! Moi j’ai la chance de pouvoir appeler mes ami.es de temps en temps et pareil pour les parlus, mais j’ai passé plusieurs années seul, mais vraiment seul donc je sais de quoi je parle !

    La semaine dernière à la télé, ils disaient qu’il faut nous serrer la vis, mais ils disent qu’il faut pas mettre « Papy Sarko » en prison car c’est pas mérité ! Le pauvre, il mérite pas ça ! Et la mère ou le père de famille qui va en taule pour avoir volé à bouffer pour leurs gosses, ils méritent la prison ? Le ou la manifestant.e qui se retrouve en mandat de dépôt juste pour avoir voulu se faire entendre par la monarchie moderne, c’est mérité ? Faut ouvrir les yeux, car c’est incroyable comment les chaînes infos dirigées par les facho font tout pour faire peur aux citoyens classiques.

    En plus, tout le monde est placé dans plusieurs « cases ». Moi j’ai eu droit à la mention « fin de suivi pour radicalisation », dans mes idées politiques, mes liens « persistants avec l’extrême-gauche » ! Sérieux ? Mdr ! Bientôt ils vont me dire qu’ils me soupçonnent d’avoir buté Kennedy ! K-ou, je suis né en 89 !

    Ceux qui ont fait de la taule au quartier VIP, tu les vois sur les plateaux télé avec leur costard à 1978€, mais le ou la détenu.e qui a fait la vraie prison, on les laisse pas s’exprimer ! Y a un truc qui me rend fou en ce moment, c’est quand je vois le bobo expert en tout mais surtout rien, dire à la télé : « ouais la prison c’est un foyer » ! T’es qui toi pour dire ça, viens y a une cellule vide à côté de la mienne, viens, pas longtemps, juste trois mois et après retourne à la télé dire c’est quoi la prison ! Sinon ferme juste ta bouche ! Tous les membres du gouvernement sont mis en examen pour chacun un truc différent, pas un qui va en taule ! Et maintenant que Sarko va aller en taule, ils se chient dessus ! Mdr ! « C’est la France que l’on a humilié. » Mdr ! Bref ce soir je voulais partager ça avec vous, en espérant que vous aurez cette lettre !

    On lâche rien, y a pas d’arrangement !

    Kemi

    Lettre lue et commentée dans notre émission radio du 17 octobre 2025.

  • AFDP, une asso pour les proches de prisonnier.e.s – « On est au Club Med de l’enfer »

    AFDP, une asso pour les proches de prisonnier.e.s – « On est au Club Med de l’enfer »

    Émission de l’Envolée du vendredi 17 octobre 2025

    AU PROGRAMME :

    Lettres de prisonniers et prisonnières :

    • Kemi à la centrale de Moulins : il est placé en « gestion individualisée », ce régime d’isolement au sein de la détention ordinaire qui permet d’étendre toujours plus cette torture blanche. Il dénonce aussi la manière dont l’étiquetage des prisonnier.e.s (« radicalisé », « extrême gauche »…) permet à l’AP de les réprimer à très long terme, et critique le mépris social envers la population carcérale, qui justifie son écrasement : « Les bobos disent qu’on est au Club Med, et ben vous savez-quoi ? On est au Club Med de l’enfer »
    • Fabrice au CP de Valence : une instruction a été ouverte suite à sa plainte contre des surveillants de Saint-Maur qui avaient jeté en 2017 une grenade assourdissante dans la douche de laquelle où il était, ce qui lui a causé de graves séquelles. Il exprime un espoir de pouvoir enfin être entendu, alors qu’il va aussi lui-même subir un procès pour cette histoire, les agents de l’état violents se couvrant toujours en accusant leurs victimes. Nous savons qu’il sera très difficile pour lui d’être écouté par la justice… Force et courage à lui !
      Pour en savoir plus : écouter ici ou lire là
    • Aurélie au CP de Rennes face à l’arbitraire des règlements pénitentiaires et de leur application : courriers bloqués, virée de formation pour n’apprendre par assez vite, interdiction d’avoir plus de 30 photos en cellule…
    • Valentin à la MA de la Santé : incarcéré pour « violence contre personnes dépositaires de l’autorité publique » (en manif), une accusation qui « masque une foret de vies brisées » par les violences policières et pénitentiaires, violences économiques, violences d’état raciste…

    • Entretien avec Nina, ancienne prisonnière et membre de l’AFDP, Accompagnement des familles de détenu(e)s et prévention : association fondée en juin 2025 qui propose informations et aide aux proches de prisonnier.e.s, face à la difficulté de prendre la parole et de trouver de l’aide et de l’info. L’association vise aussi à chercher l’empathie de l’opinion publique face à un « système contre-productif ». Elle agit au travers d’une cagnotte de soutien, d’un groupe de soutien Whats app, de lives et pages d’infos sur Tiktok…
      –> plus d’infos et tous les contacts ici : https://www.helloasso.com/associations/afdp
      … Nina est aussi l’autrice des musiques diffusées dans cette émission 😉

    Actus :

    • Résultat du recours en appel au tribunal administratif contre la censure des numéros 55 et 56 de l’Envolée… (écouter plus de détails dans notre émission du 3 octobre) : nous pouvons annoncer officiellement que nous avons perdu… quelle surprise ! Ce que nous retenons, c’est que selon la justice : « La vérité au sujet de la violence pénitentiaire systémique est diffamatoire, donc censurable, même si tu prouves que ce que tu dis es vrai ». Les notes d’audience du procès des surveillants qui ont tué le prisonnier Sambaly Diabaté à Saint-Martin de Ré attestent qu’ils ont dit à la barre que les techniques qui ont entraîné la mort leur ont été enseignées au sein de l’AP à Fleury Merogis… Mais on a pas le droit de le dire et de le dénoncer dans un journal lu par des prisonnier.e.s.
    • Annonces de Darmanin sur l’ouverture de quatres QLCO (Quartiers de lutte contre la criminalité organisée) supplémentaires : les gouvernements passent, les darmadingueries restent. Ils prévoient une extension rapide et flippante d’une usine mortifère, des quartiers où l’isolement et la destruction des liens avec les proches sont poussés à leur paroxysme. Nous rappelons qu’il n’y a pas d’ »erreur de casting » : ce régime est ultra brutal et personne ne devrait le subir.

    L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers
    et les prisonnières.

    En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne.
    Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord, en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h).
    Et sur toutes les plateformes de podcast.

  • Présentation du journal l’Envolée n°63 – Mayday : « Face à la peine ».

    Présentation du journal l’Envolée n°63 – Mayday : « Face à la peine ».

    Émission l’Envolée du vendredi 10 octobre 2025

    AU PROGRAMME :

    • Présentation du journal l’Envolée n°63, d’août 2025 : lectures des textes « Le principe du serflex », « Dur D’entendre les Prisonnier.e.s Fâché.e.s » et « Narcotrafic, narcoprison, narcobullshit mais vraie torture »
    • Rediffusion d’une émission Mayday de Radio Canut : « Face à la peine ». « La surenchère des discours sécuritaires tient semaine après semaine le haut de l’affiche. Il faudrait punir toujours plus fermement ceux que l’on assigne comme racailles, barbares, ennemis de l’intérieur. Cette semaine à travers l’histoire d’un procès aux assises, on essaie de comprendre le fonctionnement de cette justice de classe. Quelles assignations sociales et raciales sont à l’œuvre dans la mécanique du jugement. Qu’est-ce que la punition répare réellement ? Comment l’ensemble de l’institution judiciaire œuvre à sauver une société profondément injuste ? »
      Nous rediffusons de larges extraits de ce programme, vous pouvez l’écouter en intégralité ainsi que les autres émissions Mayday ici.

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  • « On ne leur cédera pas un seul millimètre de notre dignité »

    « On ne leur cédera pas un seul millimètre de notre dignité »

    A la centrale de Vendin-le-Vieil, depuis des années, Rédoine Faïd a testé un régime d’isolement carcéral excpetionnellement dur, qui est appliqué depuis juillet 2025 à des dizaines d’autres prisonniers dans le fameux « quartier de lutte contre la criminalité organisée » (QLCO) (voir ici ou et encore ). À Vendin comme partout, les quartiers d’isolement (QI) et les QLCO ne sont que des variantes contemporaines des quartiers de haute sécurité (QHS), ces lieux de torture blanche théoriquement supprimés par Badinter en 1982 mais qui « ont toujours été là », comme il le souligne. Rédoine a réussi par deux fois ces derniers mois à faire condamner l’administration pénitentiaire pour les conditions qu’il endure. Pour ne pas modifier son régime d’isolement, ce qui aurait pu ouvrir la possibilité d’un assouplissement dans tout l’établissement, la direction l’a fait transférer au QI de Condé-sur-Sarthe… où il va pouvoir suivre les travaux de préparation d’un autre futur QLCO… Voici une lettre dans laquelle il analyse et dénonce la violence de ces régimes d’isolement, et d’une société qui les invente et les accepte.

    Centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil,
    Le 24 juillet 2025

    Bonjour L’Envolée,

    Je reprends le stylo pour dire les choses. Et il faut bien le dire : la prison d’aujourd’hui manque cruellement d’humanité. Elle ne propose pas de retour à la vie. L’empathie, cette beauté qui transcende la grisaille du monde carcéral, d’où sort la conscience de la retenue, a disparu, remplacée par le QLCO, cette usine à frustrations. Au grand jour ! Privation de lumière, harcèlement sécuritaire, mobilité réduite, hygiaphone qui vous prive de la chaleur de vos proches ou de votre conjoint… Qui peut bien autoriser ces méthodes tellement fascisantes à l’égard d’un être humain ?

    Nous ne sommes pas seulement isolés : on est coupés des nôtres, comme dans une salle d’attente où le temps ne passe pas, où l’heure du rendez-vous n’arrive jamais. L’ennui à l’isolement n’est pas qu’endémique, il est systémisé. Il est une mesure de rétorsion non écrite. Une arme administrative de destruction massive du genre humain qui vous tue à petit feu, sans laisser de trace – la signature des grands criminels. Dans ces conditions invivables, on n’a que le choix de se forcer à sortir seul se « promener » et faire du sport déraisonnablement. Souvent, on n’a pas envie. Mais face au danger physiologique qui guette, on se force. Notre cerveau et notre corps nous détestent, mais on s’en fout de tout dérégler. Nous sommes tous dans la survie. Il faut rester vivant, en bonne santé et vif d’esprit. Une priorité dans cet enfer. Les gens incarcérés à Vendin-le-Vieil sont des êtres très bousculés. C’est déjà un miracle que d’être encore debout en arrivant à Vendin, sachant qu’on arrive tous des QI des prisons de France où on a passé des années. Une femme ou un homme qui veut rester debout trouvera toujours un moyen. Parce que sa détermination est absolue… « La résistance est une renaissance », disait René Char. Nous sommes dans le combat pour rester vivants, mais aussi pour garder notre dignité.

    « Nous sommes dans le combat pour rester vivants. »

    Très franchement, je n’avais pas mesuré ce qu’était la dignité. Elle est un geste de consolation, de pudeur et de solidarité avec soi-même. Il faut écouter les êtres emprisonnés qui parlent de la dignité entre eux, comme s’ils ressentaient la même détresse, l’humiliation, les blessures qui leur ont été infligées. Des traumas qui sont eux aussi passés sous silence. On ne leur cédera pas un seul millimètre de notre dignité. Ce n’est pas négociable. À Vendin-le-Vieil, on doit affronter des ennemis impalpables, omniprésents : le confinement sévère des lieux et les effets du silence assourdissant. On nous dit que les QHS sont de retour, mais ils ont toujours été là. L’isolement, c’est le QHS ; ils ont juste changé l’appellation. C’est la même solitude, la même souffrance. Le QHS n’est pas une vie monastique, c’est une forme d’incarcération ultra-cruelle qu’on nous impose. Le rapport au temps, à la vie solitaire ou à l’enfermement provoque de graves troubles physiologiques qui deviennent irrémédiables sur la durée. Est-on entravés mentalement dans un espace clos ? L’isolement mène-t-il toujours à la réflexion ? Quand il est désiré, peut-être. Quand il est subi, c’est clairement impossible, du fait de la raréfaction des échanges, des stimuli cognitifs, de l’air et des mouvements. Une détention sans paroles dans un monde carcéral englouti par le silence, uniforme, submergé par le rien. Isolé. Sans secours. Sans connexions pour alerter ou prévenir. Il n’y a que la tension et l’appréhension. Le silence provoque en vous un déluge d’angoisse et de stress, sans droit de parole sur cette situation. Vous êtes condamné à vous taire.

    Il y a pourtant un énorme besoin de sociabilité, mais personne ne vous aide à sortir de la solitude. Une vie intérieure nourrie de silences et d’ombres qui sèment le flou et le doute en vous. Quel malheur que d’y être emprisonné. C’est une sorte d’alternance sans repères de journées incarcérées et de nuits enfermées dans l’insomnie permanente, qui confine à un sommeil mortuaire. On est perdus entre l’oubli et l’absurde, à une frontière qui menace de s’effacer : celle qui sépare civilisation et barbarie. Comment ne pas devenir dingue dans un centre pénitentiaire comme celui de Vendin-le-Vieil ? Par un processus de rétorsion, le directeur de cet établissement se permet de déstabiliser votre métabolisme intérieur, soi-disant pour vous rendre docile ; et la banalisation de telles agressions provoque des maladies mentales. Personne en prison n’assume d’avoir sciemment dégradé la neurologie d’un prisonnier : « il était bipolaire », « il était dépressif » ou le classique « il était déjà fou avant ».

    « Tout le monde devient une bombe à retardement. »

    La société ne sait quasiment rien sur la question. Ce sont des faits largement sous-estimés : la violence psychologique subie par des personnes détenues en situation de vulnérabilité physiologique et les maltraitances infligées par le milieu carcéral sont révoltantes et odieuses. Une impunité inimaginable, irresponsable. Les névroses sont nombreuses et très graves (phobies, angoisses, délires hallucinatoires, etc.). Il faut savoir que les psychoses, c’est médicalement autre chose : être suivi toute sa vie, se battre contre soi-même… Le QI et le mitard portent une lourde responsabilité dans ces déviances inhumaines et obscènes à l’encontre des personnes emprisonnées ; tout le monde devient une bombe à retardement en puissance. Autrement dit, tout le monde peut se laisser déborder par le seum qui s’invite au cœur de l’ennui et révèle la sauvagerie enfouie, la névrose injectée par ce système abject, par un trop plein d’agressivité inattendue où la violence apparaît dans son plus simple appareil, gratuite, injuste, aléatoire.

    Et paradoxalement, c’est la société qui sera aux premières loges pour assister à la chute. Là où on trouve le pire, et où un fait divers peut devenir un précipité de la violence ordinaire la plus abominable. La récidive, c’est ça. Et quand on empêche ces mecs en taule de changer ou de s’amender en les réduisant à de la merde, soyez sûrs qu’à leur sortie de prison ils respecteront les feux rouges, les pompiers et qu’ils diront « bonjour », « s’il vous plaît » et « au revoir » à la boulangère. Entendez bien que tout le monde sortira un jour de prison. Tout le monde. Et toutes ces bombes à retardement s’assiéront près de vous et de vos enfants dans le bus, le métro, le train, au cinéma… J’imagine aisément que vous préférez avoir près de vous des personnes calmes et apaisées. Logique. Alors, SVP, posez-vous donc la question : pourquoi les sortants de prison sont très violents, extrêmement agités ou complètement fracassés dans leur tête ? Les QLCO, les QI et les mitards ne font qu’accentuer cet état de fait. La société n’est pas dans le déni. Elle ne sait pas. Être à l’isolement, c’est la vie qui se traîne en équilibre fragile au-dessus d’un abîme de solitude, de détresse et d’indicibles chagrins. Le QHS est une esthétique de la dépression et de la cruauté administrative dont les pensionnaires sont tous des oubliés de l’existence, des invisibles et des infréquentables, où sourd le fracas de l’absurdité du monde carcéral. Le QHS est une plongée dans les entrailles d’un système répressif poisseux à l’humanité avilie, où la violence est toujours questionnée. On y passe des mois, des années, parfois une décennie et plus. On en revient brisé et blessé dans sa chair, résigné et cabossé, torturé par la solitude subie à outrance. On est coincé entre le monde des vivants et celui des morts.

    « Le QLCO est une sorte de génocide mental de la population carcérale. »

    Le QLCO est une sorte de génocide mental de la population carcérale. L’administration pénitentiaire se montre coupable, à travers ce régime à la noirceur absolue (sur le fond comme sur la forme), par des actes effroyables qui racontent l’enfermement dans sa violence cauchemardesque, et qui donnent matière à réflexion sur les causes de la récidive. Une détention sinistre, délabrée, où l’horizon assombri ne peut mener qu’au pire du pire. Le QLCO est un QHS géant à l’esthétique froide et inhumaine qui va industrialiser encore plus de violence et d’inégalités. Une fuite en avant dans l’oppression permanente. Un désastre humain sans précédent. Une absurdité schizophrénique caractérisant tellement la dérive du tout-sécuritaire hors-sol des caciques administratifs. Une non-réflexion dénuée de retenue, infusée, qui renvoie à la nature même de la justice, à la place des prisons dans notre société et à notre regard sur celles et ceux qui y vivent.
    La hideur morale accompagne souvent la déconfiture intellectuelle : il n’y a aucune réflexion politique et sociale dans ce décret anti-narco. C’est un énième contre-feu visant à faire diversion, à invisibiliser un défaitisme politique total sur la question de la consommation de la drogue en France. Et la cruauté du QLCO interroge sur la réaction de l’opinion – devenue hystérie collective – face à la criminalité et sa répression : c’est une sanction ? Une vengeance ? Une solution ? Le QLCO démontre clairement l’incapacité à régler le problème de la récidive. Cette brutalité nous révèle surtout combien la politique actuelle ne veut pas aider les personnes privées de liberté à retrouver une place dans la société.

    Pourtant, le narcotrafic provient de la misère sociale que ces enfants de la dèche ont retournée contre eux. Ce qui leur arrive aujourd’hui est une immense tragédie. De base, tous ces mecs étaient des défavorisés brisés par la vie, par la réalité désœuvrée des quartiers difficiles. Une ghettoïsation qui les a dévorés tout cru. Ils ne sont que le résultat de l’incompétence politique et de l’inertie sociale et culturelle de nos banlieues. Un vide tchernobylien.
    Ainsi, on nous montre à présent les « narco-racailles » comme des animaux « ensauvagés » qu’il faudrait encager à tout prix, en les réduisant à des silhouettes sans âme. Et donc, finalement, on les confine encore et encore dans ce sentiment lourd de celui qui se sent toujours enfermé. Un vivre-ensemble que l’on ne veut pas élargir à tous les vivants.
    On crache démagogiquement et on défèque publiquement sur les droits humains et les libertés fondamentales qu’on ne respecte plus. On ment aux avocates et aux avocats. On défie la magistrature. On snobe la CEDH (Cour européenne des droits de l’homme). On renvoie outrancièrement la question humaine à son reflet angoissant, trouble, qu’il faut nettoyer par la force et par le populisme. Que nous est-il arrivé ?
    Jean-Paul Sartre, l’immense Robert Badinter, Michel Foucault, Serge Livrozet utilisaient le terme « abolition » pour définir leur lutte politique visant à supprimer totalement l’existence des QHS dans notre démocratie. Parce qu’ils avaient la conviction que piétiner l’humanité en prison, c’est fabriquer inévitablement la division, la haine convulsive et le désordre total dans la société. Ni plus ni moins.

    Rédoine

    Lettre initialement lue à l’antenne de l’Envolée radio le 5 septembre 2025 : écouter l’émission complète ici.