L’année 2025 a été marquée par la guerre, médiatique et bien réelle, menée contre les prisonniers : « loi narcotrafic » pour enfermer toujours plus, « narco-prisons » pour isoler toujours plus, durcissement de l’enfermement des étranger.e.s dans les CRA, etc.
Dans l’Envolée, des prisonniers et prisonnières racontent et analysent leur sort et leurs résistances. Depuis l’intérieur des murs, ils réagissent aux offensives démago-sécuritaires et médiatiques à leur encontre… et nous parlent de la brutalité d’une société qui accepte cela.
Alors pour commencer 2026, on vous rediffuse une sélection de lettres et textes de prisonniers et prisonnières lues à l’antenne de l’Envolée en 2025… agrémentées de bons sons. Bonne année de résistance à nous tous et toutes !
Au QI (quartier d’isolement), Rédoine dénonce les QLCO (quartiers de lutte contre la criminalité organisée) et tous les QHS modernes (émission du 5 septembre)
Une lettre depuis la MAF (maison d’arrêt pour femmes) de Fresnes (émission du 13 juin)
Récit d’une vraie-fausse évasion : mise au point sur un emballement médiatique et ses conséquences répressives, QI (quartier d’isolement) de la MA de Strasbourg (lettre de juillet 2025)
Extraits du livre Mange ta peine ! Les recettes du prisonnier à l’isolement, de Moben (émission du 12 décembre)
LES SONS :
Dead Prez, Papi Fredo, Nina Simone, Mafia K1fri, Al, Dynasty et Skizoo, Jerry Lee Lewis, Soolking, 113, Jimmy Cliff.
L’Envolée est une émission radio pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. C’est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.
L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et les prisonnières.
En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne. Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord,en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h). Et sur toutes les plateformes de podcast.
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Nous relayons ci-dessous le communiqué de la maison qui a édité un livre de recettes de cuisine écrites par Moben, auteur et prisonnier. Pour le punir d’avoir, en préambule de son livre, exprimé des critiques sur ses conditions de détention et d’isolement, l’administration pénitentiaire l’a transféré illico au QLCO (quartier de lutte contre la criminalité organisée) de Condé-sur-Sarthe. On voit bien à quoi servent réellement ces nouvelles « narco-prisons de Darmanin », justifiées par un délire démago-sécuritaire et électoraliste : mater les prisonniers gênants, les soumettre à la torture blanche et punir leurs proches au passage, le tout dans un cadre totalement arbitraire. La moindre des solidarités est de faire circuler ce communiqué partout. Force à toi, Moben, et à tous les isolé.e.s !
Communiqué des Éditions du Bout de la ville
21 novembre 2025
« J’aimerais que ce livre contribue à combattre les idées préconçues sur la prison et à briser les stéréotypes souvent associés à ceux et celles qui s’y trouvent. » Moben
C’est avec consternation que nous avons appris ce mardi 18 novembre le transfert de Moben, auteur de notre maison d’édition, à la prison de haute sécurité de Alençon-Condé-sur-Sarthe au sein du nouveau QLCO (Quartier de lutte contre la criminalité organisée). Il subit ce transfert punitif pour avoir écrit, avec l’aide de Gaëlle Hoarau, le livre Mange ta peine, les recettes du prisonnier à l’isolement, postfacé par Jacky Durand, édité par nos soins et sorti en librairie en octobre 2025. Mange ta peine est avant tout un livre de cuisine. Les 77 recettes du livre, gourmandes et faciles à réaliser avec des moyens limités, sont précédées d’un entretien qui documente la rigueur de la vie à l’isolement carcéral. Pour Moben, l’art de cuisiner est devenu un moyen de survivre à l’âpreté de ce régime qui, lorsque qu’il s’étend dans la durée, est assimilé à une « torture blanche » par la Cour européenne des droits de l’homme.
Son inventivité culinaire, sa poésie, ses analyses autant que sa générosité nous ont convaincus de la nécessité de publier ce livre. Conçu au cœur d’un dispositif qui tend à déshumaniser, ce livre est une leçon de partage, d’humanité et de combativité.
En octobre 2025, Moben reçoit son livre au centre pénitentiaire (CP) de Moulins-Yzeure. Quelques jours plus tard, une brigade de surveillants lui confisque. Ce que l’administration pénitentiaire lui reproche est écrit noir sur blanc :
« Hormis les recettes, vous décrivez votre vie en détention, en particulier à l’isolement, et en réalisant une critique de la prison. On y retrouve également une copie de bon de cantine du QMC de Moulins de mars 2025 et des dessins représentant une cellule du QMC (…) Cela met en évidence votre volonté et votre capacité à communiquer pendant plusieurs semaines avec des personnes à l’extérieur en contournant les règles de contrôle de l’administration pénitentiaire. »
La sanction tombe : Moben est conduit au quartier d’isolement pour attendre son transfert en QLCO ! Nous contactons immédiatement la direction du CP pour rappeler que le livre n’a pas été écrit à l’insu de l’administration : Mange ta peine est en effet le fruit de conversations téléphoniques légales (écoutées et enregistrées par l’administration pénitentiaire) entre Moben et Gaëlle Hoarau qui les a retranscrites.
Le 18 novembre, une équipe de surveillants cagoulés (des « Eris ») transfère Moben en QLCO sous l’œil d’une caméra embarquée de BFM TV. Dans la séquence, nulle mention d’un livre de recettes de cuisine à l’origine du transfert ; les éléments de langage tournent autour de prétendus risques d’évasion. La méthode est grossière : la parution du livre de Moben est bien l’élément déclencheur du transfert vers le QLCO de Condé-sur-Sarthe, lequel relève dès lors d’une décision punitive. Rappelons ici que Moben avait quitté le quartier d’isolement pour rejoindre la détention dite normale il y a un an ; qu’il n’a pas utilisé de moyens de communications illégaux avec l’extérieur ; qu’il est déjà conditionnable à ce jour et libérable d’ici trois ans. Tant que cette décision sera maintenue, Moben verra ses proches derrière une vitre en plexiglas. Il n’aura plus que 4 heures de téléphone par semaine avec trois interlocuteurs autorisés. Pour un homme en fin de peine, cette désocialisation semble pour le moins contradictoire avec la mission de réinsertion supposément attribuée à la prison.
Nous appelons nos collègues éditeurs et éditrices, nos partenaires professionnels, journalistes ou libraires, ainsi que les personnes et organisations investies dans la question carcérale et dans la défense de la liberté d’expression à se mobiliser à nos côtés, à ne pas laisser cette situation sans réponse, en communiquant à leur tour et en manifestant leur solidarité avec Moben. Il faut que cette mesure punitive intolérable prenne fin le plus rapidement possible.
En effet, ces nouveaux QLCO constituent une nouvelle variante encore plus poussée de l’isolement, c’est à dire de la « torture blanche ». La publicité autour de leur mise en place ces derniers mois le répète : ces endroits doivent « couper du monde » et faire plier les prisonniers, c’est leur but affiché. Il semblerait que Moben ait été brutalement aspiré dans la campagne médiatique menée par le Garde des sceaux pour promouvoir ces nouveaux quartiers de haute sécurité (QHS) et sa « guerre au narcotrafic ». La sortie du livre de Moben intervient dans ce moment particulier de l’agenda politique, et son auteur en paye le prix lourd.
Pour toute demande d’informations complémentaires : Contact@leseditionsduboutdelaville.com
Lettre ouverte d’une proche d’un prisonnier à Luynes qui revient sur la grève des matons qui bloquent la vie des personnes enfermées et de leurs proches, et sur les multiples condamnations de la France à la CEDH pour ses conditions d’incarcération qui restent lettre morte.
Lettre de BN qui continue de nous écrire de Poitiers-Vivonnes. Elle parle de l’absence totale d’activités pendant l’été, mais aussi à cause de la circulaire de Darmanin du début d’année. Elle continue de subir le surenfermement et doit partager sa cellule alors qu’elle est en centre de détention où l’accès aux soins, notamment psy, est très limité. Sans surprise, cela engendre de la violence entre les personnes enfermées.
Lettre de Fabrice envoyée avant son transfert à Condé sur Sarthe. Il revient sur l’agression qu’il a subi à Saint Maur en 2017 alors qu’il bloquait la douche pour dénoncer les humiliations et les injures racistes qu’il subissait quotidiennement. On lui a tiré des grenades assourdissante qui l’ont rendu sourd d’une oreille avant de l’enfermer au cachot sans aucun soin. Aujourd’hui, sa plainte a enfin été reçue et il écrit qu’il est content d’être enfin reconnu comme victime dans cette histoire.
On relaie un communiqué écrit par des proches de Fabrice pour faire parler de son histoire et de son combat et qui revient sur son long parcours carcéral en métropole, loin de la Guadeloupe d’où il est originaire (on peut le lire sur notre site ici).
On passe un enregistrement qui revient sur des mouvements au centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes pour protester contre le fait que les prisonniers n’ont plus accès à la fouille (les affaires dont on les prive à leur arrivée au CRA) et n’ont plus d’eau chaude. Les personnes enfermées ont notamment refusé d’intégrer le réfectoire à plusieurs reprises et ont finalement obtenu le retour de l’eau chaude. Des membres du collectif A Bas les CRA y discutent avec des prisonniers du CRA de Vincennes sur les conditions d’enfermement déplorables et les luttes à l’intérieur (on peut retrouver d’autres paroles de personnes enfermées au CRA et d’autres textes sur le site du collectif).
Appel de Libre Flot et de Pierrot des éditions du Bout de la ville pour présenter le bouquin qui vient de sortir : « Anticiper le bruit sec des verrous ». « En 2017, comme tant d’autres militant.es internationalistes, Libre flot s’engage auprès des forces kurdes du Rojava pour défendre la révolution sociale alors attaquée par Daesh. À son retour, il est dans le viseur du Renseignement français qui, obsédé par les personnes revenues du front, échafaude autour de lui une affaire abracadabrante. Le 8 décembre 2020, Libre Flot est accusé avec six autres personnes « d’association de malfaiteurs terroriste ». Incarcéré près d’un an et demi en détention provisoire, il subit la « torture blanche » de l’isolement. Il écrit pour tâcher d’y survivre. Ses textes, d’une humanité bouleversante, auscultent la matière même de la conscience, qui s’atrophie inexorablement quand on la prive d’attachements. » Flot revient sur ses seize mois d’isolement, les routines pour tenir mentalement et physiquement, mais l’esprit et le corps qui se dégradent quand même, sans véritable accès aux soins.
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Correspondant chevronné de l’Envolée, Kémi a subi la violence pénitentiaire sous toutes ses formes : tabassages, longues années en quartier d’isolement (QI)… Lorsqu’il a atterri à la centrale de Moulins, en détention ordinaire, il a espéré voir enfin le bout du tunnel. Puis la répression l’a rattrapé sous forme de « gestion individualisée ». Il nous décrit cette innovation pénitentiaire qui permet d’étendre toujours plus la torture blanche de l’isolement en appliquant un régime isolé au sein même de la détention « ordinaire ». Il dénonce aussi l’étiquetage des prisonniers, qui sert à les réprimer à vie, et le buzz médiatique autour de Sarko : la compassion du bloc bourgeois envers un de ses membres incarcéré n’est que le revers du mépris social qui justifie l’écrasement de la population carcérale en général.
Maison centrale de Moulins-Yzeure 26 septembre 2025
Coucou les ami.es,
J’espère que vous allez toutes et tous bien ! Moi ça va, je suis en « gestion individualisée », en gros c’est le Q.I. en détention « ordinaire »… J’y suis depuis août après une embrouille avec un autre détenu. Je me suis retrouvé devant dix ou quinze matons avec un « pic » dans la main ! J’ai prévenu que je ne fais plus dans la « diplomatie », du coup suite à l’embrouille, ils m’ont mis en « gestion individuelle ». J’ai une heure de promenade par jour le matin, j’ai le droit de croiser personne, et ils bloquent tous les mouvements quand je dois me rendre à un rendez-vous ! Ils bloquent la taule rien que pour moi ! Au début, ils disaient que c’était pour ma « sécurité » mais quand ils m’ont dit ça, j’ai pété un plomb. Du coup, maintenant, c’est pour « garder un environnement sain » !! Ils ont de la suite dans les idées ! Je suis au QI ! Mais bon, je garde le moral quoi qu’il arrive, c’est le plus important, et l’avocate est sur un transfert dans le sud.
Quatorze ans que je galère derrière les murs, autant d’années de répression, la moitié en QI et tous les six mois, ils trouvent encore des trucs pour bien nous faire « subir » notre peine de dinosaure ! Ça fait dix ou onze ans que je suis DPS, donc j’ai droit à des « bonus » du menu de la pénitentiaire ! MDR la prison c’est un monde à part, mais la centrale c’est un univers à part ! On a des peines de ouf à faire, et rien n’est fait pour nous « réinsérer », si réinsertion il y a besoin ! Ils essaient de nous formater le cerveau, le pire c’est qu’ils y arrivent avec certain.es ! Les bobo disent qu’on est au « club med », et bien vous savez quoi ? On est au « club med » de l’enfer ! Imaginez 300 détenus enfermés dans 9 m² pour 10, 15, 20 ans ou perpète. 70 % n’ont plus aucun lien avec l’extérieur (la taule brise des familles!) et tous les jours, ils voient les mêmes personnes, les mêmes matons, rajoutez la parano, la jalousie, les rumeurs, etc.… Ils mangent la « gamelle », j’appelle plus ça le « repas », car si vous pouviez voir ce qu’ils nous servent, vous auriez la nausée ! N’oubliez pas la répression ! Si tu t’embrouilles avec un détenu ou un maton, tu vas au cachot, voire même au QI, car bien sûr, tu prends cher, très cher si tu t’embrouilles avec l’AP ! Ils ont les trucs légaux pour te faire mettre à genoux, mais souvent ils viennent avec leur équipement de CRS à quinze pour un mec et ils te boulonnent la tronche ! Le quartier VIP c’est pour les cols blancs ! On fait pas la prison ! On la subit et surtout nos proches !
Imaginez si votre fils ou frère ou poto ou mère, sœur, copain a le malheur d’être emprisonné et quand il/elle vous appelle de la cabine, et vous dit : « Ils m’ont pété les côtes » pour rien ! Ou si il/elle n’a pas les moyens de téléphoner mais vous ne recevez pas leurs lettres car l’AP les censure ! Moi j’ai la chance de pouvoir appeler mes ami.es de temps en temps et pareil pour les parlus, mais j’ai passé plusieurs années seul, mais vraiment seul donc je sais de quoi je parle !
La semaine dernière à la télé, ils disaient qu’il faut nous serrer la vis, mais ils disent qu’il faut pas mettre « Papy Sarko » en prison car c’est pas mérité ! Le pauvre, il mérite pas ça ! Et la mère ou le père de famille qui va en taule pour avoir volé à bouffer pour leurs gosses, ils méritent la prison ? Le ou la manifestant.e qui se retrouve en mandat de dépôt juste pour avoir voulu se faire entendre par la monarchie moderne, c’est mérité ? Faut ouvrir les yeux, car c’est incroyable comment les chaînes infos dirigées par les facho font tout pour faire peur aux citoyens classiques.
En plus, tout le monde est placé dans plusieurs « cases ». Moi j’ai eu droit à la mention « fin de suivi pour radicalisation », dans mes idées politiques, mes liens « persistants avec l’extrême-gauche » ! Sérieux ? Mdr ! Bientôt ils vont me dire qu’ils me soupçonnent d’avoir buté Kennedy ! K-ou, je suis né en 89 !
Ceux qui ont fait de la taule au quartier VIP, tu les vois sur les plateaux télé avec leur costard à 1978€, mais le ou la détenu.e qui a fait la vraie prison, on les laisse pas s’exprimer ! Y a un truc qui me rend fou en ce moment, c’est quand je vois le bobo expert en tout mais surtout rien, dire à la télé : « ouais la prison c’est un foyer » ! T’es qui toi pour dire ça, viens y a une cellule vide à côté de la mienne, viens, pas longtemps, juste trois mois et après retourne à la télé dire c’est quoi la prison ! Sinon ferme juste ta bouche ! Tous les membres du gouvernement sont mis en examen pour chacun un truc différent, pas un qui va en taule ! Et maintenant que Sarko va aller en taule, ils se chient dessus ! Mdr ! « C’est la France que l’on a humilié. » Mdr ! Bref ce soir je voulais partager ça avec vous, en espérant que vous aurez cette lettre !
Kemi à la centrale de Moulins : il est placé en « gestion individualisée », ce régime d’isolement au sein de la détention ordinaire qui permet d’étendre toujours plus cette torture blanche. Il dénonce aussi la manière dont l’étiquetage des prisonnier.e.s (« radicalisé », « extrême gauche »…) permet à l’AP de les réprimer à très long terme, et critique le mépris social envers la population carcérale, qui justifie son écrasement : « Les bobos disent qu’on est au Club Med, et ben vous savez-quoi ? On est au Club Med de l’enfer »
Fabrice au CP de Valence : une instruction a été ouverte suite à sa plainte contre des surveillants de Saint-Maur qui avaient jeté en 2017 une grenade assourdissante dans la douche de laquelle où il était, ce qui lui a causé de graves séquelles. Il exprime un espoir de pouvoir enfin être entendu, alors qu’il va aussi lui-même subir un procès pour cette histoire, les agents de l’état violents se couvrant toujours en accusant leurs victimes. Nous savons qu’il sera très difficile pour lui d’être écouté par la justice… Force et courage à lui ! Pour en savoir plus : écouter ici ou lire là
Aurélie au CP de Rennes face à l’arbitraire des règlements pénitentiaires et de leur application : courriers bloqués, virée de formation pour n’apprendre par assez vite, interdiction d’avoir plus de 30 photos en cellule…
Valentin à la MA de la Santé : incarcéré pour « violence contre personnes dépositaires de l’autorité publique » (en manif), une accusation qui « masque une foret de vies brisées » par les violences policières et pénitentiaires, violences économiques, violences d’état raciste…
Entretien avec Nina, ancienne prisonnière et membre de l’AFDP, Accompagnement des familles de détenu(e)s et prévention : association fondée en juin 2025 qui propose informations et aide aux proches de prisonnier.e.s, face à la difficulté de prendre la parole et de trouver de l’aide et de l’info. L’association vise aussi à chercher l’empathie de l’opinion publique face à un « système contre-productif ». Elle agit au travers d’une cagnotte de soutien, d’un groupe de soutien Whats app, de lives et pages d’infos sur Tiktok… –> plus d’infos et tous les contacts ici : https://www.helloasso.com/associations/afdp … Nina est aussi l’autrice des musiques diffusées dans cette émission 😉
Actus :
Résultat du recours en appel au tribunal administratif contre la censure des numéros 55 et 56 de l’Envolée… (écouter plus de détails dans notre émission du 3 octobre) : nous pouvons annoncer officiellement que nous avons perdu… quelle surprise ! Ce que nous retenons, c’est que selon la justice : « La vérité au sujet de la violence pénitentiaire systémique est diffamatoire, donc censurable, même si tu prouves que ce que tu dis es vrai ». Les notes d’audience du procès des surveillants qui ont tué le prisonnier Sambaly Diabaté à Saint-Martin de Ré attestent qu’ils ont dit à la barre que les techniques qui ont entraîné la mort leur ont été enseignées au sein de l’AP à Fleury Merogis… Mais on a pas le droit de le dire et de le dénoncer dans un journal lu par des prisonnier.e.s.
Annonces de Darmanin sur l’ouverture de quatres QLCO (Quartiers de lutte contre la criminalité organisée) supplémentaires : les gouvernements passent, les darmadingueries restent. Ils prévoient une extension rapide et flippante d’une usine mortifère, des quartiers où l’isolement et la destruction des liens avec les proches sont poussés à leur paroxysme. Nous rappelons qu’il n’y a pas d’ »erreur de casting » : ce régime est ultra brutal et personne ne devrait le subir.
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Présentation du journal l’Envolée n°63, d’août 2025 : lectures des textes « Le principe du serflex », « Dur D’entendre les Prisonnier.e.s Fâché.e.s » et « Narcotrafic, narcoprison, narcobullshit mais vraie torture »
Rediffusion d’une émission Mayday de Radio Canut : « Face à la peine ». « La surenchère des discours sécuritaires tient semaine après semaine le haut de l’affiche. Il faudrait punir toujours plus fermement ceux que l’on assigne comme racailles, barbares, ennemis de l’intérieur. Cette semaine à travers l’histoire d’un procès aux assises, on essaie de comprendre le fonctionnement de cette justice de classe. Quelles assignations sociales et raciales sont à l’œuvre dans la mécanique du jugement. Qu’est-ce que la punition répare réellement ? Comment l’ensemble de l’institution judiciaire œuvre à sauver une société profondément injuste ? » Nous rediffusons de larges extraits de ce programme, vous pouvez l’écouter en intégralité ainsi que les autres émissions Mayday ici.
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Lettre de Rédoine Faïd contre les QLCO et tous les QHS modernes, juillet 2025.
A la centrale de Vendin-le-Vieil, depuis des années, Rédoine Faïd a testé un régime d’isolement carcéral excpetionnellement dur, qui est appliqué depuis juillet 2025 à des dizaines d’autres prisonniers dans le fameux « quartier de lutte contre la criminalité organisée » (QLCO) (voir ici ou là et encore là). À Vendin comme partout, les quartiers d’isolement (QI) et les QLCO ne sont que des variantes contemporaines des quartiers de haute sécurité (QHS), ces lieux de torture blanche théoriquement supprimés par Badinter en 1982 mais qui « ont toujours été là », comme il le souligne. Rédoine a réussi par deux fois ces derniers mois à faire condamner l’administration pénitentiaire pour les conditions qu’il endure. Pour ne pas modifier son régime d’isolement, ce qui aurait pu ouvrir la possibilité d’un assouplissement dans tout l’établissement, la direction l’a fait transférer au QI de Condé-sur-Sarthe… où il va pouvoir suivre les travaux de préparation d’un autre futur QLCO… Voici une lettre dans laquelle il analyse et dénonce la violence de ces régimes d’isolement, et d’une société qui les invente et les accepte.
Écouter la lettre :
Centre pénitentiaire de Vendin-le-Vieil, Le 24 juillet 2025
Bonjour L’Envolée,
Je reprends le stylo pour dire les choses. Et il faut bien le dire : la prison d’aujourd’hui manque cruellement d’humanité. Elle ne propose pas de retour à la vie. L’empathie, cette beauté qui transcende la grisaille du monde carcéral, d’où sort la conscience de la retenue, a disparu, remplacée par le QLCO, cette usine à frustrations. Au grand jour ! Privation de lumière, harcèlement sécuritaire, mobilité réduite, hygiaphone qui vous prive de la chaleur de vos proches ou de votre conjoint… Qui peut bien autoriser ces méthodes tellement fascisantes à l’égard d’un être humain ?
Nous ne sommes pas seulement isolés : on est coupés des nôtres, comme dans une salle d’attente où le temps ne passe pas, où l’heure du rendez-vous n’arrive jamais. L’ennui à l’isolement n’est pas qu’endémique, il est systémisé. Il est une mesure de rétorsion non écrite. Une arme administrative de destruction massive du genre humain qui vous tue à petit feu, sans laisser de trace – la signature des grands criminels. Dans ces conditions invivables, on n’a que le choix de se forcer à sortir seul se « promener » et faire du sport déraisonnablement. Souvent, on n’a pas envie. Mais face au danger physiologique qui guette, on se force. Notre cerveau et notre corps nous détestent, mais on s’en fout de tout dérégler. Nous sommes tous dans la survie. Il faut rester vivant, en bonne santé et vif d’esprit. Une priorité dans cet enfer. Les gens incarcérés à Vendin-le-Vieil sont des êtres très bousculés. C’est déjà un miracle que d’être encore debout en arrivant à Vendin, sachant qu’on arrive tous des QI des prisons de France où on a passé des années. Une femme ou un homme qui veut rester debout trouvera toujours un moyen. Parce que sa détermination est absolue… « La résistance est une renaissance », disait René Char. Nous sommes dans le combat pour rester vivants, mais aussi pour garder notre dignité.
« Nous sommes dans le combat pour rester vivants. »
Très franchement, je n’avais pas mesuré ce qu’était la dignité. Elle est un geste de consolation, de pudeur et de solidarité avec soi-même. Il faut écouter les êtres emprisonnés qui parlent de la dignité entre eux, comme s’ils ressentaient la même détresse, l’humiliation, les blessures qui leur ont été infligées. Des traumas qui sont eux aussi passés sous silence. On ne leur cédera pas un seul millimètre de notre dignité. Ce n’est pas négociable. À Vendin-le-Vieil, on doit affronter des ennemis impalpables, omniprésents : le confinement sévère des lieux et les effets du silence assourdissant. On nous dit que les QHS sont de retour, mais ils ont toujours été là. L’isolement, c’est le QHS ; ils ont juste changé l’appellation. C’est la même solitude, la même souffrance. Le QHS n’est pas une vie monastique, c’est une forme d’incarcération ultra-cruelle qu’on nous impose. Le rapport au temps, à la vie solitaire ou à l’enfermement provoque de graves troubles physiologiques qui deviennent irrémédiables sur la durée. Est-on entravés mentalement dans un espace clos ? L’isolement mène-t-il toujours à la réflexion ? Quand il est désiré, peut-être. Quand il est subi, c’est clairement impossible, du fait de la raréfaction des échanges, des stimuli cognitifs, de l’air et des mouvements. Une détention sans paroles dans un monde carcéral englouti par le silence, uniforme, submergé par le rien. Isolé. Sans secours. Sans connexions pour alerter ou prévenir. Il n’y a que la tension et l’appréhension. Le silence provoque en vous un déluge d’angoisse et de stress, sans droit de parole sur cette situation. Vous êtes condamné à vous taire.
Il y a pourtant un énorme besoin de sociabilité, mais personne ne vous aide à sortir de la solitude. Une vie intérieure nourrie de silences et d’ombres qui sèment le flou et le doute en vous. Quel malheur que d’y être emprisonné. C’est une sorte d’alternance sans repères de journées incarcérées et de nuits enfermées dans l’insomnie permanente, qui confine à un sommeil mortuaire. On est perdus entre l’oubli et l’absurde, à une frontière qui menace de s’effacer : celle qui sépare civilisation et barbarie. Comment ne pas devenir dingue dans un centre pénitentiaire comme celui de Vendin-le-Vieil ? Par un processus de rétorsion, le directeur de cet établissement se permet de déstabiliser votre métabolisme intérieur, soi-disant pour vous rendre docile ; et la banalisation de telles agressions provoque des maladies mentales. Personne en prison n’assume d’avoir sciemment dégradé la neurologie d’un prisonnier : « il était bipolaire », « il était dépressif » ou le classique « il était déjà fou avant ».
« Tout le monde devient une bombe à retardement. »
La société ne sait quasiment rien sur la question. Ce sont des faits largement sous-estimés : la violence psychologique subie par des personnes détenues en situation de vulnérabilité physiologique et les maltraitances infligées par le milieu carcéral sont révoltantes et odieuses. Une impunité inimaginable, irresponsable. Les névroses sont nombreuses et très graves (phobies, angoisses, délires hallucinatoires, etc.). Il faut savoir que les psychoses, c’est médicalement autre chose : être suivi toute sa vie, se battre contre soi-même… Le QI et le mitard portent une lourde responsabilité dans ces déviances inhumaines et obscènes à l’encontre des personnes emprisonnées ; tout le monde devient une bombe à retardement en puissance. Autrement dit, tout le monde peut se laisser déborder par le seum qui s’invite au cœur de l’ennui et révèle la sauvagerie enfouie, la névrose injectée par ce système abject, par un trop plein d’agressivité inattendue où la violence apparaît dans son plus simple appareil, gratuite, injuste, aléatoire.
Et paradoxalement, c’est la société qui sera aux premières loges pour assister à la chute. Là où on trouve le pire, et où un fait divers peut devenir un précipité de la violence ordinaire la plus abominable. La récidive, c’est ça. Et quand on empêche ces mecs en taule de changer ou de s’amender en les réduisant à de la merde, soyez sûrs qu’à leur sortie de prison ils respecteront les feux rouges, les pompiers et qu’ils diront « bonjour », « s’il vous plaît » et « au revoir » à la boulangère. Entendez bien que tout le monde sortira un jour de prison. Tout le monde. Et toutes ces bombes à retardement s’assiéront près de vous et de vos enfants dans le bus, le métro, le train, au cinéma… J’imagine aisément que vous préférez avoir près de vous des personnes calmes et apaisées. Logique. Alors, SVP, posez-vous donc la question : pourquoi les sortants de prison sont très violents, extrêmement agités ou complètement fracassés dans leur tête ? Les QLCO, les QI et les mitards ne font qu’accentuer cet état de fait. La société n’est pas dans le déni. Elle ne sait pas. Être à l’isolement, c’est la vie qui se traîne en équilibre fragile au-dessus d’un abîme de solitude, de détresse et d’indicibles chagrins. Le QHS est une esthétique de la dépression et de la cruauté administrative dont les pensionnaires sont tous des oubliés de l’existence, des invisibles et des infréquentables, où sourd le fracas de l’absurdité du monde carcéral. Le QHS est une plongée dans les entrailles d’un système répressif poisseux à l’humanité avilie, où la violence est toujours questionnée. On y passe des mois, des années, parfois une décennie et plus. On en revient brisé et blessé dans sa chair, résigné et cabossé, torturé par la solitude subie à outrance. On est coincé entre le monde des vivants et celui des morts.
« Le QLCO est une sorte de génocide mental de la population carcérale. »
Le QLCO est une sorte de génocide mental de la population carcérale. L’administration pénitentiaire se montre coupable, à travers ce régime à la noirceur absolue (sur le fond comme sur la forme), par des actes effroyables qui racontent l’enfermement dans sa violence cauchemardesque, et qui donnent matière à réflexion sur les causes de la récidive. Une détention sinistre, délabrée, où l’horizon assombri ne peut mener qu’au pire du pire. Le QLCO est un QHS géant à l’esthétique froide et inhumaine qui va industrialiser encore plus de violence et d’inégalités. Une fuite en avant dans l’oppression permanente. Un désastre humain sans précédent. Une absurdité schizophrénique caractérisant tellement la dérive du tout-sécuritaire hors-sol des caciques administratifs. Une non-réflexion dénuée de retenue, infusée, qui renvoie à la nature même de la justice, à la place des prisons dans notre société et à notre regard sur celles et ceux qui y vivent. La hideur morale accompagne souvent la déconfiture intellectuelle : il n’y a aucune réflexion politique et sociale dans ce décret anti-narco. C’est un énième contre-feu visant à faire diversion, à invisibiliser un défaitisme politique total sur la question de la consommation de la drogue en France. Et la cruauté du QLCO interroge sur la réaction de l’opinion – devenue hystérie collective – face à la criminalité et sa répression : c’est une sanction ? Une vengeance ? Une solution ? Le QLCO démontre clairement l’incapacité à régler le problème de la récidive. Cette brutalité nous révèle surtout combien la politique actuelle ne veut pas aider les personnes privées de liberté à retrouver une place dans la société.
Pourtant, le narcotrafic provient de la misère sociale que ces enfants de la dèche ont retournée contre eux. Ce qui leur arrive aujourd’hui est une immense tragédie. De base, tous ces mecs étaient des défavorisés brisés par la vie, par la réalité désœuvrée des quartiers difficiles. Une ghettoïsation qui les a dévorés tout cru. Ils ne sont que le résultat de l’incompétence politique et de l’inertie sociale et culturelle de nos banlieues. Un vide tchernobylien. Ainsi, on nous montre à présent les « narco-racailles » comme des animaux « ensauvagés » qu’il faudrait encager à tout prix, en les réduisant à des silhouettes sans âme. Et donc, finalement, on les confine encore et encore dans ce sentiment lourd de celui qui se sent toujours enfermé. Un vivre-ensemble que l’on ne veut pas élargir à tous les vivants. On crache démagogiquement et on défèque publiquement sur les droits humains et les libertés fondamentales qu’on ne respecte plus. On ment aux avocates et aux avocats. On défie la magistrature. On snobe la CEDH (Cour européenne des droits de l’homme). On renvoie outrancièrement la question humaine à son reflet angoissant, trouble, qu’il faut nettoyer par la force et par le populisme. Que nous est-il arrivé ? Jean-Paul Sartre, l’immense Robert Badinter, Michel Foucault, Serge Livrozet utilisaient le terme « abolition » pour définir leur lutte politique visant à supprimer totalement l’existence des QHS dans notre démocratie. Parce qu’ils avaient la conviction que piétiner l’humanité en prison, c’est fabriquer inévitablement la division, la haine convulsive et le désordre total dans la société. Ni plus ni moins.
Émission de l’Envolée du vendredi 5 septembre 2025
Lettre de BN écrite du centre de détention (CD) de Poitiers Vivonne. Elle est dépitée de se retrouver en doublette en CD après son long passage au centre national d’évaluation (CNE) de Fresnes. Elle raconte les difficultés du travail à la buanderie de la taule et qu’elle continue aussi de son côté son activité d’écrivain public commencé à Fresnes. Elle revient aussi sur les déclarations récentes de Darmanin qui veut limiter le droit de vote des personnes enfermées aux scrutins nationaux.
Lettre de Fabrice envoyée de la maison centrale de Valence qui est de nouveau à l’isolement quelques mois après son transfert depuis Vendin où il a longuement bataillé contre des matons racistes. Malheureusement, la situation n’est pas meilleure à Valence … Il rappelle aussi que, même une fois sa peine officiellement terminée, il restera théoriquement interdit 5 ans de retourner en Guadeloupe, alors même que toutes ses bagarres à l’intérieur ont visé à obtenir son transfert chez lui.
Lettre de Rédoine envoyée de la prison de Vendin le Vieil, quelques jours avant son transfert à Condé sur Sarthe. Après avoir été condamné deux fois par un tribunal à améliorer ses conditions de détention, l’administration pénitentiaire (AP) a préféré le changer de taule plutôt que d’assouplir le régime de détention terrible qu’elle met actuellement en place à Vendin avec l’aménagement du premier quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO). Rédoine analyse ce nouvel avatar des quartiers de haute sécurité (QHS) et l’anéantissement physique et mental des êtres humains qu’il produit sciemment.
Ça a été le feuilleton médiatique de l’été : le remplissage du premier QLCO à Vendin le Vieil, la première « narcoprison » avec laquelle Darmanin continue à faire campagne sur le dos des prisonniers et des prisonnières. A chaque transfert, des articles sont sortis pour divulguer les fiches pénales des prisonniers que le parquet, le ministère ou l’AP font fuiter. Ce qui a permis de se rendre compte qu’une grande proportion des personnes enfermées dans ce nouveau QHS sont en détention provisoire.
Même pas un mois après que 88 prisonniers y ont été enfermés, le QLCO de Vendin a connu son premier mouvement collectif avec des inondations de cellule et de coursives, une grève de la faim collective, et un communiqué que nous relayons ici (et dispo sur insta ici).
Retour sur un épisode au quartier d’isolement (QI) de la maison d’arrêt de Strasbourg fin juillet, avec l’annonce d’une fausse tentative d’évasion d’abord largement relayée par la presse avant que l’AP n’étouffe l’affaire. Car les prisonniers qui ont raconté ce qui s’était vraiment passé décrivent une administration qui se couvre en montant un dossier de toute pièce et en accusant trois personnes enfermées à l’isolement pour masquer ses défaillances. En attendant, l’une d’elle a pris 30 jours de mitard pour rien …
L’Envolée est une émission radio pour en finir avec toutes les prisons. Elle donne la parole aux prisonniers, prisonnières et leurs proches & entretient un dialogue entre l’intérieur et l’extérieur des prisons. C’est aussi un journal d’opinion de prisonniers, de prisonnières et de proches.
L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et les prisonnières.
En direct chaque vendredi de 19h à 20h30 sur FPP 106.3 en région parisienne. Rediffusions sur MNE 107.5 à Mulhouse, RKB 106.5 en centre-Bretagne lundi à 22h, Radio Galère 88.4 à Marseille le jeudi soir à 20h30, PFM à Arras et alentours 99.9 mardi à 21h30, Canal Sud 92.2 jeudi à 17h30 à Toulouse, L’Eko des Garrigues 88.5 à 12h le dimanche à Montpellier, Radio U 101.1 le dimanche à 16h30 à Brest, Radio d’Ici 106.6 à Annonay mardi à 21h30 et 105.7 FM & 97.0, à Saint-Julien-Molin-Molette dimanche à 20h, Radio FM 43 dimanche à 12h en Haute-Loire, 105.7 FM au Chambon-sur-Lignon, 102 FM à Yssingeaux et 100.3 FM au Puy-en-Velay, sur Radios libres en Périgord,en Dordogne,102.3 FM à Coulounieix-Chamiers jeudi à 20h, sur Radio Alto 94.8 FM sur le massif des Bauges jeudi à 21h, sur Jet FM 91.2FM à Nantes le lundi à 12h, et sur les webradios Pikez (dimanche à 11h) et Station Station (lundi à 13h). Et sur toutes les plateformes de podcast.
Pour nous joindre : 07.53.10.31.95 (appels, textos, signal), ou par mail : contact@lenvolee.net Pour écrire : Radio FPP – L’Envolée. 1 rue de la solidarité, 75019 Paris
Nous relayons l’intégralité du communiqué de presse des grévistes… à faire tourner en solidarité avec les prisonniers et leurs proches.
Super cartel de Vendin le Vieil
Grève de la faim à partir du 1er septembre 2025
Nous, détenus, annonçons aujourd’hui une grève de la faim à compter du 1er septembre 2025.
Notre mouvement n’est pas dirigé contre nos conditions de détention mais contre les conditions inhumaines imposées à nos familles.
Nos familles paient le prix fort.
* Elles parcourent des centaines de kilomètres pour venir nous voir, parfois au détriment de leur santé, de leur travail, de leur équilibre.
* Au parloir, elles se retrouvent derrière un hygiaphone, dispositif justifié officiellement pour éviter l’introduction d’objets illicites. Pourtant, chacun sait qu’un portique à ondes millimétriques détecte déjà tout objet interdit. Même les surveillants témoignent que ce système sert avant tout à « casser psychologiquement » détenus et familles.
Une mise en scène indigne
* Les familles, y compris des enfants, sont accueillies par des agents cagoulés censés les impressionner. Pourtant, en détention même, les agents ne portent pas de cagoule.
* Les appels téléphoniques sont limités à deux fois par semaine, sur des créneaux restreints (8h-12h, 14h-16h). Or, à ces heures, les proches travaillent et les enfants sont à l’école.
* Rappelons que nos proches n’ont commis aucune faute : ils ont un casier vierge, ils paient leurs impôts et n’ont évidemment aucun numéro d’écrou.
La vérité contre les mensonges
Nous ne sommes pas violents avec les agents, seuls quelques individus isolés et déséquilibrés le sont. La vérité, c’est que les agents sont en sous-effectifs, et non 250 comme l’affirme le ministre de la Justice, Monsieur Gérald DARMANIN.
DARMANIN ment. Le délégué syndical David LACROIX ment.
Notre position
Votre rêve est de nous pousser à la violence. Nous ne tomberons pas dans ce piège. Notre résistance sera pacifique mais déterminée.
Le 1er septembre 2025, nous entamerons une grève de la faim pour défendre la dignité de nos familles.
La loi « narcotrafic » et les « narcoprisons » ultrasécurisées ouvertes par Darmanin et sa clique font régulièrement la une et émerveillent plus d’un journaliste…Eh oui, le ministre des tribunaux et des prisons drague passionnément l’extrême droite sur le dos des prisonniers et prisonnières, cibles des politiques démago-sécuritaires les plus brutales. Fin juillet, à l’ouverture du premier « quartier de lutte contre la criminalité organisée » (QLCO) à Vendin-le-Vieil, ces médias aux ordres n’ont évidemment donné la parole qu’aux gardiens – mi-héros, mi-martyrs –, et à de malheureux riverains qui ont peur – mais de quoi ? Alors qu’on entend qu’ici et là, des prisonniers se mobilisent contre leur sort dans les quartiers d’isolement (QI), de trop rares voix s’élèvent pour critiquer ces QLCO, régimes d’isolement poussé à l’extrême. Il est essentiel de faire entendre la voix des emmuré-es vivants et de leurs proches, qui ont toutes les raisons de flipper sur ce qui se profile – et de vouloir y résister.
Adoptée le 29 avril 2025 dans un effrayant consensus contre « les-grands-méchants-narcos-qui-nous-menacent-tous », la loi « narcotrafic » permet en fait une extension tous azimuts des pouvoirs de la police, de la justice et de l’administration pénitentiaire, et la poursuite de l’enfermement massif de la population. Elle satisfait les revendications des surveillants en limitant les extractions par la généralisation de la visioconférence en détention. Tant pis pour la nette dégradation des moyens de se défendre face à la justice ; ou même de se soigner. La vidéosurveillance par drone à l’intérieur des cellules est également prévue – en attendant la surveillance généralisée. La loi consolide aussi le statut de « collaborateur de justice » – anciennement « repenti » –, c’est-à-dire de poukave. Elle complique et rallonge les procédures de demande de mise en liberté (DML), alourdit la qualification de certains actes, comme l’« association de malfaiteurs » qui devient un crime, et crée de nouveaux délits, comme le « concours à une organisation criminelle ». Elle renforce la répression contre les rassemblements devant les établissements pénitentiaires. Elle va dans le sens de l’allongement général des peines, notamment par l’augmentation des circonstances aggravantes et la réduction des possibilités de confusions de peines.
Dans les QLCO, les prisonniers seront surveillés quasiment en permanence, coupés du monde et privés de presque tout contact humain – très peu de parloirs, et toujours derrière un hygiaphone dont la vitre empêche tout contact physique avec les visiteurs qui, pour la plupart, auront déjà fait des centaines de kilomètres jusqu’à ces taules plantées au milieu de nulle part. Leurs appels téléphoniques seront réduits à quatre heures par semaine, et écoutés en permanence. Ils n’auront pas droit aux UVF, ces « unités de vie familiale » où il est possible de partager une relative intimité avec leurs proches. Ils ne pourront pas travailler dans la prison comme « auxi » pour subvenir à leurs besoins, ni voir le moindre brin d’herbe dans des « promenades » complètement bétonnées. Après chaque contact avec l’extérieur, ils subiront systématiquement le viol de leur intimité lors des fouilles à nu. Chaque prisonnier ne pourra en fréquenter que 2 à 4 autres, et sera encadré par des matons en nombre, surarmés et toujours mieux payés… Ce régime doit s’appliquer à des condamnés, mais aussi à des prisonniers en détention provisoire, qui peuvent y rester quatre ans – au bon vouloir du garde des sceaux. Le régime de torture blanche imposé depuis des années à Salah Abdeslam sans que cela suscite l’indignation des humanistes, mais aussi à Rédoine Faïd, victime de la vengeance de l’administration pénitentiaire depuis son évasion spectaculaire de Réau, va maintenant être étendu à des dizaines, puis des centaines de prisonniers. L’objectif est clairement de tenir toutes les détentions par la peur : qui va subir ce régime ? Jusqu’où ces mesures vont-elles s’étendre, et à qui ?
Cette politique pénitentiaire particulièrement agressive entend balayer tout ce que les prisonnier-es avaient acquis au fil des luttes. Dans les années 1960 et 1970, ils se sont massivement révoltés pour l’amélioration de leurs conditions de survie, pour un peu plus de sociabilité, puis contre les QHS (quartiers de haute sécurité) ancêtres des QLCO. Par une large médiatisation de leurs revendications, soutenus par une partie de la gauche, ces mouvements avaient obtenu la fermeture des QHS. Qu’à cela ne tienne : un coup de peinture, quelques barreaux en moins, et ce fut l’invention des QI (quartiers d’isolement), que les prisonnier-es n’ont cessé de dénoncer comme des lieux de torture blanche. L’Envolée relaie depuis les années 2000 la parole de prisonnier-es qui dénoncent toutes sortes d’extensions de l’isolement dans les détentions : par le mode de fonctionnement des prisons modernes, par l’instauration du régime « portes fermées » là où les cellules restaient auparavant ouvertes une partie de la journée, par l’instauration des QMC (quartier maison centrale) et des prisons de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe et Vendin-le-vieil, déjà ouverts dans les années 2010 pour mater les prisonniers jugés récalcitrants… Face au déploiement de tant de régimes mortifères, c’est plus que jamais le moment de faire vivre la mémoire de ces luttes, de faire circuler la parole de ceux et celles qui les dénoncent et qui résistent.
Pensées, force, courage et détermination aux prisonnier-es et à leurs proches qui subissent ces régimes. N’hésitez pas à nous contacter et à prendre la parole !
Contre les régimes d’isolement, à (re)lire et (ré)écouter :
– Sur le régime d’isolement « 41 bis » en Italie, funeste inspiration de Darmanin, et sur la grève de la faim d’Alfredo Cospito qui le subit : émission radio l’Envolée du 10 mars 2023.
– Taules de haute sécurité : histoire d’une lutte à mener », article du journal CQFD au sujet des luttes contre ce régime qui a été « qualifié il y a plus de vingt ans de « cruel, inhumain et dégradant » par Amnesty International. »
« Mentalement c’est fait pour broyer un homme« , paroles d’un prisonnier sorti de Condé-sur-Sarthe en 2019 :
« Avec le nouveau directeur, ce que des matons voulaient a été mis en place, c’est la politique de la terreur. C’est comme une boutique qu’il faut entretenir. Condé a la réputation d’être la centrale la plus sécuritaire de France. Donc si il y a rien qui se passe là-bas, les gens vont dire que tous ces moyens ne sont pas justifiés. C’est une prison où on est 7, 8 dans l’aile, il y a trois surveillants pour ouvrir une porte à la fois, avec 5 caméras. Il y a plus de 250 surveillants pour 100 détenus.Niveau moyens humains et matériels, ils ont tout ce qu’il faut, ils peuvent pas se plaindre. Ils ne peuvent pas demander plus. Donc il faut qu’il se passe des choses pour justifier que cette prison soit la plus sécuritaire de France. Alors pour justifier ces moyens énormes, on va faire en sorte que ça se passe mal à l’intérieur… comment on va justifier tous ces moyens si ça se passe bien ? C’est très difficile mentalement de savoir qu’on est dans un espace aussi réduit, c’est pas fait pour garder des gens à long termes, pendant des années. Ça brise un homme, mentalement c’est fait pour broyer un homme. Certes, la prison c’est difficile. Mais là ça a rien à voir, c’est de machines à broyer. »
– Numéro 39 du journal l’Envolée, dossier spécial sur l’ouverture de la prison de Condé-sur-Sarthe (2014) : lire l’édito et le sommaire ici ou télécharger le journal complet là.
– Contre les QMC (Quartiers maison centrale), paroles de Romain et Philippe :
Extrait du journal l’Envolée n°56 de novembre 2022 : Dès que les QMC (quartiers maison centrale) ont été ouverts au début des années 2010 au sein des centres pénitentiaires, des prisonniers les ont dénoncés. Ils cumulent l’horreur des anciens QHS (quartiers de haute sécurité, prétendument fermés depuis les années 1980) et celle des nouvelles maisons d’arrêt. Tout propres, tout neufs, ces quartiers sont surtout dotés de moyens considérables pour imposer un isolement absolu aux prisonniers. Il y a, entre autres, des caméras et des doubles sas partout. Les mouvements à l’intérieur de la détention sont surencadrés et les rencontres entre prisonniers réduites au minimum. Évidemment, plus l’isolement est fort, plus il devient difficile de construire une résistance collective… et même de respirer.
Les prisonniers du QMC de Valence se sont mutinés le 27 novembre 2016 ; voici un extrait de ce qu’a dit l’un des accusés, Romain Leroy, à son procès :
« Quand on a une grosse peine, pour éviter un état colérique, la frustration, c’est normal d’avoir des espaces de promenade et pas que de la sécurité. Dans ces nouvelles prisons, c’est cinq surveillants à chaque ouverture de porte. Quand on nous fouille et qu’on nous écarte l’anus, la dignité l’emporte. […] C’est géré comme une prison de haute sécurité, on se croirait encore au QHS, dans ce système des années 1970-1980. […] Nous, on a des murs de 20 mètres, donc personne ne sait rien, et pour les longues peines de France, rien ne bouge. Pour nous, c’est comme pour les ouvriers qu’on licencie, qu’on jette sans rien leur demander et qui en viennent à prendre des patrons en otage, à détruire du matériel et à installer des bouteilles de gaz en menaçant de faire péter leur usine pour pouvoir se faire entendre ! Nous, c’est le même combat ! On est pareils ! […] Pour moi, quand on a pris les clefs et ouvert les cellules, ce n’était pas un vol, mais le seul moyen de faire entendre la parole de nous, les longues peines de France. Le seul moyen d’avoir une tribune […] Ce que j’ai fait, j’ai dit que je l’avais fait, y a pas de problème, et je regrette rien. Ce qui est regrettable, c’est qu’on soit obligés d’en arriver là ! […] C’est moi qui passe en jugement, mais ce que je dis, c’est au nom de toutes les longues peines de France. Je suis libérable en 2038. Je veux bien mettre un genou à terre, mais pas les deux. Je veux garder ma dignité. »
Plus de contenu sur les QMC : journal L’Envolée n°34, 38, 39, 40.
– Lettre de Libre Flot, enfermé en quartier d’isolement :
– « Je vous écris de Guantanamo 2004 » : Lettre de Gégé au quartier d’isolement de Fleury Mérogis, juillet 2004
– « Appel à l’opinion publique contre les QHS » :
Références :
la plupart des lettres lues ou reproduites ici sont publiées dans le livre « La peine de mort n’a jamais été abolie », envoyé gratuitement aux prisonnier.e.s qui le demandent !
L’illustration en début d’article est une affiche de la campagne contre les QHS au tournant des années 1980.