Janvier 2026.
Abonnement gratuit pour les prisonniers et prisonnières. Disponible pour 2 euros dans de nombreux points de distribution (voir ici), en abonnement de soutien pour 15 euros par an.
Sommaire :
- Edito : Ça fait mal ? C’est normal…
- Strasbourg : fausse évasion, vraie répression (Lettre du QI)
- La fabrique de la culpabilité terroriste. Compte-rendu du procès de l’attentat de Condé-sur-Sarthe.
- « Je les maudis tous » : lettre de Claudette, mère de Patrice, prisonnier longue peine.
- QLCO : à qui profite le crime ? Premiers échos de Condé et de Vendin.
- « Le QLCO n’est qu’une vengeance personnelle contre les détenus » : deux communiqués de prisonniers.
- Mange ta peine, de Moben. Un livre de recettes de cuisine à l’isolement.
- « Mon chagrin doit se transformer en action et en lutte ». Contre-enquête des proches d’Idir Mederres sur sa mort au mitard de Lyon-Corbas.
- « On est au club Med de l’enfer ». Lettre de Kémi à la centrale de Moulins-Yzeure.
- Brèves : solidarité avec Fabrice ; un guide pour les proches ; l’Envolée contre la censure ; des JAP spéciaux pour mieux prolonger les peines ; Libérez Ali !
- « Je croise de plus en plus de jeunes en centrale avec des peines de dinosaures ». Lettre de Kémi.
Édito : Ça fait mal ? C’est normal…
Quand les flics cagoulés de l’ICE – qui raflent les exilé·es dans les rues états-uniennes – abattent deux personnes blanches venues protester, la gôche s’alarme de la fascisation de l’autre côté de l’Atlantique, la droite déplore les excès mais pas la méthode, et les fachos de chez nous ne voient pas le problème. En tout cas, tous font comme si Frontex n’était pas l’équivalent européen de l’ICE, avec ses agents qui coulent des embarcations, causant des centaines de morts par noyade depuis 2004. La violence, d’abord surtout raciste et dirigée contre les étranger·es, s’étend à toujours plus d’indésirables et se transforme même en argument de vente. Du coup, les tortionnaires – militaires, flics, matons, miliciens… – deviennent les héros d’un sadisme revendiqué par les politiques et les éditorialistes réactionnaires. Un membre du Conseil d’État peut déclarer à la télé : « C’est compliqué de se débarrasser de tous les asociaux qui sont OQTF, […] il faut organiser, comme fait Trump avec l’ICE, de grandes rafles un peu partout. » Là, on franchit un cap : ça fait mal ? C’est normal !
En prison, avec l’ouverture de quartiers de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) à Vendin-le-Vieil et Condé-sur-Sarthe, on passe aussi un cap dans l’horreur carcérale. Pas d’UVF, peu d’appels téléphoniques, pas de confidentialité des courriers aux avocats et pas de contact physique avec les proches à cause des parloirs hygiaphones. Tout pour couper les prisonniers du monde ! En plus d’intensifier la torture blanche, cet isolement laisse les mains libres aux matons. Et au mitard du QLCO de Condé, le matin, les prisonniers entendent des matons gueuler : « Ici, c’est chez nous ! Ici, c’est le IIIe Reich ! Les nazis, c’est nous ! » Alors là, du fin fond des prisons, on sent bien que le fascisme est déjà là.
Beaucoup de médias se félicitent à longueur d’antenne des traitements inhumains infligés aux prisonnier·es, et le sort fait aux personnes enfermées au QLCO est carrément élevé au rang de vengeance légitime : celle des honnêtes gens contre les indéfendables. Au-delà des QLCO, entre les « fouilles XXL » lancées fin 2025 et le plan « zéro portable en prison » début 2026 – qui finance à coups de millions des portails à ondes millimétriques, des brouilleurs, des filets anti-drones, etc. –, l’offensive générale continue, et les médias se régalent ! « Nous ne sommes pas faits pour la prison, nous ne sommes pas des animaux », déclare pépère à la télé un sale riche ému par les vingt jours de taule de Sarko. En disant que la prison n’est pas faite pour les bourgeois, il affirme en fait que les prisonnier·es et toutes celles et ceux qui pourraient le devenir sont des bêtes, et qu’on peut les brutaliser. Malheureusement, sur ce dernier point, il n’a pas tort. Les personnes incarcérées, en particulier dans les cellules mortifères du mitard, en font chaque jour la cruelle expérience.
Il faut prendre la mesure du niveau de férocité qui règne dans les QLCO et de l’incidence qu’elle a sur l’ensemble des détentions, et donc de la société. L’État et ses défenseurs se sont employés à refermer les brèches ouvertes par les luttes passées : leur transmission est limitée, dedans comme dehors, par l’individualisation et l’isolement qui entravent les mobilisations collectives. Qui se rappelle des luttes des années 2000 dans les QI ? Pourtant, même dans les oubliettes modernes que sont les QLCO, les prisonniers parviennent à s’organiser et à faire sortir des communiqués. Dans ce numéro, en mettant en avant les échos des luttes qui parviennent à franchir les murs de ces nouveaux quartiers, on veut montrer leur importance et inviter à soutenir ces combats. Il est d’autant plus nécessaire de diffuser cette parole collective qu’il est difficile et dangereux pour les personnes enfermées de la faire sortir.
Big up à toutes les prisonnières, tous les prisonniers et à leurs proches !
Force, courage et détermination à celles et ceux qui se bagarrent malgré tout à l’intérieur, et y a pas d’arrangements !
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Écoutez les articles de l’Envolée n°64 lus dans l’émission de radio du vendredi 27 mars 2026.
Les illustrations de ce numéro ont été pillées chez le regretté Peter Francis Tippit. RIP.
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