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Emission de l’Envolée du 5 Mars 2015

Hafed libérable

Après une trop longue pause -liée à la vie réelle ainsi qu’à l’absence de vie numérique- notre site refonctionne. Pour combien de temps ? Personne ne peut le dire. On en profite donc pour s’en mettre plein les oreilles.  On commence avec une émission de l’Envolée diffusée sur La locale (les mardi sur 87.2 de 19 à 20h30 en Ariège) et sur FPP (les vendredi sur 106.3 d 19 à 20h30 en Idf).

Comme vous le savez tous et toutes, l’ami Hafed a cassé sa pipe et nous a laissé tout seul nous débrouiller avec le merdier de ce monde… L’occasion de faire une belle fête en son honneur mais aussi de resortir ses textes.  Nous en ferons sans doute le contenu principal du numéro de printemps du journal. En attendant nous en avons fait une émission.

On boit un coup de trop à sa mémoire en lisant quelques-unes des très belles lettres qu’il a écrites au journal qu’il avait lui même fondé entre deux séjours au placard.

Clairvoyance sidérante, drôlerie acerbe, intelligence farouche, rage indeféctible… que d’adjectif n’est ce-pas?

En épitaphe, un mot : Libérable!

Si vous êtes dehors quand vous écoutez, buvez une Leffe in memoriam  (sa préférée) ou une quelconque autre boisson alcoolisée de votre choix.

« Très chers amis (e)s. » Lettre d’Abdel Hafed Benotman

Une lettre d’Hafed publiée dans l’Envolée N°14, en juillet 2005. Lorsque quelques hommes en armes et autres magis-rats, avaient jugé bon de le recoller au placard pour quelques vols…

 

Mettez un homme en prison, il en sortira toujours… quelque chose… de bon ? Oui puisque vous êtes là et je vous en remercie tous et toutes. Que vous dire? Sinon tenter de vous expliquer la simplicité de ce qui m’est arrivé.

Certains de mes amis (e)s ont été surpris, peinés, choqués par ma récidive mais aucun n’a été déçu puisque la déception porte en elle un jugement et l’amitié ne juge pas. Il y a eu des questions comme : il est con ou quoi ? Souffrirait-il du syndrome de Stockolm au point d’aimer la prison ? Est-il fou? Il aurait pu prendre des précautions, non ? Toutes ces questions sont légitimes si on les résume à celle-ci, paradoxe absurde : serait-il fondamentalement honnête ? Au point que son mépris des cagoules, des masques, des salles de conseils et de délibérés des ministères et des confessionnals… l’écoeure.

C’est là-dedans que s’inscrit, non pas ma récidive mais ma continuité. Ma présence en prison est une façon radicale de dire NON. Lorsque je suis sorti de prison, on ne m’a pas demandé d’être réinsérable mais d’être recyclable. On m’a demandé aussi d’aller mendier un temps d’identité à la préfecture de police. Pour adoucir ce dressage on m’a titré du statut d’écrivain. Lire la suite

« Ca valait pas la peine, mais ça vaut le coup ! », Abdel Hafed Benotman

Hafed est mort… m’enfin, il ne nous quitte pas ! Son au-delà d’athée -et sacrément daté- est parmi les vivants, entre autre ici. Dans ce journal qu’il a crée avec d’autres il y’a de ça quinze piges. Hafed n’a jamais choisi entre le voleur et l’écrivain. Un voleur qui écrit ? Un écrivain qui vole ? Merde aux identités. C’était un ami qui se bagarre, rigole des yeux et partage. Pas d’autre hommage donc ; il n’en n’aurait eu que foutre.

Tenir un engagement, pris avec lui et à sa suite. Continuer à lire et faire lire les écrits des enfermés qui pensent le sort qui leur est fait. Celles et ceux qui, comme lui, se disent réfractaires aux sévices du travail obligatoire, au racisme poli d’une république satisfaite, à l’hypocrisie d’une société qui torture démocratiquement, à la bêtise suffisante des juges et de leurs valets, à l’arrogance de l’économie et de ses hommes en arme.

Bref, continuer à cracher de laids mots -pas de l’émo attention- sur une époque qui n’a de cesse de se refermer sur nos corps et nos crânes. Continuer à trouver, comme lui, les paroles justes et les actes conséquents pour armer nos refus. Faire vivre son humour -forcément noir- et la justesse de son regard, désespéré mais pas résigné. Et ce pense-bête : « Rendre la justice, en voilà une belle expression ! La vomir ».

Vive Hafed, vive les voleurs qui veulent rester honnêtes (et vice versa).

Pour commencer à continuer (re)lisons ce texte d’Hafed publié dans le numéro 4 du journal (téléchargeable au bas de la page), en janvier 2002. D’autres textes suivront dans les jours qui viennent, avant la publication du prochain Envolée qui fera bien sur une large place à l’ami AHB. Lire la suite