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ÉMISSION DU 8 MAI 2020 : les prisonnier.es face au confinement, semaine 8 : retour sur deux mois de mensonges d’Etat (parloirs, libérations, suspensions de peines…).

L’Envolée – émission du 8 Mai 2020 (1h30)

Après 32 flash infos quotidiens et 8 émissions hebdo pour pallier à l’absence de parloirs ; malgré la dite réouverture des parloirs on continue une semaine de plus.
Un énorme merci aux 17 radios FM et aux 5 web radios qui ont diffusé L’Envolée partout en France et en Belgique.

  • Clin d’œil : Olivier parle de la fin du procès de la destruction du QMC de Valence en 2016 et du soutien dans la salle pour Romain.
  • RETOUR SUR LES DEUX MOIS DE CONFINEMENT autour des déclarations de Nicole Belloubet, ministre des tribunaux et des prisons :
  • Deux mois de lettres et nouvelles de très nombreuses prisons et Centres de rétention administrative.
  • Retour sur le nombre de prisonniers et prisonnières contaminé.es à l’intérieur : sans test, les chiffres n’ont aucun signification.
  • Il n’y a pas eu de maintien des liens familiaux. L’arrêt des parloirs n’a pas été compensé, les cabines étaient rarement accessibles.
  • L’enfer de l’incertitude pour les prisonniers et les prisonnières à propos de la contamination : une dépossession ultime.
  • Les paroles collectives et révoltes des prisonniers et des proches notamment à Uzerche, Béziers Rennes, Borgo et Ajaccio.
  • L’imposture des libérations : la ministre des prisons et des tribunaux avoue qu’il y a eu très peu de libérations. Les prisonniers -comme ceux de Borgo- ne cessaient de le répéter.
  • Les matons ont repris le monopole du commerce à l’intérieur.
  • Fausse réouverture des parloirs le 11 mai : des situations très disparates en fonction des prisons, réduction du temps des parloirs, impossibilité d’aller à plus de 100 km, interdiction pour les moins de 16 ans, pleins pouvoirs aux matons pour faire respecter les gestes barrières…
  • Lettre de Seb prisonnier malade, enfermé à Metz.
  • Retour sur la situation de Jean-Christophe Merlet, enfermé au CD de Nantes, qui demande une suspension de peine pour raison médicale ; témoignage de soutien de Derka.

FACE AU COVID-19 EN PRISON : AMNISTIE GENERALE !

Depuis 2001, L’Envolée, c’est une émission et un journal pour en finir avec toutes les prisons faits par d’anciens prisonniers et prisonnières et des proches pour relayer la parole des enfermé.e.s.
L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et prisonnières qui en font la demande. L’épidémie de Coronavirus a de lourdes conséquences en prison. C’est pourquoi, face à la gravité de la situation, nous avons décidé de produire un bulletin d’information quotidien de vingt minutes, que vous pouvez écouter chaque jour de la semaine sur la FM, les plateformes de podcast et sur lenvolee.net, en plus de l’émission du vendredi qui est maintenue.

Les émissions sont diffusées toute la semaine sur les ondes des radios : FPP (région parisienne, 106.3), Canut (Lyon 102.2), MNE (Mulhouse 107.5), Campus (Clermont-Ferrand 93.3), Clé des Ondes (Bordeaux 90.10), La Locale (Saint Girons 97.3), Prun’ (Nantes 92.0), Jet FM (Nantes 91.2), Galère (Marseille 88.4), Campus (Grenoble 90.8), Campus (Dijon 92.2), Panik (Bruxelles 105.4), St Affrique (Montauban 96.7), Dio (Saint Étienne 89.5), RKB (Guingamp 106.5), Vassivière (Royère 88.6), Canal Sud (Toulouse 92.2).
Toutes les émissions sont aussi écoutables sur les plateformes de podcast.

Il est plus que jamais nécessaire de ne pas laisser les prisonniers et les prisonnières seuls face à l’arbitraire de l’administration et de faire entendre leur voix. Nous relayons les actions collectives et individuelles dont vous nous informez ainsi que des témoignages directs sur la situation à l’intérieur. Tenez-nous au courant par tous les moyens à votre disposition. Nous diffuserons les messages vocaux et les textos de prisonniers et de prisonnières que vous nous enverrez. Nous lirons également les messages que les proches privés de parloir nous demanderont de passer.


Notre numéro de téléphone : 07.52.40.22.48 (whatsapp, telegram, signal, appels et textos). Pour écrire : Radio FPP – L’Envolée, 1 rue de la solidarité, 75019 Paris, ou encore à lenvolee.net, sur contact@lenvolee.net et sur instagram, twitter, facebook & snapchat.


Musique : Baby Huey « Hard Times », Fliptrix « War To Your Door », LKJ « Fite Dem Back ».


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ÉMISSION DU 1er MAI 2020 : les prisonnier.es face au confinement, semaine 7 : proches et prisonnier.es tiennent le cap.

L’Envolée – émission du 1er Mai 2020 (1h30)
  • Clin d’œil : Olivier parle des QMC, prisons les plus sécuritaires de France, pendant le procès de la mutinerie de Valence en 2016.
  • Contaminations covid-19 en prison, on touche du bois : pas de cluster jusqu’ici. Mais toujours pas de parloirs !
  • Point sur le peu d’informations qui circule sur le retour des parloirs avec le déconfinement : mépris des familles et des prisonnier.e.s alors que le maintien du lien familial est impératif et urgent.
  • Retour sur les difficultés rencontrées lors des recours actuels et le climat dans les tribunaux, sous cette « justice de confinement ».
  • Topo sur la situation de Jean Christophe Merlet, prisonnier handicapé dont l’état de santé se dégrade. Nous attendons sa libération, bien que la période aurait déjà dû la rendre effective: acharnement de l’administration pénitentiaire ?
  • Lettre des proches à la ministre des tribunaux et des prisons : mise en danger des personnes privées de liberté, plus de 150 proches se sont mobilisé.e.s pour la signer (contactez-nous pour participer !)
  • Billet d’humeur : face à la répression en banlieue et dans les quartiers populaires, colère et parallèle avec les révoltes de 2005.
  • Des nouvelles des prisons pour étrangers. A Lille : blocage pour soins et tests, transfert des personnes considérées comme « meneuses » à Metz. Une cinquantaine de personnes expulsées vers la Roumanie ce jeudi, des prisonniers Mesnil-Amelot et de Lille. Pressions pendant le Ramadan.
  • Lecture de témoignages de prisonniers du CRA de Vincennes.
  • Début d’un tour du monde des révoltes et mouvements en prison : traitement des prisonnier.e.s palestinien.ne.s, gros mouvements des prisonnier.e.s argentin.e.s (lecture du manifeste des prisonnières et ex prisonnières d’Ezeiza) et brièvement aux États Unis.



Billet d’humeur :
C’EST PAS LA GUERRE SANITAIRE,
C’EST LA GUERRE DES FLICS CONTRE LES JEUNES
Comptez pas sur les grands frères pour éteindre le feu en banlieue

2020 : le Coronavirus arrive. Confinement oblige, les quartiers sont déserts. Comme partout en France, les centaines de morts annoncés chaque jour font flipper même les petits qui sont habituellement posés tranquilles en bas des tours. Ils restent à la maison, où ils sont parfois dix à s’entasser les uns sur les autres dans un f2 ; donc effectivement, de temps en temps, un bol d’air s’impose… mais les flics s’emballent. Ils règnent en maîtres absolus dans les tristes rues désertées, mettent les bouchées doubles, collent des amendes même quand les consignes sont respectées. Insultes, humiliations, violences, torture… ils vont parfois jusqu’à tuer. Depuis le début du confinement, cinq personnes sont mortes suite à des contrôles d’attestation, et on ne compte plus les vidéos de contrôles abusifs ; les autorités détournent le regard comme si c’était normal. Quinze ans après les émeutes de 2005 en banlieue, c’est toujours le même mépris, le même aveuglement volontaire ; toujours le même permis de tuer.

Samedi 18 avril, un jeune homme roule à moto à Villeneuve-la-Garenne. D’après les témoins, à un feu tricolore, le deux roues arrive à la hauteur d’une voiture de flics banalisée et un des flics ouvre la portière du côté du motard, le blessant grièvement à la jambe. La portière comme arme par destination – s’il s’agissait d’un citoyen lambda. Des centaines de vidéos montrent les moments qui ont suivi ce drame : on entend les gens dire aux flics qu’ils ont merdé, que c’est grave ; la colère gronde de partout. Le bruit court que le gars aurait perdu sa jambe…

C’est la goutte qui fait déborder le vase. Y a plus de Covid-19, plus de confinement. Plus que le ras-le-bol de subir – et on retourne quinze ans en arrière : la france crâme. C’est pas la guerre sanitaire, c’est la guerre des flics contre les jeunes. Comme en 2005, la presse reste très discrète, les grands médias préfèrent gloser en boucle sur le déconfinement du 11 mai. Une fois de plus, on dirait que les jeunes des quartiers populaires peuvent bien crever. Au lendemain des affrontements, le ministère de l’Intérieur indique dans un communiqué de presse que “des médiateurs sont déployés par la commune de Villeneuve-la-Garenne”.

2005 : Zied et Bouna, deux gamins assassinés impunément par les flics. A l’époque, on est beaucoup à s’être battus à coup de pierres face aux armes des condés qui n’hésitaient pas à nous tirer dessus à balles réelles. Sarkonar – le ministre de la Justice de l’époque – voulait passer la population de ces endroits où on crève assassiné par la police au Karcher. On est aussi beaucoup à avoir été incarcérés après ces combats de rue, pour incendie de véhicule, lancer de cocktails Molotov, jet de projectiles divers sur les bleus depuis les fenêtres – au bout de ces trois semaines intenses, il restait presque plus un seul micro-ondes dans le quartier ! On est beaucoup à pas avoir oublié les images de la télé qui disait que ça faisait les gros titres dans le monde entier : “Ça brûle dans les quartiers populaires de France.” Ceux qui ont vécu ça, on les appelle maintenant les “grands frères”… et c’est eux, devenus “médiateurs”, que la mairie de Villeneuve-la-Garenne “déploie” pour apaiser ceux qui ont vu l’un des leurs volontairement blessé par la police ?

Comment imaginer une seconde que ceux qui ont vécu cette époque iront calmer leurs mômes ou leurs petits frangins ? Ce serait hypocrite de chercher à juguler la juste colère de ceux qui savent qu’ils ne sont jamais entendus et qui veulent simplement que la vérité éclate. Ils peuvent tout au plus endurer la souffrance de les voir revivre la même guerre qu’eux à quinze ans d’intervalle… et leur dire de faire attention à eux, et de faire attention les uns aux autres. Ne pas se laisser faire, c’est ne pas se laisser mourir, et c’est ce que font ces jeunes pleins de courage. Quelle insolence de la part de ces costumes-cravates. Comme si les anciens n’avaient pas de cœur ! Qu’ils sachent que Zied et Bouna restent les petits frères de toute une génération. Les autorités s’en doutent probablement, puisqu’elles lancent en même temps des poursuites contre les parents des jeunes émeutiers, comme déjà en 2005. Oui, on a grandi ; mais pas oublié, ni pardonné.


FACE AU COVID-19 EN PRISON : AMNISTIE GENERALE !

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Les émissions sont diffusées toute la semaine sur les ondes des radios : FPP (région parisienne, 106.3), Canut (Lyon 102.2), MNE (Mulhouse 107.5), Campus (Clermont-Ferrand 93.3), Clé des Ondes (Bordeaux 90.10), La Locale (Saint Girons 97.3), Prun’ (Nantes 92.0), Jet FM (Nantes 91.2), Galère (Marseille 88.4), Campus (Grenoble 90.8), Campus (Dijon 92.2), Panik (Bruxelles 105.4), St Affrique (Montauban 96.7), Dio (Saint Étienne 89.5), RKB (Guingamp 106.5), Vassivière (Royère 88.6), Canal Sud (Toulouse 92.2).
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Musique : O’Jays « Give The People What They Want », Kokomo Arnold « I’ll Be Up Someday », Lino « Qui Peut Comprendre », Nessbeal « A Chaque Jour Suffit Sa Peine ».


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EMISSION DU 10 AVRIL 2020 : Les prisonnier.e.s face au confinement, semaine 4

L’Envolée – émission du 10 avril 2020 (1h30)
  • Clin d’œil à notre ami : Discussion entre Olivier et Delphine Boesel à propos des jurés et des cours d’assises (extraits du film Faites sortir l’accusé).
  • Lecture de notre lettre ouverte à la ministre des tribunaux et des prisons.
  • Extrait d’interviews de trois prisonniers.
  • Discussion sur la situation actuelle : les chiffres mensongers de la ministre ; comment endormir les détentions ; quelques conseils pour éviter une infection.
  • Discussion sur la situation dans les centre de rétention.
  • Interview d’un prisonnier du CRA de Lille.
  • Interview d’un avocat toulousain sur la justice avec le confinement des tribunaux.
  • Comparutions immédiates en période de confinement et en particulier en cas de non-respect du confinement.

Face à la gravité de la situation, depuis lundi 23 mars, L’Envolée diffuse chaque soir une émission quotidienne d’un quart d’heure pour faire circuler l’information sur ce qui se passe dans les prisons françaises. Nous y lisons les messages qui nous sont envoyés au 07.52.40.22.48. Nous maintenons par ailleurs l’émission « longue » du vendredi (1h30).

Cette émission est rediffusée toute la semaine sur les radios : FPP (région parisienne, 106.3), Canut (Lyon 102.2), MNE (Mulhouse 107.5), Campus (Clermont-Ferrand 93.3), Clé des Ondes (Bordeaux 90.10), La Locale (Saint Girons 97.3), Prun’ (Nantes 92.0), Galère (Marseille 88.4), Campus (Grenoble 90.8), Campus (Dijon 92.2). Toutes les émissions sont aussi écoutables sur les plateformes de podcast.


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Musique : « Dead Or In Jail » de A-Wax, « Blues De La Prison » de Bois Sec Ardoin & Canray Fontenot, « Jailhouse Blues » de C.W. Stoneking

Lettre ouverte à la ministre des tribunaux et des prisons

«Nous, détenus, accusons
le système judiciaire et carcéral de nous mettre en danger de mort
et demandons immédiatement le désengorgement de toutes les prisons.
Nous, détenus, sommes tout simplement au bord de la rupture
qui s’est accentuée avec ce contexte anxiogène
de la propagation du virus Covid-19. »i

Madame la ministre des tribunaux et des prisons,

L’Envolée a été fondée en 2001 par d’anciens prisonniers et prisonnières et des proches pour servir de porte-voix à celles et ceux qui savent ce qui se vit au jour le jour derrière les murs, loin des regards du fameux « peuple français » au nom duquel vous les condamnez.

« Personne ne se préoccupe de notre état de santé. […]  Nous présentons des symptômes de fièvre, le nez qui coule, et la gorge qui pique. […] L’administration trouve une seule solution : “Vous vous étouffez pas ? Y a pas de souci à se faire !”» ii

Vous ne protégez pas, vous menacez ; car c’est la prison elle-même – déjà en temps normal, mais plus encore en ce moment – qui place les prisonniers et prisonnières en danger de mort :

«  Il attendent qu’on tombe par terre pour nous envoyer à l’infirmerie. »iii

Vous feignez de ne pas entendre la révolte des prisons alors même que votre administration pénitentiaire est terrifiée par les refus de remonter de promenade, les blocages, les montées sur les toits, les incendies dans toutes les prisons de France : Aiton, Aix-en-Provence, Angers, Argentan, Bar-le-Duc, Béziers, Bois-d’Arcy, Carcassonne, Coulaines, Douai, Draguignan, Ducos en Martinique, Epinal, Fleury-Mérogis, Grasse, Grenoble, Le Mans, Lille-Sequedin, Limoges, Longuenesse, Luynes, Lyon-Corbas, Maubeuge, Marseille-Les-Baumettes, Meaux, Metz, Montauban, Moulin, Nancy, Nanterre, Nantes, Neuvic, Nice, Paris-La Santé, Perpignan, Réau, Reims, Rennes-Vezin, Rémire-Montjoly à Cayenne en Guyane, Roanne, St-Etienne, St-Malo, St-Quentin-Falavier, Toulon, Uzerche, Val-de-Reuil, Valence, Varenne-le-Grand, Villefranche… La liste s’allonge tous les jours.

Le 17 mars, vous avez choisi – en guise de mesure de confinement – de les couper brutalement de l’extérieur en supprimant tous les parloirs et toutes les activités en détention. Concrètement, cela signifie que l’ensemble des prisonniers et prisonnières vont passer 23 heures sur 24 dans une cellule de 9 m2 à deux, trois, quatre ou plus, sans jamais voir leurs proches.

« Nous voulons être informés de l’évolution de cette situation : Qu’en est-il, les parloirs seront-ils rétablis ? Qu’en est-il des cantines? Qu’en est-il des sacs de linge ? »iv

Vous ne l’avez pas fait pour protéger les prisonniers, sinon vous auriez plutôt choisi d’imposer des mesures barrières aux familles – comme dehors – ; voire de confiner les 30 000 surveillants dans les prisons pour éviter qu’ils n’y fassent entrer le virus.

« Nous voulons un dépistage pour chaque détenu ainsi que pour chaque membre de l’administration pénitentiaire. Nous souhaitons que tous les agents pénitentiaires sans exception soient équipés de gants et de masques (ce sont eux les plus exposés au virus car ce sont eux qui rentrent et sortent de l’établissement). Nous voulons être informés de l’évolution de cette situation ».v

Vous leur avez déjà refusé le gel hydro-alcoolique au motif que l’alcool est interdit en prison. Peu de chances pourtant que le premier souci des enfermé.e.s soit de se saouler la gueule au savon plutôt que de sauver leur santé.

« Pour nous protéger, nous aimerions que chaque détenu ait du gel désinfectant et un masque à sa disposition (le minimum en mesure d’hygiène actuellement). » vi

Vous avez pensé éteindre le feu en offrant des miettes.

« On nous offre la télé et 40 euros pour les indigents, waouh, quelle belle mesure par l’Etat ! S’il peut faire mieux, ce serait pas mal, sinon ça va chauffer. »vii

Vous envoyez des Eris (Equipes régionales d’intervention et de sécurité, desbandes de cagoulés en armes) aboyer au visage des prisonniers et les massacrer pour briser les mutineries.

« Nous, détenus, dénonçons les violences physiques et morales de la part de certains surveillants et Équipes régionales d’intervention et de sécurité couvertes par les directions. » viii

Vos tribunaux font pleuvoir les années de prison supplémentaires sur les supposés meneurs de ces révoltes légitimes. Vous transférez des prisonniers de prison en prison, prenant ainsi le risque de répandre un peu plus la contamination et les éloignant de leurs familles.

Vous refusez toute grâce collective, toute loi d’amnistie, alors que vous et vos amis n’avez plus que le mot « guerre » à la bouche. Feignant d’écouter les nombreux professionnels du droitix qui – terrifiés par ce qui se profile – vous rappelaient que l’État est garant de l’intégrité physique des personnes qu’il place sous le régime de l’enfermement carcéral, vous annoncez la libération de quelques milliers de prisonniers. En effet, déjà en temps dit « normal », l’accès aux soins est catastrophique en prison ; de très nombreux prisonniers et prisonnières souffrent de pathologies qui les rendent extrêmement vulnérables à une maladie telle que le Covid-19.

« En Iran, ils ont libéré 85 000 détenus, en France on parle de 5 000 ? Une goutte d’eau au milieu de la mer. »x

Le seul but votre annonce était de tendre une carotte aux prisonniers, donnant à chacun l’espoir d’être le prochain… sur une liste ridiculement courte. Car vous mentez aussi sur les chiffres : vos services incluent dans ces prétendues « libérations » des reports de mise en détention et des aménagements déjà prévus. Pire : vous allongez à six mois la durée maximum de la détention préventive afin de ne surtout pas laisser sortir 21 000 personnes pourtant présumées innocentesxi ; et votre gouvernement vote une loi qui prévoit jusqu’à six mois de prison ferme pour le non-respect d’un confinement qui étend la logique de l’isolement carcéral à l’ensemble de la société. De fait, les peines de prison ferme pleuvent déjà : chaque jour, des dizaines de personnes continuent d’entrer en prison ; notamment en maison d’arrêt. Loin de désengorger, tout au plus vos tribunaux diminuent-ils (à peine) la suroccupation de vos prisons.

Enfin, vous faites rouvrir des ateliers pénitentiaires pour faire fabriquer les masques que l’Etat a trouvé trop onéreux de stocker. Ils seront produits à vil prix par une main-d’œuvre corvéable à merci… et pas pour eux-mêmes mais pour leurs geôliers.

Maintenant que le cynisme de vos premières décisions éclaire vos véritables intentions ; maintenant qu’il est manifeste que vous ne viderez pas même un petit peu les prisons ; maintenant qu’il ne fait plus aucun doute que la coercition sécuritaire de votre Etat sera inversement proportionnelle à sa scandaleuse gestion sanitaire, nous sommes contraints d’anticiper.

● Alors que vos surveillants eux-mêmes menacent de faire valoir leur droit de retrait pour se protéger, enverrez-vous l’armée assurer la continuité du service public de la torture carcérale ?

● Après les parloirs, allez-vous, au fil de l’annonce des contaminations, supprimer totalement les promenades comme le demandent des syndicats de surveillants ?

« Nous, détenus, dénonçons avec la plus grande véhémence le régime fermé des maisons d’arrêt et demandons immédiatement la reprise dans toutes les prisons de deux promenades par jour. »xii

● Allez-vous – à terme – empêcher toute sortie de prison au motif de protéger la société contre ces clusters que vous aurez contribué à développer ?

« On a peur qu’un jour la porte s’ouvre plus, qu’on nous laisse mourir dans la cellule… Y a beaucoup de psychose qui commence à s’installer dans la prison. »xiii

● Attendez-vous les premiers morts dans des tentatives d’évasion, comme en Italie ? Attendez-vous que comme là-bas vos surveillants les abattent – comme ils en ont déjà le droit  en temps normal ?

« Ils ont tiré sur un mec à balles réelles, et là-bas ça brûle ! Dans un bâtiment où y a des confinés ! Les surveillants font rien, il va y avoir des morts. »xiv

● Avez-vous en tête de faire frémir le bon peuple des confinés du dehors avec ce genre de spectacle venu des prisons ? Retournerez-vous le mot de barbarie contre ceux-là même qui la subissent, faisant d’eux une fois de plus des boucs émissaires pour détourner les regards des véritables raisons du drame ?

Vous partagez certes avec vos illustres prédécesseurs la responsabilité du surenfermement de la population. Vous partagez certes avec la société le désintérêt, voire la haine de celles et ceux qu’elle désigne comme des délinquants ; et partant de là, des sous-humains. Mais il se peut que votre nom, Madame Belloubet, passe à la postérité pour une raison bien particulière : vous seriez celle qui a prétendu défendre la société en assumant de laisser mourir ses prisonniers. Celle qui aura vidé les prisons, oui ; mais dans des cercueils. Car nous savons hélas que les enfermé.e.s ne seront pas considérés comme des personnes à sauver en priorité quand il s’agira de faire le tri dans des hôpitaux ravagés par les politiques de votre gouvernement et des précédents.

« Les prisonniers et les vieux, on s’en bat les couilles ! Nos vieux, on les laisse crever comme dans une cellule. »xv

Si tel était le cas, nous serions alors tentés de vous demander, en guise de formule de politesse, Madame la ministre des tribunaux et des prisons, d’avoir l’obligeance de manger vos morts.

L’Envolée, le 9 avril 2020,
avec les communiqués et lettres de prisonniers de Rennes-Vézin, Béziers, Meaux-Chauconin, Uzerche et Seysses

i Communiqué collectif de la prison de Rennes-Vézin (35), 23 mars 2020, signé et relayé dans d’autres prisons de France : http://lenvolee.net/nous-detenus-bloquons-les-prisons-de-france/
ii Intervention d’un prisonnier de la Maison d’arrêt de Seysses (31), 20 mars 2020 : source IAATA, https://twitter.com/iaata_info/status/1241367099345375232
iii Lettre de Heisenberg, prisonnier à Meaux-Chauconin (77), adressée à L’Envolée le 30 mars 2020 et lue dans l’émission du 3 avril 2020 : http://lenvolee.net/emission-du-3-avril-2020/
iv Revendications des prisonniers du centre de détention d’Uzerche (19), lors de la mutinerie des 21 et 22 mars : http://lenvolee.net/les-prisonniers-du-centre-de-detention-duzerche-montent-sur-les-toits-et-exigent-des-mesures-contre-lepidemie/
v Ibid.
vi Ibid.
vii Communiqué du centre pénitentiaire de Béziers (34), 23 mars 2020 : http://lenvolee.net/face-au-covid-19-en-prison-amnistie-generale/
viii Communiqué collectif de la prison de Rennes-Vezin (35), 23 mars 2020, signé et relayé dans d’autres prisons de France : http://lenvolee.net/nous-detenus-bloquons-les-prisons-de-france/
ix « Prisons : réduire la surpopulation pour éviter la crise sanitaire », communiqué commun de l’Association des avocats pour la défense des droits des détenus (A3D), l’Association nationale des juges de l’application des peines (ANJAP), l’Observatoire international des prisons-section française (OIP-SF), le Syndicat des avocats de France (SAF) et le Syndicat de la magistrature (SM), le 18 mars 2020 : https://oip.org/communique/prisons-reduire-la-surpopulation-pour-eviter-la-crise-sanitaire/ . « L’inégalité des vies en temps d’épidémie » tribune de Didier Fassin dans le journal Libération le 18 mars 2020 :https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169. « Vos consignes, contradictoires et sibyllines, sont incompréhensibles », lettre ouverte de l’Association des avocats pour la défense des droits des détenus (A3D) à Nicole Belloubet, ministre de la justice, le 31 mars 2020 : https://www.association-a3d.fr/articles/52815-vos-consignes-contradictoires-et-sibyllines-sont-incomprehensibles.
x Lettre de Heisenberg, prisonnier à Meaux-Chauconin, adressée à L’Envolée le 30 mars 2020 et lue dans l’émission du 3 avril 2020 : http://lenvolee.net/emission-du-3-avril-2020/
xi « Qui es-tu Nicole Belloubet, pour t’asseoir à ce point sur les libertés publiques ? », tribune de l’avocate Hannelore Cayre parue dans le journal Libération le 31 mars 2020 : https://www.liberation.fr/debats/2020/03/31/qui-es-tu-nicole-belloubet-pour-t-asseoir-a-ce-point-sur-les-libertes-publiques_1783694
xii Communiqué collectif de la prison de Rennes-Vézin (35), 23 mars 2020, signé et relayé dans d’autres prisons de France : http://lenvolee.net/nous-detenus-bloquons-les-prisons-de-france/
xiii Intervention d’un prisonnier de la Maison d’arrêt de Seysses (31), le 20 mars 2020, Mediapart :  https://www.mediapart.fr/journal/france/200320/coronavirus-en-prison-des-detenus-prennent-la-parole
xiv Intervention filmée d’un prisonnier du CD d’Uzerche (19), le 22 mars 2020. Vidéo privée.
xv Laurent Jacqua, ex-prisonnier longue peine, interrogé par L’Envolée. Entretien à l’émission de radio de L’Envolée du 3 avril 2020 :http://lenvolee.net/emission-du-3-avril-2020/
Dessin de www.gwentomahawk.com