Archives par mot-clé : JC Merlet

ÉMISSION DU 8 MAI 2020 : les prisonnier.es face au confinement, semaine 8 : retour sur deux mois de mensonges d’Etat (parloirs, libérations, suspensions de peines…).

L’Envolée – émission du 8 Mai 2020 (1h30)

Après 32 flash infos quotidiens et 8 émissions hebdo pour pallier à l’absence de parloirs ; malgré la dite réouverture des parloirs on continue une semaine de plus.
Un énorme merci aux 17 radios FM et aux 5 web radios qui ont diffusé L’Envolée partout en France et en Belgique.

  • Clin d’œil : Olivier parle de la fin du procès de la destruction du QMC de Valence en 2016 et du soutien dans la salle pour Romain.
  • RETOUR SUR LES DEUX MOIS DE CONFINEMENT autour des déclarations de Nicole Belloubet, ministre des tribunaux et des prisons :
  • Deux mois de lettres et nouvelles de très nombreuses prisons et Centres de rétention administrative.
  • Retour sur le nombre de prisonniers et prisonnières contaminé.es à l’intérieur : sans test, les chiffres n’ont aucun signification.
  • Il n’y a pas eu de maintien des liens familiaux. L’arrêt des parloirs n’a pas été compensé, les cabines étaient rarement accessibles.
  • L’enfer de l’incertitude pour les prisonniers et les prisonnières à propos de la contamination : une dépossession ultime.
  • Les paroles collectives et révoltes des prisonniers et des proches notamment à Uzerche, Béziers Rennes, Borgo et Ajaccio.
  • L’imposture des libérations : la ministre des prisons et des tribunaux avoue qu’il y a eu très peu de libérations. Les prisonniers -comme ceux de Borgo- ne cessaient de le répéter.
  • Les matons ont repris le monopole du commerce à l’intérieur.
  • Fausse réouverture des parloirs le 11 mai : des situations très disparates en fonction des prisons, réduction du temps des parloirs, impossibilité d’aller à plus de 100 km, interdiction pour les moins de 16 ans, pleins pouvoirs aux matons pour faire respecter les gestes barrières…
  • Lettre de Seb prisonnier malade, enfermé à Metz.
  • Retour sur la situation de Jean-Christophe Merlet, enfermé au CD de Nantes, qui demande une suspension de peine pour raison médicale ; témoignage de soutien de Derka.

FACE AU COVID-19 EN PRISON : AMNISTIE GENERALE !

Depuis 2001, L’Envolée, c’est une émission et un journal pour en finir avec toutes les prisons faits par d’anciens prisonniers et prisonnières et des proches pour relayer la parole des enfermé.e.s.
L’abonnement au journal est gratuit pour les prisonniers et prisonnières qui en font la demande. L’épidémie de Coronavirus a de lourdes conséquences en prison. C’est pourquoi, face à la gravité de la situation, nous avons décidé de produire un bulletin d’information quotidien de vingt minutes, que vous pouvez écouter chaque jour de la semaine sur la FM, les plateformes de podcast et sur lenvolee.net, en plus de l’émission du vendredi qui est maintenue.

Les émissions sont diffusées toute la semaine sur les ondes des radios : FPP (région parisienne, 106.3), Canut (Lyon 102.2), MNE (Mulhouse 107.5), Campus (Clermont-Ferrand 93.3), Clé des Ondes (Bordeaux 90.10), La Locale (Saint Girons 97.3), Prun’ (Nantes 92.0), Jet FM (Nantes 91.2), Galère (Marseille 88.4), Campus (Grenoble 90.8), Campus (Dijon 92.2), Panik (Bruxelles 105.4), St Affrique (Montauban 96.7), Dio (Saint Étienne 89.5), RKB (Guingamp 106.5), Vassivière (Royère 88.6), Canal Sud (Toulouse 92.2).
Toutes les émissions sont aussi écoutables sur les plateformes de podcast.

Il est plus que jamais nécessaire de ne pas laisser les prisonniers et les prisonnières seuls face à l’arbitraire de l’administration et de faire entendre leur voix. Nous relayons les actions collectives et individuelles dont vous nous informez ainsi que des témoignages directs sur la situation à l’intérieur. Tenez-nous au courant par tous les moyens à votre disposition. Nous diffuserons les messages vocaux et les textos de prisonniers et de prisonnières que vous nous enverrez. Nous lirons également les messages que les proches privés de parloir nous demanderont de passer.


Notre numéro de téléphone : 07.52.40.22.48 (whatsapp, telegram, signal, appels et textos). Pour écrire : Radio FPP – L’Envolée, 1 rue de la solidarité, 75019 Paris, ou encore à lenvolee.net, sur contact@lenvolee.net et sur instagram, twitter, facebook & snapchat.


Musique : Baby Huey « Hard Times », Fliptrix « War To Your Door », LKJ « Fite Dem Back ».


Podcast (clic droit –> « enregistrer la cible du lien sous »)

L’administration pénitentiaire et la justice auraient-elles intérêt à ce que M. Merlet meure en cellule ?

L’administration pénitentiaire n’aime pas la lumière ; le corporatisme y fonctionne à plein régime pour cacher ce que l’on nommerait poliment des bavures si elles n’étaient pas structurelles. Nous nous permettons de penser que les diverses plaintes que M. Merlet actuellement détenu au CD de Nantes a déposé contre des membres de l’administration pénitentiaire pour des faits de violences sont la cause de son maintien en détention, et d’un certain acharnement de cette administration et de celle de la justice à son encontre.

L’Envolée est saisie par la famille et des amis de M. Jean-Christophe
Merlet non seulement pour dénoncer la situation sanitaire dans
laquelle il est maintenu mais aussi pour rendre publics les
agissements de membres de l’administration pénitentiaire et du
ministère de la Justice.

Alors qu’il est handicapé et souffre de diverses pathologies sévères
(respiratoires et neurologiques), alors qu’il est coincé dans un
fauteuil roulant qu’il a de plus en plus de mal à actionner, alors que
son état a été jugé incompatible avec un maintien en détention depuis
2017 (rapport médical à l’appui), alors qu’il est conditionnable
depuis 2016, Jean-Christophe Merlet est actuellement incarcéré au CD
de Nantes, dans des conditions inadmissibles. Une première requête
en suspension de peine pour raison médicale déposée en mai 2017 a été
refusée en juillet… 2019.

Depuis plusieurs mois déjà, une nouvelle requête en suspension de
peine a été déposée sur le bureau de la juge d’application des peines,
Mme Briand.
La semaine dernière, l’avocate de M. Merlet a eu la bonne
surprise d’apprendre qu’un nouveau passage en commission d’application
des peines était prévu pour ce mercredi 6 mai. Nous nous réjouissons
de cette soudaine accélération…

Malheureusement, notre joie s’arrête là. En effet, Mme Briand,
profitant d’une procédure permise par la LOI n° 2020-290 du 23 mars 2020 d’urgence pour faire face à l’épidémie de covid-19, a prévu
que la commission se tienne « hors débat contradictoire »,
c’est-à-dire sans la présence de M. Merlet. Notons au passage, d’une
part, que de très nombreux avocats ont déjà déposé des recours pour
contester ce qui constitue  « une atteinte manifeste aux droits de
l’accusé et à ceux de la défense » ; et d’autre part, que tous les JAP
de France ne procèdent pas de la sorte. Il s’agit donc d’un choix
délibéré de Mme Briand de ne pas avoir à entendre de la bouche de M.
Merlet la description de son quotidien en détention :
fauteuil-lit-fauteuil-lit-lavabo-fauteuil-lit, 24h/24 en cellule.
Rappelons encore une fois que M. Merlet ne dispose ni d’une cellule
adaptée à son handicap (donc pas de douche possible), ni d’un suivi
médical par l’UCSA (Unité de consultation et de soin ambulatoire) en
rapport avec son état ; ni d’aucune aide pour se déplacer alors que
ses membres sont gagnés par la paralysie.

Mais surtout, en procédant de la sorte – une commission sans M. Merlet
–, Mme la JAP et M. le procureur de la République n’auront pas à
entendre ce que J.C. Merlet ne cesse de répéter depuis quatre ans, et
qui a donné lieu aux diverses plaintes qu’il a déposées 
; plaintes
qui, comme souvent dans ce genre d’affaires, semblent rester lettre
morte. Puisque personne au sein des institutions judiciaire et
pénitentiaire ne veut entendre ce que M. Merlet dénonce, nous nous
devons de le rendre largement public aujourd’hui.

Le 26 août 2016, à la centrale de Saint-Martin-de-Ré, M. Merlet se
fait tabasser par une équipe de surveillants
particulièrement violents
et clairement identifiés au sein de la pénitentiaire et au-delà (Cf.
le documentaire « A l’ombre de la République », de Stéphane Mercurio).

Ce passage à tabac est en grande partie responsable de l’état de santé
dans lequel il se trouve.

Ce passage à tabac est survenu quelques semaines après que M. Sambaly Diabaté, un autre prisonnier de la centrale de St-Martin-de-Ré, a trouvé la mort entre les mains de certains surveillants. Le 9 août
2016, M. Merlet avait assisté au début des violences qui ont abouti à
la mort de M. Diabaté.

La famille de M. Diabaté s’est portée partie civile et la plainte est
en cours. Une reconstitution de l’affaire a eu lieu en janvier 2020
alors même que tous les témoins n’ont pas été entendus. C’est
notamment le cas de M. Merlet, qui aimerait être entendu sur ces faits
pour aider à établir la vérité sur la mort de M. Diabaté.

Le 18 mai 2017, M. Merlet porte plainte à son tour pour « violence en
réunion commise par du personnel pénitentiaire » contre trois
surveillants pour le tabassage qu’il a subi fin août 2016
. Deux ans
plus tard, le 6 août 2019, voyant que sa plainte n’avance pas, il
porte plainte
pour des faits de menaces et de dissimulation d’actes
graves – aussi bien les violences qu’il a subi, que la mort de M.
Diabaté –, contre une juge d’application des peines de La Rochelle,
Mme. Gratacos, contre la vice-procureure de La Rochelle Mme. Ahras, et contre Mme Manaud Bénazéraf, directrice de la centrale de Saint-Martin-de-Ré au moment des faits.

Dans le cadre de l’instruction de ces plaintes, nous savons qu’au
moins une personne n’a pas été entendue : un agent de l’administration
pénitentiaire en poste à Saint-Martin-de-Ré à l’époque,
démissionnaire depuis, que M. Merlet cite comme témoin des agissements
de la direction à son égard.

Entretemps, au sein même de l’AP, la mort de M. Diabaté à eu de
notables effets 
dont le quotidien Sud ouest a fait état dans de
nombreux articles : « Un rapport de l’inspection des services
pénitentiaires rendu à l’automne 2016 ainsi que différents témoignages
pointent divers dysfonctionnements et mettent en cause 10 ou 12
personnes, y compris des membres de l’encadrement alors en poste à la
centrale de Saint-Martin-de-Ré.
 » Un mois plus tard, le 1er décembre
2016, un surveillant se donne la mort alors qu’il a été convoqué en
vue d’une possible mise en examen.  « Un autre surveillant dont la
participation aux évènements du 9 août 2016 est attestée s’est
également donné la mort en avril 2017.
 » En décembre 2017, un
troisième surveillant « également impliqué dans les évènements du 9
août » fait une tentative de suicide à la centrale de Saint-Martin-de-Ré.

Il faut rappeler, à toutes fins utiles, que la directrice qui était en
poste à St-Martin-de-Ré en 2016 – et contre laquelle M. Merlet a donc
porté plainte – n’est autre que l’actuelle directrice du CD de Nantes,
Mme. Manaud-Bénazéraf.
Par un mauvais concours de circonstances, elle
a pris la direction de cette prison quelques mois à peine après que
J.C. Merlet y ait été transféré début 2018. Avouez que c’est pas de
chance pour Jean-Christophe.

Il est effectivement compliqué de porter plainte contre la justice et
ses prisons. Nous savons que la plupart de ses affaires sont
étouffées.
Les plaintes contre des surveillants n’aboutissent que
rarement – notons ici la notable exception du 10 avril 2020, avec la
condamnation de 5 surveillants du CD de Val-de-Reuil… alors quand
elles impliquent des directeurs, des JAP, des procureurs, on y croit
encore moins.

A l’issue de la commission de mercredi, nous pouvons nous attendre à
ce que J.C. Merlet soit non pas libéré, mais plutôt transféré ou «
baluchonné » dans une autre prison pour tenter de l’isoler un peu
plus,
d’étouffer une nouvelle fois sa voix dérangeante en attendant
qu’il ait l’amabilité de crever au fond d’une cellule.

Soyons clairs : qu’on décrédibilise sa parole, qu’on brandisse sa
prétendue dangerosité (depuis son fauteuil !) ou qu’on prétexte un
quelconque manque au dossier, ça ne pourra désormais être compris que comme une ultime tentative pour le faire taire, le faire mourir entre les murs ; non pas pour la protection de la société mais pour la
protection d’une caste et des amitiés au sein d’une corporation.

De cette responsabilité, procureurs et juges d’application des peines
auront à répondre.

L’Envolée

« Lettre à Mme la ministre »

Vous pouvez lire ci-dessous des extraits d’une lettre adressée par des proches de J.C. Merlet à la ministre de tribunaux et des prisons le 01 mai 2020.

Madame la ministre,

Nous venons vers vous car nous sommes désespérés de la situation dans
laquelle se trouve M. Jean-Christophe Merlet, numéro d’écrou 66740,
incarcéré au CD de Nantes.

Il a été reconnu depuis mai 2017, inapte a la détention. Vu son état
de santé précaire, une demande de remise en liberté pour raison
médicale a été demandé par Maître de Oliveira. Cela fait plus d’un an,
on vient seulement d’apprendre que la juge d’application des peines
Mme Briand a prévu de juger cette demande le 6 mai 2020, en séance «
hors débat », donc sans la présence de M. Merlet, sous prétexte du
Covi19.

Va t il rester en prison malgré son problème de santé ?

Malheureusement oui, car depuis qu’il a porté plainte à plusieurs
reprises suite aux agressions qu’il a subit par 9 surveillants de la
centrale de St-Martin-de-Ré, et qui sont la cause de son handicap a
vie, l’affaire a été étouffée […].
M. Merlet a déposé plainte le 06 Aout 2019 contre la procureur Mme
Ahras, la juge et la directrice de détention Mme
Manaud-Bénazéraf afin de faire connaître la vérité […].
Tout ça parce que M. Merlet a été témoin des violences des
surveillants qui ont causés la mort de M. Sambaly Diabaté le 9 aout
2016, à la prison de St-Martin-de-Ré.
M. Merlet veut témoigner et demande que son témoignage soit entendu
afin que la vérité soit enfin dite a la famille de  M. Sambaly
Diabaté.
Madame la Ministre, nous aimerions savoir si c’est ça la justice? […]

Madame La Ministre la vie de cet homme est entre les mains de la
justice, j’espère simplement qu’il ne décédera pas en prison et que la
justice de ce pays fera le nécessaire pour que ses droits ne soient
pas bafoués.

Veuillez agréer Madame la Ministre nos salutations respectueuses,
Les amis de Mr Merlet

ÉMISSION DU 1er MAI 2020 : les prisonnier.es face au confinement, semaine 7 : proches et prisonnier.es tiennent le cap.

L’Envolée – émission du 1er Mai 2020 (1h30)
  • Clin d’œil : Olivier parle des QMC, prisons les plus sécuritaires de France, pendant le procès de la mutinerie de Valence en 2016.
  • Contaminations covid-19 en prison, on touche du bois : pas de cluster jusqu’ici. Mais toujours pas de parloirs !
  • Point sur le peu d’informations qui circule sur le retour des parloirs avec le déconfinement : mépris des familles et des prisonnier.e.s alors que le maintien du lien familial est impératif et urgent.
  • Retour sur les difficultés rencontrées lors des recours actuels et le climat dans les tribunaux, sous cette « justice de confinement ».
  • Topo sur la situation de Jean Christophe Merlet, prisonnier handicapé dont l’état de santé se dégrade. Nous attendons sa libération, bien que la période aurait déjà dû la rendre effective: acharnement de l’administration pénitentiaire ?
  • Lettre des proches à la ministre des tribunaux et des prisons : mise en danger des personnes privées de liberté, plus de 150 proches se sont mobilisé.e.s pour la signer (contactez-nous pour participer !)
  • Billet d’humeur : face à la répression en banlieue et dans les quartiers populaires, colère et parallèle avec les révoltes de 2005.
  • Des nouvelles des prisons pour étrangers. A Lille : blocage pour soins et tests, transfert des personnes considérées comme « meneuses » à Metz. Une cinquantaine de personnes expulsées vers la Roumanie ce jeudi, des prisonniers Mesnil-Amelot et de Lille. Pressions pendant le Ramadan.
  • Lecture de témoignages de prisonniers du CRA de Vincennes.
  • Début d’un tour du monde des révoltes et mouvements en prison : traitement des prisonnier.e.s palestinien.ne.s, gros mouvements des prisonnier.e.s argentin.e.s (lecture du manifeste des prisonnières et ex prisonnières d’Ezeiza) et brièvement aux États Unis.



Billet d’humeur :
C’EST PAS LA GUERRE SANITAIRE,
C’EST LA GUERRE DES FLICS CONTRE LES JEUNES
Comptez pas sur les grands frères pour éteindre le feu en banlieue

2020 : le Coronavirus arrive. Confinement oblige, les quartiers sont déserts. Comme partout en France, les centaines de morts annoncés chaque jour font flipper même les petits qui sont habituellement posés tranquilles en bas des tours. Ils restent à la maison, où ils sont parfois dix à s’entasser les uns sur les autres dans un f2 ; donc effectivement, de temps en temps, un bol d’air s’impose… mais les flics s’emballent. Ils règnent en maîtres absolus dans les tristes rues désertées, mettent les bouchées doubles, collent des amendes même quand les consignes sont respectées. Insultes, humiliations, violences, torture… ils vont parfois jusqu’à tuer. Depuis le début du confinement, cinq personnes sont mortes suite à des contrôles d’attestation, et on ne compte plus les vidéos de contrôles abusifs ; les autorités détournent le regard comme si c’était normal. Quinze ans après les émeutes de 2005 en banlieue, c’est toujours le même mépris, le même aveuglement volontaire ; toujours le même permis de tuer.

Samedi 18 avril, un jeune homme roule à moto à Villeneuve-la-Garenne. D’après les témoins, à un feu tricolore, le deux roues arrive à la hauteur d’une voiture de flics banalisée et un des flics ouvre la portière du côté du motard, le blessant grièvement à la jambe. La portière comme arme par destination – s’il s’agissait d’un citoyen lambda. Des centaines de vidéos montrent les moments qui ont suivi ce drame : on entend les gens dire aux flics qu’ils ont merdé, que c’est grave ; la colère gronde de partout. Le bruit court que le gars aurait perdu sa jambe…

C’est la goutte qui fait déborder le vase. Y a plus de Covid-19, plus de confinement. Plus que le ras-le-bol de subir – et on retourne quinze ans en arrière : la france crâme. C’est pas la guerre sanitaire, c’est la guerre des flics contre les jeunes. Comme en 2005, la presse reste très discrète, les grands médias préfèrent gloser en boucle sur le déconfinement du 11 mai. Une fois de plus, on dirait que les jeunes des quartiers populaires peuvent bien crever. Au lendemain des affrontements, le ministère de l’Intérieur indique dans un communiqué de presse que “des médiateurs sont déployés par la commune de Villeneuve-la-Garenne”.

2005 : Zied et Bouna, deux gamins assassinés impunément par les flics. A l’époque, on est beaucoup à s’être battus à coup de pierres face aux armes des condés qui n’hésitaient pas à nous tirer dessus à balles réelles. Sarkonar – le ministre de la Justice de l’époque – voulait passer la population de ces endroits où on crève assassiné par la police au Karcher. On est aussi beaucoup à avoir été incarcérés après ces combats de rue, pour incendie de véhicule, lancer de cocktails Molotov, jet de projectiles divers sur les bleus depuis les fenêtres – au bout de ces trois semaines intenses, il restait presque plus un seul micro-ondes dans le quartier ! On est beaucoup à pas avoir oublié les images de la télé qui disait que ça faisait les gros titres dans le monde entier : “Ça brûle dans les quartiers populaires de France.” Ceux qui ont vécu ça, on les appelle maintenant les “grands frères”… et c’est eux, devenus “médiateurs”, que la mairie de Villeneuve-la-Garenne “déploie” pour apaiser ceux qui ont vu l’un des leurs volontairement blessé par la police ?

Comment imaginer une seconde que ceux qui ont vécu cette époque iront calmer leurs mômes ou leurs petits frangins ? Ce serait hypocrite de chercher à juguler la juste colère de ceux qui savent qu’ils ne sont jamais entendus et qui veulent simplement que la vérité éclate. Ils peuvent tout au plus endurer la souffrance de les voir revivre la même guerre qu’eux à quinze ans d’intervalle… et leur dire de faire attention à eux, et de faire attention les uns aux autres. Ne pas se laisser faire, c’est ne pas se laisser mourir, et c’est ce que font ces jeunes pleins de courage. Quelle insolence de la part de ces costumes-cravates. Comme si les anciens n’avaient pas de cœur ! Qu’ils sachent que Zied et Bouna restent les petits frères de toute une génération. Les autorités s’en doutent probablement, puisqu’elles lancent en même temps des poursuites contre les parents des jeunes émeutiers, comme déjà en 2005. Oui, on a grandi ; mais pas oublié, ni pardonné.


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Musique : O’Jays « Give The People What They Want », Kokomo Arnold « I’ll Be Up Someday », Lino « Qui Peut Comprendre », Nessbeal « A Chaque Jour Suffit Sa Peine ».


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