Et 4 de plus qui font … 2042

 

 

Compte Rendu du Procès de Fabrice Boromée le 16 juillet 2019 à Tarascon

16 juillet 2019,14h. Fabrice Boromée est jugé au Tribunal de Grande Instance de Tarascon pour des faits de violence sur un agent de la pénitentiaire lors de son enfermement à la centrale d’Arles.

Incarcéré depuis 8 ans en métropole, Fabrice vit depuis 7 ans à l’isolement. Autant dire que l’arbitraire de l’Administration Pénitentiaire (AP), il connaît : isolement total, négligence dans les soins médicaux, humiliations et violence. Une torture carcérale qui confirme sans  aucun doute que la peine de mort (à petit feu) n’a pas été abolie, ni les QHS fermés.

Une histoire de lentilles

Le 2 décembre 2014, Fabrice Boromée est incarcéré à Arles. Au moment de la distribution du repas, l’absence d’une barquette de lentille déclenchera une altercation entre Fabrice et le surveillant Christian Dumont. Ce dernier s’en sort avec 3 jours d’ITT.

Si Fabrice reconnaît les faits, il en précise les raisons : s’il a frappé ce maton, c’est en réponse aux multiples provocations de sa part, et c’est également en vue de le prendre en otage afin de dénoncer ses conditions de détention et de revendiquer son transfert en Guadeloupe pour rapprochement familial.  Si le motif avancé prend une ampleur inédite avec cet aveu, cela ne trouble pas juge et assesseurs qui se contentent des déclarations de l’ AP : le surveillant n’y est pour rien, Fabrice ment, et les motifs de son agression sont bien une histoire de lentilles … et surtout pas des conditions de détentions inhumaines.

Ne pas comprendre pour mépriser

Si les motifs exprimés par Fabrice n’ont pas trouvés d’oreilles attentives, c’est d’abord parce que ce dernier ne se fait pas entendre. Le débit de sa parole est rapide et saccadé (Fabrice bégaie de plus en plus depuis qu’il est à l’isolement), son accent créole est prégnant, et son attitude trop « vindicative », pas assez lisse et soumise… En conséquence, le tribunal ne comprend visiblement qu’un mot sur deux.

Ne pas comprendre c’est aussi simplifier à l’excès. Pour cerner un coupable, on établit sa « personnalité ». Pour Fabrice, cela s’est limité aux 18 « mentions » inscrites dans son casier judiciaire, dont la majorité l’ont été pendant sa détention. Cette longue litanie « de rébellion et violence » n’a pas pour but d’éclairer les juges sur la situation et la trajectoire de Fabrice, mais bien de le décrire comme l’inhumain qui mérite son sort. Pour l’avocat de la victime, la « personnalité » de Fabrice est dès lors « inquiétante », « une haine dont le détenu a fait la preuve » ; « une  fureur […] une violence inacceptable intolérable et grave », complétera le procureur….

             Après tout, peut-être qu’une liste de décisions de justice suffit à créer un monstre, à pourrir la vie des gens et faire d’un minot des rues un homme qui n’a plus rien à perdre. Mais alors il faut tout dire : mise en institution avec séparation de la fratrie à la mort de sa mère quand il a 8 ans, placement dans une famille d’accueil violente, première incarcération à 16 ans, puis déportation en métropole pour purger une peine de 8 ans prononcée en 2010 (la dernière pour des faits commis dehors), refus de permission pour l’enterrement de son père, nouvelles peines « internes », violence d’agents pénitenciers ayant entraîné une surdité totale d’une oreille…etc.

Un monstre, vous dit-on ! Qui mérite son sort et que l’on doit mépriser. C’est en quelque sorte ce que s’est évertué à faire l’un des juges quand, comble du cynisme ou de l’ignorance, il interroge Fabrice sur ses conditions de détention. Mais, précisera-t-il « pouvez-vous nous dire deux mots, sans que ce soit trop long ». Outre l’ignorance d’un quotidien dans les Quartiers d’Isolement des prisons française (vite rebaptisé les « tombeaux secrets » par les détenus), ce juge souhaite donc que Fabrice s’exprime succinctement. Il le fera simplement : « ma tête est sur le billot… je suis l’homme à abattre ».

Le procureur aura, quant à lui, une attitude plus directe dans le mépris et l’insulte, en attribuant à Fabrice « un niveau de réflexion zéro ». Clair et limpide !

Chronique d’une mort annoncée

Il est 15h. L’audience aura duré moins d’une heure. Le délibéré est sans surprise : 4 ans ferme. A ce jour, entre 16 et 38 ans, Fabrice aura donc passé 7 mois dehors. Il est dorénavant libérable en 2042. Néanmoins, il lui reste encore deux procès pour des faits similaires où Fabrice dénonçait ses conditions de détention et réaffirmait sa volonté d’être transférer en Guadeloupe. Encore une occasion de rallonger la peine…

Quant à la « victime », c’est du velours: les indemnités s’élèvent à un peu plus de 46 000€. « il s’est offert une villa sur ton dos » blagueront les ERIS qui ont escorté Fabrice de la prison au tribunal.

A la fin de l’audience, la loi impose au juge de laisser la parole à l’accusé. Fabrice en profitera pour rappeler une évidence : « Si la directrice que j’avais vue le matin même m’avait écouté, avait pris en compte mon besoin de renter chez moi, avait entendu que la pression montait, rien de tout ça ne se serait passé. Mais elle m’a mal parlé, a été méprisante et voila où on en est aujourd’hui ».

Hélas pour Fabrice, l’AP ne cherche pas l’apaisement. Contacté par téléphone il nous informe que son régime d’isolement a été prolongé par la Garde des Sceaux  au motif que « refuser de sortir de sa cellule pour aller seul en promenade ou en salle de sport prouve  une inaptitude à la vie sociale minimale requise pour être en bâtiment comme les autres prisonniers. » Fabrice avoue en effet avoir peur que les déplacements, menotté et entouré d’une demi douzaine d’agents équipés et provocateurs, ne  soit qu’une occasion pour la matonnerie de se venger et de le frapper à mort, en réponse à ses multiples tentatives de prises de parole concernant son régime de détention.

 Il poursuit (en français, la seule langue qui lui permet de communiquer depuis 7 ans car ni les surveillants ni ses codétenus ne parlent créole, sa langue maternelle, et qu’il n’a pas de parloirs avec sa famille restée en Guadeloupe) : « ils ont déjà tué le guadeloupéen en moi […] . Maintenant, tous les matons de France me connaissent, les syndiqués veulent ma peau suite aux prises d’otage que j’ai tentées. Je ne serai en paix nulle part. L’ulcère me fait super mal au ventre. Mon père me manque, ma famille me manque. C’est trop de souffrance tout ça ! »

 

       Quelques potes et témoins présents au tribunal le 16 juillet 2019

 

CONDE-SUR-SARTHE : CE QUI SE DIT A LA TELE, C’EST FAUX!

retranscriptions de vidéos sorties de la centrale de Condé-sur-Sarthe au printemps 2019

Ce printemps, les matons de Condé-sur-Sarthe ont bloqué la taule ; prisonniers, familles et proches ont vécu l’enfer pendant près d’un mois. Au terme de ce mouvement, les matons ont obtenu un nouveau durcissement des conditions de détention (voir L’Envolée N°50). Depuis, les prisonniers de Condé prennent la parole pour demander leur transfert, soit par des prises d’otage comme Francis Dorffer le mardi 11 juin, soit par des départs de feu en cellule comme le 4 juillet, soit en se filmant pour dénoncer les conditions de leur enfermement. Nous reproduisons ici les propos qu’ont tenu des prisonniers de Condé-sur-Sarthe dans des vidéos datées du 2 juin, qui sont apparues sur Internet deux semaines plus tard.

« Il est 23 h 12. Je tiens à m’exprimer encore sur les conditions de vie qui se passent actuellement à Condé-sur-Sarthe. Cela fait actuellement huit mois que je suis incarcéré ici. Avant que je vienne ici, j’étais incarcéré à la maison d’arrêt  de Lyon-Corbas où tout se passait bien. J’avais une situation carcérale stable. Je pouvais parler de réinsertion ; mais depuis mon arrivée ici, tout se dégrade. Notamment à cause de ce qu’il s’est passé le 5 mars 2019. Bon, moi je ne suis pas d’accord avec ce qui s’est passé, bien entendu. Je ne suis pas d’accord avec les faits qui se sont passés : l’agression. Il faut savoir qu’ici on qualifie l’acte qui s’est passé d’attentat ; alors que ces actes-là, y en a un peu partout dans les prisons de France, et on les qualifie pas d’attentat. Apparemment, il aurait crié Allah akbar, ou je sais pas trop quoi ; c’est pour ça qu’on dit que c’est un attentat… alors que moi, je verrais ça plutôt comme une agression. Bon, après, c’est mon ressenti, mon opinion personnelle. Bref. Sur quoi je voulais me focaliser : actuellement rien n’est mis en place… je sais que je me répète souvent, mais rien n’est mis en place pour la réinsertion. Les détenus sont livrés à eux-mêmes. On est là. On attend. On a une heure de promenade. Il faut savoir que je suis actuellement à un étage qu’ils appellent le « contraint » : on est contraint, en fait, et on est activement surveillé 24 heures sur 24. D’ailleurs, les passages à l’œilleton sont récurrents : c’est tout le temps, et c’est fatiguant. C’est épuisant.  Mais moi, ce qui m’énerve le plus, c’est qu’il n’y a rien de fait pour qu’on soit réinsérés à la société. Rien du tout. Ça veut dire, déjà, que nos liens familiaux, ils sont en train de les briser ; parce que ce qu’il faut savoir, c’est qu’ils ont maintenant instauré le système de fouille automatique des familles : qu’ils sonnent ou qu’ils ne sonnent pas, on les palpe. Palpation… et si ils ont un doute, la police fait son entrée et fouille à nu les familles qui viennent nous voir. Donc ça, moi je trouve ça complètement fou ; c’est pas normal, ça. C’est vraiment pas normal. Alors qu’il y a rien ! Leur couteau, soit disant en céramique, qui était entré… On a pas de retour de l’enquête, en fait… Ils disent qu’il y avait une ceinture d’explosif, qu’il y avait un couteau en céramique… Alors qu’à l’UVF [Unité de vie familiale – appartement-prison où les familles peuvent venir se faire enfermer auprès de leur proche pour passer jusqu’à 48 heures avec lui], il y a déjà des couteaux ! Je comprends trop pas…

Enfin, c’est pas ça le sujet. Le problème, c’est qu’ils nous réinsèrent pas du tout. Ils font rien pour nous. Y a rien qui change. Et on doit attendre… On s’abstient et on attend. On est constamment fouillés. Vous allez peut-être penser que c’est pas vrai parce que là, je suis entrain de me filmer, mais on est constamment fouillés. Et ce avec quoi je suis en train de me filmer, d’ailleurs, a été clairement donné par l’administration pénitentiaire, si je peux me permettre. Ça va peut-être vous sembler fou : dans cette centrale la plus sécurisée de France, ils arrivent quand même à avoir des trucs pour se filmer ? Ben, j’ai envie de vous dire, aucun système n’est infaillible : la preuve ! Et voilà quoi, c’était pour ça que je voulais m’exprimer ; mais surtout, je mets l’accent sur le fait qu’il n’y a rien qui est mis en place pour la réinsertion. Rien du tout… Au contraire, ils sont là, ils nous provoquent, ils nous poussent à la faute pour pouvoir justifier tout ce qu’ils sont en train de mettre en place. Notamment les fouilles des familles, les fouilles systématiques des détenus, les palpations systématiques des détenus, la surveillance à outrance. Alors que… je veux bien être surveillé, mais faut aussi me réhabiliter dans la société. C’est bien facile de me surveiller, mais pour ce qui est de la réhabilitation, on n’en parle pas. Donc, en fait, si je comprends bien, je serais voué à rester comme ça …à rien faire de ma vie, en fait. A rester comme ça : tous les jours une heure de promenade, et je rentre dans ma cellule et je m’abrutis avec la télé. J’apprends rien. Même pas possible d’aller à la bibliothèque, parce que ceux qui se retrouvent au [quartier] contraint… on a pas de bibliothèque, on a pas d’activité socio. Et même pour ceux qui sont en bâtiment normal c’est pareil : ils ont pratiquement le même système que nous. Ils sont fliqués… Moi, je demande pas de souplesse à leur système, ils font ce qu’ils veulent, mais juste de la réhabilitation pour les détenus ; c’est tout. »

« M’dame Belloubet, on vous fait un petit topo de tout ce qu’il se passe à Condé-sur-Sarthe. Vous voyez, on n’a toujours pas nos affaires. Vous voyez, moi je me trouve sans plaque [chauffante]. Soit-disant, ma plaque elle est arrivée toute neuve, toute fraîche. On me l’a ouverte, on me l’a démontée… et maintenant on me dit d’acheter une autre plaque ! Maintenant j’utilise un four, sans grille, sans plateau. Vous voyez, c’est comme ça que je me chauffe de l’eau, en fait. Voilà, il faut savoir que les Eris qui sont venus pendant la manifestation, qu’est ce qu’ils nous ont fait ? ils nous ont battus. Regardez, on m’a arraché les cheveux là [Il montre à la caméra.]. On a essayé de m’étrangler. On m’a mis le nez comme ça, avec les doigts [il montre à la caméra qu’il s’est fait mettre les doigts dans le nez et tirer dessus]. Vous voyez ce que je veux dire. Et jusqu’à maintenant, ici, les gens – disons l’administration – ne nous fournissent pas nos affaires. Ils gardent nos affaires jusqu’à maintenant. Vous voyez ce que je veux dire… Là, je possède [dans ma cellule] même pas la moitié de ce que j’ai. J’ai un ordi, j’ai des écrans, j’ai une chaine hifi, j’ai des jeux, j’ai tout un tas de choses. On nous les donne pas. Soit-disant, on nous retire les grilles des fours [pour ne pas blesser des gens], mais regardez on a de quoi blesser les gens, on a des fourchettes, on a tout… donc en fait, ça n’a aucun sens. Y a pas de retour à la normale… Il y a des agents qui se mettent à crier à ricaner dans le couloir carrément en faisant des cris de singe et en disant : « Vive Marine ! Vive le FN ! » Voilà, c’est comme ça. Donc notre situation, là, on en a tous marre d’ici. On veut tous partir de Condé-sur-Sarthe parce que le retour à la normale n’est pas encore arrivé. Vous trouvez ça normal, ce que l’on vit ici ? Voilà, on vous cache des choses… On vous fait croire que le retour à la normale est déjà arrivé ; mais que dalle, en fait ! Donc on est dans cette situation. C’est ça qu’on vit. On se fait insulter. Et dès qu’on insulte, voilà, c’est rapport et cachot. A chaque fois la même chose. Moi on me dit : « Ta gueule, sale chien », des trucs comme ça. Voilà, c’est ça, ici. Et nos familles, quand elles viennent ici, elles se font fouillées, elles se font palper. Les petits bébés, ils se font mettre à nu. On leur retire les couches, carrément. Et c’est bien marqué « sous peine de poursuite » si on veut pas se faire palper devant eux.

Donc voilà, comment vous expliquer… y a un agent qui s’est rapproché de certains amis à moi, qui l’ont payé, et il m’a fait entrer un téléphone. Je l’ai reçu comme ça, en fait. Vu qu’ils nous donnent des trucs – des confitures, du café, du sucre, tout ça – le vendredi, ben je l’ai retrouvé là-dedans [il montre un sac en papier avec un numéro dessus] avec un petit mot. Vous voyez, il y a mon numéro d’écrou là-dessus. Ça faisait un petit moment que trois agents m’avaient approché par rapport à ça, en me disant que des amis avaient payé dehors pour pouvoir faire entrer un téléphone, pour pouvoir justement vous prouver ce qu’il se passe ici. Par rapport à votre commission d’enquête, j’espère que ça fera peut-être un peu avancer les choses, et qu’on aura un transfert. Parce qu’on ne peut plus vivre dans cette situation. Regardez, j’ai pratiquement rien. Toute la journée, je reste ici. Je vais en promenade tout seul, en fait. Une heure de promenade par jour. Sinon, 23 heures sur 24, je suis enfermé dans cette cellule tout seul. C’est ce qui se passe ici. En même temps, je vous montre aussi, quelques potes qui vont vous raconter ce qui leur arrive ici, parce que voilà, on a plus de droits. Rien n’est respecté ici. Y a plus rien qui est respecté. »

« Bon… Cette petite vidéo pour dénoncer les conditions de vie à Condé-sur-Sarthe, les conditions de détention de tous les détenus qu’il y a ici. Moi, en tout cas, je voudrais juste dénoncer ici le fait qu’il n’y a rien qui est mis en place pour la réinsertion, et que nos droits les plus fondamentaux ne sont pas respectés. Et puis, quand on veut se plaindre à la direction ou quoi que ce soit, on nous dit de passer par des avocats qui nous demandent des sommes exorbitantes pour pouvoir faire valoir nos droits ; alors qu’ici il n’y a même pas de travail, y a pas de formation, y a rien. Depuis les faits du 5 mars, c’est pire que le IIIe Reich, ici, parce qu’on est constamment fliqués, comme nos familles qui le sont aussi, qui viennent au parlu et qui se font palper comme si elles faisaient rentrer du PEP 500. Moi, je comprends pas moi. Donc moi, je dénonce toutes ces choses parce que ce n’est pas normal. Et je tiens encore une fois à préciser que le matériel avec lequel je suis entrain de me filmer, c’est bien un surveillant qui me l’a rentrer et c’est rien d’autre. C’est pas les familles. Tout ça, c’est du mensonge. Côté sécuritaire, ici, il y a zéro sécurité. Tout ce qu’ils [les matons] sont en train de faire devant l’opinion publique, c’est prendre des sous pour pouvoir se les partager entre eux. Tout… Ils demandent des choses qu’ils ne mettent même pas… Les gilets pare-balles, on les voit même pas avec. Ils ont demandé des gilets cache-cou, ou je sais pas quoi, là : ils ne les mettent même pas. Tout ça, c’est que du mensonge. Voilà, je dénonçais juste ce mensonge, pour que les gens comprennent un peu dans quoi on est, car ça commence à bien faire. Et, j’espère bien qu’ils vont venir me chercher pour me jeter au mitard et me faire partir de cette prison, parce que c’est plus possible… J’ai des charges que je peux même pas assumer ici. Ça veut dire quoi, ça ? Voilà, donc c’est ce que j’avais à dire sur Condé-sur-Sarthe ; et que c’est bien une prison de corrompus, ici. Ils font comme si c’était la prison la plus sécuritaire de France, mais tout ça c’est rien que des mensonges. J’espère que le message sera bien passé et que je serai compris. Ne prenez pas ça pour une provocation. C’est pas pour provoquer, c’est pour vraiment dénoncer ce qu’il se passe ici. Parce ma situation carcérale avant que j’arrive ici, elle était stabilisée. Je suis arrivé ici et tout a commencé à se dégrader. Ma fin de peine… Mes grâces, elles ont sauté… Tout a sauté… Et cerise sur le gâteau, on me met une fiche de radicalisé maintenant… incroyable… Tout ça pour que je ne sorte jamais de prison. C’est eux, en fait, qui créent les terroristes, c’est eux qui les créent, et après ils nous laissent dans la nature. Après ils font des trucs et ils disent que c’est nous les terroristes. C’est faux ! Moi, j’ai pas que ça à faire avec ces histoires. Donc voilà, je voulais juste dénoncer ça et j’espère que le message sera bien passé et qu’on comprendra le message. Ne prenez pas ça pour une provocation parce que cela n’a rien à voir avec ça. Voilà, merci ! »

« Aujourd’hui, je viens m’exprimer. Comme tous mes confrères vous ont dit, on est dans la même situation : ça va pas dans cette prison. J’espère que vous allez faire le nécessaire pour nous. Pour pouvoir cesser toute cette méchanceté, cette hypocrisie et toutes ces choses-là. Je tiens à vous faire part que j’ai déjà fait quatre demandes de transfert qui ont été refusées pour des motifs bidon. Du baratin, des motifs bidons. Des mensonges de surveillants. L’administration, ce sont des menteurs, des manipulateurs. Ils veulent juste faire de la répression pour te gâcher la vie. C’est ça la France ? Rhalala… Allez, peace and love ! »

« Je m’appelle Cédric Couloufa, je suis à la Centrale d’Alençon-Condé-sur-Sarthe. Je m’adresse à vous car ils sont entrain de bafouer mes droits. [La vidéo s’interrompt.] »

« Je suis le détenu dénommé Jordi, écrou 829, détenu à Condé-sur-Sarthe, dans une prison où il n’y a aucune réinsertion, aucune formation, aucune activité pour permettre de se réinsérer. Ça fait deux ans que je [La vidéo s’interrompt.] »

« Bonjour, nous sommes à Condé-sur-Sarthe. C’est un surveillant qui a fait entrer ça [le téléphone qui filme] à un détenu ; donc voilà, on subit des violences de la part de surveillants de Condé-sur-Sarthe. On subit des trucs bizarres… On a le droit à rien. On se fait insulter tous les jours, des mains au cul… Tout, tout, tout pour regarder si on a des téléphones dans le cul. A un moment donné, voilà, quoi. Ce qui se dit à la télé, c’est faux. Je vous remercie de faire tourner ça. Voilà, un détenu de Condé. Au revoir ! »

Contre l’isolement carcéral : Solidarité avec Fabrice Boromée

Contre l’isolement carcéral : Solidarité avec Fabrice Boromée

Aujourd’hui 16 juillet 2019, Fabrice passe en procès à Tarascon pour avoir tenté une résistance à la prison d Arles où il était était enfermé (et donc torturé) il y a 5 ans. Depuis, tout va de mal en pis, tant au niveau pénitentiaire, juridique que médical.

Depuis 2012, Fabrice Boromée subit l’enfermement dans les quartiers d’isolement des prisons en métropole. Depuis sept ans, ses conditions de détention doivent être qualifiées de torture. Ce traitement inhumain a été mis en place par l’administration pénitentiaire après que Fabrice ait refusé de se soumettre à l’arbitraire carcéral qui lui interdisait d’assister à l’enterrement de son père en Guadeloupe. Depuis, Fabrice ne demande qu’une chose : être transféré en Guadeloupe auprès de ses proches. Face au silence de l’administration, il s’est révolté de nombreuses fois pour se faire entendre, notamment avec des prises d’otage. Alors qu’il était entré en prison pour une peine de huit ans, il a pris des rallonges de peine à la pelle, il a aujourd’hui encore trente ans à faire.
Enfermé et exilé de force en métropole Fabrice subit une double peine, comme de nombreux autres détenu.e.s originaires des territoires qu’il est convenu d’appeler les « DOM-TOM ». Outre la répression carcérale, leur situation révèle un des aspects de la domination coloniale que l’État français continue d’imposer aux populations de ces territoires. À l’isolement et très éloigné de ses proches, Fabrice n’a de contacts quasiment qu’avec les surveillants casqués…
Depuis, plusieurs articles de presse ont été écrits sur sa situation mais celle-ci n’a pas changé et la mesure d’isolement n’est toujours pas levée. Au contraire, il a subi des conditions extrêmement difficiles, dignes des anciens QHS (quartiers de haute-sécurité) soit-disant abolis : menottage systématique, escortes suréquipées et violentes, refus de le laisser voir le médecin ou le cpip dans des conditions décentes, repas jetés par la trappe… Il y a 18 mois Fabrice refusait de sortir de la douche, demandant à la direction de respecter ses engagements pour son transfert. La seule réponse a été de lui envoyer les ERIS (le GIGN de la prison) qui ont balancé une grenade assourdissante dans la douche de quelques mètres carrés. Ces violences de l’administration lui ont fait perdre l’ouïe d’une oreille.
L’isolement carcéral, véritable torture, a des conséquences très graves sur sa santé et son moral. Il a eu des attaques cardiaques, il se plaint de migraines permanentes, sa vue baisse, il s’exprime moins bien, il perd le goût de vivre… Un ulcère de l’estomac a été diagnostiqué il y a 6 mois et empire à cause du stress continuel. Ces agissements ignobles sont validés par le ministère de la justice et des médecins complices.
Nous ne les laisserons pas tuer Fabrice Boromée !

Pour lui écrire :
Fabrice Boromée 638
MC QI- 5 rue Droux

62880 Vendin le vieil
Des opposant.e.s à la prison et ami.e.s de Fabrice

tract 16 juillet Tarascon

Témoignages des prisonniers en lutte du CRA de Lyon-Saint-Exupéry

Témoignages des prisonniers en lutte du CRA de Lyon-Saint-Exupéry

Depuis le 2 juillet, les prisonniers du CRA de Lyon Saint Exupéry sont en lutte. Ils ont écrit une lettre collective aux autorités, entamé une grève de la faim, rendu leur carte de retenus (qui servent aux keufs à les identifier) et subi les coups et la répression.

Dans l’émission de l’Envolée du 5 juillet, Nizar revenait sur cette semaine de lutte. Il a été déporté violemment le lendemain. Deux jours plus tard, Omar revient sur ce qui se passe au CRA de Lyon dans une conversation téléphonique.

Voici des extraits de ces deux discussions. Force et courage à tou.te.s les enfermé.e.s !

Extraits de l’émission l’Envolée du 5 juillet 2019

Envolée : Du coup toi t’appels du centre de rétention de Lyon ?
 
Oui, exactement, alors je me présente je m’appelle Nizar. Je suis en centre de rétention de Lyon Saint-Exupéry depuis deux semaines. Et en fait ici pour vous dire très simplement c’est la jungle.
C’est la jungle où les policiers de la PAF sont les fauves et où on est l’appât, où on est euh voilà… On est des animaux en fait !
On a pas de droits ici. Ils sont en train de faire n’importe quoi avec nous. Ils refusent des soins pour des gens, ils enlèvent du matériel médical pour certains. Ils refusent de simple choses.
 
Et aujourd’hui il y a eu un incident qui est très très grave. En fait parmi nous ya une personne qui est malade d’accord ?
Elle s’appelle euh, elle m’a autorisée à donner son nom, elle s’appelle Mohamed Ali né le 1.06.1987. C’est une personne qui est venue ici juste après avoir fait une chute de 6 mètres sur un rocher, ou il a eu plusieurs fractures et c’est une personne qui est épileptique donc elle est là avec ses béquilles, détruite et qui fait beaucoup de crises d’épilepsie et en fait on le laisse pas accéder au soin.
Aujourd’hui ce qui s’est passé c’est que il voudrait accéder à son bagage qui est dans la consigne en fait, et c’est tout à fait son droit puisqu’il le fesait à 17h alors qu’on a plus le droit à partir de 18h30. Donc ce monsieur demande à accéder à son bagage et on lui refuse ça !
On lui refuse ça parce que, je ne sais pas pourquoi, parce qu’ils prennent des décisions arbitraires.
 
– Envolée : Attends excuse-moi. C’est juste pour expliquer ce bagage en fait. En fait, juste pour euh dire quand vous vous êtes en cellule vous avez pas le droit de ramener toutes les affaires c’est ça ?
 
Exactement. On a pas le droit. Ouais on a comme une bagagerie à l’intérieur du poste de police
 
– Envolée : Une salle de coffre quoi.
 
Voilà. Donc on leur donne notre carte. On va là-bas sous la surveillance prendre ce qui est à nous et revenir.
Donc monsieur on lui a refusé d’accéder à son bagage et l’autre, le policier qui lui a refusé ça, ben il lui a mis un coup dans l’épaule, un bon coup dans l’épaule. Sachant qu’il est épileptique et qu’il a ses béquilles sur lui au moment des faits et il lui dit « écoute moi jsuis un boxeur ».
Et là qu’est-ce qu’il se passe ? Et bien il fait une crise d’épilepsie et c’était vraiment très très grave et c’est la troisième de la journée qu’il fait.
Et comment vous dire en fait ils s’en foutent, ils s’en foutent de tout ça, passez moi le terme mais pour eux on existe pas, on est pas là et depuis quelques jours en fait parce qu’on a fait une grève de faim.
 
On a envoyé la lettre, ce qu’on a fait, tout le monde a signé, a mis son nom et prénom pour indiquer que allo ?
 
– Envolée : Ouais excuse moi, la lettre dont tu parles c’est la lettre qu’on a lu juste avant ton coup de file ?
 
Exactement
 
– Envolée : Et est-ce que tu crois que avant de partir la dessus, est-ce que tu peux expliquer de comment vous avez décidez ensemble de vous mettre en grève de la faim parce qu’en gros là ya nous ya des copains dans d’autres centres de rétention en Île-de-France qui écoutent et c’est important aussi tu vois que les infos elles s’échangent un peu.
 
Alors en fait ce qu’il s’est passé c’est qu’un monsieur est partit pour voir, enfin pour récupérer quelque chose dans son bagage. Quand il a ouvert son bagage il a trouvé que les meilleures choses, les meilleurs objets qu’il possédait ont disparus !
Et ces bagages là, personne n’a accès à ces bagages sauf les policiers et la personne concernée puisque chaque personne doit présenter sa carte et on prend son bagage ou il y a son nom et prénom devant la surveillance d’un policier et on nous donne ça et on remet ça devant nous.
Si quelque chose manque c’est les policiers qui les ont prisent, je sais que c’est très très grave ce que je viens de dire, et je pèse mes mots et j’en porte la responsabilité. Donc les policiers en fait ils sont en train de nous délester dans la bagagerie des meilleurs objets qu’ont possède, à savoir des montres, de beaux parfum, de belles pièces de… Enfin soit des gourmettes en or, des gourmettes en argent…
 
– Envolée : Ouais ils volent quoi !
 
Ils volent exactement ! LES POLICIERS DE LA PAF DE SAINT-EXUPERY VOLENT DANS NOS BAGAGES voilà.
 
– Envolée : Là on parlait juste avant dans l’émission en fait de la, d’une des prisons les plus sécuritaire de france qui s’appelle Condé-Sur-Sarthe et ou en fait comme dans toutes les prisons les matons il vont aussi pas mal de…
 
Voilà il se sucrent sur euh exactement ! Voilà ! Ça a commencé comme ça. Le monsieur comme forcément il va pas être content, il a réclamé qu’il revisionne avec eux les caméras, ils ont refusé et donc ça a commencé à se chauffer parce que la même journée ya eu une personne a qui on a volé quatre cartouches de cigarettes, une autre personne un parfum Armani qui coûte 200€ et quelque. Euh… D’autres personnes ont perdues des montres, beaucoup de choses en fait le même jour ! Donc c’était un petit peu la goutte d’eau qui fait débordé le vase.
Toute fois on a pas fait de bordel ! Pardon excusez moi le terme
 
– Envolée : T’as droit de dire « bordel » t’inquiète !
 
C’était pas une contestation très très vive.
 
– Envolée : Ouais vous avez juste demandé vos droits, de voir la vidéo euh de savoir ce qui se passe quoi parce que ça devient chelou quand même
 
Et bien quand ils ont vu que tout le monde avait les mêmes revendications parce que presque tout le monde avait perdu des affaires ce qu’ils ont fait c’est que maladroitement ils ont essayé de rattraper le truc. Et ils ont dit « ah bah écoutez ce qu’il s’est passé c’est qu’on a retouvé vos affaires dans un autre bagage ».
 
– Envolée : Mais non ! Et toutes les affaires de plein de gens différents ?
 
Enfin non juste les bagage du monsieur de ce jour là. Et ce qui est impossible parce à chaque, comment dire, casier il y a un numéro et ça commerspond au numero du retenu et donc c’est IMPOSSIBLE qu’on lui ai donné deux casiers. Et d’ailleurs lui-même la dernière fois qu’il avait pris son bagage avait toutes ses affaires dans le même bagage. Et les poliiers n’ont pas le droit de remettre ça dans un autre bagage, de remettre ça dans un autre casier. Donc soit ils ont pris son bagage, il l’ont mis dans un autre casier, une partie de son bagage et ils l’ont mis dans un autre casier. Ce qui est interdit !
Soit ils les ont volés ! Et c’est ce qui est le plus probable et d’ailleurs ce qui s’est passé. Ils ont volé ça et à un moment donné ils se sont dit « oh c’est partit trop loin, là ils sont pas bête quand même et donc on va remettre ça ». Et maladroitement ils ont fait ça et nous on avait compris, en fait c’est juste la goutte d’eau qui fait débordé le vase ! On a décidé de faire une grève de faim pour que les policiers soient plus, comment dire, attentifs à ce qu’on veut, à nos droits quoi ! Et donc on a demandé à voir un responsable, ça n’a pas été fait donc on a fait une grève de faim pendant…
 
– Envolée : Ah ouais, on vous refusé euh… Là vous avez toujours pas vu votre responsable ?
 
Non, toujours pas vu de responsables.
 
– Envolée : Le responsable tu veux dire c’est le, le chef, le chef du CRA ?
 
Le chef du CRA exactement ou au moins un sous-chef du CRA enfin pas un
 
– Envolée : Ouais pas les flics lambda qui…
 
Exactement pas un policier qui exécute seulement les ordres qu’on lui donne donc euh…
 
– Envolée : Parce que c’est dans vos droits en plus !
 
Exactement, donc voilà, il ont pas donné euh, ils n’ontt pas accédé à ce droit. Euh donc la grève a durée 4 jours quasiment , le quatrième jour on a quand même mangé, c’était aujourd’hui euh…
Et aujourd’hui ce qu’il s’est passé c’est que .suite à la crise d’épilepsie de … Qu’a fait monsieur Mohamed Ali et ben on a demandé à ce qu’il soit pris en charge.
D’ailleurs c’est pas sa place en centre de rétention. Une personne comme ça sa place, c’est une prise en charge soit dans un hopital soit…
 
– Envolée : D’ailleurs c’est la place pour personne mais particulièrement pour lui on est d’accord.
 
Exactement mais voilà.
 
– Envolée : Mais toi et tous les autres potos ils ont rien à faire en centre de rétention. Vous devez rester vivre à ou vus avez envie de vivre et c’est tout.
 
Exactement mais voilà je dirai à plus forte raison pour une personne voilà. Et bien écoutez donc on m’a… Les policiers sont venus en bon nombre, ils ont créés des bagarres entre nous parce que en fait ils sont très au fait et très euh.. il connaissent très très bien les affinités qui peuvent exister entre certaines ethnies, et ils jouent sur ça vous voyez.
 
Donc ils créént un peu de bagarres, et à ce moment là, moi personnellement j’étais en train de parler au téléphone pendant 1h30 donc j’ai même pas vu la crise devant ma vue, j’ai même pas vu la bagarre.
En sortant ya le policier qui vient et qui me choppe qui me dit « toi tu viens avec moi ». Voilà pour je ne sais pas quoi, faire de moi une leçon ou… Il voulait m’emmener dans le poste certainement pour me tabasser. c’est une chose qui a été déjà faite et il y a d’autres personnes qui ont déjà été tabasser par les policiers qui peuvent témoigner.
Et donc dans ce même jour ya mr Mehdi Galkaoui qui était en train de donner les premiers secours à monsieur Mohamed Ali qui a fait la crise.
 
Et à ce moment là ya les policiers qui sont venus et ils lui ont dit de dégager, en fait il pouvait pas dégager parce que le monsieur qui a fait une crise a avalé sa langue vous voyez ce que je veux dire ?
 
Il était en train d’être asphyxié, et il pouvait pas, c’était un truc d’urgence !
 
Ce qui s’est passé c’est que le monsieur qui était en train de la sauver, un retenu, et bien on l’a, on lui a fait une euh … Je sais pas comment on dit ça, une clef de bras.
 
– Envolée : Une clef de bras oui
 
Exactement, une clef de bras. C’est vraiment, il a serré il a asphyxié, étouffé et ils l’ont tiré euh sur la terre pour l’emmener voilà enfin ils ont tirés comme un animal euh… ils l’ont emmené chez eux. Je sais pas ce qu’ils en ont fait, ils l’ont maltraités sûrement.
 
– Envolée : Parceque là t’as pas de nouvelles du poto qui a aidé le…
 
Si si si il est sortit plus tard mais voilà il est dans un état psychologique pas très très bien, il veut pas parler aux autres.
Et en fait moi ils m’ont dit, enfin je sais que c’est quelque chose de grave ce que je dis quand même si il y a des gens qui entendent mais voilà on m’a dit clairement, très très clairement « tu vas le payer cher ». Parce qu’ils pensent que je suis le meneur ou je sais pas quoi de ce mouvement alors que en fait c’est juste que je suis.. Enfin je suis la personne qui parle mieux français. Donc je suis quelqe part leur porte parole des choses qu’ils disent en arabe ou en d’autres langues moi je suis l’interprète et en même temps je suis avec eux dans le mouvement.
Et donc ils me prennent pour le meneur, ou c’est le rôle qu’ils vont me donner ils me l’ont dit texto « on va t’accuser d’incitation à l’émeute » et je vais vous dire mon nom et prénom comme ça se suis quelque part un peu protégé, je m’appelle Nizar Hamriti, je suis né le 25.10.1994 à Casablanca.
Donc ils m’ont « dit toi tu vas le payer cher.
Tu es le meneur tu vas le payer cher ».
 
– Envolée : ouais parce qu’en fait tout ce que tu racontes c’est des trucs quon a entendu là récemment dans les, enfin au CRA de Mesnil-Amelot, ou a CRA de rennes ou en fait les flic parviennent à dresser les gens les uns contre les autres, à organiser des bagarres et après en profiter pour foutre des gens à l’isolement, les tapper, les transférer, désigner des meneurs et compagnie. En fait c’est le fonctionnement normal des CRA que tu décris quoi.
 
Exactement, en fait ce qu’ils font aussi les policiers c’est que en fait à un moment donné de la journée entre 10h et 14h faut qu’on évacue les cellules et le couloir ou on habite. Qund on les évacue, et bien généralement l’après-midi il y a des bagarres qui se créent, pourquoi ?
Parce que comme je vous ai dit en faite comme ils osnt très au fait des affinités entre éthnies et bien ils prennent des affaires d’une chambre et ils le mettent dans une autre chambre bien dissimulée avec laquelle peut-etre il y a quelque…
 
– Envolée : Comme ils ont fait avec les affaires au coffre du coup ?
 
Voilà exactement, enfin sauf que pour le coffre c’était pour eux, ils se le mettaient dans les poches mais quand ils sont dans les couloirs pendant l’évacuation ils planquent ça pour que les autres découvrent ce qui a été volé dans la chambre d’autres ethnies enfin ça peut etre des blacks, des arabes, des tunisien, des marocains, des algériens, des albanais, pour que la bagarre se créé. Vous voyez ce que je veux dire ?
Donc maintenant nous on est au courant de ce qui se passe, de leur manipulation et tout et voilà..
On ne se fait plus avoir et ils nous ont dit clairement « yavait toujours des tensions ici mais c’est la première fois que ça arrive comme ça vous allez voir, on va vous punir ».
 
– Envolée : Ouais ils sont pas content de ne pas réussir à vous diviser quoi !
 
Exactement. On connaît bien le dicton « pour régner il faut diviser », ce qu’ils faisaient depuis longtemps euh maintenant ils ont plus ce pouvoir quelque part donc euh… Ca les emmerde au plus haut point et ils commencent à devenir très très agressifs envers nous, très très malpolis.
 
Moi je fumais une cigarette tout à l’heure en venant au réfectoire, il me dit le policier il me dit « tu approches avec ta cigarette moi je t’écrase ». Alors que dans cet endroit on a le droit de fumer. c’est pas dans le réfectoire c’est dans une allée pour aller au réfectoire qui est à l’air libre et nous on fume.
Il me dit « toi tu t’approche avec ta cigarette, je te l’écrase ».
 
Ya autre chose qui a été fait et j’ai remarqué c’est que au fait ils ont tous un numéro de matricule, les policiers de la PAF, comme tout autre policier.
Là euh, cette après-midi ils ont enlevés tous les matricules de manière ce qu’on enregistre pas le matricule de chacun pour pas pouvoir se plaindre de telle ou telle personne en particulier quoi.
 
– Envolée : C’est ce que font les flics quand ils se mettent à tapper les gens.
 
Ya beaucoup d’autres choses parce que voilà j’ai beaucoup d’idée hein, moi ça fait que deux semaines que je suis ici, mais j’ai été témoin de tellement de choses dégueulasses, inhumaines que voilà j’arrive même pas à canaliser tout ça et vous le dire. Ya des idées qui me viennent au fur et à mesure euh par exemple des provocations psychologiques de la police et de la PAF ils n’hésitent pas à te dire « nique ta mère, trace ta route », pardon pour le mot. Euh ils n’hésitent ps à te dire devant les autres policiers, et moi ça m’est arrivé aujourd’hui, « toi tu verras on va te mettre un raclée », « tu aura ton compte », « tu le payera cher », mais il n’hésitent pas en fait à le faire !
Parce que je pense que du moment qu’on est sans papiers dans ce centre de rétention on a pas le droit ! C’est comme si le droit français ne s’exerçait plus sur nous ! c’est comme si on était pas des sujets à ce.. Enfin voilà à ce droit là ! Comme si ça ne nous concernait plus et c’est la jungle.
C’est comme ça que j’ai commencé ma discussion, c’est vraiment la jungle ! Les policiers contre nous euh voilà
 
– Envolée : Oui et puis ils vous traitent comme des animaux quoi…
 
C’est vraiment des animaux et là je parle même pas du lieu en lui même ! En fait là ce qu’ils sont en train de faire sur un coté des cellules, à un mètre des cellules ils sont en train de bâtir enfin, ils sont pas en train de bâtir, ils l’ont déjà bâtit, un mur de fer euh massif…
Vous voyez le mur en béton ben sauf que c’est vraiment en fer.
 
– Envolée : Genre ya plus de lumière ya plus de soleil ya plus rien ?
 
Au fait ce qu’il y a c’est qu’il y a plus de lumière naturelle qui rentre. Ya un effet lentille euh convergente qui est fait.
 
– Envolée : Oh vous devez avoir trop chaud…
 
Exactement, ça tappe sur le, sur le mur de fer et ça le réfléchit sur une seul zone dans le, dans la chambre, ça fait un effet micro-onde.
Et après la nuit ce qu’il se passe, c’est comme le fer il est chaud avec l’échange thermique, la nuit il fait un peu plus froid, et bien ça chauffe ! Ça chauffe, ça chauffe énormément !
Et ça, ça dur toute la journée, alors à part les cellules et le couloir ou on subit ça, ya la cour. Sauf que la cour, ya aucune cour ombragée ! Ya pas d’ombre dans les cours ! Ça veut dire que grosso-modo dans le centre de rétention de Lyon c’est soit une cour qui n’est pas ombragée dans le contexte de la canicule ou tu es dans un habitat qui fait office de four quoi !
 
– Envolée : Mais toi t’es arrivé dans le contexte de a canicule pile en plus.
 
Exactement, et pas que pour moi. Ya des gens qui sont vraiment malades ! A qui on refuse le soin ! On leur refuse le soin ! On est tous en train de se gratter euh, de se gratter la peau monsieur. Vous voyez c’est euh, c’est grave !
Le monsieur qui est cassé, qu’on a cassé la main, un monsieur a été cassé de la main par les policier de la PAF ! c’est très grave tout ça !
 
– Envolée : Et qu’est-ce qui s’est passé ouais ? Comment ça s’est passé ?
 
Alors bah attendez il est devant moi. Ah en fait ce qu’il s’est passé c’est que il s’appelle Miled Qualifa, né le 9.9.1999, en fait il était sous médicaments, il était souffrant, il était sous médicament. Il dormait.
Et comme je vous ai dit tout à l’heure à 10h on fait l’évacuation donc il dormait, euh on lui a dit sans ménagement « bon tu te réveil ! », lui il dormait, il était dans un état de somnolence, il les a même pas entendu et bah là directement, deuxième, troisième fois on lui demande et la quatrième fois c’est coup de matraque à la main et il a été cassé emmené à l’hôpital avec platre et puis et puis tout…
 
– Envolée : Tu euh… C’est une manière de réveiller les gens quoi !
 
Oui exactement c’est une des manières de réveiller les gens oui !
 
– Envolée : Mais ils sont fou ! Ouais pardon je fais des blagues qui sont peut-être pas bonnes mais des fois c’est notre manière de, parce qu’on en entend tellement des histoires que on a envie de de casser des murs. C’est pas du tout pour minimiser en tout cas.
 
Ouais non mais je vous comprends, même nous on essaye de faire un petit peu des blague pour euh détendre un p’tit peu l’atmosphère parce que autrement euh, autrement c’est très très grave, c’est insupportable !
 
Là en ce moment on est tous en train de se gratter la peau ! Ya des sauterelles qui rentre monsieur dans nos chambres, ya des puces ! Ya des insectes que j’avais jamais vu de toute ma vie.
 
– Envolée : bah ouvrez un zoo, jsuis désolé je continue sur les blagues.
 
Ouais c’est a en fait, on se disait entre nous que dans quelque temps yaura des créatures qui vont apparaître. L’évolution des espèces et bien au CRA de Lyon les biologistes vont [passage inaudible].
Euh voilà euh, je sais pas franchement je sais pas.
 
On a écrit, au fit, la lettre qu’on a envoyée, tout le monde l’a signée ça veut dire que forcément ya un problème si tout un dépôt fait une grève de faim et que tout le monde signe sur un papier ou on atteste de ce qu’on a attesté ça veut dire que c’est très grave et je peux vous dire aussi qu’on l’a envoyé à beaucoup d’institutions et beaucoup de groupe officiel :
On l’a envoyé au ministère de l’intérieur, on l’a envoyé au ministère de la justice, on l’a également envoyé à matignon – parce que c’est de leur ressort aussi quelque part – on l’a également envoyé au bâtonnier de la cour de là ou on voit le juge des liberté et des détention histoire que le juge quand il décide de remettre 30 jours à quelqu’un ben qu’il sache un peu où il l’envoi.
 
Euh voilà on a envoyé à beaucoup de personnes, à la ligue des droits de l’Homme, à la cour européenne des droits de l’Homme également parce que ben ya pas de respect des droits de l’Homme.
 
– Envolée : Vous avez fait aussi la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté ? Le défenseur des droits ?
 
Ouais exactement, on a même pris en photo les lettres recommandées qui contenaient les documents voilà comme quoi ça prouve qu’on a bien fait les lettres et …
 
– Envolée : Et après juste pour reprendre là dessus, nous quand même enfin ce qu’on disait c’est que ce que vous vivez c’est ce que vivent les gens dans tous les CRA de France et que du coup cette lettre elle devrit partir de tous les CRA enfin dans le sens. En fait c’est pas la rénovation du CRA de Lyon qu’il faut, on est d’accord, enfin c’est bien la fermeture de tous les CRA. Ya pas de bonne manière d’enfermer les gens.
 
Exactement, mais pour arriver à un résultat global à un moment donné faut partir du spécifique euh…
 
– Envolée : non c’est sur, c’est sur…
 
Et comment dire aussi, ce qu’ils ont fait parce que ça c’est très très important.
En fait ce qu’on a fait nous c’est qu’on a fait grève de faim, on a également pris toutes nos cartes parce qu’il y a deux cotés, coté bleu et coté jaune, on a donné de son propre plein gré ces cartes et on les a remis au policiers histoires de dire que voilà, on est pas des noms et des prénoms et des dossiers que vus traités pour envoyer rapidement au pays d’origine pour exécuter les mesures d’éloignement ON EST D’ABORD DES ÊTRES HUMAINS ! Qui même en attendant cette mesure d’éloignement, devraient être soit libres – c’est ce que l’on veut dans l’idéal – soit au moins traité comme des être humains. Euh comment vous dire…
 
– Envolée : C’est cool hein franchement refuser les cartes…
 
On a refusé les cartes et ce qu’il s’est passé c’est que on a voulu récupérer les carte après parce que avec les cartes on récupère certaines choses dans nos bagages et pour les visites. Mais ce qu’ils ont fait c’est que en fait en demandant les cartes ils nous ont dit « vous mangez, on vous donne les cartes ; vous mangez pas, on vous donne pas les cartes ».
 
– Envolée : Ils ont voulu vous interdire de visite ?
 
Ouais en fait, ils ont fait un chantage. Ils ont fait un chantage. Si vous mangez on vous donne les cartes, et donc vous aurez, vous pourrez avoir des visites, si vous mangez pas, vous aurez pas de visites ! Et vous n’aurez pas accès à votre bagage, et même ce qui est très très grave, on vous donne pas de linge, de nouveau linge en fait, linge propre.
Et quand j’ai parlé aux policiers un petit peu le chef qui sort un petit peu dans la cour, et ben il m’a dit «  c’est les consignes du dircteur du CRA ».
 
– Envolée : Qui refuse de vous voir ?
 
Voilà cette même personne qui refuse de nous voir donne des consignes comme quoi pour donner les cartes qui nous confèrent d’autres droits et ben faut faire.
 
– Envolée : Faut arrêté de protester euh…
 
Exactement, donc moi qu’est-ce que je dis à la dame ? Je lui dit madame, ma carte qui me confère d’autres droit, je dois décider de ne pas jouir d’un droit. C’est à dire le fait de manger ou pas.
Et c’est exactement ça, je lui dit « est-ce que c’est logique ? », elle me dit « Nan, c’est les directives, c’est le directeur du centre de rétention de Lyon qui fait ça ».
 
Autre chose, la lettre que vous avez vu hein que vous avez lu, ils me l’ont volé. Donc moi je ne sais pas depuis quand la France confisque enfin le système euh administratif ou pénitencier confisque un papier quoi
 
– Envolée : Depuis assez longtemps je crois.. Ouais c’est pas un truc qui arrive cette année quoi, enfin malheureusement comme dans les prisons, dans les centres de rétention, la volonté de l’état c’est qu’il n’y ai rien qui sorte. Que les seuls trucs qui sorte c’est des communiqués mais après les communiqués bon [passage inaudible]. Du coup c’et hyper fort ce que ous avez fait et c’est hyper cool là que tu ai pris le temps de témoigner comme ça à la radio.
Nous l’émission elle va bientôt touchée à sa fin, on voulait savoir si yavait quelque chose que tu souhaitais rajouter ?
 
Euh oui bah ya en fait euh jsais pas, ya monsieur Taibi Omar, et surtout monsieur Mohamed Ali, monsieur Mohamed Ali surtout, surtout qui a besoin de soin. Et il peut pas rester dans cet état là parce qu’il fait trois, quatre crises par jour et c’est franchement euh, c’est invivable. C’est plus possible, on est des poules, on est pas des êtres humains et cette personne là je redis son nom, Mohamed Ali il est dans un grave état de santé qui nécessite d’être hospitalisé !
 
– Envolée : Et on rappel que quand l’état enferme en fait il est responsable de la santé des gens qu’il enferme et que déjà il n’avait qu’à pas enfermer les gens quoi ! Et qu’à un moment faut arrêter de se foutre de la gueule du monde. Et du coup c’est hyper grave et c’est hyper important d’avoir dit son nom à l’antenne. On rappel qu’en ce moment il est en vie et que c’est de la faute de l’état que son état de santé se dégrade.
 
Je voulais juste préciser que cette personne là, quand même, tenez vous bien, il a été dé-choqué trois fois, il était mort trois fois, avant d’arriver dans le centre de rétention suite à sa chute qu’il a fait son cœur s’est arrêté de battre pendant trois fois et il y a des papiers qui prouvent ça. On l’a amené en déchoquage trois fois, enfin, c’est à dire que son cœur s’est arrêté trois fois à cette personnes avant qu’on l’amène en centre de rétention.
Et il commence à manifester des symptômes qui sont quand même grave. Très très grave ! Surtout avec les antécédents qui a. Et ils font toujours rien, ya même le médecin du CRA qui l’interdit de donner ce certificat là pour pouvoir le présenter dans le tribunal alors que il a d’autres papiers, avant durant sa liberté qui prouvent qu’il est épileptique. Et le comble, le comble dans tout ça c’est qu’il lui donne le traitement d’épilepsie mais il veut pas lui donner l’attestation prouvant qu’il est épileptique.
 
– Envolée : Comme quoi ils se foutent bien ouvertement de la gueule des gens, ils jouent avec la vie des gens. Du coup c’est très important de relayer, ya le site de l’envolee.net ou on va relayer votre lettre et continuer de relayer les informations.
Et aussi pour préciser que à cette date c’est vraiment la taule qui est en train de faire le truc et que toi par exemple tu as donné ton nom tout à l’heure, euh vu toute les menaces qu’il ont fait on rappel que tu es en parfaite intégrité morale et physique et que voilà ils on pas intérêt à te toucher en tout cas on sait exactement
 
Exactement parce que tout à l’heure je voudrais juste le redire, tout à l’heure ils voulaient m’emmener, ils allaient me tabasser hein. D’ailleurs tout le monde a protester, ils ont criés et tout parce qu’ils savaient vraiment ce qu’il allait se passer. Ils savaient ce qu’il allait se passer, il y a surtout une personne qui m’a soutenue c’est Taibi Omar, il a crié, protesté, « vous l’emmenez pas, vous l’emmenez pas ! ». Et on l’a tappé lui aussi.
 
– Envolée :Bon en tout cas toutes ces personnes sont en parfaite intégrité morale et physique et si ya des trucs qui se passent on saura que ça viendra de la part des keufs.
Extraits d’une conversation téléphonique avec Omar deux jours plus tard

 » Moi je m’appelle TAIBI Omar, je suis né le 13 mars 87. En fait j’ai envie de témoigner sur un homme qui s’appelle Mouhamed Ali je crois que vous avez entendu parler de lui.
Il vient de tomber encore dans une crise d’épilepsie. Et maintenant il l’ont pris avec.
Ils ont pris déjà beaucoup de temps pour venir interpréter mais ils l’ont pris avec et après quelques temps l’ambulance elle est venue ici alors ça veut dire c’est grave.

Ils l’ont pris avec alors j’ai pas pour l’instant mais s’il y a plus d’infos je vais vous nformer. Merci beaucoup. Voilà.

– Est-ce que tu veux raconter un peu comment ça se passe, comment ça s’est passé pour lui, ou même pour d’autres personnes le soin à l’intérieur du CRA ?

Le soin ici c’est vraiment grave parce que le médecin il lui donne un traitement mais il refuse de lui donner l’ordonnance qui dit que ce monsieur là il est malade parce qu’ils veulent garder les gens ici comme ça . Parce que lui c’est pas quelqu’un qui peut rester ici quoi. Il est malade ! Il peut pas rester ici ! Ils ont pas le droit de le mettre ici ! On sait jamais quand il va tomber et où il va tomber. C’est ça le plus pire !

Et… Le médecin ici il refuse de donner le certificat, ils veulent lui donner quand même le traitement quoi ! Alors lui il a refusé le traitement depuis trois jours pour contester  ; il joue même avec sa santé et sa vie mais ya rien qui change quoi !

C’est toujours la même chose, ya rien qu’à changé ! Toujours la même chose ! Voilà !

– Et du coup ils ont réagit comment les keufs quand il a encore fait sa crise d’épilepsie ?

En fait la quatrième fois aujourd’hui, là il y a quelques minutes. C’est un peu grave quoi ! Ils ont au moins, au moins cinq minutes, j’étais là en train de tenir sa tête et ils ont pris le temps quoi ! Ils prennent du temps.
On dirait qu’ils s’en foutent  !
En plus ils sont venus et ils ont fait sortir tout le monde et ils ont fermé toutes les portes comme ça ils sont tout seul avec lui. Mais j’étais là moi j’ai regardé ! J’ai regardé tout ce qu’il s’est passé là !

- Et ils faisaient quoi ?

Yavait un seul pompier et ils étaient là en train de regarder. Ils ont même pas tenu ses pieds. C’est moi qui ai dit « tiens » [passage inaudible].
Et le pompier il tient sa tête et voilà ya rien quoi, il s’est passé rien d’autre.

– D’accord

Voilà

– Je sais pa si t’as envie d’en parler mais pour les autres personnes qui sont à l’interieur du CRA comment ça se passe pour les soins ?

Le soin c’est la même chose ! Yen a un ici ça fait combien de temps, hey combien de temps ? Ya un mec ici son bras il est cassé ça fait 42 jours. Il le bouge même pas ! Il a 18 ans, ils le bougent même pas l’hôpital !
Ils l’ont envoyé une fois à l’hôpital, après ils l’ont ramenés, la même chose, il a un truc comme ça là. Vous voyez jveux dire on le met sur le le cou pour tenir la main.
Le mec ça fait 42 jours qu’il est comme ça !

Ça c’est pas normal !

– Il a une écharpe ?

Ouais ouais voilà, celui qu’on met sur l’épaule pour tenir là main là. Comment on appel ça ? Jsais pas !
Et ils refusent même de le soigner !

Chaque jour lui il parle avec eux ! Même moi j’étais là parce que lui il parle pas français. Rien. Même moi j’ai fait ça pour lui. Pour parler avec eux.
Ils m’ont dit « ouais le monsieur il est un peu agressif.. ». Il y est mais mais c’et pas le.. C’est comme ça !
Voilà. C’est pas normal. C’est vraiment pas normal !

Le médecin je lui ai parlé moi même. Je lui ai dit « le monsieur je le connaît depuis plus que 10 ans. Je sais comment il tombe ! Je sais [passage inaudible]. Je sais c’est un mec malade. Donnes lui l’ordonnance ». Il m’a dit « C’est moi le médecin, c’est pas toi ! »
Et voilà !

Ils refuse même de parler avec moi.
Même la femme qui travaille ici au poste de forum réfugiés là ! Elle a été dans son bureau de de médecin. Elle a parlé avec lui pour lui donner l’ordonnance, il refuse toujours.
Les policiers ils ont témoignés devant le juge ! Dans le tribunal. Ils ont témoignés que ce monsieur là, il est malade ! Le médecin il refuse toujours de lui donner l’ordonnance là, le certificat.

Mais il lui donne le traitement ! Ça j’ai pas compris.

Tu veux dire que les keufs même dans le tribunal ils ont dit qu’il est malade ?

Ouais ils ont témoignés, ils ont dit devant le juge « ce monsieur là il est tombé déjà trois fois ». C’est pas quelque chose pour rigoler ça ! Ya quelqu’un qui tombe devant toi trois fois alors ça veut dire qu’il est malade.
Et aujourd’hui la quatrième fois, jusqu’à aujourd’hui qu’ils l’ont pris… Jsais pas qu’est-ce qu’il l’ont pris à l’hôpital ou on…
Et alors l’ambulance elle est venue !
Vous voyez, et voilà quoi…
C’est tellement grave..
Le médecin ils s’en foute ! Les keufs ils s’en foutent ! La bouffe il y reste un jour  ! C’est périmé, qu’il lui reste un jour quoi !

C’est grave franchement moi j’ai le sentiment d’être un animal ici ! Pas un être humain.
C’est trop trop, franchement c’est trop !

Moi j’ai peur que l’un ou l’autre il va se suicider ici, c’est pas normal !

Jsais pas quoi dire parce qu’il y a trop là t’as vu…

– Ouais ok. Estce que tu veux rajouter un truc ?

J’appelle tout le monde qui fait quelque chose ! Qu’il vienne ici, qu’il regarde comment il est ce centre là !
J’appelle tout le monde qu’il nous aide. On est quand même de êtres humains ! On est pas des des des animaux !

Venez ! Venez ici avec vos caméras et regardez vous même ! C’est pas normal !

[passage inaudible] je sors et il a dit « moi je suis pas gardien de portes ». regardez la réponse qu’il m’a donné !

– Qui est-ce qui a dit ça ? Parce que on a pas entendu ?

Un policier ! Un policier !
J’avais les mains pleins parce que le monsieur Ali Mouhamed il a deux béquilles, il peut pas marcher tout seul. Moi je prends un pied, deux pieds, ça veut dire les deux mains ils sont plein.
J’ai dit au policier « s’il vous plaît vous pouvez nous ouvrir la porte parce que le monsieur là il a [passage inaudible] ».
Il dit « Oui moi jsuis pas portier »
Quelle réponse il nous donne ? Comment ils nous parlent !

– Est-ce qu’ils ont remis leur matricule aujourd’hui ?

Non ils l’ont enlevé ! J’ai regardé même maintenant j’ai regardé exprès ils l’ont enlevé. Ils l’ont pas toujours.

- Donc ça fait… 4 jours qu’ils ont plus leur matricule ?

Non ça fait depuis le deuxième jours de grève de faim ils ont enlevés les numéros comme ça on peut pas matriculer chacun.
Je ne sais pas euh.. Il n’y a pas de numéro.
Ça veut dire qu’ils préparent quelque chose ou j’sais pas. Pourquoi ils enlèvent leur numéro de matricule ? Ils ont pas le droit. C’est interdit.

– Tout à fait !

Mais ils le font quand même. Et si vous rentrez de l’intérieur, vous venez ici vous voyez les policiers qui travaillent là bas, vous voyez les policiers avec le numéro.

Mais c’est eux… Quand tu rentres ici, personne a le numéro. J’ai regardé exprès maintenant. Yen a une femme quelle a pas, regardé l’autre il a pas. Ils ont des des des t-shirt bleu qu’ont peu pas mettre le truc des numéros dessus. Vous voyez ?

Ça ils le font exprès. Ça c’est pas normal !

– Et comment ça se passe là en ce moment entre vous ?

Entre nous maintenant il y a de temps en temps une bagarre, ya de temps en temps là… Toujours toujours, ya toujours ici des histoires. Ici il y a toujours quelqu’un qui fait quelque chose. Ya toujours quelqu’un qui est énervé. Ya toujours quelqu’un qui crie.
On passe notre temps à se bagarrer on va dire ici.
Ya rien à faire ! Ya rien du tout ! Même pas ping-pong ya rien à faire !
On est comme des animaux dans un cage et voilà ! On nous a enfermé dans un cage et voilà ! Voilà votre chambre, voilà la cage et débrouillez vous ente vous !
Si quelqu’un il tombe malade ou jsais pas moi il se passe une bagarre ils regardent d’abord biiiien dans les caméras et après tout calmement.
Après le bagarre c’est fini on va dire.

Ça c’est pas normal, normalement eux leur travail c’est d’intervenir tout de suite s’il se passe quelque chose mais moi je vois pas ça ! En fait moi jvais vous dire la vérité : ils s’en foutent de nous !

[passage inaudible] Tant que ils peuvent nous envoyer dans nos pays et voilà quoi.
On peut rien dire. On a pas le droit de rien dire.

C’est tout jsais pas quoi dire.

Franchement moi j’ai jamais vu ça. »

Pas de prises en compte des urgences médicales, pas de soin, pas de matricules des keufs.

A bas les CRA ! Soutien aux résistances dans tous les lieux d’enfermements ! Force à tou-te-s les enfermées !

EMISSION DU 5 JUILLET 2019

 

      • Lettre  : des prisonnières et prisonniers en Italie après leur grève de la faim
      • Enregistrement : des vidéos de prisonniers de Condé sur Sarthe sorties cette semaine
      • Communiqué des prisonniers du CRA de Lyon
      • Appel : d’un prisonnier du CRA de Lyon en lutte
      • Brèves : procès de Fabrice Boromé, libération de Casanova, des mouvements dans les taules

Zic: Lunatic – Le silence n’est pas un oubli / Lil Boosie – Fuck the police feat. Webbie


Téléchargement (clic droit –> « enregistrer la cible du lien sous »)


 

 

Tous les prisonniers sont politiques !

Dix-huit ans et 50 numéros contre les catégories dans lesquelles on nous enferme

 

« Il y a certes de nombreuses représentations figuratives de l’ennemi, notamment l’immigrant et le terroriste, mais le prisonnier qu’on imagine comme un meurtrier ou un violeur joue le rôle principal comme menace envers la sécurité. »
Angela Davis

 

 

« En blesser un pour en terroriser mille »

D’ordinaire, quand il s’agit d’étouffer un mouvement social qui menace de prendre trop d’ampleur, l’État tâche de diviser ceux et celles qui le défient en recourant à des catégories ; bonne manière en prime de justifier la répression qui ne manque jamais de s’abattre, de la violence de sa police à la brutalité de ses tribunaux. Pour le mouvement des Gilets jaunes qui a explosé au mois de novembre dernier, il est tombé sur un os : il avait affaire à une foule considérable, aux mille visages tous différents. Les Gilets jaunes, c’est un peu tout le monde. Une multitude de vies, de réalités sociales, d’opinions qui se sont rencontrées, confrontées, formées mutuellement, et ont fait mouvement, donnant naissance au vocable « Gilets jaunes ». Mais ce n’est pas l’État qui l’a forgé, et cette catégorie volontairement floue ne permet pas de séparer ceux et celles qui se l’approprient du reste de la population. Alors il a tenté, comme souvent, d’en faire émerger des figures, des représentants ; il a exhorté le peuple des ronds-points à la responsabilité, c’est à dire à lui présenter des revendications claires tout en se débarrassant de ses éléments les plus bruyants.

Échec, là encore : les Gilets jaunes ne se sont pas laissés trier entre bons et mauvais, refusant la plupart du temps de se désolidariser des plus virulents. Sur les ronds-points, le mouvement a continué ; les défilés du samedi dans les beaux quartiers s’enchaînaient semaine après semaine, et les manifestants se sont montrés toujours plus déterminés. D’autant que beaucoup ont dû pour la première fois faire face à une violence d’État dont ils ne pouvaient même pas supposer l’existence, ou qu’ils croyaient réservée à d’autres catégories de la population, quartiers populaires et migrants en tête. C’est grâce à ses armes dites « non létales » – grenades, gaz, LBD, matraques… –, ses interdictions de manifester, ses gardes à vue, ses comparutions immédiates… que l’État et sa bande d’hommes en arme a fini, semaine après semaine, par construire la catégorie qui lui manquait. Le sinistre conseiller du prince Alain Bauer, toujours là quand on a besoin d’un concept fumeux pour enfermer en masse, s’est chargé de lui trouver un nom qui claque et fait frémir : « l’ultra-jaune ». En vrai, l’ultra-jaune, c’est celui ou celle que des mois de mouvement ont transformé ; c’est précisément celui ou celle que la violence d’une police toujours plus militarisée et encouragée à faire mal n’est pas parvenue à terroriser suffisamment pour rester sagement à la maison ; c’est celui ou celle que les blessures de ses complices de lutte a rendu intolérant aux appels au calme, d’où qu’ils viennent.

Un des faits politiques majeurs du mouvement, c’est cette prise de conscience largement partagée du vrai visage de l’État, celui qui se révèle chaque fois que sa stabilité est menacée. La brutalité dont sa police a usé en dit long sur la trouille qui a régné au sein des classes dirigeantes ; en mutilant si massivement les corps, l’État vise ouvertement à déshumaniser les opposants. Sa police, sa justice traitent les manifestants comme des sous-hommes, dans l’espoir que bientôt l’ensemble de sa population finira par se laisser convaincre : les gens qui continuent à sortir dans la rue méritent qu’on les blesse, qu’on les éborgne, qu’on les massacre. Cette grand-mère qui manifestait à Nice, Geneviève Legay, n’avait pas à défier l’ordre : piétinée par une escouade, elle a bien cherché son coma. Quant à cette autre grand-mère de Marseille, Zineb Redouane, morte le 2 décembre d’une grenade lacrymogène qui lui a explosé au visage alors qu’elle fermait ses volets pour se protéger des gaz, le pouvoir ne lui accorde même pas la moindre déclaration. Elle faisait partie de ces gens « qui ne sont personne » – dixit Môssieur C’est-notre-projet. « Blessez-en le plus possible », refrain habituel des commissariats les veilles de manifs ou d’évacuations de ronds-points. Un mutilé résume : « Blessez-en un pour en terroriser 1 000. » Du terrorisme d’État pour assurer sa survie. En déniant à ses opposants tout statut politique, il s’assure de n’avoir aucune issue sociale à donner au mouvement ; la seule issue sera donc répressive, policière et judiciaire.

Le pouvoir arme ses hommes et leur fournit des cagoules pour les protéger des témoins, et pour qu’ils fassent corps. Puis félicite et récompense ceux qui ont bien fait leur travail de déshumanisation. C’est l’État qui détient le monopole de la violence légitime, c’est sur elle que s’appuie sa puissance ; cela n’aurait aucun sens de punir les agents qui l’exercent pour lui avec le plus grand zèle. C’est pourquoi il n’y a pas de « violences policières » : la violence policière est structurelle, elle lui est indispensable. Alors il la défendra. La longue histoire des États n’est faite que de cela.


« C’est de la racaille ? Eh bien, j’en suis ! »

À la fin du mois d’octobre 2005, Bouna et Zyed, 15 et 17 ans, meurent électrocutés dans leur ville de Clichy-sous-Bois en tentant d’échapper à la police qui les poursuit sans autre raison que leur couleur et leur adresse. Leur quartier se soulève, vite rejoint par les villes environnantes ; dans les jours et les semaines qui suivent, les émeutes se propagent dans tous les quartiers de relégation du pays. Une insurrection populaire comme on en avait rarement connue. L’état d’urgence est déclaré.

Entre le 29 octobre et la fin décembre, la machine judiciaire va tourner à plein régime : plus de 3 000 personnes passent devant le juge ; 750 sont enfermées, dont 118 mineurs. Des cocktails Molotov sont lancés sur les tribunaux, notamment à Bobigny, Asnières et Aubervilliers ; alors des compagnies de CRS sont en toute logique mobilisées pour encadrer les audiences, souvent houleuses, ou protéger les magis-rats qui quittent le tribunal. Jamais le gouvernement et les médias aux ordres n’accordent à ce soulèvement d’une ampleur inédite le statut de mouvement social. Au mieux, on lui concède d’exprimer le vieux refrain du « malaise des banlieues » ; au pire, on le présente comme confessionnel, ou racial… ça se lâche tranquille sur les métaphores biologiques et médicales. Et puis, comme souvent par le passé, les « sauvageons » – cette « sous-humanité » qui casse tout sans rien revendiquer – ont le bon goût d’être identifiable à son taux de mélanine.

Les discours – entre mépris bourgeois et racisme d’État –, les pratiques policières – du Flashball en pleine tête à la garde à vue –, les outils judiciaires – de la comparution immédiate généralisée à la prison ferme en passant par la détention préventive –, sont ceux qui ont été créés dans les années 1980 pour le maintien de l’ordre dans les quartiers populaires au moment où le pouvoir les renommait « quartiers difficiles ». Au cours de l’hiver 2005, ils sont massivement mobilisés pour punir sans pitié les catégories de la population pour lesquels ils ont été perfectionnés au fil des années. Culpabilité sur la base de la couleur d’un vêtement, de la simple présence sur les lieux avant ou après une infraction, considérations de procureurs moralistes sur la « lâcheté des casseurs », délit de faciès – si ce n’est toi c’est donc ton frère –, condamnations sur la base des PV mensongers de flics qui se contentent de ramasser ceux qu’ils connaissent déjà, dépolitisation des enjeux… Les catégories qui ne sont pas concernées adhèrent au traitement étatique ; et les autres pauvres, souvent plus blancs, qui ne vivent pas dans les quartiers ciblés refusent de se reconnaître dans cette « racaille » dont il faut se « débarrasser ». D’autant plus regrettable que c’est précisément cette batterie d’outils dont l’État use aujourd’hui sans retenue pour écraser les Gilets jaunes.

« Ici c’est déjà Guantanamo »

À l’été 2003, les images d’une militaire américaine tenant en laisse un prisonnier nu dans la prison irakienne d’Abou Ghraïb fait la Une des journaux du monde entier. L’usage de la torture redevient un fait avéré, non seulement dans ce camp particulier, mais aussi dans la prison de Guantanamo. Au même moment réapparaît un semblant de débat, sinistre : n’est-il pas admissible – comprendre : regrettable peut-être, mais nécessaire – de torturer « nos » ennemis pour protéger la démocratie ? En refusant « nos » valeurs, n’ont-ils pas délibérément quitté l’humanité ?

En novembre 2004, dans le numéro 12 du journal, nous publiions une lettre de Gégé, alors en quartier d’isolement à Fleury-Mérogis. Il se reconnaissait dans le sort infligé aux prisonniers des camps américains. Il réclamait que cessent les expéditions punitives des équipes régionales d’intervention et de sécurité (Eris) – ces unités de matons anonymes cagoulés créées en 2003 par Perben, alors ministre des tribunaux et des prisons, pour réprimer tout mouvement collectif. Il exigeait que « leurs tabassages gratuits et leurs humiliations sans limite soient supprimées dans leur totalité ; en clair, que soit retirée cette escouade de kamikazes de l’État planqués derrière des cagoules qui se plaisent à infliger des tortures physiques et psychologiques aux détenus exactement dans la même lignée de ce que les Américains font subir aux prisonniers irakiens. » Cette comparaison tombait tellement juste que l’administration pénitentiaire nous a immédiatement poursuivis en diffamation, et que des dizaines d’autres prisonniers se sont mis à signer systématiquement leurs lettres : « un prisonnier du D5 de Guantanamo ». Le siècle s’était ouvert par la désignation de nouveaux ennemis, d’une nouvelle catégorie, d’une sous-humanité dans laquelle se reconnaissaient désormais les prisonniers des quartiers d’isolement (QI). Pas grand-monde à l’extérieur pour relayer la parole de ces prisonniers, leur déniant ainsi la contestation politique de l’enfer qu’ils subissaient : ils méritaient une fois de plus ce qui leur est arrivé.

C’est pour ces mêmes prisonniers récalcitrants – condamnés à des peines à vie ou n’ayant cessé d’accumuler les peines supplémentaires à l’intérieur – que l’État a construit au début des années 2010 les prisons sécuritaires de Condé-sur-Sarthe et Vendin-le-Vieil, conçues comme d’immenses quartiers d’isolement, de nouveaux quartiers de haute sécurité (QHS) – prétendument abolis en 1981. Ils ont été aussitôt rebaptisés « tombeaux secrets » par les prisonniers qui les peuplaient.
En février dernier, un prisonnier et sa compagne se retranchent dans l’unité de vie familiale de l’un de ces QHS modernes. On ne saura jamais ce qu’il s’y est réellement passé. L’homme et femme « s’étaient radicalisés ». Point, c’est censé suffire. « Radicalisés » : ici, les catégories de l’État – prisonnier irrécupérable et terroriste – se superposent, se renforcent, pour mieux rejeter irrévocablement de l’humanité deux personnes. Les cagoulés du RAID sont présentés comme des héros promus ultimes remparts de la liberté face à la sauvagerie, et les matons de Condé en profitent pour réclamer une fois de plus le durcissement des conditions de détention, leur revendication favorite.

« Quand ils sont venus chercher les migrants, je n’ai rien dit »

La catégorie d’« étranger en situation irrégulière », ramenée ces derniers temps à celle de « migrant », permet de mettre dans le même sac des milliers de gens aux parcours et aux cultures différentes, de les mettre à distance et de leur faire un sort que personne pourtant n’aimerait subir s’il devait prendre la longue route de l’exil. Ces personnes étrangères – résidant pour certaines sur le territoire français depuis de nombreuses années – se font contrôler sur les mêmes présupposés racistes que les gamins « de banlieue » et subissent un fichage généralisé qui conduit à un enfermement de masse : l’État français enferme près de 50 000 personnes chaque année dans quarante prisons pour étrangers, les centres de rétention administrative (CRA).

La loi « Asile et migration » a fait passer le 1er mars 2019 la durée d’enfermement maximum dans ces centres de quarante-cinq à quatre-vingt-dix jours dans une indifférence quasi générale. Trois mois d’enfermement pour défaut de papiers : déjà une peine. Tout l’hiver, des mouvements de révolte ont secoué des prisons pour étrangers où la répression ne cesse de s’intensifier : lourdes peines de prison ferme pour un incendie au CRA de Rennes, déportations accélérées, isolement, transferts des meneurs désignés. L’indifférence reste la règle : l’étranger, l’étrangère peuvent mourir noyés, se faire racketter par la police, être stockés comme du bétail. Les larmes de crocodile des chefs d’État pour Aylan Kurdi, l’enfant kurde retrouvé mort sur une plage turque dont la photo était devenue virale, ont séché depuis longtemps ; et c’est encore au nom de la sécurité des citoyens français que l’on organise cette misère.

L’étranger a toujours été désigné par l’État comme un voleur (de pomme, de travail, de femme…). Il est aujourd’hui en prime désigné comme terroriste potentiel, et « nos frontières » seraient là pour « protéger les honnêtes nationaux ».

« Ma liberté commence là où commence celle des autres »

Quand l’État exécute une femme dans un QHS, enferme des étrangers en masse, mutile sciemment des manifestants… c’est toujours au nom de « nos libertés ». C’est donc la société toute entière qui partage la responsabilité de cet assassinat, de ces enfermements, de ces mutilations. Pour reprendre les mots implacables d’Angela Davis : « les droits et libertés démocratiques sont définis en regard de ce qui est dénié aux personnes emprisonnées ».

Quand l’État parle de « libertés », c’est toujours au pluriel. Derrière ce vocable – les « libertés » –, il s’agit en fait pour l’État de défendre une liberté : celle, pour quelques-uns, d’exploiter le plus grand nombre et de sécuriser cette exploitation à coup d’emprisonnements, de crimes, de génocides, etc. Quant à nous, nous aurions chacun notre liberté, qui serait toujours en concurrence avec celles des autres. Des libertés individuelles, séparées les unes des autres. Des libertés qui circulent ainsi à la manière de vases communicants au bon vouloir de l’Etat, et de sa liberté à lui. L’idée fondatrice de la Déclaration des droits de l’homme est bien celle-là : « la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres. » Et puisque les libertés seraient en guerre les unes contre les autres, il devient logique de penser que plus certains en sont privés, plus les autres en ont. Plus on voit d’autres (que ce soient des « migrants » ou des « délinquants ») payer leur indocilité face à un État tout-puissant, plus on devrait se sentir « libre »… mais seulement de rentrer dans les « bonnes cases », prévues à cet effet ; « libre » de jouir de notre part individuelle de liberté.

Contre cette vision qui fait de la vie du plus grand nombre une misère mortifère, il faut continuer à défendre que la liberté n’a rien d’un état individuel. Pour qu’elle soit synonyme de vie, d’épanouissement, d’émancipation, il n’y a de liberté que collective : plus les autres seront libres, plus je le serai moi aussi. N’en déplaise aux enfermeurs.

« Les prisonniers ont raison de se révolter »

Combattre la violence qui s’abat sur ceux et celles qui revêtent des gilets jaunes, sur ceux et celles qui ont fui un pays pour échouer dans « le nôtre », sur ceux et celles qui sont exclus temporairement ou définitivement du corps social au nom de « notre » sécurité – de notre prétendue « liberté » –, est un vrai geste de solidarité ; c’est-à-dire qu’il nous inclut dans la même humanité, qu’il refuse des catégories que nous n’avons jamais épousées. Cette souffrance est la nôtre. Nous en connaissons les causes – l’exploitation qui fonde toute société capitaliste – et les méthodes qui y conduisent, la permettent – une entreprise incessante de déshumanisation. Partager ce constat avec tous les exclus est le carburant de notre révolte. En luttant contre les pratiques autoritaires que l’État mobilise, il n’est jamais question de « sauver la démocratie », de « préserver la République » ou un quelconque autre fétiche.

Les blessés, les torturés, les enfermés, les gosses agenouillés à Mantes-la-Jolie les mains derrière la tête, les jeunes des quartiers de relégation assassinés par les flics, les faux suicidés du mitard sont des nôtres et nous sommes des leurs. Quand on se pointait dans les tribunaux en 2005, quand on manifeste au pied des prisons pour dire notre solidarité avec nos alter ego entre quatre murs, avec des Gilets jaunes qui ont capté que la révolte peut bien souvent mener au placard, on ne se bat pas que pour les autres. On défend notre liberté.

Pour celles et ceux qui refusent leur condition de crève-la-faim et qui trafiquent ; celles et ceux qui volent ; celles et ceux qui utilisent des drogues ; celles et ceux qui conduisent sans permis pour aller bosser ; celles et ceux qui manifestent sans déclarer leur manifestation ; ceux et celles qui ne rentrent pas dans les bonnes cases… la prison est là. Et ce n’est pas la moindre des victoires du mouvement des Gilets jaunes que naisse cette évidence dans beaucoup d’autres têtes : il y aura toujours une place pour toi ou ton fils en prison. Lutter contre tous les enfermements est fondamental et nécessaire, non seulement pour les prisonniers, mais aussi pour tous « ceux qui se croient libres » hors les murs. Dire que « les conditions d’enfermement des personnes détenues sont inadmissibles » ne suffit plus – pour peu que cela ait jamais suffi. Cette dénonciation, si juste soit-elle, continue à postuler une extériorité et entretenir une étrangeté – une supériorité bien souvent – au monde des enfermé.es et à leur sort.

Ce journal est né il y a dix-huit ans de la nécessité de faire exister la parole des hommes et des femmes infâmes, quelle que soit la catégorie qu’on leur a collée sur le dos pour les enfermer. Il fallait que les principaux concernés par la répression structurelle de l’État se fassent entendre et s’organisent contre le sort qui leur est fait ; pour que les questions pénale et carcérale continuer de remonter à la surface et prennent toute leur place au cœur des luttes pour l’émancipation ; pour que l’on s’organise ensemble autant que possible pour résister, combattre, quitter les cases d’un ordre social qui repose sur la prison.

Le n°50 du journal est sorti !

4

Comme vous le savez, le numéro précédent date de l’année dernière, c’est pourquoi celui-ci est deux fois plus gros. Les parutions vont dorénavant se poursuivre à un autre rythme. Nous réfléchissons à la meilleure manière de faire sortir la parole de l’intérieur. L’Envolée est déjà présent sur différents supports : la radio (sur Fréquences Paris Plurielles, 106.3 en région parisienne), le site Internet, les réseaux sociaux (Facebook et Twitter ).

Cinquante numéros nous ont appris que la publication d’un journal papier reste une des meilleures façons d’inscrire dans la durée des paroles, peu importe comment elles nous parviennent : courriers, conversations téléphoniques, Internet… Les luttes, les histoires, les idées peuvent ainsi circuler de la main à la main. L’Envolée fait exister le point de vue de prisonnières et de prisonniers dans la société. Si nous arrivons à le faire depuis dix-huit ans, c’est grâce à des correspondances, des solidarités concrètes et des amitiés avec des personnes écrouées. Ce sont ces échanges qui construisent un point de vue singulier sur la justice, la prison et la société. Du coup, la réflexion sur l’orientation du journal, c’est en dialoguant avec l’intérieur qu’on voudrait la mener ! Nous appelons donc les prisonniers et les prisonnières à réfléchir avec nous aux outils de lutte les plus efficaces pour partager leurs réalités quotidiennes, leurs galères et leurs bagarres dans les taules et dans les tribunaux.

Nous rappelons que l’argent récolté continuera à servir comme toujours à diffuser gratuitement ce journal aux prisonniers.

Force, courage et détermination à toutes et tous !

Vous pouvez vous abonner ou abonner des prisonniers en nous écrivant à l’Envolée, 43 rue de Stalingrad, 93100, Montreuil. L’abonnement de soutien est à 15 euros par an (ou plus en fonction des bourses ; chèque à l’ordre de l’Envolée). En vous abonnant dehors, vous nous permettez d’abonner plus de prisonniers et de prisonnières à l’intérieur puisque l’abonnement est gratuit pour toutes les personnes enfermées.

Le journal est par ailleurs disponible au prix de 4 euros dans de nombreuses librairies en France et en Belgique. Nous remercions d’avance ceux et celles qui nous communiqueront d’autres lieux (librairies, infoshops, bars, magasins, accueils familles) pour déposer le journal.

N’hésitez pas à nous demander le journal en plusieurs exemplaires si vous voulez, vous aussi, le distribuer dans votre région  : contact@lenvolee.net

Liste des points de vente :  Où nous trouver ?

EMISSION DU 21 JUIN 2019

 

      • Lettre + invité : Témoignages de Réaux suite à la mort suspecte de M. Fofana
      • Discussion  : Condé sur Sarthe ; des nouvelles de Marina, fraîchement libérée ! ; grèves de faim dans des prisons italiennes
      • Appel : Un prisonnier du CRA de Oissel
      • Appel : Un prisonnier du CRA de Lyon
      • Brèves : Agenda ; soins en prison

Ziz : Haroun- Voyous / Tandem – Un jour comme un autre / 113 –Face à la police / 113 – Ouais gros


Téléchargement (clic droit –> « enregistrer la cible du lien sous »)


 

 

« Solidarité avec Fabrice Boromée contre l’isolement carcéral ! »

Mardi 18 juin 2019, Fabrice Boromée doit passer en procès à Tarascon pour avoir tenté une résistance à la prison d’Arlesil était enfermé -et donc torturé- il y a 5 ans. Depuis, tout va de mal en pis, tant au niveau pénitentiaire et juridique que médical.

Jeudi 20 juin 2019, Christine passera quant à elle en procès à Digne pour avoir « harcelé téléphoniquement » un médecin qui refusait de faire des visites décentes au quartier d’isolement de la prison de Moulins où Fabrice était alors enfermé.

Depuis 2012, Fabrice Boromée subit l’enfermement dans les quartiers d’isolement des prisons en métropole. Depuis sept ans, ses conditions de détention doivent être qualifiées de torture. Ce traitement inhumain a été mis en place par l’administration pénitentiaire après que Fabrice a refusé de se soumettre à l’arbitraire carcéral qui lui interdisait d’assister à l’enterrement de son père en Guadeloupe. Depuis, Fabrice ne demande qu’une chose : être transféré en Guadeloupe auprès de ses proches. Face au silence de l’administration, il s’est révolté de nombreuses fois pour se faire entendre, notamment avec des prises d’otage. Alors qu’il était entré en prison pour une peine de huit ans, il a pris des rallonges de peine à la pelle : il a aujourd’hui encore trente ans à faire.

Enfermé et exilé de force en métropole Fabrice subit une double peine, comme de nombreux autres détenu.e.s originaires des territoires qu’il est convenu d’appeler les « DOM-TOM ». Outre la répression carcérale, leur situation révèle un des aspects de la domination coloniale que l’État français continue d’imposer aux populations de ces territoires. À l’isolement et très éloigné de ses proches, Fabrice n’a de contacts quasiment qu’avec les surveillants casqués…

Depuis, plusieurs articles de presse ont été écrits sur sa situation mais celle-ci n’a pas changé et la mesure d’isolement n’est toujours pas levée. Au contraire, il a subi des conditions extrêmement difficiles, dignes des anciens QHS (Quartiers de haute-sécurité) soit-disant abolis : menottage systématique, escortes suréquipées et violentes, refus de le laisser voir le médecin ou le cpip dans des conditions décentes, repas jetés par la trappe… Il y a 18 mois Fabrice refusait de sortir de la douche, demandant à la direction de respecter ses engagements pour son transfert. La seule réponse a été de lui envoyer les ERIS (Equipe régionale d’intervention et de sécurité) qui ont balancé une grenade assourdissante dans une douche de quelques mètres carrés. Ces violences de l’administration lui ont fait perdre l’ouïe d’une oreille.

L’isolement carcéral, véritable torture, a des conséquences très graves sur sa santé et son moral. Il a eu des attaques cardiaques, il se plaint de migraines permanentes, sa vue baisse, il s’exprime moins bien, il perd le goût de vivre… Un ulcère de l’estomac a été diagnostiqué il y a six mois et empire à cause du stress continuel. Ces agissements ignobles sont validés par le ministère de la justice et des médecins complices.

Nous ne les laisserons pas tuer Fabrice Boromée !

Pour lui écrire :

Fabrice Boromée, écrou N°638, MC QI- 5 rue Droux, 62880 Vendin-le-vieil

Des opposant.e.s à la prison et ami.e.s de Fabrice

Enregistrer

Pour en finir avec toutes les prisons