Procès d’un mouvement au CP de Châteaudun cet été, solidarité et bref retour sur l’été

Suite à la mutinerie qui a eu lieu au mois d’août au centre pénitentiaire, cinq prisonniers de Châteaudun sont jugés ce jeudi 19 septembre à 13h30 au tribunal de Chartres. Nous y serons pour rendre compte de se procès et témoigner de notre solidarité, loin des « scènes de guerre » décrites dans les médias, mais au coeur de la guerre que mène l’Etat contre ses pauvres.
Avec tous les prisonniers qui cet été se sont révoltés dans de nombreuses taules de France. En attendant de raconter le procès de Chäteaudun, bref retour sur les mouvements de cet été.

Des prisonniers se sont mutinés dans différentes prisons cet été. « S’ils ont souhaité s’exprimer » l’administration pénitentiaire et le ministère ont tenté à chaque fois de minimiser ces révoltes en parlant « de phénomènes d’émulation ». Quant aux syndicats de matons, source d’informations numéro 1 des médias pour tout ce qui concerne la prison et les détentions, ils ont tout intérêt à décrire bout à bout des « camps de vacances » et des « scènes de guerre ». Ces révoltes servent encore une fois à l’expression de leurs revendications corporatistes et à la stigmatisation des prisonniers.

Ainsi, de source médiatique nous apprenons que le mardi 20 août une vingtaine de détenus du centre de détention de Châteaudun se sont révoltés. Ils auraient fait tomber du grillage, tenter d’incendier un poste de surveillance avant de réussir à gagner les toits.  Quoi qu’il en soit, les prisonniers  ramassent : outre l’usage des flash-ball par les surveillants, il y a l’intervention des Equipes Régionales d’Intervention et de Sécurité (ERIS) venues en renfort de Paris et Dijon avec leur matos (balles en caoutchouc, gaz lacrymogènes et grenades de désencerclement). Malgré leur présence, une trentaine de prisonniers se révoltent une nouvelle fois, font tomber un grillage et caillassent des surveillants… La répression continue : plusieurs placements au mitard, une vingtaine de transferts et des prisonniers placés en garde à vue avec une comparution immédiate refusée par certains et on l’espère par tous. Ilors de deux audiences qui ont déjà eu lieu  6 prisonniers ont pris des peines de 12 à 18 mois. Cinq autres seront jugés « pour des faits de rebellions en réunion et de dégradation au préjudice de l’administration pénitentiaire » ce jeudi 19 septembre au tribunal de Chartres, à 13h30. Ils encourent jusqu’à sept ans. des peines, des années qui viendront s’ajouter à leurs condamnations.

On sait que l’AP a, depuis août, durcit la détention. La seule information que nous avons à ce propos provient d’une radio locale et date du 23 août « le jeudi 22 août, les détenus ont été interdits de sortie ». Monsieur David Daems, secrétaire national de FO-Pénitentiaire, ne ment-il pas quand il estime « qu’il aurait dû y avoir des sanctions. Au lieu de ça, ils ont réintégré leur cellule comme si de rien n’était. » ? Un détenu réussira à parler dans le journal télévisé de France 3. Mais deux poids deux mesures, l’interview ne dure qu’une minute. En comparaison, tous médias confondus, les matons s’exprimeront plusieurs heures. Le prisonnier dit « qui sème le vent récolte la tempête ».

Mutinerie à Blois après une « mort suspecte » comme on dit poliment

La veille de ces deux mutineries, des prisonniers se sont révoltés à  la maison d’arrêt de Blois occasionnant le transfert massif d’une quarantaine de prisonniers vers Fresnes et Châteaudun (tiens!). Au détour d’un article, on apprend très succinctement qu’il y a eu un renforcement de la discipline ces derniers mois comme s’il ne s’agissait que d’un détail. Là encore des prisonniers désarmés face à des surveillants et des ERIS surarmés morflent pour s’être révoltés suite à la mort d’un jeune de 24 ans en cellule, Mounir Benlhoussine. Ça, on le sait parce qu’un prisonnier fera son possible pour le faire savoir à l’extérieur et réussira à prendre contact avec un journaliste du quotidien local.

« Allô, La NR ? Dites-le dans le journal qu’ils ont tué Mounir. Il était malade. Toute la nuit, son copain de cellule a tapé à la porte pour demander du secours. On a tous entendu cogner. C’est pour çà qu’on est en colère. Personne n’est venu, je te jure ! On l’a trouvé mort ce matin. Non, ce n’était pas un gars d’ici. Il venait de Dreux. On l’avait transféré voici deux mois. ».

La famille de Mounir a pris un avocat et a porté plainte contre X pour « homicide involontaire »,  » traitement inhumain et dégradant  » et  » non-assistance à personne en péril « . On apprend aussi que le codétenu de Mounir a crié toute la nuit pour obtenir de l’aide…

 Avant même que la famille ait les résultats de l’autopsie, David Daems (encore lui) affirme le jour même de la mutinerie, soit quelques heurs après le décès que « le détenu est décédé de mort naturelle, mais ils (les prisonniers) contestent le diagnostic ».

Cette histoire n’est pas sans rappeler celles de Gordana 37 ans et celle de Papi 33 ans, morts respectivement à la MAF de Fleury-Mérogis et au CD de Bourg-en-Bresse suite à une absence délibérée de soins, ignorés par l’AP et le service médical. Histoires que nous avions relayées dans les colonnes du journal.

Morts comme des chiens pendant que leurs codétenus respectifs appellent à l’aide pendant des heures, en vain. Bien souvent dans ce genre d’histoire, déposer plainte contre l’AP apparaît comme la seule forme de lutte. Avec la mort de Mounir, la mutinerie des prisonniers de Blois ont réagi autrement, par rage, par colère, pour hurler eux-mêmes ce qu’ils vivent et le faire savoir.

Mouvement à Bourg en Bresse le 1er août

A Bourg-en Bresse le 1er août, des prisonniers se sont retranchés dans une aile et ont détruits du mobilier et du matériel de vidéo-surveillance. Les ERIS de Dijon sont intervenues. L’administration pénitentiaire occulte les vrais causes de la révolte. Si elle parle d’une anodine interdiction du port du short pendant le sport -mesure infantilisante- des détenus réussissent à se faire entendre et à donner leur version. Un courrier est alors publié sur Indymedia, et quelques autres sites internet.  Des prisonniers y racontent le ras-le-bol des décisions sévères prises par le juge d’application locale des peines (tiens ça nous rappelle les évènements du centre de détention de Roanne en 2012 !), la complicité Matonnerie-AP-Tribunal quand il s’agit de casser les détenus et les pressions quotidiennes endurées.

 Ces évènements auraient donné lieu à un mouvement de solidarité à la MA de la Talaudière. Mais nous n’en savons pas plus pour le moment.

Enfin à la MA de Bois d’Arcy dont on ne sait que très peu de chose malheureusement : le malaise d’un détenu pendant le sport, des équipes médicales qui tardent à intervenir et un début de mutinerie. Gordana, Papi, Mounir, etc. Et l’administration pénitentiaire, à l’AFP, qui prétend encore que les détenus prétextent, s’émulent… Et puis l’intervention des ERIS, un prisonnier au mitard. « Sans casse » dit la matonnerie…

Alors non, les prisonniers ne reçoivent pas des messages d’impunité de la part de Christiane Taubira contrairement à l’affirmation mensongère du Snepap. La nouvelle loi pénitentiaire qui se dessine ne va pas moins réprimer ni enfermer.

Une réflexion au sujet de « Procès d’un mouvement au CP de Châteaudun cet été, solidarité et bref retour sur l’été »

  1. Les six passés en proces hier ont pris moins que ceux passés précédemment. Entre six et 12 mois alors que le proc demandaient 18 mois ferme. Ils ne se sont pas laissés faire, denonçant les mauvais traitements, et les videos disculpantes qui disparaissent. Leur avocat ont demontrer que les inculpation de violences et rebellion ne tenaient pas debout. Les seuls à avoir été blessé dans l’histoire sont les prisonniers (points de suture, hematomes, nez cassé etc…). Comme quoi ne pas sa laisser faire, se défendre et ne pas baisser la tête n’implique pas, au contraire, des peines plus lourdes.

Laisser un commentaire