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Encore un mort au mitard : Communiqué de prisonniers de Seysses

Samedi 14 avril, un prisonnier est mort dans le quartier disciplinaire  de la prison de Seysses (31). Depuis, tous les jours, des prisonniers refusent de remonter de promenade malgré l’intervention des ERIS (Equipes régionales d’intervention et de sécurité) ; plus d’une centaine, parfois 200, une banderole a même été déployée dans la détention pour dénoncer ce que tous refusent d’accepter comme un suicide. Le Syndicat pour la protection et le respect des prisonniers qui est né récemment de personnes directement concernées par l’enfermement carcéral et rassemble déjà de nombreux prisonniers et prisonnières (nous donnions la parole aux initiatrices du PRP dans notre dernier numéro : à lire ici) a reçu ce communiqué de l’intérieur de la prison de Seysses. Les prisonniers qui le sortent malgré les risques que cela implique pour eux-mêmes veulent qu’il soit diffusé le plus largement possible afin que la vérité soit dite sur ce qu’il s’est véritablement passé ce jour-là : J. ne s’est pas pendu. Ils y rendent aussi compte  des pressions subies par les témoins  les jours qui ont suivi la mort de J. et sur le quotidien terrible de la détention, particulièrement au mitard, dans la prison de Seysses. Nous appuyons totalement les revendications de ces prisonniers qui ont directement vécu ces moments. Que ceux et celles qui pourraient en témoigner n’hésitent pas à se rapprocher de L’Envolée ou du syndicat PRP. Pour que cette mort plus que suspecte ne soit pas une fois de plus étouffée par l’administration pénitentiaire.

 

 


Communiqué de prisonniers
enfermés à la prison de Seysses :
Encore un mort au mitard

 

 

Maison d’Arrêt de Seysses, le 19 avril 2018.

J. avait 26 ans. Samedi dernier, il était au mitard, dans une  »cellule disciplinaire » de la prison de Seysses. Il y est mort. Les médias relaient une version des faits, une seule : celle des matons, les  »surveillants ». Mais nous, on y vit, dans cette prison. Et on n’est ni sourds, ni aveugles. On sait que sa mort a été provoquée par la violence des matons affectés au mitard. Non, J. ne s’est pas suicidé.

Si plus d’une centaine de prisonniers ont refusé de remonter en cellule plusieurs jours de suite cette semaine, c’est parce que c’est tout ce qu’on peut faire pour protester, ici. J. est mort au mitard, et l’autopsie aurait conclu à un suicide. Mais on sait que ce n’est pas le cas, car il y a des témoins qui étaient présents dans les cellules environnantes lors de son passage à tabac, qui ont tout entendu, qui ont assisté à tout ça. C’est suite à un déferlement de coups que J. est mort samedi. Pensez-vous que nous serions 200 prisonniers à refuser de remonter en cellule et à déployer une banderole dans la cour de promenade si nous n’étions pas convaincus de leurs mensonges ?

Tous ceux qui sont passés par le quartier disciplinaire pourront témoigner des humiliations qu’ils y ont subi, des insultes racistes, des crachats à la figure, des ordres donnés comme si on était moins que des chiens… Là-bas, celui qui a le malheur de « la ramener » peut finir comme J. : pendu. Aucun droit n’est respecté dans ce mitard. Les promenades ont lieu au bon vouloir des surveillants, et en général il n’y en a pas. L’accès au douches nous y est refusé, et il peut se passer quinze jours sans qu’on puisse y aller. Pareil pour l’accès au feu, pour allumer une cigarette : c’est maximum trois fois par jour et ils usent de beaucoup de zèle, il faut presque les supplier. La peur y règne, et y aller est pour chacun d’entre nous, prisonniers, une vraie descente aux enfers.

Cet hiver, plusieurs prisonniers se sont retrouvés dans ce mitard sans matelas, sans couverture et sans vêtements, alors qu’il faisait moins cinq degrés. Juste parce qu’ils avaient tapé sur la grille de leur cellule pour réclamer à manger ou avoir du feu. Ils ont dû dormir par terre, nus, sur un coussin, et manger « la gamelle » dans des barquettes qui arrivaient ouvertes, apparemment déjà utilisées.

J. a été battu par cinq ou six surveillants, pendant plus d’une demi-heure. Puis il y a eu un grand silence, et les surveillants se sont mis à discuter entre eux, à estimer son poids et sa taille pour s’accorder sur une version des faits. Puis ça a été l’heure de la gamelle et, quand sa cellule a été rouverte, ils ont fait mine de le découvrir pendu. Alors le Samu est intervenu et a tenté de le réanimer, en vain. Le lendemain, ils ont libéré tout le monde du mitard et personne n’a été entendu, même pas le chef ni les gendarmes. Ça montre bien qu’ils ont des choses à cacher, qu’on ne vienne pas nous dire le contraire.

Certains d’entre nous (sur)vivent dans cette prison de Seysses depuis plusieurs années, ou y font beaucoup d’allers-retours. Cette situation n’est pas nouvelle, et d’autres « morts suspectes » ont eu lieu ici ces dernières années. Nous avons vite compris que notre parole ne valait rien face à la leur, mais nous savons aussi que beaucoup dehors s’interrogent ou ont déjà compris leur petite mascarade. Qui tue.

Voir la vidéo complète : 14 AVRIL

 

C’est très difficile pour nous de donner des preuves de ce qu’on avance. Ici, nous sommes enfermés, et chaque information qui arrive dehors risque d’avoir de graves conséquences pour nous. Pourtant il faut que ça se sache, car nous sommes en danger de mort. Les surveillants jouent avec nos vies dans ce quartier disciplinaire.
C’est plus que de l’humiliation ; ils nous terrorisent, et ce qui est arrivé à J. pourrait arriver à chacun d’entre nous.

Nous dénonçons aussi les pressions qui sont faites sur les prisonniers qui ont assisté aux faits. Les témoins malgré eux de ce qui s’est passé samedi dernier subissent des pression psychologiques et sont très clairement menacés de transfert. Tout semble mis en place pour les pousser à bout. Ainsi, cinq d’entre nous ont déjà été transférés suite au blocage de la promenade et sont désormais à Lille, Bordeaux, Sedequin… Considérés comme « meneurs », on ne les a même pas laissé embarquer leurs affaires personnelles. C’est comme ça  que la prison est tenue maintenant, en nous menaçant d’un « transfert disciplinaire » qui nous éloignerait encore plus de familles et de nos proches.

Nous exigeons que la direction de la Maison d’Arrêt remplace immédiatement cette équipe de surveillants, il est évident que c’est la première chose à faire. La petite équipe sadique de matons du mitard, nous, prisonniers, la surnommons « l’escadron de la mort ».

Ici, on est spectateurs du désespoir humain, et on sait tous que J. pourrait être n’importe lequel d’entre nous. Il a été battu à mort parce qu’il tapait dans une porte : il n’en pouvait plus d’attendre, coincé dans la « salle d’attente » de la prison, sans fenêtre. Il voulait juste regagner sa cellule. Ils sont venus et l’ont plié.

On ne soigne pas le mal par le pire. Nous voulons que tout cela cesse.
Que celui qui est condamné à aller au mitard puisse au moins conserver sa dignité et que ses droits fondamentaux soient respectés.

Nous voulons que la vérité soit faite sur la mort de J. et qu’une telle horreur ne puisse plus se reproduire, ni ici, ni ailleurs.
Nous nous associons à la douleur de la famille et sommes prêts à témoigner si elle le désire.

Des prisonniers de la M.A. de Seysses

ÉMISSION DE L’ENVOLÉE DU 06 AVRIL 2018

 

      • Appel : Lydia parle de Baptiste, qui prend toujours aussi cher
      • Brèves : Toujours du sale : corruption à Fresnes et incarcération de l’ancien directeur ; le maton de Poissy, champion de boxe thai ; un mec se fait défoncé par des keufs à Angers suite à un contrôle, il part en prison

Zics : Zirap meet ZSR – Cassereuses des Champs / A2H – On charbonne / Phénomène Bizness – De mes deux mains


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ÉMISSION DE L’ENVOLÉE DU 30 MARS 2018

 

      • Lettres : Alexia (Fresnes), Stephane (Melun)
      • Appel : Serge, pour la journée sur les luttes anti-carcérales du 07/04/18
      • Appel : Cannelle et Laura, habitant.e.s de Bure, reviennent sur la lourde répression que subit la lutte contre l’enfouissement de déchets nucléaires : procès à venir. Un militant incarcéré a besoin de soutien, écrivez lui : Cristal Antem, n.14341, 300 rue de l’abbé Haltebourg, CP de Maxeville 54320 Nancy
      • Invités : Teuchiland et BFK, rappeurs du quartier de l’Argonne (Orléans) : témoignages, discussions et freestyles

Zics : Bibi Craveur – Afrotrap / Joro 6200 Teuchiland – Mauvais côtés / BFK ft. Teuchiland – La coptone / Teuchiland – Vie de quartier


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ÉMISSION DE L’ENVOLÉE DU 23 MARS 2018

 

      • Appel : Aurélie Garand revient sur la lutte pour la Vérité et la justice suite à l’assassinat de son frère, Angela
      • Appel : Rosa de l’émission Parloir Libre (Marseille), parle de la situation de Samir. Coordonnées : 07.53.13.12.08
      • Brèves : La douille de Macron pour « vider les prisons »

Zics : Alpha 5.20 – Les larmes du soleil / Al – Un putain de puriste / 113 – Les princes de la ville


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ÉMISSION DE L’ENVOLÉE DU 16 MARS 2018

 

      • Lettres : 3 textes de l’intérieur, parus sur France-Ouest
      • Présentation : Sortie du n°48 de l’Envolée, déjà parti pour tous et toutes les abonné.e.s ! Lecture de l’édito, sommaire…
      • Brèves

Zics : Paco – La France d’en bas


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ÉMISSION DE L’ENVOLÉE DU 09 MARS 2018

 

      • Appel : L’Infame, enfermé depuis 17 ans, revient sur le contexte à Réaux depuis la « prise d’otage »
      • Appel : Claudia du syndicat PRP, nous lit une lettre
      • Lettres : Laura, militante arrêtée à Bure et enfermée à la MAF de Nancy. Procès le 19/03
      • Appel : Lydia parle de la situation d’un prisonnier, tabassé par plusieurs matons
      • Brèves : Belle solidarité à Réaux ; des nouvelles du procès d’Alfidel ; Agenda

Zics : Haroun – Voyous / Oumar ft Sam’s – Vrais / Iron Sy – Brouilldé


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« L’engrenage carcéral » : entretien avec Aurélie Garand

Le 30 mars 2017, Angelo Garand mange chez ses parents dans les environs de Blois ; quelques mois auparavant, il n’était pas rentré de la maigre permission d’une journée que la prison de Vivonne lui avait accordée pour visiter sa famille. Une équipe du GIGN débarque, Angelo se cache dans une grange. Il y est abattu sans sommation et sans avoir opposé la moindre résistance. Depuis, la famille et les proches se battent pour que la vérité soit dite : Angelo a été exécuté. Nous avions publié une interview d’Aurélie dans le dernier numéro.
Le 23 février dernier, leur collectif Vérité et Justice Pour Angelo organisait une journée de conférences intitulée « L’engrenage carcéral : peut-on en sortir ? », avec des intervenants de l’Observatoire International des Prisons et de la Ligue des Droits de l’Homme, ainsi que Nadia, auteure de « A ceux qui se croient libres » et cofondatrice de l’Envolée.
Nous avons de nouveau discuté avec Aurélie, pour qu’elle nous explique pourquoi il lui semble si important de lier son combat contre la violence policière à la question de l’enfermement.

A lire dans le dernier numéro de L’Envolée. Rendez-vous à Blois le 31 mars pour une marche commémorative. Pour télécharger l’interview en pdf : Aurélie Garand

 

Définir l’image mise en avant

Interview Aurélie Envolée 48

 

Lu ailleurs : « Combattre la répression dans les prisons »

Le 1er mars dernier a paru sur Paris Lutte Infos un texte signé « Des proches de prisonniers et prisonnier.e.s » qui revient sur une tribune publiée par des proches d’Antonin Bernanos, et qui le disait frappé par une répression féroce dû à ses prises de positions politiques. Nous reproduisons ici ce texte, non pour entrer dans une quelconque polémique, mais parce que nous souscrivons à une bonne part de ce qui y est dit. Tous les prisonniers sont politiques.

 

« Dans les prisons, le quotidien n’est que répression. A travers l’enfermement ou l’arbitraire de ses décisions, l’administration pénitentiaire harcèle et violente les prisonnier-e-s et leurs proches. Il est temps de combattre cette sordide banalité.

Il y a encore quelques jours était publié un texte des proches d’Antonin Bernanos dans lequel elles/ils expliquaient les conditions intolérables d’enfermement qu’il subit. Samedi dernier, lors d’un événement organisé par le collectif libérons-les, Geneviève Bernanos, la mère d’Antonin, expliquait qu’Antonin vivait une situation similaire à l’ensemble des prisonnier-e-s de France. C’est ce que nous souhaitons rappeler à travers ce texte : ce sont soixante-dix mille prisonnier-e-s en plus de leurs proches qui souffrent aujourd’hui de ces mêmes conditions inhumaines. Pour faire en sorte que les mécanismes répressifs dans les prisons françaises ne soient pas passés sous silence et encourager à lutter contre la prison dans son ensemble.

Soyons clair, ce que subit Antonin est intolérable : que ce soit l’enfermement, l’interdiction de communiquer avec l’extérieur, les transferts, les changements de cellule ou encore leur fouille punitive. Ce qui gêne dans ces textes, ce ne sont pas ce qu’ils combattent – nous aussi souhaitons voir les prisons en feu ainsi que le système de contrôle social qu’elles portent – mais la manière dont est présenté l’intolérable quotidien des prisons françaises qui semble devenir une mesure d’exception réservé à un militant qui a été médiatisé. Mais ce n’est pas le cas, ce qui est raconté est bien l’atroce banalité des prisons.

Les mesures subies ne sont pas exceptionnelles et ne sont pas réservées à un prisonnier qui tient un discours politique depuis l’intérieur des murs. Présenter ces mesures de la sorte revient à nier la répression quotidienne des matons et cette répression n’est pas plus tolérable lorsqu’elle touche d’autres formes d’insoumission à l’arbitraire carcérale.

Il semble donc nécessaire de rappeler les banalités intolérables des prisons françaises ; avec l’espoir que ce rappel mobilisera pour la lutte anti-carcérale et étendra les solidarités envers tou-te-s les prisonnier-e-s et leurs proches.

Non, en France, un-e prisonnier-e n’a pas le droit de parler. Sa parole est contrôlée par l’administration pénitentiaire : les matons lisent l’ensemble de sa correspondance et ne se prive pas de la censurer ou d’arrêter un coup de fils lorsqu’ils considèrent que cela est dangereux (par exemple : hier, mon codétenu s’est fait défoncé par les matons, j’ai peur pour ma gueu.Biiiippp… Biiiippp… Biiiippp…). Savez-vous que l’administration pénitentiaire a le droit de refuser qu’un détenu s’exprime à visage découvert dans un documentaire ? Comme cela a été le cas pour le documentaire Le déménagement interdit de diffusion à la télévision durant deux ans car sa réalisatrice a refusé de flouter des personnes qui souhaitaient s’exprimer face caméra.

Oui, les fouilles de cellule sont utilisées comme punition. Tous les matons de France savent qu’il y a des téléphones et du shit dans la grande majorité des cellules (surtout que bien souvent ça leur permet d’arrondir leur fin de mois). Surtout, c’est une épée de Damoclès suspendue au-dessus de tou-te-s les détenu-e-s. Il suffit qu’un maton se dise « aujourd’hui, c’est lui que je veux faire chier », il fait une fouille de cellule et peut envoyer n’importe qui au mitard (le mitard, c’est la prison dans la prison – tu es seul.e en cellule tous les meubles sont soudés au sol, le matelas est parfois enlevé la journée, tu n’as le droit qu’à une radio, tabac, bouquin, stylo et papier).
Lorsque un.e prisonnier.e montre publiquement qu’il.elle a accès à des choses illégales en prison, l’Administration Pénitentiare ne laisse pas passer. Ce n’est pas une question de discours politique… Bibi-craveur qui a filmé un clip de rap en détention, les boys de Villepinte qui font un mannequin challenge… BigUp à tous de forcer ces espaces de liberté que ce soit pour une prise de parole politique pour Antonin, artistique pour Bibi-craveur, ou juste un délire pour les gars de Villepinte. Surtout qu’on sait que vous avez mangé derrière.

Oui, les « décisions de gestion des établissements » sont des attaques supplémentaires. Une fois qu’un-e prisonnier-e a passé les murs de la prison, l’Administration Pénitentiaire a les pleins pouvoirs sur son devenir. Arbitrairement, elle peut décider des changements de cellule, de régime de détention, et même de prison. Par ces mesures, elle tente de briser les liens qui existent entre les prisonnier-e-s et avec l’extérieur, et les solidarités qui pourraient se construire. C’est aussi utilisé comme un moyen de pression afin de calmer les révoltes, avec par exemple des retours en régime fermé (22h/24 enfermé en cellule) alors qu’on bénéficiait de portes ouvertes à l’étage. Enfin, les transferts de prison éreintent les proches qui doivent toujours s’adapter aux bornes en plus et subir les retards des nouveaux permis de visite.

Non, il n’y a pas de courrier complétement secret en détention. Normalement, les correspondances avec les avocats, les juges, les autorités administratives indépendantes (contrôleur général des lieux de privation de liberté et défenseur des droits) ne peuvent être ouvertes. Mais souvent, des « erreurs » sont commises… Chacun sait que ce ne sont pas des erreurs mais bien des ouvertures illégales de courrier. Aucun maton ne sera réprimandé ou rendu responsable de ces formalités illégales, comme pour les faux en écriture des policiers.

Oui, les familles et proches de détenu-e-s subissent aussi l’incarcération. En effet, pour faire des demandes de parloir c’est la croix et la bannière. Les dossiers incomplets sont refusés. Le juge d’instruction ou la direction de la prison peuvent décider comme bon leur semble de refuser à une personne un parloir. Ils n’ont même pas besoin de justifier leur refus. Des recours administratifs peuvent être réalisés, mais ces derniers sont long et aboutissent assez rarement. Il arrive d’obtenir la décision d’un appel de refus de parloir, plusieurs mois après. Parfois même, la personne est sortie. Alors imaginez le processus d’une demande de parloir lorsque les proches n’ont pas de papiers, lorsqu’ils ne parlent pas français, …

Tout ce que nous venons de décrire est intolérable et est subi par l’ensemble des soixante-dix mille prisonnier-e-s de France. Nous n’avons décrit ici qu’une petite partie des attaques de l’administration pénitentiaire contre les enfermé-e-s. Nous n’avons pas, non plus, développé le rôle social de la prison qui est de dompter les pauvres.

Les réactions, à l’extérieur, existent (rassemblement devant Fleury pendant la grève des matons à la suite de l’appel de l’intérieur, manif à Montreuil Occupons les maisons, détruisons les prisons et autres…) mais restent peu nombreuses. Surtout, il semble que le quotidien carcéral ou le rôle social de la taule dans le monde capitaliste intéressent peu les militants, ou seulement lorsqu’un camarade est touché. L’objectif n’est pas ici d’en faire le procès, mais bien le constat, pour qu’enfin nous réagissions !

Ne laissons pas les soixante-dix mille prisonniers et prisonnières de France seuls.
Feu à la taule. Liberté pour toutes et tous.

Des proches de prisonniers et prisonnières. »

P.-S.
Pour s’informer sur les prisons :
Des émissions de radio : L’Envolée et Ras les murs
Des bouquins : Foucault / Wacquant / Rouillan / Hafed
Des films : Sur les toits / Faites sortir l’accusé / A l’ombre de la République
Portails internet : Carcéropolis / prison insider
Guide à l’usage des proches des personnes incarcérées

ÉMISSION DE L’ENVOLÉE DU 02 MARS 2018

 

      • Lettres : Fabrice Boromée (Moulins), Mohamed (Vendin-le-Vieil)
      • Appel : Claudia du syndicat PRP, nous lit 2 lettres que des prisonnier.e.s et proches de prisonnier.e.s lui ont envoyé. Pour la contacter :
        Snap : claudiianaiim
        Facebook : Samia Liberta
        Twitter : samialiberta
        Tel : 0673912213

Zics : Joey Badass- 95 til Infinity / Freko Ding – Dernier Morceau / Mafia Kainfri – Guerre / BALKANIE µ – Dimanche


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Le nouveau numéro est bientôt dehors ! Sommaire et édito.

Chaud l’hiver du côté pénitentiaire !

Ça reniflait fort l’odeur du pneu brûlé devant les grilles et les portes des prisons. Quinze jours d’agitation chez les matons, quinze jours à rendre la vie impossible aux prisonnières et prisonniers ; il faut dire que c’est pas trop dur pour tous ces porte-clés d’empêcher complètement le peu de vie, de sociabilité, d’activités autorisées par les règlements pénitentiaires : il leur suffit de systématiser ce qu’ils ont l’habitude de faire. Par contre, à aucun moment ces gardiens à la profession inqualifiable, n’ont osé s’en prendre directement à leur hiérarchie, aucun blocage de ministères ou même de tribunaux. Ils sont restés bien tranquilles en bons serviteurs de l’ordre établi, eux dont la fonction est de tenir enfermés violemment d’autres pauvres. Ils n’ont même pas le droit syndical de faire grève, ils l’ont échangé il y a longtemps contre des avantages salariaux. Et côté reconnaissance sociale, il va falloir qu’ils admettent qu’ils ne sont que les derniers maillons honteux d’une chaîne d’emplois dans le marché de la répression. Macron s’est permis de les remettre à leur place, un peu à l’ancienne, en les assimilant à un sous prolétariat séduit par le FN : « Les syndicats ne tiennent rien! FO-pénitentiaire est noyauté par le FN, ce qui explique sa position jusqu’au-boutiste. » Et Jean-Claude Mailly, le grand chef de FO de renchérir en précisant : « Moi, je ne les connais pas bien, ceux de la pénitentiaire ». Qu’ils continuent à en bouffer des nouilles et rien de plus…

Du côté du pouvoir, ça continue à communiquer. Bien sûr, quelques avantages concédés aux matons. Le gouvernement a surtout réaffirmé qu’il développerait le système de la prison à l’extérieur pour les plus courtes peines : on devrait connaître l’ouverture d’une agence des travaux d’intérêt général. Une nouvelle boîte d’intérim quoi, mais encore plus pratique pour les employeurs : une main d’œuvre corvéable à la merci d’une décision de justice qui a tout pouvoir de renvoyer directement en prison les récalcitrants aux sales boulots. Et tout ça conjugué au plan prévu de construction de quinze mille nouvelles places de prison : toujours et encore cette même logique exponentielle du nombre de prisonnières et de prisonniers et de personnes placées sous contrôle judiciaire. L’enfermement de masse passe autant par la construction de prisons que par la multiplication des « peines alternatives ». Tous les adorateurs de la loi Taubira vont pouvoir se mettre à table dans la joie et la bonne humeur avec les instances du pouvoir pour penser et fabriquer la prison « moderne ». Un grand consensus de toutes ces associations qui font toujours semblant de s’interroger sur le sens de la peine, quand la réponse est dans la question: punir pour asseoir la domination de quelques uns sur le plus grand nombre.


Évidemment tout le monde ne tombe pas dans le piège, surtout pas les premiers concernés par l’enfermement : les prisonnières et prisonniers, les proches et familles qui connaissent bien la réalité de la justice et de la prison. Il y a eu des rassemblements en solidarité avec les prisonniers devant les taules pendant toute cette période : à Châteauroux, à Dijon, à Fleury, à Marseille pour ceux dont nous avons entendu parler.
Quelques familles viennent de fonder un syndicat, le PRP (pour la Protection et Respect des Prisonniers), pour créer un rapport de force face à l’administration pénitentiaire. Les proches et la famille d’Angelo Garand abattu par le GIGN, en mars 2017 ont organisé à Blois, à la fin du mois de février, une conférence-débat sur ce thème : «L’engrenage carcéral : peut-on en sortir?» pour «questionner l’ensemble d’une chaîne pénale ciblant et réprimant toujours plus durement, par des peines de prisons, les plus pauvres, les plus précaires, les plus discriminés. »
Et puis, le Genepi Paris vient d’organiser une journée d’action et d’information sur la prison et la justice au titre sans équivoque de « L’État enferme, la prison assassine » : « La prison n’est pas une évidence, mais elle est le miroir grossissant d’une réalité sociale, économique et politique révoltante. Aujourd’hui nous étions sur le Ponts des Arts, au jardin du Luxembourg, au jardin des Plantes et sur la place de la Bastille (…) Demain, nous continuerons à parler, à débattre, à s’époumoner parfois ; nous continuerons à lutter »

Et contrairement aux matons, toutes ces actions ne sont pas relayées par les médias… N’en déplaise aux enfermeurs, leur société carcérale ne séduit pas tout le monde, loin s’en faut.

Vous pouvez vous abonnez ou abonner des prisonniers en nous écrivant à l’Envolée, 43 rue de Stalingrad, 93100, Montreuil. L’abonnement de soutien est à 15 euros par an (ou plus en fonction des bourses ; chèque à l’ordre de l’Envolée). En vous abonnant dehors, vous nous permettez d’abonner plus de prisonniers et de prisonnières à l’intérieur puisque l’abonnement est gratuit pour toutes les personnes enfermées.

Le journal est par ailleurs disponible au prix de 2 euros dans de nombreuses librairies en France et en Belgique. Nous remercions d’avance ceux et celles qui nous communiqueront d’autres lieux (librairies, infoshops, bars, magasins, accueils familles) pour déposer le journal.

N’hésitez pas à nous demander le journal en plusieurs exemplaires si vous voulez, vous aussi, le distribuer dans votre région  : contact@lenvolee.net

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