Archives de catégorie : Editos et sommaires des numéros parus

l’Envolee N 39 vient de sortir : édito et sommaire

Vous avez dit « réforme pénale »?

Le désormais traditionnel mouvement de printemps des matons lancé par l’UFAP-UNSA ne vous aura pas échappé : sur fond de « réforme pénale » les pisse-copie de la presse régionale et nationale ressortent leurs titres éculés sur la « grogne » et les « surveillants qui tirent la sonnette d’alarme » ; photos de palettes en feu de Villefrance-sur-Saône à Fleury en passant par Arras ou Nîmes ; de CRS qui les gazent au-dessus de la tête et finissent par les prendre dans leurs bras, les collègues… Rien de neuf, com’ toujours ; ils demandent « la restauration de l’autorité de l’Etat » : « On perd de l’autorité. Les surveillants sont les oubliés des réformes successives », et dénoncent pêle-mêle, « agressions, prise d’otages et trafics de matériel interdit ». Ils auraient tort de pas continuer puisque ça marche. Il y a un an, ils obtenaient des portiques high-tech et autres gadgets sécuritaires (33 millions d’euros) ainsi que des soussous dans la popoche (cf. l’Envolée N 36). Lire la suite

Editorial et sommaire du numéro 38 du journal, février 2014

Alors quoi?

Dire à un être humain qu’il va rester en prison toute sa vie est une chose; le lui faire accepter en est une autre.

Christophe Khider et Philippe Lalouel ont récemment dit à l’issue de leur procès que les peines auxquelles ils venaient d’être condamnés étaient inacceptables et qu’ils ne les feraient pas; même pas en cauchemar. Certes, dans un éclair de lucidité, des médias, des politiques et certains ­intellectuels ont applaudi la libération de Philippe El Shennawy, âgé de 58ans, après trente-huit ans de prison ! Mais après quels combats ­a-t-il été libéré, et à quel prix? À sa sortie, il dénonce « une ­liberté au rabais»: deux ans de bracelet électronique, dix-huit de conditionnelle, c’est la prison ­dehors ! Et au moindre pet de travers, il retournera derrière les barreaux. Il évoque les milliers d’autres qui attendent la fin d’une peine infinie, empêtrés dans le calcul d’hypothétiques remises de peine, dans les conditionnelles et les périodes de sûreté… sans compter l’administration pénitentiaire qui les cache­tonne pour les faire ­végéter dans l’insupportable et le dénuement.

Nous répétons que l’abolition de la peine de mort en 1981 a abouti, logiquement, à un allongement interminable des peines. Depuis, le code pénal n’a cessé de s’alourdir et les lois sécuritaires s’accumulent. Le droit arrive au bout de l’impasse dans laquelle il s’est engouffré. Ceux qui avaient été condamnés à l’époque à des peines de vingt-cinq ou trente ans les purgent encore aujourd’hui, et ils sont rejoints tous les jours par de nouveaux condamnés jusqu’à la mort. Comment faire exécuter ces peines  ? Comment faire pour que des hommes et des femmes à qui on refuse tout avenir se tiennent tranquilles ? L’État a sa réponse: il construit et expérimente deux nouvelles prisons ultra-sécuritaires. Celle de Vendin-le-Vieil n’est pas encore inaugurée que ça pète déjà à Condé-sur-Sarthe, ouverte il y a dix mois. Alors quoi  ? Lire la suite

Le numéro 37 du journal est sorti !

 

Le numéro 37 vient de sortir des presses. Nouveau format, nouveau papier, 36 pages de lettres de l’intérieur et d’analyse des carottes en cours. Au sommaire, des nouvelles des mutineries de l’été, une visite guidée de Réau par le poto AC/DC, des lettres de Philippe qui attend son appel (cf N°34) qui se tiendra à Montauban les 30 et 31 janvier, les suites des luttes au QD et au QI de Neuvic, le récit d’un procès sans baveux, la lettre de Christophe à Taubira refusée par le sinistre JDD… Enfin, un dossier spécial sur la réforme pénale, qu’on a pris la peine de lire et de comprendre, pour ne pas se laisser endormir par les effets d’annonce sur le supposé laxisme de la garde des sceaux. Nous vous rappelons qu’il est possible d’abonner gratuitement vos proches incarcérés. Le numéro est également téléchargeable en bas de la page. Bonne lecture !

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L’envolée n° 35 téléchargeable en PDF (Procès de la belle de Moulins-Yzeure, editorial et sommaire)

Comme prévu, le numéro 35 du journal est entièrement consacré au réçit et à l’analyse du procès de l’évasion de Moulins.

Vous le trouverez dans les librairies dont la liste est consultable sur le liste (rubrique « le journal »). Si il n’y est pas, faites le nous savoir… et abonnez vous en nous envoyant un mail, voire un chèque de 15 euros.

Vous pouvez aussi le télécharger au format pdf

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Edito du numéro 33

Six mois depuis le dernier numéro de l’Envolée. Deux élections sont passées par là. Sarkozy est parti, et avec lui le principe: un fait divers, une loi sécuritaire. À voir… L’abrogation de certaines mesures du précédent gouvernement a été annoncée: peines planchers,rétention de sûreté… en tout cas, encore rien au Journal officiel. Quant aux constructions prévues, le plan des 24000 nouvelles places devrait être divisé par trois. Oh,ce n’est pas par bonté d’âme, mais tout bêtement pour une question de trésorerie : il s’agit d’économiser 3 milliards d’euros. Problème comptable. D’ailleurs, lorsque le contrôleur général des lieux de privation de liberté propose à la veille du 14 juillet une amnistie pour les très courtes peines,le gouvernement s’empresse d’exclure cette possibilité: «ce serait un mauvais signe,et les décisions de justice doivent s’appliquer. » Aucune voix ne s’est élevée pour défendre cette très modeste proposition, qui n’aurait pas changé grand-chose à la situation générale des prisons, mais beaucoup à celle des personnes concernées. Et quant à  la traditionnelle amnistie post-électorale, il n’en a même pas été question. Alors quand la ministre de la justice Christiane Taubira s’insurge contre le tout-carcéral, l’enfermement des mineurs et la surpopulation, on ne s’y trompe pas. Le Parti socialiste a toujours carburé au sécuritaire –à sa sauce. Ce qui nous menace sous ce pouvoir, c’est l’adhésion passive, citoyenne aux règles du système capitaliste. La profession de foi de ne recourir à la prison qu’en dernière instance ne nous leurre pas davantage: cet été, on a atteint des chiffres d’incarcération record. Les peines alternatives à l’enfermement risquent de se cumuler à lui plutôt que de le remplacer. La mise sous bracelet électronique qui devait se substituer à l’incarcération a explosé en deux ans tandis que le nombre des enfermés ne cessait de croître. Aucune loi n’a encore été votée, mais le ministère de la justice émet des directives dans lesquelles l’individualisation des peines reste le leitmotiv : à chacun sa peine et son parcours de prisonnier, dedans comme dehors. Contrôler la population autant par le judiciaire que par le carcéral, étendre la prison hors les murs,voilà ce que risque d’être la contribution des socialistes. Justice partout, prison partout. Pour le moment, la seule réalité concrète pour les prisonniers, c’est le béton. Depuis plus de six mois, à Roanne, Vezin-le-Coquet près de Rennes, Argentan, Annoeullin près de Lille, Seysses près de Toulouse, Ducos en Martinique, Nouméa en Nouvelle-Calédonie, des prisonniers exigent, réclament, se battent, font du mitard,subissent des transferts, mais ne lâchent pas l’affaire. Ce sont ces combats que nous relayons dans ce numéro de l’Envolée, dont nous avons doublé le tirage dans l’intention de le faire circuler bien plus largement qu’à l’accoutumée. On verra à la lecture combien ils ont besoin d’une solidarité active à l’extérieur. Une solidarité qui se donne les moyens de dépasser les cercles de militants déjà convaincus. Une solidarité qui se fonde sur la justesse d’analyses qui sortent tout droit de l’intérieur. Une solidarité qui rappelle que ce qui se passe dedans n’est que l’image grossie de ce qui se passe dehors. Une solidarité en acte.

Prisonnières et prisonniers recherchent complices !

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Edito du numéro 29, décembre 2011, « le mouvement contre la réforme des retraites… »

 

Le mouvement contre la réforme des retraites serait mort…

du moins son enterrement a-t-il bien commencé. Le mot d’ordre gouvernemental est relayé partout : rien ne doit résister aux vacances, et l’on ne parle déjà plus de pénurie dans les stations-service. Ca débloque ici et là, plus ou moins violemment. Quant aux syndicats, s’ils ne déclarent pas ouverte- ment qu’ils veulent mettre un terme à ce mouvement, ils commencent à articuler différents discours pour accompagner tranquillement la reprise − notamment dans les raffineries − tout en se laissant la possibilité de reprendre la main sur ce qui pourrait encore arriver, et qui continue ici et là. Les langues de bois, en somme, cohabitent dans les mêmes bouches.

Ce mouvement, nous l’avons regardé, nous nous y sommes plongés ici ou là avec plus ou moins de timidité, de plaisir, toujours un peu en étrangers tout de même, n’arrivant jamais tout à fait à oublier les manœuvres de la gauche comme du gouvernement et l’odeur rance des syndicats. Ces maquignons ne nous surprennent pas : quand le mouvement prend, ils l’arrêtent et cherchent à convaincre que la défaite est, quelque part, une victoire. Mais le mode d’emploi syndical a généré un enthousiasme au-delà des syndicats eux-mêmes – ce qui les a surpris -, et il est encore trop tôt pour en mesurer les conséquences. Cette inadéquation entre l’enthousiasme et ce qui était proposé traverse de part en part un mouvement au cours duquel le blocage est devenu une forme d’action très largement partagée.

Cette histoire intéresse forcément un canard anticarcéral comme L’Envolée ; d’abord parce que les mouvements s’accompagnent toujours de répression, avec la traditionnelle trilogie : arrestation, procès, condamnation. Les salariés sont menacés de cinq ans de prison s’ils refusent d’être réquisitionnés sur les piquets de grève devant les raffineries. La présence à une manifestation un peu agitée se solde par de la prison ferme. D’autre part, la fabrication largement médiatique d’une frontière illusoire entre lycéens et casseurs, bons bloqueurs et mauvais bloqueurs, alimente des séparations incompatibles avec une critique radicale du travail salarié et de la prison. Surtout, on ne peut pas séparer la critique de la prison et du système judiciaire de celle du monde qui les génère : travail salarié et prison mettent au pas les corps et les esprits, chacun à sa manière, et en s’alimentant mutuellement. Dans ce monde, on se soumet aux lois du travail ou on va en prison. La prison est le mitard de la société et le travail est la meilleure des polices.

Depuis longtemps, il n’y avait pas eu un « mouvement d’ampleur », comme on dit, qui parle du travail – indirectement, certes, mais tout de même : refuser de consacrer deux ans de plus au travail, c’est dire quel-que chose de la vie qui vient de s’écouler. Bloquer son lycée avec des potes, c’est une manière de dire ensemble que l’idée d’un boulot fixe ou d’une quelconque carrière est au moins aussi abstraite que l’idée d’une retraite dans des dizaines d’années. La retraite avant la traite, disent-ils en substance. Il doit bien s’agir de cela, sinon comment expliquer que pas mal de gens continuent à s’activer en sachant très bien que cette réforme est déjà passée – au compte-goutte – depuis 2003.

Mais de quoi s’agit-il vraiment alors que les manifestations cessent dès que les syndicats arrêtent d’en pondre à intervalles réguliers entre Nation et Bastille ? Que le pétrole est importé d’Italie, d’Espagne, de Hollande ou tiré des stocks stratégiques dès qu’il commence à manquer ? Que les blocages restent le plus souvent symboliques, et ne permettent en définitive pas tant de rencontres que ça ? Que la police a carte blanche pour éborgner, grenader, canarder ? Que l’on nous parle victoire électorale de la gauche en 2012 pour nous renvoyer au chagrin ? Et puis, peu de textes parus pendant le mouvement posent centralement la question du travail, du salariat précaire ou à perpète, de la vie de producteur-consommateur de marchandises et de services plus ou moins inutiles, bref de ce qui se passe avant la retraite. Et lorsqu’il est question de ces boîtes où l’on passe sa vie, c’est trop souvent sous l’angle de la pénibilité, de la souffrance au travail. En quelques années, la médi- calisation de la question sociale a gagné ici aussi du terrain. La psychologisation à outrance et l’individualisation ont contribué à évacuer un peu plus la critique du travail salarié.

Souhaitons qu’en quittant la première page des journaux, ce mouvement soit allé se ressourcer ailleurs, se remplir de sens, se renforcer pour éclater plus fort encore… Voici quelques textes et tracts trouvés ici et là pendant le mouvement ; et parce que derrière les murs, tout continue, on pourra aussi lire dans ce numéro des lettres de prisonniers, un rapport mensonger de médecins qui camouflent une mort en prison, des analyses de lois qui nous tombent sur la gueule, et d’autres nouvelles de six mois de quotidien carcéral. On trouvera pour finir une négociation entre des prisonniers et le directeur suite à un autre mouvement, qui avait – lui aussi – pris la forme d’un blocage : celui de la centrale de Moulins en 2005, qui montre une fois de plus qu’un blocage à l’intérieur, ce n’est pas un blocage à l’extérieur, que tout se complique quand on est enfermé – les moyens d’actions comme les possibilités de solidarité. C’est précisément parce que ces difficultés sont décuplées en prison qu’il y a aussi à apprendre de ces luttes.

L’intégralité du journal est disponible en PDF

Edito du numéro 27, « avalanche de lois sécuritaires »

ENVOLÉE N°27

Et les textes de lois sécuritaires continuent d’être promulgués. Avant même qu’ils soient appliqués, un nouveau projet est déjà à l’étude… Dernier en date, dans l’esprit managérial du temps : le projet de loi sur la promotion de la sécurité intérieure. Il prévoit l’instauration du couvre-feu pour les mineurs de 13 ans et du contrat de responsabilité parentale qui, outre la suppression des prestations familiales, pourra imposer un couvre-feu individuel à un mineur de moins de 18 ans. Les policiers municipaux deviendront des agents de police judiciaire, avec toutes les prérogatives que cela comporte. Les auditions de prisonniers se feront par visioconférence. Les cambriolages, jusque-là qualifiés de vols par ruse ou effraction et punis de cinq ans d’emprisonnement, seront passibles de sept ans ; les vols simples passeront de trois à cinq ans et les vols aggravés de sept à dix… Les biens d’un inculpé pourront être vendus avant la fin de l’enquête ou de l’instruction ; en cas de non-lieu, de relaxe ou d’acquittement, le propriétaire touchera une indemnité équivalente à la valeur d’usage des biens confisqués. La réserve civile, aujourd’hui composée de retraités de la police, pourra accueillir des volontaires de 18 à 65 ans pour des contrats de cinq ans : pendant quatre-vingt-dix jours par an, ils seront des collaborateurs de la police… Alors tout le baratin sur les gardes à vue, les « prisons du cœur », le parrainage des prisonniers.

Tout cet humanisme associatif ou politicard sert comme toujours de paravent à la réalité carcérale et judiciaire. Celle-là, il n’y a que les prisonniers et prisonnières, les familles, les proches et les amis qui peu- vent en témoigner. Les morts suspectes − bien plus réelles que l’épidémie de grippe A −, l’ouverture des centrales de haute sécurité, la construction de nouvelles taules et de nouveaux centres de rétention, les verdicts de plus en plus lourds ne peu- vent être contrecarrés que par des solidarités actives : témoignages, campagnes anticarcérales, semaines de solidarité avec des inculpés… pour tenter de détruire tout ce qui nous enferme.

Autrement dit, dehors comme dedans, il s’agit de ne pas lâcher le morceau, de rompre le silence sans permettre que nos voix soient récupérées par le pouvoir et régurgitées par les médias officiels.

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Edito du numéro 28, « Des jeux et des lois »

ENVOLÉE N°28

DES JEUX ET DES LOIS

On nous amuse ; on voudrait nous voir soutenir les bleus… ils patrouillent dans les halls, ils contrôlent, expulsent et enfer- ment, mais on en fait les héros de « l’équipe France » sous la douche de rigueur.

Quand la prison prend l’eau, comme à Draguignan mi-juin, on emmène les prisonniers en balade pour éviter « qu’ils ne se livrent aux pillages » de rigueur.

Quand c’est l’eau qui prend le pétrole comme en Louisiane fin avril, les prisonniers les plus méritants gagnent une formation de nettoyage des côtes. On nous amuse ; dehors c’est foot à l’écran, dedans pareil, en payant plus cher. Regarder ailleurs, l’écran des sites de paris en ligne. Y perdre un peu plus de cet argent qui manque déjà. En masse, les masses renflouent le compte courant d’un État qui rembourse les banques de leurs jeux foireux.

On nous amuse ; dehors, c’est Fête de la musique et technivals sous gyrophares ; dedans, c’est ateliers d’écriture sous contrainte. Paroles et musiques en liberté surveillée. Pour ceux qui pètent les plombs, soixante places à gagner en UHSA pour déguster des psychotropes multicolores. On nous accuse ; de nous promener en bandes un peu trop rugueuses ; de ne pas assez engraisser les concessionnaires ; de nous servir dans la caisse ; de refuser d’être soignés à vie ; de nous battre avec nos maigres muscles ; de ne pas croire aux nouveaux monstres que l’on exhibe ; de critiquer les faux critiques…

Jeu pour matons : combien de temps, un prisonnier qui a mis le feu à sa cage met-il pour crever ?

Jeu pour humanistes : combien de temps un prisonnier qui a fait vingt piges tient-il à l’extérieur ?

La seule règle, y’en a pas… d’arrangement, dixit Nino !

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