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VOYAGE AU CENTRE NATIONAL D’EVALUATION, OU PLUTOT D’ELIMINATION

Il y a vingt ans, Rachide Boubala a été condamné à deux ans de prison à Reims et à trois ans à Châlons. Pour ces condamnations, les seules qu’il ait prises dehors, Rachide aurait dû faire trois ans de prison maximum, en comptant la confusion et les remises de peine. Mais c’est compter sans les peines prises à l’intérieur, dont le cumul se monte aujourd’hui à quarante-et-un ans ; il en a déjà fait dix-huit…

Ces condamnations supplémentaires (27 !) prononcées pendant son incarcération sont toutes liées à ses combats contre l’administration pénitentiaire (AP). Pour le moment, il est libérable en 2039. De transfert en transfert, Rachide a été détenu dans 93 prisons. Il a passé cinq des dix dernières années en quartier d’isolement. L’AP l’a placé deux fois en UMD (unités pour malades difficiles) et trois fois à la maison centrale de Château-Thierry, tristement réputée pour ses traitements psychiatriques. Rachide a été transféré au centre pénitentiaire de Réau en mai 2015 en vue d’un passage au CNE (centre national d’évaluation) suite à sa demande de transfert à Clairvaux pour raisons familiales. C’est d’ailleurs sa seule revendication, et aucun membre de l’administration pénitentiaire ne l’ignore : il veut être près du domicile de son amie.

Lorsqu’il arrive à Réau, où se trouve l’un des trois CNE, il est immédiatement placé au quartier d’isolement. Pour protester, il met le feu à sa cellule – et il est jeté au mitard. Comme il ne comprend pas pourquoi il ne se retrouve pas directement au CNE comme prévu, il résiste avec les moyens dont il dispose – comme de jeter de la merde sur les surveillants – et annonce son refus d’être soumis à l’évaluation pour laquelle il a été envoyé à Réau. Il parvient ainsi à destabiliser une fois de plus l’AP, qui ne sait plus comment l’amadouer. Après moultes discussions, il finit par accepter de se soumettre à certaines expertises, mais très vite, devant la bêtise crasse du dispositif, il choisit de quitter définitivement l’expérience. Comme à son habitude, il traite l’administration « d’égal à égal », retournant contre elle les méthodes qu’elle réserve d’ordinaire aux prisonniers qu’elle scrute et qu’elle mate. C’est l’arroseur arrosé.
Nous avons reçu le compte rendu du passage de Rachide au CNE. Nous en publions ici l’intégralité. Ce texte vaut toutes les analyses sur le fonctionnement de cet outil dont on ne peut qu’exiger la disparition : l’échec de ce « stage » imposé à Rachide révèle en négatif les petits rouages et les grosses ficelles qui servent à maintenir enfermés les centaines de « stagiaires », comme ils les appellent, qui passent tous les ans à Réau et dans les autres CNE pour y être évalués.

intro CNE

Lire l’intégralité du rapport : Rachide Boubala CNE