Archives de catégorie : Editos et sommaires des numéros parus

Le nouveau numéro est bientôt dehors ! Sommaire et édito.

Chaud l’hiver du côté pénitentiaire !

Ça reniflait fort l’odeur du pneu brûlé devant les grilles et les portes des prisons. Quinze jours d’agitation chez les matons, quinze jours à rendre la vie impossible aux prisonnières et prisonniers ; il faut dire que c’est pas trop dur pour tous ces porte-clés d’empêcher complètement le peu de vie, de sociabilité, d’activités autorisées par les règlements pénitentiaires : il leur suffit de systématiser ce qu’ils ont l’habitude de faire. Par contre, à aucun moment ces gardiens à la profession inqualifiable, n’ont osé s’en prendre directement à leur hiérarchie, aucun blocage de ministères ou même de tribunaux. Ils sont restés bien tranquilles en bons serviteurs de l’ordre établi, eux dont la fonction est de tenir enfermés violemment d’autres pauvres. Ils n’ont même pas le droit syndical de faire grève, ils l’ont échangé il y a longtemps contre des avantages salariaux. Et côté reconnaissance sociale, il va falloir qu’ils admettent qu’ils ne sont que les derniers maillons honteux d’une chaîne d’emplois dans le marché de la répression. Macron s’est permis de les remettre à leur place, un peu à l’ancienne, en les assimilant à un sous prolétariat séduit par le FN : « Les syndicats ne tiennent rien! FO-pénitentiaire est noyauté par le FN, ce qui explique sa position jusqu’au-boutiste. » Et Jean-Claude Mailly, le grand chef de FO de renchérir en précisant : « Moi, je ne les connais pas bien, ceux de la pénitentiaire ». Qu’ils continuent à en bouffer des nouilles et rien de plus…

Du côté du pouvoir, ça continue à communiquer. Bien sûr, quelques avantages concédés aux matons. Le gouvernement a surtout réaffirmé qu’il développerait le système de la prison à l’extérieur pour les plus courtes peines : on devrait connaître l’ouverture d’une agence des travaux d’intérêt général. Une nouvelle boîte d’intérim quoi, mais encore plus pratique pour les employeurs : une main d’œuvre corvéable à la merci d’une décision de justice qui a tout pouvoir de renvoyer directement en prison les récalcitrants aux sales boulots. Et tout ça conjugué au plan prévu de construction de quinze mille nouvelles places de prison : toujours et encore cette même logique exponentielle du nombre de prisonnières et de prisonniers et de personnes placées sous contrôle judiciaire. L’enfermement de masse passe autant par la construction de prisons que par la multiplication des « peines alternatives ». Tous les adorateurs de la loi Taubira vont pouvoir se mettre à table dans la joie et la bonne humeur avec les instances du pouvoir pour penser et fabriquer la prison « moderne ». Un grand consensus de toutes ces associations qui font toujours semblant de s’interroger sur le sens de la peine, quand la réponse est dans la question: punir pour asseoir la domination de quelques uns sur le plus grand nombre.

Évidemment tout le monde ne tombe pas dans le piège, surtout pas les premiers concernés par l’enfermement : les prisonnières et prisonniers, les proches et familles qui connaissent bien la réalité de la justice et de la prison. Il y a eu des rassemblements en solidarité avec les prisonniers devant les taules pendant toute cette période : à Châteauroux, à Dijon, à Fleury, à Marseille pour ceux dont nous avons entendu parler.
Quelques familles viennent de fonder un syndicat, le PRP (pour la Protection et Respect des Prisonniers), pour créer un rapport de force face à l’administration pénitentiaire. Les proches et la famille d’Angelo Garand abattu par le GIGN, en mars 2017 ont organisé à Blois, à la fin du mois de février, une conférence-débat sur ce thème : «L’engrenage carcéral : peut-on en sortir?» pour «questionner l’ensemble d’une chaîne pénale ciblant et réprimant toujours plus durement, par des peines de prisons, les plus pauvres, les plus précaires, les plus discriminés. »
Et puis, le Genepi Paris vient d’organiser une journée d’action et d’information sur la prison et la justice au titre sans équivoque de « L’État enferme, la prison assassine » : « La prison n’est pas une évidence, mais elle est le miroir grossissant d’une réalité sociale, économique et politique révoltante. Aujourd’hui nous étions sur le Ponts des Arts, au jardin du Luxembourg, au jardin des Plantes et sur la place de la Bastille (…) Demain, nous continuerons à parler, à débattre, à s’époumoner parfois ; nous continuerons à lutter »

Et contrairement aux matons, toutes ces actions ne sont pas relayées par les médias… N’en déplaise aux enfermeurs, leur société carcérale ne séduit pas tout le monde, loin s’en faut.

 

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(photo : © NnoMan – Collectif OEIL)

L’Envolée N°47 est sorti !

 

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L’Envolée, 43 rue de Stalingrad, 93100 Montreuil

 

 

Edito :

« J’ai tellement réfléchi et ressenti toutes les douleurs qu’il a pu vivre à l’intérieur » ; c’est avec ces mots simples que Sylvia décrit le moment où elle a compris la violence que la taule avait pu faire subir à son père. Des années ont passé, et sous couvert d’humanisme, la prison s’est durcie ; elle tend à rendre toute relation impossible, à empêcher toute rencontre entre prisonniers, comme le dit Philippe dans son courrier de Lannemezan. Difficile de dire s’il y a moins de « braves gars » capables d’être là « soixante ans après » ; ce qui est sûr c’est qu’il y a toujours de belles histoires de solidarité : comme les poteaux de Bébert venus le saluer et lui donner un « coup de main » à sa sortie de prison, de nombreuses personnes ont participé à une caisse de soutien pour permettre au frère de Fabrice de venir le voir au parloir.

C’est la même solidarité qui pousse les personnes ayant assisté au tabassage d’Adil à venir témoigner en soutien à Anne, sa compagne ; la même qu’exprime un prisonnier, depuis harcelé par l’administration pénitentiaire, lorsqu’il dit : « Vous pouvez faire ce que vous voulez, j’irai jusqu’au bout pour mon pote. » Solidarité entre prisonniers aussi à Marseille suite au décès de Bilal. Et l’émotion de Romain devant une salle d’audience qui se lève pour l’applaudir en signe de solidarité, et de soutien aux prisonniers longues peines. Mais comme il l’a demandé au tribunal, quels risques faut-il prendre pour que la parole d’un prisonnier puisse être audible ? Quels risques, et quelle solidarité il lui faut rencontrer pour révéler la réalité de la prison que l’AP et la justice s’évertuent à ensevelir au fond des cachots de la république !

Heureusement, cette solidarité est encore bien vivante malgré la pression et la violence permanentes de l’État. Comme le dit Romain, prisonnier des mouroirs modernes que sont les QMC : « C’est plus dur de se battre quand on est seul » ; il vaut donc mieux pour l’AP que « chacun reste dans sa communauté ». C’est pareil que dehors. Face à une logique de désagrégation sociale et d’isolement généralisé, on ne peut que se réjouir de la naissance d’une nouvelle association de familles et de proches de prisonniers. La prison enferme aussi les proches et les familles, comme on a souvent pu le lire dans ce journal. Un exemple : l’AP a mis en place une nouvelle équipe de matons, les Elac, dont la fonction principale est de limiter au maximum d’éventuels contacts entre des familles au parloir.

L’État a puni les porteurs d’une colère légitime pendant la répression du mouvement contre la loi travail, rappelant cette évidence : les forces de l’ordre ne sont là que pour une seule chose, protéger l’ordre. Vu que les 100 premières fortunes de France ont multiplié leur richesse par 7 en vingt ans, il y en aura toujours moins pour les autres : la grande majorité. Par choix ou par nécessité, beaucoup s’affranchiront de plus en plus de la légalité. Il y aura donc toujours plus de boulot pour ceux qui ont choisi de tuer et d’enfermer ; le cumul est possible, comme vient nous le rappeler la douloureuse histoire d’Adil. Face à tout ça, la solidarité, la résistance à cette logique d’isolement sont de plus en plus vitales.

 

Le nouveau numéro du journal est sorti !

 

EDITO :  « 5 par cellules, il reste une place pour ton fils »
(Trust, « Instinct De Mort »)

Enfin, la campagne présidentielle est terminée. On avoue : avec beaucoup d’autres, on a un peu plus suivi la téléréalité que d’habitude. Le spectacle était meilleur, avec deux candidats mis en examen qui font mine de s’en prendre à une justice qui serait partiale, et tous les autres qui disent que c’est pas bien. Pourtant, on se tue à vous le dire qu’elle est partiale, la dame. Au quotidien, elle a plus tendance à s’en prendre aux pauvres, aux prolos, aux gamins des cités, etc., qu’à une héritière raciste et à un châtelain catholique… Mais parfois, ça fait aussi partie de son job de mettre en scène quelques affaires impliquant tel ou tel politicard. Elles font partie intégrante du système représentatif, et le « tous pourris » qu’elles induisent n’a jamais conduit à autre chose qu’à un pauvre antiparlementarisme très souvent réactionnaire. Au passage, elle se fait un peu de pub et met en scène sa puissance mais rappelle qu’elle est toujours menacée – et toujours à défendre. Et toutes les bonnes âmes de pétitionner aussi sec, courageusement et bruyamment, pour lui témoigner leur affection. Elle en est sortie toute ragaillardie, la vieille institution, plus que jamais garante de notre République. Ben voyons.

Plus sérieusement, du côté des prisons, zéro surprise: ils sont tous d’accord, il faut en construire. Encore plus que jamais, le débat s’est limité à « combien ? ». Pas combien de thunes, non : combien de places supplémentaires à construire au plus vite. Le 30 mars, la directrice de la MA de Villepinte en remet une couche. Cette fois, il n’y a pas que le petit personnel radicalisé façon SPS (syndicat pénitentiaire des surveillants) qui brûle des pneus devant un accueil famille pour rouspéter contre son employeur l’Etat. Machinette le dit : trop c’est trop, elle ne peut plus gérer sa prison avec 1 132 enfermés et un taux d’occupation qui dépasse les 200 % ; provocatrice, elle déclare qu’elle « n’est plus en capacité physiquement d’accueillir des détenus ». Panique à bord ? Remise en cause radicale de ses petits copains juges qui condamnent trop ? Pas le moins du monde ! Il s’agit bel et bien « d’accélérer le processus judiciaire pour ceux qui le méritent et évidemment pas d’ouvrir grand les portes de Villepinte. » Nous voilà rassurés. Elle rappelle simplement à son tour – depuis sa place de gestionnaire du stock au bout de la chaîne pénale – qu’il y a urgence : la surpopulation est le fléau des prisons. Pour les gestionnaires de tous bords, la « surpopulation », ça se fait pas, c’est indigne. OK, premier point – qui fait toujours bien : c’est par respect pour les détenus qu’on va les enfermer mieux.

Mais surtout, la « surpopulation », c’est le carburant idéologique de la construction de prisons. Pour plus de clarté, définissons le terme : la surpopulation, c’est le résultat du décalage entre le rythme d’augmentation de l’incarcération de « détenus » et le rythme de la construction de places supplémentaires. La « surpopulation » est donc un rapport entre deux courbes qui ne font que croître – et il y en a une qui grimpe toujours plus vite que l’autre. Le terme dit donc autre chose qu’« il y a de plus en plus de prisonniers ». Le terme porte en lui-même une forme de résolution obligatoire du hiatus : la construction de places supplémentaires. Et d’ailleurs, le jour même de l’envoi du courrier de Machinette, le ministère répond « qu’il n’a pas attendu pour prendre des décisions importantes. Dès cet automne a été lancé un programme de construction pénitentiaire budgété ».

Si on entre plus dans le détail des positions au cours de cette campagne, à l’extrême-droite, la surpopulation, ça veut dire en gros : « Y aura toujours de plus en plus de délinquants, y en aura toujours plus dans ce monde menaçant, ils coûtent cher, en plus ils récidivent toujours, et en plus ils sont de couleur, souvent… Conclusion : déchéance de nationalité, expulsion, perpète, voire rétablissement de la guillotine. » Bref, la « surpopulation » porte dans ce cas l’idée qu’une dépopulation est nécessaire. Et en attendant d’avoir vidé le pays de ses prétendus envahisseurs, on fixe le nombre de places à construire à 40 000. A l’autre bout du – tout petit – spectre politique, pour mettre un terme à la « surpopulation », « il ne faut pas négliger les alternatives », bêlent ceux qui feignent d’ignorer que les peines alternatives n’ont jamais inversé, ni même freiné la courbe des incarcérations. Les peines alternatives – on ne cesse de le répéter dans ce journal – ne font que s’ajouter aux incarcérations qui augmentent de façon exponentielle depuis trente ans.

Entre ces deux pôles, pas vraiment éloignés, la base d’accord, le pot commun, c’est 15 000 places minimum sur le quinquennat à venir. C’est donc ce que s’engage logiquement à construire Macron. En fait, ce chiffre a été retenu, parce qu’il correspond au programme de construction déjà voté depuis longtemps et finalement lancé par Urvoas avant la fin de son mandat : 21 prisons d’à peu près 500 places chacune. C’est le fameux « programme de construction pénitentiaire budgété ». Voilà pour l’hypocrisie ambiante, qui prétend ne pas savoir que l’Etat est avant tout affaire de continuité – notamment dans sa politique répressive. D’ailleurs, dans une lettre à son successeur publiée le 18 avril, Urvoas expliquait avoir demandé au secrétaire général du ministère de « coordonner la préparation d’un texte » de loi et de préparer « dès le mois de mai les éléments pour les budgets 2018, 2019 et 2020 ». Plus fondamentalement – et ce n’est pas pour nous réjouir –, ce consensus sur la nécessité de construire des prisons pour résoudre le « problème de la surpopulation » montre bien que tout ce petit monde est d’accord pour penser qu’il y a trop de délinquance (sans jamais interroger ce mot) ; que les délinquants c’est forcément les autres ; qu’une fois enfermés, ils se transforment magiquement en « détenus », qui constituent un stock d’objets à gérer. Ce terme de « détenu », personne ne l’employait il y a quarante ans à peine ; aujourd’hui, il a remplacé celui de « prisonnier ».

« Voilà dix ans que je suis incarcéré. Le système pénitentiaire français se préoccupe plus de la modernité des nouvelles prisons que de la vie à l’intérieur », a dit Romain L. en février au tribunal correctionnel lors de son jugement pour un mouvement au QMC (quartier maison centrale) de la prison de Valence. Les prisonniers ne parlent pas de « surpopulation carcérale », ils ne se conçoivent pas comme un stock excédentaire. Ils parlent de leurs vies enfermées, de leurs existences gommées par des années d’incarcération. Ils savent que les prisons sont toujours plus remplies d’hommes et de femmes condamnés pour de plus en plus d’années, et que l’augmentation inexorable du nombre des emmurés est la conséquence directe d’une justice qui prononce des peines à la pelle pour servir un système économique et social qui élimine purement et simplement ceux qui enfreignent les lois de ses maîtres.

Quand les gouvernants évoquent la « surpopulation carcérale », ils quantifient un « stock » en cours d’emprisonnement, parlent même de « flux », comme pour des marchandises. Pour les prisonnières et prisonniers, la prison ne s’arrête pas au temps de l’incarcération. Il y a plus de prisonniers que de places prévues, et même plus que les 70 000 comptabilisés par l’AP. La prison, c’est pendant et après la peine – ne serait-ce que parce que la grande majorité des libérations sont désormais soumises à un contrôle judiciaire strict. Un ami récemment sorti après vingt-huit ans se retrouve assigné à résidence dans un foyer sordide d’une petite ville, cloué par un bracelet dans sa nouvelle cellule pendant la majeure partie de la journée, sans travail, sans autres ressources qu’une maigre allocation, sans autre perpective que l’attente d’un assouplissement de ses obligations fixées par un JAP. Toujours sous la menace d’un retour à la case prison. Ne serait-ce que parce qu’il est toujours difficile pour un sortant de prison, y compris après une peine plus courte, de parvenir à trouver emploi et logement. Même si on ne l’a pas vraiment choisi, la vie pousse à ne pas respecter les lois et à courir souvent des risques inconsidérés. Aussi parce que la prison enferme non seulement les prisonniers et prisonnières, mais aussi leurs familles et leurs proches : ce sont des années de séparation, de parloirs glauques, d’humiliations pour les visiteurs en butte à l’arbitraire de matons savourant leur petit pouvoir. Sans oublier l’argent qu’il faut dépenser en voyages souvent longs pour quelques heures passées avec un fils, un époux, une sœur…Nous n’avons jamais reçu de lettre de prisonnier déplorant une « surpopulation carcérale », et cette fois encore, tous les courriers de ce numéro racontent des parcours, des tranches de vie. Les prisonnières et prisonniers dénoncent une politique qui enferme de plus en plus, une logique sécuritaire qui conçoit des centres pénitentiaires pour isoler toujours plus, une volonté d’enfermer les condamnés plus longtemps. Nombre de courriers montrent que les dernières prisons sécuritaires sont méthodiquement pensées pour empêcher autant que possible que des longues peines se révoltent contre des conditions de détention pourtant invivables pour des hommes et des femmes qui ont des dizaines d’années à faire. Idem pour les QMC qui se propagent à l’intérieur des centres pénitentiaires proportionnellement à l’allongement des peines.

Que nous reste-t-il à faire à l’extérieur, sinon nous opposer par tous les moyens à la construction de nouvelles prisons ? Il y a trente ans, en 1986, même les organisations chrétiennes s’opposaient au plan des 13 000 places de Chalandon, alors ministre de la justice. Aujourd’hui, par un tour de passe-passe pourtant grossier, la construction des 15 000 places annoncées apparaît comme une mesure « humanitaire » : à la fois comme une aide à des prisonniers enfermés dans de mauvaises conditions et comme une réponse à des matons qui revendiquent toujours plus de moyens… Elle est bonne, celle-là ! On le sait, la solution ne viendra pas des enfermeurs.

 


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L’Envolée N°44 est dans les boîtes, une pensée aux familles des vitrines

couverture N44

Le numéro 44 du journal l’Envolée est dans les boîtes aux lettres ; dans les librairies et autres lieux de diffusion ; parfois bloqué à la fouille, pour certain-e-s abonné-e-s en prison… Abonnez-vous, on n’a pas de sous : le papier c’est mieux que le net mais c’est plus cher à fabriquer (chèque de 15 euros ou plus à envoyer au 43 rue de Stalingrad 93100, Montreuil ; et bien sur c’est toujours gratuit pour les prisonniers en envoyant adresse et numéro d’écrou). En attendant de feuilleter -ou de télécharger sur ce site d’ici quelques jours- ce concentré de joie et de bonne humeur (si, si, la lutte ça vous change -presque- un journal) vous pouvez lire l’éditorial qui suit…

Edito accompagné d’une pensée aux familles des vitrines

Trois mois de mouvements dans tout l’Hexagone. Trois mois de discussions, de rassemblements, de manifs, d’occupations, de grèves… Une belle respiration, salutaire ; cela faisait longtemps, bien longtemps que nos vies ne s’étaient pas offert de joyeuses tranches de désordre, de rupture avec un quotidien fâcheusement morose de solitudes mortifères. L’avenir paraissait bien bouché, entre précarité et sécurité, entre médicaments et places de prison. Oui, ça fait du bien de crier à plusieurs milliers « À bas, l’État, les flics et les patrons », de recouvrir les murs de belles maximes comme « Ni loi ni travail », « La retraite à 13 ans », « Les policiers ne sont pas nos fils, signé Des putes », de retrouver le bon sens de dire aux flics « Tout le monde déteste la police » alors que l’année dernière, on célébrait partout l’union sacrée en embrassant les policiers…

Le pouvoir et tous ses auxiliaires tentent comme toujours d’isoler, de séparer, de dresser les uns contre les autres : casseurs contre bons manifestants, bloqueurs contre tranquilles travailleurs, militants contre délinquants… mais la tendance est plutôt à la rencontre de celles et ceux qui n’en peuvent plus de se plier aux règles, aux diktats d’une économie capitaliste qui n’assure pas le minimum tellement elle se montre pour ce qu’elle est fondamentalement : une association de gros voleurs qui nous dépouillent à leur profit de ce qui appartient à tous. Dans la rue, devant les usines, aux piquets de grève, sur les lieux de blocage se retrouvent des personnes venues de divers horizons, des précaires, des smicards, des lycéens, des travailleurs avec ou sans emploi… et c’est la condition sine qua non de la pérennité de ce mouvement.

Mais il y a un tas de gens qui ne peuvent pas participer à cet élan : ce sont les prisonnières et les prisonniers, tous ceux que le couple sanguinaire police-justice a enfermés  pour les punir d’être pauvres et inutiles, rebelles à l’ordre établi. Ceux qui n’ont pas d’autres moyens pour survivre que d’aller chercher leur part au risque de leur liberté. Ceux qui ne peuvent pas s’adapter à un monde qui se resserre de plus en plus.

Une grande partie de ce numéro est consacrée au récit d’une lutte de prisonnières à Fleury-Mérogis qu’elles ont menée pendant plusieurs semaines, en même temps que le mouvement en cours. Avec l’aide et la solidarité de proches, elles ont tenu à en être partie prenante – dans la mesure du possible –, à établir une relation avec l’extérieur pour partager une bagarre en tous points comparable à celle qui se joue dehors. Il est aussi question de la résistance de prisonnières et de prisonniers de Fresnes. Plusieurs rassemblements ont eu lieu devant ces prisons pour leur dire qu’elles n’étaient pas seules et que le message avait été entendu.

Dehors, la multiplication des arrestations, inculpations, comparutions immédiates et mises en détention provisoire de manifestants a commencé à mettre en évidence l’entente parfaite qui unit la police et la justice. Peut-être finirons-nous par ne plus séparer ces deux corps d’Etat ; alors nous cesserons de scander le slogan mensonger de « police partout, justice nulle part ». Partout où il y a police, il y a justice, et vice-versa – et ni l’un ni l’autre ne sont là pour nous protéger. S’il est impensable qu’un mouvement oublie ceux qui se font arrêter et juger, comment ne comprendrait-il pas qu’il devrait en être de même pour toutes celles et ceux qui sont entrés en prison avant le printemps 2016 – et il y en a beaucoup… Autrement dit, il est urgent que le mouvement actuel porte la revendication de l’arrêt des poursuites contre les manifestants et de la libération immédiate des emprisonnés. Tout comme l’exigence de la disparition des tribunaux et des prisons… et du monde qui les génère.

On trouvera aussi dans ce numéro des témoignages de l’intérieur, le récit d’une manœuvre visant à radier un avocat qui affirme « que tous les capitalistes sont des ordures, des saloperies », un appel à se rendre à un procès d’assises pour tenter de s’opposer à une « mise à mort sociale » et la description de la dernière loi sur le code de procédure pénale.

Tous ces textes visent à faire circuler entre l’intérieur et l’extérieur le fait qu’il n’y aucune raison de ne pas se mettre à dire que :

« Tout le monde déteste la justice »

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L’envolée n°43 est sorti en février

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Vous pouvez :
– le trouver dans divers lieux (voir la liste ici) pour 2 euros,
– participer vous mêmes à sa diffusion en nous contactant,
– vous abonner en envoyant un chèque de quinze euros (ou plus) à L’Envolée, 43 rue de Stalingrad, 93100 Montreuil,
– L’abonnement est gratuit pour les prisonniers et prisonnières.
Nous avons actuellement besoin d’un peu d’argent pour continuer à imprimer le journal ! À bon entendeur…

Au sommaire de ce numéro :

– un ÉDITO à propos  de l’état d’urgence et du projet de loi « renforçant la lutte contre la criminalité organisée, le terrorisme… »

– PEINES INTERIEURES = 13ème MOIS
« Je veux que les gens sachent » : entretien avec Nadia qui dénonce l’acharnement que subit son neveu Ibrahim

– PEINES INTERIEURES = ÉLIMINATION
Rachide Boubala met en échec le Centre national d’évaluation

– PEINES INTERIEURES = ÉLOIGNEMENT
Fabrice Boromée 8+20+6 = libérable en 2044

– PEINES INTERIEURES = ISOLEMENT
Christine : la garder au trou pour avoir sa peau

– PERMIS DE TUER
Compte-rendu du procès d’un flic meurtrier
Entretien avec Amal Bentounsi
Entretien avec un copwatcher

– VOUS AVEZ RENDEZ-VOUS HIER ET C’EST OBLIGATOIRE
Entretien avec Aurore sur ses démêlés avec JAP et SPIP

Retrouvez une partie des articles contenus dans ce journal, et bien d’autres sur http://lenvolee.net

Et retrouvez l’intégralité de ce numéro en pdf ici.

Vous reprendrez bien un peu de loi avec votre sidération ?!!

L'Envolée N°43 bientôt dans les boîtes
L’Envolée N°43 bientôt téléchargeable sur ce site et bientôt dans les boîtes. Abonnez-vous : chèque de 15 euros ou plus à l’ordre de L’Envolée, 43 rue de Stalingrad, 93100 Montreuil. Toujours gratuit pour les prisonniers et leurs proches.

A propos  de l’état d’urgence et du projet de loi « renforçant la lutte contre la criminalité organisée, le terrorisme… »

Il ne chôme pas, le nouveau ministre des tribunaux et des prisons ! À peine la Taubira avait enfourché son « m’as-tu-vu » à deux roues que l’Urvoas présentait déjà un nouveau projet de loi avec ses amis Valls et Cazeneuve. Projet de loi « renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, et améliorant l’efficacité et les garanties de la procédure pénale ». Gonflé à bloc par les attentats et l’instauration de l’état d’urgence, Valls a rappelé que « la loi n° 2015-912 du 24 juillet 2015 relative au renseignement a accru et encadré les possibilités de recueil du renseignement », et souligné que « cet arsenal de prévention doit être complété par un volet judiciaire ». Pour écrire cet énième « volet judiciaire », le lé-gislateur comme on dit, va piocher, étendre et aggraver des mesures qui existaient déjà depuis longtemps, notamment dans la loi du 9 mars 2004. Mesures qui étaient à l’époque réservées à la lutte contre « la criminalité organisée » (voir Envolée n° 11) – c’est à dire contre l’économie parallèle – mais parfois encore un peu trop compliquées d’usage pour les condés. C’est le moment de se simplifier la vie, pourquoi se priver quand « guerre au terrorisme » et état d’urgence permettent de tout faire passer ? Lire la suite

L’envolée n°42

Le dernier numéro est paru en octobre 2015… on vous l’annonce un peu en retard !

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JAP A DIT : « PERSONNE NE SORT! », LES PRISONNIERS RÉPONDENT / À VENDIN-LE-VIEIL, PRISE D’OTAGE = PRISE DE PAROLE / À CHATEAUROUX : CONDAMNÉ POUR UNE PERM’ SANS RETOUR / CHRISTINE RACONTE SES BATAILLES CONTRE L’AP…

SOMMAIRE :

Enfin pisser dans l’herbe
Christine, un mouton noir de la pénitentiaire

Prise de parole à Vendin-le-Vieil
Fabrice Boromée exige son rapprochement familial

JAP a dit : « Aucun retard ne sera toléré »
Compte-rendu du procès de Nabil

Poudre aux yeux
Lettres de prisonnières de Fleury

JAP a dit : « Fais moi de la peine »
On sait quand on rentre mais on ne sait pas quand on sort

JAP a dit : « Personne ne sort »
Pétitions anti-JAP de partout en France

JAP a dit : « Même dehors, c’est pas fini »
Rassemblements de solidarité à Valence

« Revoir les barreaux de cette centrale n’est pas une grande joie »
Lettre de Philippe, enfin à Lannemezan

Complicités chez les sorcières ?
Lettres de la maison d’arrêt des femmes de Poitiers-Vivonne

Coups de coeur, coups de poing
Infos et publications à ne pas rater

 

Où trouver l’Envolée ? la liste des bonnes crèmeries ici

Pour vous abonner, écrivez-nous ! Joindre un chèque de 15 euros (ou plus). Gratuit pour les prisonniers et prisonnières.

L’Envolée, 43 rue de Stalingrad, 93 100 Montreuil
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L’Envolée N°41 Hafed à l’honneur

7959397-12374747Le dernier numéro du journal. Que du Hafed Benotman, co-fondateur du journal qui a distillé dans nos tronches beaucoup de ce qu’on peut penser de la prison, de la justice et du monde qui va avec. C’est drôle et c’est tranchant à la fois. C’est à mettre entre toutes les pattes. Ca se lit aussi et surtout sur papelard. Si vous ne trouvez pas de librairie qui le vend près de chez vous, abonnez-vous.

Pour ça écrivez à contact@lenvolee.net et envoyez un chèque de 15 Euros à l’ordre de l’Envolée, 43 rue de Stalingrad, 93100 Montreuil-sous-Bois. C’est toujours gratuit pour les prisonniers et leurs proches sans le sous.

Bonne lecture  : 41 final comp