Mai 2022 : un nouveau numéro du journal est disponible en librairies, infokiosques et autres lieux sympathiques (liste détaillée ici). On partage l’édito et le sommaire ci-dessous, et vous pouvez télécharger le journal en pdf. Abonnez-vous !

ÉDITO

C’est bien sympa de donner le droit de vote par correspondance aux prisonniers et prisonnières ; d’ailleurs, certains s’en sont saisis pour voter majoritairement Mélenchon, l’un des rares candidats qui ne leur a pas ouvertement craché au visage – même s’il n’a rien dit contre l’enfermement. Le vote a pu être une occasion pour pas mal de prisonniers de sortir de cellule un petit moment, mais ce droit n’est que la contrepartie hypocrite de l’interdiction absolue de s’organiser collectivement. « Certes, ce sont des détenus, mais il ne faut pas oublier que ce sont des citoyens », rappelle le directeur du centre pénitentiaire de Gradignan sans se rendre compte que ça en dit long sur la déshumanisation en prison ; il n’y a que lui et ses collègues pour oublier que c’est à des gens qu’il a à faire ; pauvres pour la plupart, racisés souvent, étrangers beaucoup, enfermés au sein d’une institution totalitaire entre les mains de matons souvent fascistes.

LA PENSÉE UNIQUE C’EST L’ENFERMEMENT

Dans les « débats » de cette dernière mascarade électorale, les prisonnier.e.s ont parfois été invoqués, mais toujours pour servir de carburant à la machine répressive. Les gouvernants s’alignent toujours plus sur les positions des plus autoritaires – voire des plus fascistes. Sous la diversité de leurs masques se cache le même visage : celui de propriétaires qui doivent faire accepter les attaques sociales et enfermer en masse pour défendre leur propriété et l’ordre en place. Populiste-fasciste ou libéraux-autoritaires font mine de s’opposer. Mais quel que soit le type de bourgeoisie qui accède au pouvoir, les objectifs économiques restent les mêmes : sans cesse maintenir le taux de profit des grandes entreprises dans un capitalisme en crise perpétuelle. Pour y arriver, y a pas trente-six solutions : pression sur les salaires, disparition du salariat et des droits qui vont avec, privatisation des derniers services publics.

Dès lors, prisons et tribunaux sont les armes essentielles du bloc bourgeois : la justice n’est pas là pour « rendre justice », elle est là pour appliquer leur loi et la prison sert à stocker toujours plus de pauvres : le nombre de prisonniers a doublé en quarante ans. Elle met aussi la pression à tous les autres chômeurs – avec ou sans papiers. Et cette « armée de réserve du capital », comme disait l’autre, sert à son tour à maintenir la pression sur celles et ceux qui ont un taf. Si tu refuses du travail, si tu as des revendications, y a du monde qui attend pour prendre ta place. L’État ne poursuit pratiquement que des faits qui découlent de la misère… et aussi, à la marge, quelques contestataires, syndicalistes et militants qui prétendent encore défendre la solidarité et l’émancipation. En augmentant les capacités d’enfermement, les constructions de nouvelles prison en cours font peser une menace sur celles et ceux qui vivent autrement que dans les normes, par choix ou par obligation. Évidemment, il n’y a pas eu un seul candidat pour s’offusquer du dernier – colossal – programme de construction de nouvelles prisons.

L’EXTRÊME DROITE, C’EST PAS QUE DES IDÉES, C’EST DES PRATIQUES !

Macron a fait du bon boulot pour qu’on le déteste : l’intégration de l’état d’urgence antiterroriste dans le droit commun, suivi de deux ans d’état d’urgence sanitaire, le vote de lois racistes comme la loi Asile et immigration ou la loi « contre le séparatisme ». Cette dernière ne peut que nourrir l’image apocalyptique d’une France au bord de l’implosion, traversée de prétendus désirs de sécession. Darmanin a même utilisé le mot d’« ensauvagement »… tout est dit : dans son camp les délinquants sont des animaux – et souvent des animaux venus de zones non tempérées. Et puis le gouvernement par ordonnance, l’explosion des amendes, l’extension du pouvoir administratif, l’assignation à résidence pour raison sanitaire, les yeux crevés, le tout sur fond de casse du droit du travail… Tout ça, c’est tellement brutal qu’Emmanuel a réussi l’exploit de « normaliser » Marine par comparaison elle qui prétend encore être « antisystème ». Certains arrivent à y croire, au point d’oublier que les Le Pen, c’est avant tout une histoire d’héritage, idéologique bien sûr, mais aussi en termes de ressources : un appareil politique, des amis nazis, un patrimoine financier, des réseaux d’entrepreneurs, de militaires… L’héritière d’un agent des services spéciaux militant de l’Algérie française et tortionnaire aime bien les petits chats ? Ça nous fait une belle jambe !

Le fascisme prospère toujours sur la déception et les défaites des mouvements sociaux, comme lors de l’écrasement du mouvement des Gilets jaunes. Pas mal de gens se disent que finalement, c’est pas si grave. Derrière leur « tout sauf Macron », leur « Marine on a jamais essayé », leur « tous pourris, alors mieux vaut voter pour l’original que pour la copie », il y a ce répugnant calcul que les coups de matraques pleuvront en priorité sur d’autres côtes et d’autres nez. Que les Flashball ne viseront plus que les yeux des arabes, des noirs, des roms, des étrangers.

LES UNIFORMES EN VEULENT TOUJOURS PLUS

Ce gouvernement a demandé aux condés de briser des vies à un rythme rarement atteint jusque-là : en manif, dans les quartiers populaires. Leurs maîtres ont rarement autant dit à leurs chiens de garde combien ils sont nécessaires à leur survie. Lorsqu’en mai 2021, des milliers de condés ont manifesté devant l’assemblée nationale pour vociférer contre le prétendu « laxisme de la justice à l’égard des agresseurs de policiers » et réclamer des peines automatiques, c’est presque toute la classe politique qui s’est précipitée devant les caméras : le RN bien sûr, mais aussi Yannick Jadot (EELV), Fabien Roussel (PC), Valérie Pécresse (LR), et enfin, last but not least, le ministre de l’intérieur Darmanin Himself ! Alors forcément, ils ont pris la confiance – au point de convoquer quelques mois plus tard, le 3 février 2022, tous les candidats, des libéraux autodésignés aux autoritaires revendiqués, pour un « grand oral policier » devant leur syndicat majoritaire. C’est à qui les aime le plus, à qui leur promettra le plus : tout y passe, mais ça tourne toujours autour de l’impunité, du permis de tuer et de la simplification des procédures. Bref, autour de la promesse de planer toujours plus haut au-dessus des lois qu’ils sont chargés d’imposer aux autres.

Ce n’est qu’adolescent que le porteur d’uniforme a parfois pu se raconter qu’il défendrait la veuve et l’orphelin ; adulte, il en fabrique, des veuves et des orphelins. Comme leurs modèles policiers, les syndicats majoritaires de surveillants pénitentiaires couvrent les violences de leurs agents et revendiquent de plus en plus ouvertement leur guerre aux prisonniers. Un uniforme sur deux au moins a voté pour l’un des deux candidats fascistes du bloc bourgeois au premier tour. Pas mal de flics et de matons rêvent déjà de l’étape d’après, et préparent les milices de demain pour faire le sale boulot du capital. On en voit depuis longtemps les prémices : par exemple, des fascistes proches de la famille Le Pen ont déjà bien commencé à s’implanter depuis des décennies dans des groupes de sécurité privée.

LES PRISONNIERS CONNAISSENT LE FASCISME

Dans les yeux des matons, les prisonnier.es ont vu passer les mille nuances du fascisme. Du mépris à la haine, de la vexation à la torture, les matons sont les gardiens d’une institution totalitaire, puisque son emprise s’étend sur tous les aspects de la vie. Elle pratique le fascisme en actes : arbitraire, brutalité, bureaucratie, terrorisme moral, déshumanisation. Elle contribue ainsi à l’idéologisation d’une frange du prolétariat contre une autre, de sorte que nombre de matons se revendiquent ouvertement du fascisme ; ceux-là, sont évidemment les plus dangereux. Il n’y a pas en prison « des conditions de vie dégradantes » ; c’est la condition d’enfermé dans une institution totalitaire qui est dégradante en soi. En novembre dernier, au procès des meurtriers de Sambaly Diabaté, on a vu une équipe de surveillants tortionnaires qui ont eu les coudées franches pour tuer un prisonnier. La justice a validé leur geste. Jusqu’à ce jour, ils continuent d’exercer leur pouvoir sur les prisonniers au quotidien.

Au moment où l’horizon s’assombrit, il devient plus que jamais nécessaire de faire entendre les voix des enfermé.es. Elles ne s’indignent pas, elles savent trop bien – jusque dans leur chair – qu’il n’y pas de frontière entre légalité et barbarie. De la prison, on a malheureusement un point de vue de choix pour comprendre et tenter de combattre le fascisme qui vient. Un des principaux objectifs de L’Envolée, c’est de ramener la question de la prison et de la justice dans les luttes sociales contre le capitalisme autoritaire et le fascisme qui gangrène la société.

SOMMAIRE 55

3 / « Voilà », poème de Nazim Hikmet

4 / « Ne pas se rendre ! » : édito

6 / « Pourquoi je fais la grève de la faim », par Libre Flot

11 / « Enfin sorti du QI ! », par Kémi

12 / « On a pas été jugés, on a été préjugés » : Récit d’une révolte au centre de rétention du Mesnil-Amelot

15 / « Rejetée et refusée ! », par J.

16 / « Libérez les grands frères ! » : Criminalisation du mouvement social en Guadeloupe

« Association de malfaiteurs ? » , par Oneel

20 / Covid au placard, encore une couche d’arbitraire

Lettres de Francis et de Bliss

24 / Distribution de permis de tuer au tribunal de La Rochelle : Récit du procès des surveillants responsables de la mort de Sambaly Diabaté à la centrale de Saint-Martin-de-Ré

30 / Mortel refus de soin à Séquedin : Le médecin en charge d’Adil Taychi acquitté

« Il n’a pas pris perpète, il a été condamné à mort », par Anne

32 / La prison a tué Yvan Colonna

34 / « Je suis à moi seul une prison », par Francis

37 / « On stagne au jour de notre incarcération », par Céline

38 / Brèves du fascisme judiciaire en marche : Dissolutions en rafale, procès contre des antifas, Claudio Lavazza toujours enfermé, rebelles italien·ne·s menacé·e·s d’extradition, nouvelle taule à Muret

41 / Publications

42/ Saluts ! Où nous trouver, où nous écouter, où nous écrire

Le journal coûte 2 euros, parce qu’il est gratuit pour les prisonniers et prisonnières.
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