De quoi faire une bonne compote

Le numéro 40 du journal étant reporté à janvier 2015, nous publions ici les lettres reçues. Nous adressons un grand salut à tous ceux et toutes celles qui les ont écrites depuis leur cellule.

Ainsi, des nouvelles nous sont parvenues de deux jeunes prisonniers du QHS de Condé-sur-Sarthe :

LETTRE DU 30 JUIN 2014

« J’ai été transféré à Condé. J’ai essayé d’esquiver mais non, même à 21 ans, en ayant six ans à faire dont trois faits. Même pas DPS… bah, c’est Condé quand même, et garde la pêche. Mort de rire. C’est un peu chelou, voire hostile, mais j’ai le sourire et l’espoir, moi qui suis la plus petite peine ici et le plus jeune. Niveau sécurité, bah, fuck off pour les fiestas. Beaucoup de profils douteux psychologiquement, que du lourd, LOL… Là j’ai demandé à faire une formation afin de valoriser mon PCP (parcours d ‘exécution des peines) et voilà, j’attends. Perso, je ne compte pas rester une pige ici. Big up à toute l’équipe. Vive la révolte et la contestation. Tant qu’elle est pacifique, elle nous gardera au rang de victimes. La lutte continuera tant qu’il y aura de l’abus de pouvoir.
A plus, courage à toutes et à tous. Amicalement, d’un jeune détenu de 21 ans parmi tant d’autres. »    Gaëtan

LETTRE DU 1er SEPTEMBRE 2014

 » C’est l’anarchiste qui vous passe un petit bonjour du QHS de Condé. Moi cela fait maintenant huit mois que je suis au QI, et là, actuellement, je suis au mitard, car je ne lâche pas le combat : mieux vaut mourir que devenir le prévôt de l’AP. Le 6 octobre, cela fera douze mois que je suis dans ce QHS. Ils essaient tout pour me casser psychologiquement, mais ils ne pourront pas. Au mois de mars ils m’ont envoyé en psychiatrie pour trois jours. Sinon, toujours pareil dans ce QHS ; rien à faire ; toujours enfermé ; mais il faut garder le moral. Ils ont renforcé les grilles du QD et mis des grilles aux fenêtres du QI. Ils en ont, de l’argent, pour la sécurité, mais rien pour les activités pour les détenus.[...]Je bloque le QD jusqu’à ce que je sois transféré.[...]
Vive la révolte. Les insoumis des prisons, ne lâchez rien, on finira par gagner.
Force, courage et détermination. »   Christopher Continue la lecture

Aux lecteurs et lectrices du Journal

« Pour commencer à avoir un effet,‭ ‬faut pas dire‭ ‬:‭ « Je compatis au sort des prisonniers‭ »‬,‭ ‬mais‭ ‬:‭ « Je suis d’accord avec eux‭ »‬.‭ » ‬
AHB‭

Depuis quelques temps,‭ ‬nous nous efforçons de faire de l’Envolée un journal à parution régulière.‭ ‬Trimestrielle.‭ ‬A l’heure de faire paraître un nouveau numéro,‭ ‬il nous semble pourtant que l’urgence n’est pas là.‭

En octobre‭ ‬2012,‭ ‬dans le numéro‭ ‬33,‭ ‬nous avons publié plusieurs plates-formes de revendications portées par des mouvements collectifs de prisonniers depuis les maisons d’arrêt de Corbas et de Seysses,‭ ‬les centres de détention de Roanne et Argentan,‭ ‬les centres pénitentiaires de Ducos et de Vézin-le-Coquet et le quartier maison centrale d’Annœulin.‭ ‬Ça faisait longtemps que de telles revendications collectives n’étaient pas sorties de prison.‭

Les prisonniers y dénonçaient la surpopulation,‭ ‬les fouilles à corps,‭ ‬la multiplication des régimes différenciés,‭ ‬le prix délirant des cantines et les salaires honteux imposés par les entreprises privées qui cogèrent la taule,‭ ‬la double peine qui se généralise pour le moindre problème avec l’administration pénitentiaire‭ ‬:‭ ‬le prétoire puis le tribunal du coin‭ – ‬le mitard et des peines de prison supplémentaires.‭ ‬Mais aussi le manque d’activités et de parloirs,‭ ‬le mépris pour les familles,‭ ‬des règlements intérieurs obscurs qui changent d’une prison à l’autre,‭ ‬les aménagements de peine inexistants.‭ ‬Ils exigeaient la fermeture définitive des quartiers d’isolement et des quartiers disciplinaires ainsi que la suppression des régimes fermés dits‭ « ‬B0‭ » ‬ou‭ « ‬D0‭ » – ‬véritables quartiers d’isolement qui ne disent pas leur nom,‭ ‬où l’administration pénitentiaire place les prisonniers pour une durée indéterminée sans avoir à s’embarrasser d’une procédure disciplinaire.‭ ‬Ils demandaient le rapprochement familial,‭ ‬ou au moins un dédommagement financier pour les familles éloignées,‭ ‬le téléphone gratuit pour les indigents,‭ ‬que le code du travail s’applique en détention,‭ ‬l’abolition des expertises psychiatriques.‭ ‬Et surtout,‭ ‬qu’on leur donne enfin toutes les remises de peine auxquelles ils ont droit.‭ Continue la lecture

Une lettre pour Karim Tahir

Lors de l’émission du vendredi 10 octobre sur FPP, Sylvie, nous a joint à l’antenne pour nous informer sur le sort de Karim Tahir.
Karim se trouve depuis un mois à l’UHSA de Rennes (Unité hospitalière spécialement aménagée).
Il a été extrait de la prison de Condé-sur-Sarthe et a été hospitalisé d’office dans cet hôpital-prison.
La psychiatre qui s’en occupe a désormais la tâche de le faire plier, là où l’AP n’avait pas réussi. En déclarant « il est entre nos mains », elle a dors-et-déjà reconduit son enfermement en psychiatrie pour quinze jours. Cela peut durer ainsi des mois et des mois.
Il y est attaché en permanence et subit un traitement chimique dur. En plus de la camisole chimique, on lui injecte un produit qui le constipe pour ne pas à avoir à l’emmener aux toilettes!

Ce « traitement » comme ils osent l’appeler s’apparente à une véritable torture.
Karim et ses proches appellent à l’aide. Pour se solidariser et tenter de faire pression sur les psychiatres qui le séquestrent, nous demandons dans un premier temps au plus grand nombre de gens possible d’envoyer un courrier.
Il s’agit d’informer l’UHSA que la situation de Karim Tahir est connue d’un grand nombre de personnes et d’exiger son retour en détention, comme il le souhaite.

Vous pouvez adresser vos courriers à l’UHSA,  2 bd de Strasbourg, 35000 Rennes. A l’attention du Dr Henry, directeur du « pôle psychiatrie en milieu pénitentiaire ».

Vous pouvez aussi téléphoner pour manifester votre soutien au 0223373230.

Vous pouvez lire l’entretien avec Sylvie qui nous parle de la situation de Karim.

Manifestation régionale contre les centres de rétention à Sète le 4 octobre à 14h, place de la Mairie

ASSEZ ! Exigeons la fermeture des Centres de Rétention !
Aujourd’hui, environ 44 000 personnes sont détenues par l’État français dans des Centres de Rétention Administrative (CRA). Cela veut dire que des milliers de personnes, dont des familles avec des mineurs, sont enfermées et entassées dans des lieux de "privation de liberté" dont le seul et unique tort est de ne pas être nées en France et d’être en situation irrégulière.

Depuis des années, les associations d’aide aux migrant-es alertent l’opinion publique quant aux nombreuses atteintes à la dignité humaine et aux violences physiques (le dernier rapport de la CIMADE est éloquent a ce propos) et morales qui touchent les personnes enfermées dans les CRA et les zones d’attentes situées dans les aéroports, et qui sont souvent éloignées de force du territoire français après leur détention (56000 éloignements en 2012 uniquement pour le territoire métropolitain). Cette violence institutionnelle entraîne des suicides et d’autres actes désespérés comme des mutilations.

Nous rappelons que les migrant-es sont des personnes fuyant des conditions d’existence désastreuses ou qui tout simplement cherchent à vivre une vie un peu meilleure.

Nous rappelons qu’au 19ème siècle des millions d’européens ont immigré aux quatre coins du monde, fuyant la misère du « vieux continent ».

Nous rappelons que la richesse économique des pays occidentaux est aussi basée sur le pillage et l’exploitation des ressources et des populations dont sont originaires les migrant-es.

Les lieux d’enfermement, dont les CRA, servent le système capitaliste dans ses besoins de gestion des populations. Les CRA, comme les autres lieux d’enfermement, sont des conséquences de la barbarie étatique et capitaliste (la militarisation des frontières a entraîné la mort de 13000 migrant-es l’an dernier aux portes de notre belle Europe démocratique).

Il ne peut y avoir de capitalisme à visage humain !

Pour la liberté de toutes et de tous contre les CRA, les prisons en tout genre et la société qui les produit, venez manifester à Sète (34), sur la place de la mairie, samedi 4 octobre 2014 à 14h, et amenez vos casseroles pour vous faire entendre de nos camarades migrant-es ! Que crament les CRA !

Un co-voiturage est aussi organisé depuis Millau, en Aveyron, à 12h, au Parking de la Grave. (Un départ groupé est aussi organisé depuis Montpellier : rendez-vous à 12h20 à l’arrêt de tramway Sabines (Ligne 2). Vous pouvez retrouver les informations sur la manifestation ainsi que les co-voiturages et départs groupés depuis plusieurs villes de la région sur le site du réseau No Pasaran : http://nopasaran.samizdat.net/spip.php?article2151
No Pasaran 12, SCALP – No Pasaran 34, et No Pasaran 30.
nopasaran12@hotmail.frscalp.mtp@live.frscalp30@no-log.org

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Combien de mois fermes pour un treizième mois ?

Résistances à la prison de Réau – Appel à soutenir Christine lors de son procès à la Cour d’Appel de Paris.

(nous recopions ici un article publié sur divers sites internet, dont http://rebellyon.info)

Accusée d’avoir mordu un maton de Réau, le 5 mars 2014, le Tribunal Correctionnel de Melun condamne Christine à 1 mois ferme et 200€ de dommages et intérêts à verser au maton. Quelques jours après, le parquet, trouvant cette peine trop clémente, a fait appel. Vendredi 26 septembre à 13h30 Christine sera donc re-jugée à la Cour d’Appel de Paris (pôle 2 chambre 9). Continue la lecture

Quartier Maison Centrale de Réau = « QHS tombeau secret »

Philippe purge une très longue peine (cf journal L’envolée n°38). Depuis 2010, il demande à être transféré à la centrale de Lannemezan vers Toulouse, pour être rapproché de sa compagne. En mars 2013 il est transféré à la centrale de Moulins, à 400km de cette dernière. Puis en mars 2014, il est envoyé encore plus loin, au CNE (centre national d’évaluation) du centre pénitentaire de Réau (île de france). Il décrit à quel point cette évaluation est une mascarade dans le journal L’envolée n°39. Ensuite il est placé au Quartier Maison Centrale (QMC), toujours dans la prison de Réau, en attendant d’être, peut-être, un jour, enfin, transféré à Lannemezan.

Nous avons déjà raconté que les QMC, nouveau concept de mini-prison ultra sécuritaire pour les longues peines, expérimentés à Réau et Annoeulin, sont des enfers, des Quartiers Hautes Sécurité où les prisonniers étouffent et son censés subir cela pour de longues années. Et ces quartiers ont vocation à devenir un modèle pour les futures prisons… à moins que, de l’intérieur comme de l’extérieur, des mouvements parviennent à remettre en cause ces projets ?

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QHS moderne : le QMC d’Annoeullin et l’exploitation des prisonniers

 

Au mois de mai 2012, les syndicats pénitentiaires de la prison d’Annœullin signalaient à l’AFP des incidents survenus au quartier maison centrale (QMC): «une rébellion de trois détenus». Frédéric Charlet, secrétaire régional adjoint de l’UFA P-UNSA justice de Lille, décrivait ainsi les faits:

«Mercredi, trois détenus du QMC [où sont enfermés des détenus purgeant des longues peines] se sont retranchés dans un atelier où ils se trouvaient sur place pour se défendre. Une douzaine d’agents ont dû s’équiper pour intervenir, les trois détenus finissant par être réintégrés en cellule après de longues discussions. La scène donnait l’impression d’une vraie guérilla. L’un des protagonistes, considéré comme dangereux et ayant déjà provoqué de graves incidents dans de précédents établissements, a été placé à l’isolement…»

Le vocabulaire des syndicats, relayé par les dépêches de l’AFP –qui servent ensuite de support à tous les médias: télés, radios, journaux– tire l’événement du côté du fait divers spectaculaire; Pas un mot sur les causes du mouvement, exagération des faits… La même sauce que pour le mouvement de quatre prisonniers à Vezin-le-Coquet, présenté comme une «mini-émeute» –dans laquelle des bouteilles de shampoing en plastique deviennent des armes dangereuses… Comme Christophe Khider nous l’expliquait dans le numéro 32 du journal, Annœullin est une prison toute récente, et son QMC en est encore à une phase expérimentale. Le privé chapeaute tout ce qui ne relève pas de l’administratif ou du sécuritaire, et cela pose des problèmes même à l’AP –c’est dire! En fait, de nombreux problèmes ont été dénoncés par les prisonniers du QMC: activités, travail, salle de sport, horaires des promenades, prix des cantines, équipements…

Alors que nous tentons d’attirer le regard sur ces nouvelles prisons (partenariat public-privé), que nous tentons de comprendre  l’avenir de la détention qui est en train de se dessiner (cf le numéro 39 spécial Condé-sur-Sarthe et QHS modernes), voici la pétition que des prisonniers du QMC d’Annoeullin avait fait parvenir en 2012. Elle est parue il y a plus d’un an dans le journal.

A l’époque, elle avait pu être -un tout petit peu- entendue uniquement parce qu’elle avait été portée par des prisonniers que les syndicats désignaient comme dangereux.

 

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« Il y a toujours de quoi s’énerver. D’abord être enfermée, ensuite de voir le comportement de l’AP »

Voici quelques nouvelles de Christine, transférée de Rennes à Fleury, régulièrement en conflit avec l’AP et son personnel, ce qui rallonge sa peine (voir aussi ici). Elle se bouge contre ce qu’elle ne supporte pas : par exemple le fichage à l’entrée en détention, et les fouilles et palpations corporelles répétées. Dans ses lettres, Christine décrit la détention et certains de ses combats, voici quelques extraits de courriers postés ces derniers mois.

 » J’ai des oppositions basiques, instinctives, au flicage, que ça soit pour moi, mes potes ou mes brebis. J’aime aussi, tout simplement, dire « non » à ceux qui me disent « tu n’as pas le choix ». »

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