Ils veulent faire passer Maitre Bernard Ripert pour fou, solidarité pour qu’il sorte de l’HP

En fin de journée, Bernard Ripert a été interné en hôpital psychiatrique. « L’expert psychiatre a estimé qu’il s’agissait d’une personne présentant des troubles mentaux nécessitant son hospitalisation sous contrainte en structure psychiatrique », a déclaré Jean-Yves Coquillat procureur de la république de Grenoble.

Dans la grande tradition des pires régimes totalitaires, la justice a décidé de le faire passer pour fou pour lui faire payer une vie de combat. Transformer la colère contre les injustices en paranoïa et la dignité intransigeante en pathologie. Pour les gardiens de l’ordre, sa parole libre, son insoumission sont la preuve de sa folie .

 Ce soir, à 23h suite aux infos publiées dans la presse et sur le net, trente personnes ont fédéré une action de solidarité devant l’hôpital Michallon de Grenoble où il était retenu. Maître Ripert était intervenu la semaine dernière à Nuit debout Grenoble et avait explicitement signifié « qu’ils emploieraient tous les moyens pour le faire taire ».  Les trente personnes rassemblées ont attendu la sortie de Ripert sans se faire contrôler. L’hôpital n’était gardé que de quelques flics en civil et Ripert n’avait qu’une escorte de deux flics en plus des deux qui attendaient dans la voiture. Lorsqu’il est sorti de l’hôpital menotté et escorté, les manifestants ont scandé quelques slogans de solidarité. Aucune réaction de Bernard Ripert, pas un regard ni un mouvement de tête. Les plus proches du véhicule décrivent un état hébété voire « shooté ». Il est interné à St-Egreve ce soir en HP. Les militants attendent de nouvelles infos et n’excluent pas de nouvelles actions en attendant l’appel du procès le 2 juin. Chapeau pour leur réactivité.

Maintenons la pression sur l’hôpital où il est enfermé.

Centre Hospitalier Alpes-Isère, 3 rue de la Gare CS 20100 38521 Saint-Égrève Cedex

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Mobilisons les avocats dont il a défendu la dignité -parfois contre leur gré.

"Votre loi, votre justice ne sont là que pour protéger les privilégiés. Le ministère public se demande s'il est difficile de respecter le contrat social ? La question est de savoir pour qui c'est difficile de le respecter. Il n'y a pas de violence légitime de l’État, puisque que c'est l’État qui fixe la légitimité de la violence. La légitimité, c'est celle de s'opposer à la violence de l’État. […] L'évasion, plus même qu'un droit, c'est un devoir de dignité" 
déclarait Bernard Ripert en 2013, lorsqu'il a défendu Christophe Khider lors du procès de l'évasion de Moulins .

Pour mémoire vous pouvez lire le compte rendu de ce procès : L’Envolée N°35 Procès de la belle de Moulins-Yzeure en 2009

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Solidarité avec Bernard Ripert, avocat de combat placé en garde à vue le lundi 23 mai

Me Bernard Ripert a été mis en garde à vue ce matin. En mode western : cinq voitures pour bloquer l’accès à son domicile, dix flics pour venir l’alpaguer l’arme au poing dont cinq en sécurisation dehors et cinq autres pour le menotter dans le dos et le tirer hors de chez lui. « Il a été interpellé comme un terroriste alors que c’est lui qui est terrorisé », a déclaré son épouse. « Ça ne s’est pas bien passé. C’est inquiétant, cette façon de procéder. » C’est même intolérable.

C’est le dernier acte de la campagne de persécution dont cet avocat fait l’objet de la part de l’institution judiciaire.

Ça fait plusieurs années que la magistrature de Grenoble tente par tous les moyens de radier du barreau un avocat qu’elle a déjà fait suspendre un an en 2015. Il gêne vraiment trop par son refus de la justice de classe qui l’a mené à défendre aussi bien les militants politiques d’Action directe ou des Grapo que des prisonniers longues peines qui s’évadent, comme Christophe Khider, parce qu’il considère «que tous les prisonniers sont des prisonniers politiques ».

En janvier 2016, il avait été à nouveau suspendu pour des motifs parfaitement fallacieux ; le conseil de discipline de l’ordre des avocats l’a relaxé le 12 mai de cette suspension abusive. Néanmoins le parquet s’acharne : la cour d’appel a fixé au 2 juin une nouvelle audience pour décider de son éventuelle radiation.

Et pour couronner le tout, Bernard vient d’être inculpé le 13 mai d’« entrave à l’exercice de la justice » et de « menace ou acte d’intimidation commis envers un magistrat en vue d’influencer son comportement dans l’exercice de ses fonctions », un délit passible de trois ans de prison et 45 000 euros d’amende. Il aurait eu « une attitude menaçante » vis-à-vis d’un magistrat de la cour d’appel de Grenoble qui avait statué sur le dossier de sanction disciplinaire dont il faisait l’objet.

Soutenons Bernard Ripert face à l’acharnement des cours de justice ! Ne laissons pas faire ceux qui veulent le radier le 2 juin lors son procès en appel à Grenoble ! Et faisons tout pour qu’il ne soit pas poursuivi pour cette pseudo menace à magistrat !

                                                                                 L’Envolée

On ne fera pas taire Me Ripert

On ne fera pas taire Maître Ripert

Article du Dauphiné à propos de son arrestation le 23 mai au matin

 

 

« Tout le monde (ou presque) déteste la police, car elle déteste tout le monde (ou presque) » 3/3 petite analyse et entretien avec un copwatcher

Jette pas qu’un œil sur la police, des USA à Pantin : des vidéos contre la violence policière, entretien avec un copwatcher

Il y a quelques mois encore, Taubira à leur tête, certains politiciens français adoraient encore se la jouer humaniste à bon compte en condamnant la violence, souvent raciste, des policiers aux États-Unis. C’était déjà bien sur, pour mieux honorer nos poulets label France. Aujourd’hui aucun d’entre eux n’ose même plus s’aventurer sur ce terrain glissant : l’heure est aux larmes des policiers ; aux prétendues tentatives d’homicides contre la police ; aux montages bidons de BFM…

Derrière cette déferlante médiatique volaillère deux objectifs très politiques mais pas bien difficiles à voir: avant tout masquer la réalité du mouvement en cours, invisibiliser les blocages… au cas où ça parte enfin en grève. En second lieu, bien sur, masquer la violence policière, les coups, les blessés, les homicides à venir.

Dans le numéro 43 du journal pour introduire un entretien avec un copwatcher américain, nous revenions sur une histoire de violence policière banale à Pantin dans le 93. A lire ou relire aujourd’hui pour réfléchir à ces pratiques d’autodéfense relative.

Voilà encore une histoire bien de chez nous : décembre 2015, des ados de Pantin subissent le harcèlement et les agressions d’une brigade de « police de proximité » : la BST (brigade de surveillance du territoire). Bilal Kraiker porte plainte contre un policier qui l’a tabassé dans un hall d’immeuble : il a été hospitalisé en urgence pour un testicule écrasé. Deux semaines plus tard, la même brigade vient l’arrêter devant chez lui. Astuce classique : les forces de l’ordre inculpent celui qu’ils ont défoncé pour l’intimider et décrédibiliser sa plainte. Sa mère intervient pour tenter de calmer le jeu. Elle est frappée, gazée et insultée devant des jeunes, dont ses deux fils, qui subissent le même sort avant d’être emmenés en garde à vue. Tristement banal, mais toujours aussi écoeurant. Moins banal : une voisine qui a filmé la scène ce jour-là la publie sur Internet. Sans ces images choc, cette histoire ne serait peut-être jamais sortie du quartier. Mini scandale au journal télévisé ; mais ce genre de buzz médiatique est souvent vite oublié. Dans ce cas, la preuve vidéo a donné la force aux personnes concernées de prendre la parole et de s’organiser : conférence de presse, bruit sur les réseaux sociaux, invitation dans une émission de radio associative, appel à témoins et création du Comité de vigilance contre les violences policières à Pantin. En février 2016, poursuivant son travail d’intimidation et de discrédit envers les jeunes du quartier, le commissariat de Pantin cherche à les mettre à l’amende en ressortant (à moins qu’ils ne l’aient inventée?) une vieille affaire de dégradation en réunion, pour laquelle un juge a carrément failli placer Bilal en préventive. Placé sous contrôle judiciaire, il sera jugé le 19 mai. Malgré tout, des habitants de Pantin poursuivent leur travail de dénonciation des violences policières. Lire la suite

EXIGEONS LA LIBERATION DU LYCEEN NANTAIS INCARCERE POUR « TENTATIVE D’HOMICIDE SUR PERSONNE DEPOSITAIRE DE L’AUTORITE PUBLIQUE »

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Ce samedi 14 mai, un lycéen nantais de 18 ans a été mis en examen pour « tentative d’homicide sur personne dépositaire de l’autorité publique » après une garde à vue de 48 heures. Il a été immédiatement incarcéré sur un mandat de dépôt criminel. Cette inculpation est très grave, sans aucune comparaison possible avec les habituels « outrages et rébellion » et autres « violences sur personne dépositaire de l’autorité publique » qui s’accumulent dans les audiences de comparutions immédiates. Elle inscrit les faits dans une procédure « criminelle » qui prévoit des peines pouvant aller jusqu’à la réclusion à perpétuité…

Les faits ont été relatés par la presse nationale comme étant d’une « violence » extrême. En fait, un commandant de police qui n’avait pas réussi à reculer assez vite après une charge de ses CRS a été pris à partie par un groupe de manifestants qui lui ont asséné plusieurs coups. Le gradé a visiblement eu le nez fracturé et on a dû lui faire une quinzaine de points de suture. Par ailleurs, il n’y a pas d’éléments précis qui peuvent attester de la participation du jeune inculpé aux coups donnés. Tout reste donc très flou.

Ce qui ne l’est pas en revanche, c’est l’acharnement violent et méthodique déployé par les forces de police contre les manifestants depuis le début du mouvement. Passages à tabac (particulièrement à Nantes et à Rennes), coups de matraque, utilisation de grenades « désencerclantes » qui blessent en cas d’impacts directs, tirs avec leurs nouveaux flash-ball à hauteur de visage pour crever des yeux, etc. Tout le monde aura déjà pu apprécier l’efficacité de ces armes sur des images et vidéos diffusées sur Internet.

On entend répéter en boucle, « un commandant de police blessé »… Si cela vaut plusieurs années de prison, comment « comptabiliser » les multiples yeux crevés par des flash-ball, comment « évaluer » la mort de Rémi Fraisse et celle d’Amine Bentousi abattus froidement par la police, pour ne citer que deux exemples… Et dans ces cas où ce ne sont pas des « tentatives » mais bien des « homicides », la justice prononce toujours des non-lieux ou des acquittements. Et là, l’Etat ne prend même plus la peine de faire croire que la justice en est une.

Oui, une bonne partie de la jeunesse n’a pas envie de se soumettre au pouvoir (qu’il soit financier, policier, militaire, politique) dont la règle est de voler les vies du plus grand nombre au profit de quelques-uns. Elle crie haut et fort depuis quelques semaines ce refus d’un monde d’exploitation. Et ils sont gentils ces manifestants de ne pas répondre plus violemment à cette déferlante d’uniformes qui vise à décourager la majorité des participants au mouvement en cours et à faire déserter manifestations et occupations.

Nous exigeons la libération immédiate de ce jeune homme. De toutes façons, il y a peu de chance qu’il échappe à un procès, mais au moins qu’il l’attende dehors et non pas emprisonné comme tant d’autres le sont déjà ; nous savons combien les peines sont plus sévères pour les accusés qui comparaissent menottés que pour celles et ceux qui comparaissent libres. Et qu’il ne serve pas de cadeau de la justice à des syndicats de police bien contents de se voir « aimés » par leurs collègues en robe noire. Qu’il ne serve pas non plus d’exemple repoussoir à une jeunesse qui refuse le monde qu’on lui prépare.

Il est partie prenante du mouvement actuel au même titre que tous les manifestants et grévistes qui y ont pris part. On ne le laissera pas tomber.

L’Envolée

Pour informations complémentaires dans les jours à venir : lenvolee.net

Pour nous écrire : contact@lenvolee.net

On peut lire un article de soutien aussi sur le blog de Patrick Gabriel :  https://blogs.mediapart.fr/patrick-gabriel/blog

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Des prisonniers de Chateau-Thierry dénoncent collectivement leurs conditions d’enfermement et exigent leur transfert

La prison endommagée par des bombardements... mais pas récemment malheureusement
La prison endommagée par des bombardements… mais pas récemment malheureusement

Nous venons de recevoir une pétition datée du 10 mai en provenance de la taule du centre pénitentiaire de Chateau-Thierry. Cette prison comprend une partie centre de détention (CD) de 33 places et un quartier maison centrale de 101 places. Trés vieille prison, elle a été plusieurs fois menacée de fermeture, mais elle enferme encore dans des conditions toujours plus dures. Des prisonniers exigent donc collectivement leur transfert. Ils le crient mais sans prise d’otage cette fois alors la presse s’en fout… Comme toujours, à l’inverse du sort réservé au « cri d’alarme » des matons. Matons qui, soit dit en passant, réclament plutôt de leur côté l’affectation dans cette taule, comme le rapport du Contrôleur de lieux de privation de liberté le disait en 2009.

Faisons circuler la parole des prisonniers et soutenons les. Plus que jamais, leur liberté est la notre.

« Je tiens à vous remercier de votre journal, lequel nous tient informés, à l’état brut, du réel de la détention. Je vous envoie cette pétition émanant de Château-Thierry, mais les signatures ne sont pas communicables. Peut-être pourriez-vous faire écho à ces demandes. Merci à vous L’Envolée. »

PETITION DES PERSONNES DETENUES

DE CHATEAU-THIERRY

Les personnes détenues de Château-Thierry réclament majoritairement leur transfert dans un autre établissement pour exécuter ou finir leur temps de détention. En cause, les conditions de détention plus que difficiles et le séjour long.

L’emplacement appelé « quartier maison centrale » n’est pas adapté à l’exécution des longues peines, ni des longs séjours, en cause :

– La vétusté ainsi que l’exiguité des cellules. Les fenêtres sont situées en hauteur, la vision s’arrête aux murs, renforçant une forte sensation de claustration.

– Enfermement cellulaire 21/24.

-Peu d’activités permettant de ne pas rester cloîtré.

-Pas d’eau chaude ni de frigidaire malgré les cantines de produits frais.

-Pas de salle d’activité (gourbi) permettant de se réunir comme dans de nombreuses autres centrales.

-Pas de réel espace sportif, même pour courir. Votre vue s’arrête toujours aux murs.

-Pas de cantine extérieure comme dans la plupart des centrales.

-Environnement médicalisé, normalement pour séjour temporaire. Or nous sommes maintenus en ce lieu des années contre l’avis des médecins-psychiatres.

La direction de la MAF de Fleury-Mérogis envoie quatre prisonnières au mitard suite au mouvement. Par ailleurs 7 prisonnier-e-s entament une grève de la faim à Fresnes

Solidarité avec les prisonnières en lutte
Solidarité avec les prisonnières en lutte

« Cinq hommes et deux femmes incarcérés à la Maison d’arrêt d’hommes et de femmes à Fresnes ont entamé mardi 10 mai une grève de la faim illimitée pour protester contre une mesure d’isolement prise par la direction de la prison à l’encontre d’Itziar Moreno » a déclaré Exterat, une des associations de défense des prisonniers basques. Un autre collectif de soutien aux prisonniers basques, Bagoaz (« J’y vais! »), a adressé lundi une lettre ouverte au Directeur de la prison de Fresnes pour lui demander de mettre fin à l’isolement d’Itziar Moreno et de « respecter le droit des détenus« .

Par ailleurs à Fleury quatre prisonnières -dont trois prisonnières basques- considérées comme meneuses sont passées au prétoire (le tribunal interne de la prison) en début de semaine. Elles ont écopé de 14 jours de mitards.  Aucune d’entre elles n’a pu être assisté de son avocat comme la loi l’autorise pourtant lors de ce passage en commission disciplinaire.

Ces mesures disciplinaires viennent à la suite des deux semaines d’agitation qu’il y a eu à la maison d’arrêt des femmes contre la mise en place d’un logiciel de gestion de la détention qui restreint  encore un plus les mouvements des prisonnières -voir les première, deuxième et troisième lettres des prisonnières en lutte. Lire la suite

« Tout le monde (ou presque) déteste la police… » 2/3 : Entretien avec Amal Bentounsi

« Cinquante ans qu’on nous tue dans les quartiers, dans les maisons d’arrêt » Entretien avec Amal Bentounsi, sœur d’Amine Bentounsi tué par la police

Pour contribuer à contrer la com’ policière qui se déverse ces jours-ci partout dans la presse, nous publions la retranscription d’un entretien avec Amal Bentounsi à l’émission parisienne de l’Envolée et publié dans le numéro 43 du journal. Force, courage et détermination à elle, à tous ceux et celles qui ont perdu un proche sous les mains policières ou matonnes, à tous ceux et celles qui tentent de s’organiser contre la violence d’Etat pendant ce mouvement social et le reste du temps. Lire la suite

« Tout le monde (ou presque) déteste la police, car elle déteste tout le monde (ou presque) » 1/3

Ca y est, l’ex-premier flic de France et actuel premier ministre l’a annoncé : son gouvernement a à nouveau recours au fameux article 49.3 pour faire passer sa loi contre les travailleurs -avec ou sans emploi. Passage en force qui ne surprend pas tant que cela : après avoir nié le mouvement social en cours il faut l’achever au plus vite et faire place nette au spectacle marchand de l’euro de foot. Gageons que cette annonce ne fera que renforcer la détermination de tous et toutes à occuper les rues et, pourquoi pas à bloquer l’économie. Quoi qu’il en soit, ce mouvement aura déjà su montrer quelque chose : tout le monde -en tout cas beaucoup de monde- déteste la police… car la police déteste tout le monde -sauf les nantis cela va sans dire. Sans doute plus encore que dans les mouvements sociaux récents, les vaches se la sont donnée ces temps-ci. Pas une manifestation, pas un blocage, pas un rassemblement sans son lot de blessé-e-s. Oui, ils ont bien des consignes : casser des nez, étouffer, crever des yeux pour faire peur et vider la rue. Non, il n’y a pas « de policiers avec nous »! Ils font leur travail et c’est bien ce qu’on leur reproche.

Nous avons souvent publier des témoignages d’habitant-e-s de quartiers populaires habitué-e-s à subir la violence de ces « bandes d’hommes en armes » : des gamins « morts de peur » dans un transformateur électrique aux petits voleurs exécutés dans le dos… Là, la violence de l’Etat éclate en centre ville et les lanceurs de flash-ball touchent d’autres cibles. De fait cela se voit plus que d’habitude et les images tournent sur les réseaux sociaux. Alors, pour couvrir leurs actions, les syndicats de porcs ont lancé à leur tour une offensive de communication. Prenant exemple sur leurs collègues matons -qui font brûler des pneus devant les prisons dès que des prisonniers contestent leur enfermement-, ils annoncent qu’ils manifesteront à leur tour le 18 mai prochain place de la République. Seront-ils armés, eux qui ont désormais le droit de porter leur flingue de service en dehors de leurs heures de service? Nous verrons bien.

En attendant, pour contribuer à désépaissir le rideau de gaz lacrymogène, nous publions ici des textes parus dans le dernier numéro du journal (l’Envolée N°43) que des lecteurs s’étonnaient de ne pas voir sur le blog. Il s’agit aujourd’hui du retour sur le procès d’un flic tueur qui a eu lieu en janvier dernier. Demain, de l’interview que la frangine du gosse assassiné par ce même flic a donné à l’émission. Enfin, vendredi, d’une interview d’un activiste copwatcher américain qui était passé par notre si riant pays il y a quelques mois. En attendant de crier aussi, « tout le monde déteste la justice… », cette justice qui prend désormais le relais des tonfas.

Permis de tuer, procès d’un flic meurtrier

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Le procès de Saboundjian, le flic qui a tué Amine Bentounsi d’une balle dans le dos à Noisy-le-Sec le 21 avril 2012, s’est tenu au tribunal de Bobigny du 11 au 15 janvier 2015. De nombreux proches et soutiens étaient présents malgré l’occupation massive de la salle par les syndicats de porcs, bien décidés à voir reconduit leur sacro-saint permis de tuer. Ils ont obtenu ce qu’ils voulaient, malgré un jeu de flûte assez approximatif. Lire la suite

VOYAGE AU CENTRE NATIONAL D’EVALUATION, OU PLUTOT D’ELIMINATION

Il y a vingt ans, Rachide Boubala a été condamné à deux ans de prison à Reims et à trois ans à Châlons. Pour ces condamnations, les seules qu’il ait prises dehors, Rachide aurait dû faire trois ans de prison maximum, en comptant la confusion et les remises de peine. Mais c’est compter sans les peines prises à l’intérieur, dont le cumul se monte aujourd’hui à quarante-et-un ans ; il en a déjà fait dix-huit…

Ces condamnations supplémentaires (27 !) prononcées pendant son incarcération sont toutes liées à ses combats contre l’administration pénitentiaire (AP). Pour le moment, il est libérable en 2039. De transfert en transfert, Rachide a été détenu dans 93 prisons. Il a passé cinq des dix dernières années en quartier d’isolement. L’AP l’a placé deux fois en UMD (unités pour malades difficiles) et trois fois à la maison centrale de Château-Thierry, tristement réputée pour ses traitements psychiatriques. Rachide a été transféré au centre pénitentiaire de Réau en mai 2015 en vue d’un passage au CNE (centre national d’évaluation) suite à sa demande de transfert à Clairvaux pour raisons familiales. C’est d’ailleurs sa seule revendication, et aucun membre de l’administration pénitentiaire ne l’ignore : il veut être près du domicile de son amie.

Lorsqu’il arrive à Réau, où se trouve l’un des trois CNE, il est immédiatement placé au quartier d’isolement. Pour protester, il met le feu à sa cellule – et il est jeté au mitard. Comme il ne comprend pas pourquoi il ne se retrouve pas directement au CNE comme prévu, il résiste avec les moyens dont il dispose – comme de jeter de la merde sur les surveillants – et annonce son refus d’être soumis à l’évaluation pour laquelle il a été envoyé à Réau. Il parvient ainsi à destabiliser une fois de plus l’AP, qui ne sait plus comment l’amadouer. Après moultes discussions, il finit par accepter de se soumettre à certaines expertises, mais très vite, devant la bêtise crasse du dispositif, il choisit de quitter définitivement l’expérience. Comme à son habitude, il traite l’administration « d’égal à égal », retournant contre elle les méthodes qu’elle réserve d’ordinaire aux prisonniers qu’elle scrute et qu’elle mate. C’est l’arroseur arrosé.
Nous avons reçu le compte rendu du passage de Rachide au CNE. Nous en publions ici l’intégralité. Ce texte vaut toutes les analyses sur le fonctionnement de cet outil dont on ne peut qu’exiger la disparition : l’échec de ce « stage » imposé à Rachide révèle en négatif les petits rouages et les grosses ficelles qui servent à maintenir enfermés les centaines de « stagiaires », comme ils les appellent, qui passent tous les ans à Réau et dans les autres CNE pour y être évalués.

intro CNE

Lire l’intégralité du rapport : Rachide Boubala CNE

Troisième lettre des prisonnières en lutte de la MAF de Fleury-Mérogis (4 mai 2016)

A Fleury-Mérogis, le 4 mai 2016

Bonjour,
Nous vous écrivons de la MAF de Fleury-Mérogis pour vous informer des changements effectués par la direction concernant les horaires de promenade après le passage au système de promenade unique et de la suite des mouvements que nous, les prisonnières, avons réalisés.

Felury-Mérogis, en bas à gauche la maison d'arrêt des femmes
Fleury-Mérogis, en bas à gauche la maison d’arrêt des femmes

Nous constatons que le but de l’Administration Pénitentiaire est de restreindre les mouvements des prisonnières au minimum. Le système mis en place nous oblige à choisir entre prendre l’air 2 petites heures ou réaliser une autre activité que ce soit sportive ou culturelle. Si notre activité, et même notre parloir, coïncide avec la promenade ce jour-là nous ne sortons pas. Le week-end, comme nous vous l’avions déjà communiqué, il n’y a pas d’activités et, par contre, il y a souvent des parloirs, alors nous restons enfermées en cellule pendant des heures et des heures à attendre la promenade du lendemain. Alors nos demandes sont soit de remettre en place les deux promenades par jour, soit de prolonger le temps de la promenade de l’après-midi.

Après les protestations que nous avons réalisées ces dernières semaines le directeur adjoint, M. Parscau, nous avait demandé du temps pour faire quelques « ajustements » et pour réfléchir sur nos demandes concernant le week-end. Pendant ce temps quelques blocages ont été réalisés. Le week-end du 16 avril nous étions 6 personnes du côté condamné et 34 du côté prévenu encouragées par le soutien reçu de l’extérieur. Ce samedi-là nous avons entendu les cris des manifestant-es au loin et de l’intérieur nous avons essayé de nous faire entendre, ce qui nous a valu d’être escortées jusqu’aux parloirs sous la menace d’interrompre nos parloirs si nous persistions à crier. Nos proches nous ont transmis avec joie l’ambiance de l’extérieur, pour eux aussi c’est important de sentir que nous ne sommes pas seules dans notre lutte.

Et pendant ce temps la répression a continué. La commission d’aménagement des peines (CAP) du mois d’avril est passée. Des permissions de sortie et l’octroi de remise de peines ont été refusés pour plusieurs femmes ayant participé aux blocages. Après il s’est avéré qu’il y avait des documents manquants ou d’autres raisons pour ces refus, mais ils se sont bien chargés de noter les blocages comme en étant la cause. De notre côté nous avons décidé de rester systématiquement les deux heures en promenade, pas une minute de moins, ce qui nous coûte des tensions et des rapports au quotidien, mais au moins nous avons constaté que les matonnes ne se permettent pas de raccourcir autant le temps de la promenade.

Finalement, le résultat des profondes réflexions de la direction est arrivé et les « ajustements » se sont traduits par  la mise en place d’un premier appel et la possibilité de réintégrer la promenade si on se trouvait ailleurs à condition qu’il reste au moins 20 minutes avant la fin. Concernant le week-end… maintenant les samedi et dimanche nous sortirons les après-midi de 15h00 à 17h00 !! C’est à dire que maintenant nous passerons toute la matinée enfermées. Ce changement n’arrange en rien notre situation, et pire, nous montre que la direction reste fixée sur le système de promenade unique de deux heures. Pas étonnant, avec ces gens c’est impossible de raisonner.

Nous parlons de conditions de vie dignes, ils parlent de règlement. Nous parlons d’entraide, de partage, eux parlent de « trafic ». Nous parlons d’humanité, ils parlent de textes de loi. Nous parlons de besoin de communiquer, de discuter, de se rencontrer, eux parlent de sécurité et d’isolement. Ils font leur loi, ils créent des systèmes de contrôle qui naissent des besoins de réprimer les problèmes qu’ils ont eux-mêmes créés, c’est la machine qui s’alimente elle-même. C’est en nous menant à bout et en créant des tensions qu’ils justifient leur dérive sécuritaire et répressive.

Nous continuerons à nous battre pour des conditions dignes à l’intérieur comme vous le faites à l’extérieur. En espérant vous entendre à nouveau le samedi prochain nous envoyons une forte accolade enragée et solidaire à toutes celles et ceux qui luttent et résistent.

Des prisonnières de la MAF de Fleury-Mérogis

Pour en finir avec toutes les prisons