Solidarité avec les prisonniers mexicains le 28 février au CICP (Paris)

Repas solidaire pour les prisonniers adhérents à la sexta zapatiste : Alvaro Sebastian Ramirez (Oaxaca), Alejandro Díaz Santis (Chiapas), Mario Luna (tribu Yaqui). Les compagnon-n-e-s anarchistes incarcéré-e-s à Mexico : Fernando Bárcenas, Abraham Cortés, Fallon Roullier, Amelie Trudeu et Carlos López. Les étudiant-e-s arrêté-e-s, suite aux manifestations pour les 43 étudiants disparus d’Ayotzinapa : Luis Fernando Sotelo, Jacqueline Santana et Bryan Reyes – Mexique.
LECTURE DES LETTRES DES PRISONNIER-E-S
SAMEDI 28 FÉVRIER 2015 DE 19H À 23H À LA CAFÉTÉRIA DU CENTRE INTERNATIONAL DE CULTURE POPULAIRE (CICP) 21ter rue Voltaire, Paris 11e (métro : Rue des Boulets [L9]- RER : Nation)

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« Ca valait pas la peine, mais ça vaut le coup ! », Abdel Hafed Benotman

Hafed est mort… m’enfin, il ne nous quitte pas ! Son au-delà d’athée -et sacrément daté- est parmi les vivants, entre autre ici. Dans ce journal qu’il a crée avec d’autres il y’a de ça quinze piges. Hafed n’a jamais choisi entre le voleur et l’écrivain. Un voleur qui écrit ? Un écrivain qui vole ? Merde aux identités. C’était un ami qui se bagarre, rigole des yeux et partage. Pas d’autre hommage donc ; il n’en n’aurait eu que foutre.

Tenir un engagement, pris avec lui et à sa suite. Continuer à lire et faire lire les écrits des enfermés qui pensent le sort qui leur est fait. Celles et ceux qui, comme lui, se disent réfractaires aux sévices du travail obligatoire, au racisme poli d’une république satisfaite, à l’hypocrisie d’une société qui torture démocratiquement, à la bêtise suffisante des juges et de leurs valets, à l’arrogance de l’économie et de ses hommes en arme.

Bref, continuer à cracher de laids mots -pas de l’émo attention- sur une époque qui n’a de cesse de se refermer sur nos corps et nos crânes. Continuer à trouver, comme lui, les paroles justes et les actes conséquents pour armer nos refus. Faire vivre son humour -forcément noir- et la justesse de son regard, désespéré mais pas résigné. Et ce pense-bête : « Rendre la justice, en voilà une belle expression ! La vomir ».

Vive Hafed, vive les voleurs qui veulent rester honnêtes (et vice versa).

Pour commencer à continuer (re)lisons ce texte d’Hafed publié dans le numéro 4 du journal (téléchargeable au bas de la page), en janvier 2002. D’autres textes suivront dans les jours qui viennent, avant la publication du prochain Envolée qui fera bien sur une large place à l’ami AHB.

 

Haine ami public n°1

Pièce à l’étal du théâtre social, de la guignolade médiatique, du cirque d’État ou one man show pour acteur schizophrène souffrant de dualité interne.

Décor : le crâne vide d’un homme.

Accessoires : deux pensées contradictoires.

Costume : la nudité intellectuelle.

Mise en scène : mise en chaîne d’usine ou de prison ou de télévision.

 

– Qui est l’ennemi public numéro un ?

– Le chômage ?

– Non.

– Le sida ? La peste ? La lèpre ? Les maladies orphelines ?

– Non ! Ce sont les marraines de nos Téléthons, ces muses-là !

– La famine dans le monde ?

– Non. Celle-là nourrit plus de beau monde qu’elle n’en fait crever.

– La guerre ?

– Non. Je ne vous permets pas de médire de cette idée divine du génie humain qui a fait toutes nos grandes civilisations !

– La misère ? Lire la suite

« Le sale air de la peur », épisode 3 « esprit de janvier », « guerre au terrorisme »…


Episode 3 de l'émission éphémère de La Locale "Le sale air de la peur".

Cette semaine, on essaye de dénicher ce qui se terre derrière deux expressions incontournables dans les discours politiques et médiatiques de cette France post-"attentats" : le mystérieux "esprit de Janvier" et "la guerre au terrorisme". Esprit ? Guerre ? Terrorisme ? Ca fait peur. C'est le but.

Tous vos retours sont les bienvenus : lesaleairdelapeur@laposte.net

Partie 1 : "Esprit de Janvier" (es-tu là?), et "terrorisme"
http://www.mediafire.com/listen/s6o57686uzxvb3x/Le_Sale_air_de_la_peur_#3_Face_A.mp3

Partie2 : L'antiterrorisme, un mode de gouvernement
http://www.mediafire.com/listen/m4kfb7dnzo94yyv/Le_Sale_air_de_la_peur_#3_Face_B.mp3

Le sale air de la peur

Des potos fabriquent une émission de radio sur le post-charlie. Voilà leur présentation :

« Le sale air de la peur », émission de radio éphémère sur La Locale, 97.3 à Saint Girons

Un vent fétide souffle sur le monde occidental, et déferle sur la France en particulier. « L’esprit du 11 janvier », auquel tout le monde est sommé de se conformer, est fait d’ignorance, de suspicion, de patriotisme va-t-en-guerre. Les « attentats de Paris » servent de prétexte à emballer dans le joli papier cadeau du vivre ensemble l’idéologie raciste qui anime la France depuis la colonisation, la naissance de la République, le triomphe des Lumières : l’idée de sa grandeur, son mépris souverain pour tout ce qui n’est pas elle, son islamophobie ancestrale, ses guerres incessantes au nom de la « civilisation », sa bonne vieille guerre aux pauvres.

Rien de neuf, donc, si ce n’est le chantage, l’injonction à choisir un camp : la république ou le terrorisme. Le fond de l’air est brun, l’atmosphère étouffante, le discours dominant fait tout pour nous empêcher de penser, et la trouille rapporte à l’Etat… toujours plus de pouvoir. Alors, pour ne pas se laisser enfermer dans le prêt-à-penser manichéen, on a décidé de s’y coller à plusieurs : « Le sale air de la peur » est une émission de radio éphémère, qui tâche de porter une réflexion sur le racisme, la laïcité, la république, l’impérialisme, les politiques néo-coloniales, l’antiterrorisme…. On ne dira pas tout sur tout, on ne prétend pas élaborer une quelconque théorie globale, on n’est pas des spécialistes. On essaye juste de suivre quelques pistes, de se forger quelques outils, pour que d’autres se les réapproprient et se mettent à creuser à leur tour.

Episode 1 : « Sois Charlie et tais toi ! »

Le « charlisme », l’idéologie républicaine, la fabrique du citoyen, le sale air du moment : quelques réactions « à tiède ».

Episode 2 : Islamophobie et « féminisme »

* Face A : Islamophobie

-Revue de presse

-L’islamophobie, ou comment on racialise une pratique religieuse pour stigmatiser une population par essence « incompatible »

* Face B : L’instrumentalisation des femmes à des fins racistes

-L’invention d’une « caste » musulmane, quelques pistes empruntées à Christine Delphy

-L’interdiction des signes religieux « ostensibles » à l’école : une loi islamophobe

-Quelques « féministes » : « Ni Putes Ni Soumises », Caroline Fourest, les « Femen »

-Laissons (enfin) parler une fille voilée

Toutes les émissions sont téléchargeables sur le site de La Locale : http://lalocale.ckdevelop.org/media/media.php?id=1271

ou directement avec les liens suivants :

Episode 1 : http://www.mediafire.com/listen/o5u2lq3ughqh5e8/Le_sale_air_de_la_peur_#1.mp3

Episode 2, Face A : http://www.mediafire.com/listen/oivd3iueqrg412w/LE_SALAIRE_DE_LA_PEUR_#2,_Face_A.mp3

Episode 2, Face B : http://www.mediafire.com/listen/vrr8d22apuv4yfl/LE_SALAIRE_DE_LA_PEUR_#2_FACE_B.mp3

Tous vos retours (critiques, participations, propositions de redif’) sont naturellement plus que bienvenus : lesaleairdelapeur@laposte.net

deux plateformes revendicatives depuis l’intérieur des prisons

 

Les prisonniers qui nous écrivent font tous les mêmes constats, ils luttent pour des raisons similaires et rencontrent les mêmes obstacles ; mais bien souvent, chacun reste seul face à la machine pénitentiaire, parfois avec l’impression de n’être entouré que de «moutons » .  Comment sortir de cette impasse ?

Dans le numéro 40 du journal (daté de janvier 2015), nous publions notamment un texte qui tente d’expliquer la nécessité exprimées par de nombreux prisonniers  de construire des « plateformes » ; textes collectifs que nous pouvons, nous dehors, contribuer à faire vivre et à faire circuler de manière à ce que d’autres prisonniers et prisonnières s’en emparent.

Christine et deux autres prisonnières de la MAF de Poitiers-Vivonne ont  opté pour une liste de revendications en deux parties : revendications locales et revendications communes à toutes les détentions, que nous publions à la suite. Quant à Philippe, il nous a fait parvenir une proposition depuis le QMC de Réau. Voici ces deux textes. Faites les circuler.

 

LISTE DE REVENDICATIONS DES PRISONNIÈRES DE LA MAISON D’ARRÊT DES FEMMES DU CENTRE PÉNITENTIAIRE DE POITIERS-VIVONNE

Comme ailleurs, nous voulons :
– Des payes correctes, tant aux ateliers qu’au service général
– La suppression des QI et des régimes différenciés au CD
– Les portes ouvertes en MA et/ou le téléphone en cellule
– La mise en place systématique des aménagements de peine sans délais et des transferts en CD dès la condamnation
– La facilitation du téléphone, des parloirs et des UVF avec nos proches, enfermés ou non
– La fin des fouilles systématiques et/ou punitives
– Les repas appétissants : marre de manger du plastique !

Localement, nous demandons :
– Des conditions dignes à la nursery : arrêt des réveils nocturnes, une cour avec de l’herbe, des temps de socialisation pour la maman…
– L’accès à l’école pour toutes : fin des refus avec la fausse excuse de la mixité
– La télé à 8 euros par mois : alignement sur la loi, comme dans les prisons publiques (18 euros ici pour Eurest)
– La fin de l’interdiction des apports aux parloirs (livres, disques, produits d’hygiène…) : on n’est pas là pour enrichir les cantines privées
– L’ouverture d’une salle de convivialité : elle doit être systématique quand la météo est mauvaise car il n’y a pas de préau dans la cour
– Plus d’activités : actuellement, il n’y a que « bricolages en papier « et « fitness », 2h. par semaine
– L’accès au terrain de foot : seuls les hommes y ont droit
– La gratuité du courrier interne : on doit timbrer les lettres pour le quartier hommes
(Ces demandes sont toutes réalisables dans l’état actuel de la législation)

…ET LA PROPOSITION DE PLATE-FORME DE PHILIPPE ALORS PRISONNIER AU QUARTIER MAISON CENTRALE (QMC) DE REAU
- Stopper la construction des nouveaux QHS (tombeaux secrets): QMC, Condé-sur-Sarthe…
- Abolition des peines infinies qui condamnent à mort les prisonniers.
- Abolition du CNE : six semaines pour voir trois personnes qui décident avec leur boule de cristal si tu sors ou pas.
- Application et respect du rapprochement familial.
- Suppression des cachets et des piqûres de force aux prisonniers. Arrêt des méthodes actuellement employées : les Eris plaquent le prisonnier à terre, le menottent, font la piqûre et détruisent les gens. Les psychiatres qui décident de ça sont des bourreaux.
- Suppression des chambres sécurisées à l’hôpital
- Respect de la dignité des prisonniers et des conditions de vie à l’hôpital (les DPS sont attachés pour être auscultés lors d’examens parfois intimes devant un attroupement de flics, ce qui entraîne des refus de soins).
- Le Spip doit faire passer les informations entre les prisonniers et leurs familles et aider les prisonniers dans leurs démarches pour obtenir des conditionnelles et les aider à trouver du travail.
- Téléphone gratuit et illimité.
- Fin de l’exploitation du travail salarié : le Smic pour ceux qui bossent et le RSA pour les autres.
- Les allocataires des allocations adulte handicapé (AAH) doivent toucher la totalité de leurs indemnités.
- Respect des droits parentaux.
- Les surveillants doivent remplir leurs obligations d’assistance à personne en danger (quand on est malade la nuit et qu’on sonne à l’interphone les surveillants ne répondent pas ou l’éteignent, et c’est pire pour les DPS ).


 

We dont need no Patriot Act, on l’a déjà!

illus edito

Un peu long cet édito… On s’est pris une belle ogive dans la face au moment de boucler ! Tout ceci a donc été jeté à chaud, en pleine cacophonie médiatique. Et ça résonne malheureusement avec les mesures annoncées aujourd’hui.

2015 : ILS NOUS LA REFONT COMME EN 14

La France fait la guerre.

Une guerre qui se déroule au moins sur quatre fronts dans le monde : Afghanistan (depuis 2001), Mali (janvier 2012), Centrafrique (décembre 2013), Syrie-Irak (septembre 2014). On n’avait pas vu un tel « déploiement militaire opérationnel » depuis des dizaines d’années.Jusqu’au 7 janvier 2015, le bon citoyen devait se contenter de bouffer les images d’« opérations de police internationales » nécessaires pour empêcher quelques preneurs d’otages de couper la tête à des journalistes occidentaux ou de se prendre pour un Etat.

C’était loin.

Le « 11-septembre français »1, une équipée sanglante ayant entraîné la mort de vingt personnes, sert à prétendre que des « barbares » nous ont déclaré la guerre sur notre sol. Au moment où tout le monde (re)découvre cette guerre, tout le monde doit la plébisciter. Au nom d’une prétendue « union sacrée », tout le monde est sommé de descendre dans la rue en laissant son cerveau à la maison. En lieu et place des antagonismes de classe, des singularités culturelles, des masses de consommateurs atomisés, d’une crise économique sans fin, il y aurait désormais une patrie, un « nous », un peuple : l’opinion publique qui manquait à cette guerre. La même qu’il y a un siècle, juste avant la première boucherie mondiale.

Fin 2014, l’ambiance était déjà là. Quelques rassemblements nous avaient fait mal à la gueule : à Dresde, 20 000 personnes se réunissaient pour « mettre les arabes hors d’Europe »; en Italie, ils étaient des milliers à « reprocher aux immigrés leur position privilégiée ». Ceux qui manifestaient contre la police après la mort de Rémi Fraisse étaient traités de « djihadistes verts ». Pendant les fêtes, on se passionnait pour les « loups solitaires » de Joué-les-tours et de Nantes.Mais les habits qu’on leur taillait semblaient un peu trop grands : un djihadiste alcoolo, c’était un peu limite-limite pour justifier la dernière cuvée législative antiterroriste de novembre.

Normal donc qu’au milieu de la mobilisation générale des émotions, le marketing « Je suis Charlie » ou le dégoûtant « Je suis policier » deviennent très vite « Je suis Français, je suis en guerre, même pas peur ! » Une guerre qui sera désormais aussi menée sur le « territoire national » contre un « ennemi intérieur » : cette doctrine élaborée pendant la guerre d’Algérie qui consiste à s’en prendre à toute une population en prétendant s’attaquer à une minorité désignée comme extrémiste. L’« unité nationale » se fait en réalité sur le dos de cet ennemi intérieur. Comme on est en France et que c’est la tradition, cet ennemi intérieur, c’est « l’arabe ». Ce qui s’exprime, c’est le racisme poli d’une société qui ne dit plus « sale arabe » mais : « Ce que je crois savoir de ta religion supposée fait de toi un individu inassimilable. » Existe en version républicaine de gauche : « Attention à l’amalgame, il faut juste faire le tri entre les bons et les mauvais musulmans. » Les personnes ciblées doivent donner des gages de piété républicaine, s’excuser d’actes qu’ils n’ont pas commis, filer droit. C’est ainsi qu’on peut lire dans la grande presse qu’« à Roubaix, la population musulmane n’a pas su ou n’a pas voulu se mobiliser derrière la bannière « Je suis Charlie ». Se fait aussi en version cash : « Faut tous les foutre dehors… ou dedans ! En prison ! »

WE DON’T NEED NO PATRIOT ACT, ON L’A DEJA !

Les experts en sécurité autoproclamés se la donnent à jet continu pour « tirer les leçons du drame ».
Comme d’hab’, ils adoreraient proposer des « solutions innovantes »…  Sauf que cette fois ils n’ont rien à proposer – enfin rien de neuf. Les cravateux de la télé se félicitent de ce qui nous atterre : ce fameux Patriot act dont on fait mine de se demander ici et là s’il « risquerait pas quand même d’empiéter un poil sur les libertés »… n’est même pas nécessaire pour enfermer toutes les « gueules de métèques ». Nous, ça fait bien longtemps que nous avons la vague impression que la liberté n’est qu’une expression. Pas de révolution législative en vue : juste le renforcement des moyens existants et plus de fric pour faire tourner la machine.

Au fil des ans, à force de s’empiler, les dispositifs législatifs s’interpénètrent goulûment : lois Perben 1 et 2, loi de prévention de la délinquance, LSQ, LSI, Loppsi… L’équivalent français du Patriot act s’est formé tranquillement au rythme de la colonisation de tous les aspects de la vie par le Droit. Depuis 1986, la « législation antiterroriste » s’est fait une place dans le grand fatras du droit pénal. Le plus souvent, elle vient seulement s’ajouter à des actes déjà poursuivis (meurtre, vol, association de malfaiteurs) mais cette fois en les qualifiant de « crimes et délits en vue d’une entreprise terroriste ». Dans certains cas, elle permet aussi de créer de nouveaux crimes et délits qui n’existaient pas auparavant.

La « loi du 13 novembre 2014 renforçant les dispositifs relatifs à la lutte contre le terrorisme » est la dernière strate de cette sédimentation sécuritaire. Déjà en vigueur depuis deux mois, elle vise précisément à prévenir des événements comme ceux du 7 janvier ! Elle étend pour cela des lois existantes à de nouveaux champs en leur adjoignant la qualification de terrorisme. « L’apologie du terrorisme » est placée sur le même plan que la pornographie pédophile et l’« apologie de crime racial et de crime de guerre » : le blocage administratif jusque-là réservé aux sites Internet à contenu pédophile ou raciste s’applique maintenant aussi à des sites à contenu… « terroriste ». Elle crée en même temps de nouveaux délits autour de l’idée d’« intention d’acte terroriste » : comme le délit de « provocation » que notre bonne ministre des tribunaux et des prisons enjoint déjà aux parquets d’appliquer avec « la plus grande fermeté2.» Elle permet aussi d’interdire la sortie du territoire sur la base de « présomptions sérieuses » ; et aussi l’entrée.

L’utilité de la coloration « antiterroriste » d’une législation n’est donc pas tant d’ordre juridique que diplomatique et politique : c’est l’occasion de se mettre plus vite d’accord avec ses petits camarades des autres ministères de l’intérieur de la planète, d’harmoniser les législations… Et au niveau national, de multiplier les outils de surveillance3 et de débloquer toujours plus de crédits. Mais surtout, l’outil antiterroriste force l’adhésion inconditionnelle. Il permet de revalider l’ensemble du système pénal et judiciaire aux yeux de la société lorsque celle-ci est suffisamment effrayée.

« ERADIQUER LA RADICALISATION » (FO pénitentiaire-direction)

Loin de toute cause sociale ou historique, tout le monde semble s’accorder à dire que le « radicalisme religieux » est une sorte de maladie, une fièvre exotique que l’on attrape à l’étranger, en Syrie, en Lybie, mais aussi dans un autre ailleurs mystérieux : les prisons françaises, ce non-lieu fantasmatique dont l’image va se déformer de plus en plus. Valls décide donc logiquement de généraliser une expérimentation menée à Fresnes depuis novembre 2014 : douze prisonniers ont été regroupés dans la même aile pour « éviter qu’ils ne radicalisent les autres ». Les intéressés ont protesté contre cette mesure en bloquant la promenade à deux reprises. Comme d’hab’, les matons en ont profité pour se faire entendre en dénonçant un risque de désordre supplémentaire : regrouper des prisonniers stigmatisés qui ont des intérêts communs ? Non, mais allô, quoi ! L’AP a d’ailleurs toujours refusé le regroupement aux prisonniers et prisonnières basques et aux corses. Les matons n’accepteront ces mesures que si elles s’accompagnent de mesures d’isolement supplémentaires. Là non plus, pas besoin d’inventer de nouveaux dispositifs. Il y a déjà des quartiers, voire des taules entières conçues pour que les prisonniers ne se croisent quasiment jamais entre eux ; pour qu’ils se promènent seuls dans des cages en béton : des QHS modernes. C’est Condé-sur-Sarthe, ce sont les quartiers maison centrale, les quartiers d’isolement et les quartiers disciplinaires que des prisonniers qualifiaient déjà en 2004 de Guantanamo. Les « radicaux » vont simplement servir de prétexte à leur développement. « Lorsque nous n’arrivons plus à maîtriser certains leaders, nous avons le droit commun qui peut s’appliquer, nous avons des mesures d’isolement et nous avons des quartiers plus renforcés dans lequel on pourrait les héberger », explique Joaquim Pueyo, un ancien directeur de Fresnes.

La classe, c’est d’aller jusqu’à prétendre que c’est pour l e bien-être des autres prisonniers que les « radicaux » seront isolés alors qu’ils vont servir à justifier une répression accrue de toute forme d’organisation ou de contestation. Le premier qui refusera le sort qui lui est fait pourra rentrer direct dans la case « radicalité à éradiquer ». Pour s’occuper de lui, en plus des Eris, il y a déjà depuis 2003 au sein de l’AP un service exclusivement dédié à la collecte de renseignements : « L’EMS 3 (Etat-major de sécurité) suit les profils les plus lourds : 810 dont 250 liés au terrorisme (pas seulement islamiste) », en relation avec les services de police et du renseignement intérieur. Bien sûr, « cette collaboration est, par souci d’efficacité, passée sous silence ». Ces grandes oreilles du placard peuvent demander des fouilles spéciales des cellules, intercepter des courriers, écouter des conversations téléphoniques… Évidemment, pour « traiter les kilos de téléphones portables saisis », les syndicalistes de la matonnerie commencent déjà à tendre leurs mains avides vers la poche du contribuable. -

Notes :

1/ Titre du Monde citant sans vergogne une formule de Zemmour, ce sous-produit fascisant des plateaux de télé, vague analyste faussement ostracisé ; auteur d’un « livre polémique » que 300 000 personnes ont lu jusqu’à la page 40 pour alimenter les conversations de Noël.

2/ Comparutions immédiates et peines de prison ferme pleuvent déjà – des exécutions judiciaires pour l’exemple.

3/ Les professionnels du fichage plaident notamment pour la création d’un fichier supplémentaire et réclament encore plus de personnels et de moyens. Un plan lancé il y a un an prévoyait déjà le recrutement de 435 agents en plus des 4 000 existants. Ils en veulent 10 000 de plus. Ils auront leur loi en mars.

“Face à la prison”, soutien au collectif Kamelibre le 17 Janvier

Face à la prison

En soutien au collectif KAMELIBRE
Le 17 Janvier 2015 À Partir de 15h
A la Torpille, 23 rue des phocéens 13002 Marseille

 

Programme

  • 15H : OUVERTURE DES PORTES, INFOKIOSQUE, POINT ECOUTE
  • 16H : PROJECTION DE “SUR LES TOITS” EN PRESENCE DU REALISATEUR
  • 17H30 : DEBAT SUR LE FILM EN PRESENCE DU REALISATEUR
  • 18H : DEBAT DISCUSSION *“ Comment survivre, résister, lutter, en prison comme dehors, aujourd’hui ?”
  • 20H : REPAS VEGAN
  • 21h30 : CONCERT HIP HOP

 

« Face à la prison « 

Cette journée « Face à la prison”, sera l’occasion de partager un moment de rencontre autour de la thématique “Comment survivre, résister, lutter, en prison comme dehors, aujourd’hui ?”
Il nous semble essentiel, aujourd’hui plus que jamais, de prendre le temps, tous et toutes ensemble, de partager un temps de discussion autour de ces pratiques liées à la survie, à la résistance, et aux luttes, qui ont lieu dans et à l’extérieur des prisons. Lire la suite

Les rivages de l’engrenage carcéral, lettre depuis Réau

 Voici une lettre qui date un peu -quelques mois- mais qui livre une analyse toujours très juste de la réalité de ce monde. Elle est sortie de Réau, le fameux et sinistre  « centre pénitentiaire sud francilien », véritable usine à trier et stocker les prisonniers, perdue au milieu de nulle part. Lire la suite

Eh bien moi, je dis aux détenus « mobilisez-vous ! »

En six années de détention, Franck Steiger a été incarcéré dans différents établissements pénitentiaires. Depuis sa sortie en décembre 2013, il s’obstine à dénoncer les mauvais traitements et les violences que lui et d’autres prisonniers ont subi, notamment au centre pénitentiaire (CP) d’Annoellin. Il raconte également les méthodes de pression dont l’administration pénitentiaire (AP) use sur les détenus récalcitrants ou trop vindicatifs. Franck s’est lancé dans un combat juridique et a décidé de porter plainte contre l’AP. Conscient que l’union fait la force et qu’une plainte individuelle ne pèsera pas lourd face à la machine pénitentiaire, il souhaite que d’autres détenus se joignent à lui et lance un appel à l’antenne de l’émission Papillon. Lire la suite

Pour en finir avec toutes les prisons